Critiques de notre temps

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Les gilets jaunes - Quater

Réflexion huit (mercredi 16 janvier 2019)

Où le mouvement des gilets jaunes réinterroge le principe même du consentement à l'impôt, ou plutôt les injustices face aux taxes et à l'impôt !

 

Ce mouvement des gilets jaunes, que ce soit au niveau national, ou à son niveau réunionnais, a remis en exergue, en lumière, le principe premier de l'importance du consentement à l'impôt pour le citoyen ! Ce qui n'était qu'un principe juridique voire philosophique, cantonné aux livres juridiques, aux théories constitutionnelles, redevient brutalement, dans le cadre de ce mouvement social, un sujet d'actualité brûlante !

 

Qu'est-ce que le consentement à l'impôt ? C'est avant tout une notion très ancienne, remontant au début du parlementarisme occidental, à l'époque de la royauté. Ultérieurement, ce principe du consentement à l’impôt est reinstauré par un décret de la Constituante le 17 juin 1789. «Le texte proclame que désormais toutes les contributions existantes sont illégales et nulles parce qu’elles n’ont pas été consenties. Dorénavant, aucune levée d’impôt ne pourra s’effectuer si elle n’a pas été préalablement décidée par l’assemblée représentative des citoyens.» On retrouve ce principe dans l’article 14 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 27 août 1789, qui dispose : «Tous les citoyens ont le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d’en suivre l’emploi, et d’en déterminer la quotité, l’assiette, le recouvrement et la durée».

 

https://www.cairn.info/revue-regards-croises-sur-l-economie-2007-1-page-27.htm

 

http://www.vie-publique.fr/actualite/dossier/impot/consentement-impot-mutations-du-citoyen-contribuable.html

 

Voilà pour le principe juridique du consentement à l'impôt. En clair, cela signifie simplement qu'il n'est pas aussi évident que cela d'accepter de payer les taxes et les impôts que l'Etat, le fisc, nous demande, et que notre consentement, notre acceptation s'explique par le fait que ce sont nos propres représentants au parlement, des représentants dans lesquels nous avons placés notre confiance et dans lesquels nous avons confiance, qui les ont votés. Et c'est bien cela qui est remis en cause par le mouvement des gilets jaunes, et plus largement et de manière souterraine, par une majorité des contribuables français. Cette question de confiance et de consentement. Ce ne sont d'ailleurs plus nos représentants au parlement qui décident des quotités, assiettes et recouvrements, mais des énarques et des technocrates.

 

Le lien ci-dessus sur Cairn.info fait également un lien intéressant entre le paiement de l'impôt et la citoyenneté dans les pays en développement, qui, selon l'auteur, «ne fiscalisent généralement qu’une partie de leur économie, souvent les quelques grandes sociétés étrangères présentes, leurs salariés et ceux des organismes publics. Le reste de la population, c’est à dire l’essentiel, constitue un secteur pudiquement nommé informel».

 

Il poursuit :

 

«La fiscalité ne peut jouer dans ce cadre le rôle de lien de citoyenneté qu’elle a historiquement rempli dans les pays occidentaux (...). L’impôt est nécessaire à l’éveil de la conscience politique. Sans impôt, pas de nécessité de rechercher le consentement des citoyens, pas de conscience des droits et des devoirs, et pas de débat démocratique réel.»

 

Dans un pays comme la France où le travail non déclaré, le secteur informel, dans certains secteurs d'activité est aussi fortement developpé, on peut s'interroger. Ce fort développement s'explique-t-il par l'ancienneté de la contestation de l'impôt ou simplement par une volonté d'échapper au fisc et la volonté de bénéficier de prestations sociales indues ?

 

Le fait de lier la fiscalité et la citoyenneté est un des messages forts que j'ai entendu dans le mouvement des gilets jaunes. Derrière la contestation de telle ou telle taxe sur les carburants, on entend aussi une remise en cause des cadeaux faits aux très riches, comme la suppression de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF) voulue et donnée par Macron. 

 

On peut alors s'interroger sur la poursuite de l'existence de ce lien entre impôts et citoyenneté, lorsque l'on voit les plus riches des contribuables organiser leur non-imposition en France, cherchant les cieux les plus cléments en matière fiscale ou les paradis fiscaux les plus opaques pour y cacher leurs fortunes ! Lorsque l'on voit des stars du business ou des milliardaires français se réfugier en Patagonie, en Suisse, en Belgique, en Russie ou au Portugal pour ne plus payer d'impôts, même ces mêmes personnes continuent d'utiliser les infrastructures publiques françaises ... routes, autoroutes, aéroports ... les forces de police pour proteger leurs biens, qu'ils continuent à vendre leurs albums, leurs films ou leurs produits à des francais, à parader dans des émissions de télévision francaise ... ou à se faire enterrer royalement en France !

 

Enfin, le dernier message que j'ai retenu des gilets jaunes, c'est la remise en cause de l'absence égalité de tous devant l'impôt. Cette impression que les énarques et technocrates parisiens ignorent ce qu'est la vie en province (ou à La Réunion), où l'on ne peut se passer de voitures, où les réseaux de transport en commun ne permettent pas de se déplacer aussi facilement qu'à Paris et en région parisienne. 

 

Mais on découvre aussi par la même occasion que nous ne sommes pas tous égaux devant l'impôt. Un article du Monde indiqué ainsi que des députés échappent totalement à l'impôt. Comment est-il possible qu'une personne dont les revenus dépassent 5.300 euros nets mensuel, sans compter les défraiements pour frais de mandat (5.000 euros par mois dans sa forme précédente), la gratuité des voyages en train ou en avion, puisse ne pas avoir d'impôts sur le revenu à payer et même se faire rembourser quelques centaines d'euros au titre de l'impôt. 

 

https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/01/12/pourquoi-certains-deputes-ne-paient-pas-d-impot-sur-le-revenu_5408319_3224.html

 

Il n'y a aucune égalité devant l'impôt. Les députés en premier, qui votent nos impôts, se sont octroyés le droit d'échapper à l'impôt sur le revenu, en déclarant non imposables certaines des sommes qu'ils touchent (alors que nous, nous devons même payer des impôts sur des taxes  que l'on paye sans les toucher, à savoir la CSG et la CRDS), en construisant des systèmes pour échapper à l'impôt, ou en organisant leur non imposition !

 

Pour conclure, je reprendrais une phrase de l'article publié sur Cairn.info dont le lien est reproduit plus haut :

 

«Lorsque les individus sont soumis à une autorité qui ne repose sur aucune autre légitimité que la force brutale, le prélèvement fiscal apparaît comme purement confiscatoire et il est évident que la résistance à l’impôt se confondra avec la résistance au pouvoir.» On est plus très loin de cette situation en France !

 

 

Saucratès

 

 

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Les gilets jaunes et la démocratie directe - Ter

Réflexion sept (jeudi 10 janvier 2019)

Que nous raconte l'affaire du boxeur de gendarme sur ce gouvernement et sur la presse, et accessoirement sur notre vision du mouvement des gilets jaunes ?

 

En premier lieu, je tiens à dire que je ne suis pas très favorable aux actions du mouvement des gilets jaunes réunionnais. Je suis même contre et extrêmement critique à leur encontre. À l'encontre des méthodes employées, le blocage et la prise en otage des automobilistes, des salariés, des autres réunionnais, comme si les gilets jaunes réunionnais savaient mieux que tout le monde ce qui est bon pour tout le monde, pour les autres gens, à notre propre place ! Ils ont décimé de nombreuses entreprises qui vont devoir fermer dans les prochains mois ou semaines, si ce n'est pas déjà fait. Et surtout, ces quelques gilets jaunes s'arrogent des pouvoirs de vie ou de mort, qui a droit de passer, qui doit rester bloqué, qui mérite d'être prioritaire ! On croit rêver. Ces gilets jaunes ont beau jeu de critiquer l'absence de démocratie en France ou à La Réunion, La manière dont ils ont organisé leur blocage des routes était le règne du népotisme, du favoritisme, et  des emmerdements maximums vis-à-vis des autres !

 

Mais malgré tout, les réponses du gouvernement au mouvement des gilets jaunes francais (et non pas réunionnais, n'oublions pas que ce gouvernement à envoyer une ministre des outre-mers pour négocier) me semblent outrancières, et donnent envie de renverser ce gouvernement autiste, avec tous ces ministres et hauts fonctionnaires imbus d'eux-mêmes et de leur pouvoir ! Les réponses du premier ministre d'abord, visant à faire passer une nouvelle loi pour interdire les manifestations non préalablement déclarées, pour sanctionner les manifestants qui se couvrent le visage, pour creer un nouveau fichier des personnes interdites de manifestation, tout ceci me semble correspondre à un gigantesque recul des libertés publiques, de notre droit à manifester ! Nous nous trouvons face à une crispation du pouvoir politique afin de lui permettre d'interdire tout rassemblement. Demain, sera-t-il même encore possible de pouvoir manifester si le gouvernement estime le contraire ? 

 

Les contempteurs béats du gouvernement me questionneront évidemment sur les possibilités de combattre les débordements des groupes identitaires ou d'ultra-gauche ? Je croyais pourtant que la défense des libertés publiques était fondamentale, comme par exemple le fait que des menaces terroristes ne doivent pas conduire à legitimer des mesures contraires à l'ordre public comme la torture ? Pourquoi cela serait-il différent avec la liberté constitutionnelle de manifester ?

 

La répression des tribunaux francais et du gouvernement vis-à-vis du mouvement des gilets jaunes me semble également totalement infondée et disproportionnée. Parce que les gilets jaunes et les électeurs découvrent brutalement qu'ils ont élu à l'Assemblée nationale une ribambelle de députés LRM incompétents, de managers minables, d'haineux personnages ... Parce que des gens ont voté sans réfléchir pour des députés LRM juste pour donner une majorité à un président inconnu ... et que la supercherie de ce pouvoir est aujourd'hui patente, et détestées par une majorité de francais ! Parce que les députés LRM croyaient que les lois se faisaient dans un petit coin du parlement, hors du regard des français ...

 

https://www.lemonde.fr/politique/article/2019/01/09/la-multiplication-des-violences-contre-les-deputes-n-a-pas-d-equivalent-sous-la-ve-republique_5406990_823448.html

 

Des députés LRM obtiennent ainsi la condamnation à de la prison avec sursis pour des gilets jaunes qui ont osé prononcé le terme de «guillotine» à leur encontre. Le moindre port de boulons, de masques de chantier permet d'arrêter préventivement des gens envisageant ou appelant à manifester, ou juste d'envahir le palais de l'Elysée !

 

https://www.lemonde.fr/police-justice/article/2019/01/03/gilets-jaunes-un-homme-condamne-a-quatre-mois-de-prison-avec-sursis-pour-menaces-envers-un-depute-lrm_5404790_1653578.html

 

Et aujourd'hui, ce même gouvernement et la justice s'acharnent sur un homme ayant osé frapper des gendarmes mobiles ! Un homme qui aurait osé exprimer son accord avec les gilets jaunes et son rejet du gouvernement !

 

https://www.lemonde.fr/police-justice/article/2019/01/07/gilets-jaunes-le-boxeur-soupconne-d-avoir-agresse-deux-gendarmes-s-est-rendu-a-la-police_5405950_1653578.html

 

Je suis désolé, mais même si la violence dont cet homme a fait preuve, en boxant des gendarmes, peut être condamnée et critiquée, elle est compréhensible. Je la comprend totalement. Devant la violence dont sont capables les forces de l'ordre, violence considérée comme légitime parce que ces derniers représentent un État partial, aux ordres de la Macronie comme hier de la Hollandie, il peut arriver que des gens biens, des bons pères de famille perdent temporairement leur bon sens et decident de faire justice, d'intervenir , portés par la foule, par leurs proches, pour les defendre ... Et quand ces gens sont en plus de grands combattants, des boxeurs professionnels, alors cela donne cette histoire ! Pourquoi des gendarmes mobiles auraient-ils le droit de tirer des grenades sur des gens, de les tabasser, de les frapper par terre, que ce soit des hommes ou des femmes, et pourquoi l'inverse n'est-il pas possible ? Cela nécessitait-il de l´emprisonner de manière préventive ? Non !

 

https://www.lemonde.fr/police-justice/article/2019/01/10/agression-de-gendarmes-a-paris-l-ex-boxeur-place-en-detention-provisoire_5407018_1653578.html

 

Là où on tombe en plein délire, ce sont les attaques et les condamnations des membres du gouvernement et de LRM à l'encontre de la cagnotte du boxeur professionnel. Pour quelle raison une ministre des droits des hommes et des femmes peut-elle demander les identités de ceux qui ont donné à cette cagnotte, comme si c'était un crime ! Comment des ministres peuvent-ils demander de clôturer cette cagnotte et nous accuser d'encourager la violence pour cette raison ? Alors qu'il ne s'agit que d'un signe de compréhension à l'égard du geste d'une personne. Mais ce gouvernement n'a aucune compréhension, aucune empathie à l'égard des gens autres qu'eux-mêmes et leurs copains managers ou milliardaires !

 

https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/01/09/gilets-jaunes-la-bataille-numerique-des-cagnottes-solidaires-fait-rage_5406957_3224.html

 

Alors oui, cette accumulation d'injustices de la part de l'Etat me donne envie de rejoindre ce mouvement des gilets jaunes. Ou de mettre à bas ce gouvernement et cette présidence par tous les moyens à ma disposition, et notamment par mon bulletin de vote. 

 

Pour finir, j'aimerais terminer par le rejet de la presse de la part du mouvement des gilets jaunes. J'avais indiqué ne pas le comprendre il y a quelques jours ou semaines, parce que le journalisme d'investigation est fondamental et extrêmement important ! Et je n'ai pas changé d'avis ! Mais lorsqu'on découvre que tous ces gilets jaunes sont condamnés à cause des images prises par les journalistes, qui enregistrent chaque acte des gilets jaunes, on peut se demander si on parle bien de journalisme d'investigation ou de journalisme de délation ! Si ce gilet jaune à été condamné pour avoir dit «la guillotine», c'est parce que de médias filmaient. Si ce boxeur est poursuivi, c'est parce qu'il y avait des médias ! Pas d'images des violences antérieures de ces mêmes gendarmes, pas de publication des images de la place de la Contrescarpe, par contre des images immédiates de toute violence dont les gilets jaunes sont coupables. Ce n'est plus de l'investigation, ce n'est plus de l'information ; c'est plus de la délation, de l'appui au gouvernement et aux opérations de police. Qu'une chaîne comme BFM TV et ses journalistes soient attaqués par des gilets jaunes, c'est certes regrettable mais c'est la conséquence d'un positionnement délataire de cette chaîne et de nombreuses autres. La liberté d'informer est importante mais les médias devraient faire attention à l'usage que le pouvoir, les tribunaux font de leurs images et de leurs vidéos.

 

https://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2019/01/07/gilets-jaunes-apres-des-agressions-les-reporters-de-bfm-tv-refusent-de-couvrir-le-mouvement-ce-lundi_5405979_3236.html

 

 

Réflexion six (vendredi 4 janvier 2019)

Quelle responsabilité des gilets jaunes dans les liquidations à venir des entreprises réunionnaises ?

 

Combien de centaines d'entreprises réunionnaises, combien de milliers de salariés réunionnais vont-ils faire les frais du mouvement de blocage des gilets jaunes du mois de décembre 2018, ou des prochains mois ? C'est aujourd'hui une certitude, le nombre de liquidations judiciaires d'entreprises réunionnaises va exploser au cours des prochaines semaines. Ce nombre a déjà sensiblement progressé en ces tous premiers jours de janvier 2019. Une entreprise emblématique comme la société Graphica a ainsi dû déposer son bilan en ce début d'année 2019, tuée par le mouvement des gilets jaunes réunionnais et l'impossibilité pour cette entreprise de fonctionner normalement, d´assurer sa production pendant la période la plus importante de l'année pour elle ! Et ce n'est qu'un minuscule exemple. Combien de centaines ou de milliers d'autres entreprises vont suivre dans les prochaines semaines ou mois ? 

 

Combien de dizaines d'emplois disparaissent avec la disparition de Graphica ? Combien de salariés se sont retrouvés sur le carreau à la suite de cette liquidation judiciaire ? Combien d'ex-salariés qui avaient un emploi jusqu'à là se sont-ils retrouvés à devoir pointer au chômage ? Et combien de milliers d'autres futurs chômeurs vont suivre leurs traces dans les prochains jours, semaines ou mois ?

 

Les salariés de Graphica, les salariés des futures entreprises qui suivront Graphica dans la liquidation judiciaire savent-ils que les responsables de la disparition de leurs entreprises et de leurs emplois sont ces quelques centaines de gilets jaunes, de manifestants qui ont détruit leurs entreprises en les empêchant de fonctionner, en les empêchant d'être approvisionnées en matières premières, en les empêchant de pouvoir livrer des produits fabriqués ou de vendre des marchandises qu´il n'était possible de vendre qu'en ces quelques semaines précédant Noël ? 

 

Individuellement, chacun des gilets jaunes qui bloquaient les routes réunionnaises, les rond-points, les axes ou le port de commerce, peuvent-ils être poursuivis par ces salariés, par les dirigeants ou les propriétaires de ces entreprises auxquels on a volé leur emploi, leur travail, leurs moyens de subsistance ? Pris individuellement, les gilets jaunes sont-ils responsables financièrement de leurs actions ? Ou bien ne sont-ils simplement que moralement responsables du malheur qu'ils auront causé autour d'eux ? Ces gens-là en ont-ils même simplement conscience ? Ou bien ne voient-ils que le juste combat qu'ils ont cru mener contre la vie chère, contre ceux qui avaient un travail ?

 

Si les gilets jaunes pris individuellement ne sont pas responsables financièrement des conséquences des blocages qui vont entraîner des centaines ou des milliers d'entreprises en liquidation judiciaire, les meneurs de ces gilets jaunes, dont certains pouvaient être riches, propriétaires d'entreprises, ces meneurs qui haranguaient les foules via Facebook ou Twitter, ne sont-ils pas responsables de ces actions, des conséquences de leurs actes ? De manière certaine, je peux assurer que ces gens sont moralement véritablement responsables de ces destructions d'entreprises, de ces milliers de salariés qui vont être jetés dans le monde du chômage, hors du monde de l'emploi ! Tous ceux qui les ont suivi, tous ceux qui les ont rejoint, tous ceux qui ont appelé à les rejoindre, pour bloquer axes et routes en sont egalement responsables.

 

Je serais à la place de ces salariés licenciés, j'aimerais pouvoir leur demander des comptes à ces gilets jaunes, à ces leaders autoproclamés. Mais évidemment, personne ne sait qui étaient ces gilets jaunes, qui étaient sur les points de blocage, au nom de qui et de quelle idéologie ces derniers bloquaient ! 

 

J'imagine que les gilets jaunes ne s'estiment pas du tout responsables de ces disparitions d'entreprises, de ces centaines ou milliers de licenciements en cours et à venir. Selon eux, j'imagine que les responsables sont sûrement l'Etat qui n'a pas répondu suffisamment rapidement à leurs revendications, le Président de la République ou de la Région Réunion qui ne les ont pas écoutés, voire les dirigeants de ces entreprises qui se ont dû se mettre plein d'argent dans les poches (j'imagine que c'est ce qu'ils pensent) et qui voudraient en rejeter la faute sur leur admirable mouvement citoyen !

 

Evidemment, certaines de ces entreprises devaient bien avoir quelques difficultés financières avant ce mouvement. Graphica avait ainsi été placée en redressement judiciaire quelques mois auparavant. Mais ce mouvement a achevé cette entreprise, comme il achèvera des centaines ou des milliers entreprises réunionnaises dans les prochains jours, semaines ou mois. Ce n'est pas parce qu'une personne a une jambe cassée qu'il faut lui tirer une balle dans la tête, en faisant porter la responsabilité à celui qui lui a cassé la jambe ! 

 

Nous sommes tous forcément responsables de nos actions, de nos paroles, forcément moralement, si ce n'est financièrement, dès lors que nos actes ont des conséquences dommageables pour les autres! Je pense que les salariés licenciés en raison du mouvement des gilets jaunes devraient demander des comptes aux leaders des gilets jaunes, aux gilets jaunes de leur entourage, à leurs voisins gilets jaunes, qu'ils devraient se rendre dans les maisons du peuple pour qu'on leur explique pourquoi les destructions de leurs entreprises, de leurs emplois étaient nécessaires pour la lutte contre la vie chère, pour faire entendre raison à l'Etat, pour combattre les politiques légitimement élus !

 

Il est tellement grisant de tout bloquer, de prendre en otage toute une économie. Cela nous donne une grande importance, un grand pouvoir. C'est surtout tellement plus rapide, tellement plus facile de faire plier un préfet, un gouvernement, de les forcer à venir s'expliquer. Lorsque l'on ne bloque pas toute une Île, mais juste une place et une rue devant une préfecture, dans une seule ville, sans tout bloquer, c'est tellement plus compliqué, plus difficile d'obtenir raison, d'obtenir des résultats ! J'en suis bien conscient ! Sauf que dans ce dernier cas, lorsque l'on ne bloque pas tout, lorsqu'on n'empêche pas une économie de fonctionner, lorsque l'on ne crée pas les conditions d'une révolution, d'une révolte, on n'est pas non plus à l'origine de la disparition de centaines d'entreprises, on n'est pas responsable du licenciement de milliers de salariés. C'est ce que font de manière responsable les syndicats et les représentants des travailleurs ou des fonctionnaires. C'est dommage que les gilets jaunes aient voulu des résultats plus rapides, plus violents, plus marquants, plus impactant. Parce que ce ne sont pas eux qui en paieront les conséquences ; ce sont les responsables et les salariés des entreprises qui auront été détruites par ce mouvement ! Et leurs proches, femmes, parents et enfants !

 

 

Réflexion cinq (mardi 18 décembre 2018)

Les gilets jaunes et la démocratie directe

 

Je peux comprendre le mouvement des gilets jaunes même si je n'adhère pas avec bon nombre de leurs représentants qui passent aux JT des différentes chaines de télévision. Même si je n'adhère pas du tout avec leurs méthodes et leurs moyens d'action ! Après tout, cela n'a aucun rapport ! Je n'apprécie presque jamais les hommes ou les femmes politiques qui nous représentent à l'Assemblée Nationale, au Sénat ou dans les assemblées locales, et pourtant, cela ne me conduit pas à remettre en cause leur légitimité à représenter les citoyens que nous sommes. Donc, je peux ne pas me reconnaître dans les combats défendus par les gilets jaunes mais cela ne retire pas sa légitimité à ce mouvement !

 

Par leur refus affiché de reconnaître une légitimité aux hommes politiques pour les représenter, par leur refus apparent de voir leur mouvement être récupéré par des partis politiques, qu'ils soient d'extrême gauche ou d'extrême droite, par leur impossibilité visible à accepter la nomination de représentants de leur mouvement, les gilets jaunes français rejettent la démocratie représentative sous toutes les formes que l'on a connu depuis des décennies voire plusieurs siècles. Le mouvement des gilets jaunes, c'est un appel à la démocratie directe. C'est le retour de l'opposition entre le basisme et le fédéralisme, que connaissent bien les membres des organisations syndicales, celle qui oppose un syndicat comme la CFDT (Confédération française démocratique du travail - qui n'a de démocratique que le nom et l'existence de représentants élus) à un syndicat comme SUD (Solidaires, unitaires, démocratiques). Les décisions sont-elles prises depuis le sommet (le fédéralisme comme la CFDT) ou bien émanent-elles directement de la base des adhérents (le basisme comme SUD) ?

L'appropriation du mot sud par les militants sud-ptt

 

C'est aussi la très vieille opposition entre Sparte et Athènes, entre la démocratie représentative athénienne et une forme de démocratie directe du peuple spartiate, entre le pouvoir des édiles et des élites contre un idéal du pouvoir du peuple lui-même. C'est une opposition vieille comme le monde, comme la démocratie elle-même, opposition qui a été de tout temps tranché au bénéfice des élites, des représentants élus par le peuple, qui ne représentent plus le peuple dès lors qu'ils sont élus pour le représenter, de cette démocratie parlementaire qui confisque le pouvoir au peuple dès lors que les fièvres révolutionnaires redescendent, retombent ! Parce qu'il n'a jamais été possible au peuple de réussir tous ensemble à gérer une multitude sans déléguer le pouvoir à certains, sans être incapables de contrôler l'usage par certains des pouvoirs qui leur étaient donnés. Parce qu'au final, les élus, quels qu'ils soient, quoiqu'ils représentent, utilisent toujours l'armée en dernier ressort pour écraser le peuple, pour opprimer la révolution, même lorsqu'ils en sont eux-mêmes issus !

 

C'est cela qui se rejoue dans le mouvement des gilets jaunes : le combat entre des membres du peuple contre des élites, des édiles, des membres de l'aristocratie et de l'oligarchie. Est-il possible que ce mouvement débouche sur autre chose que sur la désignation de nouveaux représentants désignés ou élus, sachant que chaque gilet jaune ne veut pas entendre autre chose que sa propre désignation pour se représenter lui-même !?! C'est donc à celui qui saura parler le plus fort, hurler le plus violemment, qui au final l'emportera. Ce sera celui qui aura le plus important comité de soutien, celui qui sera le plus démagogique, le plus populiste, celui qui saura répondre le mieux aux attentes populistes et parfois racistes de la foule des autres gilets jaunes, celui qui au fond sera le plus grand meneur d'hommes ou de femmes ! Le mouvement des gilets jaunes, c'est donc aussi la vieille opposition socratique entre la philosophie et le sophisme, entre la raison et l'argumentation vide de sens pour canaliser et contrôler les foules et atteindre au pouvoir !

 

Je pense par ailleurs qu'un parti comme celui de Macron, cette soit-disant République en marche (LRM) porte une responsabilité écrasante dans l'apparition de cette révolte des gilets jaunes. La naissance du mouvement de Macron nous a été vendu comme l'investiture de citoyens comme vous et moi, issus presque aléatoirement du peuple, ouvert à tout un chacun, qui allaient représenter le peuple lui-même, par différence avec tous les autres partis politiques remplis de caciques. Et le peuple a voté pour ces personnes pour donner un majorité parlementaire à un nouveau venu complètement inconnu juste avant cela, qui s'était lancé un an auparavant dans le monde de la politique.

 

Mais les parlementaires élus de la République en marche n'ont absolument rien eu à voir avec ce qui nous avait été présenté ! Ce ne sont pas des membres des classes populaires. Ce ne sont que des personnes issues des multiples réseaux dont bénéficiaient Macron, avec un seul type de langage : tous les managers dont nos administrations et les grandes entreprises sont remplies, avec pour seul mot d'ordre la productivité, la compétence, l'efficacité, les services rendus aux usagers (non pas par eux mais par leurs subalternes), l'amélioration des chiffres et des ratios. Ce sont ces gens-là qui remplissent les réseaux de Macron, issus de tous les partis politiques de gauche comme de droite, issus des entreprises, issus des administrations publiques, mais qui n'ont absolument rien à voir avec les classes populaires, avec les gens comme vous et moi, ceux qui bossent, qui triment, avec ceux qui constituent le peuple ! La République en Marche nous a menti ! Macron nous a menti ! Les élus qui se sont fait élire sous l'étiquette La République en Marche nous ont menti ! Ce ne sont que les pires représentants de l'oligarchie des puissants, de la classe managériale qui ont été élus en 2017.

 

Et ce mouvement des gilets jaunes a juste permis de faire apparaître en pleine lumière que LRM n'est qu'une vaste fumisterie, une vaste intoxication intellectuelle. Voilà ce que sont réellement que les députés LRM ? Non pas des membres un peu nouveau de la classe politique mais simplement des managers simplement incompétents, perdus face à une foule qu'ils sont incapables de comprendre, vis-à-vis de laquelle ils sont incapables d'avoir la moindre empathie ! Mais le peuple réunionnais et le peuple français peuvent-ils s'en apercevoir ? Je crains que non quand par exemple je lis que les intentions de vote en faveur de LRM atteignent près de 22% lors des prochaines élections européennes ! Comme cela est-il possible !

 

Je ne sais pas ce qui accouchera du mouvement national ou réunionnais des gilets jaunes ? Au delà des relents racistes, xénophobes qu'il est obligatoire de découvrir dans de tels types de mouvements populaires et populistes, j'espère que ce mouvement réussira à faire apparaître une autre forme de politique, une autre exigence de démocratie directe, un vrai contrôle des représentants de la Nation par leurs mandants. C'est le discours général en fait des gilets jaunes et si en plus, il émanait de ce mouvement la mise en lumière de l'escroquerie du Macronisme et de LRM, ce serait parfait ! Même si les autres partis politiques ne valent guère mieux, bien qu'ils aient été nettoyés de tous les libéraux managers ayant rejoint LRM !

 

 

Saucratès

 

 

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Réflexion quatre (lundi 10 décembre 2018)

Le spectre du racisme dans le mouvement des gilets jaunes réunionnais - Ou jusqu'où peut aller la haine des blancs !

 

 

Je n'ai encore à cette heure aucune idée de l'ampleur du mouvement des gilets jaunes réunionnais en ce lundi 10 décembre 2018. Notre département sort de deux semaines de blocages sur les routes, pris en otage par quelques centaines de représentants du peuple, crevant supposément de faim. L'un des principaux représentants de ces gilets jaunes, l'un de leurs principaux meneurs, l'un des plus actifs sur les réseaux sociaux, celui qui intervient régulièrement au niveau des médias, celui qui se présente comme un représentant des crèves la dalle représentants le peuple, roule en fait dans des véhicules automobiles de luxe (Porsche Macan et BMW X6) même si en fait ce n'est pas lui qui les a payé ! Et qu'il est apparemment apparenté à un homme politique éliminé de la vie politique réunionnaise ... 

 

Il y a d'abord un premier niveau d'interrogation : comment des personnes peuvent-elles se présenter comme le peuple réunionnais ? Au nom de quel principe des quidams lambda peuvent-ils déclarer qu'ils sont le peuple, le peuple qui crève de faim, qui n'ont même pas de quoi offrir un cadeau à leurs petits enfants ? Comment peut-on prendre au sérieux des gens qui avancent de tels arguments, si ce n'est sous la contrainte de la peur, par crainte des exactions de ces mêmes personnes, dont on se sent obliger de se déclarer solidaire de leur combat, parce que sinon ils vous tabasseraient sur des barrages, dans la rue, sur internet ou sur les réseaux sociaux, qu'ils appelleraient à vous lyncher ... J'appartiens au peuple ; c'est une affirmation correcte. Comme de dire que j'appartiens (à tord ou à raison) à la classe moyenne. Mais de dire que je suis (ou nous sommes) le peuple, c'est une nouvelle prise en otage de la multitude des réunionnais par une fraction agissante, agressive, haineuse.

 

Deuxième niveau d'interrogation, comment un tel mouvement peut-il être ouvertement raciste sans réaction de personne, et surtout pas des forces de police, voire des spectateurs réunionnais ? Imagine-t-on des scènes de pogrom dans de le mouvement des gilets jaunes en France métropolitaine à l'encontre de tous ceux qui seraient un peu trop sombres de peau ??? Que dirait-on si les gilets jaunes arrêtaient les noirs (ou bien ceux parlant français avec un accent africain ou antillais) aux barrages, les caillassaient, ou les prenaient à partie, voire appeler à les lyncher ? La Réunion n'est pourtant pas sensée être une île de tolérance et un exemple de savoir vivre-ensemble ?

 

Revenons en donc à ces épisodes qui expliquent le titre de ce post. D'abord ces gilets jaunes du rond point de Gillot qui n'hésitent pas à agresser physiquement les zoreils qui leur tombent sous la main, surtout si le pauvre bougre à la mauvaise idée de vouloir prendre des photos du mouvement. Il a fallu l'intervention des gendarmes mobiles pour éviter que le pauvre bougre ne se fasse lyncher.

 

Deuxièmement, cet épisode dont tant de personnes parlent au sujet d'un métropolitain (ou zoreil) qui a utilisé une bombe insecticide sur un gilet jaune au bord de la route, au rond-point de Saint-Gilles. Une multitude d'internautes réunionnais condamnent son geste et je pense qu'ils auraient aimé pouvoir lyncher ce pauvre bougre, parce que selon eux, la vidéo réalisée de son geste montre que le barrage n'était pas bloquant, qu'il pouvait circuler librement. Une de mes collègues condamnait aussi cette personne. Je pense pour ma part juste que le pauvre bougre était juste super énervé par des semaines de blocage. Ou par les kilomètres ou les centaines de mètres de bouchon qu'il venait de subir. Moi même, j'ai des pensées assassines rien qu'en voyant un pauvre travailleur en gilet jaune au bord d'une route, même si en fait ce n'est même pas un gilet jaune, mais juste un ouvrier en train de travailler. Je comprends donc parfaitement son geste. 

 

https://www.zinfos974.com/▶%EF%B8%8FSigne-d-une-exasperation-grandissante-Bagarre-au-barrage-de-St-Gilles_a134732.html

 

Mais ce n'est pas là le pire. Le pire se trouve à la fin de cette vidéo. Le meneur du barrage (parce que les barrages des gilets jaunes ont des meneurs autoproclamés) interdit que l'on tabasse l'horrible et criminel 'zoreil'. Mais il l'interroge (entravé et bousculé - un gendarme qui aurait ce genre de méthode d'interrogatoire irait directement en prison) pour savoir si c'est un zoreil, s'il habite sur l'île ou si c'est un vacancier, puis sachant qu'il habite sur l'île, fait faire un gros plan du visage du bougre pour ensuite appeler à lyncher l'horrible zoreil et que les reunionnais lui fassent comprendre qu'il n'a rien à faire à La Réunion! Comme l'écrit le site d'information Zinfos974, ils ne peuvent diffuser la vidéo complète de cet épisode parce qu'ils ne peuvent pas cautionner un appel au lynchage public ! Vu la profession de ce monsieur, serment d'Hypocrate ou non, j'espère que les racistes qui l'ont interpelé, l'ont molesté et ont appelé à le lyncher n'auront pas besoin de cette personne au cours de leur vie !

 

https://www.zinfos974.com/Les-raisons-pour-lesquelles-nous-avons-censure-la-video-de-la-bagarre-a-St-Gilles_a134735.html

 

https://www.zinfos974.com/Bagarre-sur-le-barrage-de-St-Gilles-L-automobiliste-a-l-insecticide-et-un-gilet-jaune-juges-en-fevrier-pour-violences_a134810.html

 

Des épisodes à vous dégoûter de cette île admirable, mais dans laquelle des irresponsables et des racistes essaient de pourrir l'atmosphère pour je ne sais quels enjeux politico-politiciens, ou juste pour avoir un peu de pouvoir ou de reconnaissance.

 

 

Réflexion trois (jeudi 6 décembre 2018)

Le mouvement des gilets jaunes est-il conforme à la morale ou à l'éthique ?

 

En d'autres termes, le fait de bloquer la circulation automobile, les autres automobilistes et les autres usagers de la route, de la circulation, pour défendre des idées individuelles ou pour contester une réforme, des taxes ou une politique est-il moralement et éthiquement acceptable et normal ? Evidemment, dans cette interrogation, il me faudra déterminer ce que j'entends par «éthique», «morale», «moralement» ou «éthiquement». Heureusement qu'il ne me faudra pas définir ce que l'on peut entendre par «mouvement» ou par «gilets jaunes». 

 

Pourquoi cette interrogation ? Parce que ces mêmes gilets jaunes revendiquent le droit de manifester, de bloquer pacifiquement (selon eux) la circulation automobile pour faire entendre leur voix ! Parce qu'ils estiment que c'est cela la démocratie, un droit à s'exprimer par tous les moyens qu'ils souhaitent, quelque soit la forme de cette expression ! Et parce que selon eux, l'intervention des forces de police pour les empêcher de bloquer des axes routiers, pour les déloger des barrages qu'ils ont érigé au milieu des voies de circulation, sont une atteinte à leur droit de s'exprimer, de faire entendre leurs revendications, une atteinte à leur liberté !

 

Ont-ils donc raison ? Est-ce cela la démocratie ? Le droit pour chacun de faire ce qu'il veut, d'exprimer comme il veut ses revendications, sans s'intéresser le moins du monde à ce que pensent les autres ou bien sans prendre en compte la gêne qui en résulte pour les autres ? Si leur combat est juste, si les objectifs, les buts de leurs actions sont éthiques et morales, si les formes de leurs actions sont conformes à l'éthique et à la morale, alors effectivement, ils auraient absolument raison ! Ils pourraient agir de cette manière, bloquer leurs concitoyens, les emmerder autant qu'ils le souhaitent, appeler à la révolution et à la guerre civile, rançonner les autres usagers et piller demeures et commerces autant qu'ils le souhaitent pour leurs intérêts personnels, parce qu'ils le peuvent, parce que leur nombre le leur permet ! Et la réponse répressive de l'Etat serait alors effectivement disproportionnée si leurs mobiles, leurs moyens, leurs actes étaient moralement et éthiquement acceptables !

 

Inversement, si les mobiles, si les buts, si les objectifs, si les moyens d'action utilisés, si les formes de leurs actions, si leurs actions elles-mêmes ne sont pas conformes à la morale et à l'éthique, alors l'ensemble du mouvement des gilets jaunes ne correspondrait pas à l'usage normal de la démocratie et ce mouvement serait une vaste fumisterie, une énorme violation du droit et de la morale, une agression contre la pensée, contre les droits des autres usagers, contre les principes mêmes de ce qui devrait régler les relations entre des personnes civilisées, humaines et éthiques ! Il va de soi que j'ai déjà mon idée de la réponse à apporter à ces événements. Je ne vois rien d'éthique ou de morale dans les actes que j'ai vu se perpétrer, dans les comportements des personnes que j'ai pu observer dans la réalité, dans les médias ou que j'ai entendu être rapportés par des amis ou des connaissances. Si la règle de l'emmerdement maximal était éthiquement et moralement acceptable, cela ferait longtemps qu'on le saurait !

 

Evidemment, les gilets jaunes n'ont pas inventé les blocages de la circulation ! Cette arme de blocage a été régulièrement utilisée par des professionnels de la route comme les transporteurs routiers et les chauffeurs routiers, que ce soit en France métropolitaine ou à la Réunion, par le passé. Le fait d'investir des centres-villes ou la circulation autour de préfectures a également régulièrement été observée par le passé, notamment par les agriculteurs, qui n'aiment rien d'autres que de déverser des tonnes de lisier ou de pommes de terre, chou-fleurs ou autres légumes ou fruits devant les entrées ou les places des préfectures. Je pense même que le déversement de lisier (déjections des oiseaux) ou de purin (déjection des animaux porcins) marque beaucoup plus les esprits et les narines des préfets et des représentants de l'Etat que toute autre forme d'actions ! Les mouvements estudiantins ou lycéens ont également régulièrement utilisé l'arme de l'occupation de la voie publique pour faire entendre leurs revendications ou leur colère. Le mouvement des gilets jaunes n'est donc pas si novateur dans ses méthodes et ses moyens d'action. 

 

S'il est novateur, c'est plus par le fait de son inorganisation apparente, par son surgissement à l'écart de toute organisation pensée, comme s'il s'agissait d'un mouvement pratiquement révolutionnaire, spontané, à l'image des grandes révolutions qui ont parsemé l'histoire de notre pays, de la France, comme la révolution mère de toutes les révolutions suivantes, celle de 1789, et celles qui l'ont suivi comme celles des années 1848 et 1870, et au final 1968. 

 

Mais en disant cela, je n'ai encore rien démontré.

 

Cette forme d'actions, les buts et les objectifs de ces actions, sont-ils conformes à l'éthique ou à la morale ? D'abord, il est d'usage en philosophie morale de ne pas faire de différence entre l'éthique et la morale. Ces deux termes sont considérés comme strictement équivalents. Une seule petite différence concerne l'aspect parfois plus restrictif du concept d'éthique en matière professionnelle. On ne parlera pas de la morale du médecin ou de l'avocat ; on parlera d'une éthique, de chartes éthiques, avec la même acceptation que lorsque l'on passe de déontologie, de charte déontologique. Il n'y a donc pas dans mon acceptation de ces deux termes d'éthique et de morale de différences entre eux. De la même manière, je pourrais parler de déontologie, même si dans ce cas, il existe des différences puisque la déontologie est plus centrée sur des professions particulières, sur des cas concrets, et se rapportent à des ensembles de règles, de lois, d'attitudes obligatoirement et précisément prescrites et auxquelles il faut se référer et auxquelles il faut obéir absolument !

 

Ce serait ainsi appréciable qu'il y ait une éthique ou une déontologie du manifestant, du gilet jaune, du casseur, du pilleur !!! Ce qui n'est évidemment pas le cas.

 

Puisque j'ai expliqué ce que j'entends par «conformité à la morale ou à l'éthique», puisque j'ai même posé que selon moi, les manifestants, les casseurs et les gilets jaunes n'avaient pas de codes d'éthique ou de déontologie, il me reste à expliquer ce qui selon moi est contraire à la morale ou à l'éthique dans leurs actions, dans leurs buts, dans leurs objectifs et dans les modes d'actions. 

 

Avant d'indiquer ce que j'indique comme «loi morale» ou «loi éthique», je me permettrais de prendre un exemple a contrario. Si les moyens d'actions, les buts et les objectifs des gilets jaunes étaient conformes à la morale et à l'éthique, il serait alors normal que moi ou d'autres usagers de la route, excédés par les barrages érigés par ces gilets jaunes, nous décidions maintenant de venir bloquer leurs propres domiciles pour les empêcher de sortir de chez eux, pour les emmerder, pour les bloquer deux semaines durant à leur domicile. Juste pour les emmerder ! Si leur mode d'actions était conforme à l'éthique et à la morale, alors ce même mode d'actions à leur égard serait tout également conforme à l'éthique et à la morale, et ils n'auraient aucun droit de le contester ou de s'énerver ! On ne ferait que leur faire ce qu'ils auraient fait de la même manière !

 

On est bien d'accord ? A l'inverse, si le fait de bloquer maintenant des gilets jaunes pour les empêcher de sortir de chez eux, pour les emmerder, n'était pas conforme à l'éthique et à la morale, s'ils avaient le droit d'appeler les forces de police et de gendarmerie pour nous faire dégager, ou s'ils avaient le droit de nous attaquer et de nous faire déguerpir par la force, alors leur propre mouvement est tout aussi contraire à la morale et à l'éthique. 

 

Et il n'y avait dans le mouvement absolument rien de démocratique, rien de conforme au droit de s'exprimer et d'afficher librement une opinion ! Ce n'était qu'une violation des droits des autres usagers de la route, une prise en otages du reste de la population du département de la Réunion, et plus largement de l'ensemble des français au plan national ! Un usage illégitime de la force et d'une soit-disant liberté d'expression !

 

Je citerais Emmanuel Kant pour expliciter ce que j'entends par le terme de morale ou d'éthique.

 

« Mais quelle peut donc bien être cette loi dont la représentation (...) doit déterminer la volonté pour que celle-ci puisse être appelée bonne absolument et sans restriction ? (...) En d'autres termes, je dois toujours me conduire de telle sorte que je puisse aussi vouloir que ma maxime devienne une loi universelle ».

 

Cette citation est tirée des «Fondements de la métaphysique des moeurs» (éditions Vrin page 68), ouvrage initialement publié en 1785. Une autre citation un peu plus loin explicite légèrement cette loi universelle :

 

« Donc, pour ce que j'ai à faire afin que ma volonté soit moralement bonne, je n'ai pas précisément besoin d'une subtilité poussée très loin. Sans expérience quant au cours du monde, incapable de parer à tous les événements qui s'y produisent, il suffit que je demande : Si tu ne le peux pas, la maxime est à rejeter, et cela en vérité non pas à cause d'un dommage qui peut en résulter pour toi ou même pour d'autres, mais parce qu'elle ne peut pas trouver place comme principe dans une législation universelle possible (...) ». 

 

Je pense que cette définition de ce qui peut être «bon» ou «pas bon», «moral» ou conforme à l'«éthique» est suffisamment claire et suffisamment universellement valable. De multiples formes d'actions, de formes de manifestations sont conformes à la légalité. Les personnes doivent le droit de manifester leur désaccord, leur opposition à une politique, leur colère devant un gouvernement ou des politiques, contre des réformes injustes ou inéquitables, ils doivent avoir le droit de manifester physiquement, mais les modes d'actions du mouvement des gilets jaunes à la Réunion, comme dans d'autres départements d'outre-mer dans d'autres occasions (je pense à Mayotte, à la Guyane avec le mouvement des 100 frères ou à la Guadeloupe à l'époque du LKP), où prime la volonté de prendre en otages la population et de causer le maximum d'emmerdement, tout ceci afin d'exprimer une haine et une rage in-maitrisées et in-maitrisables, ne sont ni «bonnes», ni «morales», ni conformes à l'«éthique» ! 

 

 

Saucratès


06/12/2018
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Les gilets jaunes - Populisme ou anarchisme

Réflexion deux (lundi 26 novembre 2018)

Quelle réponse citoyenne au mouvement des gilets jaunes ?

 

La mobilisation des gilets jaunes se poursuit, en France métropolitaine mais surtout et aussi à La Réunion. On observe néanmoins une surprenante tolérance aux nuisances de ces personnes, de ces manifestants, de ces gêneurs, de ces empêcheurs de rouler en paix ... Aujourd'hui, j'étais même prêt à assassiner l'un de ces insupportables gilets jaunes si l'un d'eux me bloquait ou bien se mettait en travers de mon chemin ... Ou plutôt j'en mourrais d'envie mais évidemment, je n'aurais jamais laissé libre cours à mon envie de meurtre si je m'étais trouvé dans cette situation ! Je ne suis pas un fou furieux ! En tout cas, je ne me suis pas trouvé face à ce choix, heureusement pour moi. J'ai bien été longuement bloqué sur la route en rentrant chez moi en sortant de mon travail, mais aucun gilet jaune n'a tenté de m'arrêter lorsque je passais. Pas plus que ce matin d'ailleurs ... Juste quelques automobilistes excédés qui forçaient le passage à des feux ou à des stops.

 

On peut se poser la question de savoir jusqu'à quand les usagers de la route supporteront-ils cette situation et ces blocages ? Et surtout pour quelle raison les pouvoirs publics laissent perdurer ce genre de barrages, de blocages, comme s'ils espéraient le pourrissement de la situation, la dégradation des relations, l'explosion sociale ? Le gouvernement attend-il que les automobilistes se fassent justice eux-mêmes, fassent déguerpir eux-mêmes les manifestants et les blocages routiers ? Veut-il des dérapages, des morts, des automobilistes excédés qui tuent des manifestants, comme lors du premier samedi ? Pour que les automobilistes fassent le sale boulot et partent en prison ?

 

Evidemment, les gilets jaunes français ou réunionnais estiment être dans leur bon droit, que la démocratie les autorise à manifester leur opposition au gouvernement en bloquant les routes et les autres automobilistes sous prétexte qu'ils veulent se faire entendre du gouvernement. Imaginons un instant qu'un groupe d'automobilistes énervés décident de faire un carnage sur un barrage quelconque, et ces mêmes gilets jaunes survivants se lamenteront sur les médias en se plaignant que la police et la gendarmerie ne les ont pas protégés et ne sont pas intervenus ! Ce serait l'ironie de l'histoire ou de la situation. Les forces de police et de gendarmerie que les gilets jaunes combattent depuis une semaine seraient appelés au secours par ces mêmes gilets jaunes !

 

Qu'attend donc le préfet pour faire évacuer les barrages routiers aux quatre coins de l'île ? Attend-il le chaos ou les premiers incidents graves ?

 

Quelle réponse faut-il donner aux manifestants ? Premièrement, les réponses seront différentes en France métropolitaine et dans le département. Autant aucun changement de politique n'est à attendre en France métropolitaine, autant la situation réunionnaise conduira ce gouvernement à prendre des décisions politiques. Non pas des décisions qui nous intéresserons ... mais la poursuite de toutes les politiques ultra libérales récentes, toutes les idées qu'ils n'ont pas encore pu mettre en œuvre ces dernières années. Je pense notamment à la suppression de l'abattement fiscal pour les DOM, la suppression de la sur-rémunération des fonctionnaires et assimilés ; tout ce qui permettra au gouvernement de faire des économies budgétaires sur les dépenses publiques, tout en promettant de réaffecter ces sommes en faveur du département, de l'économie et des aides sociales.

 

Pour finir, une fois encore, aux informations, on a eu la démonstration de la duplicité de cette mobilisation des gilets jaunes. Nous avons une porte-parole des gilets jaunes qui conteste toute possibilité d'interroger la légitimité des représentants des gilets jaunes. «Vous n'avez rien compris disait-elle, vous êtes encore dans l'ancien Monde dont nous ne voulons plus, nous sommes les représentants des 40 barrages et barricades qui bloquent le département ...». Sous-entendu que «nous n'avons pas à nous expliquer sur notre légitimité à porter la parole des manifestants». Des chefs autoproclamés représentants d'un peuple qui souffre, du peuple réunionnais qui crève de faim ... 

 

Comme quoi 4.000 pèquenots peuvent bloquer toute La Réunion et exprimer leur haine et leur rage. Et la préfecture et le gouvernement leur déroulera le tapis rouge, pour écouter les revendications des chefs autoproclamés de ces pèquenots ! Chefs autoproclamés qui veulent faire croire qu'ils ne sont chefs de rien, simplement des membres du peuple qui souffre ! À chacun son petit quart d'heure de gloire ... et avec peut-être cachés dans l'ombre les véritables marionnettistes qui tirent les ficelles ! Et qui se garderont peut-être bien d'apparaitre au grand jour !

 

Cet épisode est intéressant pour comprendre le fonctionnement des groupes informels, tels les soviets des années 1917, la révolte populaire des années 1789, ou le mouvement de mai 1968. Sans oublier les évènements de Guadeloupe avec le LKP en 2009. Et pour observer de quelle manière des leaders apparaissent dans de tels mouvements, tels les Robespierre, les Marat, les Lénine et les Staline ou les Cohn-Bendit. Cette mobilisation est aussi intéressante pour comprendre comme de tels mouvements de foule disparaissent, s'effondrent, s'essoufflent. Pourquoi un beau jour, des groupes qui occupaient des croisements cessent d'y venir et d'y foutre le bordel. 

 

 

Réflexion une (dimanche 25 novembre 2018)

Que peut-on penser du mouvement des gilets jaunes ?

 

En préambule, en un seul mot, il me faut dire que je suis à 100% avec le mouvement des gilets jaunes. À 100% parce que comme eux, je suis rempli de haine et de rage vis-à-vis de Macron, de son gouvernement et de sa politique ... Même si au fond, évidemment, il n'y a eu presque aucune différence avec les politiques menées par les gouvernements précédents qui se sont succédés ces dernières décennies, qu'ils soient de droite ou de gauche. Pas vraiment de différences, ou plutôt des politiques juste pires, encore plus libérales, avec encore plus d'arrogance et de morgue !

 

Donc oui, le mouvement des gilets jaunes me parle, même si je n'ai pas envie de m'emmerder pendant des journées complètes à bloquer des routes et des carrefours, à subir la colère des uns, la violence des autres et les charges et les tirs de bombes lacrymogènes des gendarmes et de la police. Je suis bien trop craintif pour cela, ou bien pas assez énervé. Je recherche juste avant tout le minimum d'emmerdements.

 

Evidemment aussi, je suis contre la violence, la haine, les débordements et les exagérations que l'on observe dans ces attroupements et dans ces mouvements de rue. Je ne cautionne pas cette violence. Je cautionne l'expression de la colère du peuple, je condamne la réponse qui en est faite par le gouvernement, mais j'aimerais d'autres formes d'actions, qu'il s'agisse de manifestations pacifistes ou d'occupations légitimes de sites emblématiques, comme l'Elysée par exemple ou comme les préfectures. Et surtout je voudrais d'autres sortes de gilets jaunes, non pas les excités et les haineux qui passent à la télévision, qui s'acharnent sur les uns ou les autres ou qui pensent pouvoir décider qui doit passer ou non, quels magasins doivent ouvrir, quels magasins doivent brûler ou non.

 

Je pense que le problème se situe ailleurs. Comme de nombreux manifestants, je pense que c'est une colère légitime due à des années de violences subies, d'absence de prise en compte des vrais gens, de la vraie France. La rage que traduit ce mouvement social n'est pas née avec Macron. Elle est bien plus ancienne ; elle a été nourrie des résultats des politiques libérales menées ces dernières années, sous Hollande, sous Sarkozy et avant elles sous les présidences Chirac et surtout Mitterand. C'est la négation de la vie des vrais gens, tout ce qu'on leur prend, toutes ces taxes qu'on nous prélève et dont sont exonérés une large frange de la population, que ce soit les plus pauvres ou les plus riches. Cela fait évidemment belle lurette que les plus riches ne vivent plus avec nous, qu'ils se sont mondialisés, qu'ils ont fui sous d'autres latitudes, sous d'autres contrées fiscalement plus intéressantes, qu'ils ne paient plus d'impôts et de taxes à la hauteur de leur utilisation des biens publics dont ils sont les principaux utilisateurs.

 

C'est donc cette immense classe moyenne, toutes ces personnes qui estiment en faire partie, qui se retrouvent dans un même sentiment d'être les laissés pour compte de la société moderne, libérale, exclue des prises de décisions politiques, surtaxée et surimposée. Une partie de cette immense classe moyenne a peut-être cru trouver un espoir de changement dans Emmanuel Macron et dans son mouvement des Marcheurs de la République en Marche, dans sa recherche de non-personnalités de la société civile, pour les permettre d'être désigné comme députés. Mais comme moi, ils ont finalement compris qu'ils avaient été floués, volés. Les députés de la République en Marche ne sont que des femmes ou des hommes politiques recyclés venant d'autres partis, des amis ou amies d'amis à des puissants ou d'Emmanuel Macron ou de son épouse Brigitte Macron. Mais tout cela avait été habillé de couleurs chatoyantes, d'un mouvement citoyen, et la déception est à la hauteur de l'immensité de l'espoir qui avait habité certains.

 

Il se trouve par ailleurs que l'envolée du prix de l'essence est le plus parfait de tous les prétextes pour alimenter une explosion sociale, à tord ou à raison. C'est l'étincelle parfaite pour alimenter une jacquerie, une révolution. C'est la mère de toutes les guerres civiles pour les français. Et de manière absolument inconsciente, ce gouvernement Macron-Philippe a allumé la mèche explosive en décidant l'envol des prix de l'essence et du diesel en augmentant les taxes ! Et j'espère que ce gouvernement, ce président arrogant et autiste n'y survivront pas !

 

Après, on peut comprendre les causes de ce mouvement, on peut se réjouir des conséquences de cette révolte, tout en ne comprenant pas, en n'adhérant pas à la violence et aux modes de combat retenus par ces gilets jaunes, et surtout en ne partageant pas l'expression de cette révolte, les porte-paroles choisis ou les individus qui s'expriment en leur nom, sur les barrages ou dans les manifestations. Ce sont rarement les plus modérés, les plus réfléchis, les plus posés qui s'expriment. Ce sont toujours les plus éructants, les plus haineux, les plus abrutis, les plus cons qui sont interviewés par les médias, ou bien simplement ceux qui pensent comme les journalistes ou les présentateurs qui les interviewent. 

 

Je pense qu'il faut séparer le mouvement des gilets jaunes métropolitains, des gilets jaunes réunionnais. D'un côté des francais en colère, plus ou moins posés, plus ou moins intelligents, et de l'autre une masse d'abrutis et d'enragés, qui estiment représenter le «peuple» réunionnais, le peuple qui souffre dans son ensemble. D'un côté des travailleurs qui ne comprennent plus la politique liberaliste menée depuis des décennies par les gouvernements qui se succèdent. De l'autre, une foule majoritairement d'assistés et d'exclus qui ont trouvé là une façon d'être entendu. Ils trouvent dans un tel mouvement, dans cette situation d'anarchie née des barages, la possibilité de prendre la place qu'ils n'ont pas réussi à obtenir dans la société. Dans cette anarchie, ce sont ceux qui crient les plus forts qui sont les maîtres. Nul besoin d'être intelligent ou réfléchi. Il suffit d'afficher comme un étendard sa rage et sa haine des autres.

 

Certains s'érigent donc en contrôleur des uns ou des autres, tous s'érigent en gendarmes ou en policiers, décidant de qui peut vendre des produits et à quel prix ils peuvent vendre. Un mouvement social peut très vite se transformer en une organisation de soviets ! Mais qui décide, comment ou sous quelle forme ? C'est là que l'on redécouvre l'existence de leaders naturels, de personnes qui naturellement arrivent à se faire obéir par les autres, par on ne sait quels mécanismes inconscients, inconscients pour eux-mêmes et pour les autres qui leur obeissent, qui les suivent, qui les écoutent.

 

Pour finir, je suis donc favorable à l'esprit de ce mouvement, mais absolument pas aux gilets jaunes eux-mêmes qui les représentent, qui les constituent !

 

Il me faudrait aussi parler de la réponse politique donnée par le gouvernement, que ce soit en France métropolitaine, ou bien dans le département de La Réunion. Ou ferai-je mieux de parler d'une absence de reponse politique donnée par ce gouvernement ? Ce qui est amusant, c'est que c'est directement la démission de Macron qui est demandée par les manifestants, pas celle de l'un ou l'autre des pantins ou des incompétents qui l'entourent, mais directement de l'homme providentiel qu'il était censé incarner. «Macron démission» scandent les manifestants ! Le contraste est egalement invraisemblable avec les députés de «La République en Marche». Tous ceux qui ont voté les yeux fermés pour des gigolos inconnus, simplement parce qu'ils portaient une étiquette de macronistes, doivent aujourd'hui pouvoir admirer ces mêmes inconnus totalement inconnus, incapables d'aller sur un terrain qu'ils ne connaissent meme pas, qui croient être les salariés du Palais Bourbon et etre capable de faire des lois, incapables de représenter ces mêmes francais qui les ont élus et qu'ils devraient pouvoir écouter. Le mouvement des gilets jaunes démontrent par l'absurde l'incongruité de l'idée de désigner des représentants de la société civile pour nous représenter. 

 

Dernière chose en terme de politiques, c'est l´antienne des manifestants qui s'expriment dans les médias de ne pas vouloir voir leur mouvement être récupéré par des hommes ou des femmes politiques, de ne pas vouloir être instrumentaliser. Mais là encore, comment se fait-il que quelques poignées de manifestants ou d'excités puissent s'arroger le droit de penser pour les autres ou pour tout le monde. Ces excités refusent que d'autres puissent les représenter mais ils s'arrogent le droit eux-mêmes de représenter les autres, de s'exprimer au nom des autres ? Comment peut-on être aussi abrutis et cons ? Comment est-il possible de ne pas comprendre que ce que l'on dit n'a aucun sens ? Que les porteurs de paroles auto-proclamés n'ont même pas la légitimité des politiques qui au moins ont bénéficié à un moment où un autre du vote de leur concitoyens !

 

Ce mouvement est en fait le défouloir de tous ceux qui n'ont pas réussi dans leur vie, qui se rêvaient en politiques et qui ont échoué, qui se rêvaient en travailleurs et qui ont échoué, qui se rêvaient en riches mais qui ont échoué, qui se rêvaient même en parents mais qui ont aussi échoué, laissant leurs marmailles brûler et piller des magasins ou des commerces.

 

Triste mouvement, mais quelle joie si ce gouvernement d'autistes et d'incompétents tombait ! Nul doute qu'un nouveau gouvernement et un nouveau président naîtrait d'un tel désordre ! À moins que ce soit les gilets jaunes qui prendraient le pouvoir, qui joueraient à la police et aux gendarmes. Que Dieu nous protège ! La chien-lit !

 

Le plus triste, c'est que tant de journalistes, tant de personnes interviewés, jusqu'aux représentants syndicaux des policiers, ne se sentent obligés/contraints de dire qu'ils sont favorables au mouvement des gilets jaunes. Comme moi pour commencer cet article. Est-ce par peur ?

 

 

Saucratès 


26/11/2018
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Les prémices d'un grand mouvement estudiantin et social

Réflexion une (jeudi 1er février 2018)

Sélection à l’université - Réforme du baccalauréat - Le gouvernement Macron-Philippe joue avec le feu et à l’apprenti sorcier

 

Le président de la République française pensait avoir trouvé la solution pour faire exploser les conservatismes sociaux des français. Il l’avait expérimenté avec la réforme du droit du travail menée tambour battant et au pas de charge entre l’été et l’automne 2017. Mener au pas de course une réforme qui l’on indique effectuée dans la plus grande concertation. La réforme des institutions représentatives du personnel est ainsi passée comme une lettre à la poste, grâce à la complicité bienveillante de certaines organisations syndicales qui y trouvaient un intérêt correspondant à leur marotte (la CFDT pour ne pas la citer et la représentation du personnel des toutes petites entreprises).

 

La solution est de mener réforme après réforme pour noyer les éventuelles oppositions et contestations. Etant obligé de combattre plusieurs réformes successives, conduites au pas de charge, les contestations sont sensées s’étouffer ; essoufflement aidé par le fatalisme des grands médias écrits qui encensent les réalisations de ce président de la République qu’ils avaient appelé de leurs vœux (et je pense ici à mon quotidien préféré, Le Monde, qui ne fait preuve d’aucune impartialité dans le traitement médiatique accordé au macronisme !). 

 

Les syndicats contestataires, les partis de gauche gauchistes, furent ainsi dans l’impossibilité de rallier l’opinion publique à leur contestation et à leur mobilisation. Ces partis et syndicats avaient en effet à peine commencé à mobiliser au sortir de l’été 2017 que les ordonnances étaient votées et publiées et que le gouvernement passait à un autre sujet de réforme : la réforme de l’indemnisation du chômage, la réforme de la formation professionnelle ...

 

Du côté pro-gouvernement, la CFDT, malgré une contestation de façade, a joué le jeu de la négociation avec ce gouvernement, soit-disant pour influer sur le texte ! Mais il ne faut pas oublier qu’ils étaient déjà prêts, lors d’une précédente négociation, à signer un texte approchant avec le patronat, supposé instituer les conseils d'entreprises. Seule l’impossibilité d’obtenir l’adhésion de trois syndicats représentatifs avait fait reculer le patronat, la CFDT et le gouvernement socialiste, sur un texte tout à fait comparable, voire encore plus réactionnaire ! Les apparentes contestations de façade de la CFDT ne sont ainsi vraisemblablement que de la poudre aux yeux. Et que penser de leurs réactions face à des élus CFDT leur demandant une mobilisation contre les textes des ordonnances, et de leur réponse : « regarder ce qu’est devenu la CGT, voulez-vous devenir comme elle ? ».

 

Donc évidemment, en matière de droit du travail, en matière de droit social, face à un front syndical désuni, la contestation syndicale ne pouvait pas prendre, évidemment ou plutôt malheureusement parlant. Et Macron a facilement gagné.

 

Mais cette belle machine bien huilée, cette belle idéologie de la réforme permanente, du déséquilibre institué en système peut-il résister à la grogne des étudiants, aux projets de réforme du lycée et de l’université souhaitée par le gouvernement Macron/Philippe ? La réactivation de la sélection à l'entrée de l'université, contenue dans le projet de réforme du logiciel APB, est une véritable poudrière qui risque d'exploser dans les prochains mois. Pour avoir connu les évènements d'octobre 1986, nés d'une contestation de la réforme du secrétaire d'état Alain Devaquet, je sais que cette simple idée d'une sélection à l'entrée à l'université risque de servir de catalyseur à une révolte massive, comme à tant d'autres moments lors d'autres mouvements estudiantin. Ce seul combustible, la réforme du logiciel APB et l'idée de mettre en place une sélection à l'entrée de l'université, peut faire naître un mouvement estudiantin, qui risque d'enfler jusqu'au mois de mai 2018. 

 

Le gouvernement pensait peut-être refaire le même coup qu'à l'automne 2017 en ouvrant un nouveau front avec le nouveau projet de réforme du baccalauréat. Macron et Philippe pensaient sûrement pouvoir nous refaire la même entourloupe. Que les jeunes ne sachent plus qui combattre, que contester. Mais si Macron ou Philippe, et ses conseillers savent parfaitement comprendre les organisations syndicales, et les diviser grâce à une proximité idéologique avec certains d'eux (Force Ouvrière et la CFDT), ils ne connaissent absolument rien aux jeunes. L'une des explications vient du fait que Macron ou Philippe n'ont jamais eu aucun rapport avec les organisations estudiantines et avec les mouvements estudiantins ou lycéens.

 

C'était l'une des principales craintes du gouvernement au sortir de l'été 2017 ; la conjonction, la cristallisation des contestations. Crainte qui ne s'est évidemment pas réalisée, face à un mouvement syndical divisée et face à une opinion publique partagée, tolérante. Mais dans le cas présent, en cette fin d'hiver 2018, et pour le printemps 2018, le risque, la probabilité d'une telle évolution, la conjonction d'une fronde massive des etudiants et des lycéens, conjuguées à la contestation des parents d'élèves et des enseignants, sans oublier le désir de revanche d'une organisation syndicale comme la CGT ou l'envie d'en découdre des militants CFDT ou FO, pourrait faire naître un mouvement social majeur, qui pourrait ressembler pour la premiere fois à ce que fut mai 1968. 

 

Et aussi intelligent, brillant et grand stratège qu'est notre ami Macron, il n'a ni l'aura du général De Gaulle ni l'appui d'un militaire comme le général Massu à Baden Baden. Ce serait une révolution, un retournement qui me plairait, qui me satisferait. Que ce président si extraordinaire, si jeuniste, si pimpant, déclenche un mouvement social si majeur qu'il ne l'emporte finalement ! Pour la première fois dans l'histoire de la Cinquième République. Ce serait une juste revanche de l'histoire, mais aussi une incroyable vengeance. Alors que des présidents impopulaires comme Sarkozy ou Hollande n'auraient pas connu le moindre embrasement social, il serait amusant que ce soit un président comme Macron qui soit emporté par une telle révolte.

 

Les premiers prémices de cet embrasement ont eu lieu aujourd'hui, avec des mouvements dans de multiples universités, à Paris et en province.

http://www.lemonde.fr/campus/article/2018/02/01/2-400-manifestants-a-paris-contre-les-reformes-de-l-universite-et-du-bac_5250547_4401467.html

 

Octobre 1986 avait commencé à peu près de la même manière, mais beaucoup plus tardivement, sur un petit projet  de loi abscon que pratiquement aucun étudiant contestataire n'avait lu. Avec un seul principal mot d'ordre : «non à la sélection !». Et les mêmes personnes bien pensantes avaient déjà beau jeu d'expliquer que la sélection existait déjà dans de nombreuses filières ! Comme aujourd'hui ... Selon ces personnes bien-pensantes, plus de la moitié des jeunes diplômés s'orientent déjà dans des filières sélectives. Mais rien ne peut y faire : le marqueur idéologique, c'est l'absence de sélection à l'entrée à l'université ! Et je me rappelle encore de ce que l'on chantait en 1986 : «Devaquet, si tu savais, ta réforme, où on se la met ! Au cul, au cul, aucune négociation ! » Cela doit bien rimer également avec Macron ou avec le nom du ministre de l'éducation nationale du gouvernement Macron/Philippe.

 

 

Saucratès


01/02/2018
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