Critiques de notre temps

Critiques de notre temps

De la crise financière (15)

Réflexion quatre-vingt-dix-huit (2 novembre 2011)
La place du peuple en économie

 

En fin de semaine dernière, l'hyper président de la République française claironnait dans les médias que l'Europe et le monde entier étaient sauvés grâce à l'accord européen de sauvetage de la zone euro obtenu de haute lutte. En filigrane, il fallait également entendre que cela avait été obtenu grâce à lui. Les bourses européennes euphoriques saluaient l'accord par une envolée des indices.

 

S'il y a une chose que cette deuxième crise financière m'aura appris, c'est que les euphories boursières sont de courtes durées, et qu'elles sont suivies immédiatement de nouveaux accès de défiance entraînant les indices toujours plus bas. En entendant Nicolas Sarkozy claironnait et en voyant l'envolée des bourses, je savais d'avance que la semaine suivante enregistrerait de nouvelles mauvaises nouvelles qui doucheraient l'enthousiasme des marchés. Parfois, il ne se passe rien mais les marchés doutent de leur enthousiasme et ils corrigent tout aussi violamment.

 

Il me semble ainsi difficile de m'en prendre au gouvernement grec pour le nouvel accès de doute des marchés à l'égard de l'euro ; les responsables de cette imbécilité sont plutôt ceux qui ont pavoisé de manière anticipée sur le sauvetage de la zone euro et du monde entier ! Le discours de Nicolas Sarkozy posait même un problème plus profond par ses commentaires sur la Grèce (qui n'aurait pas dû rejoindre la zone euro initialement selon lui) ou sur l'Italie (le gouvernement italien l'accuse actuellement d'avoir amplifié la spéculation sur la dette italienne).

 

Par ailleurs, il faut noter que les évolutions des indices des places boursières internationales sont l'un des principaux indicateurs de la crise financière, avec les spreads de crédit sur les dettes publiques des principaux états, scrutés à la loupe par les intervenants, et le coût des CDS (credits default swap) sur les signatures des principaux états ... Mais en même temps, ces indicateurs n'ont pratiquement aucune influence directe sur l'économie réelle, qui dépend de l'activité économique, de l'état de l'emploi salarié, des finances publiques ...

 

L'évolution des spreads de crédit influe simplement sur le coût de la dette publique (le delta d'augmentation) et donc marginalement sur la charge de la dette ... L'évolution des CDS ne concerne que les spéculateurs et les banques qui les émettent ... Il est amusant de noter la faillite du courtier américain MF Global Holding pour avoir spéculé sur les CDS sur la dette européenne ... Le bilan de MF Global Holding s'élevait à 41 millirds de dollars, soit le dixième de Lehman Brothers.

 

Enfin, l'évolution des indices boursiers n'influe qu'accessoirement sur l'économie réelle, par un effet 'richesse' pour les investisseurs, par son influence marginale sur les résultats des banques (essentiellement par la hausse ou la baisse des revenus des activités de fusion-acquisition), par la facilité ou la difficulté pour les entreprises à se financer en s'introduisant en bourse ou en procédant à des augmentations de capital (mais les marchés boursiers ne jouent pas leur rôle de financement de l'économie en France), et enfin par un effet de contagion sur le moral des consommateurs et des industriels ...

 

On se focalise ainsi sur des variations aberrantes d'indicateurs qui ne mesurent en fait pratiquement rien, et surtout pas l'évolution de l'économie réelle. Mais ces variations rythment néanmoins le sentiment que l'on a de l'urgence de la crise, et les décisions politiques de nos dirigeants. Que les bourses s'envolent après une décision et nos hommes politiques se congratulent et expliquent avoir sauvé le monde entier. Que les bourses s'écroulent et de nouvelles mesures sont prises ou des états convoqués !

 

Après avoir dit tout cela, que faut-il penser du référendum proposé aux électeurs grecs ? Il me semble d'abord important que le peuple grec puisse se prononcer sur le plan de sauvetage de leur pays, même si, au fond, il est très probable que le peuple grec rejettera ce plan de sauvetage et se placera dans une situation catastrophique qui le conduira peut-être à devoir quitter la zone euro. Face à un peuple et à des syndicats apparemment majoritairement opposés aux réformes fiscales imposées par ce plan de sauvetage, recourir au référendum pour donner le choix aux électeurs grecs est la seule solution possible. Il ne sert à rien de sauver un peuple qui ne souhaite pas être sauvé, ou bien qui veut prendre un autre chemin pour cela. Il est par contre imbécile pour les contestataires grecs de critiquer le choix gouvernemental du référendum qui les obligera à prendre position : pour ou contre l'euro et une discipline budgétaire ... Il est tellement plus simple de tout critiquer et de rejeter la faute sur les autres : le gouvernement, les européens ... Parce que malgré tout, le peuple grec a une responsabilité dans la crise de la dette qui les touche en premier lieu : celle d'avoir entretenu une économie informelle de pots de vin et d'avoir tenté d'échapper à l'impôt le plus longtemps possible ...

 

Les réactions des autres capitales européennes à la décision du gouvernement grec de proposer un projet de référendum populaire posent le problème de la place laissée aux peuples dans les démocraties européennes. Nos dirigeants font comme si les peuples étaient trop bêtes, incapables de prendre des décisions censées et courageuses pour le bien commun, et si seuls des hommes politiques éclairés (comme notre hyper-président) étaient à même de décider pour nous ... En même temps, comment leur donner tord puisqu'en France, les quelques référendums sur l'Europe ont toujours donné des résultats difficiles ou ont été rejetés ; le traité de Maastricht instituant l'euro n'étant passé que d'extrême justesse ...

 

Le sort de la Grèce et de ce projet de référendum paraît ainsi actuellement bien opaque et conduira peut-être à la sortie de la Grèce de la zone euro, avec pour conséquence des années de misère qui risquent d'attendre les grecs en cas de sortie de l'euro (mais ils peuvent aussi faire défaut sur leur dette et rester dans l'euro) ... La crise de la zone euro, contrairement à ce dont certains se vantaient, n'est pas non plus terminée ... Mais il fallait être un indécrottable vantard pour croire qu'un énième accord européen allait apporter une réponse définitive à la crise des dettes publiques européennes ! Au fond, rien n'a changé. Les bourses européennes ont corrigé en début de semaine les excès d'optimisme de la fin de semaine précédente ... Les quelques centaines de milliards d'euros supplémentaires envisagés pour le FESF ne sont pas très différents des méga-plans de relance se comptant également en centaines de milliards de dollars mis en oeuvre par de nombreux états pour relancer leur économie ... Plans qui à chaque fois, ont été considérés comme indispensables puis ensuite jugés insuffisants ...

 

 

Réflexion quatre-vingt-dix-sept (25 octobre 2011)
Le triple A français

 

L'agence anglo-saxone Moody's Rating a mis sous surveillance la perspective de la note de la dette française, aujourd'hui classée triple A. Elle s'est donnée trois mois pour évaluer la perspective de cette note.

 

Pour certains, il s'agit d'une hérésie. Pour d'autres, ce n'est pas si étonnant. Dans les faits, l'agence Moody's est sensée évaluer la perspective que la France fasse défaut sur le remboursement de sa dette publique. Quelle est la probabilité que le Trésor français ne rembourse pas la dette qu'il a contracté sur les marchés, ou dévalue sa dette ? Il en allait de même pour l'abaissement de la note des Etats-Unis par l'agence de notation internationale anglo-saxone Standard & Poor's.

 

La question est de savoir si les agences de notation outrepassent ou non leur rôle d'information des marchés et des emprunteurs. L'agence chinoise de notation Dagong avait déjà attribué à la France et aux Etats-Unis une note très inférieure au triple A, attribuant même à la Chine une note bien supérieure. Mais il ne s'agissait que de l'agence officielle chinoise, dont l'indépendance politique du pouvoir chinois n'existe pas. Cela n'empêche d'ailleurs même pas que les milliers de milliards de réserves de change chinoises soient placées majoritairement en bons du Trésor américain, ce qu'un état ne ferait pas s'il avait une telle crainte dans un emprunteur.

 

Peut-on raisonnablement s'interroger sur la probabilité que la France fasse défaut sur sa dette ? C'est bien là le problème. Le risque politique est le même que pour tous les états de la planète, ni plus ni moins. Moody's et les autres agences de notation ne font que transcrire, relayer, les interrogations des marchés qui se réflètent dans ce que l'on appelle la prime de risque demandée par les emprunteurs pour acheter de la dette française. Le spread de crédit entre le taux du bund allemand et celui de l'OAT française a très fortement progressé sur les derniers mois, atteingnant 70 points de base en septembre et près de 150 points de base ces dernières semaines. Il faut se rappeler que ce spread de crédit était l'indicateur privilégié il y a deux décennies et qu'il était surveillé comme le lait sur le feu.

 

En même temps, ce n'est pas tant que les taux français se soient fortement renchéris mais plutôt que les taux à long terme allemand soient descendus à des niveaux inusités, grâce vraisemblablement à une politique budgétaire plus restrictive, et une demande importante des emprunteurs.

 

Je ne partage pas un certain nombre d'analyses pessimistes sur ce qui se passe aujourd'hui. Premièrement, il est amusant de constater une nouvelle fois les réactions politiques, cette fois en France, qui découvrent le danger de la notation par des agences privées (ou publiques ccomme Dagong). Certaines propositions politiques parlent d'interdire la notation des états en difficulté. Plus largement, je pense qu'il faut interdire toute notation de la dette d'un état, la seule notation possible étant comme celle de la Coface, sur les risques sociaux et politiques associés à un état. Il faudrait criminaliser la notation des dettes publiques, de telle sorte que l'on puisse également interdire que de telles notes circulent de manière souterraine. C'est la première action à prendre pour retrouver une indépendance des états vis-à-vis des marchés.

 

Certains disent que casser le thermomètre ne mettra pas fin à la fièvre. Mais ce n'est pas le cas. Les agences de notation ne sont pas des thermomètres mais des agents pathogènes qui accentuent les fièvres de leurs malades et participent à une forme de curée des spéculateurs à l'encontre des états occidentaux.

 

Deuxièmement, il me semble que l'on arrive aujourd'hui plus largement au bout d'un processus financier démarré avec la théorie monétariste inventée par Milton Friedman et mis en application dans le monde entier grâce à la libéralisation des marchés financiers et l'homogénéisation au niveau international des flux de capitaux. Les marchés financiers financiers sont globalisés, circulent librement d'une place financière à l'autre, et de gigantesques établissements financiers ou de gignatesques banques gèrent ces flux et arbitrent continuellement d'une place à l'autre et d'un produit à l'autre. S'agit-il de déglobaliser le monde comme certains partis politiques le défendent ? Inventer une nouvelle théorie monétaire et financière pour expliquer ce qui se passe et comment en sortir ? En tout cas, on s'aperçoit bien en France aujourd'hui que le système de financement libéralisé mis en place dans les années 1986-1987 atteint ses limites et qu'il ne permettra bientôt plus de répondre aux difficultés de la commercialisation de la dette publique française.

 

Le chaos financier déclenché par la crise des crédits subprimes américains et par l'amoncellement des dettes privées et publiques doit nous conduire à interroger la doxa libérale et monétariste. Il faut construire une nouvelle théorie économique qui puisse expliquer le monde et préparer le futur. Quelle architecture financière permettra d'expliquer et de nous sortir de cette crise, et permettra également de trouver les financements gigantesques nécessaires pour les investissements de demain en matière de protection de l'environnement et de lutte contre le réchauffement climatique ?

 

C'est l'enjeu actuel de la finance et de l'économie, bien au-delà du débat sur le triple A français. Cette réflexion dépasse largement le cadre de la déglobalisation et d'un protectionnisme larvé, qui ont été je le crains la mauvaise réponse apportée à une précédente crise financière ayant conduit à une guerre mondiale.

 

 

Réflexion quatre-vingt-seize (12 septembre 2011)
Nouvel affolement sur les marchés boursiers européens dans une cacophonie européenne

 

Depuis le mois d'août, les marchés boursiers mondiaux dévissent sans réussir à se redresser ... L'affolement est reparti sur les marchés depuis la fin de la semaine dernière, avec des craintes de faillite de la Grèce et une contagion aux banques européennes et tout particulièrement françaises ... Les cours de bourse des principales banques françaises ont ainsi ouvertes en baisse de 10% ce lundi matin, alors que rien ne semble capable de rassurer les intervenants sur les marchés financiers.

 

Ce qui semble le plus incroyable, c'est la cacophonie existant entre les hommes politiques de tout pays. D'un côté, aujourd'hui, en Allemagne, certains envisagent une faillite de la Grèce et parle de son exclusion de la zone euro ... D'un autre côté, en France, certains ministres démentent l'idée de nationaliser les banques françaises pour rassurer sur leur niveau de fonds propres ... ce qui risque d'accentuer les pressions sur les cours de ces mêmes banques ... Le PDG de la Société Générale explique que la dégradation de la note de sa banque est déjà  intégrée dans ses cours, alors que la notation de la SG n'est pas encore dégradée ... Il devient presque difficile de croire que cette dégradation des bourses n'est pas souhaitée par les pouvoirs publics européens ...

 

Les explications avancées par les uns et les autres sur ce recul des bourses laissent songeur. Evidemment, en tout premier lieu, les marchés sont inquiets de la situation grecque et des risques de faillite de cet état. Par voie de conséquence, les marchés sont également inquiets de la situation des banques européennes, qui pourraient subir des pertes importantes dans le cas d'une faillite de l'état grec. Au-delà de la Grèce, c'est l'endettement important, certains diraient démesuré, de la majeure partie des états occidentaux, Etats-Unis en premier lieu, qui crée un état d'inquiétude sur les marchés financiers. Et le ralentissement anticipé de l'activité économique aux Etats-Unis et en Europe vient encore accentuer les craintes des marchés ...

 

Mais les intervenants sur les marchés financiers ont des positions dogmatiques et politiquement partisanes ; difficile après cela de ne pas parler d'une sorte de complot libéral ... même si celui-ci n'est pas formalisé, qu'il ne fait que reprendre les idées présentes sur les marchés ... Ainsi l'éditorial de Marc Touati, directeur général d’Assya Compagnie Financière, publié par Boursorama.

http://www.boursorama.com/votreinvite/interview.phtml?num=04d799a2a8c4b42173d2500d57e47be4

 

Ce n'est pas son analyse du jeu des montagnes russes auquel les bourses ressemblent qui posent problème ; son analyse à ce niveau semble parfaitement cohérente avec la réalité des marchés. Ce qui pose problème, c'est le racourci de son analyse des enjeux des élections présidentielles françaises et américaines.  Ainsi, pour les élections présidentielles françaises : «Il s’agira principalement de savoir si la France opte pour une stratégie à l’allemande de baisse sérieuse et crédible des déficits publics, ou bien si elle choisit, comme d’habitude depuis plus de vingt ans, celle de l’augmentation des dépenses publiques». Même si a priori, on comprend son analyse comme un choix entre la droite et la gauche même s'il ne le dit pas, au fond son approche n'est pas particulièrement biaisée.

 

Par contre, s'agissant des élections présidentielles américaines, son analyse est sans contexte totalement partisane : «Nous saurons alors si l’Oncle Sam reste englué dans la croissance molle des années Obama ou alors s’il retrouve son dynamisme des années 1995-2000». Il trace un parallèle entre les choix politiques des électeurs et l'activité économique outre-atlantique, comme si un homme pouvait tout changer ... Comme si les républicains avaient la moindre responsabilité dans la reprise des années 1995-2000, qui correspondaient pour mémoire aux années de présidence de Bill Clinton, et non à celles de Georges W. Bush.

 

Dans une autre veine, je voudrais citer une analyse particulièrement partisane de Marc Roche, journaliste et écrivain, pour lequel le responsable des désordres financiers actuels est ce qu'il appelle le «capitalisme de l'ombre» ou le capitalisme échappant à toute réglementation ...
http://www.boursorama.com/votreinvite/interview.phtml?num=e528d2057e8ba23a97f293bbe79773a6

Selon lui, il n'y a pas de responsables à la crise financière qui nous frappe, ni les hedge-funds qui agissent en meute, ni les agences de notation internationales, même si celles-ci se sont lancées dans une course folle à la dégradation des emprunteurs les plus fragiles pour tenter de se refaire une virginité ... Ce qu'il dénonce par contre, c'est la connivence entre les politiques et le monde de la finance ... le fait par exemple de confier à Mario Draghi, ancien banquier de Goldman Sachs, le rôle de gouverneur de la BCE en remplacement de Jean-Claude Trichet ...

 

Enfin, il faut parler de la croisade menée désormais par quelques banquiers anglo-saxons contre la réglmementation de Bâle III et qui l'attaquent en considérant que leur imposer des fonds propres plus élevés est contraire à la constitution américaine ... Et on peut être certain que ce qui peut nous paraître abscon aujourd'hui deviendra un nouveau crédo américain relayé par les futurs candidats républicains, avant que ces arguments ne soient acceptés par tous outre-atlantiques ... Alors que les banques américaines ont coulé du fait de leur rapacité l'ensemble de leur économie, causé une crise financière mondiale, jeté des millions de travailleurs au chômage et exproprié des dizaines de millions d'américains, les grands banquiers parlent de nécessité de libéraliser les banques, de ne surtout pas légiférer, de ne pas accroître les fonds propres des banques ? Cela paraît irréel. Il eusse fallu les pendre haut-et-court, ces banquiers, pour échapper à cette idéologie de la rapacité qui a envahi le monde économique ...

http://www.lemonde.fr/economie/article/2011/09/12/le-patron-de-jpmorgan-chase-contre-les-nouvelles-normes-bancaires-internationales_1570841_3234.html

 

 

Réflexion quatre-vingt-quinze (9 août 2011)
A contrario de Standard & Poor's, l'agence Moody's confirme la note Aaa des Etats-Unis en explicitant ses raisons pour faire confiance à l'économie des Etats-Unis ... comme quoi on peut malgré tout avoir des surprises même de la part des agences de notation internationales ...

 

Alors que les principales places financières se sont écroulées hier lundi (-4,68% pour le CAC 40 à Paris et -5,55% pour le Dow Jones à New York sans compter -6,90% pour le Nasdaq américain) et que les anticipations de baisse du CAC 40 ce mardi matin un peu plus d'une demi-heure  avant l'ouverture s'élève à -2,20%, l'agence Moody's explicite les raisons qui la conduise à maintenir la meilleure notation possible (Aaa selon son échelle) à la dette des Etats-Unis.

http://www.boursorama.com/infos/actualites/detail_actu_marches.phtml?num=7bd730411a78dabdd215d949adb004dd

http://www.boursorama.com/international/detail_actu_intern.phtml?num=c84b0d1fa4b31971b06eef0334454c3b

 

Toutefois, signe de la cacophonie qui règne au niveau politique européen, c'est le moment choisi par le ministre néerlandais des finances Jan Kees de Jager pour constester et s'alarmer des risques que ferait courir une réévaluation significative éventuelle du FESF (fonds européen de stabilité financière) sur la solvabilité des Etats membres garants ... 

http://www.boursorama.com/infos/actualites/detail_actu_marches.phtml?num=f0225a7783b9c36098a724330fa8973e

 

Ne pas oublier enfin qu'il y a exactement quatre ans, au début du mois d'août 2007, la crise des crédits subprimes américains explosait et que les bourses mondiales commençaient à dévisser ... Un quatrième anniversaire qui démarre en fanfare ...

 

 

Réflexion quatre-vingt-quatorze (7 août 2011)
La dégradation par Standard & Poor's de la notation américaine ... Ou de la nécessité d'agir implacablement contre les agences de notation occidentales pour enfin les contrôler et les soumettre à une autorité internationale ...

 

Après s'être attaqué aux notations des états irlandais, grecs, portugais et espagnols, Standard & Poor's (suivi probablement par les autres agences de notation) s'attaque désormais à la notation des Etats-Unis. Ceux-ci viennent de voir leur note être rétrogradée de AAA à AA. Pourtant, la justification de la dégradation de cette notation se basait sur des chiffres faux. La Chine, principal créancier des Etats-Unis, a demandé que les Etats-Unis diminuent leur train de vie. Elle rappelle que l'agence de notation chinoise Dagong avait déjà dégradée la note de l'état américain la semaine dernière ... Pour mémoire, les Etats-Unis n'étaient pas cotés AAA par Dagong mais A+ (dégradée en A), comme de nombreux autres états occidentaux, notamment la France ...

http://www.lemonde.fr/economie/article/2011/08/07/l-administration-obama-passe-a-l-offensive-contre-standard-poor-s_1557085_3234.html#ens_id=1216746

http://www.boursorama.com/international/detail_actu_intern.phtml?num=c395a685af3a042902e0b10a35293291

http://www.boursorama.com/infos/actualites/detail_actu_marches.phtml?num=391f89dc62dd657a175a4a585aef3576

http://www.boursorama.com/infos/actualites/detail_actu_marches.phtml?num=caf74e1755048468ad5cf4127e965e69

http://www.medias-france-libre.fr/chroniques/8-infomations-diverses/1563-dagong-baisse-note-credit-usa

 

Comment vont réagir les bourses la semaine prochaine, en sachant déjà que celle d'Israël, ouverte ce dimanche, a été suspendue après avoir baissé de 6% à l'ouverture ... Et comment vont réagir les autres agences de notation internationales Fitch et Moody's qui maintenaient pour l'instant la note des Etats-Unis ont leur maximum (également AAA pour Moody's) ? Comment va s'y prendre Moody's notamment pour dégrader la notation américaine en sachant qu'elle venait de maintenir la note AAA suite à l'accord sur le relèvement du plancher de la dette américaine avec néanmoins l'attribution d'une perspective négative à 12-18 mois ... Si Standard & Poor's ne rétablit pas la note américaine en sanctionnant l'analyste qui s'est trompé, les deux autres agences vont se saisir de n'importe quel prétexte pour dégrader à leur tour la note des Etats-Unis ...

 

Comme je l'évoquais la précédente fois, Standard & Poor's, Moody's et Fitch Rating semblent participer à une campagne de déstabilisation des marchés financiers internationaux, soit dans un but capitaliste de recherche d'un profit, d'un enrichissement pour profiter de la débâcle, soit dans un but terroriste ... Il serait temps que les Etats occidentaux sanctionnent ces trois sociétés de notation pour mettre fin à leur entreprise de démolition de la finance mondiale et des réglementations étatiques ...

 

Ce que ces trois agences agences font ressemble certes beaucoup au fait de scier la branche sur laquelle elles sont assises ... Mais bizarrement, elles s'attaquent seulement aux deux groupes qui veulent légiférer et contrôler le secteur financier américain, européen et mondial ... Les Etats-Unis et la Fed, la zone Euro et la BCE ... De là à penser que ces agressions s'inscrivent dans un plan des marchés, de quelques grands établissements, de quelques grands financiers, pour faire mordre la poussière aux nouvelles réglementations des Etats, il n'y a qu'un pas à franchir ...

 

L'action de la Chine et de son agence de notation Dagong est beaucoup plus clair ... S'attaquer aux Etats-Unis avec leurs propres armes, l'argent et le crédit, avec un pouvoir suffisamment grand pour déstabiliser la finance mondiale ... Même si la Chine perdait les 1.200 milliards de dettes qu'elle détient, cela n'aurait vraisemblablement aucune importance en sachant que c'est la suprématie militaire et doctrinale qui est en jeu, pour un régime autoritaire aux abois face à la demande de démocratisation qui agite sa société civile ...

 

Que doivent faire les états occidentaux face à ce risque catastrophique qui se rapproche désormais imparablement ? Selon moi, il leur faut prendre des mesures drastiques contre la spéculation, en empêchant par exemple la possibilité de spéculer sur les CDS (credits default swaps), en taxant les opérations financières ... Mais également en sanctionnant les agences de notation en les internationalisant, en les fusionnant pour créer une agence internationale, et en interdisant la notation des états ...

 

Evidemment, s'attaquer aux agences de notation internationales aura l'effet inverse de celui qui est recherché ... Cela ne calmera pas les marchés. Casser un thermomètre, même s'il est à l'origine de la fièvre, n'a jamais calmé immédiatement la maladie ... Bien au contraire ... Mais à plus long terme, s'attaquer à l'impunité des agences de notation et moraliser leurs agissements ainsi que ceux du capitalisme aura forcément des effets bénéfiques ... Quelles raisons en effet d'autoriser la spéculation sur la dette des états ou sur leur probabilité de faire défaut si au final les Etats ne font jamais défaut ... La spéculation a le défaut majeur de créer les problèmes mêmes qu'elle crée ...

 

 

Réflexion quatre-vingt-treize (25 juillet 2011)
Une histoire de manipulation avant tout ?

 

Vendredi dernier (22 juillet 2011), c'est l'agence Fitch (propriété pour mémoire d'une société française, Fimalac, dont le dirigeant est le 'français' Marc Ladreit de Lacharrière) qui dégradait la notation de l'état grec en la plaçant en défaut partiel (ou plutôt qui envisageait de ...) en se basant sur la possibilité évoquée d'un accident de crédit. Aujourd'hui, lundi 25 juillet 2011, c'est l'agence de notation internationale Moody's qui dégrade la notation de l'état grec en la classant à un cran (Ca) des débiteurs en défaut de paiement (D). Pas de nouvelles ce lundi de la troisième agence de notation internationale (Standard & Poor's). Gageons qu'elle attendra les prochains jours pour rajouter une couche d'angoisse aux marchés financiers, comme si leur objectif était de couler le système (mais qui précisément : les états occidentaux, les banques, le système capitaliste dans son ensemble ?) ... Puis ce sera au tour de Fitch Rating de dégrader réellement la note de la Grèce en défaut partiel (puisqu'elle n'a fait pour l'instant qu'envisager de le faire ...) ...

http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/economie/20110722.OBS7490/l-agence-de-notation-fitch-veut-placer-la-grece-en-defaut-partiel.html

http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/economie/20110725.OBS7569/moody-s-abaisse-la-note-de-la-grece.html

 

Mais qu'auraient-elles à y gagner ? Les agences de notations seraient-elles investies par des terroristes islamistes, par des communistes soviétiques espérant le grand soir, par des extraterrestres aux visées invasives, ou plus simplement par des riches visant à s'enrichir encore plus dans le désordre mondial ?

 

Les révisions en cascade des notations des états européens les plus fragiles, la Grèce en premier lieu, mais également l'Espagne, le Portugal et l'Italie, s'appréhendent davantage comme une entreprise de manipulation et de déstabilisation de l'Europe et de la zone euro que comme la juste appréciation d'un risque. En l'espace de quelques mois, ces états du Sud de l'Europe ont vu leurs notations être révisées un nombre incalculable de fois, alors que le principe même de la notation par ces agences est justement leur stabilité ; les informations sur l'évolution de la notation, ce qu'ils appellent les perspectives, étant des informations à moyen terme, à quelques années ...

Les multiples révisions de notation des trois principales agences des derniers mois, révisions qu'elles ne font jamais en même temps, en laissant très souvent quelques jours à quelques semaines entre leurs annonces respectives, sont soit le résultat d'une incapacité notoire à apprécier et à noter des dettes publiques et les capacités des états à les rembourser, soit une entreprise criminelle de manipulation des bourses, des changes et des dettes, sur laquelle les états occidentaux devraient se pencher.

 

A quel jeu joue les agences de notation internationales ? ... Qu'il ne faudrait pas autoriser, je le rappelle, à attribuer des notes aux états ... Mais comme me le rappelait un collègue, quelqu'un un jour dans un quelconque ministère d'un état occidental, a eu la lumineuse idée de proposer de payer une agence de notation internationale pour obtenir une note pour une émission de dettes publiques ... pour exhiber la meilleure notation possible de ces agences ... Et très vraisemblablement, quelque haut fonctionnaire ou quelque homme politique grec a eu cette même idée et il a dû exhiber sa très bonne note en étant très fier de lui, sous les hourras de ses collègues, il y a quelques années ou décennies ... On en voit aujourd'hui le résultat !

 

Les agences de notation internationales ne sont pas des thermomètres. Elles sont, dans le cas des dettes publiques des états occidentaux, à l'origine même du problème que l'on observe, à l'origine des craintes qui agitent les marchés. A égalité avec les spéculateurs qui jouent sur les titres de dettes grecs, espagnols, portugais ou italiens, ou avec les CDS (credits defaults swaps) portant sur ces dettes ...

Manipulation également les informations financières que nous relaient les journalistes et les journaux d'informations financières sur l'envolée des taux des titres de dettes grecs, espagnols ou autres. Les taux de 8% à 9% affichés pour l'Espagne ou de 15% à 17% affichés pour la Grèce, qui donnent l'impression que les grecs et les espagnols font face à un coût de leur dette pharaonique, ne correspondent pas aux taux pratiqués pour l'émission de nouvelles dettes, mais simplement du marché de la revente de ces titres de dettes (le marché secondaire). En effet, un titre de dette publique bénéficie normalement d'un marché extrêmement liquide (par exemple les OAT -obligations assimilables du Trésor- en France) ; son cours étant fonction essentiellement, contrairement à une action (sans valeur intrinsèque), de son nominal, de sa probabilité de défaut (pratiquement nulle pour un état occidental), de son taux et du détachement de son coupon (l'intérêt versé). Le taux étant la principale variable agissant sur le cours des obligations d'état ; son cours réflétant la variation des taux d'intérêt demandés par le marché ...

Cette crise n'est-elle que manipulation ? Certainement ! Et également un effet des craintes irrationnelles des marchés financiers ...
 

 

Réflexion quatre-vingt-douze (17 juillet 2011)
L'euro résistera-t-il à cette crise ?

 

Cette question, tous les journaux se la posent depuis quelques semaines ! Ce week-end, on commence même à envisager un défaut partiel de paiement de l'état grec sur une partie de sa dette publique, ce qui serait une première pour un état de la zone euro et pour un état occidental. Pour mémoire, la dette publique de l'état grecque est estimée à 350 milliards d'euros, et un tel évènement conduirait les agences de notation internationales a octroyé une note DDD à la signature de l'état grec, avec un risque de domino sur l'ensemble des états de la zone euro, Allemagne exceptée ... puisque celle-ci a eu l'intelligence juste avant la crise financière de relever de deux points ces taux de TVA pour rétablir ses finances publiques (pour tous ceux qui l'ignore, la TVA est le meilleur prélèvement fiscal, extrêmement robuste en temps de crise économique même s'il est relativement injuste puisqu'il frappe indifféremment riches et pauvres à hauteur de leur consommation) et qu'elle représente toujours la plus forte économie de la zone euro.

 

La crise grecque a déjà touché l'Espagne et le Portugal ; elle gagne maintenant l'Italie qui est désormais aussi attaquée par la spéculation sur sa dette publique. Pour mémoire, la crise de la dette concernait initialement l'Irlande, mais bizarrement, on en entend plus parler, comme si, comme je le soupçonnais il y a longtemps, ce n'était pas tant les états les plus endettés qui étaient visés par cette crise, mais les états du Sud de l'Europe, considérés comme les moins sûrs, les plus fragiles, les plus dépensiers, les moins fiables. Et parmi ces états moins fiables, il y a également la France, moitié latine, moitié nordiste ...

La France elle-même est déjà touchée. L'euro semble avoir fini de nous protéger, mais personne ne l'évoque bizarrement ... Une mesure de l'impact de l'euro, une mesure pour la mise en oeuvre de l'euro, une mesure de son intérêt, reposait sur l'écart d'intérêt sur la dette publique française et allemande. Jusqu'à présent, l'écart d'intérêt, appelé 'spread de taux', était de quelques points ... Il atteint désormais près de 70 points de base : 2,694% pour le Bund allemand à 10 ans contre 3,368% pour l'OAT française ... Et signe que l'euro ne nous protège plus : le Gilt britannique s'inscrit à 3,076%, soit 30 points de base en dessous des taux français ...

http://www.boursorama.com/infos/actualites/detail_actu_marches.phtml?num=b8b50111352c1c66e8b2d93906bac7ae

http://www.boursorama.com/international/detail_actu_intern.phtml?num=560b54e5d0457d554d8be102682acb3f


L'euro pourra-t-il résister à cette crise de la dette qui pourrait s'étendre au cours des prochaines semaines ou prochains mois à plusieurs autres états méditérannéens de la zone euro ? Il n'y a pas de réponse simple à cette question lanscinante. Alors que la France a tout intérêt à défendre la préservation de la zone euro, puisqu'elle sera l'une des prochaines victimes de la spéculation financière, il n'en va pas de même de l'Allemagne qui ne sera jamais attaquée par la spéculation, en partie parce que ses finances publiques sont saines. Mais son commerce extérieur pâtirait cependant d'une disparition de l'euro.

 

La crise grecque risque d'empoisonner durablement le climat financier, même si une solution à court terme, pour quelques mois, est trouvé au cours des prochains jours, lors du sommet européen de cette fin de semaine. Toute solution durable du problème pour l'ensemble de la zone euro ne pourra passer que par l'émission de dettes européennes, financées par des recettes fiscales pan-européennes. Mais elle imposera aussi des finances publiques proches de l'équilibre pour les états y recourant, puisqu'il sera difficile d'autoriser un état de la zone euro à vivre durablement à crédit aux dépens des autres ... et donc des sacrifices douloureux pour les peuples grec, portugais, espagnol ou italien ... Cette solution est notamment défendu par les socialistes européens ...

http://www.boursorama.com/infos/actualites/detail_actu_marches.phtml?num=dceb06fc7110414e49ac1186e8fdc3c3

 

Mais comme l'exemple grec ou portugais nous le rappelle, les mesures d'austérité ont un effet récessif extrêmement important, un principe de cercle vicieux, qui aggrave le ralentissement économique et la dégradation des finances publiques par diminution des recettes fiscales. L'euro résistera-t-il à cette crise ? Je ne suis plus aussi optimiste que autrefois sur nos chances !


Saucratès
 

Mes autres écrits sur la crise financière :
1.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1985888-de_la_crise_financiere__1_.html
2.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1985907-de_la_crise_financiere__2_.html
3.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1986317-de_la_crise_financiere__3_.html
4.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1988042-de_la_crise_financiere__4_.html
5.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1988064-de_la_crise_financiere__5_.html
6.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1988067-de_la_crise_financiere__6_.html

7.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1991164-de_la_crise_financiere__7_.html

8.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1991178-de_la_crise_financiere__8_.html

9.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1992408-de_la_crise_financiere__9_.html

10.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1992422-de_la_crise_financiere__10_.html

11.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1992436-de_la_crise_financiere__11_.html

12.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1992440-de_la_crise_financiere__12_.html
13.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1992951-de_la_crise_financiere__13_.html

14.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1992974-de_la_crise_financiere__14_.html



17/07/2011
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