Critiques de notre temps

Critiques de notre temps

Réchauffement climatique (3)

Réflexion trente-six (1er décembre 2008)
Faut-il être optimiste ou pessimiste quant au processus du réchauffement climatique et sur les actions que l'humanité devrait prendre au cours des prochaines années ou décennies pour lutter efficacement contre ses conséquences les plus dommageables ?...


Je me suis intéressé très longuement à ce processus de réchauffement climatique actuellement en cours. Ses effets actuels apparaissent relativement peu visibles, tout particulièrement dans les zones géographiques les plus observées par les médias ... les pays occidentaux majoritairement soumis à des climats tempérés et à des hivers relativement froids. Les zones plus touchées par les effets du réchauffement climatique sont également les pays les plus fragiles géopolitiquement et naturellement, dans lesquels des catastrophes naturelles se produisent régulièrement depuis ces dernières décennies ... De telle sorte que la responsabilité du réchauffement climatique apparaît plus comme une explication commode.

Le réchauffement climatique est ainsi malgré tout relativement communément accepté comme source d'inquiétude, mais la faiblesse de ses conséquences actuelles sur le climat mondial (quelques étés particulièrement chauds dans quelques pays occidentaux) limite l'urgence des mesures à prendre pour le combattre efficacement ... Actuellement, des moyens financiers démesurés sont mis en oeuvre pour sauvegarder le système financier mondial, alors que la lutte contre le réchauffement climatique est la dernière préoccupation des gouvernements et des grands argentiers mondiaux, et les moyens financiers qui y sont consacrés sont pratiquement nuls.

Les technologies pour produire de l'énergie proprement ne sont pas non plus encore au point ; seuls quelques essais de capture du CO² émis sont au stade expérimental, financés par des groupes industriels privés. Et les effets de la crise financière sur le cours du pétrole comme sur les autres matières premières, en dégonflant violemment les bulles spéculatives qui s'y étaient constituées, n'incitent plus ces grands groupes industriels ou pétroliers privés à se lancer dans ce genre de recherches, pour quelques années encore.

Les politiques de lutte contre le réchauffement climatique semblent ainsi aujourd'hui dénuées d'objectifs politiques. Mais en même temps, la lutte contre le réchauffement climatique a été intégrée par de très nombreux ménages occidentaux ou par des collectivités publiques locales (communes, villes, régions, états ...), que ce soit aux Etats-Unis ou en Europe. Il y a ainsi une très forte prise de conscience dans le public de la nécessité de lutter contre les émissions de gaz à effet de serre, première cause du réchauffement climatique, et en même temps, une absence de mesures prises par les états nationaux ou les instances supranationales, obnibulés par la crise financière ou les conflits armés où sont engagés des forces armées occidentales, et une absence d'implication des grands groupes industriels, auxquels nul état n'a imposé d'obligations de résultat.

Alors ? Faut-il donc être optimiste ? Ou pessimiste ? Personnellement, comme d'autres avant moi, je ne suis pas certain qu'une révolution de notre système de production et de consommation énergétique puisse réellement être conduite sous un délai d'à peine une décennie, que ce soit en Occident, où l'urgence risque de ne pas apparaître avant très longtemps, ou dans les grands pays en développement que sont la Chine, l'Inde ou le Brésil, qui deviennent de très gros émetteurs de gaz à effet de serre et dont l'implication dans la politique de lutte n'est pas certaine ... Quels moyens financiers sont-ils en effet prêts à investir dans ce genre d'actions alors que leur population aspire simplement à une amélioration de leur niveau de vie quelqu'en soit le coût énergétique ?).

Pour conclure sur cette question que j'estime extrêmement importante - la capacité de l'espèce humaine à prendre des décisions politiques pour infléchir durablement son modèle de développement économique et énergétique pour freiner un processus de réchauffement climatique inéluctable dont seul l'ampleur est susceptible d'être modérée - il faut regarder la vérité en face. A ce jour, les gouvernements des pays occidentaux ont privilégié la piste du 'marché' pour réformer les processus de production, que ce soit par la mise en place de marchés de droit d'émission de gaz à effet de serre, la mise en place d'outils internationaux (mécanismes de développement propre ...) pour favoriser la diffusion de technologies dites 'propres' de production d'énergie, ou le développement incitatif d'énergies propres (éolien, solaire, biomasse ...) ou d'actions responsables (reboisement) ...

Mais le marché nous a déjà démontré son incapacité à s'autoréguler de lui-même, par lui-même ... Le résultat que l'on observe aujourd'hui, c'est la pire crise économique enregistrée depuis un demi-siècle. L'ensemble du système financier occidental se serait écroulé en l'absence d'interventions des autorités monétaires et étatiques ... et la situation n'est toujours pas assainie ... Les fonds publics qui ont été pour l'instant nécessaires à ce sauvetage dépassent déjà les 1.000 milliards de dollars. Peut-on donc faire confiance à ces mêmes marchés, à ces mêmes établissements financiers, pour réussir à réformer le modèle capitaliste de développement économique, de production et de consommation pour le rendre moins gourmand en matières premières, plus responsables écologiquement et moins émetteur de gaz à effet de serre ? Alors qu'ils ont été incapables de se réformer eux-mêmes et que leur seule logique, durant toutes ces décennies, a été la recherche du profit maximum immédiat à court terme ?

Evidemment non ! Cette crise devrait ouvrir les yeux de nos décideurs, ou à défaut les nôtres. C'est une réforme immense qui nous attend, réforme de notre système économique et de l'action publique !


Réflexion trente-cinq (17 août 2008)
Existe-t-il une source d'énergie parfaite ? Ou les défauts des sources d'énergie existantes ...


Lorsqu'on y réfléchit attentivement, à chaque fois que l'on s'intéresse à une source d'énergie, on s'aperçoit qu'elle présente un certain nombre de problèmes notamment pour l'environnement. Aucune source d'énergie ne présente ainsi absolument aucun défaut, jusqu'à ce jour. La source d'énergie parfaite n'a ainsi pas encore été inventée !

a) L'énergie hydraulique ?... Elle détruit des vallées et des écosystèmes entiers en raison de la formation des lacs induits par la construction des barrages nécessaires à son fonctionnement ... Et par ailleurs, ces barrages font courir des risques de submersion aux habitants situés en contrebas de leurs installations, dans le cas où un tel ouvrage cèderait. Et à long terme, il semblera difficile de traiter le problème de leur usure, de leur reconstruction à neuf, et des risques pour les habitations en contrebas ...

b) L'éolien ?... Autre énergie dite propre, l'éolien présente toutefois des contraintes, liés aux nuisances visuelles et sonores supportées par les riverains de ses installations, par une faible capacité de production d'électricité et par une discontinuité de leur disponibilité productive. Les réactions suscitées par l'installation de turbines éoliennes paraissent presque aussi violentes parmi les riverains que celles qui ont pu être provoquées par les projets d'implantation de centrales nucléaires, comme à Plogoff à la fin des années 1970 ... Par ailleurs, l'éolien présente l'inconvénient d'être tributaire de la force des vents, aléa non maîtrisé par les hommes; Selon Olivier, une turbine d'éolienne est en moyenne utilisable à hauteur de 25% à 30% de sa capacité théorique, même si certaines peuvent parfois atteindre 70%. L'éolien n'est donc pas une source d'énergie électrique disponible en permanence, et présente une capacité de production électrique très inférieure à celle d'une centrale nucléaire.

c) Le solaire ?... Sans compter que nos lattitudes septentrionales ne sont pas les plus adaptées à cette forme de production d'électricité, avec un ensoleillement notoirement insuffisant en hiver, les capteurs solaires (photovoltaïques) présentent par ailleurs des problèmes de disponibilité et surtout de recyclage des métaux spéciaux nécessaires pour leur fabrication et leur fonctionnement.

d) Le nucléaire ?... Source d'énergie polluante par excellence, le nucléaire présente l'avantage de ne pas participer à l'émission de gaz à effet de serre tout en permettant la fourniture d'électricité en quantité importante. Mais le nucléaire présente un problème de retraitement et d'enfouissement de ses déchets hautement radioactifs, pour des durées de temps très étendues (plusieurs milliers jusqu'à plusieurs millions d'années). Le nucléaire présente également un risque d'emballement et d'explosion du coeur de ses réacteurs, et donc un risque de retombées radioactives sur les régions environnantes, même très éloignées (jusqu'à plusieurs milliers de kilomètres dans le cas de la centrale de Tchernobyl en Ukraine). Ses réacteurs sont également sensibles en été en période de canicule, nécessitant la présence d'eau suffisamment fraiche pour le refroidissement des réacteurs ... le milieu aquatique pouvant être impacté par les rejets d'eau provenant du refroidissement des réacteurs ... Enfin, le nucléaire présente un problème de disponibilité de la ressource (l'uranium) dont les gisements connus seraient insuffisants pour approvisionner durablement un parc mondial croissant de centrales nucléaires ...

e) Le charbon ?... Le charbon est un paradoxe. Source d'énergie fossile des débuts de l'industrialisation au dix-neuvième siècle, et principal responsable de la pollution des grandes villes de cette époque, ce qui conduit à le considérer comme particulièrement polluant ... Le charbon pourrait devenir la principale source d'énergie du vingt-et-unième siècle, suite à la pénurie de pétrole qui s'annonce dans quelques décennies. Le charbon a l'avantage d'être le plus abondant des sources fossiles, avec plusieurs siècles de réserves au rythme actuel de consommation. Mais le charbon demeure une source d'énergie polluante, que ce soit lors de l'extraction (quelque soit les techniques utilisées ... épuration, mélanges charbon-eau ...) ou lors de son utilisation dans des centrales électriques à charbon, qui demeurent particulièrement polluantes, malgré les diverses améliorations apportées (supercritiques ou ultra-supercritiques, à lits fluidisés, ou IGCC ...). Les principales atteintes à l'environnement concernent les rivières, dont l'eau est utilisée comme adjuvant ou pour laver le charbon, et les milieux naturels, notamment dans les mines à ciel ouvert (je pense à la dénaturation du grand Nord canadien d'où est désormais extrait du schiste bitumeux, à ses rivières gorgées de métaux lourds remplis de poissons morts, à ses villages indiens pollués) ... Par ailleurs, les systèmes de capture des émanations polluantes de ces centrales électriques à charbon (avancées), non encore développés pour l'instant (fumées, particules, dioxyde de carbone, dioxine, soufre ...) seront énergivores (plus de 25% de la production électrique de la centrale sera utilisée pour la capture et le stockage du CO² et des fumées et particules polluantes). Enfin, il demeure le problème du traitement des rejets solides de ces centrales à charbon, même propres (cendres, boues ou scories).

f) Le gaz ?... Cette source fossile d'énergie est également polluante, le traitement des émissions de gaz à effet de serre libérées lors de son utilisation dans des centrales électriques à gaz présente les mêmes difficultés, le même coût et les mêmes dangers (lié à l'enfouissement du CO²) que dans le cas du charbon. Les installations nécessaires pour son transport (gazoducs) présentent des risques de fuites, des risques d'accidents et des risques géopolitiques. Sa disponibilité n'est pas très supérieure à celle du pétrole.

g) Le pétrole ?... La source d'énergie du vingtième siècle est évidemment polluante, que ce soit lors de l'extraction (les paysages des derricks aux Etats-Unis ou en Arabie ne sont pas les plus beaux qui soit), lors du transport (voir les diverses marées noires qui ont souillé les côtes ou les océans), ou à l'usage ... et sera bientôt rare ...

h) Les agrocarburants ?... Les agrocarburants, ou pétrole vert, présentent deux problèmes. Premièrement, les surfaces agricoles qui sont allouées à la culture de cannes à sucre ou de céréales réservées à la fabrication d'agrocarburants viennent en concurrence avec les surfaces agricoles réservées aux cultures vivrières destinées à l'alimentation humaine directe ou indirecte (via l'alimentation des cheptels animaux pour la consommation humaine). Ils sont ainsi pour partie responsables aujourd'hui de l'apparition d'une crise alimentaire mondiale et du renchérissement des prix des denrées agricoles. Deuxièmement, ces agrocarburants présentent un rapport de conversion du CO² moins favorable qu'il n'y paraissait initialement, surtout si on prend en compte le CO² émis pour la collecte mécanisée et la transformation en usine ... (dans le cas d'agrocarburants fabriqués à partir d'arbres comme le Jatropha Curcas -cf l'article sur le site d'Olivier- le rapport de conversion serait plus intéressant car le CO² capturé par la croissance de l'arbre et l'humus constitué par les feuilles en décomposition n'est pas relaché immédiatement, et que cet arbre pousserait dans des zones désertiques et ne constituerait ainsi pas un concurrent pour les cultures vivrières). Accessoirement, les agrocarburants conduisent à une déforestation massive pour augmenter les surfaces cultivables disponibles, dégradant encore leur bilan CO².

En somme, seules quelques rares sources d'énergie présentent des nuisances limitées (solaire et éolien), sans conséquences véritablement négatives ... Sauf à s'intéresser à certaines formes de production d'électricité peu développées, telles les usines marémotrices ou les installations hydroliennes (voir toujours les articles d'Olivier). Enfin, la pile à combustible (hydrogène) devrait présenter un bilan énergétique favorable, bien qu'il faille tenir compte des difficultés de stockage de l'hydrogène, des fuites des réservoirs et des circuits d'acheminement, et des besoins en énergie (eau, méthane et électricité) nécessaire à la fabrication de l'hydrogène.

En somme, la source d'énergie parfaite (non polluante, abondante, rentable, pas chère et sans risque) n'a ainsi pas encore été inventée !


Réflexion trente-quatre (9 août 2008)
De l'influence des Jeux olympiques de Beijing sur les débats sur le réchauffement climatique et le développement durable


Bizarre ... Quand je pense Jeux olympiques de Beijing ... Je pense toujours initialement d'abord Berlin ... Il ne faut pas oublier que c'est une nouvelle fois, comme en 1936, une vitrine offerte à un régime totalitaire, rejettant les droits de l'homme et menant une répression sans nom contre son propre peuple ... C'était aussi l'opinion de Daniel Cohn-Bendit ...

Ces Jeux Olympiques (29ème olympiade) auront-ils une influence sur le débat sur le réchauffement climatique et sur le développement durable ? Il faut d'abord noter que la préparation de ces vingt-neuvièmes Jeux olympiques aura entraîné à l'échelle de la planète un mouvement général de renchérissement des matières premières, en liaison avec la surchauffe de l'économie chinoise et notamment du secteur du bâtiment, accessoirement lié également avec les mouvements spéculatifs de capitaux occidentaux ... Un tel renchérissement permet de mettre en lumière le problème de disponibilité d'un certain nombre de matières premières, ce qui est justement la base du développement durable ... donner à chaque bien la valeur de sa réelle rareté, pour en diminuer les usages afin que les droits des générations suivantes à en disposer également et suffisamment ne soient pas oubliés.

Mais, une fois ces Jeux olympiques terminés, il y a un risque que les pressions exercées sur les disponibilités des matières premières ne viennent à s'atténuer, et que les prix internationaux ne s'orientent désormais à la baisse, pour certaines d'entre elles. Evidemment, les pressions à la hausse ne devraient pas diminuer sur les prix des céréales ou du riz, à destination de l'alimentation humaine, en raison du maintien des problèmes de disponibilité de ces aliments ... Mais le débat à l'échelon international sur la nécessité de prix élevés pour les matières premières n'a pas évolué positivement. Le débat ne porte actuellement que sur le coût élevé du pétrole, de ses dérivés ou des métaux, des risques de ralentissement économique qui en découlent et des difficultés d'un certain nombre d'économies en développement à pouvoir y faire face ... En aucun cas le débat n'a porté sur les bénéfices de ce renchérissement. En aucun cas, le débat n'a porté sur la nécessité de maintenir ses prix élevé, au besoin sous forme de taxes prélevés par un organisation internationale, au bénéfice des générations futures. Il ne faut pas oublier les coûts futurs de lutte contre les effets du réchauffement climatique, qui seront supportés par nous puis par ces générations futures dans quelques décennies.

Ces vingt-neuvièmes Jeux olympiques peuvent également avoir une influence sur les efforts en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique. Les plus gros pollueurs de la planète sont tous réunis ensemble à Beijing pour célébrer la puissance chinoise ... A l'heure où les élections préisdentielles américaines commencent à voir apparaître le sujet du réchauffement climatique, la Chine et Georges W. Bush, au nom des Etats-Unis, les deux plus gros émetteurs de gaz à effet de serre, pourront-ils demeurer les derniers réfractaires à l'idée d'une liaison entre le réchauffement climatique et l'influence industrielle et humaine ?La Chine peut-elle continuer longtemps à refuser de restreindre ces émissions de gaz à effet de serre sous prétexte qu'elle vient seulement d'amorcer son développement industriel, et que le réchauffement climatique actuellement mesuré proviendrait majoritairement des émissions des seuls pays occidentaux au cours des derniers siècles ? Même si cette argumentation présente une certaine logique, elle fait cependant l'impasse sur les conséquences à venir des émissions actuelles, dans lesquelles la part de la Chine devient prépondérante.


Réflexion trente-trois (20 mai 2008)
La conférence de Bonn et la préservation de la biodiversité


Combien d'espèces animales et végétales ont-elles disparu depuis le début du processus de réchauffement climatique liée à l'activité industrielle humaine, c'est-à-dire au cours des dix-neuvième et vingtième siècles ? Combien d'espèces sont aujourd'hui menacées par l'emballement du réchauffement climatique qui semble désormais inéluctable. On estime actuellement que 25% des mammifères, 12% des oiseaux, 33% des amphibiens et 70% des espèces végétales sont aujourd'hui menacées.

Le 19 mai 2008 s'est ouverte à Bonn, en Allemagne, la neuvième conférence des pays signataires de la Convention de l'ONU sur la diversité biologique (CDB). La CDB s'était donnée pour objectif en 1992 lors du sommet de la terre de Rio de Janeiro de ralentir significativement le rythme effarant d'appauvrissement de la biodiversité. Seize années plus tard, quels résultats ont été obtenus ? Pas grand chose.

Lors de cette conférence, un certain nombre de problèmes vont être évoqués ... L'un d'entre eux concerne le rôle des états en développement dans la préservation des espèces menacées.

En effet, les états en développement abritent une grande partie des espèces végétales et animales, du fait de leur positionnement principalement sous les tropiques et à l'équateur, et de la préservation jusqu'à une date récente de leur environnement, au contraire des pays développés qui ont modifié et domestiqué depuis des siècles leur environnement dans l'optique de leur industrialisation, de leur urbanisation et de la révolution de leurs méthodes agraires.

Les pays les plus pauvres de la planète ont ainsi un rôle primordial dans la préservation de la biodiversité. Il leur faut à la fois tenter de se développer en respectant leur environnement, et en même temps avoir une politique volontariste de protection de leur environnement coûteuse, et problématique pour leur population rurale. Par ailleurs, face aux coûts de cette politique de préservation de l'environnement, ils ne bénéficient aucunement de l'utilisation des ressources génétiques de leurs forêts et des connaissances de leurs communautés indigènes ... Seuls les grands groupes industriels occidentaux percevant les bénéfices de la commercialisation de nouveaux médicaments et de nouveaux produits de soins se basant sur ces ressources génétiques naturelles.

Il n'est pas exagéré de parler de 'biopiraterie'. La communauté internationale pourrait fixer des règles internationales sur l'accès aux ressources génétiques et le partage des avantages découlant de leur utilisation, pour la prochaine conférence de la CDB qui aura lieu en 2010 à Nagoya, au Japon.


Réflexion trente-deux (27 avril 2008)
Le charbon incontournable dans le futur (suite)


Le pétrole pourrait ne pas être irremplaçable en tant que seul carburant fossile liquide disponible. Il existe plusieurs techniques de substitution au pétrole pour obtenir un carburant fossile synthétique.

1) Les sables bitumeux

Les sables bitumineux canadiens forment des réserves potentielles en pétrole équivalentes à celles de l'Arabie Saoudite et permettent de produire du pétrole synthétique à un prix de revient guère élevé (entre 20 et 25 dollars US le baril). Des ressources du même type existent au Vénézuéla (Orénoque) et en Sibérie.

Le principal intervenant sur ce marché est Syncrude, qui existe depuis 1978 et produit 200.000 bpj (barils par jour) actuellement. Cette technologie couvre 15% des besoins en pétrole du Canada.

2) La technologie 'Coal to liquid' (CTL)

La technologie 'Coal to liquid' consiste à produire du pétrole synthétique à partir de charbon, via la réaction dite de 'Fischer-Tropsch'. Le procédé 'Fischer Tropsch' a été inventé en 1925 par deux chercheurs allemands, Franz Fischer et Hans Tropsch. Il repose sur la réduction catalytique des oxydes de carbone par l’hydrogène en vue de les convertir en hydrocarbure. Son intérêt est de produire un pétrole de synthèse (syncrude) qui est ensuite hydrocraqué afin de fournir du carburant liquide synthétique (synfuel), à partir de charbon ou de gaz (source Wikipédia).

Ce procédé a été utilisé par l'Allemagne nazie et par le Japon au cours de la Seconde guerre mondiale, et permettra à l'Allemagne nazie (pauvre en pétrole et en colonies pétrolifères, mais riche en charbon), d'être autonome en matière de combustible pendant la guerre (elle couvrera par ce procédé 90% de ses besoins en essence d'aviation et plus de 50% de son besoin total en combustibles).

Ce procédé sera repris par l'Afrique du Sud du temps de l'Apartheid, à partir des années 1950, riche en ressources de charbon, pour lui permettre d'être également autonome en matière de combustibles. La Chine actuellement s'est également lancée dans la technologie 'Coal tot liquid' pour garantir son indépendance énergétique ... Certains aux Etats-Unis militent dans le même sens. La société sud-africaine Sasol est l'un des principaux acteurs de cette filière et se développe actuellement en Chine.

La technologie 'Coal to liquid' nécessite néanmoins des investissements considérables (de l'ordre de 80.000 dollars US par baril de production journalière - bpj), ce qui donne des projets économiquement rentables dès 30 ou 40 dollars/baril. Le montant des investissements nécessaires avaient empêché jusqu'à une époque récente le développement massif de ce procédé, puisque ce n'est que récemment que le cours du pétrole a dépassé les 40 dollars (pour atteindre aujourd'hui près de 110 dollars). Le ralentissement économique que la crise financière laisse anticiper pourrait ramener le cours du pétrole largement sous ces valeurs, rendant de nouveau non concurrentiel cette technologie pour quelques années.

Cela ne sera certes pas une bonne nouvelle du point de vue des risques de pollution ou de l'effet de serre, puisqu'il serait plus intéressant de voir se développer des technologies propres et neutres pour l'environnement (filière hydrogène ou piles à combustible) ... La technologie 'Coal to liquid' présente en effet le désavantage d'un bilan CO2 très lourd (qui pourrait toutefois être limité en mettant en place des solutions de captage et de stockage du CO²) ... Mais il est à craindre que cette solution de facilité sera privilégiée dans les futurs décennies, dès que le pétrole sera moins disponible ou s'il demeure à des cours aussi élevés ...


Réflexion trente-et-une (26 avril 2008)
Le charbon incontournable dans le futur ?


Le charbon avait été la source d'énergie principale sur laquelle s'était appuyé le capitalisme occidental au dix-neuvième siècle ... Puis le pétrole a été l'énergie de base du vingtième siècle ... Le charbon redeviendra-t-il la source d'énergie principale du vingt-et-unième siècle ? C'est en tout cas l'une des hypothèses d'un bon nombre de spécialistes de la question de l'énergie.

Le charbon a l'avantage d'être abondant ... les réserves actuelles représentent entre plus d'un siècle de consommation ... environ deux cents à trois cents ans ... Et, contrairement aux apparences, il n'a jamais non plus été abandonné comme source d'énergie (hormis en France et dans certains pays d'Europe passés au nucléaire civil) ... il représente en effet aujourd'hui toujours la deuxième source d'énergie du bilan énergétique mondial (3,1 Gtep - Giga tonne équivalent pétrole), principalement dans les centrales électriques ...

Mais il a longtemps présenté l'inconvénient d'être une très grosse source de pollution atmosphérique. Pour mémoire, on estime que l'air de certaines zones industrielles françaises ou anglaises était plus pollué au dix-neuvième siècle qu'actuellement. Les principaux risques de pollution liés à l'utilisation du charbon sont les émissions de SO², de NOx, de mercure et surtout de gaz à effet de serre (CO² notamment).

Il existe aujourd'hui des technologies de centrales à charbon propres ... installations à charbon pulvérisé à cycle supercritique (rendement de l'ordre de 43% à 46%) ... ou encore à l'état de recherche ... cycle ultra-supercritique (rendement de l'ordre de 51% à 58%) ... centrales à lits fluidisés circulants (LFC), permettant la destruction complète de certains polluants mais handicapées par un rendement encore faible ... centrales à gazéification du charbon intégrée à un cycle combiné (IGCC) ...

Ces nouvelles technologies ont ou auront l'avantage de limiter les rejets de polluants dans l'atmosphère ou dans la nature ... Associées à des technologies de captage et de stockage du CO², elles permettraient de réduire l'impact de la production d'électricité sur le climat et l'environnement (mais il demeure le problème des risques liés à l'enfouissement du CO² capté et stocké ... dans des aquifères profonds ou dans des gisements de pétrole ... Quels risques transférera-t-on aux générations qui vont nous suivre ... déchets nucléaires enfouis dans le sol ... CO² enfoui ... quel futur sera le leur ?)

Ces technologies présentent toutefois l'inconvénient d'être coûteuses, ce qui en limite l'opportunité d'investissement pour les pays en développement ... ou pour la modernisation des installations existantes, que ce soit en Occident mais surtout dans les pays en développement et tout particulièrement en Chine, qui dispose d'installations extrêmement polluantes ... Une grosse vague de renouvellement des centrales électriques des pays de l'OCDE interviendra à compter des années 2020 et à partir des années 2040 dans les pays émergents ... Et d'ici là, il faudra que les technologies du genre IGCC (portées par des grands groupes industriels dans les pays occidentaux) se soient suffisamment améliorées pour pouvoir concurrencer les technologies supercritiques/ultra-supercritiques (dans laquelle investit fortement la Chine).

Le futur semble donc devoir passer par le charbon ... plus que par le nucléaire, la fusion nucléaire ou l'éolien ... et ceci même pour le carburant liquide (coal to liquid ...).


Réflexion trente (30 mars 2008)
Quelques autres données en matière de réserves d'hydrocarbure


Face à une consommation annuelle totale de pétrole (consommation primaire) de 4,3 Gtep (milliards de tonnes équivalent pétrole - chiffres 2004) au niveau mondial, de 3,1 Gtep de charbon et de 2,6 Gtep de gaz naturel, de quel ordre de grandeur sont les réserves prouvées d'hydrocarbure ?

Pour mémoire, on estimait que les réserves de pétrole totale s'élevaient à fin 2004 à 1.189 milliards de barils, soit (au taux de conversion de 7,3 barils pour une tonne de pétrole) environ 160 milliards de tonnes de pétrole ... ce qui représente actuellement 37 années au rythme de consommation actuelle (pour mémoire, la consommation d'énergie primaire pourrait atteindre entre 14 et 25 Gtep au total en 2050 contre 10,5 Gtep en 2004 avec une part du pétrole qui pourrait demeurer assez stable ... 38,6% en 2004 ... 34% en 2030 ... 30% en 2050 ... si les réserves s'avèrent suffisantes et si de nouvelles découvertes viennent reconstituer les réserves) ...

Les deux tiers des réserves mondiales de pétrole sont concentrés au Moyen-Orient et un quart des réserves mondiales sont sur le territoire de l'Arabie Saoudite.

Pour leur part, les réserves mondiales totales de gaz naturel sont évaluées à 180.000 milliards de mètres cubes (année 2004), se partageant entre le Moyen-Orient (40%) et la Russie (30%) ... Le 'peak oil' serait atteint vers 2030 (même si certains estiment que le peak oil est actuellement atteint) et le 'peak gas' serait atteint entre 2040 et 2060.

Les réserves mondiales prouvées récupérables de charbon sont évaluées en 2004 à 709 gigatonnes de charbon (soit environ 400 Gtep au taux de conversion de 1,73 tonnes de charbon pour une tonne équivalent pétrole), tandis que les ressources potentielles seraient estimées à 3.500 gigatonnes (environ 2.000 Gtep). Au rythme de consommation actuelle (3,1 Gtep d'énergie primaire), les réserves prouvées récupérables représentent 129 années de consommation au rythme de 2004 et les ressources potentielles de charbon estimées correspondraient à 645 années. Même au rythme de consommation annuelle envisagée pour 2050, qui pourrait représenter un doublement de la consommation mondiale annuelle de charbon par rapport à 2004 (dans le cadre d'un scénario moyen estimant la consommation primaire d'énergie à 22,3 Gtep), soit 6,2 Gtep de charbon, les réserves de charbon demeureront malgré tout très importantes.

Les réserves mondiales de charbon se partagent en 2004 entre l'Asie et l'Océanie (Australie notamment) qui disposent de 33% des réserves prouvées récupérables, l'Amérique du Nord (32%) et la Fédération de Russie (24%). L'ex-URSS disposerait par ailleurs de 49% des ressources potentielles en charbon.
http://www.mineralinfo.org/Panorama/Pano2000/charbon.htm


Réflexion vingt-neuf (21 mars 2008)
Quelques chiffres en matière de consommation et de production d'énergie


Pour cet article, je me baserais notamment sur un dossier publié notamment par l'Agence Française de Développement intitulé 'Regards sur la Terre n°1 - Energie & changements climatiques' paru en 2006 (un deuxième dossier est également sorti en 2007 portant sur la biodiversité). Cette publication est rédigée sous la direction de Pierre Jacquet (économiste en chef de l'Agence Française de Développement) et Laurence Tubiana (directrice de l'IDDRI, professeur à Sciences Po et ancienne présidente de SOLAGRAL). Je ne reprendrais dans cet article que les principales informations qui me sembleront pertinentes dans les différents apports des rédacteurs de ce recueil de textes. Il faudra se reporter au document lui-même pour une lecture complète et exhaustive. Le fait de réaliser un focus sur l'énergie est particulièrement intéressant en marge des processus de réchauffement climatique actuellement en cours.

En 2004, on estimait la consommation mondiale d'énergie finale à 7.893 Mtep (millions de tonnes équivalent pétrole - 1 tep étant égale à 41,8 milliards de joules - ou encore à 11.600 kilowatt/heure) et la consommation totale d'énergie primaire à 10.485 Mtep (source - banque de données Enerdata). L'écart entre la consommation d'énergie primaire et d'énergie finale s'explique par les autoconsommations du secteur de l'énergie, les pertes liées aux transports (réseau électrique, gazoducs) et les pertes liées à la transformation de la chaleur en électricité dans les centrales thermiques (classiques ou nucléaires).

Pour mémoire, la consommation totale d'énergie primaire s'élevait à 5,51 Mtep en 1970, ce qui correspond à un doublement de cette consommation en l'espace de 34 ans. Ce doublement s'explique essentiellement par la croissance de la population mondiale totale, alors que la consommation moyenne par habitant n'a augmenté que 20% sur la même période (1,75 tep/an en 2004 contre 1,47 tep/an en 1970). Il faut cependant rappeler qu'un américain du Nord consomme néanmoins toujours quatre fois plus d'énergie que la moyenne des habitants du monde.

Les principaux secteurs consommateurs en terme d'énergie finale, tels qu'ils apparaissent dans les bilans énergétiques mondiaux, sont l'ensemble résidentiel et tertiaire (34% de la consommation totale), l'industrie (28%, dont la part a peu augmenté depuis les années 1970) et les transports (27%). Ces trois secteurs, qui représentent environ 80% de la consommation, devraient être la principale cible des efforts d'économie d'énergie à réaliser, et tout particulièrement pour le secteur de l'habitat et du tertiaire.

En 2000, le pétrole était l'énergie dominante pour la production de l'énergie primaire (38,6% du total soit 4.300 Mtep), devant le charbon (27,5% soit 3.100 Mtep), le gaz naturel (23,0% soit 2.600 Mtep), la biomasse (11,0% soit 1.200 Mtep) et le nucléaire (7,3% soit 800 Mtep). Par biomasse (bois, déchets végétaux et animaux), il faut essentiellement entendre son utilisation traditionnelle dans les usages domestiques dans de nombreux pays en développement.

La production mondiale d'électricité (exprimée en terawatt/heure - ou milliard de kilowatt/heure) s'établit en 2004 à 17.448 terawatt/h, contre 5.250 terawatt/h en 1971 (soit une augmentation de 230% en 33 ans). Cette production était assurée à hauteur de 67% par les combustibles fossiles (dont 39% pour le charbon, 20% pour le gaz naturel et 7% pour le pétrole), à 17% par les énergies renouvelables (presque essentiellement hydraulique) et à 16% par le nucléaire. Les autres productions demeurent anecdotiques.

Les perspectives (scénario WETO) tablent sur une production mondiale nécessaire d'électricité de 60.040 terawatt/h en 2050, qui proviendrait à 51% des combustibles fossiles (dont 32% pour le charbon, 15% pour le gaz naturel et 2% seulement pour le pétrole), 25% du nucléaire, 8% par l'hydraulique et 18% par les autres énergies renouvelables (dont 11% pour l'éolien).

La répartition géographique de la consommation d'énergie primaire demeure particulièrement déséquilibrée. La part de la consommation de l'ensemble des pays industrialisés (Amérique du Nord, CEI et Europe) est ainsi passée de 71% du total en 1971 (3,9 Gtep) à 54% en 2004 (6,0 Gtep). En intégrant l'ensemble des états de l'OCDE, la consommation d'énergie primaire de 1,44 milliard d'habitants s'établit à 6,5 Gtep en 2004, lorsque les 4,9 milliards d'habitants des pays en développement consomment 4,6 Gtep. A l'intérieur de ce dernier groupe, les inégalités demeurent fortes, 3 milliards d'habitants vivant dans les métropoles et dans les pays les plus riches consommant 3,6 Gtep, tandis que les 2 milliards d'habitants des zones rurales et périurbaines ne consomment que 1 Gtep d'énergie traditionnelle (essentiellement sous forme de biomasse).

Exprimé sous forme de consommation par habitant, les déséquilibres demeurent importants ; un citoyen des Etats-Unis consommant l'équivalent de 7,9 tep/an lorsqu'un habitant d'Afrique sub-saharienne (hors Afrique du Sud) dispose de 0,4 tep/an.
(source : L'énergie dans le monde : enjeux et prospective - par Bernard Laponche)

Réflexion vingt-huit (25 novembre 2007)
Une diminution inéluctable des classes moyennes ?


Si l'on part du précepte précédent que notre organisation économique et sociale occidentale sera incapable dans la réalité de se réformer pour intégrer le concept du réchauffement climatique planétaire, ses conséquences, ainsi que de la raréfaction des ressources fossiles et minières, quelles conclusions peut-on en tirer ?

Dans cette optique, le comportement des pays émergents et des autres pays en développement devrait être relativement neutre, c'est-à-dire sans conséquence pour le devenir de l'organisation économique occidentale, si ce n'est pour celui de notre planète.

Cette vision assez pessimiste du devenir de notre société semble pourtant actuellement la plus probable, sauf modifications fondamentales de notre process de production et de consommation, et de notre organisation fiscale.

Il me semble évident que dans le cas où nos process de production et nos habitudes de consommation ne variaient pas au cours des prochaines décennies, les tensions actuelles au niveau de la disponibilité des ressources fossiles, minières, voire vivrières, s'accroîteraient de manière phénoménale, s'accompagnant d'un renchérissement de toutes les matières premières et de tous les biens produits. Evidemment, ces tensions et ces renchérissements s'accompagneront de tensions sociales croissantes un peu partout en Occident, un peu à l'image de ce qui se produit aujourd'hui en France autour de l'inflation, de la monnaie, des marges des industriels et des commerçants, et du pouvoir d'achat.

En effet, dans la réalité, est-il envisageable de voir le niveau de vie des quelques centaines de millions d'occidentaux (européens, américains, japonais, australiens ...) et leurs habitudes de consommation (car c'est cela notre style de vie) être généralisés aux quelques milliards d'autres terriens vivant actuellement avec quelques dollars par jour ? C'est bien sûr absolument impossible, à habitude de consommation inchangée. Le simple maintien de ce style de vie au cours des prochaines décennies pour les seuls occidentaux n'est même pas assuré, sans tension excessive sur les cours des matières premières. Et le développement des pays émergents permettra l'enrichissement de leurs habitants et un accroissement en nombre de leurs classes moyennes, qui permettra à ces dernières d'accéder à un style de vie et de consommation occidental, avec les tensions croissantes sur la disponibilité des ressources.

Sans changement de nos paradigmes de consommation et de production, il me semble évident que la hausse des prix des matières premières et des biens produits conduira inéluctablement à un appauvrissement des classes moyennes occidentales et des pays émergents (les salaires ne pourront pas suivre les hausses des prix), de telle sorte qu'il deviendra plus coûteux d'accéder à la majeure partie des biens (automobiles, essence, voyages aériens, biens, nourriture), au fur et à mesure que ces biens seront obligés d'intégrer dans leur prix la raréfaction des matières premières avec lesquels ils sont fabriqués, même si cela conduit à une destruction du système économique sur lequel notre monde et nos entreprises sont construits.

Si nous n'arrivons pas à modifier notre mode de développement et de consommation pour permettre sa durabilité et sa généralisation à tous les habitants de notre planète, il est à craindre que cette réforme nous sera imposée inévitablement par la pénurie croissante des matières premières dont nous avons besoin, et que notre style de vie et de consommation ne sera un jour plus accessible qu'aux plus riches d'entre nous, à une nouvelle 'uperclass' beaucoup plus restreine en nombre, qui sera alors seule capable de s'offrir ces biens renchéris. Cet appauvrissement des classes moyennes est par ailleurs déjà observée dans nos sociétés occidentales. Ce qui nous attend dans les prochaines années, c'est simplement une diminution dramatique des classes aisées en Occident et une augmentation très limitée dans les autres pays, même si cela doit s'accompagner de tensions sociales et de grèves violentes.

Cette diminution drastique des classes aisées (capables de maintenir un niveau de consommation élevé) est la principale solution pour obtenir la durabilité de notre processus de développement économique, c'est-à-dire un niveau de prélèvement stable sur les ressources de notre planète, à un rythme susceptible de se maintenir encore sur de nombreuses décennies.

Ou alors il faut que notre organisation économique et sociale soit prête à s'engager dans un processus de diminution de ce niveau de prélèvement sur les ressources énergétiques, minières et naturelles, sur une fiscalisation croissante des atteintes à l'environnement, pour arriver à mettre en oeuvre un schéma de développement durable qui puisse être entendu à tous les autres pays.

A défaut, cette réforme s'imposera à nous de manière mécanique, automatique et privilégiera les plus riches ou les plus puissants, qu'il y ait révolution ou non. Dans toute révolution, derrière l'idéologie de l'égalité de tous, il y a forcément toujours des leaders et des gagnants, et la masse des perdants, comme en 1789 ou en 1917. Il y a simplement un changement des échelles de pouvoir.

Et surtout, il me semble évident que cette réforme est déjà en oeuvre dans nos pays occidentaux, conduisant à la précarisation d'un nombre croissant de nos concitoyens, et au recours croissant à l'endettement d'une autre fraction d'entre nous pour maintenir notre niveau de vie, mais qui nous placent alors à la merci des conséquences d'une catastrophe économique, comme aujourd'hui aux Etats-Unis, où de nombreux ménages appartenant aux petites classes moyennes vont tout perdre.


Réflexion vingt-sept (18 novembre 2007)
Quelle action possible


Paradoxes. Alors qu'il n'avait jamais été fait autant mention des dangers provenant du réchauffement climatique dans nos sociétés occidentales, que ce soit à la télévision, dans les journaux télévisés, dans des émissions spéciales, que ce soit dans la presse écrite, dans les journaux ou dans les magazines spécialisées, il semble qu'il y ait très peu d'actions concrêtes qui puissent être menées. Et pourtant, pas un jour ne passe sans que les journaux télévisés nationaux traitent du réchauffement climatique ou de mesures de développement durable.

La compensation carbone semble malgré tout être essentiellement un moyen commode de se donner bonne conscience au sujet des conséquences de son mode de vie individuel et de ses modalités de déplacement, même si ce système permet de trouver des financements gratuits pour certains projets écologiques. La compensation carbone dépend d'abord du sérieux des organismes récoltant cette pseudo-taxe carbone volontaire. A la première escroquerie prouvée, le système risquera de s'écrouler. Elle est aussi fortement limitée par le nombre de projets de financements écologiques à financer, qui restreindra forcément le volume des compensations carbone que ces associations pourront accepter sans risque de tomber dans l'escroquerie.

L'achat d'électricité produite proprement (solaire, éolien ...) présente également des contraintes de même nature. Les consommateurs intéressés par les questions écologiques ne consomment pas véritablement une énergie propre (à moins qu'ils ne la produisent eux-mêmes pour leur propre usage) qui est simplement injectée dans le système global. Par ailleurs, les quantités actuellement produites sont insuffisantes en France notamment pour offrir une alternative crédible aux électricités produites avec des ressources non renouvelables (énergie fossile ou nucléaire).

Les véhicules propres demeurent une utopie en occident et les véhicules à moteur électrique demeurent peu utilisables alors que les véhicules à moteur 'hybrid' sont simplement un peu moins polluants que leurs homologues de luxe. Ils permettent juste de continuer à investir dans des véhicules haut de gamme, luxueux et puissants en ayant moins mauvaise conscience, en ne polluant guère plus qu'avec un véhicule beaucoup moins puissant. Il semble difficile à court terme si ce n'est à moyen terme de se passer des carburants fossiles pour se déplacer.

De même, l'absence de toute forme de désincitation fiscale (taxe carbone) ne peut pas conduire notre société à un mode de développement moins énergivore et polluant. Comme des millions de consommateurs, chacun d'entre nous est confronté chaque jour qui passe à se demander pour quelle raison il se priverait volontairement d'une partie du style de vie auquel il peut prétendre ou qu'il peut s'offrir, de la climatisation en été, d'un 4x4 polluant de luxe ou de puissantes automobiles (américaines ou allemandes de préférence), de voyages en avion à l'autre bout du monde pour se dépayser ...

Evidemment, quelques constructions à énergie positive (qui produisent plus qu'elles ne consomment en énergie) sont parfois réalisées dans nos villes. Mais ces constructions demeurent minoritaires dans le parc d'habitations collectives ou individuelles, dans le parc de collèges, de lycées ou d'universités ou dans le parc de nos administrations ou des grandes entreprises.

Notre monde occidental (mais ce n'est guère différent dans l'ensemble du monde en développement ou dans les grands pays émergents) semble ainsi condamné à idéaliser les mesures qui pourraient être prises pour combattre le réchauffement climatique, mais à ne rien voir être appliquer, du fait de l'impossibilité d'une action concertée au niveau international et de la prise de mesures contraignantes pour les individus et les collectivités. Mais tant que la taxe carbone sera rejetée notamment en raison de ces risques inflationnistes, aucune véritable solution ne pourra être trouvée, et notre monde foncera, comme l'agence internationale de l'énergie l'a pronostiqué récemment, vers un futur où notre approvisionnement énergétique sera compromis, ou du moins, ne sera pas soutenable.

Deuxième paradoxe. L'homme d'aujourd'hui est ainsi capable d'appréhender et de comprendre que le mode de développement que son organisation de société poursuit est en train de conduire l'humanité dans un cul-de-sac. Mais l'organisation de notre société fait qu'il lui est impossible de modifier ce cheminement.

Et le pire des paradoxes, c'est qu'une grande majorité de la population mondiale, dans les pays en développement, notamment en Afrique, n'est pratiquement pas responsable de ce réchauffement climatique et du cheminement qui a conduit nos sociétés a modifié le climat, même si les habitants de ces pays en sont déjà les premières victimes. Pratiquement non responsable parce que si leur style de vie n'est pas énergivore, leur démographie gallopante est par contre responsable d'un prélèvement plus important sur leur écosystème, énergivore en lui-même, même s'il ne se traduit pas forcément par des émissions de CO² croissantes.

On peut ainsi énoncer les trois paradoxes de la lutte contre le réchauffement climatique. Premièrement, malgré la médiatisation des conséquences néfastes du réchauffement climatique, aucune action n'est actuellement accessible à l'humanité, sauf à détruire le système de production de la partie la plus avancée économiquement de l'humanité. Deuxièmement, malgré la compréhenson du problème, l'humanité n'est pas maître de son organisation économique. Et troisièmement, les principales victimes du réchauffement climatique n'en seront pas les responsables, dont la situation pourrait inversement s'améliorer.


Réflexion vingt-six (31 octobre 2007)
La compensation carbone


Le concept de 'compensation carbone', popularisé par Yann Arthus Bertrand (par le biais de son association GoodPlanet et d'Action Carbone) dans certains de ses films (notamment sur le réchauffement climatique), consiste pour une entreprise ou un particulier à compenser les émissions de CO² induites en finançant des actions bénéfiques pour l'environnement (production d’énergie électrique renouvelable, amélioration de l'efficacité énergétique ou projets de reforestation dans les pays du Sud). Par exemple, un ménage peut calculer les émissions de C0² dû à ses trajets en voiture, puis payez cette contre-partie pour soutenir des projets écologiques. Les entreprises s'y mettent de plus en plus, notamment pour compenser les émissions annuelles de CO² provenant des systèmes de climatisation ou de chauffage. De même, cette pratique se développe pour les voyages aériens et il est maintenant communément proposé aux voyageurs de compenser les émissions de CO² découlant de leurs déplacements.

Il existe de plus en plus d'organismes qui se placent sur ce marché. En novembre 2006, l'ADEME avait recensé 31 organismes de ce type au niveau mondial, dont 7 au Royaume Uni, 8 aux Etats-Unis et 3 en France.
(http://www2.ademe.fr/servlet/getBin?name=4F829CE9F197895430A2D21C2BF8562F1171534912485.pdf)

Allemagne - Atmosfair (2005)
Australie - Greenfleet (1997) - Climate Friendly (nd)
Brésil - The Green Initiative (nd)
Canada - Pembina Institute for Appropriate Development (nd) - Offsetters (2005) - Econeutral (nd) - CleanAirPass (2005) - D. Suzuki Foundation’s carbon neutral program (nd)
France - Action Carbone (2006) - Climat Mundi (2006) - CO² Solidaire (2004)
Irlande - Driving green (2004)
Pays Bas - Green Seat (2005) - Klimat neutraal (nd)
Suisse - MyClimate™ (2002)
Royaume-Uni - Climatecare (1998) - The CarbonNeutral Company (2005) - Carbon clear (2005) - Grow a forest (2005) - TargetNeutral (2006) - ClimateBalance (2006) - CarbonAided (nd)
USA - Terrapass (2004) - Sustainable Travel International (2002) - Green Tags (2001) - Carbonfund (1999) - CarbonCounter (2002) - Native Energy (2005) - Carbon credit solutions LLC (nd) - Drive Neutral (nd)

Mais pour les critiques défavorables à ce concept, la compensation carbone n'est pas forcément une bonne idée. Elle donne d'abord la fausse impression que l'on peut continuer à polluer comme avant et que ces initiatives individuelles peuvent suffire à résoudre le problème du réchauffement climatique alors que des changements beaucoup plus profonds sont nécessaires. Les sites Internet abondent souvent dans ce sens. Ainsi, Climat Mundi propose "des chambres neutres en carbone" (pour des sociétés hôtelières) ou "des voyages neutres en carbone" (pour des agences de voyage) ...

Les adversaires à ce genre de produits mentionnent également un manque de contrôle et de transparence des entreprises qui proposent ce service. Il n'est pas évident que les sommes récoltées servent véritablement à financer de nouveaux projets pour l'environnement. Par ailleurs, l'ADEME faisait aussi apparaître que le coût à la tonne de CO² compensée variait ainsi selon les organismes en général entre 6 euros et 24 euros. On peut également craindre que "les entreprises surfent sur la vague du carbone neutre pour tenter de gagner de l'argent en exploitant le sentiment de culpabilité des consommateurs.

Liens :
- Le site de l'ADEME
http://www2.ademe.fr/servlet/getDoc?cid=96&m=3&id=42431&ref=19684&p1=B

- Le site d'Action Carbone
http://www.actioncarbone.org/main_fr.php

- Le site de Climat Mundi
http://www.climatmundi.fr/lng_FR_srub_32-compensation-carbone.html

- Le site de CO² Solidaire
http://www.co2solidaire.org/


Réflexion vingt-cinq (22 juillet 2007)
Existe-t-il d'autres dangers écologiques qui nous guettent ?


Aujourd'hui, le monde entier semble prendre de plus en plus conscience qu'un réchauffement climatique nous guette, et que celui-ci risque d'avoir des conséquences importantes sur le milieu naturel qui nous entoure et dont nous dépendons malgré tout, malgré toute notre science et notre technologie. Nous ne savons en effet, pas plus que nos lointains ancêtres, toujours pas nous passer d'eau ni de nourriture.

Même si les principaux états pollueurs de notre planète n'acceptent toujours pas de limiter leurs émissions de dioxyde de carbone, si les Etats-Unis refusent même de signer l'accord de Kyoto, de plus en plus de recherches scientifiques sont menées dans de nombreux pays, par de nombreux industriels, par de nombreux chercheurs, pour découvrir de nouvelles techniques de séquestration du carbone, de nouvelles sources d'énergie, pour mettre en oeuvre de nouveaux processus industriels ou de nouveaux systèmes énergétiques.

Mais il semble indispensable de s'assurer que ces diverses solutions proposées pour résoudre le problème du réchauffement climatique ne feront pas courir des risques encore plus élevés à notre planète, à notre environnement ou à nous-même.

1. Le nucléaire est redevenu la principale possibilité envisageable pour produire de l'électricité sans émission de carbone. De nombreuses constructions de centrales nucléaires sont actuellement en cours dans un certain nombre de pays (Chine, Iran, Corée, Russie, Japon ...). Mais avec le nucléaire se pose le vieux problème du recyclage des déchets radioactifs, de la prolifération nucléaire, auxquels se rajoutent aujourd'hui les risques terroristes et les risques sismiques, comme le Japon vient de se le rappeler. S'y ajoute également une interrogation sur la disponibilité en quantité suffisante du minerai nécessaire, les mines d'uranium n'étant pas si nombreuses. Les risques d'accident nucléaire (comme Three-Mile-Island ou Tchernobyl) sont-ils préférables au réchauffement climatique ?

Mais le nucléaire ne constitue peut-être pas le risque le plus dangereux qui nous guette !

2. La séquestration géologique ou océanique du carbone constitue peut-être un risque majeur futur pour l'humanité, pire encore que le nucléaire. Les dizaines de kilomètres-cube de CO² liquifié que certains envisagent de stocker dans des gisements géologiques ou en lacs au fond des océans pourraient, au cas où le moindre incident géologique se produirait, ou si les techniques utilisées n'étaient pas parfaitement au point, si les milieux naturels ne réagissaient pas exactement comme prévu (que ce soit sous terre ou dans les océans), entraîner la mort de millions ou de milliards d'hommes, d'animaux ou de plantes sur terre. Peut-on entreposer de tels quantités de poison sous terre ou sous les océans, sans respect du devenir de nos enfants, pour maintenir notre petit confort d'occidentaux privilégiés ?

3. L'économie de l'hydrogène que certains envisagent pour les transports terrestres, ne fait-il pas également courir des risques écologiques majeurs à notre planète et à notre environnement ? L'hydrogène ne se trouve dans l'atmosphère qu'à l'état de traces et sa durée de vie y est de 2 jours. Mais il s'agit d'un gaz incolore, extrêmement inflammable, très léger, qui n'entretient pas la vie et qui réagit facilement en présence d'autres substances chimiques. En raison des grandes quantités d'hydrogène qui devrait être produit pour remplacer les combustibles fossiles, une forte quantité d'hydrogène (au cours de la production, du stockage et du transport) risque de se perdre dans l’atmosphère, du fait de sa légèreté. Par oxydation, il se transformerait rapidement en vapeur d'eau mais aussi en méthane (CH4). La vapeur d'eau renforcerait alors l'effet de serre dans notre atmosphère, alors que le méthane est un gaz à effet de serre encore plus calorigène que le CO². Au niveau de la stratosphère, la vapeur d'eau réduirait la quantité d'ozone et pourrait accentuer le problème de la couche d'ozone (de 5 à 8 % au-dessus du Pôle Nord et de 3 à 7 % au-dessus du Pôle Sud - d’après les calculs effectués par Yuk Yung). Mais ces effets négatifs dûs aux fuites d’hydrogène en direction de l’atmosphère pourraient se trouver amoindris grâce à des avancées technologiques au cours des prochaines décennies.
(http://www.france.airliquide.com/fr/business/products/hydrogen/index.asp)

Il en ressort ainsi que le combustible hydrogène n'est pas forcément la panacée dont on nous parle parfois et risquera de faire courir des risques importants à notre environnement en présence de fuites importantes ...


Saucratès



04/12/2010
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