Critiques de notre temps

Critiques de notre temps

Morale et politique (3)

Réflexion trente-six (20 juillet 2010)
Les violences urbaines et le sarkozysme !

Faut-il faire un lien, comme certains internautes le font, ou bien d'autres au parti socialiste, entre le système gouvernemental de Nicolas Sarkozy et les violences urbaines qui ont frappé ces derniers soirs la banlieue grenobloise ou la région de Saint-Aignan ? Je ne dois pas cacher que lorsque j'ai entendu Benoît Hamon, porte-parole du PS, estimer «que les violences à Grenoble et Saint-Aignan illustrent l’échec de la politique manichéenne de Nicolas Sarkozy», je me suis senti extrêmement gêné. De même en entendant Manuel Valls. Cela ressemblait trop à de la politique politicienne ; le besoin d'égratigner ou de s'attaquer à l'adversaire politique, comme si le gouvernement actuel pouvait être tenu pour responsable de ces flambées sporadiques de violence dans des quartiers où la peur des habitants est palpable, et où je ne pense pas que nul d'entre nous, s'il avait le choix, à moins d'être un dealer de came, ne souhaiterait venir habiter s'il en avait le choix ... Un peu plus tôt dans la journée, sur mon blog, Kulturam avait fait le même rapprochement.
http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2010/07/19/97001-20100719FILWWW00379-violences-echec-de-sarkozy-hamon.php
http://www.rmc.fr/editorial/118938/les-violences-demontrent-lechec-de-sarkozy-selon-lopposition/

Et pourtant, à bien y réfléchir, le Parti socialiste et Kulturam ont raison d'une certaine manière. Evidemment, la politique dite ultra-sécuritaire de Nicolas Sarkozy n'est pas réellement en cause. De telles débordements de violence par des bandes de casseurs organisés, par des gens vivant plus ou moins en marge de la société, ne seront pas réglés par des envois de fleurs. Lorsque la seule réaction que peuvent avoir des bandes de jeunes adultes est la violence, la haine de l'autre et de la police, et la destruction de biens publics ou privés, en réponse à un fait divers qu'ils considèrent comme une injustice, nous sommes alors totalement en dehors du langage et de la logique. Il faut soit casser en amont des évènements ces groupes et leur logique en développant un dialogue permanent, en favorisant l'emploi, en les séparant les uns des autres en intégrant ces jeunes dans la société et dans la vie, soit répondre après-coup par une politique encore plus ultra-sécuritaire et ultra-répressive, en excluant ces jeunes de la société, en les emprisonnant ou en les expulsant de France pour les jeunes et leur famille d'origine étrangère. Evidemment, dans ce dernier cas, l'état s'attaquera à des innocents, les parents et les frères et soeurs, peut-être eux-mêmes victimes de ces mêmes bandes. J'ai été touché de voir au Journal télévisé un vieil habitant d'une cité grenobloise, apparemment d'origine étrangère, parlant difficilement en français, mais parlant de sa peur dans ce quartier.

D'une certaine manière, les injustices nées de l'application d'une politique ultra-sécuritaire peut entraîner un regain de la violence dans de tels milieux sociaux, en favorisant la crispation d'un rejet de cette politique ... Mais en même temps, face à cette même violence, le recul de la sécurité aura pour seule conséquence de laisser le champ libre à ces mêmes bandes, à leurs trafics et à leur prise en otage des autres habitants de ces quartiers. La seule autre solution au maintien d'une politique sécuritaire est sinon l'abandon de ces zones à ces bandes organisées, c'est-à-dire la création de zones de non-droit, de no-man-lands dans lesquels les habitants étrangers ou pauvres seraient abandonnés ; ce qui est un peu le cas observé actuellement.

La proposition inverse de Nolats de répondre à ces violences par un mixage social et éducatif plus grand me semble tout à fait improbable et inatteignable. Evidemment, c'est conforme à l'esprit de la loi (le maillage du territoire) et ce serait une belle réponse publique à une situation inextriquable. Mais je me mets une seconde à la place des pauvres ménages se retrouvant au milieu de cette violence urbaine, au milieu de ces zones de non-droit, au milieu de ces trafics ; je pense à leurs enfants confrontés à la violence dans ces milieus scolaires, où les seuls codes sont le racket, les agressions et les rapports de force physique ... et je ne pense pas que ce soit au bénéfice de ces familles et de ces enfants ... Je suis contre la mixité sociale parce que cela ne revient qu'à importer la violence, les vols et les trafics au sein de milieux préservés ... Cela ne représente pour moi que de la rétrogradation sociale, visant uniquement des classes moyennes et en aucun cas les classes les plus favorisées de la société française qui resteront pour leur part préservées.

Pour finir, il me semble important de mentionner qu'au delà du strict problème de la violence et de la réponse sécuritaire qui peut lui être apportée, la position des ténors du parti socialiste et de Kulturam est parfaitement fondée. C'est bien le décalage entre la politique conduite par Nicolas Sarkozy, ses implications sociales, les efforts demandés à la plus grande partie de la population française, et les avantages exorbitants réservés à une petite fraction de privilégiés et de proches du pouvoir, que ce gouvernement exonère d'impositions et auxquels il rembourse des centaines de millions d'euros d'impôts, qui pose problème et qui crée un sentiment révolutionnaire chez tous ceux qui n'ont rien à perdre, et notamment les jeunes. C'est le grand écart entre les discours de Nicolas Sarkozy et la réalité de son action au seul bénéfice des nantis qui donne corps à la rage de tous ceux qui s'estiment floués, qui alimente en combustibles cette jeunesse exclue et ceux vivant en marge de la société.

La révolution française est née d'un sentiment comparable il y a de cela plus de deux siècles !


Réflexion trente-cinq (5 juillet 2010)
Ce que nous apprend l'affaire Aurélie Boulet alias Zoé Shepard sur la vision de la démocratie en vigueur au parti socialiste !

Aurélie Boulet alias Zoé Shepard est l'auteur du livre polémique sur la fonction publique territoriale «Absolument dé-bor-dée ! le Paradoxe du fonctionnaire» (paru en 2010 chez Albin Michel) ... «Comment faire 35 heures… en un mois !». Aurélie Boulet, qui avait utilisé un pseudonyme pour écrire son livre, qui a changé les noms des personnages, le lieu de l'action (région parisienne et non région Aquitaine), a fait l'objet, depuis qu'elle a été dénoncée, d'une mesure de suspension de quatre mois début mai, d'une exclusion de deux ans (sans salaire) de la fonction publique territoriale (décision du 1er juillet 2010) et se trouve désormais sous la menace d'une mesure de révocation.

Quel motif à cet acharnement ? Le fait que quelques uns de ses collègues se soient reconnu(e)s dans son livre ?... Coconne, simplet ... Mais les noms des personnes ayant été changés et l'action se situant ailleurs, il faut vraiment ressembler trait pour trait à la caricature pour s'estimer blesser par un personnage de fiction romanesque. Le fait qu'elle était soumise à un devoir de réserve en tant que fonctionnaire ? Mais les fonctionnaires territoriaux n'appartiennent pas à la grande muette (l'armée) ; ils ont le droit de manifester, de faire grève, d'exprimer un point de vue, d'enseigner ... Et il existe d'autres précédents à une critique de l'administration, comme par exemple «Belle du seigneur» d'Albert Cohen sur les fonctionnaires de la Société des Nations (comparés à des primates), ou celui-ci se fondait sur son expérience de fonctionnaire international pendant qu'il était fonctionnaire.

Pendant ce temps-là, réunis au Carroussel du Louvre, les dirigeants du Parti socialiste s'attaquent sabres au clair à la politique de Nicolas Sarkozy et notamment au risque que celui-ci fait courir à la démocratie française ! Pendant également le même temps, le Conseil régional d'Aquitaine défend la liberté d'expression des journalistes (mais pas des écrivains ?) en placardant les photos des journalistes français enlevés ! J'ai la faiblesse de croire que le cas de Zoé Shepard (alias Aurélie Boulet) est emblématique de la réalité de la vision démocratique au sein du parti socialiste. Ce qu'il adviendra d'Aurélie Boulet nous touchera tous si le parti socialiste remporte les prochaines élections présidentielles et législatives, en 2012 ... Je n'aime Nicolas Sarkozy, sa clique et sa politique, mais je préfère un riche parvenu assumé que des tyrans phalocrates et fascistes !

Cette affaire est l'occasion de voir la réalité des idées d'un parti politique comme le parti socialiste derrière le paravent des idéologies et des coups médiatiques. On s'aperçoit alors que les mêmes genres d'hommes politiques sévissent dans tous les partis politiques, et que seul le hasard, les places libres, séparent des hommes politiques de droite et de gauche. Dans l'affaire Zoé Shepard (alias Aurélie Boulet), le président de région Alain Rousset et ses hommes de main (directeur général des services, directeur de cabinet) ou faudrait-il dire de basse oeuvre, ne sont que des loups hurlant au milieu de la meute, incapables de toute forme d'autodérision et d'humour, très forts lorsqu'il s'agit d'énoncer de grands discours, mais se transformant en petits tyrans dès lors qu'il leur faut les appliquer eux-mêmes personnellement.

Et c'est Joan Taris, élu régional du Modem, qui défendit Zoé Shepard alias Aurélie Boulet ... Une belle image que donne le Parti socialiste dans cette affaire ... Et ne chercher plus à trouver Aurélie Boulet dans l'organigramme du Conseil régional d'Aquitaine ; on ne l'y trouve plus. Vive la démocratie à la mode socialiste ; cela ressemble vachement à une dictature qui ne dit pas son nom !
http://aquitaine.france3.fr/info/aquitaine/zoe-shepard--deux-ans-de-suspension-preconises-63910674.html
http://www.penseesderonde.fr/2010/07/zoé-shepard-trop-petite-pour-avoir-le-droit-de-louvrir.html
http://quadraetcie.fr/1/?q=blog/zoe-shepard-honni-soit-qui-mal-y-pense


Réflexion trente-quatre (21 janvier 2010)
Du pouvoir populiste ...

Peut-on aujourd'hui parler de pouvoir populiste en France ou ailleurs en Occident (aux Etats-Unis par exemple) ? Le populiste se reconnaît aux grands gestes des mains dont il accompagne ses discours ... dixit Franck Herbert dans «La maison des mères», le cinquième tome de son cycle Dune. A ce titre, Nicolas Sarkozy devrait être considéré comme un leader populiste.

Selon Wikipédia, le terme 'populisme' a en politique une acceptation pratiquement péjorative ...


«Le populisme met en accusation les élites ou des petits groupes d'intérêt particulier de la société. Parce qu'ils détiennent un pouvoir, le populisme leur attribue la responsabilité des maux de la société : ces groupes chercheraient la satisfaction de leurs intérêts propres et trahiraient les intérêts de la plus grande partie de la population. Les populistes proposent donc de retirer l'appareil d'État des mains de ces élites égoïstes, voire criminelles, pour le mettre au service du peuple. Afin de remédier à cette situation, le leader populiste propose des solutions qui appellent au bon sens populaire et à la simplicité, mais ignore complètement les réalités de la décision politique (notamment le fait qu'elles doivent être inscrites dans un agenda, qu'elles doivent tenir compte des avis parfois contradictoires de la société civile), comme la complexité des situations décrites. Ces solutions sont présentées comme applicables tout de suite et émanant d'une opinion publique présentée comme monolithique.

Les populistes critiquent généralement les milieux d'argent ou une minorité quelconque (ethnique, politique, administrative etc.), censés avoir accaparé le pouvoir ; ils leur opposent une majorité, qu'ils prétendent représenter. S'ils accèdent au pouvoir, il peut leur arriver de supprimer les formes traditionnelles de la démocratie, au profit d'institutions autoritaires, présentées comme servant plus authentiquement « le peuple ».

Des comportements populistes peuvent affecter toutes les activités de la société, cela amène des organismes, des institutions ou des associations à favoriser des positions réputées « populaires ». Elles peuvent montrer paradoxalement un certain mépris pour le peuple, le vulgus latin, pensé comme la populace, la foule, les masses, le troupeau. Ceci est particulièrement notable en publicité où « le peuple » est mis en scène, souvent sous la forme de personnages ignorants ou idiots.

On attribue souvent aujourd'hui la qualification de populisme comme synonyme de démagogie ou d'opportunisme politique, surtout vis-à-vis de mouvements d'opposition.»


Voilà une définition que je trouve particulièrement intéressante, notamment en raison de sa parfaite opérabilité pour décrire le comportement du président de la république française, Nicolas Sarkozy.

1) La mise en accusation des élites ou de petits groupes d'intérêt particulier de la société ... Si vous ne vous en rappelez pas, Nicolas Sarkozy s'attaquait régulièrement, avant son élection à la présidence de la république, souvent aux énarques ainsi qu'aux banquiers ... Elu, il s'est également parfois attaqué à la franc-maçonnerie ... Tous groupes auquels il ne semble pas avoir appartenu et contre lesquels il semblait avoir une certaine rancoeur ... il est notamment l'un des rares présidents ou premiers ministres de la période récente à n'avoir pas fait l'ENA, même si l'on compte néanmoins des énarques parmi ses ministres ou ses conseillers ...

2) Des solutions qui appellent au bon sens populaire et à la simplicité ... présentées comme applicables tout de suite et émanant d'une opinion publique présentée comme monolithique ... Les discours du présidentiable puis du président Nicolas Sarkozy correspondent parfaitement à cette présentation, agrémenté d'une gestuelle des mains et des bras qui le font ressembler à un moulin à vent ... Répondre à l'évènement par des promesses simples, frappées (ou présentées comme frappées) du bon sens populaire ... Des promesses pratiquement jamais mises en oeuvre, puisque le rythme de prise des décisions politiques, liées aux débats parlementaires, n'est pas compatible avec la règle de simultanéité de l'actualité ... L'absence de prise en compte des avis parfois contradictoires de la société civile ...  Mais qui sont-ils donc, ces civils, qui osent remettre en doute la compréhension immédiate de l'opinion publique dont dispose le président de la république, grâce notamment aux sondages dont son équipe élyséenne est abreuvée ... qui osent remettre en doute l'opinion d'un homme sanctifié par le suffrage populaire !!!

3) Les populistes critiquent généralement les milieux d'argent ou une minorité quelconque (ethnique, politique, administrative) ... Cela est particulièrement vrai comme je le rappelais initialement, surtout concernant le milieu des banquiers ... Pour les minorités ethniques, les procédures de reconduites à la frontière sont là pour nous le rappeler, même s'il ne les accuse pas vraiment d'avoir pris le pouvoir en France ... Il se contente de chasser sur les terres du Front national, sans forcément en reprendre l'essentiel des thèmes et des argumentations ... Sa vision ethnique est limitée par son argumentation sécuritaire ; les minorités ethniques étant seulement accusées d'être responsables de la montée de la délinquance ...

4) On attribue souvent aujourd'hui la qualification de populisme comme synonyme de démagogie ou d'opportunisme politique, surtout vis-à-vis de mouvements d'opposition ... C'est François Bayrou qui fut le premier accusé de prendre des positions populistes par Nicolas Sarkozy et ses affidés juste avant les élections européennes ... Un comble en considérant l'auteur de ses critiques ... Il semble interdit de prétendre mieux comprendre le peuple que le président de la république, surtout depuis que celui-ci à oublier, pour un temps, jusqu'aux prochaines élections présidentielles, ses aspirations en faveur du peuple ...

5) Retirer l'appareil d'état des mains de ces élites égoïstes, voire criminelles, pour le mettre au service du peuple ... Il ne faut quand même pas rêver, Nicolas Sarkozy ne l'a pas fait ... Certains ont pu y croire en l'entendant parler de ruptures, en écoutant son discours ... Mais Nicolas Sarkozy a conservé l'appareil d'état entre ses mains, en n'oubliant pas ses amitiés parmi les plus grosses fortunes de notre beau pays, patrons des plus grands groupes commerciaux de la bourse française, profitant pour ses vacances ou ses escapades de leurs yatchs ou de leurs avions d'affaire ...

6) Des comportements populistes peuvent affecter toutes les activités de la société ... Ce genre de comportement ne se limite effectivement pas à Nicolas Sarkozy et à la présidence de la république française. Ce genre de comportement est simplement plus visible dans le cas des hommes politiques en raison de la médiatisation dont ils font l'objet, en raison de la couverture médiatique dont ils bénéficient ... Mais ce genre de comportement est observé à de très nombreux niveaux, dans de très nombreuses associations caritatives ou autres, dans des syndicats, dans des écoles ou ailleurs ... dès lors qu'il y a un peu de pouvoir à la clef en jeu, quelques occasions de se faire mousser ... quelques considérations à obtenir ... Il est dès lors tentant pour certains de flatter les bas instincts de quelques personnes pour se faire élire, pour manipuler quelques voix, pour être maintenu à un poste auquel on souhaite s'accrocher ...

C'est ce que l'on appelle la politique ...

Pour en revenir au domaine des hommes politiques, on pourrait comparer Nicolas Sarkozy et Barak H. Obama ... Evidemment pas par la taille, ni par la prestance, ni par leur pouvoir respectif, ni par leur image ... mais plutôt par leurs discours, ou du moins par les idées qu'ils essaient de faire passer, de véhiculer ... Mais autant Nicolas Sarkozy semble populiste dans son discours, semble manipulateur de l'opinion, semble faux, creux ... Autant les discours de Barak H. Obama semblent charrier de véritables idées personnelles, de véritables valeurs, à l'opposé de Nicolas Sarkozy ... Lorsque Barak H. Obama prononce un discours où il attaque les banques, les mesures qu'il promet, qu'il propose, qui auront peut-être autant de difficultés à être appliquées que celles de Nicolas Sarkozy, ce discours ne paraît pas populiste ... Il semble concerner un véritable problème, une véritable déviance de l'économie actuelle ... Lorsque Nicolas Sarkozy, avant ou après, s'attaque aux banques dans un discours comparable, cela n'y ressemble pas. Est-ce dû aux gesticulations de ce dernier qui viennent polluer son discours, qui lui donne une terrible proximité fasciste ? Est-ce simplement subjectif ? Est-ce dû au fait que ce genre d'attaque venant de Nicolas Sarkozy ne semble tout simplement pas vrai, trop en position avec sa réalité strass et paillettes d'ami de milliardaires ? N'aurait-il pas affiché de la même manière son amitié pour certains hommes d'affaires milliardaires dès son élection acquise que l'on l'aurait pu facilement cru ? En tout état de cause, l'absence d'application des mesures préconisées contre les dérives de la finance et de la banque ne s'explique pas par une opposition parlementaire contre ces mesures, comme Barak H. Obama, mais bien par une absence de volonté politique d'aller contre les intérêts des puissants et des siens propres ... D'un côté donc un Barak H. Obama grandiloquant ... De l'autre un Nicolas Sarkozy faux et populiste ??? Ou bien est-ce trop simpliste ?


Réflexion trente-trois (29 décembre 2009)
De la démocratie ...

La démocratie, du grec dhmo (dêmos - peuple) et kratia (kratos - pouvoir) est un concept politique et social extrêmement fragile dans notre monde moderne. Les citoyens de nombreux états au monde, et ceux de nos nations européennes au premier rang, le savent parfaitement, pour en faire ou en avoir fait régulièrement l'expérience de sa disparition et de son remplacement par des dictatures, des juntes militaires, ou des coups d'état. L'Europe a exporté dans le monde entier sa seconde guerre mondiale lorsqu'elle a basculé dans les fascismes et les totalitarismes (bizarrement, les Etats-Unis ont aussi exporté au monde entier leur guerre mondiale contre le terrorisme et contre Saddam Hussein, même s'ils ne semblaient pas avoir basculé dans un régime fasciste) ...

Mais la majeure partie des citoyens européens ne se rappellent des évènements ayant suivi la montée des fascismes dans les années 1930-1940 que par le biais de l'histoire apprise à l'école, étant nés pour leur grande majorité après ces évènements dramatiques. Tandis que les citoyens de nombreux pays, comme par exemple ceux qui aujourd'hui se battent en Iran contre le régime des mollahs ou du moins contre celui dont ils contestent la réélection, le vivent régulièrement dans leur chair et dans la réalité.

La démocratie est une réalité et un combat permanent, ce que l'on a vraisemblablement tendance à oublier en Europe, la considérant désormais comme un dû, comme un acquis, comme un moment indépassable, voire comme un fait inintéressant, sans aucune valeur, une obligation insupportable et barbante ... Ceux qui refusent de voter parce que leur vote est sans effet sur le résultat final, ou parce qu'ils estiment que le choix est biaisé à la base, oublient les combats menés par ceux et celles qui ont donné leur vie ou leur liberté pour défendre ou acquérir ce droit.

Mais l'histoire nous enseigne qu'il n'existe aucune force organisée de défense de la démocratie dans nos états modernes ou anciens, et qu'en dernier ressort, la préservation de la démocratie, de ses principes, de son application, ne repose en dernier et en seul lieu, que dans ceux qui disposent du pouvoir politique suprême et qui doivent défendre la préservation de la démocratie, ou dans le peuple lui-même, qui doit être prêt à descendre dans la rue et à donner son sang et ses larmes pour défendre son maintien ou l'acquérir au péril de sa vie. Aucune autre force militaire, policière ou judiciaire n'existe en dehors du peuple pour défendre la démocratie. Il ne faut en effet pas trop compter sur l'armée, la police ou la justice, qui ne sont là que pour défendre l'état qu'ils représentent et le pouvoir politique qu'ils assistent, quelque soit leur forme ou leur légitimité, dès lors que cet état ou ce pouvoir politique donne des ordres. En dernier ressort, l'action des uns ou des autres, dans l'armée, la police ou la justice, ne dépendra que de la position et des valeurs personnelles de quelques hommes à leur tête, et l'histoire actuelle ou passée nous enseigne que ces forces armées ou judiciaires se tournent le plus souvent vers la défense du statu-quo, de la position la moins risquée et de la plus avantageuse, et que sauf exception, ces forces se retournent toujours contre le peuple ... La masse des armées, de la police ou de la justice suivra aveuglément les ordres qui leur seront donnés, sans s'interroger sur la légalité ou la légitimité de ces ordres.

Faut-il alors être inquiet pour la démocratie en France sous l'hyper présidence de Nicolas Sarkozy et sous l'état UMP qu'il a installé dans les rouages de l'administration et du gouvernement ? Les derniers remparts d'une démocratie qui n'est déjà plus réelle depuis de nombreuses années mais seulement apparente, formelle, sont-ils aujourd'hui en train de tomber ? Le problème, c'est que l'on en sera sûr et certain que lorsque cet homme, ou un de ses successeurs, et ses sbires auront réussi leur coup d'état et que la démocratie ne sera plus qu'un souvenir, comme dans tous les pays du monde où des coups d'état ont eu lieu (Chili, Birmanie ...) ! Ce jour-là, il apparaîtra peut-être nécessaire à une majorité du peuple français de se battre pour rétablir la démocratie en France ... Mais ce même jour, il sera également nécessaire de confier à un autre groupe d'hommes ce même pouvoir récupéré en espérant qu'ils en useront toujours avec respect, sagesse et sens du bien commun ...

Respect, sagesse et bien commun ... Les électeurs français ont peut-être oublié ce principe fondamental à toute démocratie lorsqu'ils ont porté à la présidence de la république Nicolas Sarkozy en 2007 ...

 


Réflexion trente-deux (26 septembre 2009)
Le retour des néo-cons et de l'ordre du mal en France et dans le monde de manière plus générale ...


Je ne suis pas l'inventeur de cette théorie. N'en déplaise à certains de mes contradicteurs anonymes adeptes de l'insulte (qui sont-ils ? J'en ai bien une petite idée, même si ce n'est pas l'image qu'ils donnent d'eux sur leur blog ... lumineux ...), ce qui m'a conduit à les exclure de mon blog ; peine perdue puisqu'ils semblent utiliser des programmes d'adresses aléatoires. On a parlé du retour des néo-cons aux Etats-Unis, et du retour des adeptes de l'ordre moral, tout particulièrement à l'époque du gouvernement de Georges W. Bush. Mais même aujourd'hui, sous l'ère de Barak Obama et d'une majorité démocrate, ils sont toujours là, à exiger moins d'état, moins de lois, plus de morale réductrice ...

On en parle un peu moins en France, et pourtant ... C'est la thèse de Daniel Lindenberg sur ceux qu'ils appellent les nouveaux réactionnaires. Il voit un mouvement concerté à l'échelle planétaire de leur offensive, et j'en suis comme lui persuadé. Comme j'en parlais dans le post précédent, on observe en France une offensive d'un groupe libéral ou néo-conservateur rassemblé autour de Nicolas Sarkozy et de ses séides. D'un côté, les amis puissants du pouvoir UMP autour de Nicolas Sarkozy, milliardaires, politiques, juges, policiers ... De l'autre, les groupuscules d'extrême gauche mais également tous ceux qui sont de plus en plus considérés comme les ennemis du pouvoir et de leurs lobbys. Pour mémoire, il y a d'abord eu l'affaire du groupe de Tarnac et de leur «leader» Julien Coupat, considérés comme les nouveaux ennemis publics «numéro un» ... En même temps, il y eut tous les procès lancés par Nicolas Sarkozy pour des questions d'argent, pour des questions d'utilisation de droits d'image, ou pour des questions d'insultes : du «casse-toi pauvre con» au «je te vois Sarkozy» ... puis les procès intentés par les autres membres du gouvernement, comme Nadine Morano contre l'internaute Dominique Broueilh ...

Mais il y a surtout la mise en oeuvre d'une politique néo-libérale, de la valeur-travail avant tout, de ceux qui se lèvent tôt, de ceux qui préfèrent travailler plus pour gagner plus (et parfois moins) ... de la mise en exergue des chômeurs, des érèmistes, des assistés sociaux ... cela s'est aussi accompagné de la remise en cause d'une partie du droit syndical, de la réécriture du droit du travail à la redéfinition de la représentativité syndicale ... de la criminalisation des mouvements sociaux jusqu'aux promesses répétitives non tenues par le candidat puis le président de la république française ...


Réflexion trente-et-une (27 février 2009)
Saura-t-on, un jour, comme aux Etats-Unis, ouvrir une commission d'enquête parlementaire pour juger les dérives des années Sarkozy ... La démocratie existera-t-elle en France ?...


Mercredi 25 février 2009, le comité des affaires judiciaires du Sénat américain, par la voix de son président démocrate Patrick Leahy, a annoncé étudier la possibilité de mettre en place une commission d'enquête sur les dérives judiciaires des années Bush. De nombreuses associations de défense des droits de l'homme et parlementaires ont multiplié depuis cet automne les appels à l'ouverture d'une enquête sur les écoutes téléphoniques autorisées par l'exécutif sans mandat de la justice ni du Congrès, le recours à la torture dans des interrogatoires antiterroristes ou le limogeage de neuf procureurs en 2006 pour des raisons politiques (lire l'article du Monde).

« Nous ne pouvons pas avoir peur de comprendre ce que nous avons fait si nous voulons rester une nation vigilante dans la défense tant de notre sécurité nationale que de notre Constitution », a déclaré le sénateur Leahy dans un discours au Sénat.

Les parlementaires socialistes ou du Modem français auront-ils un jour le courage d'enquêter sur les années frics, paillettes et abus de pouvoir caractérisant la présidence Sarkozy ? Verra-t-on un jour s'ouvrir une commission d'enquête parlementaire sur les dérives des années Sarkozy, sur les entorses aux règles constitutionnelles présidant la gouvernance d'un état de droit, et d'enquêter sur les bénéficiaires des largesses du sieur Sarkozy et de son gouvernement ?

Une telle enquête parlementaire ne sera vraisemblablement pas possible avant 2012, soit pas avant trois ans, mais ce jour-là, ne sera-t-il pas possible que les dizaines de millions de français sans-grades, obscurs, voient enfin juger les méthodes Sarkozy, les abus de pouvoir, et les passes droits ... Verra-t-on alors effectuer un bilan de ces années de plomb, et une remise en cause des principales décisions injustes prises par l'administration Sarkozy dans l'intérêt de ses mandants milliardaires, hauts fonctionnaires ou banquiers (de chez Lazard ou Rothschild) ?

Pour les générations futures, pour le futur de notre république, une et indivisible (que Nicolas Sarkozy envisage même de violer pour promettre l'autonomie ou l'indépendance à une frange de domiens preneurs d'otages), pour les prochains hommes politiques tentés par une dérive monarchique et par la toute-puissance, pour ceux qui rêveraient le matin en se rasant de devenir président de la république, pour servir d'autres valeurs que le bien public et la Nation ... Pour tout cela, il faudrait que le parlement français trouve la force et le courage de condamner publiquement les dérives de Nicolas Sarkozy et de son administration, ainsi que d'en annuler les lois les plus injustes ou les plus emblématiques ...

Pour la démocratie !
Pour la France !


 

Réflexion trente (11 février 2009)
Les modifications de certains principes fondamentaux de la justice française (et de l'équilibre des pouvoirs) par Nicolas Sarkozy correspondent-elles à une simple dérive monarchique de sa présidence ou à la défense d'intérêts particuliers ?...


La démocratie française vit des heures difficiles, sous la présidence de Nicolas Sarkozy. L'air de rien, au milieu d'une masse de nouvelles propositions dont certaines ne voient jamais leur mise en application, dès lors qu'elles visent les plus riches de nos concitoyens (la volonté par exemple de limiter les bonus ... et non pas les salaires ... des banquiers ... et non de leurs dirigeants ...), Nicolas Sarkozy fait passer un certain nombre de réformes fondamentales pour les équilibres existant au sein de notre démocratie, qu'il impose ...

Et pourtant, après à peine deux ans de 'règne', certains font état de craintes sur la paralysie de son action et sur celle de son gouvernement. Mais, plutôt que de parler d'une paralysie, il faudrait d'une accélération des réformes intéressants au plus haut point les milieux patronaux et sociaux qui le soutiennent et auxquels lui et sa famille appartiennent. Ces réformes me semblent plus correspondre à un mélange des genres entre l'intérêt public affiché et des intérêts privés personnels, d'un homme et de sa caste.

Il y eut par exemple la suppression de la publicité sur les chaînes télévisées du service public, et de manière accessoire, la désignation par le gouvernement de ses dirigeants. Quel téléspectateur serait opposé à cette suppression de ces canaux de publicité qui coupent les films ou les émissions ? Evidemment personne ne s'en plaindra. Le président des chaînes publiques françaises a même été invité à devancer le souhait du gouvernement, malgré un retard législatif, pour que la décision du président de la république soit appliquée à la date prévue. Mais comment croire que cette décision politique opportune pour les concurrents privés des chaînes de télévision publique, accessoirement amis de Nicolas Sarkozy, ayant grandement facilité son élection, soit absolument fortuite, et ne soit pas avant tout destinée à avantager les chaînes privées de télévision du groupe Bouygues. Comment ne pas imaginer que cette disparition des produits publicitaires, vraisemblablement insuffisamment compensée par des prélèvements nouveaux qui disparaîtront probablement prochainement (s'ils sont un jour mis en oeuvre ... taxe sur les recettes publicitaires des chaînes privées ...), ne permettra au service public de continuer à concurrencer durablement ces mêmes chaînes privées, les privant des moyens nécessaires pour se développer ?

Il y eut aussi la possibilité laissée aux membres du gouvernement de retrouver leur mandat législatif après leur départ du gouvernement. Cela ressemble à une réformette. Mais on sort de cette manière de l'esprit de la constitution voulue par le Général de Gaulle (et par les constitutionnalistes qui y travaillèrent) pour en revenir aux pratiques de la trroisième et quatrième république, qui fûrent marquées par une forte instabilité politique, que cette mesure était justement chargée de limiter. Pour mémoire, les gouvernements sous la quatrième république duraient souvent à peine quelques semaines, au gré des changements d'alliance entre partis politiques. Or, en forçant les parlementaires ont perdre leur mandat électif en rentrant au gouvernement, cette instabilité gouvernementale était fortement limitée. La différence tient évidemment pour l'instant à un mode de scrutin différent (majoritaire et non plus proportionnel) qui ne conduit pas aujourd'hui à une telle instabilité. Mais dans le cas où une majorité claire ne sortirait pas des urnes, un jour prochain, tous les ingrédients d'une instabilité politique seraient de nouveau réunis, pour une réformette voulue par Nicolas Sarkozy dans un but uniquement favorable aux intérêts des élus UMP (puisqu'ils fûrent seuls à voter cette réforme constitutionnelle).

Il y eut encore la dépénalisation du droit des affaires, voulue par Nicolas Sarkozy, sans que l'on puisse éviter de s'interroger sur l'intérêt qui trouveront les grands patrons, proches appuis de Nicolas Sarkozy ... Mesure qui gênera d'ailleurs toutes les poursuites judiciaires et pénales qui seraient ultérieurement lancées par des petits porteurs grugés (mais aussi les riches victimes de Madoff, qui heureusement ne dépendront pas de la justice française, où Madoff ne pourrait être inquiété grâce à cette réforme sarkozienne, mais dépendront de la justice américaine ... sur laquelle notre hyper-président n'a pas encore prise ...) à l'encontre des profiteurs et des dirigeants frauduleux qui les auront ruinés.

Il y eut enfin la disparition du juge d'instruction, que Nicolas Sarkozy vient de décider personnellement, selon toute vraisemblance. La disparition des 'hommes les plus puissants de France' pose problème car il s'agit malgré tout d'un des fondements de notre système judiciaire et de l'équilibre des pouvoirs dans notre démocratie. Ce magistrat, chargé d'instruire à charge et décharge, même s'il instruisait plus souvent à charge (comme dans l'affaire Outreau) qu'à décharge comme il en avait l'obligation, constitue malgré tout une pièce maîtresse de notre démocratie. Désormais, notre sort reposera entre les mains de force de l'ordre dont je ne suis pas certain de leur équité et de leur parfait respect des droits des justiciables, d'un parquet inféodé aux ordres du pouvoir politique, et d'avocats qui en France savent parfaitement plaider mais ne savent pas jouer pas le rôle qui leur est dévolu dans un pays comme les Etats-Unis, où la recherche de preuves innoccentant le plaignant leur incombe. Comment oublier que dans ces conditions, aucune poursuite judiciaire contre le parti politique au pouvoir ne sera désormais plus possible, de leur parquet inféodé aux ordres de la chancellerie ? J'en vois l'intérêt pour le parti du président de la république, mais pas pour la démocratie française. Comment les intérêts privés peuvent-ils se substituer à l'intérêt public ?

Il faut que cela cesse !


Réflexion vingt-neuf (24 décembre 2008)
Considérations sur la démocratie en cette veille de Noël (suite) ...


Rien ne va plus en France. Ce sera Noël demain, mais Julien Coupat et Yldune Lévy demeureront en prison, lui à la Santé, elle à Fleury Mérogis ... Le père de Julien Coupat a raison de dénoncer un acharnement à l'encontre de son enfant. Cette décision a été prise par la présidente de la cour d'appel de Paris, alors qu'un juge des libertés et de la détention avait précédemment ordonné leur remise en liberté.

Une démocratie se mesure au traitement accordé au plus humble de ses justiciables. Au même moment, on apprenait la grâce présidentielle accordée par Nicolas Sarkozy à Jean-Charles Marchiani, ex-préfet du Var (parmi vingt-sept autres détenus méritants), précédemment condamné à trois ans de prison pour corruption et emprisonné depuis quelques mois, mais dont certaines personnes (d'anciens otages au Liban dont il avait obtenu le relachement) souhaitaient la libération ... Sans compter ses appuis à l'UMP ... Par cette grâce présidentielle, Jean-Charles Marchiani pourra bénéficier presque immédiatement d'une mesure de libération conditionnelle avant l'achèvement total de sa peine. On n'ose imaginer que cette mesure de libération puisse être décidée par la même présidente de la cour d'appel, et on n'ose imaginer le traitement qu'elle en ferait ... ni qu'il puisse être différent de celui réservé à la demande de Julien Coupat ...

Sous ce gouvernement libéral, j'ai de plus en plus de peine à convenir que la France puisse demeurer une véritable démocratie, qui respecte encore nos droits individuels et les libertés publiques ... entre une presse muselée, une justice aux ordres, une droite décomplexée et une police également décomplexée et libérée ...

L'acharnement dont font l'objet ces jeunes gens et leurs compagnons, apôtres d'une révolution menée contre le capitalisme, par un pouvoir exécutif qui ne partage évidemment pas la même haine du capitalisme et de l'argent, de la puissance et des réseaux occultes, par un système judiciaire et policier qui ne hait jamais rien autant que l'idéalisme, me pose problème. Il est aberrant que ce pouvoir politique continue de voler au secours du capitalisme lorsque celui-ci a failli, sans poursuivre aucun des responsables de cette gabegie, mais s'acharne sur quelques jeunes idéalistes qui rêvent de révolution et qui ont pu éventuellement endomager quelques lignes de chemins de fer ... Dans la droite ligne des actions menées par les résistants français contre l'occupant nazi, à l'époque de la seconde guerre mondiale.

Nous ne trouvons pas face à une possibilité de deux poids deux mesures ... Nous y sommes. Le pouvoir exécutif et judiciaire français semble vouloir faire un exemple de ces deux jeunes gens, parachutés comme icônes à la fois de la résistance à la droitisation de la République française et au capitalisme financier, et à la fois d'un terrorisme dont ce pouvoir excécutif fragilisé ne veut surtout voir s'implanter au centre même de la République française ...

En cette veille de Noël 2008, en cette deuxième année du quinquenat de Nicolas Sarkozy, à trois ans de la libération de la France de sa politique bling-bling libérale et partisane, que ces jeunes gens perdus dans une guerre qui les dépasse vraisemblablement, sachent que l'on pensera à eux, malgré leur enfermement dans nos prisons françaises.

Qu'ils soient persuadés que quelque soit leur implication dans de possibles actes de sabotage, leur cause était juste (à défaut d'être conforme aux lois de notre république), et l'acharnement dont ils font l'objet est profondément injuste. Et que d'autres avant eux avaient choisi la même voie pour combattre l'arbitraire et l'injustice, et que l'Histoire leur a donné raison. Et que leurs noms résonnent encore dans les annales de l'Histoire lorsque ceux de leurs adversaires ont été bannis des mémoires et sont frappés d'ignominie ... En espérant que quelque juge d'une cour d'appel lise ces quelques mots ...


Réflexion vingt-huit (18 décembre 2008)
Considérations sur la démocratie ...


Qu'appelle-t-on démocratie ? Question souvent évoquée dans ce blog, et interrogation sous-jaccente de nombre de mes réflexions. Petite remise en ordre de mes idées sur ce sujet sur la base de la définition de cette notion donnée par Wikipédia ...

« Le terme démocratie désigne un corpus de principes philosophiques et politiques, suivant lequel un groupe social donné organise son fonctionnement par des règles : élaborées, décidées, mises en application et surveillées par l'ensemble des membres de ce groupe, a priori sans privilèges ni exclusions.

(...) Le terme démocratie s'oppose historiquement aux systèmes monarchiques ou oligarchiques où le pouvoir est détenu et transmis au sein d'un petit groupe. Dans son sens originel (dans la cité-État d'Athènes du Ve siècle av. J.-C.), la démocratie (du grec ancien δημοκρατία dēmokratía, « souveraineté du peuple », de δῆμος dêmos, « peuple » et κράτος krátos, « pouvoir », « souveraineté ») est le gouvernement de tous (limités aux citoyens).

On résume souvent ce corpus à la formule d'Abraham Lincoln : « le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple », qui a été introduite dans la constitution de 1958 de la Cinquième République française. La caractérisation, par les articles ou prépositions « du », « par » et « pour », de la relation entre peuple et pouvoir qu'exprime le mot démocratie, n'est pas sans possibilité d'interprétations différentes, de l'idée et des principes qu'il contient, ni de leur mise en œuvre concrète. En ce qui concerne les régimes politiques qui en portent le nom, ou l'ont porté, ils se révèlent avoir été ou être très divers. Ainsi, aujourd'hui encore, il n'existe pas de définition communément admise de ce qu'est ou doit être la démocratie. Depuis Montesquieu, cependant, les régimes politiques sont distingués grâce à la séparation des pouvoirs.

(...) Les règles ou les principes qui régissent les modes de consultation des populations sont les éléments clef qui caractérisent toute démocratie. « La démocratie c'est le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple. » (Périclès, repris par Abraham Lincoln). Cette définition a deux conséquences directes :
- dans l'essence démocratique, les représentants d'un peuple ne peuvent être issus que de celui-ci, ce qui oppose fondamentalement la démocratie à tout système de type aristocratique, où le gouvernement est le fait d'une élite ;
- le gouvernement doit être pour le peuple et donc œuvrer dans le sens de l'intérêt général, par opposition à des décisions prises pour des intérêts particuliers ou dans l'« intérêt supérieur de l'État ». Une décision démocratique peut donc n'être pas populaire tant qu'elle vise effectivement et objectivement à l'intérêt de tous ; a contrario, une décision prise par un gouvernement ou un État pour garantir sa propre stabilité peut ne pas être d'essence démocratique (ce qui ne veut pas dire qu'elle est mauvaise) si elle ne concerne pas le peuple.

Souvent utilisé pour décrire la forme de gouvernement d'un pays, le terme de démocratie peut qualifier le fonctionnement de tout corps ou organisation sociale : société humaine, organisme public ou privé, associations, entreprise, famille, etc. Dans chaque cas, la notion de peuple doit être comprise comme l'ensemble des membres de l'organisation sociale.

Dans une démocratie l'ensemble des citoyens détient le pouvoir souverain et exprime sa volonté par le vote, selon le principe « un homme, une voix » ; ce principe peut d'ailleurs être considéré comme le fondement théorique principal de la démocratie. (Il existe des non-dits : si le mot « homme » est aujourd'hui compris en son sens général incluant les femmes ce n'était pas le cas à l'origine, l'âge minimum requis reste passé sous silence…).

Il n'existe cependant pas de critère officiel internationalement reconnu pour indiquer ce qu'est une démocratie ou ce qu'elle n'est pas. Les pays du bloc de l'Est se disaient avant 1989, par exemple démocraties populaires. La Chine se dit démocratique. Les régimes européens, qui pratiquaient la colonisation, se considéraient comme des démocraties, de même que les États-Unis qui pratiquaient l'esclavage puis la ségrégation. Et tous les pays possèdent des organes (comme les services secrets, voire des « officines » sans existence légale) dont le fonctionnement échappe à tout contrôle parlementaire.

Faute d'une définition universelle, on peut discuter sans fin sur le fait de savoir si un pays « est » une démocratie ou non. On pourrait toutefois s'accorder pour considérer qu'une « véritable » démocratie respecte les critères suivants :
- Égalité devant la loi : dans le cas largement répandu d'une démocratie représentative, où le peuple délègue son pouvoir souverain à des représentants, cela implique que lesdits représentants puissent être choisis par le biais d'élections libres ou par tout autre système équitable, par exemple le tirage au sort (cf. stochocratie) ;
- Garantie effective des libertés fondamentales, notamment : liberté de conscience, liberté d'expression, liberté de réunion et d'association, liberté de la presse, absence d'arrestations arbitraires, etc. ;
- Existence d'un système judiciaire basé sur des lois, librement établies par le peuple ou ses représentants, et respectées par le gouvernement et ses administrés ;
- Outre ces éléments, d'autres critères analogues sont confusément associés à la notion de démocratie : multipartisme, droit de propriété, liberté de culte, refus de la corruption des fonctionnaires et des élus (souvent nommé droits civils).

Ces principes reconnus comme nécessaires dans la culture occidentale contemporaine, sont considérés
- par les uns, comme universels ;
- par d'autres, comme spécifique à cette culture et donc dépourvus d'universalité, discutables, voire (à la grande indignation des premiers) comme de fallacieux outils d'impérialisme culturel de la part de l'Occident.
Dans cette querelle, des éléments de culture non occidentale mais reprenant les mêmes principes prennent une importance particulière, ainsi par exemple que la déclaration universelle qui a fait consensus à l'ONU.

La démocratie est une ligne d'horizon politique, un idéal (au sens strict du terme) vers lequel tendent des méthodes de gouvernement. Dans les faits, aucun système politique n'est « complètement » démocratique car un tel type de gouvernement supposerait une information totale et transparente, un niveau d'éducation et/ou d'instruction homogène dans la population citoyenne, l'empêchement constitutionnel de tout abus de pouvoir voire de tout risque de concentration des pouvoirs…

On constate cependant que toute démocratie se forme autour de 3 principes :
- Débat : échange libre entre personnes afin de prendre des décisions,
- Institution : pour permettre le débat et mettre en œuvre les décisions,
- Justice : afin que l'application des décisions se fasse avec le plus de justice possible.
Ainsi un état qui possède un parlement effectif et un gouvernement qui applique les décisions avec mesure est une démocratie. »

Définition extrêmement riche et touffue ... La question qui m'intéresse plus particulièrement consiste à savoir si je vis dans un état démocratique, et quels sont les états qui sont démocratiques. D'après Wikipédia, seuls deux états uniquement au monde se réclameraient non démocratiques, à savoir l'Arabie Saoudite et la junte birmane. Quelques autres pays se réclameraient démocratique tout en n'autorisant pas le pluralisme politique (la Lybie, la Syrie, la Chine et un état issu de l'ancienne URSS ...). Tous les autres états du monde seraient des démocraties. Et notamment l'ensemble de l'Afrique et de l'Amérique du Sud ...

Dans le cadre de la définition primordiale donnée de la démocratie ... « Le terme démocratie désigne un corpus de principes philosophiques et politiques, suivant lequel un groupe social donné organise son fonctionnement par des règles : élaborées, décidées, mises en application et surveillées par l'ensemble des membres de ce groupe, a priori sans privilèges ni exclusions » ... On s'aperçoit que très peu de régimes politiques respectent ces principes ... Très peu d'entre nous, citoyens français, n'avons pu élaborer les règles de fonctionnement de la démocratie française, et très peu d'entre nous pouvons surveiller leur mise en application et leur respect par nos dirigeants.

L'absence de privilèges et d'exclusions n'est plus non plus appliquée en France ni dans la majorité des sociétés occidentales capitalistes, où la richesse et l'appartenance à des réseaux de reconnaissance et de pouvoir sont des critères majeurs de différenciation entre les citoyens, et conditionnent l'appartenance à l'élite. Nos sociétés sont toutes entières traversées par ses lignes de fracture, entre les puissants d'un côté et les citoyens lambda de l'autre.

Le fonctionnement de nos sociétés occidentales, dites démocratiques, est aussi marquée par le retour d'une forme d'élitisme, d'aristocratie, où un groupe non démocratique se réserve l'exercice du pouvoir et l'accès à la représentation politique. C'est le cas en France où l'accès à ces postes de responsabilité politique a été de tout temps réservé à des élites. Autrefois, il fallait être notable (ou bourgeois) pour être maire, député ou sénateur ... Aujourd'hui, il faut être énarque et encarté dans l'un des grands partis politiques, et y disposer d'un réseau de connaissances pour y obtenir une investiture dans une circonscription disponible. Peut-on vraiment dire que la France est une démocratie à ce niveau ? Difficile à accepter pour les dizaines de millions de citoyens lambda exclus du champ politique, ou qui serviront d'obscurs colleurs d'affiches anonymes pendant les campagnes municipales, cantonales, régionales, législatives, référendaires ou présidentielles ...

La garantie effective des libertés fondamentales, et notamment de la liberté de la presse, pose également de plus en plus problème dans une société capitaliste, où les puissances économiques et financières ont fait main basse sur la majeure partie des médias papiers et télévisuels ... La liberté de la presse et d'expression devrait être traduit par l'indépendance de la presse à l'égard des pouvoirs politiques et financiers ... Parout dans le monde, et pas seulement en France, des groupes capitalistiques énormes contrôlent les médias et l'information qui y est donné, en étant susceptible d'influer sur cette information et d'influencer l'opinion publique. Certains états disposent d'une presse d'exception, que le capitalisme n'a pas réussi à museler ... La France se distingue par un journalisme qui ne respecte pas souvent son devoir d'investigation ... Il y a beaucoup de journalistes et de directions éditoriales aux ordres des puissants ... Et il y a surtout une culture de l'arbitraire publique ... L'arrestation arbitraire et disproportionnée d'un ancien directeur du journal Libération n'est-il pas un message d'avertissement donné par Nicolas Sarkozy, à travers une police instrumentalisée, à l'ensemble de la profession journalistique ? Du genre ... 'Faites attention' !

Les Etats-Unis eux-mêmes ont de nombreux attributs d'un régime démocratique, reposant sur l'action exemplaire de nombre de leurs élus (contre l'usage de la torture dans la 'guerre contre le terrorisme'), de nombre de leurs journalistes d'investigation, mais en même temps, pâtissent des mêmes travers que nombre d'autres états occidentaux, notamment liés à la puissance des forces capitalistiques qui y disposent de relais et de lobbys puissants, aux contraintes imposées par la guerre contre le terrorisme qui ont conduit à la création de tribunaux spéciaux pour lutter contre le terrorisme, qui ont conduit à légitimer l'usage de la torture pour obtenir des informations ... Ou à cautionner des états violents et agressifs (tels Israël ou les régimes militaires sud-américains) et à accepter que ces états tuent certains de leurs concitoyens dès lors que ces derniers ne respectent pas l'opinion du pouvoir (Rachel Corrie en Israël écrasée par l'armée israëlienne parce qu'elle s'opposait à la destruction de maisons palestiniennes) ...

D'une certaine façon, l'existence d'une démocratie dépend du désir du peuple. Ce qui est fondamental dans cette interrogation, ce n'est pas de savoir ce qu'est une démocratie, mais de savoir comment une démocratie peut disparaître, et l'exemple historique flagrant de cette possibilité est le cas de l'Allemagne nazie, lorsque, à un moment quelconque des années 1930, la démocratie de Weimar a laissé la place à une dictature fasciste.

Ou autrement dit, non pas de savoir ce qu'est une démocratie, mais à partir de quand un état ne peut plus être considéré comme une démocratie. Ou encore, quel est le critère déterminant pour considérer ou non que l'on vit ou non dans une démocratie.

... Dans le cas de la France d'aujourd'hui, où le pouvoir politique est confisqué depuis des temps immémoriaux par une élite non représentative du peuple, où l'égalité de tous est une construction factice inventée de toute pièce, où l'indépendance de la presse (le quatrième pouvoir) n'est plus assurée, où les forces de police ont de plus en plus de pouvoirs et de lattitudes pour contrôler et influer sur la population française et notamment sa fraction qui s'oppose au pouvoir cental ... Cette France-là est-elle encore une démocratie ?


Réflexion vingt-sept (23 septembre 2008)
Anna et la barbarie (suite ter) ...


Nous ne quitterons pas la notion de Barbarie ... cette fois encore ... La guerre est-elle une barbarie ? Le simple fait d'intervenir militairement dans un autre pays comme l'Afghanistan pour y maintenir la paix ou pour y permettre l'instauration d'un régime politique de droit, de type démocratique, est-il condamnable ? Le parlement français devait-il imposer le retrait des troupes françaises d'Afghanistan ?

Ce sont des questions importantes sur lesquelles on peut avoir des positions divergentes.

1) La guerre est effectivement un lieu où les hommes (ou les femmes) se laissent aller à leurs pires instincts, quelque soit leur nationalité, qu'ils soient français, américains, russes ou talibans. Rien à redire sur ce point. L'Irak récemment, où même des femmes soldats américaines se laissèrent aller à des actes inqualifiables sur des prisonniers irakiens ... La guerre d'Algérie où les soldats français comme les maquisards algériens se livrèrent à des massacres et à la torture ... La guerre en Tchéchénie dans laquelle les russes ne sont pas des enfants de choeur ... Faut-il qualifier ces actes de barbares ? Pourquoi pas ... On peut aussi estimer que l'homme au coeur des combats se laisse ramener à la part animale ou sauvage de sa personnalité ... Il n'y a pas une énorme différence ...

Maintenant, il faut aussi rappeler que les éventuelles exactions que pourraient conduire les armées occidentales sont désormais soumises à des enquêtes judiciaires et à des tribunaux militaires ... Les soldats occidentaux peuvent encore tuer (mais pas forcément au cours de toutes les opérations de maintien de la paix) mais dans le respect de certaines procédures d'engagement ... Les actes 'barbares' qu'ils pourraient ainsi commettre (si cela arrive) risquent donc d'être punis par nos lois occidentales ... Ce qui n'est absolument le cas pour les combattants talibans ou irakiens auxquels ils sont opposés, dont tous les actes de guerre ou 'barbares' qu'ils pourraient commettre sont considérés comme des actes d'héroïsme et fêtés par leurs frères de guerre.

La guerre est donc certes barbare ... et non uniquement civilisée ou aseptisée ... mais encore faut-il définir ce que l'on met derrière ces termes de barbare et de civilisée ... et selon le point de vue duquel on se place, les mêmes évènements ne sont pas ressentis et vécus de la même manière ... Terrible subjectivité du champ de bataille ...

2) Il en va de même de l'appréciation que l'on peut porter sur la guerre d'Afghanistan et sur l'engagement de soldats français dans cette guerre. Le parlement français, qui a voté hier la poursuite de la participation française à la force d'interposition de l'OTAN, et à la traque d'Oussama Bin Laden, a-t-il eu tord ? Aucune guerre ne peut être menée avec l'assurance d'avoir zéro tué ... Il y aura forcément des morts, d'autres morts français dans cette guerre contre les Talibans en Afghanistan ... C'est un risque que les soldats français engagés connaissent, du simple fait d'avoir choisi de devenir soldat pour la France, tout comme leur famille le connaisse également ... On ne s'engage comme soldat si l'on ne veut pas courir un tel risque ... Même si peut-être tout le monde n'en mesure pas le risque lorsque l'on s'engage dans les armes ... Raison certainement pour laquelle un certain nombre d'internautes telle Anna ne se sont pas engagés ... ou moi ...

3) Une démocratie telle la France peut-elle fuir d'Afghanistan parce qu'elle craint la mort de ses soldats, parce qu'elle craint la guerre contre un ennemi fanatique comme les talibans ? Est-ce la peur qui doit gouverner la politique étrangère de la France. Le fait que cette décision ne soit pas uniquement du ressort du gouvernement français, mais que le parlement français, beaucoup plus représentatif, soit appelé à voter sur la poursuite de la guerre, me semble quelque chose d'extrêmement favorable et constructif. Evidemment, les mauvaises langues ne satisferont pas d'un tel vote pour peu que le résultat ne soit pas celui qu'il voudrait. Il y a surtout une extrême facilité du parti politique situé dans l'opposition, qui peut expliquer qu'il votera non à la poursuite de cette guerre, puisque son vote n'influencera pas le résultat du scrutin, où la charge du résultat repose sur le parti majoritaire. Dans une situation différenten, dans le cas où le parti socialiste aurait été au gouvernement, ou il aurait été majoritaire à l'assemblée nationale, ses leaders auraient-ils pris la même décision de voter contre le maintien de la présence française dans l'OTAN en Afghanistan ? On ne le saura pas. Mais les Etats-Unis donnent souvent à nos hommes politiques des leçons de courage politique dont les nôtres sont souvent radins, limités par leur mesquinerie et leurs intérêts personnels ...

Mais, quel que soit le parti politique qui sera au pouvoir en France, il faut espérer que jamais notre démocratie ne reculera par peur face au fanatisme et à l'extrêmisme de quelques ennemis. Mais chacun est libre, après tout, de sa position ...


Réflexion vingt-six (21 septembre 2008)
Anna et la barbarie (suite bis) ...


J'estime personnellement que la notion de barbarie est fondamentale pour une philosophie humaniste et morale. Je ne peux donc laisser Anna se saisir seule de cette notion ... Non pas que son approche ou son présence sur la blogosphère soit indispensable comme elle le croit ... Mais par le fait que l'on ne peut laisser sur de tels sujets une vision totalitaire être la seule approche présentée. Toutefois, à la différence de cette internaute, je la cite, notamment pour que toute personne bien intentionnée puisse la lire également pour se faire par soi-même une idée. Libre ensuite que ce lecteur estime, comme Parker, que la vision d'Anna est plus conforme à la sienne. Cela ne me gêne pas, tant que l'on peut respecter l'opinion des autres et le droit des autres à avoir une opinion différente. Par différence avec Anna, je ne déforme pas non plus volontairement son pseudonyme comme elle a pu le faire dans l'un de ses récents articles ('un saut qui cratte' ... je suppose qu'elle a trouvé cela rigolo) ... ce qui dénote un comportement de cours de maternelle ... et ne correspond pas à l'âge de la photographie affichée sur son blog ... J'estime pour ma part que ne pas citer un contradicteur (même nul) ou déformer son pseudo n'est pas digne du dialogue démocratique qui doit être la norme sur cette blogosphère ... Oh, ce n'est pas très grave ... Si le monde était peuplé de gens bien élevés, ce ne serait plus le monde mais une utopie.

Pour en revenir à la Barbarie, et pour citer une fois encore Anna ... Sa nouvelle thèse du jour, c'est que l'holocauste ou les lois anti-juives de Vichy s'expliquent par une peur de la supériorité de la race juive sur les races européennes ... Mais il me semble que cette concession au sionnisme lui sert simplement ensuite à généraliser cette supériorité à l'idéologie islamiste ... D'où l'idée donc que notre peur de l'islamisme s'explique par notre conscience de sa supériorité en tant que race ou peuple ... Si j'ai bien compris ce qu'Anna veut dire ...

« (...) Ca ce n'est pas du colonialisme, c'est peut être la peur d'être...colonisé par une race supérieure.

Aujourd'hui nait la peur de l'impérialisme Islamique

A votre réflexion : il est peut être plus dangereux d'être un peuple considéré comme "supérieur" qu'un peuple asservi … »

Je ne connais et ne reconnais personnellement aucun peuple ou aucune race supérieur(e) aux autres ... Je ne reconnais non plus aucune religion comme étant supérieure aux autres. Je ne reconnais qu'une seule réalité ... Le fait que je crois en un seul ensemble religieux dans lequel je me reconnais ... J'ai eu la chance de naître dans une société humaine démocratique et dans une religion humaniste, qui n'entend pas conserver par la force et par une menace de mort ma croyance et le respect de ses valeurs ... et je n'en ai que plus de respect pour la société dans laquelle je vis et pour la religion dans laquelle j'ai grandi et dans les valeurs desquelles je crois ...

Parler de peuples supérieurs aux autres est une aberration. Penser que les peuples européens puissent s'estimer inférieurs à d'autres, et que cela explique les actes de barbarie auxquels ils se sont livrés à l'égard d'autres races me semble également grotesque ... Qu'Anna et quelques autres accusent les races européennes des actes barbares n'est pas neutre ... Car dans notre langue française, il me semble qu'il faut rappeler sans arrêt que « traiter un adversaire de 'barbare', c'est le priver d'une partie de son humanité, de son statut d'homme civilisé. » En déshumanisant et en décivilisant l'homme ou la femme européenne, que vise Anna et les autres ? Une nouvelle entreprise d'extermination ?

La barbarie n'existerait donc pas ? En fait, est considérée comme barbarie tout acte qu'un autre peuple ne comprend pas, tout comportement suffisamment contraire aux usages de ce peuple pour que cette violation des usages soit considérée comme une agression contre la culture de cet autre peuple ... Le barbare est un agresseur, sans morale, sans humanité, sans civilisation ... Et le barbare se doit d'être anéanti, car se joue alors la survie de la société qui est attaquée ... Voilà de quoi est constitué l'idéologie de la barbarie et du barbare.

Evidemment, les races européennes n'ont pas inventé la barbarie (il y a également eu des barbares à l'intérieur des races européennes ... les germains) ... Et Anna n'a pas innové dans cette réflexion sur la barbarie ... Michel Foucault ayant bien avant elle, dans ses cours de 1976 au Collège de France, approché cette notion du barbare dans l'histoire française ...

Pour les sociétés les plus archaïques de notre planète, pour les peuples de chasseurs-cueilleurs des forêts amazoniennes, seul leur peuple peut porter le nom de 'hommes' ... Les autres peuples qu'ils rencontrent sont des 'non-hommes' ... contre lesquels ils sont forcément en guerre (exemple rapporté par Pierre Clastres dont son étude des Guyakis, qui signifie 'hommes'). Traiter son adversaire de 'non-homme' ou de 'barbare' est ainsi un trait permanent (ou invariant culturel) de la race humaine, depuis des temps immémoriaux (car ces sociétés de chasseurs-cueilleurs ne sont rien d'autres que les dernières survivances des premières organisations humaines que l'humanité a connu ...

Comment échapper à cette classification de l'autre comme 'barbare', comme 'non-humain' ? Comment accepter le multiculturalisme tout en ne classifiant pas ces cultures en fonction de mérite ou de valeur supérieure ? Et comment les peuples européens pourront-ils continuer de co-habiter avec des peuples qui n'auront pas réussi cette évolution vers le relativisme culturel et le relativisme moral, face à des peuples ou à des religions qui en sont demeurées au stade de la diabolisation et de la déshumanisation de l'adversaire, pour mieux tenter de l'exterminer ?... Le dialogue étant déjà impossible avec quelqu'un comme Anna (qui ne semble pourtant pas très différente de nous), comment sera-t-il possible de continuer à dialoguer avec des cultures et des religions qui n'accordent aucune valeur à l'autre ?... Mais qui nous accuserons de les traiter en barbares ...


Réflexion vingt-cinq (17 septembre 2008)
De la barbarie (suite) ...


A son époque, le fait que Michel de Montaigne puisse écrire que les européens étaient tout autant 'barbares' que les peuples étrangers rencontrés n'avait rien de choquant, pour nous il s'entend (pas pour les européens de son temps). De son temps, l'Europe était plongé en pleine guerres de religion, dans les affres du fanatisme religieux, à l'époque notamment de la Sainte Inquisition espagnole qui faisait brûler vifs et vives 'sorcières' et héritiques, juifs et maranes ... Une Europe à feu et à sang ... En regard, les coutûmes 'barbares' des peuples sauvages rencontrés de par le monde par les explorateurs européens (canibalisme ...) n'étaient guère plus horribles en soi que les assassinats réalisés par les européens au nom de Dieu.

Ces temps de fanatisme religieux nous paraissent aujourd'hui en quelque sorte, non pas 'barbares', mais 'troublés', par difficulté de nous auto-juger et de nous condamner nous-mêmes et nos ancêtres.

Ce qui me paraît par contre inacceptable, c'est de déclarer que l'époque dans laquelle nous vivons en Europe, une époque où nos lois sont votées démocratiquement par nos parlements, peut-être non parfaitement représentatif de la société française, mais fonction d'un mode de désignation par essence démocratique (mais favorable à des élites constituées) ... que cette époque est une époque barbare, et que nous autres, citoyens français respectueux des lois, nous sommes aux yeux de certains, des barbares ...

Cette méthode de diabolisation des opinions différentes ou divergentes, utilisée notamment par Anna, est inacceptable dans un dialogue démocratique ... La diabolisation de l'opinion de l'autre est une arme des extrêmistes, des régimes totalitaires, des régimes ou des personnes en guerre. Appeler 'barbarie' le simple respect de lois démocratiques sous prétexte qu'on les estime illégitimes, est un signe de refus du dialogue. S'estimer seul civilisé par rapport aux autres, que l'on voit comme des barbares, est le début d'une entreprise de déshumanisation de ses adversaires, qui au final peut débouler sur l'anéantissement de ses mêmes adversaires, comme le fit le nazisme en son temps. Les personnes qui comme Anna, présente souvent l'Europe comme un régime totalitaire criminel pour sa politique à l'encontre des étrangers en situation irrégulière, sont en fait très proche de basculer dans une idéologie elle-même totalitaire et criminelle ...

Traiter un adversaire de 'barbare', c'est le priver d'une partie de son humanité, de son statut d'homme civilisé. Comme je le rappelais, on est tous le barbare d'un autre peuple. Dans un régime démocratique, appliquer les lois de son pays n'est pas de la barbarie, même si certaines lois peuvent paraître dures ou receler une forme d'injustice. Ne pas les appliquer peut alors être un choix de vie, un engagement, et je ne dénie à personne ce droit de ne pas appliquer des lois qu'il estime contraire à ses valeurs, voire de prendre des risques avec sa vie (pas dans notre société) ou avec sa liberté pour aller au bout de son engagement, dans l'illégalité. Mais chacun est alors libre de son choix et d'assumer les risques qu'il a pris avec la loi. Je ne nie pas que certaines lois envers les étrangers en situation irrégulière puissent être dures. Mais on ne peut contester l'application aveugle d'une loi, sauf à refuser le principe même de la démocratie, et du fait que les lois doivent être les mêmes pour tous. Sinon, où nous arrêterons-nous ? Si on prend en compte la situation d'un sans-papier, pourquoi pas prendre en compte la richesse de l'accusé ou ses appuis politiques. Cela se produit déjà assez régulièrement. Dirons-nous également d'un juge qui ne respecte pas la puissance et les appuis politiques d'un accusé que c'est un barbare ?

Un étranger en situation irrégulière qui choisit de vivre dans un pays et de bénéficier de son système social sans qu'il y ait un droit de séjour prend des risques en ne respectant pas les lois de ce pays ... De la même manière qu'un chauffard qui ne respecterait pas la règlementation routière risque une condamnation s'il est arrêté, il en va de même pour un étranger en situation irrégulière. Que la sanction qui puisse être prononcée soit d'être rapatrié dans son pays d'origine ne me semble pas criminel, puisqu'il existe une procédure auprès de l'OFPRA pour les personnes en danger de mort. Quant aux autres, ils ne pourront pas évidemment se construire la maison qu'ils souhaitaient dans leur village. Ils ne pourront pas revenir en se faisant passer pour riches dans leur pays. Ils auront échoué, parce qu'ils auront joué (avec la loi française) et perdu. Ils mourront peut-être lors d'un nouveau passage clandestin, sur une barque de fortune aux larges des côtes de l'Europe ... Injuste ? Peut-être ? De cette forme d'injustice due au fait que l'on ne choisit pas son lieu de naissance, que la naissance est simplement dû au hasard génétique, à la main du destin et à tous autres principes qui président à notre vie sur Terre.

Pour conclure, nous ne devrions traiter nul peuple de 'barbare'. L'islam ne fait que traverser une heure très sombre de son histoire, une époque troublée, telle celle que l'Europe à traverser au sortir du Moyen-Age, une époque où le fanatisme religieux conduit une fraction de ses croyants aux pires exactions et aux pires folies ... Une époque qui durera certainement encore quelques siècles ... Période pendant laquelle cette religion sera un danger pour l'ensemble des peuples qui l'entoure, à moins qu'elle ne se déchire elle-même, comme le fit le catholiscisme sous l'Inquisition espagnole. Une époque troublée certes ... non une époque de barbarisme ...


Saucratès



21/11/2010
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