Critiques de notre temps

Critiques de notre temps

Du pouvoir (1)

Réflexion douze (5 septembre 2008)
Du pouvoir tout court ...

 
« (...) le pouvoir, ce n'est pas une propriété, ce n'est pas une puissance ; le pouvoir ce n'est jamais qu'une relation que l'on ne peut, et ne doit, étudier qu'en fonction des termes entre lesquels cette relation joue. On ne peut donc faire ni l'histoire des rois ni l'histoire des peuples, mais l'histoire de ce qui constitue, l'un en face de l'autre, ces deux termes, dont l'un n'est jamais l'infini et l'autre n'est jamais le zéro. »
(Michel Foucault - « Il faut défendre la société » - page 150)


Citation intéressante de Michel Foucault ... L'idée que le pouvoir ne doit être étudié que dans le cadre de ses manifestations réelles, de sa réalité, en tant que relations entre personnes et non uniquement sous forme de potentialités ... Drôle d'époque toutefois que nous vivons actuellement en France ... Qu'un officier de police puisse être sanctionné parce que la maison corse d'un ami proche du Président de la République française a été occupée symboliquement par des contestataires corses ... et que l'officier de police concerné n'a pas pris les mesures adéquates pour empêcher la survenue d'un tel évènement. Un gouvernement qui assure que la même sanction aurait été prononcée même si la personne concernée n'avait pas été un ami proche du Président ... Mais il nous est quand même permis d'en douter fortement ...

Qu'un nouveau fichier (Edvige, acronyme de 'Exploitation documentaire et valorisation de l'information générale') est pu être créé pour ficher (évidemment) l'ensemble des personnes ayant des responsabilités politiques, sociales, économiques, syndicales voire religieuses ... Ce n'est également pas très rassurant ... Difficile de savoir à quoi un tel fichier pourra bien servir ou comment les droits d'accès (au sens Cnil) aux informations personnelles contenues pourront être effectivement garantis ...

L'approche de Foucault dans ce cadre est intéressante. Le gouvernement Sarkozy-Fillon tente d'accroître le pouvoir qui lui a été octroyé par le biais des urnes, mais ce pouvoir n'existe que dans l'espace qui lui est donné par le peuple français ... Et c'est à ce peuple, ou à la fraction agissante de ce peuple d'agir pour contester les mesures qu'il estimerait attentatoires à ses libertés imprescriptibles s'il les estimait menacées. Ce combat ravirait évidemment les contestataires forcenés de ce gouvernement, ceux qui défendent les sans-papiers et qui rappellaient depuis longtemps que les 'agressions' policières ou judiciaires contre les sans-papiers n'étaient qu'un avant-goût de ce qui attendait tout le monde ... Nicolas Sarkozy est-il en train de leur donner raison ... Va-t-on vers une radicalisation du pouvoir de Nicolas Sarkozy et de ses séides ?

Idée également que le pouvoir n'appartient à personne en particulier, que nul ne peut donc non plus l'accaparer ... Qu'est-ce donc que le pouvoir ? Pourquoi certains en sont-ils dépositaires ? Pourquoi certains en bénéficient-ils ? Alors qu'il ne devrait appartenir à personne, et aucun être transmissible ni être accaparé par une clique ... La réponse à toutes ces questions est là, quelque part autour de nous !


Réflexion onze (2 septembre 2008)
Pouvoir et légitimité ... La légitimisation ...


Je m'interrogeais il y a peu de temps sur le processus de légitimisation du pouvoir. Sur le fait que chaque personne dépositaire d'un quelconque pouvoir est souvent persuadée de la légitimité de son usage, de sa détention et de son droit à l'exercer sur les autres. Sur le fait également que nos sociétés occidentales sont construites sur le culte de la légitimité du pouvoir et qu'on le rencontre à tous les échelons de la société.

Sur le processus de légitimisation du pouvoir. J'ai essayé à plusieurs reprises de réfléchir sur ce qu'était le 'pouvoir'. Exercice difficile. Il est vraisemblablement plus simple, selon un philosophe comme Michel Foucault, de s'intéresser aux diverses manifestations du pouvoir dans nos sociétés, plutôt que de travailler sur un concept aussi général que le pouvoir. Mais cette méthodologie posera ensuite le problème de la généralisation des quelques explications trouvées au concept global lui-même. C'est évidemment un problème que l'on retrouve dans toutes les sciences humaines et sociales ... Comment passer du micro au macro ? Faut-il donc s'intéresser au concept global du pouvoir, en le recherchant sous toutes les formes qu'il peut prendre dans nos sociétés ? Ou faut-il, comme le préconise Michel Foucault, retenir une approche de type anthropologique, et s'intéresser à certaines formes de manifestation du pouvoir, de la même manière qu'il s'était intéressé à l'hôpital psychiatrique à la prison, c'est-à-dire à la manière dont la société occidentale traite les personnes déviantes vis-à-vis de la norme (les fous et les délinquants) ?

Ce qui revient tout de même au préalable de définir ce que l'on entend par 'normes', sur la manière dont on les définit, sur les déviances que l'on autorise et celles que l'on interdit, et sur les moyens que la société utilise pour contrôler les individus pour limiter au maximum les déviances autorisées. De manière plus générale, il est évident que définir le concept de pouvoir implique au préalable la définition des lois grâce auxquelles et sur la base desquelles le pouvoir va agir.

On en arrive ainsi au concept même de légitimisation du pouvoir ... Il n'y a légitimité du pouvoir que parce que le pouvoir repose sur des lois, sur des règles, sur des usages, sur des habitudes, préalablement acceptées et reconnues par l'ensemble de la société et par les personnes sur lesquelles ce pouvoir va agir. Un pouvoir légitime ne peut s'appliquer par la voie de la force et de la répression. Dans ces cas, il y a usurpation du pouvoir, c'est-à-dire que l'on se trouve à un pouvoir illégitime, qui ne tient que par la contrainte, et qui sans celle-ci, disparaîtrait naturellement, un peu à la manière dont se délitent les pouvoirs dictatoriaux ou à la manière dont le communisme soviétique s'est désagrégé dès lors que l'appareil de répression militaire et policier a été désassemblé, lors de la perestroika ...

Est-ce à dire que la forme la plus stable de légitimité du pouvoir est la forme démocratique ? Et que le communisme inventé par Karl Marx est en fait un système globalement instable ? Je ne pense pas que cela soit aussi simple que cela. Chaque forme de légitimité du pouvoir, chaque forme de société, secrète ses propres démons, ses propres ennemis en son sein. En démocratie d'opinion comme en Occident, en monarchie parlementaire, ou en régime totalitaire comme dans le communisme, des personnes sont forcément dans en lutte contre le régime lui-même ... Lutte plus ou moins acceptée par le régime. Des personnes en lutte contre le régime de pouvoir existant, et sur lesquelles le pouvoir existant tente d'avoir prise ... En sachant que seul le passage du temps, se décomptant en siècles plutôt qu'en années ou en mois, octroie cette légitimité à un régime politique et à une forme de pouvoir ...


Réflexion dix (14 août 2008)
Pouvoir et légitimité ...


Chaque personne dépositaire d'un pouvoir est souvent persuadée de la légitimité de son pouvoir, de son droit à l'exercer sur les autres. On peut dire même de manière plus générale que nos sociétés occidentales sont construites sur le culte de la légitimité du pouvoir. Cette légitimisation se rencontre à tous les échelons de la société.

Aux plus hauts sommets de nos sociétés, nos dirigeants, les ministres, les parlementaires, bénéficient de la légitimité de leur mode de désignation par la voie d'un scrutin libre et démocratique ... même si on peut aussi questionner la façon non démocratique dont ces personnes ont été désignées comme candidat des plus grands partis ... Leur légitimité démocratique étant acquise, peu importe ensuite la façon dont ils nous dirigent, les lois qu'ils votent ou les groupes de pression qu'ils avantagent ... De la même manière, on reconnaît tous aussi une certaine légitimité à nos interlocuteurs, qu'ils soient médecins, chirurgiens, avocats, enseignants ou autres ... en fonction des compétences qu'on leur suppose ou qu'ils affichent, et des nôtres. Dans le domaine professionnel également, on reconnaît aussi une certaine légitimité aux personnes qui nous dirigent ou qui ont été désignées pour nous diriger, en fonction de leurs diplômes, de leur niveau de formation, ou de leur expérience professionnelle ...

Au delà de cette légitimité reconnue, il faut aussi noter que cette légitimité est surtout intériorisée par ces personnes qui bénéficient de certaines formes de pouvoir. Combien de chefs de service, de dirigeants, s'interrogent sur leur légitimité à diriger d'autres personnes, à disposer du quelconque pouvoir sur les autres ? Ce qui me semble aberrant, c'est la capacité de ces personnes à être certaines de leur légitimité à disposer d'un pouvoir et d'être autorisées à en user et à en abuser.

Car évidemment, nous n'acceptons pas tous la légitimisation des pouvoirs de ceux qui nous entourent. Que ce soit la légitimité de nos dirigeants ou de nos parlementaires à faire les lois, la légitimité des uns ou des autres sous prétexte que c'est leur métier, la légitimité des dirigeants dans le domaine professionnel, ou les autres formes de légitimité, notamment concédées par la loi dans les domaines de l'administration, de la police ou de la justice.

Il existe de multiples formes de légitimité du pouvoir, et il existe de multiples formes de pouvoir. Et nous en contestons peut-être tous certaines formes. Par exemple, je n'interroge pas la légitimité des lois et de l'administration à appliquer les lois, même lorsque c'est à mon désavantage, que ce soit sur la route, en matière d'impôts ... D'autres, qui respectent aveuglement les pouvoirs établis, ne respectent aucunement pourtant les lois et les obligations appliquées par l'administration, trichant avec les lois sur la route, avec le fisc, avec les allocations, avec la sécurité sociale ... D'autres enfin, même très hauts placés, ne respectent pas la légitimité de la justice à surveiller leurs agissements (ainsi la lutte de Silvio Berlusconi en Italie contre les juges pour échapper aux condamnations pénales et aux jugements).

A certains niveaux, selon Michel Foucault, nous sommes tous dépositaires et agents d'un certain pouvoir. Nul n'est vraiment esclave du pouvoir dans nos sociétés. Est-ce vrai ? Mais sommes-nous tous aveuglés par le pouvoir dont nous disposons et par notre droit de l'exercer, sans nous interroger sur notre légitimité parfois totalement farfelue d'en disposer ?

Et j'aurais notamment tendance à penser que la domination qui s'exerce dans le domaine professionnel est la moins légitime qui soit ... ce qui ressort des recherches de Michel Foucault.


Réflexion neuf (15 octobre 2006)
Abus de pouvoir


D’un côté, il y a ce que l’on est prêt à abandonner de sa morale ou de ses idéaux pour disposer d’une parcelle de pouvoir.

Mais l’exercice du pouvoir recelle un autre danger. Celui de ne pas sentir changer son regard sur le monde, tout en ne réagissant plus de la même manière avec les autres. L’exercice du pouvoir peut changer le regard sur les autres. La possibilité d’user ou d’abuser d’un pouvoir peut entraîner la disparition de notre humanité, de notre humilité sur les actions et les faiblesses des autres, en oubliant les nôtres. Toute personne de pouvoir qui a la possibilité d’en user, soit le sait, soit ne s’en rend pas compte.

C’était que l’on pouvait reprocher au juge Burgaud, en plus de l’erreur judiciaire. Qu’était-ce que cet acharnement judiciaire, si ce n’est un jeune juge confronté à des faits, à des personnes et à des interdits moraux dépassant sa capacité d’humanité. Mais ce qui est arrivé au juge Burgaud, cette instruction ratée, ces innocents jetés en prison et en pâture à la presse, arrive très souvent à de nombreuses personnes disposant de pouvoir. Un maire ou un fonctionnaire ayant le pouvoir d’accorder une aide financière ou de bloquer un projet social, immobilier ou politique. Que faire lorsque vous vous trouvez face à quelqu’un avec lequel vous avez un différent, et lorsque vous devez prendre une décision à son sujet ?

Aussi inattaquable moralement que vous puissiez vous croire, que feriez-vous dans un tel cas. Le pouvoir modifie aussi notre vision du monde. Tel acte, que vous pouvez tolérer lorsqu’il ne vous touche qu’indirectement, qui peut même vous amuser, peut ne plus avoir la même importance lorsqu’il vous touche directement comme mise en cause de votre propre pouvoir.

Qu’est-ce donc que le pouvoir ? Là se trouve l’interrogation et l’explication primordiale. Comment le définir ?
Parce que l’abus de pouvoir ne touche pas qu’un juge, tel maire ou tel fonctionnaire. Il nous touche tous. Les gendarmes, les policiers, les banquiers ... chaque fois que nos professions nous laissent un minimum de liberté de décision, ainsi qu’un minimum de pouvoir discrétionnaire. Il nous touche aussi en tant que parent, avant tout. Et on peut se croire moral sans se rendre compte que l’on abuse du pouvoir qui nous est délégué ou octroyé.


Réflexion huit (8 octobre 2006)
Erreur et renoncement


A bien réfléchir, je me suis trompé.

Le mois dernier, je pensais que chacun d’entre nous devrait se poser deux questions avant de grandir. Que serais-je prêt à donner pour avoir du pouvoir, et que ne serais-je prêt en aucun cas à abandonner ? Et que serais-je prêt à donner pour disposer d’un pouvoir sur d’autres, pour disposer d’une certaine position sociale, pour être accepté au sein d’une certaine élite sociale ?

Mais la réalité du monde du pouvoir est tout autre. Pour une immense majorité des gens, ces deux questions sont sans intérêt. Rares sont les gens qui seront capables de conserver toute leur vie durant certaines valeurs morales imuables. Le plus souvent, les gens cèdent au fur et à mesure sur l’ensemble de leurs valeurs pour quelques parcelles de pouvoir de plus, pour avancer un peu plus dans l’échelle sociale. On dit aussi que ce sont seulement les premiers pas qui sont les plus difficiles, les plus coûteux. Au fil des renoncements, chaque nouveau renoncement est plus facile. Initialement, on se dit que l’on ne dépassera pas telle limite. Puis on arrive à cette limite, et l’on doit alors choisir de s’arrêter, de descendre du train, de se désolidariser, de perdre, ou bien on peut choisir de renier sa première promesse. Et après cela, ce sera terminé. Il n’y aura plus de limite.

Regardons cette histoire ressortie du frère de Ségolène Royal lors de l’épisode du Raimbow Warrior. Qui a ressorti cet épisode ? Cet homme savait-il, lorsqu’il s’est lancé dans la politique il y a vingt ou trente ans, qu’il irait jusqu’à là pour tenter de devenir président de la République française ? Jusqu’à de tels coups bas, pour conserver une chance d’être élu ou de se présenter ?

Je ne l’espère pas pour lui.

Y a-t-il des personnes pour lesquelles ses deux questions peuvent valoir. Il me reste à espérer que ma définition d’un être moral demeure valide : celui qui saura rester en dehors de ces tentations, ou bien celui qui saura y résister et conserver intactes les valeurs en lesquelles il croit.


Réflexion sept (10 septembre 2006)
Des relations entre Pouvoir et Morale (suite une)


Est-ce le Pouvoir qui corrompt ? Ou était-ce la morale de ces personnes corrompues qui était insuffisamment solide et fiable ? En d’autres termes, doit-on en rattacher la faute à l’individu ou bien aux institutions ?

L’exercice du Pouvoir n’est pas corrupteur pour une personne aux idéaux moraux inattaquables, qui connaîtrait la limite entre le bien et le mal, qui connaîtrait la valeur que l’on doit attacher à l’argent, aux honneurs et à l’idée qu’il se ferait de son intégrité morale.

Evidemment, ce type de personne n’est pas majoritaire au sein de l’espèce humaine. Pour des millions d’individus, seule va compter la réussite sociale et son apparence extérieure, l’image projetée. Ce modèle de comportement est notamment généralisé dans les sociétés de type occidentale, véhiculée par les médias et images publicitaires.

Il y existe un archétype de l’individu, du modèle parfait de réussite, de comportements, d’apparence. Cet archétype existe depuis plus d’une vingtaine d’années, hier celui du jeune cadre dynamique, devenu aujourd’hui celui du quadragénaire ou du sexagénaire branché.

Chacun d’entre nous devrait se poser cette question primordiale : que serais-je prêt à donner pour avoir du pouvoir, et que ne serais-je prêt en aucun cas à abandonner. Cette question devrait être poser dès le plus jeune âge, dès que l’enfant atteint une dizaine année. La réponse évoluera forcément avec l’âge, en bien ou en mal. L’argent peut ainsi avoir une beaucoup plus grande importance vers dix-huit vingt ans que plus tard, en ayant plus vécu. On a peut-être également plus envie de pouvoir à cet âge. Mais il existe aussi peut-être des valeurs plus importante, comme l’amour ou l’amitié, que l’on relativise peut-être en vieillissant.

Que serais-je prêt à donner pour disposer d’un pouvoir sur d’autres, pour disposer d’une certaine position sociale, pour être accepté au sein d’une certaine élite sociale. Comme le disait ’Hubert 41’, que serais-je prêt à abandonner de mes valeurs ou de mes principes pour voir satisfait mes besoins au sens de la pyramide de Maslow.

 
« La pyramide (dite de Maslow) est constituée de cinq niveaux. Nous recherchons d’abord à satisfaire chaque besoin d’un niveau donné avant de penser aux besoins situés au niveau immédiatement
supérieur de la pyramide.
niveau 1 : besoins physiologiques
niveau 2 : besoins de sécurité
niveau 3 : besoins d’amour, d’appartenance au groupe
niveau 4 : besoins d’estime des autres et de soi
niveau 5 : besoins d’accomplissement personnel. »

(source Wikipédia)


On est face à un questionnement faustien. Quelle valeur accorde-t-on à nos principes moraux (pour les personnes qui en ont) ? Notre morale, nos valeurs, ont-elles un prix, au-delà duquel on accepte de les vendre, de les renier, de les oublier ?


Réflexion six (9 septembre 2006)
Des relations entre Pouvoir et Morale


Il est trop simple de se considérer comme quelqu’un de moral tant que l’on n’a pas de pouvoir. La morale n’a de valeur que lorsqu’elle doit affronter l’envie, la tentation, ou la possibilité de se renier. L’être moral sera celui qui saura rester en dehors de ces tentations, ou bien celui qui saura y résister et conserver intactes les valeurs en lesquelles il croit.

Seul le Pouvoir peut permettre de mettre à l’épreuve la morale d’un être humain. Seul un homme de pouvoir ayant su préserver son intégrité morale devrait pouvoir être considéré comme véritablement moral. Et pourtant, même un homme sans aucun pouvoir sur une quelconque personne pourrait développer des comportements envieux ou amoraux, inacceptables en terme de morale. Mais cette personne, même en étant morale pauvre et sans pouvoir, ignorerait ses possibles réactions si elle était confrontée à l’exercice du pouvoir.

C’est pour cette raison que l’on dit du pouvoir que celui-ci corrompt. C’est parce que seul le pouvoir peut révéler notre véritable nature, peut nous pousser aux limites de résistance de nos valeurs morales. Et que seul le pouvoir peut faire voler en éclat nos croyances morales les plus ancrées et faire des hommes des monstres égoïstes.

La guerre aussi le peut. Mais c’est justement le pouvoir de tuer qui fait la guerre. La guerre n’est rien d’autre qu’une forme d’exercice du pouvoir, le plus brutal des pouvoirs, celui qui nous ramène à notre passé le plus archaïque, au règne du plus fort, au pouvoir par excellence.


Réflexion cinq (9 septembre 2006)
Du libre choix de chacun


Le Pouvoir est une notion universelle. Le fait de pouvoir exercer un pouvoir sur d’autres personnes n’est pas réservé à une petite minorité d’êtres humains. L’exercice du pouvoir sur d’autres est une constante générale de l’être humain, de l’homme ou de la femme. L’être humain n’est pas un être solitaire, mais un être social, reconnaissent presque tous les sociologues. De la sorte, presque tous les êtres humains se retrouvent dans la vie familiale dans des relations de pouvoir au minimum avec leurs enfants.

Les enfants vivent ainsi toute leur année d’enfance sous des relations de pouvoir plus ou moins équilibrées ou déséquilibrées dans leur milieu familial et dans le milieu scolaire. Ils se construisent (leur personnalité, leurs valeurs) dans ces deux environnements.

Chaque adulte a donc le choix de construire une certaine relation de pouvoir, d’éducation à l’égard de ses enfants et de ses proches dans le groupe de relations familiales. Il a le choix de réussir ou de rater cette relation, de faire mieux ou moins bien que les relations de pouvoir qu’il observe ou subit dans le reste de ses relations sociales. Toute personne évoluant au sein d’un groupe de relations familiales ne peut pas ainsi se considérer comme éloigné de l’exercice du pouvoir, notamment s’il est parent de jeunes enfants. Elle peut même s’exercer entre enfants au sein d’une même famille.

Le Pouvoir est donc une notion très répandue au sein de l’espèce humaine. Il y a forcément des relations de pouvoir que l’on va réussir, et d’autres que l’on va rater. La principale différence entre les êtres humains repose peut-être sur les relations de pouvoir que chacun d’entre-nous considère comme les plus importantes ; certains pouvant ainsi considérer la vie familiale comme une priorité, tandis que d’autres (souvent des hommes) vont mettre en avant le domaine professionnel, et considérer la vie familiale comme une domaine sans intérêt, sans enjeu, où les relations peuvent être inexistantes.


Réflexion quatre (5 septembre 2006)
Du pouvoir de contrainte
 

 
« (...) Dans un système simple, le pouvoir ne peut être que rapport de forces (force morale ou force physique). Mais les sociétés humaines sont complexes, et il existe tout un réseau d’obligations réciproques qui lient les gens, et les obligent à (ou les empêchent de) se comporter d’une certaine façon quand ils sont placés dans certaines conditions, au risque, sinon, de tout perdre. Il y a donc de nombreuses situations de pouvoir, et de multiples façons de classer l’exercice du pouvoir. »
(source Wikipédia)


Quand on parle du pouvoir, on pense souvent à la capacité de contrainte. La contrainte par l’usage de la force est la première des formes de contrainte possibles. C’est même l’une des premières formes de contrainte auquel l’enfant humain est confronté, que ce soit dans sa relation avec ses parents, ou dans ses relations avec ses camarades de crêche ou d’école.

L’usage de la force est également un élément fédérateur de nos sociétés humaines, un élément qui nous force à nous comporter de manière policée dans nos relations aux autres. Le pouvoir du gendarme ou du policier repose notamment sur cette possibilité de faire usage de la force, le droit d’en faire usage, droit qui nous est par ailleurs refusé, à nous autres citoyens.

Evidemment, si seul l’usage de la force caractérisait l’exercice du pouvoir, seuls les plus gros, les plus forts ou les plus armés d’entre nous détiendraient le pouvoir. Ceci n’est manifestement pas le cas dans la vie sociale de tous les jours, même si cela fonctionne effectivement de cette manière pour les enfants à l’école.


Réflexion trois (24 août 2006)
De la bureaucratie

 
« L’histoire est remplie d’exemples où le pouvoir politique a été utilisé nuisiblement ou d’une manière insensée (abus de pouvoir). Ceci se produit le plus souvent, quand trop de pouvoir est concentré dans trop peu de mains, sans assez de place pour le débat politique, la critique publique, ou d’autres formes de pressions correctives. Des exemples de tels régimes sont le despotisme, la tyrannie, la dictature, (etc...) »
(source Wikipédia)


La description que j’ai faite précédemment de l’exercice du Pouvoir en France ne me semble cependant même pas représentative de la seule démocratie. La même recherche du Pouvoir n’est-elle pas également visible dans toute organisation étatique, junte militaire, dictature, Etat totalitaire.

Une apparente différence pourrait ressortir de l’absence de droit dans ces Etats non démocratiques. Mais en même temps, c’est de la bureaucratie, des petits bureaucrates, qu’est venue le danger dans la France collaboratrice, dans l’Allemagne nazie, dans les pays communistes, ou dans les dictatures militaires, et non des puissants.

Bureaucratie (Wikipédia) : « Exercice autoritaire du pouvoir par un appareil administratif constitué par l’État ou par un parti unique dans un contexte non démocratique. »

Dans une dictature ou dans un Etat totalitaire, les puissants passent autant de temps qu’en démocratie à réfléchir et préparer leur ascension sociale. Leurs combats sont justes plus violents physiquement qu’en démocratie ; les règles de droit ne s’appliquant pas. Il y est aussi beaucoup plus dangereux de monter aux plus hauts postes de pouvoir.

La principale différence repose sur les actions des personnes du bas des échelons administratifs, qui peuvent appliquer de manière zélée et avec plaisir les ordres de leurs supérieurs. C’est peut-être là que se trouve la différence entre les deux systèmes ; l’absence de droits des personnes confrontées aux sans-grades (obscurs fonctionnaires, militaires, miliciens ...) dans un régime totalitaire ou dans une dictature. Car ces sans-grades disposent en régime non-démocratique d’énormes pouvoirs délégués par leurs supérieurs, sans risque de procès judiciaires ou d’être désavoués. Alors qu’en démocratie médiatique, les sans-grades sont limités par l’existence des lois et des médias.

Il y a un autre enseignement (une évidence, une tautologie)à retirer de ce point. En démocratie, ce sont les droits et les instances judiciaires (ou médiatiques) qui permettent de contrebalancer l’exercice du pouvoir. Et c’est le pouvoir nu de l’arbitraire qui s’applique dans les états non démocratiques.


Réflexion deux (23 août 2006)
De l’influence des réseaux


Le Pouvoir consisterait en « la capacité de certaines personnes de produire des effets recherchés et prévus sur autrui. » (Dennis Wrong)

Je n’ai traité hier que de la recherche personnelle du Pouvoir par les individus composant la société. Cette réalité correspond à la société française moderne, une société démocratique fortement hiérarchisée et technocratique, où la position sociale de chacun ne dépend normalement que des aptitudes de chacun ; chacun étant censé partir dans la vie avec des chances égales, à la naissance.

Bien sûr, tout le monde sait que c’est un mythe, et que certains enfants, selon l’appartenance sociale de leurs parents, auront plus de chance de réussite dans la vie que d’autres. Un fils d’énarque aura de fortes chances de devenir lui-même énarque. Delphine Arnault, fille du milliardaire Bernard Arnault, avait aussi de fortes chances de devenir milliardaire.

Dans une présentation sociologique moderne du Pouvoir, celui-ci apparaît ainsi comme la résultante des réseaux personnels de chacun d’entre nous, ce qui explique que l’appartenance sociale de nos parents et les réseaux auxquels eux-mêmes appartiennent puissent influer sur notre propre position sociale.

Toujours d’après Wikipédia,

 
« Un réseau est un ensemble de noeuds ou pôles reliés entre eux par des canaux. Les noeuds peuvent être des points massiques simples ou des sous-réseaux complexes. Les canaux sont à leur tour des flux de force, d’énergie ou d’information.

L’étymologie du mot remonte au latin rete qui signifie « filet », donnant l’adjectif « réticulé », caractérisant les objets ayant une structure de filet, notamment les réseaux.

Un réseau social est un ensemble de relations entre des individus.

Le nombre de Dunbar est le nombre d’amis avec lesquels une personne peut entretenir une relation stable à un moment donné de sa vie. Cette limite est inhérente à la taille de notre néocortex. Elle est estimée à 150 personnes. »  

 

La société française, supposée être démocratique, est d’abord une société à réseaux, dans laquelle la position de chacun dépend non seulement de sa richesse et de son niveau de formation, mais surtout de ses réseaux de relations. Et ce système résonal me semble par essence non démocratique, car il s’entretient lui-même, et rejette souvent toute personne qui ne lui appartient ou qui cesse de lui appartenir. Car de nombreux réseaux de relations sont des réseaux fermés. Internet par contre par définition est un réseau ouvert. Le monde politique par opposition est un exemple de réseau fermé. On peut dire qu’on entre dans un réseau de relations fermé par adoubement, par cooptation. Dans certains groupes (maçonniques), on parle même d’initiation, comme dans certaines grandes écoles françaises.

Mais en fait, parler de réseaux ne fait que normaliser une situation anormale où les puissants ne se retrouvent qu’entre eux, et ne fait qu’expliquer la manière dont ils y sont arrivés. Cela permet aussi à la majorité d’entre nous d’essayer de faire comme les puissants (de les singer), en se gargarisant d’appartenir à quelques réseaux de connaissance, en ignorant toutefois que les principaux réseaux qui permettent d’accéder aux plus hauts postes de pouvoir sont complètement inaccessibles. Et cela ne change rien pour ceux qui sont exclus de la société et du commerce de leurs semblables.

Cette notion de réseau n’apporte pas grand chose ; c’est une création de sociologues ou de médiologues en mal de reconnaissance. Mais elle permet d’éclairer d’un jour nouveau le problème fondamental de la démocratie occidentale, le fait qu’elle soit fantoche. Grâce cette notion, on s’aperçoit ainsi que ce sont quelques réseaux qui contrôlent les démocraties modernes, ce qui explique l’absence de véritables ouvertures de ces soi-disant démocraties politiques.

Mais en même temps, défaire leur influence est pratiquement impossible. Une révolution comme celle de 1917 ne ferait que remplacer un réseau par un autre réseau, comme l’expérience du parti communiste soviétique nous l’a montré. L’interdiction des réseaux de relations a aussi déjà tenté, notamment en 1791 (loi le Chapelier) lorsque le législateur avait interdit les coalitions et notamment les corporations. Mais les réseaux sont par essence insaisissables et se reconstitueront malgré tout, sous une forme ou une autre.


Réflexion une (22 août 2006)
De la recherche individuelle du Pouvoir


Le Pouvoir est la notion socio-philosophique qui m’interpelle et m’intéresse le plus. Je me suis toujours demandé comment était-il possible que le Pouvoir puisse transformer les gens qui s’en approchaient. J’ignore si je serais moi-même transformé si l’on me donnait un quelconque pouvoir sur des gens, et plus je vieillis, et plus je crains que j’en serais effectivement transformé.

Ma fascination envers le Pouvoir remonte à la lecture d’un livre de Pierre Clastres, dénommé ’La société contre l’Etat’. Par pouvoir, il entend essentiellement parler de l’exercice du pouvoir coercitif, même si les sociétés amérindiennes qu’il y étudie s’en protègent justement en limitant l’exercice du pouvoir à la prise de parole, au devoir et au droit de parler.

Pratiquement toutes les sociétés humaines sont malades du Pouvoir ; malades au sens où le Pouvoir les a toutes envahit et occupent les aspirations de pratiquement tous leurs habitants. L’exercice du Pouvoir n’est même pas propre à l’homme ; les chimpanzés ainsi que d’autres primates (les gorilles par exemple) connaissent aussi la notion de Pouvoir au sein de leurs groupes.

Qu’est-ce que le Pouvoir ? D’après Wikipédia, le Pouvoir c’est : « la capacité à obtenir des choses et surtout des individus qu’ils se comportent comme on le souhaite. »

Dans notre société française, le spectacle du Pouvoir correspond d’abord à la concurrence politique et médiatique que se livrent les divers candidats à l’élection présidentielle de 2007, que ce soit Sarkozy, Royal, Hollande, Chirac, de Villepin, Fabius ou d’autres. Mais le spectacle du Pouvoir est partout. Dans les petites communes où les candidats aux prochaines élections fourbissent leurs armes pour attirer les électeurs. Dans les partis politiques où presque tous les adhérents rêvent d’un poste d’élus et où chaque candidat homme ou femme cherche le meilleur siège. Dans les écoles ou dans les entreprises où les jeux de pouvoir visent à accroître ou assurer le pouvoir de multiples petits barons. Le Pouvoir est aussi visible dans les cours de récréation des maternelles, des écoles, des collèges et des lycées, où les processus de soumission et de domination entre enfants et adolescents sont aussi légions. Il est visible dans les organisations syndicales, dans les associations, même si tout leurs membres ne visent pas forcément l’exercice du pouvoir. Il est également visible à la tête des grandes et des petites entreprises, comme les exemples de Havas (prise de pouvoir de Bolloré) ou de Vinci (combat entre Zacharias et Huillard) nous le rappelle régulièrement.

Mais le pouvoir n’est souvent rien en lui-même pour ces personnes. Si tôt acquis, tout poste n’est qu’un tremplin pour un nouveau poste, pour accéder à un pouvoir plus élevé, qui sera lui-même un nouveau tremplin. C’est particulièrement vrai en politique, où un maire visera à être conseiller régional, un conseiller régional président de région ou député, un député ministre ou sénateur, un ministre président ou secrétaire de parti politique puis président de la République. C’est également vrai dans le monde de l’entreprise, où l’ouvrier voudra devenir contremaître, le contremaître devenir cadre ou chef de chantier, le chef de chantier devenir directeur, le directeur devenir PDG, le PDG chercher à devenir PDG d’une plus grosse boîte, et le PDG de la plus grosse société chercher à acheter le plus possible d’autres entreprises pour continuer à grossir. On retrouve le même système dans la haute fonction publique française, où tout poste ne sert que de faire-valoir pour un poste encore plus intéressant.

Quelle énergie dépensée, me direz-vous, et en pure perte pour la collectivité et le bien public, parce que, pendant tout ce temps où ces personnes rivalisent de perfidies, de coups bas, et de viles flatteries, qui s’occupe des activités qui leur sont attribuées ? Heureusement que certaines personnes travaillent quand même, ayant tiré un trait sur leurs ambitions.

Ces ambitieux sont-ils si rares ? J’en connais beaucoup trop. Bien sûr, ils agissent aussi parfois, le plus souvent de manière bien visible, de façon à pouvoir être remarqué. Ces gens-là n’agissent jamais gratuitement ni innocemment.

Et même arrivés au sommet de leur ambition, lorsque plus aucun poste ne peut être supérieur à celui dont ils disposent (président ou dirigeant d’un Etat ou du plus gros groupe), il leur faut encore se battre continuellement pour se défendre de leurs challengers, et pouvoir se représenter la fois suivante en position de l’emporter.

Le plus étrange, c’est que ces personnes n’usent pratiquement jamais ou rarement de ce pouvoir qu’ils recherchent si désespérément, puisqu’ils ne pensent qu’à accroître leur position sociale. C’est une aberration de la recherche du Pouvoir, car ce Pouvoir qu’ils recherchent sans en user se trouve délégué à ceux qui les entourent, qui n’en usent eux-mêmes que rarement, préoccupés d’en obtenir le plus possible une autre fois.


Saucratès



23/11/2010
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