Critiques de notre temps

Critiques de notre temps

Morale et politique (4)

Réflexion quarante-deux (31 mai 2011)
Indignés, rebelles, révoltés et ordre établi ... 


J'écoutais ce matin une chanson de Raphaël : «Le patriote». Cette chanson décrit à l'envers, d'une certaine manière, toute l'incompréhension qui existe entre les jeunes idéalistes et les adultes un peu plus âgés ... L'étalage des bons sentiments, l'idée que l'on peut tout partager, ce que l'on a et ce que l'on n'a pas ... une certaine idée ou un certain regard sur la France ...

Ce qui a de vrai dans cette chanson, c'est que la politique, les médias, ne peuvent pas réagir sans fard face à l'actualité. Lorsque des jeunes meurent dans des accidents de la route, ou dans une course poursuite avec les forces de police, dans un poste transformateur d'EDF, il n'est pas possible de réagir conformément à la logique ; les médias et les politiques sont obligés de réagir sur le mode compassionnel, ce qui permet à un artiste comme Raphaël de nous critiquer en parlant de nous comme 'regrettant' ... On ne peut pas dire que ces jeunes l'avaient bien cherché, en refusant de respecter la loi. Ce ne serait pas politiquement correct ! Et pourtant, il faut être con pour ne pas voir le danger et le braver gratuitement, juste pour dire 'fuck' la police ou se sentir vivre.

Il y a un âge où l'on ne voit plus l'idéal de braver la mort gratuitement pour se croire jeune et invulnérable, mais où l'on réfléchit aux conséquences de ses actes, de ses actions, où l'on prend en compte le ressenti, la vie des autres ... Taper quelqu'un pour lui voler son portable ou parce que sa tête ne vous revient pas, c'est sûrement amusant et jouissif ... Mais quid de l'autre ?

J'ai l'impression que ces jeunes se croient peut-être dans un monde de nature, où seuls les plus forts ont le droit de survivre ... ont le droit de se servir ... et où les moins forts n'ont aucun droits ... Et vraisemblablement la police y paraît-elle un anachronisme, l'agent d'un ordre rejeté, l'agent de l'ordre des vieux, des possèdants, des autres ... Et la violence qui règne au sein des relations entre enfants et adolescents, à l'école, au collège, au lycée ... violence considérée comme normale entre pairs, n'est-elle pas étrangère à ce sentiment. Pourquoi ce qui est possible dans la cour de récréation, sous le préau, serait-il moins autorisé à l'extérieur, ou un peu plus tard, dès lors que l'on se trouve plus fort que l'autre, comme dans l'état de nature ?

A côté de cela, il y a l'actualité des mouvements sociaux arabes qui commencent à gagner l'Europe. Je pronostiquais il y a quelques mois que ces mouvements sociaux toucheraient d'abord l'Italie, un gouvernement corrompu ... Ils touchent en fait d'abord l'Espagne et maintenant la France, en liaison avec les difficultés économiques et sociales qui touchent nos pays. La révolution est-elle en marche ? Une autre politique, une autre démocratie est-elle possible ? Evidemment que oui ! Les démocraties européennes (j'élimine l'Allemagne ou l'Angleterre) ont seulement l'apparence de démocraties ; on nous laisse le choix de choisir les membres de l'élite qui nous représenteront, grâce à toute une série de filtres comme les partis politiques et les groupes d'influence. Les élections ne sont cependant que des simulacres, des ersatz de démocratie ... des pseudo-démocraties ...

Mais même si ces mouvements sociaux européens débouchaient sur quelque chose, sur le départ d'une classe politique fatiguée et sans légitimité, n'y a-t-il pas un risque que ce qui les remplacera demeurera tout autant adémocratique que ce qui avait précédé ?

Par ailleurs, une révolte, une révolution, n'est-elle pas autre chose que l'impression d'un retour à l'état de nature ? La victoire des plus forts sur les plus faibles, des hommes sur les femmes ... comme le viol d'une journaliste américaine en Egypte, lors d'un rassemblement des contestataires nous l'a rappelé ... le retour de la bête dans l'homme, des pires aspects guerriers, violeurs et meurtriers de la fraction masculine de l'humanité ... 

Je peux aimer l'idée de la révolution, d'une autre politique, sans aimer voire même craindre les moments par lesquels il faudra passer pour y arriver ...


Réflexion quarante-et-une (18 mars 2011)
Le 'grave secret' sur Nicolas Sarkozy du colonel Kadhafi ... 


On connaît donc enfin le grave secret de Nicolas Sarkozy que le colonel Kadhafi menaçait de révéler : le financement sur fonds libyens de l'élection présidentielle de 2007. L'un des fils du colonel Kadhafi a ainsi affirmé détenir des preuves de ces transferts financiers.

Le nouveau ministre de l'intérieur Claude Guéant, anciennement directeur de la campagne de Nicolas Sarkozy pour la présidentielle de 2007 a récusé ces accusations rappelant qu'aucun financement individuel ne pouvait dépasser 4.600 euros ...
http://www.lemonde.fr/politique/article/2011/03/17/gueant-refute-les-accusations-des-kadhafi_1494332_823448.html

Mais quand il explique pour rassurer les électeurs français que les comptes de campagne des candidats sont vérifiés par le conseil constitutionnel, un doute m'a néanmoins saisi au souvenir des interrogations concernant les quelques dizaines de millions de francs reçus et déclarés par Edouard Balladur dans le cadre de sa campagne présidentielle de 1995 et du contrôle extrêmement pointilleux dont ils firent l'objet de la part du conseil constitutionnel ... Au vu du cas Balladur, je ne pense pas que le contrôle exercé par le conseil constitutionnel offre la moindre garantie à l'électeur français. Ce n'est pas ce contrôle qui doit nous rassurer sur le fait de savoir si oui ou non Nicolas Sarkozy aurait pu recevoir des fonds non déclarés de la part du régime libyen du colonel Kadhafi ...

Ce qui ferait de la France la risée du monde entier, lorsque l'on se rappelle qu'à peine élu, quelques mois plus tard (mais également après le dénouement heureux de l'affaire des infirmières bulgares), Nicolas Sarkozy avait reçu royalement le colonel Kadhafi, l'autorisant même à planter sa tente sous les ors de la république, lui offrant la reconnaissance internationale dont il était privé depuis de nombreuses années ...

J'espère que l'on en saura plus dans les prochains jours sur la réalité des accusations de Mouammar Kadhafi, et sur la véracité des preuves que les libyens disent détenir. Et j'espère que si ces accusations s'avèrent exactes, la justice française enquêtera sur cette affaire quels qu'en soient les protagonistes ...

Faut-il voir dans cette accusation, comme Le Monde le laisse entendre, une tentative de déstabiliser la France qui serait particulièrement en pointe dans cette affaire, défendant notamment un projet de résolution à l'ONU ? Pourquoi dans ce cas vise-t-on Nicolas Sarkozy et non le premier ministre anglais David Cameron, particulièrement en pointe également dans cette affaire ? Parce que cela ressemblerait énormément à  Nicolas Sarkozy, du moins à l'image que les français et l'opinion publique se font de lui ?

Une histoire véridique, cette affaire de financement de la campagne de Nicolas Sarkozy ? Ce qui ferait de la France la risée du monde entier ? Saura-t-on un jour la vérité sur cette affaire ! A noter que le code électoral interdit tout financement d'un candidat par un état étranger ... 

Si la famille Kadhafi n'a pas inventé toute cette histoire pour un bluff invraisemblable (mais vouloir faire peur à quelqu'un qui n'a rien à se reprocher n'est-il pas complètement idiot ?), et si l'on peut difficilement imaginer que Nicolas Sarkozy aurait fait quelque chose d'aussi aberrant que d'accepter l'argent d'un état étranger (terroriste), ne faudrait-il pas plutôt imaginer que les Kadhafi auraient pu être dupés par quelques intermédiaires, qui leur auraient pu leur faire croire qu'ils allaient financer la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy avec l'espoir de le contrôler, alors qu'en fait les Kadhafi finançaient quelqu'un d'autre, quelque chose d'autre, n'importe quoi, un groupe de pression quelconque ... En saura-t-on un jour plus ?


Réflexion quarante (22 février 2011)
Les attaques de l'UMP contre Dominique Strauss-Kahn prennent de l'ampleur, signe de l'affolement de ce parti à l'idée de perdre les prochaines élections présidentielles ... 


Les attaques venant de l'UMP contre Dominique Strauss-Kahn, candidat non proclamé à la primaire socialiste, prennent de plus en plus d'ampleur ces derniers jours. Au cours du week-end, Pierre Lellouche a d'abord accusé le patron du FMI d'incarner la gauche ultra caviar. Puis, Christian Jacob, ancien leader paysan, l'a décrit comme le représentant des bobos et lui a reproché de ne pas être à l'image de la France, la France rurale, celle des terroirs et des territoires ... Cette attaque ressemblait énormément à celles qui visaient dans les années 1930 le socialiste Léon Blum, accusé également de ne pas correspondre à la France profonde des terroirs ... et d'être en tant que juif le représentant du capitalisme international.
http://www.rtl.fr/actualites/politique/article/le-ps-indigne-par-les-attaques-contre-strauss-kahn-7660149797
http://www.lemonde.fr/politique/chat/2011/02/16/faut-il-s-indigner-des-propos-de-christian-jacob-sur-dsk_1480847_823448.html

Lundi, c'était l'ancien premier ministre UMP, Jean-Pierre Raffarin, qui l'attaquait personnellement, quittant néanmoins pour partie la phraséologie des années 1930-1940 pour considérer qu'en tant que représentant de la planète d'en haut (sic !), il lui serait difficile de séduire la France d'en bas ... «(...) Ce n'est pas parce qu'on connaît le prix de la baguette de pain en dollar qu'on est forcément le mieux placé pour convaincre les Français (...)». Raffarin doit vraisemblablement considérer qu'il représente lui-même la planète d'en bas, comme Nicolas Sarkozy (!!!) ... La juxtaposition d'images aussi incohérentes, mais qui visent à distiller dans l'opinion publique une méfiance à l'encontre de Dominique Strauss-Kahn est invraisemblable et méprisable. Mais on  ne doit évidemment rien attendre d'autre de l'UMP et des séides de Nicolas Sarkozy, qui ne reculeront devant rien au cours des quinze prochains mois pour tenter de se maintenir au pouvoir ... Et comme certains au Parti socialiste participent également aux attaques contre Dominique Strauss-Kahn ...
http://www.lemonde.fr/politique/article/2011/02/20/pour-raffarin-dsk-n-est-pas-l-adversaire-le-plus-dangereux-pour-sarkozy_1482905_823448.html

Les autres attaques échevelées de l'UMP sont venues de son secrétaire général, Jean-François Copé, qui a jugé que Dominique Strauss-Kahn était lointain et hautain. «Il a passé l'essentiel de son interview à nous donner des leçons et à nous expliquer comment il fallait faire (...). Je trouverais formidable qu'il arrête de donner des leçons (...) du haut de sa grandeur (...). Ce que j'attendais ce soir, c'est qu'il nous donne quelques idées nouvelles (...)».
http://www.lemonde.fr/politique/article/2011/02/21/reactions-a-l-intervention-de-dsk_1482961_823448.html

Mais également de Catherine Vautrin, députée UMP, vice-présidente de l'Assemblée nationale, qui a déclaré : «Le quotidien de DSK n'est ni celui des gens qui souffrent, ni celui des Français. Comment répondre aux attentes des Français quand on ne vit pas avec eux et qu'on ne peut s'engager sur rien ?»

Ou de Valérie Rosso-Debord, députée UMP de Meurthe-et-Moselle, qui a estimé quant à elle que : «le directeur du FMI est venu se prêter, sur France 2, à l'exercice qu'il affectionne le plus depuis quelque temps : la dispersion de petits cailloux. (...) Tout ceci serait très drôle si DSK n'occupait pas une place éminente dans le concert mondial au moment où la France préside le G20 et le G8. Comment prendre au sérieux un homme qui s'est engagé en 2007, lorsqu'il a pris ses fonctions au FMI, à aller au bout de son mandat s'il songe déjà à ne pas respecter sa parole ?»

Consternant ... Et tout ceci alors que Dominique Strauss-Kahn n'est même pas encore officiellement candidat à la présidentielle de 2012 ! Mais à quel point a-t-on donc peur de sa candidature à l'Elysée et à l'UMP !

Je préfère conclure en citant l'intervention de Richard Prasquier, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), qui a qualifié d'incroyable maladresse les propos du président du groupe UMP Christian Jacob. «Christian Jacob est un syndicaliste agricole, je comprends qu'il ait un sentiment particulier pour le terroir (...). Je n'ai pas de lien particulier avec le terroir, je crois que le président de la République n'en a pas non plus. Le terroir, c'est formidable, c'est magnifique, il ne faut pas pour autant en faire un critère essentiel d'appartenance à la nation (...)».


Réflexion trente-neuf (20 février 2011)
Les voyages ministériels en avion, les mensonges d'Alliot-Marie et les attaques de l'UMP sur Dominique Strauss-Kahn, insuffisamment conforme à l'image que certains se font de la France ... 


Je voudrais réagir à deux évènements récents qui ont secoué l'actualité politique ces dernières semaines ou ces derniers jours.

Le premier évènement concerne les mensonges autour de l'affaire Alliot-Marie. Michèle Alliot-Marie est ministre des affaires étrangères ; dans le cadre des vacances pour les fêtes de Noël, elle aurait profité de l'avion d'un proche de l'ancien régime tunisien pour se rendre en Tunisie. Ses parents, âgés de plus de quatre-vingt-dix ans, auraient en effet investi dans une opération immobilière de cet ami tunisien. Le problème est que Michèle Alliot-Marie a menti pour se couvrir, expliquant notamment qu'elle avait rencontré par hasard cette personne qui lui aurait proposé de les véhiculer dans son jet privé pour aller en Tunisie ...
http://www.lemonde.fr/politique/chat/2011/02/17/pourquoi-sarkozy-garde-alliot-marie-au-gouvernement_1481399_823448.html

Il se trouve que le premier ministre, François Fillon, a également profité d'un avion gouvernemental égyptien pour un voyage moitié officiel, moitié de vacances à la même période. Par contre, il ne mentira pour couvrir son escapade, reconnaissant les faits. Si on peut poursuivre Alliot-Marie pour mensonge en estimant que cela n'est pas acceptable d'un ministre de la France, on a rien contre François Fillon.

Par contre, il se trouve que, suite à l'affaire de Joyandet (qui avait utilisé un avion officiel gouvernemental au lieu d'un vol civil, représentant un coût budgétaire dépassant 100.000 euros), le premier ministre François Fillon avait édicté une règle restreignant l'usage des avions gouvernementaux français pour les ministres.

On découvre donc aujourd'hui que les ministres français, ainsi que le premier ministre, se rabattent sur les avions gouvernementaux d'autres pays (deux pays qui par manque de chance viennent de voir leurs gouvernements 'légitimes' être renvoyés par la rue) pour respecter si ce n'est l'esprit du moins la lettre des règles édictées par le même premier ministre.

Nicolas Sarkozy se refuse ainsi à sacrifier Michèle Alliot-Marie, pour protéger trois ministres (François Fillon mais également Patrick Ollier), de la même manière si ce n'est pour les mêmes raisons pour lesquelles il avait refusé de sacrifier Eric Woerth, jusqu'à l'adoption de la réforme des retraites.

Le deuxième évènement dont je voudrais parler concerne les attaques ad hominem dont Dominique Strauss-Kahn est désormais la cible de la part de certains de l'UMP. Selon certains à l'UMP, il ne correspondrait en effet pas suffisamment à la France profonde, à la France rurale, à la France.  

Des attaques nauséabonneuses ! Les conservateurs aux Etats-Unis n'avaient pas osé s'attaquer à Barack Obama de la même manière, alors même qu'il avait des racines kényanes de par son père. Mais ils ne sont pas descendus à ce niveau de bassesse. Par contre, cela n'arrête pas les ténors et les porte-flingues de l'UMP, sous le prétexte que Dominique Strauss-Kahn serait un notable, juif, et grand financier de la planète, exilé depuis quelques années au Fonds monétaire international à Washington.

Il est intéressant de lire une réponse d'un élu socialiste (Matthias Fekl) rappelant que Léon Blum fut également, dans les années 1930-1940, la cible du même genre d'attaques de la part de l'extrême gauche, de la droite et de l'extrême droite française, pour les mêmes raisons ... parce qu'il était un grand bourgeois, qu'il était juif et qu'il dénotait dans les banquets paysans et dans le terroir ... Evidemment, il s'agissait des années noires de la France, à l'époque de la montée des extrêmismes et des haines, du racisme et de l'antisémitisme ... années qui conduirent à la seconde guerre mondiale et son lot d'abominations ...
http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/02/17/leon-blum-etait-il-a-l-image-de-la-france_1481527_3232.html

«(...) Et puis, bien sûr, Léon Blum était juif - c'était là son crime le plus odieux pour bien des contemporains haineux et fanatisés. Car Blum était pour eux, ipso facto, l'agent du complot international, des banques, de la haute finance, en un mot, l'une des incarnations de l'anti-France. Il lui fut même reproché de ne pas être assez rural, ni assez authentiquement français : ne rentrait-il pas parfois malade de banquets de campagne, où il ne parvenait pas toujours à faire honneur aux plats ni à suivre le rythme des libations ? Ne préférait-il pas l'élection à Paris plutôt que l'ancrage en province ? Son raffinement intellectuel n'en faisait-il pas un bobo de l'époque, l'un de ces happy few plus enclins à la vie élégante qu'aptes à la vraie vie ? (...)» (Lettre de soutien de Matthias Fekl)

Les attaques nausébonneuses provenant de l'UMP nous rappellent opportunément que l'abjection et le racisme ne sont jamais très loin, et qu'il suffit de peu, d'un peu de peur de certains, pour que les pires comportements, les pires moments de l'histoire nous reviennent instantanément. Merci à cet obscur tâcheron de l'UMP, dont il vaut mieux ne pas se souvenir du nom, de nous avoir donné le ton dégeulasse qu'utilisera l'UMP lors de la prochaine élection présidentielle française.


Réflexion trente-huit (19 octobre 2010)
La mise en question de la fin ultime de la souveraineté

Il est une question que l'on ne pose pratiquement plus, comme si elle ne se posait plus, comme si on lui avait trouvé une réponse parfaite, indépassable, réponse qui résolvait tous les problèmes qui pouvaient exister auparavant. Cette question, c'est de savoir qu'elle est la fin d'un gouvernement, la fin de la souveraineté du gouvernement, la raison (ou les raisons) pour laquelle nous donnons mandat à certains d'entre nous (ou à certains) pour nous représenter, ou pour nous gouverner. Cette question était posée par certains philosophes à l'époque de l'absolutisme royal. Face à un souverain qui estimait régner par droit divin et qui détenait un pouvoir conquis par la force et par la conquête, il était nécessaire pour certains philosophes de fonder la légitimité de sa souveraineté sur autre chose que sur la force, sur l'obligation qui lui était faite de gouverner en fonction du bien public, de l'intérêt général.

Ainsi Pufendorf écrivait : «On ne leur a conféré (à ces souverains) l'autorité souveraine qu'afin qu'ils s'en servent pour procurer et maintenir l'utilité publique (...). Un souverain ne doit rien tenir pour avantageux à lui-même, s'il ne l'est aussi à l'Etat.» Cette mise en question est évidemment fondamentale dans le cadre des anciens régimes monarchiques où un souverain succède à un de ses parents. Mais pour autant, n'est-il pas bizarre de ne plus se poser cette question dans le cadre d'un régime démocratique. Qu'est-ce qui expliquerait que cette mise en question ne se pose plus, qu'il ne soit plus nécessaire de s'interroger sur la fin ultime du pouvoir confié à quelques uns de nous représenter, de nous gouverner, même si leur légitimité provient du suffrage universel ?

J'aime rappeler que le terme démocratie provient du grec dhmo (dêmos : peuple) et kratia (kratos : pouvoir). Une fort belle introduction à toute réflexion sur ce concept politique et social. L'exercice que fait le président Nicolas Sarkozy du pouvoir exécutif, législatif et judiciaire, le mélange des genres qu'il pratique, entre les diverses fonctions (président de la république, chef du parti majoritaire), entre les différents pouvoirs, entre les intérêts de l'état, les siens personnels et ceux des plus riches fortunes de France dont il s'affiche comme l'ami (non pas seulement lui mais de nombreux autres ministres de son gouvernement) ... Tout cela doit nous permettre de souligner que le simple fait de recevoir sa légitimité du suffrage universel ne résoud pas par magie toutes les interrogations que l'on peut avoir, que l'on doit avoir, sur la légitimité de la souverainté de nos gouvernants, de nos gouvernements.

Certains ont pu croire que la démocratie résolvait tous ces problèmes, que le simple fait d'énoncer que le pouvoir émanait du peuple dans son entier et que ce peuple avait la possibilité de le confier à quelques uns de ses représentants était suffisant. Mais ce n'est pas vrai. Et pourtant, la façon dont une personne a obtenu son pouvoir, la manière dont elle est devenue gouvernant, par le biais du suffrage universel, ou par la force des armes, du poison ou par la conquête, n'a pas beaucoup d'incidence sur la façon dont elle gouvernera. La mise en place d'un régime démocratique ne règle ainsi pas la nécessité de définir les objectifs, les fins, d'un gouvernement. Dire que sa légitimité émane du peuple, du suffrage universel, ne résout en rien le risque que ce gouvernant use des pouvoirs qui lui ont été dévolus dans son seul intérêt, dans l'intérêt de ses proches ou de ses amis ... Ce que l'on a vu être mis en oeuvre par Nicolas Sarkozy et son gouvernement en est un simple exemple, comme cela a pu aussi être observé dans l'Italie de Silvio Berlusconi ou la Russie de Vladimir Poutine ... C'est la tâche à laquelle la philosophie politique va devoir s'atteler : répondre à la question que s'étaient déjà posés autrefois les philisophes et les juristes de droit canon à l'égard de l'origine et les fondements du pouvoir monarchique ... Comment faut-il gouverner ? En vertu de quelles fins, de quels principes, de quels objectifs ?


Réflexion trente-sept (4 août 2010)
Les débats sur le discours de Nicolas Sarkozy concernant la déchéance de nationalité

J'ai un problème de conscience. Au fond, le discours martial de Nicolas Sarkozy prononcé à Grenoble, que je n'ai pas entendu, ne me pose pas de problème puisque je trouvais déjà anormal depuis quelques temps que l'on ne puisse pas retirer leur nationalité française à des délinquants dangereux, ayant choisi de vivre en dehors des règles normales de la société française. Il m'est ainsi impossible de condamner le discours de Nicolas Sarkozy, et au fond, rien ne m'y choque véritablement. Dans ce que je proposais, il ne m'aurait pas non plus paru inacceptable de déchoir de la nationalité française leurs parents (père, mères, frères et soeurs). Dans mes armuments, le fait de vivre en dehors de nos règles fondamentales (ne pas tuer et ne pas voler) est un choix volontaire de ces personnes, et il ne me semblerait pas anormal de le faire subir les conséquences de leur choix ... Le fait que la déchéance de nationalité et l'expulsion du territoire français puisse également concerner leurs parents proches ne serait qu'un autre élément du choix qu'il leur faudrait prendre en compte ; et si malgré cela, ils s'engageaient dans cette voie criminelle, ils n'auraient, eux et leurs parents, qu'à subir les conséquences de leur choix.

Evidemment, il sera facile de me répondre qu'il s'agit d'un raisonnement de nantis, de personne de milieu social favorisé ... On me dira qu'il est facile de penser comme cela lorsque l'on a fait des études supérieures, que l'on a un emploi stable, que l'on est intégré socialement et professionnellement ... C'est vraisemblablement moins évident lorsque l'on est un jeune d'un milieu social défavorisé ou que l'on se trouve au croisement de sa vie, lorsque tout paraît possible, et que l'intégration sociale et le monde du travail paraissent être plus ou moins une forme d'esclavage et de déshumanisation ... Je me rappelle encore de ma vision de la société de cette époque.

En même temps, j'entends les réactions provoquées par le discours de Nicolas Sarkozy. Pas tant les critiques d'orfraies qui s'élèvent à gauche ; une bonne partie d'entre elles me paraissent tellement stéréotypées qu'elles me semblent sans fondement. Par contre, les critiques juridiques, constitutionnelles et philosophiques portées contre cette proposition, qui est aussi la mienne, me paraissent beaucoup plus fondées. En exprimant moi-même mon point de vue, il me paraissait en effet difficile d'appliquer dans la réalité une telle proposition. Qu'était-ce qu'un français d'origine étrangère ? Sans m'interroger sur les fondements de la nationalité française et sur la base que représente la Constitution française de 1958, il me paraissait néanmoins préoccupant de proposer d'exclure de la nationalité française des français quelle que soit leur origine.
http://www.lemonde.fr/politique/article/2010/08/03/decheance-de-nationalite-une-impossibilite-juridique_1395089_823448.html

Pour cette raison, je ne peux malgré tout que rejoindre l'opinion professée par Bernard-Henri Levy, qui a magnifiquement exprimé des idées belles et courageuses (par différence avec mes écrits beaucoup trop partisans).

Au delà de cela, je ne peux également que regretter que le président de la république n'est pas la capacité de retrait de la vie politique de ses prédécesseurs, et qu'il parle à tout bout de champ sans retenue ne réflexion. Ce n'est pas à lui de lancer des ballons d'essais, mais c'est à lui de défendre les décisions prises par le gouvernement. Il eusse mieux valu qu'il défende de telles idées après leur mise en oeuvre par le gouvernement et le parlement, plutôt que de vouloir faire croire que c'est Lui qui est à l'origine de tout !  Et comme d'autres internautes, je ne peux ignorer la probabilité que ces discours ne soient qu'une tentative de dévier l'attention médiatique des problèmes de sa majorité et notamment des déboires de son ministre Woerth.

Concernant cette affaire de déchéance de la nationalité française, l'impossibilité probable d'une telle décision politique n'élimine le problème que représente aujourd'hui des milliers de jeunes exclus ayant choisi de vivre aux franges de notre société, en dehors de nos règles sociales, parce qu'ils disent ne plus croire à la capacité d'intégration de la société française (ce qui est néanmoins encore à prouver). La solution serait peut-être de sortir du principe du 'droit du sol' sur lequel repose pour partie l'obtention de la nationalité française, pour en venir au principe du 'droit du sang', comme en Allemagne, de telle sorte que le simple fait de naître en France n'ouvrerait plus pratiquement automatiquement le droit à la nationalité française, ce qui limiterait fortement les problèmes liés à l'acquisition de la nationalité française.

Evidemment, je crois également que cette autre proposition posera autant de problèmes constitutionnels et philosophiques que ma première idée. De même, il est difficile de défendre une telle position qui, pour régler le problème de quelques jeunes insatisfaits et contrevenant aux règles de notre société, changerait le code de la nationalité en remettant en cause la situation de dizaines de milliers d'autres personnes obéissant parfaitement aux règles et qui ne créent aucun problème et sont parfaitement intégrées dans notre société.

Pour conclure, le texte de Bernard-Henri Levy :

« Le président de la République vient, à la faveur de la trêve estivale et de la torpeur qui va avec, de commettre, en huit jours, trois erreurs.

La première fut de convoquer, à l'Elysée, le 28 juillet, au lendemain des actes de délinquance graves dont Saint-Aignan (Loir-et-Cher) fut le théâtre, un "sommet" supposé "faire le point" sur "la situation des Roms et des gens du voyage". Il n'est pas sûr, d'abord, que le palais de l'Elysée soit le bon endroit pour débattre de questions de délinquance.

Il est sûr, en revanche, qu'il y avait dans le principe même de ce sommet une façon de faire l'amalgame entre des étrangers en situation irrégulière (certains Roms) et des citoyens de plein droit, Français depuis plusieurs générations et astreints donc, à ce titre, au droit commun à tous les Français (les hommes et les femmes entrant, à leur corps plus ou moins défendant, dans la catégorie statistique et administrative de "gens du voyage").

Mais il est évident surtout qu'il y avait, dans le fait même de convoquer cette réunion, dans le fait de dire les Roms ou les gens du voyage quand tels Roms ou tels gens du voyage s'étaient rendus coupables de délits ou de crimes, bref dans le fait de tenir une communauté pour comptable des agissements de certains de ses membres, un risque de stigmatisation collective contraire aux usages républicains.

L'opinion publique ne s'y est pas trompée qui a vu ressurgir, du plus haut des ministères jusqu'au caniveau des populismes, les clichés que l'on croyait éculés tant ils ont pu être, dans un passé récent, atrocement meurtriers sur le gitan "voleur de poules" ou propriétaire de "Mercedes grosse cylindrée". Et quant aux intéressés, quant aux honnêtes gens (puisque c'est, semble-t-il, le mot du jour) qui vivent dans une précarité honnête ou une opulence fiscalisée leur culture nomadisée, quant à ces Français de longue date ou d'adoption qui, communauté pour communauté, et dès lors qu'on les traitait comme une ou, plutôt, deux communautés, ont eu la surprise supplémentaire de découvrir qu'on n'avait même pas songé à convier à la réunion un représentant, un porte-parole, un témoin desdites communautés, ils sont, aujourd'hui, en état de choc.

Pour aucun autre groupe, on n'aurait osé agir de la sorte. De n'importe quelle catégorie sociale, on aurait, et c'est heureux, eu l'élémentaire courtoisie (ou précaution ?) de solliciter l'avis. En l'occurrence, on ne l'a pas fait – et qu'il se trouve si peu de responsables pour s'en émouvoir, que ce lapsus, cet oubli, ce mépris soient passés dans l'évidence et l'innocence, que la gauche elle-même ait semblé juger la cause peu digne de ses indignations programmées ne fait qu'ajouter à la colère le chagrin et, hélas !, la pitié.

La deuxième erreur fut, dans le désormais fameux discours de Grenoble, la proposition de déchoir de la nationalité française toute personne "d'origine étrangère" qui aurait "volontairement porté atteinte à la vie d'un policier, d'un gendarme ou de tout autre dépositaire de l'autorité publique".

Je passe sur le caractère ubuesque de cette notion d'origine étrangère. Car où commence l'origine étrangère ? A partir de combien de générations serait-on, dans l'esprit de la mesure envisagée, à l'abri de la possible déchéance ? Le président a-t-il un critère en tête ? Un test (peut-être ADN) ? Et, quand bien même cela serait, dans l'hypothèse où les Sages du Conseil constitutionnel, du Conseil d'Etat ou, tout simplement, du Parlement valideraient cette proposition insensée, qu'adviendrait-il des déchus ? N'ayant, comme tout un chacun, pas de nationalité de rechange, dans quel vide juridique tomberaient-ils ? Ex-Français ? Apatrides ? Allons-nous, sous prétexte que, comme dit le chef de l'Etat, la machine à fabriquer des citoyens "a marché" mais "ne marche plus", la remplacer par une machine à fabriquer des sans-patrie?

Le pire, cela dit, le pire et le fond de l'affaire, c'est que la proposition, si elle est sérieuse, si elle n'est pas juste une façon de gesticuler pour tenter de prendre à Marine Le Pen un peu de son fonds de commerce électoral, contreviendrait de manière frontale à un axiome trois fois sacré car inscrit dans le triple marbre des trois textes fondateurs de notre vivre ensemble républicain : le programme du Conseil national de la Résistance du 15 mars 1944, la Déclaration des droits de l'homme de 1948, la Constitution de 1958.

Il postule, cet axiome, l'"égalité devant la loi" (quelle que soit, précisément, leur "origine") de tous les citoyens. Il dit qu'on est Français ou qu'on ne l'est pas – mais qu'à partir du moment où on l'est, on l'est tous de la même manière. Il insiste : on devient Français ou on ne le devient pas – mais, dès lors qu'on l'est devenu, il est interdit de distinguer entre Français plus ou moins français.

On peut discuter, en d'autres termes, des conditions qui permettent d'accéder à l'être-Français; on peut les multiplier, les affiner, les durcir, les solenniser : mais que l'on laisse s'insinuer l'ombre de l'idée qu'il y aurait deux classes de Français selon qu'ils sont nés Français ou qu'ils le sont seulement devenus, que l'on se laisse aller à imaginer un ordre des choses où il y aurait les Français à l'essai et les Français pour toujours, les Français en sursis et les Français sans débat, les Français qui restent Français même s'ils commettent des actes de délinquance et ceux qui cessent de l'être parce qu'ils ne l'étaient, au fond, qu'à demi, voilà qui, si la France est la France, n'est tout simplement pas concevable. Question de principe.On ne touche pas, fût-ce par ruse ou tactique, à cette sorte de principe. Car, que l'on s'y risque, que l'on joue avec ce postulat fondateur, et c'est le socle de la République, ce bien commun des Français, qui se met à vaciller. On part, fleur au fusil, à la chasse aux casseurs de gendarmeries. On se retrouve, à l'arrivée, dans la peau d'un casseur de ce dont les gendarmeries sont censées être, aussi, les gardiennes: l'esprit des lois, le génie du droit, la lettre d'une Loi fondamentale dont tout le sens est de nous dire ce qu'être Français veut dire…

Et je ne parle même pas des suiveurs qui, l'imagination des imbéciles n'ayant pas plus de limites que l'autre, se sont engouffrés dans la brèche d'une politique dont on leur serine, en haut lieu, à tout bout de champ, qu'elle doit être "sans tabou" et brisent, en effet, les derniers tabous de l'honneur et du bon sens en lançant, par exemple, cette proposition ahurissante, presque démente: coller en prison les parents de mineurs délinquants n'ayant pas respecté, notamment, leurs "obligations en termes de résultats scolaires" !

Et puis la troisième faute, enfin, tient à l'usage même du mot de "guerre" dans la "guerre nationale" déclarée par le président, toujours à Grenoble, aux nouveaux voyous. Le mot était déjà problématique quand il servait à George Bush à déclarer, aux Etats-Unis, la guerre à un terrorisme dont son prédécesseur, Bill Clinton, fit opportunément observer qu'il ne se serait pas mieux sorti d'une classique mais implacable traque policière. Il l'était, en France, au moment des émeutes de 2005 dans les banlieues, quand le premier ministre du moment, Dominique de Villepin, exhuma un arrêté datant de la guerre d'Algérie pour imposer le couvre-feu à des quartiers dont il devint clair, en un instant, que les plus hautes autorités de l'Etat, celles qui avaient pour mission de calmer le jeu, d'apaiser les esprits, de refuser l'escalade et la surenchère, bref de doser répression et discours pour isoler les délinquants et, à terme, les punir, les tenaient pour des zones ennemies.

Eh bien, il est tout aussi choquant quand c'est le président Sarkozy qui le reprend et qui, ce faisant, chaussant ces bottes de va-t-en-guerre, entérinant l'idée que la France serait engagée dans une véritable guerre intérieure, bref, répondant à l'outrance par l'outrance, à l'escalade par une autre forme d'escalade, prend un double et même un triple risque: celui, en dramatisant ainsi les choses, de distiller dans le pays une autre sorte de tension, de fièvre, peut-être de peur et, au fond, d'insécurité ; celui de venir sur le terrain des voyous, d'accepter le défi qu'ils lui lancent et de consentir, par conséquent, à cette montée aux extrêmes qui est leur imaginaire en même temps que leur projet secret ; et puis celui, enfin, de s'engager dans une bataille dont les démocraties, ces royaumes du droit et du scrupule, ont toujours su qu'elles ne sont pas équipées pour la mener et dont il n'est pas du tout certain, du coup, qu'elles sachent la gagner.

Quand les voyous parlent de guerre, c'est une provocation. Quand les Etats disent "chiche, la guerre!", cela s'appelle la guerre civile. Et c'est précisément parce que la guerre civile menace, c'est précisément parce que le lien social, partout, commence de craquer, qu'il faut tout faire pour éviter ce que les mafias-terreurs nous présentent comme inévitable – et, inlassablement, répéter : les délinquants ne sont pas des ennemis, ce sont des criminels ; les gens chargés de les neutraliser ne sont pas des soldats, ce sont des policiers ; et si cette neutralisation est difficile, si les systèmes d'incivilité contemporains ont gagné en sophistication et contraignent ceux qui s'y opposent à plus d'habileté mais aussi de fermeté, la pire des solutions serait d'en revenir à la langue martiale, rustique et, encore une fois, hautement risquée de la militarisation de l'action policière : parler de "guerre aux voyous", c'est déjà l'avoir perdue.

Alors ce sont des mots, dira-t-on. Ce ne sont que des mots, probablement dictés par des considérations politiciennes. Sauf que, dans la bouche d'un président de la République, les mots sont toujours plus que des mots et donnent à une société son souffle, son rythme, ses réflexes. Face à la montée de l'insécurité et de la haine, face à la nécessité, comme disait Michel Foucault, de défendre la société contre des hommes dont tout le programme est le nihilisme, face à l'ardente obligation, n'en déplaise à l'angélisme ambiant, de lutter contre les voyous publics et leur violence sans limite, il y a, en vérité, deux solutions.

Monter aux extrêmes donc, tenir le langage de la déchéance, de l'œil pour œil dent pour dent et de la guerre : ce ne sera jamais que la version sophistiquée du tristement fameux "casse toi, pauv'con" – et, l'exemple venant d'en haut, les comportements des citoyens s'indexant mystérieusement mais constamment sur ceux des princes, c'est la garantie d'une société fiévreuse, inapaisée, où chacun se dresse contre chacun et où le ressentiment et la haine seront très vite les derniers ciments du contrat social.

Ou éviter le piège, cesser de faire assaut de déclarations fracassantes, prétendument viriles et qui ne font, je le répète, que souligner l'impuissance des Etats, sortir, en un mot, du rang des matamores et de leur bouillante passion pour la rivalité mimétique et l'esprit de revanche – et s'en aller fouiller dans l'autre corps, celui qui, selon l'historien américain Ernst Kantorowicz (1895-1963), est fait, non de passion, mais de distance, pour y puiser audace, fermeté, mais aussi sagesse, finesse, mesure et, surtout, sang-froid. Ce sont, en la circonstance, les seules vertus qui vaillent. Mais ce sont celles dont Nicolas Sarkozy paraît, hélas !, ces jours-ci, le plus tragiquement dépourvu. »
Bernard Henri Levy
http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/08/04/les-trois-erreurs-de-nicolas-sarkozy_1395439_3232.html



Saucratès


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22/11/2010
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