Critiques de notre temps

Critiques de notre temps

De la crise financière (13)

Réflexion quatre-vingt-cinq (5 mai 2010)
Le journal Le Monde n'a rien compris aux problèmes des agences de notation ...

Dans son éditorial du 4 mai 2010, qui attaque la proposition de la chancellière allemande de créer une agence de notation européenne pour accroître la concurrence sur ce marché ... «on ne voit guère comment la création d'une agence de notation européenne, surtout publique, comme le suggère la chancelière allemande Angela Merkel, aurait pu empêcher la crise grecque d'advenir. Au contraire. C'est bien d'avis totalement indépendants que les investisseurs qui gèrent l'épargne mondiale ont besoin» ... Le Journal Le Monde fait totalement fausse route.
http://www.lemonde.fr/opinions/article/2010/05/04/le-proces-trop-facile-des-agences-de-notation_1346298_3232.html

Je n'attaque évidemment pas uniquement ce seul paragraphe de l'éditorial du Monde. Ce n'est pas parce que les agences de notation internationale sont des messagers de mauvaises nouvelles qu'il est nécessaire de réformer leur fonctionnement et surtout de leur interdire de coter les états souverains. Ce n'est pas non plus en raison des dégradations (qui sont considérées comme humiliantes par les dirigeants politiques) de la notation des états européens opérées arbitrairement par ces agences Standard & Poor's, Moody's et Fitch !

Il faut réformer le fonctionnement des agences de notation internationales parce qu'elles ont le pouvoir ... et elles en usent en toute impunité devant nous ... de faire chanter l'ensemble des états souverains de la planète pour qu'on les laisse fonctionner sans aucun contrôle ... Ce qui se passe devant nous, sur la Grèce, l'Espagne et le Portugal, n'est peut-être rien d'autre qu'une gigantesque partie d'échecs dans laquelle les agences de notation internationales rappellent aux plus grands pays, les plus endettés, qu'un abaissement de notation peut ruiner leur économie en quelques heures, créant des besoins de refinancement insurmontables, une fuite des liquidités et un emballement de la crise financière et économique sans possibilité de réaction ... De façon à calmer toute véléité de réforme de leur fonctionnement de la part des états souverains ...

A moins d'arrêter les dirigeants de ces agences de notation et de les traduire en justice, tous les états de la planète sont aujourd'hui sous le contrôle absolu de ces bataillons d'analystes, de leurs dirigeants et de leurs actionnaires. Et la réforme du fonctionnement des agences de notation est loin d'être un procès trop facile ou sans raison comme semble le faire accroire l'éditorial du journal Le Monde ... Il s'agit d'une réforme indispensable ... A défaut une crise financière sans précédent nous guette.

Autre erreur du Monde, il n'existe pas d'«investisseurs qui gèrent l'épargne mondiale» ... Il n'existe que des spéculateurs et des investisseurs disposant de pouvoirs et de volumes de liquidité qui tentent d'obtenir la rémunération la plus élevée possible et les marges/bonus les plus élevées possibles pour leur propre compte, quelque soit les moyens utilisés et les conséquences possibles de leurs actions. Si cela s'accompagne du chômage de millions de salariés, cela n'a aucune importance pour ces gens-là. Si cela s'accompagne d'une crise financière poussant des millions de personnes dans la misère, cela n'a non plus aucune importance pour eux. Seul compte pour eux leur réussite personnelle ... C'est la main invisible d'Adam Smith poussée à son paroxysme, et manifestement, cela ne fonctionne plus du tout ... Les actions égoïstes individuelles venant entraver le fonctionnement collectif de l'économie mondiale ...

Il serait temps que Le Monde cesse de s'intéresser à l'économie et à la finance si ses éditorialistes n'y comprennent rien ! Réformer le fonctionnement de l'Union européenne ? Pourquoi pas. Mais on pourrait tout aussi bien réformer les peuples européens !

 

Réflexion quatre-vingt-quatre (4 mai 2010)
La crise grecque et la position allemande ...

La chancellière allemande semble avoir enfin compris que la crise grecque mettait en danger la totalité de la zone euro, en acceptant apparemment de contribuer à un plan d'aide européen pour aider la Grèce. En effet, la sortie de la Grèce de la zone euro aurait constitué un précédent catastrophique qui aurait permis au marché financier de spéculer sur la sortie ensuite de la majeure partie des autres états méditérannéens, France comprise, de la zone euro, pour ne plus laisser dans la zone euro que la seule Allemagne et ses états satellites. Car ce n'est pas véritablement la situation financière de l'état grec qui est attaqué, même si, comme la France, celui-ci présente un déficit public important qui imposait des mesures drastiques de redressement ... C'est avant tout la possibilité d'une sortie de la zone euro de la Grèce et du Portugal qui conduit à une spéculation effrénée contre ces états, spéculation amplifiée par les modifications de notation par les grandes agences de notation internationales.

Mais sur ce dernier sujet, la chancellière allemande n'a rien compris. En plaidant pour la création d'une agence de notation européenne, celle-ci fait totalement fausse route. L'Europe a déjà sa propre agence de notation, semble-t-elle oublier, parmi les trois principales agences de notation au monde. L'agence Fitch est en effet la propriété (à 60%) du groupe français Fimalac
, dirigé par le français Marc Ladreyt de Lacharrière (proche semblerait-il de Nicolas Sarkozy). Ce n'est pas d'une agence de notation européenne que la finance européenne ou mondiale a besoin ; agence de notation européenne dont on apprendra de toute façon dans quelques années qu'elle fusionnera avec l'une de ses consoeurs anglo-saxonnes pour le plus grand intérêt de ses actionnaires ... La finance mondiale a besoin d'une agence publique de notation internationale, qui serait seule habilitée à coter les emprunteurs publics ; les agences privées de notation étant autorisées à côter le reste des emprunteurs privés ... si ceux-ci veulent bien payer pour une cote qu'ils pourraient avoir presque gratuitement par cette agence publique ...
http://www.lemonde.fr/europe/article/2010/05/03/angela-merkel-plaide-pour-une-agence-de-notation-europeenne_1346095_3214.html
http://fr.wikipedia.org/wiki/Fimalac

Que la chancellière allemande n'ait pas encore compris la situation est terrible ; plus encore qu'elle ignore qu'il existe déjà une agence européenne de notation ... Il est également à noter que les états européens de la Méditérannée ne sont pas les seules cibles des agences de notation internationales ; le Japon mais également les Etats-Unis faisant partie des cibles des agences de notation internationales, demeurant à la merci d'un changement de notation  ...
http://www.boursier.com/vals/ALL/economie-fitch-menace-le-japon-news-380398.htm

Maintenant, il faut peut-être relativiser les opinions sur les sacrifices inhumains demandés aux grecs telles qu'elles sont retranscrites dans la presse internationale ... La plupart des mesures demandées aux contribuables ou aux fonctionnaires grecs ne sont pas invraisemblables ... Elles ne semblent concerner que les primes versées aux fonctionnaires, ainsi que les treizième et quatorzième mois, pour les salaires dépassant 3.000 euros ... Quant à la nouvelle hausse de la TVA prévue (qui porteront la hausse de la TVA grecque à 4 points depuis mars), l'Allemagne avait également dû y passer l'année précédente pour rééquilibrer ses comptes publics, et je doute que la France puisse également y échapper ... Le plus tôt serait le mieux ...
http://www.lemonde.fr/europe/article/2010/05/02/les-principales-mesures-du-plan-d-austerite-grec_1345619_3214.html
http://www.lemonde.fr/europe/article/2010/05/02/devant-leurs-televisions-les-grecs-decouvrent-un-futur-incertain_1345630_3214.html


 

Réflexion quatre-vingt-trois (30 avril 2010)
Quelle objectivité dans les crises financières en général et dans les craintes actuelles sur les dettes publiques ...

Hier mercredi 28 avril, c'était au tour de l'Espagne de voir sa notation être abaissée par Standard & Poor's, après que la veille, la même agence de notation est abaissée les notations de la Grèce et du Portugal, faisant plonger les marchés financiers occidentaux dans la déprime et dans la crainte. Conséquence, alors que les taux à court terme en zone euro s'établissent à moins de 1% actuellement, alors que les meilleures signatures publiques obtiennent de se refinancer à long terme à des taux proches de 3,50% à 15-20 ans, les taux de refinancement auxquels le gouvernement grec peut actuellement refinancer sa dette dépasse désormais 10% à 11% alors que la semaine précédente, les taux s'approchaient de 7% à 8% ...

Il serait peut-être faux d'y voir un signe de la toute-puissance des agences internationales de notation comme Standard & Poor's, Moody's ou Fitch. Il est difficile de déterminer si les abaissements de notation précèdent l'emballement du marché, ou si les agences ne font que suivre les craintes du marché.

Néanmoins, il n'y a absolument aucune objectivité dans ces craintes irrationnelles des marchés financiers sur le poids des dettes et sur les probabilités de défaut des états. Un papier très intéressant de Patrick Artus, économiste à Natexis, datant de novembre 2009, le prouve en chiffrant les dates de probabilité de faillite des principaux états dans le monde. Les dates indiquées correspondent au moment où ces états seront en situation de faillite virtuelle s'ils continuent de s'endetter au rythme enregistré entre 2006 et 2010 par Moody's. Cette situation de faillite virtuelle correspond à l'année où la charge d'intérêt lié au remboursement de la dette dépassera de 33% les ressources fiscales du pays concerné.

Le premier état à tomber en faillite serait l'Islande en 2011, le Pakistan en 2013, tandis que le premier état de la zone euro à être en situation de faillite virtuelle ne serait pas la Grèce, comme les évènements boursiers et financiers actuels pourraient le laisser penser, mais l'Irlande (2014). Bizarrement, l'Irlande n'est pourtant pas encore touchée par cette crise de la dette, alors qu'elle serait selon cette méthodologie développée par Patrick Artus, l'état le plus fragile de la zone euro. La Roumanie serait ensuite en situation de faillite virtuelle en 2017, la Malaisie en 2018 et la Grèce et la Pologne en 2019. L'Espagne serait en situation de faillite virtuelle en 2022. Les autres états européens concernés par une éventuelle faillite virtuelle (avec toutes les hypothèses existantes pour des évènements censés se produire dans plusieurs décennies, en terme d'évolution de PIB, de dettes et surtout de niveau de taux) seraient le Royaume-Uni en 2030, les Pays-Bas en 2040 (en même temps que les Etats-Unis ...), la France en 2044, le Portugal en 2067 et l'Allemagne en 2079. La Chine serait en situation de faillite virtuelle en 2055 et le Japon en 2076.

Les inquiétudes des agences de notation internationales, de même que l'emballement actuellement de la spéculation sur les marchés financiers concernant le Portugal, censé tomber en faillite virtuelle dans près de 60 ans, bien après la France et juste avant l'Allemagne, paraissent ainsi bien inobjectives.

L'appréciation des marchés financiers peut aussi être appréhendé à travers les spreads de taux longs appliqués aux diverses signatures étatiques européennes (par rapport à la meilleure signature en terme de taux longs qui concerne l'état allemand - taux long harmonisé de 3,10% en mars 2010 selon les sources de la BCE). Le croisement des spreads de taux long (en mars 2010, c'est-à-dire quelques semaines avant l'actuelle crise spéculative ayant touché la Grèce, ce qui explique que les taux longs mentionnés pour la Grèce ne soient que de 6,24%) et des dates de faillite virtuelle, décrivant l'état réel (ou hypothétique) des comptes publics de ces mêmes états, offre quelques enseignements surprenants :
http://www.fairness-finance.com/j/donnees-de-marche/taux-et-spreads.html
http://www.ecb.int/stats/money/long/html/index.en.html

Dans la zone euro :
- Irlande - spread de taux : 143 points - faillite virtuelle : 2014
- Grèce - spread de taux : 314 points - faillite virtuelle : 2019
- Espagne - spread de taux : 73 points - faillite virtuelle : 2022
- Pays-Bas - spread de taux : 27 points - faillite virtuelle : 2040
- France - spread de taux : 34 points - faillite virtuelle : 2044
- Portugal - spread de taux : 121 points - faillite virtuelle : 2067
- Allemagne - spread de taux : 0 point - faillite virtuelle : 2079

Hors zone euro :
- Roumanie - spread de taux : 401 points - faillite virtuelle : 2017
- Pologne - spread de taux : 262 points - faillite virtuelle : 2019
- Littuanie - spread de taux : 205 points - faillite virtuelle : 2023
- Lettonie - spread de taux : 744 points - faillite virtuelle : 2029
- Royaume-Uni - spread de taux : 88 points - faillite virtuelle : 2030
- République tchèque - spread de taux : 92 points - faillite virtuelle : 2033

Il apparaît ainsi que les appréciations des marchés financiers, des agences de notation internationale, ainsi que les mouvements de spéculation financière de ces mêmes marchés,
ne reposent réellement ou apparemment sur aucune base particulièrement solide, mais plutôt sur une simple psychologie des foules, consistant à attaquer les points faibles des organisations étatiques ou des entreprises qui sont en face d'eux. La faiblesse de la zone euro, ce sont les états méditérannéens du sud de l'Europe, ceux qu'une partie des états de la zone euro (Allemagne en tête) ne voulait pas voir intégrer la zone euro. Il n'est donc pas aberrant que les attaques spéculatives par les biais des taux d'intérêt et des risques de défaut touchent principalement la Grèce, le Portugal et l'Espagne, même si la réalité des risques de faillite pour ces états sont parfois meilleurs que d'autres états de la zone euro, sur laquelle le pari d'une sortie imposée de la zone euro ne serait pas viable.

L'exemple en zone euro des attaques portés contre le Portugal ou le fait que l'Irlande soit épargnée, le prouve suffisamment éloquemment. De même, hors de la zone euro, les différences de spreads de taux entre la Lettonie, le Royaume-Uni et la République tchèque, pourtant dans des situations de dettes relativement comparables, supposés tomber en faillite à des dates proches, sont également frappants.

Il n'existe ainsi pas de corrélations entre de réels risques de défaut sur la dette et l'appréciation qu'ont les marchés financiers de la qualité de signature d'un état. Il n'existe pas non plus de lien entre cette même qualité objective et les attaques spéculatives. La seule chose qui compte pour les marchés financiers, et qui peut conduire à des attaques spéculatives, c'est la probabilité de réussite d'une attaque contre un état, et apparemment en Europe, il apparaît fort probable pour les marchés financiers que les états méditérannéens sortent de la zone euro, et très peu probable que le même sort puisse être réservé à l'Irlande.

Il ne s'agit que de purs phénomènes spéculatifs, comme l'Europe en a déjà connu au cours de son histoire. La difficulté vient simplement des tensions inter-zone euro, et de la nécessité pour la Grèce d'avoir recours aux marchés financiers pour se refinancer.

Il est par contre beaucoup plus grave que les agences de notation internationale comme Standard & Poor's et Moody's jouent le même jeu dangereux et subjectifs que le marché, ou fournissent en carburant la spéculation financière. Il devient urgent de réformer leur fonctionnement et de leur supprimer le droit de noter la signature des états souverains !



Réflexion quatre-vingt-deux (28 avril 2010)
Dégradation boursière en cette fin de mois d'avril 2010 ...

Mardi 27 avril 2010, la bourse d'Athène clôture en baisse de -6%. Paris connaît sa pire séance de l'année 2010, perdant à la clôture -3,82%, sous la barre des 3 900 points. Lisbonne plonge de -5,36%, Madrid de -4,19%, Bruxelles de -3,34% et Milan de -3,28%. Francfort finit en baisse de -2,73%, tandis que Londres perd -2,61%. Le Dow Jones à New York perd -1,12% à la mi-journée, et le Nasdaq -1,40%.
http://www.lemonde.fr/europe/article/2010/04/27/les-bourses-europeennes-degringolent_1343640_3214.html
http://www.lemonde.fr/europe/article/2010/04/27/la-recession-grecque-pourrait-etre-plus-importante-que-prevu_1343214_3214.html

Ces mouvements boursiers ont une nouvelle fois pour origine des dégradations par les agences de notation internationale des notes des dettes des états grecs et portugais appartenant à la zone euro. Ces mouvements s'expliquent également par les interrogations des marchés financiers sur la dette obligataire de ces états européens, et plus largement, sur l'existence d'une possible crise obligataire qui concernerait alors l'ensemble des états occidentaux, et qui serait catastrophique pour l'ensemble des bourses mondiales.

Il est à noter que la seule réponse des syndicats grecs prend la forme d'une grève générale pour contester les plans d'austérité qui sont envisagés pour sortir la crise de la situation de quasi-banqueroute dans laquelle l'état grec est plongé (déficit budgétaire de 14% du PIB).
http://www.lemonde.fr/europe/article/2010/04/27/les-syndicats-grecs-appellent-a-la-greve-generale_1343570_3214.html

De nombreux mouvements syndicaux et politiques analysent la situation grecque comme le terrain d'essai de politiques libérales et anti-sociales susceptibles d'être généraliséses à l'ensemble des états européens. Cette vision révolutionnaire et anarchisante pose un problème terrible. C'est faire l'impasse sur le fait que les finances publiques grecques sont très gravement déséquilibrées, de même qu'en France ou ailleurs en Europe. Il est totalement invraisemblable de vouloir faire croire qu'un pays peut continuer à fonctionner avec un déséquilibre budgétaire d'une telle ampleur (un déficit de 14% du PIB implique que les recettes fiscales ne couvrent à peine qu'entre les deux tiers ou les trois quarts des dépenses publiques ... Ce que l'on appelle vivre à crédit.

La seule solution pour échapper à une telle crise serait de revenir à une situation budgétaire à peu près équilibrée. Mais il existe de très nombreuses solutions pour cela, qui ne présentent pas les mêmes conséquences ni n'offrent la même justice :
- un relèvement de l'imposition, notamment par la TVA (mesure la plus simple et la plus indolore à mettre en oeuvre, même si elle a le désavantage d'être inégalitaire puisqu'elle touche proportionnellement plus les faibles revenus que les hauts revenus), par la suppression des niches fiscales ou par un relèvement général des taux des tranches d'imposition (sur le revenu ou sur les bénéfices ... solution apparement particulièrement juste mais inégalitaire au sens où de nombreux ménages ou entreprises échappent à ces impôts et favorisent les comportements de triche)
- une remise en cause ou une limitation de certaines dépenses sociales (allocations familiales, Rmi, Cmu, retraites ...)
- un abaissement des salaires dans la fonction publique comme envisagé en Grèce (je ne défends pas cette position qui serait le début d'une spirale déflationniste)

A repousser le moment où de telles réformes seront prises, à repousser le choix politique d'augmenter les impôts pour tous, même pour les plus aisés, les gouvernements et les syndicats de salariés prennent le risque majeur d'y être contraints par la force des marchés. Car il faut comprendre qu'àaprès la Grèce, le Portugal et l'Espagne, ce sera au tour de l'Italie et de la France d'être frappées par la crise obligataire qui se profile. C'est pour cette raison que la sortie de la Grèce de la zone euro est une très dangereuse solution qui rencontre notamment l'opposition énergique de la France, car la Grèce sortie, la pression pour une sortie de tous les états du sud de l'Europe, France comprise, serait énorme. Et une zone euro restreinte à la seule Allemagne et ses états satellites aurait-elle encore un sens ?

Il faut rappeler que l'Allemagne, avant le déclenchement de la crise financière, avait relevé ses taux de TVA de deux points, lui permettant de redresser ses comptes publics. Cette dernière sort ainsi de la crise financière beaucoup moins fragilisée que les autres états européens, notamment la France ou les états du Sud de l'Europe. Il faut que le gouvernement français accepte de suivre cet exemple en augmentant les impôts pour équilibrer les déficits publics français. Tout attendre d'une baisse des dépenses publiques est illusoire et nous met à la merci des marchés financiers, actuellement occupés par la Grèce et le Portugal, mais il suffirait que Standard & Poor's dégrade également notre note pour que l'emballement des marchés financiers nous touche également ...

Comme si c'était le jeu du gouvernement français pour pouvoir mettre en oeuvre des politiques drastiques de réduction des dépenses publiques ... Mais la réponse n'est pas de s'abîmer dans la paranoïa communiste, anarchisante et anti-capitaliste ... La réponse est dans des réformes mesurées et limitées de baisse de certaines dépenses publiques et de relèvement des impôts afin que l'effort de redressement soit partagé par tous mais soit également le plus rentable et le plus sûr possible (d'où la nécessité d'un relèvement des taux de TVA dont l'impact sur la consommation sera limitée) ... tout cela afin de sauvegarder l'essentiel, qui est un service public de qualité, un état providence, et un système fiscal le plus juste possible ...



Réflexion quatre-vingt-un (30 mars 2010)
Les enjeux de la contestation croissante de la réforme de la finance internationale et notamment de Bâle III par les milieux financiers ...

On les avait oublié pendant la crise financière des années 2007-2009 ... La capacité de nuisance et de lobbying du patronat français et des dirigeants des grandes banques ... Les milieux patronaux et les patrons des grandes banques françaises ou étrangères étaient en effet trop occupés à se cacher pour ne pas attirer l'attention médiatique et populaire ... en effet, dans les années 1930, comme le rappelle la lecture des Raisins de la colère de Steinbeck, on pendit des banquiers de Wall Street au plus fort de la crise ... Ils étaient également trop occupés à tendre leur sébile pour obtenir l'aide des états pour renflouer le capital de leurs banques ... Et ils promirent alors tout ce que le public ruiné et mis au chômage voulaient leur voir imposer par la bouche des états ...

Mais en ce début d'année 2010, la situation a changé. Les grandes banques sont redevenues rentables (même si les faillites de nombreuses petites banques continuent aux Etats-Unis) et le spectre de la crise financière s'éloigne. Les états sont désormais eux-mêmes mis sur la sellette par les mêmes marchés financiers et les mêmes établissements financiers qu'ils avaient sauvé quelques trimestres auparavant ... Les grandes banques n'ont plus besoin de l'aide des états, qu'elles s'empressent de rembourser pour retrouver leur indépendance et rémunérer comme elles l'entendent leurs dirigeants et leurs traders ... Et elles trouvent enfin qu'il est temps de ne plus parler de cette crise financière qu'elles ont causé et de leur défaillance ...

C'est dans ce cadre qu'il faut comprendre les interventions convergentes des milieux patronaux français contre la réforme projetée de la réglementation bancaire dite Bâle III, ainsi que contre toute volonté d'imposition plus importante des résultats des banques et d'interférence dans leur modèle de rentabilité.
http://www.lexpansion.com/economie/actualite-entreprise/la-regulation-bancaire-de-bale-3-menace-l-economie-info-ou-intox_228901.html
http://www.agefi.fr/articles/Le-Medef-critique-consequences-Bale-3-Solvabilite-2-1129620.html
http://www.lepoint.fr/actualites-economie/2010-03-19/bnp-dit-que-bale-iii-coutera-6-points-de-croissance-a-l-europe/916/0/435393
http://www.lesechos.fr/info/finance/020425118741-les-banques-devront-se-refinancer-a-plus-long-terme-au-risque-de-mettre-en-peril-leur-activite.htm

Pour comprendre, il faut remonter dans le temps. En 1988, nous sommes au début du processus de libéralisation des marchés financiers. Les accords du comité de Bâle (dits Bâle I) mette en oeuvre une réglementation relativement contraignante de l'activité bancaire au niveau international, en imposant toute une série d'obligations en matière de fonds propres (le principal est le ratio Cooke, du nom du président du comité de Bâle de l'époque). En effet, jusqu'à présent, la majeure partie des banques dans le monde étaient réglementées par une politique monétaire d'encadrement du crédit, qui limitait les possibilités de croissance des crédits des banques. L'encadrement du crédit supprimé, il fallait enserrer l'activité des banques dans une nouvelle réglementation ... Il fut choisi d'imposer des normes de fonds propres en pourcentage de leur activité.

Les accords dits de Bâle II sont beaucoup plus récents. Ils datent de 2004. Ils sont le résultat du pouvoir de lobbying accru des grands établissements bancaires internationaux, apparemment indestructibles à cette époque et extrêmement rentables ... Ces établissements estiment que les exigences de fonds propres qui leur sont imposés par le ratio Cooke sont excessives. Dans cette réforme de Bâle I et dans le ratio McDonough (du nom toujours du nouveau président du comité de Bâle), les exigences en fonds propres imposées aux banques diminuent en fait malgré l'obligation qui leur faite de prendre en compte de nouveaux risques et de mettre en place de nouveaux systèmes de contrôle et de suivi des risques.

Mais Bâle II n'est même pas encore totalement en application que la crise financière éclate à l'été 2007, et il apparaît alors que les banques ont insuffisamment de fonds propres pour résister à une crise systémique de grande ampleur. Et Bâle II, qui permettait aux banques de libérer des fonds propres et d'accroître inconsidérément leur activité de financement, apparaît dès lors caduque avant même d'être entré en application.

D'où cette réflexion engagée cinq ans à peine après la conclusion des accords dits Bâle II sur leur révision et le renforcement des exigences en fonds propres qui veulent être imposés aux grandes banques ... Mais ces dernières ne sont désormais plus prêtes à se laisser faire et à laisser ponctionner leur sacro-sainte rentabilité ...

Quel est l'enjeu pour l'économie française et plus largement mondiale de ces réflexions sur le rôle des banques, sur le niveau d'imposition de leurs bénéfices, sur leur niveau de fonds propres ? Il ne faut pas oublier d'abord que pendant cette crise, l'aide que les états occidentaux ont dû apporter au système bancaire a réduit d'autant l'effort qui a pu être consenti en faveur des nécessiteux, des chômeurs et des exclus. Ce sont quelques centaines de millions d'euros qui ont été consentis en faveur des millions de chômeurs et d'exclus, et quelques centaines milliards d'euros qui ont été apportés à une poignée de grands établissements bancaires (pour que ces derniers continuent de verser des dizaines ou des centaines de millions d'euros de primes à leurs traders et à leurs dirigeants !!!) ...

Il ne faut pas que la crise terminée, ces grands établissements bancaires échappent à toute ponction fiscale sur leurs bénéfices colossaux. Il ne faut pas que la même mésaventure arrive de nouveau dans quelques années ou quelques décennies parce que le monde n'aura pas tiré des enseignements de cette crise financière. Les grandes banques doivent être imposées à la mesure des risques qu'elles font prendre à l'économie réelle. Il faut que leurs activités risquées soient compensées par un niveau de fonds propres adéquats. Il faut que leurs bénéfices abondent un fonds national ou international de soutien financier dont l'importance dans quelques décennies sera suffisant pour financer des plans de soutien au secteur financier se comptant en centaines de milliards de dollars ou d'euros ... comme cela a été nécessaire en 2007-2009 ...

Les états occidentaux ne doivent pas reculer devant les intérêts d'une poignée d'oligarques occidentaux et de leurs séides ... Les gouvernements ne doivent pas nous prouver que seul l'intérêt de quelques puissants compte à leurs yeux ... comme c'est malgré tout fort probable ...



Réflexion quatre-vingt (10 mars 2010)
Comme cela était prévisible, après la Grèce et le Portugal, c'est au tour de la France, de l'Angleterre et de l'Espagne d'être la cible des agences de notation internationales ...

C'était dans l'ordre de la logique. Quelques semaines après les interrogations des marchés financiers touchant les dettes publiques de la Grèce et du Portugal, l'agence Fitch, l'une des trois principales agences de notation internationales (les deux autres principales agences de notation internationales sont Standard & Poor's et Moody's), a mis en garde, mardi 9 mars, le Royaume-Uni, la France et l'Espagne (entre autres) sur le niveau de leurs dettes publiques, les menaçant d'un abaissement de leur notation (actuellement la plus élevée possible soit AAA) en l'absence d'adoption de programmes crédibles de rétablissement de leurs finances publiques.
http://www.lemonde.fr/economie/article/2010/03/09/l-agence-fitch-met-en-garde-le-royaume-uni-la-france-et-l-espagne_1316757_3234.html

Cette décision intervient quelques semaines après de fortes attaques spéculatives contre la monnaie européenne, et deux ans à peine après l'adoption de mesures géantes de soutien aux principaux établissements financiers occidentaux, après avoir été appelés au secours au chevet d'un système financier au bord de l'explosion. Fitch, comme Standard and Poor's, qui avait déjà abaissé la perspective de la dette publique de ces trois états européens (premier pas avant l'abaissement de la cotation), guident et suivent les marchés financiers, en indiquant le début d'une nouvelle attaque spéculative (par la même occasion, les CDS sur les dettes de ces états et de ces monnaies -€ et £- flambent alimentant la spéculation elle-même) ...
http://www.lemonde.fr/economie/article/2010/03/09/bruxelles-veut-interdire-des-operations-speculatives-sur-la-dette-des-etats_1316823_3234.html

Les agences de cotation internationales, qui devraient voir, après cette crise financière, leurs activités mieux contrôlées par les états occidentaux et par un organisme supranational, et surtout voir leurs champs d'intervention mieux encadrés, en se voyant notamment interdire de coter la dette publique des états, s'arrogent au contraire le droit de juger des politiques publiques des principaux états occidentaux, et souhaitent leur imposer de revenir à l'équilibre des finances publiques, comme l'Allemagne en a désormais pris le chemin.

Dernier maillon que l'on attend dans cette attaque des marchés financiers contre les états occidentaux : l'abaissement des cotations de la dette publique des Etats-Unis et du Japon.

Mais maintenant que Fitch et Standard and Poor's se sont exposées en s'attaquant à la cotation de plusieurs principaux états occidentaux, il devient peut-être possible de voir une intervention régulatrice des principaux états de la planète pour limiter et contrôler le rôle des agences de notation, pour qu'elles fassent convenablement leur boulot (sans les erreurs commises en 2006-2007) mais rien que leur boulot (en confiant à une autre institution internationale, tel le FMI, la cotation des états). En effet, les états occidentaux déjà menacés d'abaissement de leur cotation n'ont plus grand chose à perdre (mais la sanction pourrait paraître comme une vengeance à l'encontre des agences de notation, ou bien être interprété comme un refus de cette abaissement de cotation - peut-on facilement remettre en cause un processus d'évaluation lorsque la note attribuée devient moins bonne alors que l'on a accepté le système d'évaluation tant que les notes attribuées étaient bonnes ?).

Même si au fond, beaucoup de choses dépendront de la réaction de nombre de 'petits états' non occidentaux, qui ont eu régulièrement à souffrir des abaissements de note de ces agences internationales par le passé, et qui pourraient refuser de se mobiliser aujourd'hui en faveur de ces états occidentaux, en rappelant que tant que ces états occidentaux n'étaient pas concernés, ils ne s'étaient jamais plaints de ces agences de notation ... et bien au contraire se félicitaient de l'information donnée aux marchés financiers occidentaux ...

Contrairement à ce que certains pensent, nous ne sommes pas revenus trois ans en arrière ... C'est pire. Nous sommes dans une situation bien pire qu'il y a trois ans, avec des états occidentaux désormais sous la coupe des agences de cotation (et des marchés financiers) en raison des dettes qu'il leur a fallu souscrire pour sauver le système financier occidental et lutter contre les effets de la crise.


Réflexion soixante-dix-neuf (9 février 2010)
Quelle probabilité d'un retour de la crise financière en zone euro ?

Depuis que le monde semblait être sorti de la crise financière, au deuxième trimestre 2009, après un peu moins de deux années de descente aux enfers, il existait une crainte d'une sortie trop rapide de la crise et d'un retour des difficultés. C'est au mois de janvier 2010, après une forte envolée des bourses, que les craintes se sont amplifiées, touchant l'ensemble des bourses mondiales et se focalisant tout particulièrement sur les dettes publiques de trois pays de la zone euro : la Grèce, le Portugal puis l'Espagne.

Les marchés financiers parient désormais sur la sortie de la zone euro de ces trois pays, et tout particulièrement de la Grèce, revenant aux pires moments de la spéculation connue dans les années 1990, lors des assauts contre le système monétaire européen (SME), qui avaient notamment conduit à la sortie de la livre sterling du SME puis du franc (sortie qui avait été évitée par l'assouplissement des limites de variation des monnaies entre elles, portées à 15% de part et d'autre des cours pivot des monnaies ... ce qui avait conduit les journaux US à claironner que le dollar faisait désormais partie du SME puisqu'il avait toujours respecté ces limites de variations).

Voir notamment les différents articles du Monde suivants sur la spéculation actuelle ...
http://www.lemonde.fr/europe/article/2010/02/09/rumeurs-paris-irrationnels-les-speculateurs-attisent-l-affolement-des-marches_1303028_3214.html

http://www.lemonde.fr/economie/article/2010/02/08/du-miracle-au-maillon-faible-la-grece-s-est-enferree-dans-un-modele-peu-competitif_1302536_3234.html

... et sur les mesures que l'Europe pourrait prendre pour 'sauver' la Grèce ...
http://www.lemonde.fr/europe/article/2010/02/09/les-scenarios-pour-surmonter-l-epreuve-grecque_1303199_3214.html
http://www.lemonde.fr/europe/article/2010/02/09/l-ue-ne-veut-pas-faire-appel-au-fmi-pour-aider-la-grece_1303475_3214.html

... mais ces mesures vraisemblablement impopulaires pourraient-elles être prises par les pouvoirs publics grecs ? Ou bien faudra-t-il attendre que la Grèce soit incapable de rester au sein de la zone Euro pour ces mesures apparaissent indispensables ? Et que représenterait un plan d'austérité équitable ?
http://www.lemonde.fr/europe/article/2010/02/10/des-milliers-de-fonctionnaires-grecs-manifestent-contre-les-mesures-d-austerite_1303596_3214.html

Et inutile de s'interroger sur ce que serait la réaction de l'opinion publique française dans une telle situation de réduction massive du train de vie de l'état et d'augmentation des impôts pour résorber les déficits publics ...

Il ne
faut pas perdre de vue que cette spéculation touchant ces trois états européens n'est que la partie visible de l'iceberg. Après cette mise en cause de la capacité de ces trois états à faire face à leur dette publique, c'est l'ensemble de la dette publique des états occidentaux, au premier rang desquels la France, le Japon et les Etats-Unis qui va être remise en cause et en jeu. Ces trois pays, parmi d'autres, sont les prochains états à voir la capacité de remboursement de leur dette publique être mise en interrogation.

La situation actuelle est inextricable. Les états occidentaux sont obligés de maintenir des niveaux de déficit budgétaire élevés pour relancer l'économie mondiale et leur économie nationale, sous peine de voir la crise économique se réamplifiait et dégradait encore plus leurs comptes publics. Mais en maintenant leurs déficits publics au même niveau, ces états risquent d'accroître les interrogations des marchés financiers sur leur capacité à long terme à faire face au remboursement de leur dette.

Une solution serait de faire basculer l'ensemble des dépenses des plans de relance budgétaire en Europe des états nationaux vers l'Europe, ainsi que les dettes afférentes pour leur financement. Cette solution offrirait l'avantage de stopper en grande partie la dérive des comptes publics de la majeure partie des pays de la zone euro, alors que l'Union européenne n'est absolument pas endettée. Cela aurait aussi l'avantage de lancer une Europe puissance, aux yeux des européens et du reste du monde. Toutefois, cela ne correspond pas du tout à la philosophie libérale de la commission européenne. Par ailleurs, il n'existe pas d'institution politique adéquate au niveau de la zone euro, mais uniquement au niveau de l'Europe entière, de telle sorte qu'il y aurait alors risque de chevauchement entre monnaies. Enfin, cela risquerait également de témoigner de l'état réel des comptes publics de plusieurs états de la zone euro, gravement déficitaires, aujourd'hui camouflés derrière l'excuse des plans de relance économique ...

Le problème de la dette publique de la majeure partie des états occidentaux n'est cependant pas le seul risque encouru par l'économie mondiale. L'état du marché immobilier américain (US) est également toujours aussi préoccupant, avec un recul des prix de l'immobilier assez généralisé en liaison avec l'explosion d'une bulle spéculative sur ce marché, dont la composante des crédits subprimes n'était qu'une minuscule partie. L'éclatement de la bulle immobilière auquel les Etats-Unis sont confrontés aurait un impact très supérieur à celle des crédits subprimes observée en 2007-2008. 15% des emprunteurs immobiliers américains seraient actuellement en difficulté aux Etats-Unis, représentant des encours de crédits très élevés, des risques majeurs pour les établissements bancaires, qu'aucun plan de relance de l'état US ne serait capable de résorber ou contenir. Et le problème est que la crise immobilière s'auto-entretient. L'annonce de nouvelles difficultés financières de nouveaux établissements bancaires américains aurait un effet extrêmement grave sur les marchés financiers et sur le processus de relance économique actuellement en cours au niveau mondial ...
http://www.lemonde.fr/economie/article/2010/02/08/aux-etats-unis-les-walk-away-laissent-leur-maison-et-leur-dette-aux-banquiers_1302662_3234.html

C'est en tout cas la position toujours défendue par un certain nombre de blogs financiers pessimistes sur la situation économique mondiale, et les principales zones de risques de déstabilisation de l'économie mondiale, comme l'économie mondiale en connaît régulièrement ... Mais l'absence d'une réelle relance du marché immobilier américain fera cependant pendant longtemps courir des risques élevés à la croissance de l'économie mondiale.



Réflexion soixante-dix-huit (4 février 2010)
Les difficultés financières actuelles de l'état grec ... Un aperçu des recettes néo-libérales qui pourront être utilisées dans quelques années en France et dans d'autres pays européens ?

Les difficultés de la Grèce au sein de la zone euro nous donnent un avant-goût de ce qui nous attend en France dans quelques mois ou années. C'est un cas d'école intéressant.

Plusieurs états appartenant à la zone euro sont considérés comme les 'hommes' malades de l'Europe : la Grèce, le Portugal, l'Espagne, et demain peut-être l'Italie et la France. Ces trois premiers pays sont d'abord rentrés assez tardivement dans la Communauté e
uropéenne (et non dans l'Europe à laquelle ils appartiennent depuis leur origine), avec une divergence de développement économique particulièrement importante vis-à-vis de la moyenne européenne, que la solidarité européenne, notamment par le biais de l'octroi d'importants fonds structurels européens, a permis de combler en un peu plus d'une décennie. Deux à trois décennies après leur adhésion à la communauté européenne (l'adhésion de l'Espagne et du Portugal à la CEE remonte à 1985 et celle de la Grèce à 1981), la crise financière et la dérive des comptes publics grecs et portugais ont fait apparaître des tensions extrêmement importantes sur la capacité financière de ces états à faire face au remboursement de leurs dettes publiques, aux dires des marchés financiers internationaux ...

Ces tensions on pu remettre en cause pour certains observateurs l'adhésion de ces états à la zone euro, comme si la sortie de la zone euro était possible ou envisageable pour un état appartenant à cette zone monétaire.

Un premier élément qui doit être rappelé concerne l'intérêt, pour la Grèce, le Portugal, mais également l'Italie ou la France, d'appartenir à la zone euro, qui nous protège de toute attaque spéculative sur nos monnaies nationales. Il ne faut pas ignorer que par le passé, des attaques spéculatives extrêmement pénalisantes pour nos économies avaient été menées par des spéculateurs et les marchés à l'occasion de tels accidents conjoncturels, par exemple en 1992-1993. Les pays à monnaie faible comme les états du sud de l'Europe et la France étaient obligés de maintenir des taux d'intérêt extrêmement élevés, néfastes pour la reprise économique, pour contrer les attaques spéculatives. A défaut, la France aurait dû accepter une baisse régulière de la valeur de sa monnaie du tiers ou de la moitié par rapport à ses principaux voisins (notamment l'Allemagne qui bénéficiait au contraire d'une monnaie considérée comme forte). En 1992-1993, époque d'une précédente crise économique notable, des taux d'intérêt de 10% à 13% au jour le jour avait été rendus nécessaires pendant près de trois ans, aggravant d'autant la crise économique et les difficultés des entreprises.

L'appartenance à la zone euro nous a ainsi permis à l'occasion de la crise actuelle de conserver des taux de refinancement de 1% pendant toute la durée de la crise, pour permettre un redémarrage de notre activité économique, avec une monnaie que de nombreux observateurs considèrent comme étant encore, malgré tout, à un cours trop élevé (1,4 dollar pour 1 euro alors qu'il y a quelques années son cours était de 0,8 dollar pour 1 euro), malgré des comptes publics extrêmement déficitaires, tels que nos états n'en avaient jamais connus, avec des déficits budgétaires approchant 10% du PIB. Sans l'euro, jamais les états européens n'auraient pu se permettre de tels niveaux de déficits sans subir des taux d'intérêt monstrueux ou des dévaluations très importantes (ce qui aurait appauvri les ménages français mais rétabli la compétitivité des entreprises françaises).

Il est tout à fait possible que les marchés financiers internationaux, et les agences de notation internationales, commencent à se méfier demain de la note et de la signature de l'état français, ce qui pourra très bien conduire alors à la faillite de l'état français, ou à des difficultés budgétaires encore plus importantes en cas de renchérissement du coût de la dette française.

Face à cette situation, la Grèce aujourd'hui et la France demain sont particulièrement démunies dans le cadre de la zone euro. Une monnaie nationale pourrait être dévaluée, même si une dévaluation a tendance à renchérir le coût des dettes exprimées en monnaie étrangère ... Inversement, une dévaluation a tendance à rétablir la productivité d'un état, en abaissant le coût du travail au plan interne. Au sein de la zone euro, c'est différent. On peut seulement imaginer un transfert de la dette publique sous la signature d'autres états ou de l'Union européenne, pour diminuer l'endettement d'un état, mais transférer la charge de son remboursement sur l'ensemble des contribuables européens. La deuxième idée exprimée par l'Union européenne consisterait à réclamer que les salaires soient abaissés, afin d'être ajustés au niveau de la productivité réelle du pays ...
http://www.boursorama.com/international/detail_actu_intern.phtml?num=496d888d7581517d5109e04dec6bfa6c


Une telle mesure agréerait peut-être à mon ami Nolats qui souhaite le rétablissement de l'attractivité concurrentielle de l'industrie française. Une telle mesure est un strict parallèle de l'effet d'une dévaluation monétaire, même si dans ce dernier cas, cette conséquence est invisible et insensible, puisqu'elle n'est sensible que dans le cadre d'échanges commerciaux internationaux ou de voyages touristiques. Mais elle conduit aussi certains observateurs à estimer que la Grèce est un simple banc d'essai de politiques ultra-libérales de démantellement des systèmes sociaux européens, ce qui est vraisemblable ...
http://www.lemonde.fr/opinions/article/2010/02/01/la-grece-est-le-banc-d-essai-d-une-attaque-generale-des-systemes-sociaux-europeens-par-georges-sideris_1299695_3232.html

Une telle mesure, qu'elle soit prise en Grèce ou pire en France, me choquerait absolument. Imposer une diminution des salaires dans la fonction publique, l'industrie et le commerce serait un acte de guerre dont les conséquences sociales pourraient être terribles. Ce ne serait évidemment possible que dans le cas d'une banqueroute de l'état grec ou français. Par différence avec une dévaluation, une telle baisse des salaires, auquelle elle se substitue, aurait le désavantage d'être socialement injuste. Lorsque la dévaluation s'applique de manière uniforme dans toute la société, à l'exception de ceux qui ont le pouvoir de se faire augmenter sans contestation possible (hauts dirigeants et les indépendants) à condition que leur entreprise en soit capable, les baisses de salaires ne s'appliqueront évidemment pas à tout le monde, de préférence aux bas salaires et aux classes moyennes, mais pas à la poignée de hauts dirigeants contrôlant l'état et les entreprises ... ce qui au fond n'est pas différent ...

Il est terrible de se rendre compte que la crise financière à peine terminée, les idéologues ultra-libéraux sont déjà de retour aux commandes, à Paris ou à Bruxelles, encore plus forts que par le passé, pour imposer des réformes injustes afin de résoudre les difficultés dont ils sont eux-mêmes à l'origine : la crise financière étant la simple conséquence de leurs conseils précédents appliqués depuis le début des années 1980 ... libéralisation sauvage, financiarisation de l'économie ... Interdiction des déficits budgétaires, abaissement préconisé des salaires ... et d'autres à venir ...


Saucratès



14/11/2010
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