Critiques de notre temps

Critiques de notre temps

De la politique monétaire (8)

Réflexion cinquante (23 août 2011)
Quelques pistes pour le devenir de l'euro (suite) ...


Suite de mes réflexions sur quelques pistes évoquées régulièrement ...

 

2. Les comportements de certains agents ou certains états ont-ils une part de responsabilité dans la crise financière actuelle

 

On avait évoqué la dernière fois la responsabilité de la fuite devant l'impôt chez les grecs, et plus généralement chez de nombreux peuples européens, dans la crise de l'endettement actuelle, pour ne plus y revenir aujourd'hui.

 

Dans le cas présent, il faut d'abord souligner la responsabilité des établissements bancaires et financiers dans les problèmes de la zone euro d'aujourd'hui et dans la crise financière actuelle ... Mais pas uniquement ... Les banques sont évidemment des intervenants indispensables dans le financement de l'économie et des entreprises. Sans banques pour prêter aux entreprises pour financer leur exploitation ou leurs investissements, il n'y aurait pas de possibilité d'activité économique ; il faut remonter au premier millénaire de notre ère, au tout début du moyen-âge pour revenir à une époque sans banque dans les échanges commerciaux ... De même, sans établissements de crédit pour prêter aux ménages pour financer leur consommation ou leurs achats immobiliers, il n'y aurait pas non plus le même niveau d'activité économique. Il faut remonter avant les années 1950 pour revenir à une telle situation.

 

La crise financière, née d'un excès d'endettement des états et des agents économiques, n'est donc pas de la responsabilité des banques pour leur activité de financement de l'économie ... Par contre, les établissements bancaires et financiers sont responsables de la montée des incertitudes financières du fait de leurs activités de marché, conseils en fusion-investissement et création de produits dérivés. La simple invention des indices et trackers permettant de jouer la baisse des indices tels le CAC40 (comme le célèbre BX4 ou Lixor Xbear Cac40) a forcément un impact énorme sur les retournements des bourses ... Ceux qui pensent qu'ils peuvent spéculer à la baisse sur les bourses sans avoir une part de responsabilité dans la déconfiture générale économique se voilent la face et la réalité ... (je sais, c'est tout le problème de l'antériorité de l'oeuf et de la poule appliqué en finance ; la dégradation de l'économie et des bourses est-elle antérieure à la spéculation ou la spéculation à la baisse entraîne-t-elle des inquiétudes suffisamment fortes) ... Ces fonds indiciaires et trackers répétant les mouvements des indices sont émis par des banques qui doivent bien couvrir leurs risques et transférer les pertes vers d'autres intervenants ... 

 

Il faut également pointer aujourd'hui la responsabilité égoïste d'un certain nombre d'états européens qui tentent par tous les moyens de transférer sur d'autres leurs difficultés, ou d'échapper à la solidarité de la zone euro ... Le cas emblématique actuel est la Finlande, dont les négociations pour transférer le coût du sauvetage de la Grèce sur les grecs risque de faire capoter l'accord trouvé il y a quelques semaines ... Il y a vraisemblablement des états qui n'ont rien à faire dans la zone euro, non pas les grecs mais plutôt les finlandais ...

 

Il faut également se rappeler la situation de l'Irlande, qui en pleine crise financière, en 2008, a brutalement promis de garantir la totalité des dépôts des épargnants dans les banques irlandaises, alors que la garantie des dépôts dans le reste des états européens était et reste limitée (entre 50.000 et 60.000 euros). Cette promesse totalement contraire aux règles du jeu européenne de la zone euro, égoïste, créant une rupture de la concurrence au détriment des secteurs financiers des autres états européens, visait en fait à couvrir les difficultés des banques irlandaises et à leur trouver des sources de financement additionnelles grâce à l'épargne des riches épargnants européens ...

 

La morale de cette histoire est néanmoins qu'aujourd'hui les irlandais ont été obligé de nationaliser et de recapitaliser à un tel niveau leurs banques que l'état irlandais est au bord du dépôt de bilan et que leur déficit budgétaire a dépassé 30% de leur produit intérieur brut ... Une conséquence de la promesse de l'état irlandais de garantir les dépôts dans les banques irlandaises, qui impose aux contribuables irlandais de payer pour garantir les dépôts de riches épargnants d'autres pays européens ... On ignorera vraisemblablement le nombre de riches épargnants scotchés dans cette histoire et leurs pertes éventuelles ... Il y aura quand même eu un peu de morale dans cette crise financière, avec le cas irlandais ... mais également avec le cas Madoff et son escroquerie pyramidale ... Madoff qui tel Robin des Bois, vola essentiellement des riches ... ouf pour nous les pauvres !

 

Accessoirement, à noter que la crise financière dite 2007-2009 semble n'être aujourd'hui toujours pas terminée ... comme si on rejouer la longue dépression de la fin du dix-neuvième siècle et de la grande dépression des années 1930 ...

 


Réflexion quarante-neuf (17 août 2011)
Quelques pistes pour le devenir de l'euro ...


Face à la spéculation financière qui s'attaque à la zone euro, un certain nombre de pistes de réflexion sont évoquées régulièrement dans la presse dans l'espoir de calmer l'inquiétude des marchés financiers, boursiers ou obligataires. La création des euro-obligations constitueraient-elles la solution miracle ? et sous quelles conditions et à quel coût pourrait-elle être mise en oeuvre ? Quelle signification cela pourrait avoir sur les politiques budgétaires des états membres de la zone euro ? Quelle part de responsabilités portent les grecs dans la crise qui frappe aujourd'hui l'Europe ? Quelles pourraient être les conséquences de leur sortie de la zone euro ?

 

1. La responsabilité des grecs dans les difficultés de la zone euro

 

Dans les milieux altermondialistes européens, il semble aujourd'hui acquis de penser que les problèmes de la zone euro sont globaux, généraux et ne ressortent en aucun cas de la responsabilité des gouvernements ou peuples grecs, espagnols, portugais, italiens ou irlandais ... Seuls les marchés financiers en sont responsables !

 

Il me semble qu'il faut différencier deux niveaux d'analyse au sein de la crise de l'endettement qui frappe aujourd'hui l'Europe et les états occidentaux. Il y a effectivement un problème général de niveau d'endettement, aggravé par les plans de relance et d'appui aux secteurs financiers lors de la crise des subprimes en 2007-2009. Ce problème général explique la dégradation de la notation des Etats-Unis et les tensions sur les CDS français, italiens, espagnols et autres. En se limitant à la seule zone euro, on peut expliquer la survenue de ce problème par l'existence de l'euro. L'euro a permis aux états européens de s'endetter massivement pendant une décennie sans risquer comme par le passé de voir leur monnaie être attaqué, sans devoir dévaluer leur monnaie comme ils y auraient été obligés précédemment pour demeurer dans le SME.

 

C'est particulièrement vrai pour la Grèce qui a bénéficié à plein de cet effet d'aubaine et qui du coup n'a pas été obligé ni d'équilibrer ni ses comptes publics ni ses comptes extérieurs, et qui a enregistré une forte amélioration de son niveau de vie qui lui a premis de rattraper le reste de l'Europe ... Les conséquences sont évidemment que l'absence de tension sur ses comptes publics et extérieurs et l'absence de dévaluation de sa monnaie ont créé une inflation immobilière et dégradé sa compétitivité salariale ...

 

Mais la responsabilité des grecs ne doit pas être nié pour tout ce qui concerne leur comportement face à l'impôt et l'acceptation de l'économie souterraine. Le dérapage des comptes publics grecs s'explique par la fuite nationale devant l'impôt des grecs ; une sorte de sport national dans lequel les grecs étaient devenus champion : échapper à l'impôt et déclarer le moins possible ... Evidemment, les français sont également champions dans ce même sport national, que ce soit au bas de l'échelle avec ceux qui tentent de vivre de revenus non déclarés et de prestations familiales ... ou en haut de l'échelle avec tous ceux qui recherchent les montages financiers les plus complexes pour échapper le plus possible à l'impôt et qui bénéficient massivement des dites niches fiscales ...

 

Des décennies de triche vis-à-vis du fisc, d'usage de pôts de vin et de favoritisme sont à l'origine des problèmes d'excès d'endettement public des grecs, ce qui les a conduit à tenter de maquiller leur endettement avec l'appui de banques américaines ... Et tout cela a servi de déclencheur aux attaques spéculatives contre les dettes grecques, puis irlandaises, espagnoles, portugaises, italiennes et françaises ... et contre la zone euro. Une responsabilité grecque indubitable, dans le cadre d'un contexte beaucoup plus global ... Si le contexte n'avait pas existé, il n'y aurait pas de raison à l'extension de la crise ... Mais la responsabilité individuelle du peuple grec dans cette crise ne peut être niée ; ce serait un peu trop simple ...

 

Les défauts grecs de fuite devant l'impôt et de recherche de toutes les possibilités de truander le fisc et les prestations sociales en omettant de déclarer tous les revenus ou en tentant de bénéficier de toutes les possibilités de défiscalisation possibles étant néanmoins fort généralisés dans de nombreux états européens, France comprise, il faut certainement y trouver l'explication principale de nos problèmes d'endettement et de spéculation actuelle ...

 


Réflexion quarante-huit (24 mai 2011)
Quel devenir pour l'euro ...


L'euro existe depuis un peu plus d'une décennie en tant que monnaie, mais elle traverse depuis quelques mois ou trimestres une crise de légitimité assez grave. Entre des allemands qui aimeraient refuser de payer pour les européens du sud fainéants, des espagnols et des grecs qui le rendent responsable des difficultés financières et économiques de leur pays, et des français qui n'ont jamais accepté l'euro et le rendent responsable de l'inflation et de leurs pertes de pouvoir d'achat ... et enfin des marchés financiers et des banques qui cherchent par tous les moyens à spéculer contre lui ... l'euro apparaît en difficulté.

Le fait par ailleurs qu'aucun grand homme politique ne se pose plus en européanniste convaincu et en défenseur de l'euro ... si ce n'est Nicolas Sarkozy lors de ses dernières voeux, mais peut-on le prendre au sérieux, lui qui n'hésita pas à attaquer l'euro avant les précédentes élections présidentielles pour capter les voix des populistes ... pose également problème. A force de vivre sous la protection (relative) de l'euro, les habitants de l'Europe ne voient plus que ses défauts (aucune monnaie n'est parfaite) et ne comprennent plus ce qui avait présidé à sa création !

Comme dans le cadre de tout bien public, on s'aperçoit ainsi que des passagers clandestins ont embarqué sur le vaisseau euro. Les plus visibles furent évidemment les irlandais lorsque ceux-ci, au plus fort de la crise financière, confrontés aux premières difficultés de leur système financier et des marchés monétaires européens, alors que le débat sur les garanties de place et leurs limites fleurissait, annoncèrent qu'ils garantissaient sans limite les dépôts dans les banques irlandaises. Je ne sais pas si cet artifice légal convainquit beaucoup d'épargnants européens hors des frontières irlandaises ? Mais deux années plus tard, le système bancaire irlandais est au bord du dépôt de bilan ; les besoins de recapitalisation excèdent les capacités de l'état irlandais, et l'Europe doit voler à son secours pour empêcher la cessation de paiement des irlandais. En regard du comportement des autorités politiques irlandais pendant la crise, qui n'hésitèrent pas à fragiliser le reste du système bancaire européen pour sauver leur propre système bancaire, on aurait dû laisser les irlandais seuls face aux marchés financiers.

Les irlandais avaient déjà agi de la même manière depuis l'origine de l'euro avec un dumping fiscal visant à attirer en Irlande les plus grandes entreprises européennes grâce à un taux d'imposition sur les bénéfices record et à un fisc peu sourcilleux ...

De leur côté, les grecs maquillaient leurs comptes publics pour masquer une dette publique pharaonique ... L'Espagne prospérait sur une bulle spéculative immobilière ... Et l'Allemagne a l'impression que ce seront au final les contribuables teutons qui seront appelés à financer les turpitudes de leurs voisins ...


Réflexion quarante-sept (24 février 2011)
Quelques explications à l'absence de toute contestation des politiques monétaires en France ou ailleurs dans le monde ...

Avez-vous remarqué que plus personne en Europe (même pas en France) ne critique plus la politique monétaire menée par la Banque centrale européenne ? Serait-ce un signe d'une prise de conscience de l'importance de la politique monétaire face aux risques d'un cataclysme financier et bancaire qui a failli emporter nos économies occidentales et dont seules des politiques monétaires et budgétaires parfaitement ajustées nous ont sauvé ?

Je crains que ce ne soit pas cela. La seule raison pour laquelle tous les leaders populistes français comme Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy ou les dirigeants du Front national (entre autres) n'attaquent plus la Banque centrale européenne s'explique par l'extrême faiblesse des taux d'intérêt en zone euro, inférieur à 1% pour les échéances à moins d'un an. L'un des rares autres exemples de taux plus bas, à 0%, a été enregistré au Japon dans les années 1990, et a conduit à une déflation et une stagnation économique sans fond, dont le Japon n'est toujours pas sorti, et qui vient de lui coûter la place de seconde économie mondiale.

Aujourd'hui, la Banque centrale européenne est donc considérée comme vertueuse parce qu'elle continue de maintenir ses taux directeurs à 1% et qu'elle alimente suffisamment les marchés monétaires en surabondance de liquidités que les taux à très court terme demeurent largement inférieurs à son taux directeur (ce qui est une aberration ... cela signifiant que les plus grands établissements bancaires préfèrent acheter de la ressource à la Banque centrale européenne à 1% alors qu'ils pourraient en acheter beaucoup moins chers sur le marché monétaire ... signe que la confiance n'est toujours pas totalement revenu entre les principaux établissements bancaires, même entre les plus gros ...).

Mais gageons que dès que la Banque centrale européenne commencera à relever ses taux directeurs, pour les ramener à ses niveaux de moyen terme, vers des taux de 3 à 4%, elle cessera brutalement d'être considérée comme étant vertueuse, et recommencera à faire l'objet d'attaques de politiques français recommençant à agiter le spectre de la sortie de la zone euro ... Et gageons que Nicolas Sarkozy ne sera peut-être pas le dernier à tenir ce discours, malgré toutes les belles phrases qu'il aura pu prononcer ces derniers mois sur la zone euro ! Et comme par hasard, les hasards du calendrier fera que cela interviendra en pleine période électorale avant les présidentielles ...

Même les attaques lancées par le président français de la Banque centrale européenne, le très monétariste et libéral Jean-Claude Trichet, expliquant qu'il serait suicidaire d'augmenter les salaires en Europe et rappelant que la bonne santé de l'Allemagne s'expliquait par une politique de compression des coûts salariaux ces derniers années (notamment dans la fonction publique), n'ont pas soulevé la moindre bronca ...
http://www.lemonde.fr/economie/article/2011/02/20/augmenter-les-salaires-la-derniere-betise-a-faire-selon-trichet_1482854_3234.html

... Mais une simple contestation mesurée d'un ministre du budget télégénique expliquant que la politique d'austérité avait justement pour ambition de permettre d'augmenter les salaires ultérieurement ... (au fond, l'UMP, parti libéral par excellence, est totalement d'accord avec l'analyse du président de la BCE, dès lors que cela ne touche pas leurs propres revenus et rémunérations ...).
http://www.lemonde.fr/economie/article/2011/02/21/baroin-notre-objectif-est-a-terme-une-augmentation-des-salaires_1483016_3234.html

Et il est extrêmement amusant de noter que la stabilité salariale vantée par Jean-Claude Trichet n'est absolument pas incompatible avec la hausse des rémunérations des patrons et la croissance des profits des entreprises au bénéfice des actionnaires ... Seul importe de limiter les coûts salariaux !

Par contre, je suis presque sûr que le rapport récent rendu par le Fonds monétaire international préconisant une dépréciation du dollar à l'occasion du prochain G20, va soulever une nuée de boucliers à droite, au sein de l'UMP, simplement parce que Dominique Strauss-Kahn en est le président ! Car déprécier le dollar, cela conduira obligatoirement à une appréciation de l'euro, et une dégradation de la position concurrentielle de la zone euro vis-à-vis de la zone dollar (et impactera notamment Airbus par rapport à Boeing, entre autres ...).
http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2011/02/23/le-fmi-se-prononce-pour-une-depreciation-du-dollar_1484420_3222.html

Vraisemblablement, la dépréciation récente de l'euro vis-à-vis du dollar participe également à l'idylle existante entre la Banque centrale européenne et les politiques français, voire l'opinion publique européenne ...

Et pourtant, le système monétaire international est malade des déséquilibres financiers américains et chinois (inversés). Et seule une dépréciation du dollar, qui abaissera d'autant leur pouvoir d'achat comparatif, et une appréciation des monnaies d'un certain nombre de pays asiatiques émergents (dont la Chine), permettra de rééquilibrer le système monétaire international. Et il est vraisemblable que la zone euro, au milieu de tout cela, même si le FMI note que sa monnaie est convenablement appréciée, en subira des conséquences ...

Mais au-delà de la stricte évolution des monnaies, je suis persuadé que les causes de la désindustrialisation européenne ne sont pas seulement à chercher dans l'appréciation récente de l'euro (moins d'une dizaine d'années), mais dans les mentalités des industriels qui recherchent le profit maximal par les coûts les plus faibles, et des consommateurs qui privilégient les produits les moins chers au lieu de valoriser les biens produits en Europe qui créent de l'emploi, leur emploi ...


Réflexion quarante-six (28 décembre 2010)
Quelle importance accorder à la Chine ?


La république populaire de Chine est une sorte d'épouvantail. Atelier du monde ; elle est rendue responsable des destructions d'entreprises et d'emplois dans nos pays occidentaux. Pourtant, elle n'a occupé ce rôle qu'après des dizaines d'autres pays, de Maurice à la Thaïlande en passant par le Mexique et la Turquie (made in Turkey). Les véritables responsables de ces milliers de délocalisations sont avant tout les dirigeants et les actionnaires de ces industries, du textile à l'électro-ménager en passant maintenant par l'aviation et les centrales nucléaires, et tout particulièrement par leur appât du gain et leur envie de grandir et de produire toujours moins cher, pour gagner toujours plus d'argent.

En raison de ses excédents commerciaux gigantesques, elle est rendue responsable de l'endettement des pays occidentaux et des déséquilibres financiers mondiaux, alors que c'est avant tout la soif de consommation de nos pays occidentaux et de leurs classes moyennes qui en sont responsables, ainsi que leur myopie, car il ne leur est jamais paru aberrant de vouloir consommer toujours plus au meilleur prix sans s'intéresser au lieu de fabrication des produits qu'ils consomment et achètent, même si cela détruit leurs propres emplois.

La Chine est enfin accessoirement une dictature où les droits et la liberté de nombreux défenseurs des droits de l'homme sont bafoués et niés, un régime communiste qui n'a pas empêché le développement d'entreprises capitalistes florissantes et richissismes, et une menace militaire grandissante.

Nos opinions publiques ont été informées depuis longtemps du réveil attendu de la Chine ... dès 1973 avec le livre d'Alain Peyrefitte 'Lorsque la Chine s'éveillera' ... Presque quarante ans plus tard, ce pronostic est enfin devenu réalité ... La Chine étant en 2010 la deuxième économie mondiale devant le Japon mais toujours derrière les Etats-Unis ... Qu'elle devrait dépasser dans une vingtaine d'année, en 2030.

Si l'on s'interroge encore sur la puissance économique de la Chine, il suffit de s'apercevoir que l'ensemble des bourses occidentales ont plongé ce lundi 27 décembre 2010 parce que la Banque centrale de Chine a remonté de 25 points de base son taux directeur (le taux principal auquel une banque centrale refinance les banques qui ont besoin de financement) pour combattre les tensions inflationnistes ! C'est un signe à la fois de la nervosité des places financières mondiales, mais aussi une reconnaissance du rôle majeur de l'économie chinoise. Jusqu'à présent, ce genre de réactions ne s'observait que vis-à-vis de la politique monétaire américaine !

Dans les faits, la Chine est le principal prêteur mondial des états occidentaux (et tout particulièrement du Trésor américain) et elle constitue vraisemblablement l'un des principaux garants des autorités étatiques et monétaires mondiales face à l'irrationalité des marchés financiers et des firmes privées occidentales, capables de spéculer sur toute source de profit, même si cela devrait les détruire finalement elles-même. Ces firmes, les marchés dans leur ensemble ont détruit ces dernières décennies, ces dernières années, les outils industriels des pays occidentaux dans une course effrenée aux coûts les plus bas. Elles se sont lancées depuis quelques mois dans une spéculation contre l'euro et contre les dettes publiques des états européens (même contre celles de la France dont les coûts d'assurance de la dette ont explosé ces dernières semaines). Et elles se lanceront demain sans état d'âme dans une éventuelle spéculation contre le dollar.

Et le pire est que cette spéculation a déjà démarré même si elle n'est pas visible ; ceux qui jouent la dépréciation de la dette française, allemande, japonaise ou américaine étant encore extrêmement peu nombreux, mélangés à la majorité de ceux qui préfèrent prendre des garanties en tentant de se prémunir grâce à des contrats d'assurance (CDS) contre le risque de défaut de ces états. Il n'y a spéculation que lorsque la masse de ceux qui anticipent une telle évolution des marchés deviennent suffisamment nombreux pour peser sur les cours ... et pour rendre rentable la spéculation elle-même et attirer les spéculateurs !


Réflexion quarante-cinq (9 décembre 2010)
L'évolution du Fonds monétaire international ...


Dans une émission télévisée diffusée ce soir (C dans l'air), il était mentionné l'évolution du rôle du Fonds monétaire international et de son directeur général (le français Dominique Strauss Kahn). Le sujet m'a paru effectivement intéressant. Pour quelles raisons le FMI est-il devenu brusquement aussi important et médiatiquement valorisé ?

Le FMI est une institution internationale multilatérale regroupant 187 pays, créé par les accords de Bretton Woods, à la fin de la seconde guerre mondiale (comme sa consoeur la Banque mondiale). Son rôle est de «promouvoir la coopération monétaire internationale, de garantir la stabilité financière, de faciliter les échanges internationaux, de contribuer à un niveau élevé d'emploi, à la stabilité économique et de faire reculer la pauvreté».
http://fr.wikipedia.org/wiki/Fonds_mon%C3%A9taire_international

Pendant des décennies, le FMI a été le repère d'économistes néo-libéraux (ou ultra-libéraux) qui ont popularisé les plans d'ajustement structurels à chaque fois que le FMI intervenait pour secourir un pays en difficulté financière. Coupes dans les dépenses sociales, libéralisation et privatisation des entreprises publiques rentables : tels étaient les crédos de ces économistes autour de Milton Friedmann et de l'école de Chicago !

Qu'est-ce qui a pu se passer au cours et depuis la crise financière pour que le FMI cesse d'être le gendarme des pays pauvres, en difficulté financière, pour devenir le sauveur du monde ?

Premièrement, le fait que cette institution soit désormais dirigée par un socialiste français, et non plus un ultra-libéral anglo-saxon, a dû vraisemblablement jouer. Le FMI ne pouvait plus apparaître comme le temple de l'ultra-libéralisme, même si au fond, ce n'est pas son directeur général qui fixe la ligne idéologique de l'établissement et que rien n'a dû véritablement changer depuis son arrivée. Le FMI avait dû évoluer sans que l'on s'en aperçoive.

Deuxièmement, à l'inverse, il y a bien une explication à trouver autre que la crise financière, puisque la Banque mondiale n'a pas bénéficié autant que le FMI d'un regain de médiatisation. A moins que les missions de ces deux établissements n'ait été suffisamment différente et que la Banque mondiale ne puisse absolument pas intervenir pour secourir le système financier mondial. Ou enfin à moins que notre regard ne soit influencé par le prisme des médias franco-français, en raison de la nationalité de son directeur.

Troisièmement, il faut reconnaître que la crise financière que l'on connaît depuis l'été 2007 a bouleversé les équilibres idéologiques mondiaux. Le libéralisme triomphant des années 2000 a été remplacé par un cimetière lugubre. Quatre-vingt ans après la grande crise de 1929, le monde a été plongé dans une crise cataclysmique presque aussi grave, qui a emporté certaines des plus grandes banques  occidentales et a failli ruiner le système financier dans son ensemble. On a été à deux doigts d'une paralysie de l'ensemble de nos merveilleux marchés financiers (qui rythment nos vies depuis simplement le milieu des années 1980) ... et d'une crise systémique d'une ampleur pratiquement sans précédent, qui aurait pu conduire à la faillite de l'ensemble des banques occidentales ! Cette crise financière majeure dont le monde ne s'est pas encore relevé est de la responsabilité du libéralisme triomphant, de la course échevelée après les profits et à la complexification croissante des produits financiers.

Alors que le libéralisme était censé permettre la meilleure allocation possible des facteurs de production, le niveau de richesse le plus élevé possible, et une stabilité optimale, cette crise a démontré que le libéralisme incontrôlé conduisait au chaos généralisé et à sa propre destruction.

Dans ce courant idéologique nouveau, où l'intervention des états est brutalement apparu comme la seule solution pour stabiliser l'économie et sauvegarder les systèmes financiers nationaux au bord de la faillite, il est apparu nécessaire de trouver des organisations suffisamment légitimes pour contrôler la finance mondiale, aux côtés des principales autorités monétaires (notamment la Fed américaine, la BCE européenne et la Banque du Japon) qui ont démontré leur capacité à gérer cette crise.

Quatrièmement, face à des autorités monétaires compétentes, puissantes, mais insuffisamment légitimes pour intervenir dans l'ensemble des pays, et sur l'ensemble des monnaies, le FMI a également bénéficié du besoin nouveau de disposer d'une monnaie mondiale capable de fonder un nouvel ordre financier mondial. Or, le FMI est le seul organisme multilatéral à disposer d'une telle monnaie mondiale : les droits de tirage spéciaux (DTS) auquel chaque pays membre souscrit.

Au cours de la crise, des réunions du G20 (autre création de la crise financière puisque avant la crise, seul le G8 existait) ont conduit au renforcement du rôle du FMI ainsi que des fonds à sa disposition pour qu'il puisse venir au secours des états en difficulté.

L'intervention du FMI pour secourir d'abord la Grèce, puis l'Irlande, présentée dans cette émission de C dans l'air comme la principale explication du renforcement du rôle du FMI, ne me semble ainsi pour moi qu'un simple épiphénomène, la conséquence de ces évolutions souterraines mais fondamentales ... un effet et en aucun cas la cause ...

Et d'une certaine manière, contrairement à ce que j'ai pu penser et écrire, je doute que l'ultralibéralisme retrouve très rapidement l'aura et le triomphalisme qui était le sien avant l'explosion de la crise à l'été 2007. Je crains qu'il ne leur faille attendre de nouveau quelques décennies pour que leurs idées puissent redevenir apparemment aussi indiscutablement bonnes et évidemment indiscutables, si le monde arrive à oublier cette deuxième grande crise financière.


Réflexion quarante-quatre (10 novembre 2010)
Retour aux débats sur la politique monétaire - Le plan de soutien de la Réserve fédérale américaine au marché obligataire ...


Après un peu plus de trois années de crise financière internationale (la crise financière a démarré en août 2007), il me semble de nouveau intéressant de parler, de discuter, de politique monétaire sur ce blog. Ce n'est pas tant qu'il n'y eut pas d'intérêt au cours de ces trois années à parler de politique monétaire. Simplement, contrairement aux années antérieures à la crise financière, les politiques monétaires n'étaient absolument plus contestées, ni par les gouvernements, que ce soit en interne ou en externe, ni par les opinions publiques ... Les autorités monétaires ont sauvegardé le système financier international, soutenu les économies, sans que personne ne leur en conteste le droit ni la manière.

Par ailleurs, en période de crise, il me semblait beaucoup plus pertinent de parler des difficultés des marchés, d'essayer de comprendre les évènements en cours, que de discuter de politiques monétaires relativement stables, conjuguant des mesures quantitatives de mise à disposition massive de disponibilités et des mesures qualitatives de stabilité des taux de refinancement à des niveaux relativement bas.

Pourquoi revenir aujourd'hui à la discussion des politiques monétaires ? Cela ne doit en aucun cas être compris comme une certitude que la crise financière est terminée. Il est impossible aujourd'hui d'être certain de cela. La majeure partie des bourses occidentales et mondiales stagnent depuis le début de l'année 2010, alternant entre des périodes de crainte et des périodes mieux orientées. Les Cassandre continuent de prévoir une crise boursière et financière catastrophique, ramenant les indices boursiers très en deça de leur plus bas historique des trente dernières années ... Auront-ils raison ou tord ? De toute façon, ceux qui jouent cette carte reporteront les évènements catastrophiques qu'ils prévoyaient aux années futures. Le pire est toujours à venir à les entendre, même si leurs arguments ne sont pas véritablement contestables.

La décision de la Réserve fédérale américaine (en vérité celle du FOMC qui prend les décisions monétaires) d'acheter massivement (pour 600 milliards de dollars) des titres de l'état américain implique-t-elle une inflexion de la politique monétaire américaine. Les autorités chinoises ont contesté cette décision sous prétexte qu'elle pouvait avoir des conséquences inflationnistes et entraîner une baisse du cours de la devise américain, et donc des avoirs en dollars dans lesquels les autorités chinoises ont massivement investi. Les autorités chinoises s'arrogent surtout le droit de donner des leçons aux principaux états occidentaux en tant que leur principal créancier, après avoir ruiné nos industries par les délocalisations tout en refusant de recevoir la moindre leçon de notre part en matière de droits de l'homme et de démocratie.

Mais cette politique n'est pas nouvelle, ayant été massivement mis en oeuvre pendant la crise par les autorités monétaires américaines mais également européennes, notamment pendant la crise de la dette grecque. La Fed a ainsi investi 1.700 milliards de dollars à compter de 2008 pour sortir le pays de la récession. Toutefois, depuis l'été 2010, il semblait plutôt que les autorités monétaires américaines s'orientaient vers une réduction de la taille du portefeuille obligataire de la Fed et une absence de réinvestissement des liquidités remboursées (sur les prêts hypothécaires et les titres de dette d'agences). Aussi la décision de reprendre les achats de titres par réinvestissement des liquidités ainsi détenues, et la décision d'acheter pour 600 milliards de dollars supplémentaires, est en complète contradiction avec cette option. A court terme, cette décision devrait continuer de maintenir les taux des bons d'état américains à de très bas niveaux. Mais à plus long terme, certains, même au sein du FOMC (Thomas Hoenig, président de la Fed de Kansas City), craignent que cette politique accommodante provoque une augmentation des anticipations d'inflation à long terme qui pourraient déstabiliser l'économie américaine et mondiale
http://www.agefi.fr/articles/La-Fed-attendue-achats-titres-dEtat-1146751.html
http://www.boursier.com/vals/ALL/us-eco-la-fed-va-racheter-600-milliards-de-dollars-supplementaires-de-titres-du-tresor-news-407035.htm


Saucratès


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7.https://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1986819-de_la_politique_monetaire__7_.html



10/11/2010
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