Critiques de notre temps

Critiques de notre temps

Morale et politique (2)

Réflexion vingt-quatre (16 septembre 2008)
Sur la barbarie - Réponse à Anna ... ad nauseam ...


Dans sa note du jour, Anna nous explique, ad nauseam, que ce sont nos sociétés occidentales qui sont des sociétés barbares ... que la barbarie, ce sont nos lois à l'encontre des sans-papiers ... Pour elle, je la cite ... « La barbarie c’est quand vous n’êtes plus considéré comme un être humain qui a des droits. Que vous dites des choses, que vous affirmez des choses et que l’autre en face, celui qui a l’autorité sur vous vous regarde et que vous voyez dans ses yeux que vous pouvez dire tout ce que vous voudrez, il a déjà décidé que vous n’avez aucun droit, qu’on va vous renvoyez là d’où vous venez même si là où on vous envoie vous savez que vous allez crever. »

Est-ce cela la barbarie ? Les lois françaises et les réglementations européennes, votées démocratiquement par des instances représentatives démocratiques, sont-elles des lois barbares ? Pour être barbare, suffit-il d'appliquer des lois, de défendre les lois d'une société, et de ne pas laisser toute la misère de la planète et surtout de l'Afrique se déverser sur nos côtes, dans nos villes, dans nos maisons ? Est-ce une bonne définition de la barbarie ?

Anna pense « (...) qu’il y a des lois mauvaises et que personne n’est obligé d’appliquer une loi ou de laisser appliquer une loi quand elle est mauvaise. Que c’est ça être civilisé. » (que l'on m'excuse de citer Anna dans ce post ...). Cette définition a fonctionné évidemment pour d'autres époques troublées qu'a connu la France, lorsqu'en vertu de lois 'françaises', on déportait des êtres humains vers des camps de concentration et vers la mort en Allemagne nazie. Par un raccourci saisissant, Anna généralise cette période d'occupation de la France par les forces nazies allemandes à des lois prises démocratiquement à l'encontre des immigrés économiques qui séjournent clandestinement en France ou en Europe. Le problème est évidemment d'arriver à déterminer selon quelle modalité des lois doivent être considérées comme mauvaises.

Pour en revenir au vocable de 'barbarie', ce n'est pas la définition que retiendrait toute personne qui ressent une quelconque patriotisme et une certaine fierté d'être français ...(même si seul le hasard fait que l'on naît français ... ou américain ou antillais ou fils ou fille de milliardaire) ... patriotisme qui est enseigné à l'école mais doit aussi être cultivé ... patriotisme que les jeunes militaires français assassinés par des talibans en Afghanistan avaient chevillé au corps, au point de mourir pour leur patrie ...

Alors qu'est-ce que la barbarie ? Selon Wikipédia, la barbarie « traduit à la fois le mépris pour l’autre, l’étranger et la crainte qu’il inspire. Selon Michel de Montaigne, qui vécut l’époque « barbare » des guerres de religion de la fin du XVIe siècle : Chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage. »

« À l’origine, le terme barbare - emprunté en 1308 au latin barbarus, lui-même issu du grec ancien βάρβαρος (bárbaros) (« étranger ») - était un mot utilisé par les anciens Grecs pour désigner d’autres peuples n’appartenant pas à la civilisation grecque, dont ils ne parvenaient pas à comprendre la langue. Barbare signifiait ainsi simplement 'non-grec'. »

« Les Romains percevaient les barbares comme une menace. Après une première alerte à l’approche du Ier siècle av. J.-C. (Cimbres, Teutons), ils seront soumis cinq siècles durant à cette pression barbare, qui emportera finalement une partie de l’empire qu’ils avaient constitué et leur civilisation. La deuxième vague de ce qu’on appellera par la suite les invasions barbares a lieu au IIIe siècle, lorsque les Francs et les Alamans dévastent la Gaule, l’Espagne et l’Italie du Nord. Les Romains ne pourront résister aux grandes invasions et seront emportés par la vague barbare qui submerge la partie occidentale de l’empire. »

« Aujourd’hui, ce terme désigne un individu ou un groupe social considéré comme cruel, inhumain, non éduqué, violent, de mœurs rustres, etc. En illustre le barbarisme en linguistique. »

A noter toutefois « qu'à l’époque où ils commencent à commercer avec les Japonais, aux XVIe et XVIIe siècles, les Européens seront considérés par ceux-ci comme des 南蛮貿 (なんばん) (Namban), c’est-à-dire des 'Barbares du Sud' ».

Toujours selon Michel de Montaigne cité par Wikipédia, « Nous les pouvons donc bien appeler barbares, eu esgard aux règles de la raison, mais non pas eu esgard à nous, qui les surpassons en toute sorte de barbarie. »

Tout ceci pour dire quoi ...

Que l'on est toujours le barbare de quelqu'un d'autre ! Et qu'aucune époque n'y a jamais échappé ... Cette interprétation des islamistes en barbares s'explique simplement par l'incompréhension de l'Occident catholique, libertaire et libéral, baigné par les droits de l'homme et l'individualisme (méthodologique), vis-à-vis de l'idéologie de l'islamisme, de son fanatisme religieux, et du culte de la mort et du sacrifice qu'ils professent. Diaboliser son adversaire a été le propre de toutes les guerres. L'Amérique est ainsi le 'Grand Satan' pour les islamistes ... C'est simplement tristement humain.

Anna, qui nous traite presque tous de barbares, n'est pas elle-même une barbare ... Plus vraisemblablement une Don Quichotte moderne ayant trouvé quelques moulins à vent (ou éoliennes dans nos contrées) à combattre ... ou une personne dotée d'une énorme capacité à déformer la réalité ...


Réflexion vingt-trois (27 juin 2008)
Les sans-papiers, la loi et le principe de la dénonciation ...


Une assistante sociale a dénoncé à la police un sans-papier qu'elle avait rencontré dans le cadre de son travail ... J'imagine déjà les hurlements et les appels au lynchage dans certains milieux ... Cette dénonciation est-elle condamnable ?

La question me semble plutôt : qui sommes-nous pour juger de la validité de la Loi française ? De quel droit pourrait-on contester l'application de lois votées par un parlement et par un gouvernement légitime et démocratique ?

Parce que, si ces lois sont valides, il me semble qu'il y a alors lieu de les appliquer et de les faire appliquer. Et donc de dénoncer les contrevenants, même à la police. Il y a une exagération manifeste à comparer la situation actuelle des sans-papiers à la politique exterminatrice qui a visé les juifs sous l'Etat collaborationniste de Vichy. Les sans-papiers expulsés de France ne seront pas exterminés ni gazés dans leur pays d'origine. Simplement, ces clandestins ne bénéficieront plus des aides sociales et des services de santé français ... mais de celui de leur pays d'origine ... Peut-être que s'ils se battaient pour faire évoluer leur pays d'origine, au lieu de fuire chez nous, peut-être pourraient-ils faire évoluer leur pays d'origine et lui permettre d'échapper à la misère ...

Je ne saurais donc condamner cette assistante sociale. Elle a appliqué la loi française en dénonçant une personne ne respectant pas la loi sur le séjour ... Elle a joué son rôle et affirmé ses convictions politiques ou éthiques ... De même qu'en face, d'autres personnes cachent ces mêmes sans-papiers, jouant également un rôle qu'ils estiment éthique. Avec des risques personnels d'être poursuivis pénalement. Risques que ces personnes assument vraisemblablement. La Loi est faite pour être appliquée ... L'inhumanité, ce n'est pas d'expulser une personne dans le pays où elle est née, où elle a grandi ... Même si, pour une raison ou une autre, cette personne préférerait rester dans un autre pays, pour des motifs personnels ou financiers.


Réflexion vingt-deux (2 mai 2008)
"Dans les soirées, il y a toujours des invités qui arrivent à la fin, quand les premiers venus commencent à partir" ... ou l'adhésion tardive de la France, sous la houlette de Nicolas Sarkozy, au libéralisme, alors que les républicains eux-mêmes l'abandonnent aux Etats-Unis ...


Il y a vingt-cinq ans démarrait dans les pays anglo-saxons la révolution libérale, sous l'ère Thatcher et Reagan ... Ving-sept plus tard, il semble que cette révolution soit abandonnée par ses principaux inventeurs ... Le Royaume-Uni a depuis longtemps tourné la page du libéralisme après une décennie de politique blairiste ... Même si le Royaume-Uni, bien que dirigé par des travaillistes depuis plus d'une décennie, demeure par certains côtés plus libérale que la France, gérée majoritairement par des libéraux depuis également plus d'une décennie.

Les Etats-Unis s'apprêtent peut-être également à tourner la page de l'ère ultra-libérale, non pas en raison des futures élections présidentielles, qui risquent d'opposer le républicain Mac Cain aux démocrates Clinton ou Obama, mais en raison de la crise financière qui secoue les Etats-Unis et conduit à remettre en cause les dogmes du tout-marché ...

Les pays anglo-saxons découvrent ainsi aujourd'hui l'incapacité du secteur privé à gérer de manière éthique et durable les secteurs des infrastructures publiques ... transports routiers, transports ferrovières, transports aériens ... et certains de leurs politiques en arrivent à admirer les réseaux ferrés européens et notamment français, demeurés sous le contrôle de l'état ...

En effet, tout le monde connait le degré de vétusté des trains et des réseaux ferrés anglais ... La situation est également presque pareille aux Etats-Unis, avec des réseaux ferrés datant du dix-neuvième siècle. Les aéroports privatisés il y a quelques décennies construits précédemment dans les années 1950, sous Eisenhower, n'ont pas non plus fait l'objet des entretiens indispensables. Les Etats-Unis découvrent ainsi que seul un état, et en aucun cas le 'marché', peut lancer des programmes de construction d'infrastructures sans rentabilité immédiate ... Ils redécouvrent ainsi que seul l'état doit s'occuper des secteurs sources d'externalités positives .... éducation, gestion des infrastructures ...

Vingt-cinq ans après les pays anglo-saxons, les gouvernements libéraux français lancent leur programme libéral de privatisation de l'économie française ... Nicolas Sarkozy se pose en admirateur du libéralisme américain, dont il ne voit que les bons côtés ... (mais quels sont-ils ?) ... D'où cette boutade lancée sur Nicolas Sarkozy ... "Dans les soirées, il y a toujours des invités qui arrivent à la fin, quand les premiers venus commencent à partir" ... Nicolas Sarlozy et son gouvernement de 'libéraux décomplexés' vont-ils nous lancer dans l'aventure et les erreurs des remèdes ultra-libéraux justement maintenant lorsque les erreurs de ce modèle sont reconnus par tous ceux qui l'ont adopté vingt-cinq ans auparavant ?

A ce sujet, lire l'article du Monde suivant
http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/04/30/greenspan-reagan-la-chute-des-idoles-par-sylvain-cypel_1040088_3232.html


Réflexion vingt-et-une (30 avril 2008)
Le verdict de l'affaire Sean Bell ou la confirmation que le racisme existe encore aujourd'hui aux Etats-Unis ?...


Les Etats-Unis, chantre de la démocratie, continueront d'occuper une part importante de mes réflexions en matière de politique, de morale, d'égalité des droits entre tous les citoyens, que l'on parle de droits civiques ou de droits sociaux.

La place accordée aux noirs américains au cours de l'histoire des Etats-Unis est tout particulièrement terrible. Voilà une nation qui a réduit en esclavage une partie de sa population, qui l'a ensuite maintenue dans la misère économique et sociale, dont une partie de la population blanche, affiliée au Khu-Klux-Klan, a pendu, tué et brûlé des dizaines de milliers de 'nègres' entre les années 1800 et 1950, afin de maintenir l'ensemble de la population noire du Sud des Etats-Unis dans la peur et dans l'inégalité civique et économique ... Sans même être certain aujourd'hui que le Khu-Klux-Klan est véritablement dissous et ne dispose pas d'appui dans les forces de police et dans les troupes fédérales.

Il serait ainsi tentant de considérer que le procès inique des assassins du jeune noir-américain Sean Bell, tué en novembre 2006, à la veille de son mariage, de cinquante balles de pistolet dans le corps, est un signe de la persistance du racisme aux Etats-Unis. C'est d'ailleurs un peu l'impression que semblent en donner les divers leaders des associations de défense en faveur des droits civiques lorsqu'ils sont intervenus apèrs le verdict.

Mais il ne peut être oublié que les accusés suspectés de ce meurtre étaient pour partie également des noirs américains (deux sur trois). Il est ainsi difficile d'argumenter sur un procès empreint de discrimination raciale. La justice américaine n'a pas ainsi gracié des policiers blancs ayant assassiné un jeune noir américain, mais des policiers noirs ayant assassiné un jeune noir américain.

Evidemment, on peut suspecter (avec raison) que le verdict du procès aurait pu être différent si la victime n'avait pas été noire mais avait été un jeune blanc avec des copains blancs. On peut donc parler avec raison de discrimination possible. On peut aussi imaginer que dans ce cas, les policiers ne l'auraient pas criblé de balles, sauf à imaginer que ces deux policiers noirs auraient voulu venger leurs frères noirs également abattus parfois par les forces de police ... ce qui en ferait un crime raciste mais dans l'autre sens ...

On peut donc parler de discrimination en ce qui concerne le verdict de ce procès, on peut parler d'un meurtre sur la base de préjugés sur les noirs américains, on pourrait même parler du procès de la peur, mais on ne peut parler de meurtre raciste ou de procès raciste ...

Comme l'écrit Lozès, cette affaire est celle des "stéréotypes, du délit de faciès et de la violence policière". Mais ce n'est pas celle du racisme.

Faut-il pour autant parler de délinquance policière ? Ou plus simplement d'incompétence policière ... Incompétence particulièrement terrible lorsque la moindre erreur peut se traduire par la mort d'innocents ... Les employés de bureau normaux, incompétents, ne courrent pas les mêmes risques, lorsqu'ils se trompent de tampons, ou donnent des conseils oiseux à leurs vis-à-vis ... Dans le cas des policiers, la moindre erreur est lourde de conséquences, ce qui accentue la pression qui repose sur eux ...

A qui la faute ... Aux policiers ? ... Aux milliers de jeunes noirs délinquants aux Etats-Unis qui n'hésitent pas à sortir des armes pour se défendre à l'encontre de la police ? ... A la justice et aux lois ? ...

Evidemment, pour la facilité des réactions à l'encontre d'un tel procès, il eut été préférable que la victime de ce meurtre n'eut pas été un homme ou une femme blanche, relativement âgé(e), habillé en costume-cravate de grande marque, travaillant visiblement à Wall-Street ... L'erreur des policiers eut été manifeste et leur tentative de meurtre évidente ... Mais ce n'est pas le cas ... Sean Bell était noir et jeune ... Les préjugés contre les jeunes, les noirs, le sexe et les habits ont la vie dure ... même dans les blogs ...


Réflexion vingt (23 avril 2008)
Comment une démocratie telle celle des Etats-Unis a-t-elle pu commettre autant de massacres à l'encontre des citoyens d'autres états ainsi qu'à l'encontre de son propre peuple ... histoire du massacre de Ludlow le 20 avril 1914 ... à la veille du début de la première guerre mondiale ...


L'histoire des Etats-Unis, bien que courte, est riche de massacres à l'encontre des natifs amérindiens, à l'encontre des noirs-américains, précédemment puis postérieurement à l'abolition de l'esclavage, à l'encontre du monde ouvrier et du monde syndical ... parmi d'autres.

Le massacre de Ludlow eut lieu lors de la longue grève du charbon qui s'est tenue au Colorado en 1913-1914, sur quatorze mois. La grève était organisée par le syndicat de l'United Mine Workers of America (UMW ou UMWA), qui engagea la lutte contre les trois principales compagnies minières du Colorado que sont la Colorado Fuel & Iron Company (CF&I) détenue par la famille Rockefeller, la Rocky Mountain Fuel Company (RMF) et la Victor-American Fuel Company (VAF). Le 20 avril 1914, deux compagnies de la Colorado National Guard mitraillèrent un important campement de grévistes mineurs à Ludlow dans le Colorado, puis y mirent le feu. Plusieurs dizaines de mineurs grévistes furent abattus, au cours des échanges de coups de feu ou en prenant la fuite. Douze enfants et deux femmes furent également brûlés vifs dans l'incendie déclenché par la garde nationale, en s'étant réfugiés dans des tranchées pour échapper aux balles des fusils mitrailleurs.

Des milliers de salariés, de mineurs et de syndiqués rejoignirent le Colorado avec des armes, envoyés par la United Mine Workers, la Denver Cigar Makers Union ... pour combattre la Colorado National Guard ... Des attaques de mines de charbon eurent lieu, des assassinats de gardes et des explosions de puits ...

Mais aucun surveillant de mines, dont nombre furent pourtant coupables de meurtres de syndicalistes au cours des quatorze mois de conflits, ni aucun soldat de la Garde nationale, ne furent inculpés pour meurtre pour ces faits. Et ce furent des troupes fédérales envoyées par Woodrow Wilson qui ramenèrent l'ordre dans le Colorado, alors que le mouvement de grève s'était essoufflé après ce massacre et la guerre civile qui s'ensuivit.

C'est cela l'histoire de l'Amérique. L'histoire de l'Amérique des perdants et des sans-grades ... Un monument de granite a été érigé à Ludlow en mémoire des grévistes tués lors de ce massacre et de leur famille.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Massacre_de_Ludlow


Réflexion dix-neuf (17 avril 2008)
La démocratie existe-t-elle réellement ... et ses rapports avec le développement économique ...


La démocratie, bien qu'étant un critère imparfait pour expliquer le développement économique, au sujet duquel on peut s'interroger à raison sur sa pertinence, existe-t-elle réellement dans les faits ?

Parce que je vis en France et que je suis de nationalité française, j'aurais plutôt l'impression qu'il faudrait parler de démocratie formelle. La difficulté pour les citoyens d'un pays d'appréhender la réalité quotidienne d'une démocratie s'explique par les difficultés de la délégation du pouvoir vers nos représentants. On n'appréhende véritablement une démocratie, avec ses avantages, ses inconvénients et ses limites, que lorsque l'on en est un élu. Mais c'est plus facilement envisageable dans les petites communes rurales, avec peu d'habitants, que dans les grandes agglomérations regroupant une centaine de milliers d'habitants, où le nombre de postes d'élus est relativement limité par rapport à la population éligible.

Le problème des démocraties tiennent aussi dans la confiscation du pouvoir de désignation des candidats dans les principaux partis politiques par des groupes non représentatifs, par une nomenklatura issue de grandes écoles (telle l'ENA), ou encore par des organisations secrètes telles des loges maçonniques. Lorsque l'égalité de tous devant la possibilité de se présenter aux élections désignant les représentants du peuple n'est pas respectée, lorsque les choix des citoyens semblent biaisés grâce à la confiscation du dialogue au bénéfice de quelques leaders autoproclamés et charismatiques ... Alors ces citoyens cessent de se croire en démocratie, pour se croire dans une forme de sondage d'opinions où une petite partie des citoyens confisquent les pouvoirs et la prise de décision à leur profit.

Ainsi, il m'est difficile d'assurer que nous vivons en France dans une démocratie. Cela a la forme d'une démocratie, les règles d'une démocratie, il y a des élections libres régulières pour choisir nos représentants, le choix entre ceux-ci est parfaitement libre, les élections sont le plus souvent normales, sans bourrage d'urnes, même si les candidats choisis par d'autres (même si la mise en oeuvre de primaires au PS et à l'UMP donne l'impression que les adhérents participent au choix), avec l'aide des médias qui leur donnent la stature indispensable pour pouvoir être connu et être élu. Mais est-ce vraiment une démocratie ? La France n'est même pas véritablement un état de droit, en raison des 'libertés' prises par un certain nombre d'entre nous avec les règles sociales de fonctionnement de notre société française.

Peut-on dire que la démocratie n'existe vraiment nulle part ? Après tout, la France n'a peut-être pas inventé la démocratie, même pas la république (Platon l'avait inventé avant nous !), mais c'est l'une des premières démocraties de l'ère moderne, et si la France n'est pas une démocratie, il n'existe pas de démocratie véritable, et en tout cas il n'en existe pratiquement aucune dans le monde en développement.

En fait, il n'y a pas de démocratie en France pour une raison ... Le non respect des principes fondateurs de notre démocratie, de notre république, ces trois mots écrits aux frontispices de nos monuments publics, de nos maisons du peuple (devenus aujourd'hui des entreprises commerciales et des chasses gardées au profit de certains) ... Liberté, Egalité, Fraternité ... à ne pas confondre avec ceux du régime de Vichy ... Travail, Famille, Patrie ... que nos gouvernements libéraux successifs semblent préférer défendre et appliquer ...

C'est l'absence d'égalité réelle entre les citoyens français, égalité à l'égard des puissances de l'argent, du pouvoir, des études, du milieu de vie, qui détruit notre organisation sociale, et la démocratie ... Le simple fait que certains puissent, grâce à des réseaux occultes, contrôler la vie publique, les désignations, les élections, l'économie française dans son ensemble.

Evidemment, ce contrôle occulte n'est pas formellement visible en France, au travers du prisme des médias qui sont également soumis à ce même contrôle, tandis que dans de nombreux états en développement, les mêmes contrôles sont plus apparents, car s'appuyant sur des institutions voyantes, telle l'armée, la gendarmerie, des clans ou des ethnies ...

Mais au fond, où se situe la différence ? Nulle part ! Le plus souvent, la démocratie n'existe pas, n'est qu'apparence ... Même si, ailleurs dans le monde, son absence peut prendre des formes beaucoup plus coercitive qu'en France ...

Il faut cependant se rappeler qu'il s'agit du moins mauvais système politique existant actuellement ... je n'irais pas dire le moins mauvais système de représentation politique que l'homme est inventé ... Car il me semble qu'il en a cependant existé de meilleurs dans un passé ancien ... Lire Pierre Clastres à ce sujet ... 'La société contre l'état' ...

De même, parler de peuples respectueux des lois, comme les allemands ou les japonais, ou à l'inverse estimer que les français sont un peuple dont une large partie préfère s'abstraire du respect des lois, est excessif, car, comme Comte-Sponville l'écrivait, le respect de la loi n'est pas suffisant en soi, sans le respect de la morale. Seule la morale, et au dessus d'elle l'éthique (ou l'amour) peut venir contraindre et orienter l'action en respect de la loi ... La loi sans la morale n'est rien ... Les allemands et les japonais furent un peuple extrêmement respectueux des règles dans les années 1930-1945 ... mais absolument pas respectueux d'une morale d'action non pervertie ...


Réflexion dix-huit (13 avril 2008)
Capitalisme, racisme, pauvreté ... Où il faut noter la persistance d'une même misère au travers des siècles ... Où le racisme ... qu'il touche les blancs ou les noirs ... présente la même forme et la même injustice ... et correspond toujours, que ce soit aux Comores, aux Etats-Unis ou autrefois en France, le même caractère d'un racisme d'état, officiel, haineux ...


Le racisme est-il UN ? Il me semble qu'il existe deux formes de racisme, l'un contre les noirs, l'autre contre les blancs. Il ne me semble pas qu'il s'agisse d'une même forme de racisme.

Le racisme contre les noirs repose sur une croyance de la supériorité (ou de l'infériorité) d'une race sur une autre. Anna disait que la notion de race n'existait pas ... Et pourtant, certains croient en l'existence de races différentes, et les différences de couleur de peau entre les personnes n'aident pas en la négation des races, que ce soit pour les blancs ou pour les noirs. Cette notion d'infériorité de la race noire (jaune ou rouge) a été extrêmement vivace au cours des siècles précédents. Elle aurait dû perdre en vigueur au vingtième siècle, et pourtant, il me semble qu'elle explique encore les sentiments racistes d'une partie des populations blanches de la planète. Elle serait aussi considérée comme une des explications du sous-développement africain pour un certain nombre de développeurs, installés en Occident ou en Afrique (fainéantise, corruption ...).

Le racisme des noirs contre les blancs ne repose pas, à l'inverse, sur un sentiment de supériorité. Ce racisme ressemblerait plus à une envie de vengeance pour l'histoire passée, à la haine qu'éprouvent naturellement les pauvres et les exclus contre ceux qui représentent les classes riches et favorisées de la société, voire à la pure haine de ce qui est différent, de ce qui est autre, par la couleur de peau, par la langue ou par les habitudes de vie.

Ces deux formes de racisme m'horripilent ... L'un par souci éthique et d'égalité, l'autre par ressentiment. Et il n'est pas évident, lorsque l'on est victime d'actes racistes, de ne pas se venger en basculant à son tour dans le racisme dans le sens inverse ... Et c'est clairement vrai pour les blancs comme pour les noirs ...

Au sens de l'histoire, le racisme a été un constituant fondamental et haïssable de la politique intérieure et extérieure américaine. On peut même penser que les Etats-Unis, premier état ségrégationniste de l'histoire, ne sont toujours pas sortis actuellement du racisme à l'égard des noirs américains ... Constituant fondamental de la politique extérieure américaine car l'histoire de l'île d'Haïti m'a toujours interpellé ... A la fin du dix-neuvième siècle, Haïti, qui s'était arrachée militairement à la domination française, à l'époque de l'esclavage, bénéficiait d'un niveau de développement relativement élevé ... Sa capitale était ainsi équipée d'un tramway, comme seulement les grandes capitales des états européens et des Etats-Unis ... Mais Haïti était considérée par les Etats-Unis comme une république noire, c'est-à-dire dirigée par sa population noire majoritaire ... Crime aux yeux des américains, dans cet espace américain, que la race anglo-saxonne estimait lui avoir été confiée par Dieu ...

Les Etats-Unis envahiront ainsi en 1915 la République d'Haïti ... Le prétexte officiel de l’occupation sera "l’établissement de la démocratie et des libertés civiles qu’elle impliquait". Le même prétexte avait déjà servi de caution à l'invasion des Philippines et à la guerre déclenchée contre les insurgés philippins à partir de 1899 (jusqu'en 1902) ... Guerres et occupations déclenchées par impérialisme, par volonté d'ouvrir de nouveaux marchés aux produits américains, et par racisme ... envers des peuples à la couleur de peau noire ... En regard, les exactions des comoriens à Mayotte et à Anjouan, le génocide des tutsis au Rwanda, ne sont pas pires ... Les crimes des américains et des européens jusqu'au vingtième siècle sont bien plus terribles ... et leurs conséquences sont encore visibles, que l'on regarde en Afrique ou à Haïti ...

Mais ces atrocités, commis au nom du racisme, mais aussi du patriotisme, qui poussèrent ainsi des régiments de noirs américains à participer aux massacres aux Philippines ou à Haïti, des noirs africains à appuyer les guerres de conquête françaises en Afrique du Nord et en Afrique occidentale, s'expliquent surtout par les intérêts des classes capitalistes qui contrôlaient les états européens au dix-neuvième et au début du vingtième siècle ... Le capitalisme, qui oppressait non seulement des peuples jugés inférieurs à l'extérieur des frontières des états occidentaux, mais aussi plus largement l'immense majorité de la population des états occidentaux ...

Est-ce différent aujourd'hui en Occident ? Ce qui frappe, c'est la ressemblance dans les descriptions des misères dues au capitalisme, à un siècle d'écart ...

En 1907, le poète Edwin Markham écrivait sur les immigrants travaillant à New-York : « Dans des pièces non aérées, les parents cousent jour et nuit. Ceux qui travaillent chez eux gagnent moins que dans les ateliers candestins. Et les enfants doivent oublier leurs jeux pour aller trimer auprès de leurs parents. On peut croiser quasiment à toute heure dans l'East Side new-yorkais ces garçons blafards et ces filles chétives, le visage inexpressif, le dos courbé sous le poids des vêtements empilés sur leurs têtes et leurs épaules, tous les muscles tendus par l'effort. Seule une civilisation cruelle peut permettre que ces petits coeurs et ces petites épaules ploient sous des responsabilités qui ne sont pas de leur âge ... »

En 2000, la journaliste Naomi Klein, dans son livre 'No Logo', décrit les conditions de travail dans les zones franches industrielles du Tiers-Monde, telle à Cavite aux Philippines : « A l'intérieur, on comprend vite que la rangée d'usines, chacune dotée de sa porte et de son gardien, a été soigneusement conçue pour faire tenir sur cette bande de terre le maximum de production. Des ateliers sans fenêtres, recouverts d'un revêtement bon marché, en plastique et en aluminium, s'entassent à quelques mètres les uns des autres. Les rues de la zone sont étrangement vides, et les portes ouvertes révèlent des rangées de jeunes femmes silencieuses penchées sur de bruyantes machines. » Des horaires normaux de travail de 7 heures à 22 heures ... six à sept jours par semaine ... obligation de faire des heures supplémentaires jusqu'à 2 heures du matin régulièrement ... travailleuses congédiées dès qu'elles atteignent l'âge de 25 ans ... dès que leurs doigts ne sont plus suffisamment assez souples ... (cf. pages 249 à 268)
http://www.hcci.gouv.fr/lecture/note/no-logo-naomi-klein.html

Quelle différence y a-t-il donc entre ces deux descriptions, l'une à New-York au début du vingtième siècle, l'autre dans le Tiers-Monde, à l'orée du vingt-et-unième siècle, dans l'une des 850 zones franches industrielles de la planète, installées dans près de 70 états, et employant au niveau mondial 27 millions de travailleurs (selon le BIT dans les années 1990) ?

C'est cela le capitalisme !


Réflexion dix-sept (8 avril 2008)
Peut-on parler d'injustice en ce qui concerne la mort de Baba Traoré - et peut-on dire que la France est un état de non-droit ou un état qui pratique une politique officielle xénophobe ? Réponse à Anna ainsi qu'à Patrick Lozés (et accessoirement à l'éditorial du journal Le Monde)


Le journal Le Monde a sorti un éditorial titré "Incohérence et Injustice", en faisant référence à la mort de Baba Traoré, ce jeune malien âgé de 29 ans, mort noyé dans la Marne, en tentant d'échapper à un contrôle d'identité, selon la version policière.
http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/04/07/incoherence-et-injustice_1031755_3232.html

Mais quelle injustice y a-t-il là dedans ? Qu'est-ce qu'aurait dû être la justice dans ce cas ? Aurait-il fallu régulariser la situation administrative de Baba Traoré pour que justice lui soit rendu de son vivant ? Et pour quelle raison ? Il était venu en France pour donner un de ses reins à sa soeur (qui devait donc être en situation régulière ou qui disposait de la citoyenneté française ...) ... mais à l'issue de son visa de séjour, il avait préféré demeurer sur le territoire français, en situation irrégulière. Comme à chaque fois par ailleurs, tous ses camarades ne tarrissent pas d'éloges à son égard ... Bizarre, ce ne sont jamais les dealers et les crapules qui disparaissent en s'enfuyant devant les forces de l'ordre, mais des gens toujours très bien. Et personne ne trouve cela suspect ...

Par ailleurs, comment Le Monde peut-il écrire ... "qu'au pays des droits de l'homme, il est révoltant de voir un homme se jeter à l'eau simplement pour échapper à la police" ?... Révoltant ? Est-il révoltant que l'on puisse avoir peur des forces de l'ordre et de la loi ? Supposons que je force un barrage de police en voiture, et que je me tue en fuyant les forces de l'ordre qui me poursuivent ... Cela serait-il révoltant ? Mais dans ce cas, les imbéciles seraient ceux qui s'arrêteraient aux contrôles de police sur les routes. Ce serait aussi ceux qui s'arrêteraient aux panneaux de stop, aux feux rouge, aux passages piétons ... Pourquoi respecter le Code de la Route s'il est révoltant de poursuivre des personnes en infraction ou de procéder à des contrôles sur les routes ou sur l'identité ? Pourquoi même avoir des lois ? Mais qu'est-ce que Le Monde souhaite comme société pour la France ? Une grande zone de non-droit ? Ou alors est-ce uniquement révoltant lorsque ces contrôles visent des jeunes noirs ou des jeunes provenant des cités ? Faudrait-il maintenant ne contrôler que les vieux blancs ? Ou bien créer un passe-droit pour certains jeunes ?

N'en déplaise à la blogueuse Anna ou à l'invité Lozès (qui a la fâcheuse habitude de supprimer de son blog tout message qui ne correspond pas à sa propre opinion ... cela permet ainsi d'éliminer toute confrontation de points de vue divergents), il est impropre de considérer que la France pratique une politique xénophobe à l'égard des sans-papier, ou que les contrôles d'identité sont inacceptables dans un état de droit.

Ces personnes n'ont certainement jamais dû vivre dans un véritable état de non-droit ... et doivent ignorer ce que cela représente de vivre dans un état où les droits individuels de chacun ne sont pas respectés, où l'arbitraire de l'administration, de l'armée, ou d'un membre quelconque du gouvernement peut vous tomber dessus et vous broyez ... La France n'est pas un état de non-droit ... Ne leur en déplaise. De toute façon, hormis la situation où les forces de police ne contrôleraient dans les rues que des vieux blancs bien habillés ... ces gens-là continueraient de crier au loup.

Quant à savoir si le nombre de reconduites à la frontière est excessif, si le gouvernement applique une politique chiffrée, il faudrait peut-être se demander si la France peut et doit régulariser tous les immigrés en situation irrégulière qui vivent actuellement en France ? Je me rappelle les paroles d'un homme de gauche célèbre lorsqu'il était premier ministre ... "La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde" ... Quoique puisse en penser Anna ou Lozès, il n'est pas possible pour la France d'accueillir tous les immigrés qui entreraient clandestinement dans notre pays. Il est même aberrant que ces personnes puissent bénéficier de soins médicaux gratuits ou d'aides sociales quelconques ... Et si la France ne peut les accueillir, il faut bien que ces clandestins soient rapatriés dans leur pays d'origine. Dire le contraire est irresponsable !


Réflexion seize (7 avril 2008)
Influence plus large des groupes secrets et autres loges maçonniques


Il y a quelques mois, un blogueur s'était étonné de mon absence totale de référence aux loges des franc-maçons et autres groupes secrets et à leur influence supposée sur le monde de l'économie et de la politique. En un sens, j'ai répondu à son interrogation hier, en envisageant la possibilité d'une théorie du complot auxquels auraient participé les plus importants dirigeants économiques occidentaux. L'existence de loges de franc-maçons de diverses obédiences étant un fait avéré, il est tout à fait envisageable qu'un certain nombre de ces personnes aient appartenu à des loges maçonniques communes et qu'ils aient pu concevoir un plan commun pour l'humanité et pour les économies occidentales.

Par ailleurs, il est également un fait avéré qu'un certain nombre de personnes utilisent leur appartenance à des loges de franc-maçons pour se hisser dans la hiérarchie sociale, usant de leurs connaissances et de leurs entrées auprès d'autres franc-maçons pour obtenir du pouvoir social. La franc-maçonnerie est un lieu de pouvoir, parmi d'autres choses, et les relations avec des frères ou soeurs bien introduits peuvent aider au déroulement d'une carrière.

Cependant, la franc-maçonnerie n'est pas que cela. Il est évident que seul un franc-maçon pourrait exposer une vue véritable sur ce genre de sociétés secrètes. Cependant, on peut avancer un certain nombre d'éléments sur la franc-maçonnerie. Elle est de création récente, puisque les premières loges de franc-maçons remontent au dix-septième siècle, en Ecosse d'abord puis en Angleterre. La franc-maçonnerie n'était par ailleurs au début qu'une organisation de corporations ou de confréries de métier (celle des maçons), comme il en existait de nombreuses autres (celle des 'franc-jardiniers' par exemple, apparue vers la même époque, au milieu du dix-septième siècle).
http://fr.wikipedia.org/wiki/Oeuvre_maçonnique

A la fois selon Wikipédia et selon quelques maçons avec lesquels j'ai pu en discuter, la franc-maçonnerie prodigue à ses membres un enseignement ésotérique, adogmatique et philosophique à l'aide de symboles et de rituels. Elle encourage ses membres à œuvrer pour le progrès de l'humanité, tout en laissant à chacun de ses membres le soin de préciser à sa convenance le sens de ces mots. Elle réunit des personnes qui se sont données pour but de travailler à leur amélioration spirituelle et morale.

En même temps, les loges ne peuvent interdire le fait que des membres s'y introduisent pour se hisser dans la hiérarchie sociale grâce aux contacts qu'ils pourront nouer avec d'autres membres ... Les idéaux des loges maçonniques ne valent que pour ce que valent les hommes et les femmes qui les composent. Mais cela n'empêche pas qu'un certain nombre de maçons ne s'intéressent essentiellement qu'aux idéaux de la franc-maçonnerie, à la recherche de "leur amélioration spirituelle et morale".

Ceci ne doit toutefois pas faire oublier l'implication ancienne de l'état en France dans les loges maçonniques, puisque se fut Napoléon Ier, qui, au début du dix-neuvième siècle, imposa une réorganisation de la franc-maçonnerie autour du Grand Orient de France. Implication qui n'a certainement pas cessé, dans les deux sens, comme on le voit encore aujourd'hui ...


Réflexion quinze (6 avril 2008)
Influence des groupes secrets (et autres loges maçonniques) dans le développement du capitalisme et de la mondialisation


Est-il exagéré d'imaginer, comme je l'écrivais dans mon article précédent, que le processus de mondialisation puisse avoir été voulu par les principaux responsables capitalistes de la planète, dans le but de bloquer le développement des Etats Providence occidentaux et de freiner l'extension d'une large classe moyenne enrichie dans les sociétés occidentales ?... Est-ce de la paranoïa ?... En même temps, les principaux dirigeants capitalistes de la planète doivent certainement avoir des lieux de réunion où ils peuvent se retrouver secrètement ... Ainsi, il existe bien une société secrète du Mont Pélerin, fondée en 1947, notamment pour défendre les idées ultralibérales ... comme celles de Frédéric Hayek ... Evidemment, on y trouve essentiellement des économistes, et non des milliardaires occidentaux ... Il existe aussi le forum économique de Davos, qui réunit les principaux dirigeants politiques et économiques de la planète, mais il a été créé en 1971 (sous un autre nom).

Est-il raisonnable de penser que les principaux dirigeants et actionnaires des plus grands groupes industriels et financiers de l'Occident ne disposent pas de lieux pour se retrouver ? Est-il plus raisonnable d'imaginer que la mondialisation économique est un processus économiques 'naturel', qui a surgi par hasard à compter des années 1960-1970, perturbant les équilibres des économies occidentales ... Est-il plus raisonnable de croire que le hasard seul et le libre jeu de la 'main invisible' chère aux libéraux sont à l'origine du développement de la mondialisation, en liaison avec les comportements rationnels des industriels, qui les poussent naturellement à suivre les actions de leurs concurrents, et donc à délocaliser leurs productions ?

Mais qu'est-ce qui à pousser les premières entreprises à délocaliser leur production, avant que l'effet d'entraînement ne puisse jouer ? N'est-il pas au fond aussi raisonnable d'imaginer que la mondialisation a été la réponse des grands patrons au développement des Etats Providence occidentaux et des larges classes moyennes qui en ont découlé ? Un moyen qu'ils ont imaginé pour affaiblir les thèses économiques keynésiennes de l'Etat Providence, et rendre de nouveau légitimes les thèses économiques libérales défendues par la société du Mont Pélerin ... Fragiliser les soubassements des Etats Providence occidentaux en favorisant le développement d'un chômage de masse grâce à la délocalisation massive d'une grosse partie des productions précédemment fabriquées en Occident avec des populations ouvrières misérables sans droits ... Ce qu'ils avaient trouvé dans ces pays en développement, avec des gouvernements obéissants, comme en Occident au cours du dix-neuvième siècle ... le siècle d'or du capitalisme ...

Evidemment, aujourd'hui, le phénomène de mondialisation est devenue inséparable de notre monde ... et il est difficile d'accepter d'imaginer que son apparition ne s'explique pas par des phénomènes mécaniques ou naturels, mais que des volontés manichéennes en sont à l'origine, dans l'objectif de fragiliser les équilibres sociaux et économiques des sociétés occidentales ... ce qui est le résultat actuellement obtenu ... Par ailleurs, aucun écho de telles réunions ou de telles volontés n'étant jamais arrivé à nos oreilles, comment l'imaginer ?

Il nous reste simplement la théorie du 'Rasoir d'Ockham' ... ou 'principe de parcimonie' ... (« pluralitas non est ponenda sine necessitate ») ... selon laquelle l'hypothèse qui doit être préférée est l'hypothèse la plus simple parmi toutes celles qui sont échafaudées ...

... Est-il plus simple d'imaginer le hasard de la main invisible ayant entraîné le développement du phénomène de mondialisation, dont le résultat a été la fragilisation de nos sociétés occidentales ?

... Ou bien n'est-il pas plus simple d'imaginer que le phénomène de mondialisation est le résultat d'une action volontaire de grands groupes occidentaux, pour briser nos sociétés occidentales en s'appuyant sur une main d'oeuvre servile et des gouvernements en développement obéissants ...


Réflexion quatorze (4 avril 2008)
Morale et capitalisme (suite) ...


Le capitalisme qui a pris racine dans le monde occidental aux détours du dix-huitième et du dix-neuvième siècles européens y a ainsi pris une certaine impulsion qu'il est aujourd'hui pratiquement impossible de modifier. En se référant à l'arsenal théorique développé par André Comte-Sponville, on peut dire que la libération du capitalisme des limites de la morale et des contraintes du politique et de la loi est née quelque part au cours de ces années de capitalisme sauvage. Et tout l'enjeu des évolutions qui ont été observées depuis la dernière guerre mondiale, c'est une reprise en main du capitalisme par la société dans son ensemble, que ce soit en Europe ou aux Etats-Unis. C'est ce que l'on a appelé la création d'un certain modèle de société, un certain modèle social ...

Evidemment, après deux siècles de domination du capitalisme sur la société civile et politique, avec la complaisance des gouvernements successifs américains ou européens, les élites capitalistes de nos pays ne sont pas restées inactives pour contrecarrer la nouvelle organisation sociale qui émergeait dans les pays occidentaux. Nos pays ont ainsi enregistré deux mouvements contradictoires. Le premier mouvement visait à développer des moyens législatifs nouveaux pour instituer un certain nombre de nouveaux droits sociaux et légaux, à destination de tous les laissés pour compte de nos sociétés, de tous ceux qui n'appartiennent pas à l'élite financière, industrielle ou intellectuelle de nos sociétés. Le deuxième mouvement inverse correspondait aux efforts judiciaires et politiques des élites pour entraver l'obtention de ces nouveaux droits. D'une certaine façon, l'autre réponse du capitalisme au défi de ces nouveaux droits sociaux octroyés par des gouvernements qui avaient cessé de défendre les intérêts des puissants, a été le concept de la globalisation. Les entreprises capitalistes ont ainsi commencé à délocaliser massivement les emplois et la production dans des pays non occidentaux, à faible coût de main d'oeuvre, pour fragiliser à la fois les états occidentaux européens et américains et les politiques économiques qui pouvaient y être conduites.

L'attaque menée contre les modèles sociaux protecteurs occidentaux permettaient non seulement de fragiliser les avancées sociales obtenues un demi-siècle auparavant, non seulement d'infléchir les politiques menées par les gouvernements occidentaux pour les rendre moins favorables aux salariés et aux pauvres, mais surtout de fragiliser la théorie économique du 'wellfare state', pour en limiter la diffusion dans les autres pays et les autres économies de la planète, afin de rendre pertinentes les critiques libérales opposées par les détracteurs de cette théorie.

Et c'est un retour en force des théories libérales que l'on a observé à partir des années 1970 et surtout 1980, en même temps que des gouvernements libéraux, ouvertement favorables aux milieux financiers capitalistes comme dans les meilleures années du dix-neuvième siècle, étaient instaurés en Angleterre (Thatcher) et aux Etats-Unis (Reagan). Importations massives de produits fabriqués à l'étranger, détruisant les entreprises ayant refusé de se délocaliser, et l'emploi local ... chômage massif ... Parmi les effets positifs, il faut noter les gains de pouvoir d'achat des ménages, dont la compensation est toutefois la destruction d'emplois nationaux et le transfert de ces emplois à l'étranger ...

Conspiration ! Le terme est-il trop fort ? La globalisation (ou mondialisation) a-t-elle été une politique volontariste des élites capitalistes mondiales, ou bien s'agit-il d'un enchaînement de circonstances, d'hasards, de réactions aux actions d'autres entreprises ?...

Peut-être serait-il plus compréhensible pour tous ceux qui cherchent des réponses de comprendre qu'aucun hasard n'est à l'origine du phénomène de globalisation, mais que c'est la réponse des élites capitalistes aux avancées sociales consenties en Occident à leurs travailleurs.


Réflexion treize (3 avril 2008)
Morale et capitalisme


Le capitalisme est-il moral ? C'est la grande question concernant l'économie ... Il existe de nombreuses réponses à cette question, apportées par des penseurs aussi éloignés que André Comte-Sponville ou Karl Polanyi, parmi d'autres ...

Les dix-huitième et dix-neuvième siècles américains donnent une image extrêmement précise des relations qui se sont nouées au fil de ces deux siècles entre le capitalisme industriel et financier et le système politique de représentation du peuple américain.

Les Etats-Unis sont un exemple d'une concordance de vue et d'intérêts entre deux systèmes qui auraient normalement dû être dissociés, comme c'était le cas jusqu'alors dans de nombreux autres états ... Les Etats-Unis, puis la France à sa suite, à partir de l'établissement de la Deuxième puis de la Troisième République, ont donné l'exemple du développement d'un régime capitaliste.

La concordance d'intérêts entre les détenteurs du pouvoir politique et les détenteurs de la puissance financière a ainsi donné naissance à une architecture législative américaine qui a longtemps laissé les travailleurs américains sous la dépendance du capital financier ... Architecture législative qui a pour partie résisté jusqu'à nos jours, et qui explique par exemple que les salariés américains ne bénéficient pas encore obligatoirement de congés payés, mais que cette possibilité dépende des employeurs et soit librement négociable.

Comment cette concordance d'intérêts a-t-elle été possible ?... Quelle est la place de la morale dans ce fait ? ... Selon Compte-Sponville, on peut dire que le capitalisme est foncièrement amoral. En effet, seuls les hommes peuvent être moraux, pas le capitalisme qui n'est rien d'autre qu'une machinerie, un engrenage de relations commerciales et financières entre groupes, entre sociétés ...

Pour en arriver à cette vision du capitalisme, Comte Sponville définit quatre ordres de justification, avec des limites précises qui les distinguent entre eux ... 1. L'ordre économique, technique et scientifique - 2. L'ordre politique et juridique - 3. L'ordre de la morale - 4. L'ordre de l'amour.

Dans cette approche, chaque ordre vient limiter le précédent ... L'ordre politique et juridique vient limiter l'ordre économique, technique et scientifique, qui sans cet autre ordre, n'aurait plus de limites. Mais cet ordre politique et juridique porte en lui les germes de l'absolutisme et nécessite nécessairement d'avoir des limites portées par l'ordre de la morale. Ce troisième ordre doit cependant également être complété, car il est insuffisant selon Comte-Sponville. Un individu qui ferait toujours son devoir mais seulement son devoir serait un pharisien, il lui manquerait une dimension essentielle : l'amour (ou éthique). Cette dernière partie me semble plus difficile à accepter ou du moins plus tangente.

Selon Comte-Sponville, prétendre que le capitalisme est moral serait ainsi prétendre que le premier ordre serait soumis au troisième, ce qui lui paraît exclu par la structuration interne de chacun de ces ordres : le possible et l'impossible n'ont que faire du bien et du mal.

Dans l'ordre économico-techno-scientifique, rien n'est jamais moral. Rien n'est non plus immoral, car pour être moral, il faut pouvoir être immoral. Tout y est amoral, ce qui signifie que la morale est privée de toute pertinence pour expliquer un processus qui se déroule dans le premier ordre. Si nous voulons qu'il y ait une morale dans une société capitaliste, cette morale doit venir d'ailleurs que du marché.

Attention, il n'y a pas toujours contradiction entre la recherche du profit et la morale, mais il existe une différence fondamentale entre ces deux logiques. Parmi ce que le corps social attend d'une entreprise, il y a la création d'emplois. Mais une entreprise n'a pas pour but de créer des emplois, seulement de créer du profit. De fait, il arrive qu'une entreprise soit amenée à embaucher pour créer du profit, mais son but reste le profit. De même, même si nous avons besoin de justice et de liberté, il serait absurde de demander aux entreprises de produire cela, comme il est absurde de demander à l'Etat de produire du profit.


Saucratès



21/11/2010
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