Critiques de notre temps

Critiques de notre temps

Sur l'économie (1)

Réflexion dix (11 octobre 2008)
Réformer le capitalisme ?... Mais de quelle manière, pour quels objectifs, dans quelle optique ?


C'est le grand mot à la mode, dans les milieux politiques internationaux, dans les médias ... Réformer le capitalisme !... Les vingt états les plus riches de la planète (le G20) sont en train de tenter de sauver les bourses mondiales et réfléchir aux réformes du capitalisme (financier) rendues nécessaires par la crise financière actuelle ... Nous sommes cependant vraisemblablement en train d'observer une montagne en train d'accoucher d'une souris ... Qui souhaite, qui a véritablement à coeur ou intérêt à réformer le capitalisme ? Les gouvernements des vingt états les plus riches de la planète ? Vraisemblablement pas.

Que pourrait signifier 'réformer le capitalisme' ? Le capitalisme tel qu'il existe de par le monde, c'est plusieurs choses. Il n'existe premièrement pas une seule forme de capitalisme, mais de nombreuses formes ... Le capitalisme anglo-saxon, d'inspiration libérale ... Le capitalisme rhénan, reposant sur la co-gestion à l'allemande entre des syndicats puissants et le patronat ... Le capitalisme français, reposant sur des alliances entre état et capital, sur des réseaux de participations croisées, sur des connivences entre élites politiques et économiques, issues des mêmes écoles ... Le capitalisme nordique, des pays d'Europe du Nord, reposant sur un état assurant un régime de protection sociale étendue, en échange de taux de prélèvement élevés ... Les capitalismes asiatiques, du Japon, de Corée ... etc ...

Mais, en dehors de ces diverses formes, le capitalisme répond à un certain nombre de grands principes, qui ne seront vraisemblablement pas remis en cause ... La propriété privée du capital en premier lieu, qui donne aux possesseurs du capital d'une entreprise son contrôle et la possibilité d'en accaparer les bénéfices ... L'utilisation du marché pour définir les besoins de la clientèle et y répondre, ou pour apporter les financements nécessaires ... La reconnaissance de l'inéluctabilité des différences de richesse et de pouvoir au sein des sociétés capitalistes humaines, que les états peuvent simplement atténuer par des politiques sociales adéquates ...

Ces différentes formes du capitalisme, les différentes écoles théoriques, se partagent par contre sur un certain nombre de sujets ... L'intervention de l'état en matière sociale ou économique, que certains économistes considèrent parfois comme des freins ou des entraves au libre fonctionnement des marchés, les empêchant de résorber eux-mêmes les déséquilibres apparaissant ... tandis que d'autres les estiment indispensables ... la crise financière actuelle leur donnant raison ... Les mécanismes de contrôle et de partage du pouvoir entre le capital, l'état, les entreprises, les syndicats et plus largement les citoyens ... Les moyens pour atténuer les atteintes à l'environnement, qui sont indissociables des mécanismes sécuritaires et de la manière dont est rendue la justice ... Les moyens de régulation des marchés et des entreprises à la disposition des sociétés humaines et des états ...

Il n'existe pas un modèle de capitalisme qui soit véritablement meilleur que les autres, même si on peut remarquer que le capitalisme rhénan a longtemps été considéré comme un modèle, jusqu'à la découverte des petits arrangements financiers (pour ne pas dire prévarication) entre patronat et syndicalisme (comme chez Volkswagen AG), les remises en cause des participations des régions dans les entreprises (Volkswagen AG encore avec la prise de contrôle de Porsche AG), les déboires des banques publiques allemandes ... De même, le capitalisme asiatique (ou capitalisme d'état), qui a été à l'origine du développement des Dragons asiatiques, qui repose sur un contrôle et une participation très forte de l'état à l'organisation capitaliste de la société, semble particulièrement bien adapté aux pays en développement. Mais la crise asiatique de 1997 avait mis en exergue sa fragilité financière, même si ces états s'en étaient très vite remis ... Il ne faut ainsi pas oublier que le capitalisme anglosaxon a été un modèle pour le monde entier depuis plus de deux décennies, jusqu'à ce qu'il démontre ses dangers au cours de cette crise financière ... Il était encore considéré comme un modèle par Nicolas Sarkozy en mai 2007 ...


Réflexion neuf (9 septembre 2008)
Justice et délocalisation


Un conseil des prud'hommes de Libourne, en Gironde, a condamné la société ARENA, connue pour fabriquer notamment des maillots de bain, à payer près de 4,8 millions d'euros au total à 96 de ses anciens employés, majoritairement des femmes, pour licenciement sans cause réelle et sérieuse. Leur licenciement avait été prononcé pour motif économique, en mars 2007, après que l'activité de leur usine de maillots de bain ait été transférée en Chine. Cette délocalisation avait été décidé par ARENA après une forte baisse de chiffre d'affaires enregistrée au cours de l'exercice 2005. La direction d'Arena avait ainsi annoncé, en novembre 2006, l'arrêt de l'activité industrielle en France, au motif d'un manque de compétitivité du site. Dans ses attendus, le jugement du conseil des prud'hommes relève que "(...) s'il est évident que le transfert d'activité dans des pays à protection salariale et sociale inférieure aux normes françaises est susceptible d'entraîner une diminution des coûts de production, ainsi qu'une augmentation des marges, cette circonstance ne saurait à elle seule constituer un motif économique de licenciement suffisant (...)".

Dans un communiqué, la société ARENA s'est dite "sûre d'avoir agi dans le respect absolu de la loi française, tant sur le plan de la forme que du fond" et reste "convaincue que les motivations de la réorganisation entreprise seront reconnues comme sérieuses et justifiant celle-ci".

Ce jugement permettra-t-il de mettre un coup d'arrêt aux délocalisations des entreprises françaises vers les pays à moindre coûts de main d'oeuvre ? Il faudra d'abord que ce jugement soit confirmé par les instances judiciaires d'appel, dans le cas fortement envisageable où la société ARENA ferait appel du jugement.

Cette affaire pose aussi le problème des raisons pour lesquelles ces sociétés se délocalisent. Qui sont les bénéficiaires de ces mesures de réorganisation, et quels emplois (et combien d'emplois) sont sauvegardés par ces mesures ? Evidemment, ce sont principalement les intérêts des détenteurs du capital de ces sociétés, ainsi que ceux de l'encadrement du groupe, qui sont privilégiés dans ce genre de mesures de réorganisation. Les emplois des salariés sont évidemment les premiers à être immolés pour la sauvegarde financière de ces entreprises, sur l'autel de la mondialisation.

Mais la mondialisation a bon dos. Il n'y a mondialisation que parce que celle-ci est utilisée par des actionnaires et des dirigeants d'entreprise au mépris de la sauvegarde de l'emploi de leurs salariés, pour des profits financiers à court terme, et en l'absence de tout dialogue et concertation avec leurs salariés, salariés qui ont parfois travaillé pendant des années ou des décennies pour ces entreprises. Et c'est un juste retour des choses, une maigre consolation, qu'apporte enfin ce jugement à ces salariés injustement licenciés.

ARENA aurait certainement pu essayer de sauvegarder l'emploi de ces salariés en France, plutôt que de choisir la voie de la délocalisation. Mais cela aurait été plus difficile et surtout plus dangereux financièrement pour les actionnaires ! Va-t-il enfin y avoir une justice pour les salariés dans le monde de l'économie ?


Réflexion huit (4 juillet 2007)
Mes positions sur l'économie en général, sur le capitalisme et sur le libéralisme


En introduction à ce nouveau post sur l'économie, je reprendrais un commentaire que j'ai adressé à Baccelliguido
(http://larevolutionpourquoipas.blogs.nouvelobs.com).

Dans un post précédent,
http://saucrates.blogs.nouvelobs.com/archive/2006/09/03/sur-l’economie-redite.html, j'ai présenté plusieurs approches critiques du capitalisme (actuel), tout particulièrement au sujet de la question des délocalisations. Il s'agit évidemment d'une approche très fragmentaire de la science économique.

Je vais donc tenter ci-après de préciser mes positions sur l'économie en général, sur le capitalisme et sur le libéralisme. Ainsi, autant je suis particulièrement critique à l'égard du libéralisme et de tout ce qui se réfère au mot 'libéral' voire à celui de 'concurrence', autant je ne pourfends pas globalement ni le capitalisme ni la finance.

Le libéralisme me semble reposer sur un ensemble d'inégalités dont l'une des plus visibles concerne la relation entre le salarié et son patron (termes génériques), même s'il en existe de nombreuses autres, dont ces divergences de rémunération et de pouvoir d'achat entre les pays ... Ces inégalités me semblent remettre en cause la totalité de l'édifice conceptuel du libéralisme ... Les solutions proposées par le libéralisme pour résoudre ces inégalités me paraissent encore plus invraisemblables (flexibilité accrue du travail et des salaires, suppression des protections sociales tels le salaire minimum, l'indemnisation du chômage ou l'assurance maladie), du moins contraire à la 'morale' (mais à quoi peut-elle correspondre ?). Un peu l'impression que le libéralisme correspond à un rêve éveillé du 'grand patronat' ... ce qu'ils ont rêvé toute leur vie d'obtenir et que quelques serviables économistes leur proposent de manière théorique, mais dont ni les uns ni les autres ne connaîtront les mauvais côtés.

Mais je ne critique pas ex nihilo le capitalisme. Je crois en un capitalisme régulé par des états, par des groupes de pression et par une législation mondiale. Je pense que les inégalités rencontrées au sein du capitalisme doivent pouvoir être corrigées, par la législation et des groupes de pression (syndicats) dont le fonctionnement est certainement à redéfinir par rapport au modèle français (le modèle allemand me semble plus pertinent même s'il laisse exister une discrimination à l'égard des femmes ou plutôt des mères de famille) ... Je crois également en la finance, et c'est peut-être l'un des endroits où les prétextes libéraux (concurrence pure et parfaite) s'appliquent le mieux et permettent une régulation convenable des marchés financiers. Il faut simplement que des instances de contrôle mondiales puissent les surveiller et punir les contrevenants ... Je ne condamne donc pas (comme Baccelliguido) l'intérêt, la bourse et les marchés, qui ont permis de dégager des moyens de financement considérables, et dont le manque au cours des siècles précédents expliquent bien des crises financières. Et sans intérêt et sans marché, il n'y aurait pas ces masses de financements actuellement disponibles. Evidemment, cette finance doit être corrigée en matière d'allocations des ressources aux nouveaux entrants, aux pauvres exclus, en France ou dans les pays en développement, ainsi qu'en matière d'imposition des bénéfices.

Je crois en une régulation institutionnelle du système capitaliste et ne crois absolument pas en toute la dialectique de la concurrence et de ses bienfaits. Je ne peux rejoindre des auteurs tel Schumpeter que sur le sujet de l'innovation et sur la nécessité de permettre et d'aider chacun à lancer une activité, même si je doute que cette possibilité soit indispensable à l'innovation. Même si Microsoft est un exemple frappant de cette réussite d'un innovateur parti de rien, les innovateurs qui réussissent ont très vite tendance à se transformer également en firme institutionnelle.


Réflexion sept (13 avril 2007)
Les multinationales, les délocalisations et la justice


Je pense qu'il y a une Justice en économie. Non pas une justice humaine, même si celle-ci existe mais ne soit pas toujours juste, mais une Justice Divine.

Il me suffit de voir les différents problèmes judiciaires que rencontrent notamment la multinationale Danone en Inde et en Chine ! Voilà de grandes entreprises françaises, qui ont choisi depuis quelques décennies de produire de plus en plus à l'étranger et de délocaliser leur production industrielle hors de France pour grossir, pour prendre des parts de marché, et pour demeurer rentables.

Mais dans quel intérêt ses grands groupes choisissent-ils cette politique ? Conserver de l'emploi en France ? Etre capable d'être des prédateurs sur les marchés boursiers au lieu d'être des proies, pour que leur capital demeure 'français' ? Balivernes que tout cela ! Ces groupes ne visent réellement que le seul intérêt de leurs équipes de direction, de leurs dirigeants, et même pas de leurs equipes d'encadrement qui sont également ignorées, même si on leur demande de défendre un certain nombre d'idées (même pas d'idéaux).

Dans quel modèle de société vivons-nous pour que seules les volontés d'une miniscule minorité d'entre nous puissent s'imposer à toute une entreprise, à toute une société, à tout un système social ?

La Justice viendra de la justice humaine. Nous avons des groupes internationaux qui délocalisent à tout va pour prendre des parts de marché. Bourbon, par exemple, dans le transport maritime, qui transfère ces activités en Thaïlande ... Majorette qui transférait ces usines de production à l'étranger, pour ne plus garder que quelques dizaines d'emplois en France ...

Mais ces groupes s'implantent dans des pays dont ils ignorent les usages économiques et culturels ... dans des pays qui ignorent nos règles de droit commercial ou de droit civil. Ainsi, Danone est actuellement poursuivi judiciairement en Inde par le groupe indien 'Britannia Industries' au sujet des droits internationaux de commercialisation de la marque de biscuits Tiger (selon le Financial Times).

Pour information, la marque Tiger a été créée en 1995 par Britannia Industries, une société de biscuits indienne cotée à la Bourse de Bombay, et détenue à 51% par le groupe agroalimentaire français, le solde appartenant au conglomérat indien Wadia. En 2004, Britannia a découvert que Danone vendait des biscuits sous la marque Tiger en Indonésie, Malaisie, à Singapour, au Pakistan ou en Egypte et avait déposé la marque dans près de 70 pays. Selon la plainte déposée, Danone n'aurait pas averti le conseil d'administration de Britannia, ce que Danone dément. Le groupe serait par ailleurs en négociation avec Wadia au sujet de la propriété de Britannia.

Danone connaît aussi des déboires en Chine, où le groupe a engagé des poursuites judiciaires (pour rupture de contrat) à l'encontre d'un de ses partenaires chinois (Zong Qinghou), qui leur avait permis de fonder la coentreprise Wahaha. Danone détient 51% de Wahaha, qui est basé dans la province de Hangzhou, dans l'est de la Chine. Le groupe français estime que Zong Qinghou a violé les accords commerciaux conclus en 1996 en commercialisant des produits sous son nom.

Des procès de ce genre suffiront-ils à réguler le capitalisme occidental, à l'empêcher de broyer les individus dans nos sociétés occidentales et dans les pays en développement ? Ce n'est pas sûr. Les 'nouvelles' valeurs éthiques derrière lesquelles ces groupes essaient de masquer leur inhumanité inchangée, l'inhumanité de leurs dirigeants et leur soif inextinguible d'enrichissement ne sont que des paravants censés nous faire accroire qu'ils ont changé, un costume publicitaire, un peu comme le loup dans la fable du petit chaperon rouge ... une société éthique avec de grandes oreilles et de grandes dents ...

La régulation ne pourra venir que de nous ? Nous sommes en fait leur faiblesse. Pour se développer à tout crin et détruire nos emplois, ces groupes ont introduit la plus grande partie de leur capital en bourse. Pour cette raison, il est idiot de dénoncer les actionnaires arrogants de ces groupes obèses. Nous sommes leurs actionnaires ! Nous tous, occidentaux, en direct, à travers des fonds communs ou à travers nos caisses de retraites ou nos edges funds. Lorsque ces groupes licencient pour faire grimper leurs cours de bourse, lorsqu'ils délocalisent, c'est en fait pour notre bénéficie en tant qu'actionnaire. Il nous faut en fait reprendre le pouvoir dans ces sociétés, pour que l'humain retrouve une place dans ces entreprises !

 

Réflexion six (18 mars 2007)
Conclusion


En quelques faits, j'ai essayé de brosser quelques éléments sur l'état de l'économie mondiale. En même temps, je ne peux résister à l'envie de présenter un état des lieux de l'économie mondiale, un peu à la manière de ce qu'avait tenté Artémis, dans son argumentation à l'encontre des thèses de Anna ...

USA ......... 301 millions d'hab .............. 31 hab/km²
................ 12.455 milliards de $ de PIB .... 41.400 $ de PIB/hab
UE (27) .... 494 millions d'hab .............. 116 hab/km²
................ 13.450 milliards de $ de PIB .... 27.200 $ de PIB/hab
Japon ...... 128 millions d'hab ................. 335 hab/km²
................ 4.505 milliards de $ de PIB .... 35.200 $ de PIB/hab
Chine ...... 1.314 millions d'hab ................. 136 hab/km²
................ 2.200 milliards de $ de PIB .... 1.700 $ de PIB/hab
Inde ........ 1.095 millions d'hab ................. 324 hab/km²
................ 800 milliards de $ de PIB .... 700 $ de PIB/hab
Russie ..... 142 millions d'hab ................. 8 hab/km²
................ 800 milliards de $ de PIB .... 5.600 $ de PIB/hab
Reste ...... 3.000 millions d'hab
................ 10.200 milliards de $ de PIB .... 3.400 $ de PIB/hab

A noter que dans ce que j'appelle le reste du monde, on trouve des états développés tels l'Australie, le Canada, la Nouvelle-Zélande, les tigres et les dragons asiatiques, des pays exportateurs de pétrole, à côté d'une majorité de pays en développement à faible niveau de vie.

Les marchés financiers et notamment les bourses mondiales ne sont que des baromètres de la santé ou de l'état de l'économie mondiale. Ce sont aussi des outils médiatiques, beaucoup plus médiatisés que les variations observées des cours de changes des monnaies. Le tableau ci-dessus donnait une mesure des forces en présence ... il existe évidemment un déséquilibre de développement, de richesse, entre ces quelques pays riches et le reste de la planète. L'instabilité régulièrement ressentie sur les marchés financiers mondiaux vient simplement rappeler l'importance des déséquilibres au sein de l'économie mondiale. Et les Etats-Unis constituent la principale préoccupation des acteurs sur ces marchés financiers. Pendant combien d'années les américains pourront-ils encore supporter un tel niveau de déficit de leur balance commerciale ?


Réflexion cinq (17 mars 2007)
La situation des Etats-Unis d'Amérique


Le graphique ci-dessus laisse apparaître l'évolution du cours de change du dollar en yen ... ce graphique peut expliquer les fortes tensions actuelles existant entre les diverses monnaies mondiales. Il laisse également entreapercevoir que la baisse du yen n'est peut-être pas terminée, puisque le yen est déjà descendu récemment beaucoup plus bas.

Dans les paragraphes ci-dessous, je ne prétends pas donner d'explications absolues en matière économique. L'économie conserve pour moi une certaine forme de mystère car les explications y varient régulièrement, et des explications absolument comparables permettent parfois d'expliquer parfois des situations diamétralement opposées (ainsi la faiblesse de l'euro dans les années 2000-2002 et sa survalorisation aujourd'hui) ou le contraire. L'explication me semble plus complexe. Il n'existe pas selon moi de raisons absolues pour expliquer une situation économique donnée. Il existe en permanence de dizaines raisons possibles, et selon les époques, selon les instants, tel indicateur sera privilégié par les acteurs sur les marchés financiers, conduisant alors à telle ou telle situation, qui aura ensuite des conséquences en terme d'activité réelle, et donc sur l'activité économique et sur notre vie de tous les jours.

Je ne dirais donc rien de très nouveau sur la situation économique ou financière des Etats-Unis d'Amérique. Et des milliers d'interlocuteurs pourront argumenter en sens inverse et me contredire. Pourtant, il faut bien parfois essayer de faire un point sur les informations dont nous disposons en la matière.

Les Etats-Unis d'Amérique ont la particularité d'être l'un des principaux moteurs de l'économie mondiale. De leur santé économique dépend la croissance de toutes les autres zones économiques du monde. Ce n'est pas le cas du Japon, qui a pu être en déflation et en récession pendant la dernière décennie sans que l'économie mondiale n'en pâtisse réellement. Ce n'est pas non plus le cas de la France, dont la santé n'influe ni sur celle de l'économie mondiale, ni même sur celle de la zone euro. Cette influence des Etas-Unis n'est même pas récente, puisque déjà, la crise de 1929 y avait trouvé son origine (même si elle s'explique surtout par les mesures protectionnistes prises par les principaux pays développés de l'époque qui avaient accentué le ralentissement économique qui avait résulté de la crise de liquidités ayant suivi la panique boursière de 1929).

Mais les Etats-Unis d'Amérique constituent également le talon d'Achille de l'économie mondiale, en raison de ses énormes déséquilibres. Ainsi, le déficit de la balance commerciale des Etats-Unis d'Amérique atteint -763,6 milliards de dollars en 2006 (après -716,7 milliards de dollars en 2005). En lui-même, ce chiffre ne veut pas dire grand chose. A titre de comparaison, il est juste 8 à 9 fois supérieur à celui de l'ensemble de l'union européenne (27 états) qui atteignait -84 milliards de dollars en 2005. L'excédent commercial du Japon s'élève pour sa part à 163 milliards de dollars et celui de la Chine à 233 milliards de dollars, toujours en 2006.

Le déficit américain est encore plus inquiétant lorsqu'on le rapporte à ses exportations et à ses importations. Les Etats-Unis d'Amérique importent 1.727 milliards de dollars et exportent seulement pour 927,5 milliards de dollars (soit 54% de leurs importations). Les Etats-Unis d'Amérique et les ménages américains vivent à crédit, mais ce rythme ne pourra peut-être pas durer advitam eternam (tous ces chiffres sont tirés pour la plupart de Wikipédia ... j'espère qu'ils sont justes). Et le simple réajustement des parités de change entre le dollar, le yen et le yuan, ne suffira pas à rétablir l'équilibre. Evidemment, aucun pays autre que les Etats-Unis d'Amérique ne pourrait continuer à vivre de cette manière. Ce qui sauve cet état et l'économie mondiale, c'est que le dollar soit la principale devise mondiale et une monnaie de réserve. En même temps, si une crise généralisée de défiance à l'égard du dollar survenait, aucune instance internationale ne pourrait intervenir pour aider les Etats-Unis d'Amérique, comme par exemple par le passé les interventions du FMI pour aider le Mexique, le Brésil ou d'autres états.

Il existe de nombreux autres indicateurs inquiétants, comme la dette publique américaine (8.655 milliards de dollars en 2006), toutefois proche de celle des pays de l'union européenne (6 509,8 milliards d'euros en 2004), la dette extérieure des Etats-Unis ou la dette des ménages américains.

Pourtant, à côté de ses indicateurs inquiétants, l'économie américaine conserve un dynamisme important, avec un PIB qui avait progressé de +3,5% en 2005 et qui représentait 28% du PIB mondial (12.455 milliards de dollars sur 44.390 milliards de dollars au total en 2005). Le PIB de l'union européenne s'élevait pour sa part à 13.450 milliards de dollars en 2005, en progression de +2,7% (30% du PIB mondial).

A titre de comparaison, la Chine ne représentait en 2005 que 5% du PIB mondial (6% prévu en 2006), le Japon 10% du PIB mondial, le Brésil et l'Inde 1,8% chacun, et la Russie 1,7%. Ceci doit également ramener la proportion des grandes zones économiques à leur juste proportion.

Les Etats-Unis d'Amérique sont-ils l'homme malade de l'économie mondiale ? Il est clair en tout cas que les marchés financiers surveillent un certain nombre d'indicateurs les concernant avec attention.

En même temps, ces différents éléments doivent nous apprendre une certaine humilité face à la réalité économique. Les cours des monnaies ne sont pas des grandeurs tellement faciles à manier ... les Etats-Unis d'Amérique ont beau s'endetter et consommer énormément, cela n'empêche pas leur monnaie de s'apprécier face au yen ... les explications simplistes et les discours politiques nébuleux (sur l'euro) n'ont que peu d'influence face aux forces souterraines à l'oeuvre sur les marchés financiers internationaux. Aucune action d'aucune institution n'est capable d'enrayer ces mouvements de fond. Une banque centrale qui s'y essaierait y perdrait toute légitimité. La seule solution, c'est une action concertée de plusieurs de ces institutions, précédée d'informations vers les marchés, de telle sorte que ceux-ci l'intègrent dans leurs anticipations.


Réflexion quatre (16 mars 2007)
Déséquilibres ?


Entre le lundi 12 et le mardi 13 mars 2007, l'ensemble des bourses mondiales ont baissé de 2 et 3% en raison de craintes de survenue d'une crise systémique sur le marché immobilier des Etats-Unis d'Amérique. Au cours des semaines précédentes, des crises de même ampleur avaient déjà secoué les bourses mondiales. Une première crise était venu de Chine, de la bourse de Shanghaï, qui avait perdu le 27 février 2007 près de 9% en une journée suite à un mouvement de panique financière. Cette crise s'était aussitôt transmise au reste des places boursières de la planète, qui avaient également baissé par un effet de contagion.

Une autre crise boursière venu des pays asiatiques au début du mois de mars a concerné les craintes sur les marchés des changes, liées au débouclage des opérations de 'carry trade' entre le yen et les monnaies occidentales (pour avoir quelques explications sur la technique du 'carry trade' et sur les risques associés, lire : http://www.lexpansion.com/art/4462.154042.0.html). Les marchés boursiers de la planète avaient aussi fortement baissé à cette occasion. Aujourd'hui, il semble malgré tout que ces opérations de 'carry trade' continuent. Cet article de l'expansion a toutefois l'avantage de rappeler que cette technique financière a déjà conduit en 1998 à la débâcle du fonds spéculatif LTCM.

Le graphique ci-dessus concernant l'évolution du CAC 40 sur les deux dernières années fait cependant essentiellement apparaître une nouvelle consolidation du marché parisien, qui semble répéter graphiquement la correction des mois de mai-juin 2006, qui avait vu le CAC 40 perdre 15% de sa valeur (de 5300 points à 4600 points).

Ce qui est toutefois problématique dans la situation actuelle, c'est la fragilité des équilibres financiers au niveau mondial. Les énormes déséquilibres commerciaux existant entre les Etats-Unis, la Chine et le Japon mettent en danger la stabilité économique et financière mondiale. Les dettes extérieures et budgétaires des Etats-Unis et dans une moindre mesure de l'Europe, fragilisent également les marchés financiers internationaux. Les écarts de rémunération entre les monnaies mondiales (0,5% sur le yen contre 3,75% sur l'euro et 5,25% sur le dollar) favorisent à la fois le financement du déséquilibre commercial américain mais induisent par ailleurs les mouvements de 'carry trade' qui dévaluent le yen, ce qui accroit le déséquilibre commercial américain et européen ...

Il apparaît ainsi qu'il suffirait d'une étincelle, comme au cours de ces dernières semaines, pour qu'une crise financière de très grande ampleur se développe et affecte d'abord les bourses puis les économies réelles, avec son lot de misère, de chômage de masse, de faillites et de déflation (ou au contraire d'hyperinflation).

Réflexion trois (16 décembre 2006)
Du capitalisme en Chine


Le journal 'Le Monde' traitait mardi 12 décembre 2006 du débat qui agite l'état chinois, au sujet de l'origine de la fortune de ses plus célébres entrepreneurs millionnaires. Comme le cite l'article du Monde, "Faut-il leur pardonner de s'être enrichis par des moyens pas toujours légaux ?" Par journaux (chinois) interposés, partisans des vues néolibérales et partisans du courant dit de "nouvelle gauche", soucieux d'un rééquilibrage social, croisent régulièrement le fer.

Plusieurs millionnaires chinois ont déjà été condamnés par la justice chinoise. En septembre 2006, elle avait condamné Zhang Rongkun, 16ème fortune de Chine, pour avoir financé ses entreprises grâce aux fonds de pension de Shanhaï. En décembre 2006, elle condamnait à la prison à vie Zhou Yiming, 32 ans (le plus jeune des millionnaires chinois, pour obtention frauduleuse de prêts bancaires. Hang Guangyu, fondateur de Gome, première fortune de Chine en 2006 selon Forbes, est également suspecté par la Sécurité publique chinoise du non-remboursement d'un prêt de 165 millions de dollars accordé par la Bank of China.

D'après l'article du Monde, ces problèmes trouvent leur origine dans l'organisation du système économique et politique chinois, qui a longtemps privé les entreprises privées de l'accès aux financements bancaires et à une protection juridique appropriée. Elles étaient alors obligées de recourir à des méthodes illégales, telle la corruption pour obtenir des prêts ou des licences d'activité.

Ces débats et ces condamnations reposent le problème de l'importance d'une stabilité politique pour le développement du capitalisme. Les pays occidentaux bénéficient ainsi d'une stabilité juridique, et d'une égalité formelle devant la loi, dont l'influence est déterminante pour le développement du capitalisme. Par le passé, avant la mise en oeuvre de système démocratique, il faut se rappeler que tout homme d'affaires qui s'enrichirissait courrait le risque de provoquer la colère de son suzerain. C'était le cas dans tous les états africains, où le roi spoliait facilement les biens de tout sujet dont la richesse approchait la sienne. Cela a aussi été le cas de Fouquet sous Louis XIV qui a été accusé de s'être enrichi aux dépens de la couronne et a été embastillé puis ruiné sans aucun procès.

La Chine est aujourd'hui dans le même cas, comme d'autres pays comme la Russie. Leur système judiciaire est-il capable de fonctionner de manière indépendante du pouvoir exécutif et des pressions du peuple, ou est-il inféodé aux décisions d'une caste, d'un parti ou d'un homme ? Ce n'est manifestement pas le cas aujourd'hui en Chine. Le risque, c'est de rendre dangereux l'enrichissement personnel.

Risque ou bien avantage ? Est-il vraiment important qu'il y ait des millionnaires dans un pays, lorsque la grande majorité des habitants sont terriblement pauvres. Il y a une époque où la richesse me paraissait être un crime. Le problème de cette criminalisation aléatoire de la richesse, c'est que le capitalisme ne peut pas fonctionner dans de tels états. L'Afrique, où cette spoliation était la normalité, n'a jamais décolé économiquement. La France absolutiste ne s'est pas non plus développée économiquement, à la différence de l'Angleterre à la même époque qui avait mis en oeuvre une charte des droits civils pour ces sujets, qui les mettaient à l'abri de l'arbitraire de leur suzerain.

Une justice indépendante, un droit inaliénable et commun pour tous, sans distinction, est la première nécessité pour une démocratie et pour obtenir un développement économique équilibré. Evidemment, on me dira que la justice française ne traite pas les pauvres de la même manière que les riches, et que le capitalisme écrase ou fabrique les pauvres au bénéfice des riches. Le capitalisme est une construction à l'usage des riches, au détriment des pauvres. Mais le capitalisme a aussi réussi à constuire une classe moyennement riche, moyennement heureuse, dans le monde occidental. Tout le débat est résumé ici. Cette classe moyenne est-elle une aberration du système, une anomalie historique en voie de disparition, ou bien est-ce un élément normal, amené à se développer dans toutes les économies en voie de développement, la norme du capitalisme.

Si c'est le cas, il est important de mettre en oeuvre une justice indépendante, impartiale et mesurée. Sinon, on peut peut-être envisager de criminaliser la richesse des millionnaires partout dans le monde.


Réflexion deux (10 août 2006)
Capitalisme et philosophie chinoise


Le propre de la pensée chinoise, par opposition à la pensée occidentale, est de considérer la réalité comme une donnée objective, vis-à-vis de laquelle l’homme ne dispose que d’une seule option : s’adapter. Par opposition, la pensée occidentale croit en la possibilité de la révolution, de la modification fondamentale de la réalité, afin de la faire ressembler à ce que l’homme souhaite.

Il est drôle dans ce contexte de se rappeler que la Chine vécut malgré tout une révolution marxiste léniniste de grande ampleur. Il est également drôle de se rappeler le concept de révolution culturelle mis ensuite en avant par Mao Tsé Toung pour conserver le contrôle du parti communiste.

Mais cela explique peut-être le processus actuel de libéralisation rampante de la société communiste chinoise, sans révolution ni remise en cause des dogmes marxistes et maoïstes sur lesquels la Chine continue de reposer. Cela peut ainsi éclairer l’apparente chizophrénie du pouvoir communiste chinois parfois diagnostiquée par des observateurs étrangers.

L’âme ou la pensée chinoise ne pense pas la révolution comme un moyen honorable d’atteindre un but. Ce qui compte n’est pas tant l’atteinte du but fixé mais le chemin utilisé pour y parvenir. D’où l’impressionnante patience de ce peuple pluri-millénaire, pour nos yeux d’occidentaux pressés. Et au fil du chemin apparaissent parfois d’autres possibilités, qu’un esprit pressé d’atteindre son but, quels que soient les moyens utilisés, n’aurait pas envisagé.

La Chine va peut-être réussir ainsi à conjuguer libéralisme et communisme d’une manière harmonieuse. Elle obtient déjà une croissance économique exceptionnelle, de l’ordre de 10% par an. Mais la croissance est-elle une bonne mesure de la réussite économique et sociale d’un pays ? A côté de cette croissance effrénée, des centaines de millions de chinois vivent dans des conditions de misère insupportable, certain(e)s étant enfermé(e)s (parqués) dans des ateliers (usines/prisons) de fabrication.

La Chine, sans révolution, marche à pas forcé vers un capitalisme sans âme, sans protection sociale, ce capitalisme que notre occident a connu au cours du dix-neuvième siècle, à une époque également où nos sociétés bénéficiaient de taux de croissance économique très élevés (accompagnés cependant de violentes récessions économiques). Et c’est la principale différence entre nos deux époques, le fait que la Chine puisse aujourd’hui bénéficier de nos connaissances techniques et financières, auprès de nos firmes multinationales, connaissances que nous avons apprises au prix de tant d’erreurs et d’accidents (dont la crise économique de 1929). Et ce sont ces connaissances qui lui permettent de connaître une telle expansion économique pratiquement inarrêtée, sans récessions et faillites bancaires en cascade.

Le rattrapage de développement que l’Occident appelait de ses voeux existe donc effectivement, malgré les échecs répétés enregistrés en Afrique. La Chine en est un bon exemple, tout comme Taïwan auparavant, Singapour ou bien l’Inde.

Oublier le concept de révolution et de grand soir des travailleurs. A la place, tenter d’appréhender l’économie et la mondialisation des échanges comme des réalités indépassables, les comprendre et envisager les possibles adaptations des gens, des groupes et des structures pour en améliorer le fonctionnement et la distribution des richesses.


Réflexion une (1er mai 2006)
Délocalisations et contrefaçons


Des français rentrant de vacances à l’étranger sont régulièrement condamnés par les douanes françaises pour détention de produits dits de contrefaçon, achetés à moindre coût sur leur lieu de vacances. Que faut-il en penser ?

Prenons le cas des produits textiles (Lacoste, Ralph Loren) qui représentent une forte proportion des prises des douanes, il me semble utile de réfléchir aux raisons expliquant la production de produits presque conformes aux originaux dans certains pays en développement. Il y a plusieurs dizaines d’années, ces sociétés ont eu à choisir entre maintenir leur production en France, ou bien délocaliser (ou sous-traiter) cette production à des pays à faible coût de main d’œuvre (Maurice, Asie de Sud Est). En choisissant pour des raisons économiques de délocaliser leur production pour réaliser de plus grands profits, elles ont également été obligées de transférer leurs secrets de fabrication à leurs nouveaux fabricants.

N’est-il pas aberrant aujourd’hui d’entendre ces mêmes sociétés se plaindre d’être copiées à moindre coût, et de voir les douanes françaises les protéger en faisant la chasse aux touristes et aux produits de contrefaçons ? Si ces sociétés ne voulaient pas être copiées, peut-être n’aurait-il pas fallu qu’elles délocalisent en transférant leurs secrets de fabrication, mais qu’elles conservent leurs usines et leurs salariés en France. N’appelle-t-on pas cela vouloir gagner sur tous les plateaux ? Ou avoir le beurre, l’argent du beurre, et l’estime de la crémière ?

Cela ne concerne pas seulement les grandes marques d’habillement. NIKE ne produit pas ces chaussures de sport elle-même, mais les sous-traite en Asie du Sud Est pour un coût de production de 10 dollars, pour les revendre après avoir apposé sa griffe plus de 100 dollars. La différence ? Les salaires des dirigeants, des quelques employés qui restent dans la société, et les publicités et contrats de sponsoring pour nous conforter dans notre achat. Mais cela concerne également les jouets, et jusqu’aux pneumatiques.

Selon le dictionnaire, la définition du terme ‘contrefaçon’ est : « imitation ou reproduction frauduleuse de l’œuvre d’autrui ». L’usage de ce terme par les douanes françaises est-il conforme ? Je ne le pense pas parce que ce sont souvent les mêmes fabricants qui alimentent le marché local à bas coût et en même temps produisent comme sous-traitants pour les grandes marques occidentales. Et même dans le cas où il s’agit d’un ancien sous-traitant remercié (pour cause de nouvelle délocalisation vers un pays à plus faible coût de main d’œuvre), il ne s’agit toujours pas de contrefaçons puisqu’il ne s’agit toujours pas d’imitations.

Il est donc regrettable que le gouvernement nous tienne un discours moralisateur sur les pertes causées par la contrefaçon aux industries françaises, et que les douanes françaises se transforment en bras armés du capitalisme français délocalisateur. Ils seraient peut-être plus utiles à protéger les citoyens français des exportations d’emplois et des délocalisations.


Saucratès



24/11/2010
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