Critiques de notre temps

Critiques de notre temps

Ecole et violence scolaire (3)

Réflexion vingt-deux (8 juin 2010)
Entre idioties et sombres desseins, que cache la volonté gouvernementale de réformer les rythmes scolaires de nos enfants ...

Le ministre de l'Education Luc Chatel a installé ce lundi 7 juin une nouvelle instance intitulée «comité de pilotage de la conférence nationale sur les rythmes scolaires». Cette commission, composée d'une quinzaine de personnalités et de spécialistes, réfléchira sur différentes pistes avancées par le gouvernement : réaménagement du temps de cours quotidien, étalement différent de la semaine et de l'année scolaire avec raccourcissement des congés. Elle a jusqu'à mai 2011 pour aboutir à des conclusions sur un éventuel changement du rythme scolaire.
http://www.lemonde.fr/societe/article/2010/06/07/chatel-lance-la-reflexion-sur-les-rythmes-scolaires_1369143_3224.html
http://www.lemonde.fr/societe/article/2010/06/07/les-rythmes-scolaires-en-debat-sous-la-houlette-d-un-comite-de-pilotage_1368641_3224.html

Mais le ministre Luc Chatel a déjà lancé quelques beaux pavés dans la mare (aux canards) en sortant notamment : «les grandes vacances ont été inventées à la période où les petits Français retournaient dans leur famille faire les moissons». Belle découvert du ministre Luc Chatel qui semble enfin avoir eu accès aux archives du ministère, puisqu'il aurait découvert les véritables raisons pour lesquelles, au milieu du dix-huitième siècle, ces prédécesseurs avaient instauré les vacances scolaires ... à moins qu'il n'est trouvé, dans quelques bureaux du ministère, un travailleur oublié, qui comme en Indonésie, était né vers le milieu du dix-huitième siècle et se rappelait de cette époque bénie ... A moins également que les archives du ministère ne remontent encore plus loin, à l'époque de Charlemagne, et que l'on ait trouvé les raisons qui présidèrent aux vacances scolaires ...
http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2010/06/07/97001-20100607FILWWW00388-temps-scolaires-une-demarche-globale.php

Les petits enfants vont être heureux de savoir qu'il leur aurait fallu, dans un autre temps, faire les moissons pendant l'été. Je suppose qu'à l'époque, les fils de notaires et de hobereaux, qui n'étaient pas contraints à faire les moissons par leurs parents esclavagistes, n'avaient pas non plus droit aux vacances scolaires ... La moisson ou l'école !... Il me semble néanmoins que depuis quelques décennies, depuis que les agriculteurs ne constituent plus que quelques pourcents des actifs français, ou depuis que les moissonneuses batteuses automatiques ont été inventées (c'est-à-dire en gros depuis la dernière guerre mondiale), les petits français ont oublié le chemin des champs (vive la France rurale chère à l'UMP !) et trouvé d'autres occupations à leurs vacances d'été ...

Le gouvernement auquel Luc Chatel appartient aurait-il quelques idées en la matière : préparer les jeunes enfants à leur vie à venir où ils ne disposeront plus que de cinq semaines semaines de congés payés ... Après tout, il faut les habituer tout de suite à la France de ceux qui se lèvent tôt ... Mais avec la méthode de Nicolas Sarkozy de remettre en cause toutes les décisions des gouvernements de gauche qui l'ont précédés (ce qu'il appelle leurs erreurs), il faut peut-être que ces enfants se préparent à ne plus avoir que quatre semaines de vacances dans le futur, voire deux semaines si Nicolas Sarkozy s'attaque aux acquis sociaux au-delà des années Mitterand, voire plus de vacances du tout s'il s'attaque même aux avancées du Front populaire.

Cette réforme des rythmes scolaires ne me semble pas pouvoir être totalement innocente. L'occupation des enfants à l'école pendant toute la journée est inséparable selon moi de la libération de la femme des tâches ménagères et de l'éducation des enfants. Même si évidemment, cette tâche n'incombe aucunement uniquement à la femme ... Mais dans les faits, c'est essentiellement les femmes dans les familles qui étaient autrefois concernées par les tâches d'éducation des enfants ... Supprimer les cours à l'école les après-midi, pour les consacrer à des activités sportives, aura selon moi deux conséquences :

1) Obliger les mamans à s'occuper de véhiculer ou récupérer leurs enfants les après-midi, et donc par conséquent à leur interdire d'avoir une activité professionnelle concurrentielle des hommes ...

2) Favoriser le clivage social entre les familles riches, qui seront capables d'offrir à leurs enfants une éducation supplémentaire les après-midi, en lieu et place du sport qui n'apporte pas grand chose ... et les autres familles ...

Sur ces deux sujets, cette réforme ne peut d'ailleurs pas être déconnectée d'une autre réforme souhaitée par ce même gouvernement de dégrader la qualité de l'encadrement dans les crêches municipales, et surtout de faire disparaître les écoles maternelles ...
http://www.lepoint.fr/actualites-societe/2008-03-06/la-maternelle-chef-d-oeuvre-en-peril/920/0/227110

Quelle conséquence pourrait bien avoir selon vous la suppression des classes de petite et de moyenne section ? Evidemment, comme pour les rythmes scolaires, ces réformes sont toutes élaborées pour le seul bénéfice des enfants ... pour leur rythme journalier, pour diminuer leur fatigue, pour ce qu'ils peuvent apprendre ... Accessoirement néanmoins, on entre dans une logique de privatisation de ces classes d'âge, d'une école publique gratuite, vers des activités extrêmement chères (à part pour les familles érèmistes) ... Lorsque l'on sait déjà le coût des formules de crêche et les difficultés pour obtenir une place dans la majeure partie des villes (il faut le plus souvent s'y prendre au tout début de sa grossesse pour réserver une place, voire à Paris quelques années auparavant) ...

Il me semble assez évident que la conséquence de la suppression des classes maternelles publiques, et de l'école les après-midi, aura pour principale conséquence d'éliminer du marché du travail toutes les jeunes mères de famille qui seront 'poussées' gentiment à s'occuper de leur adorable progéniture ... C'est d'ailleurs ce que l'on observe dans les pays qui n'ont pas organisé l'éducation scolaire comme en France, notamment en Allemagne ... avec à la clef une diminution importante du chômage dûe à la diminution du nombre d'adultes susceptibles et en âge de travailler ... et une baisse de la natalité dûe aux femmes (et aux hommes) qui priviligieront leurs carrières ... Et j'aimerais accessoirement que tous ces spécialistes (ou d'autres) rappellent à ce gouvernement et à l'opinion publiques les bienfaits de la vie en communauté qu'offre l'école même maternelle, même insuffisamment formatrice pour nos bambins ...

Ce ne sont pas des réformes anodines qui sont mises en place par ce gouvernement Sarkozy-Fillon ... C'est une autre vision de la France, de la société, et de la place de la femme dans cette société ...


Réflexion vingt-et-une (3 juin 2010)
La position des APEL vis-à-vis de l'autorité et les jeunes ...

Le journal Le Monde nous informe que le mouvement des APEL (association des parents d'élève des écoles libres) tient son congrès annuel à Montpellier  du vendredi 4 au dimanche 6 juin 2010 sur le thème «Autoriser l'autorité». Pour leur congrès et sur ce thème, le mouvement des APEL aurait fait réaliser un sondage d'opinion CSA-APEL-LA CROIX auprès d'un échantillon de 659 parents d'enfants scolarisés et de 319 jeunes âgés de 15 à 24 ans ... dont le résultat apparement surprenant serait que les jeunes seraient demandeurs de plus d'autorité (à 60%) tandis que 79% des jeunes interrogés évoqueraient un sentiment positif à l'égard de l'autorité (contre 66% seulement des parents interrogés) ... D'où le titre provocateur utilisé par Le Monde : «les adolescents demandeurs de plus d'autorité».
http://www.lemonde.fr/societe/article/2010/06/01/les-adolescents-demandeurs-de-plus-d-autorite_1365890_3224.html

Les APEL, contrairement à ce que leur nom paraît signifier, correspondent essentiellement aux associations représentant les parents d'élève des établissements scolaires catholiques, primaires et secondaires (peut-être y a-t-il malgré tout des écoles privées non catholiques au sein de ce mouvement, je n'en sais trop rien ... tout en sachant que ces écoles même catholiques ne peuvent plus vraiment s'afficher comme telles ...) ... D'où le sondage réalisé avec le journal catholique La Croix ... L'histoire ne dit pas si les adolescents interrogés étaient choisis aléatoirement parmi la population française (comme le voudrait la déonthologie de la profession de sondeur) ou parmi les adolescents membres d'un mouvement de jeunesse catholique ou étudiant dans une école catholique ... Auquel cas les résultats affichés dans ce sondage ne me surprendraient plus du tout !

Le problème de ce congrès du mouvement des APEL est sa non-représentativité, même au sein des écoles catholiques. La participation des parents d'élève à ce congrès est extrêmement restreinte, limitée le plus souvent à un représentant de chaque établissement scolaire, le plus souvent le ou la présidente de l'association, rôle de pouvoir éminemment politique accaparé par quelques apparatchiks, personnes bien de leur personne et souvent d'un bon milieu social ... Les parents étant surtout consommateurs de services (qu'ils payent) dans une école privée, les APEL enregistrent une très faible participation des parents à leur fonctionnement et à leur action, hormis lors de quelques opérations particulières (kermesses d'écoles). La préparation de ce congrès a été à l'aune de cette désaffection ; une grande et belle réflexion espérée et attendue qui se limite à un ballon de baudruche, pour un public tout aussi homogène et limité de curaillons et de grenouilles de bénitiers !

Le problème de cette réflexion, au-delà de l'absence de toute légitimité du mouvement des APEL (gageons que Nicolas Sarkozy se fera un plaisir de relayer leurs pensées voire de participer à la clôture de leur débat, parmi l'essence de son électorat), c'est l'inanité de ces adultes de réfléchir à l'autorité. Combien d'adultes, qui aspirent à être obéis aveuglément par leur progéniture, respectent de leur côté eux-mêmes les autorités publiques et les lois de la république ? Le respect permanent et absolu des limitations de vitesse et du code de la route ? L'absence de tricherie vis-à-vis des impôts, vis-à-vis des organismes de sécurité sociale, l'absence de travail non déclaré et l'absence de recours à des travailleurs au noir ?...

Au-delà enfin de l'illégitimité de la majeure partie des adultes à discourir de l'autorité qu'ils ne respectent pas eux-mêmes le plus souvent, il y a l'aberration de discuter de l'autorité entre parents d'élève du privé, lorsque l'on sait que le plus souvent, ces parents d'élève mettent leurs enfants dans ce genre d'écoles par snobisme, par arrivisme, pour qu'ils soient plus étroitement contrôlés et surveillés, ou soit-disant pour qu'ils leur soient enseignés des valeurs (sans que nul ne sache ce qui est entendu par ce terme ...) !

Autoriser l'autorité ? Ou bien faire état que l'autorité fout le camp ! Prouver que les adolescents sont demandeurs de plus d'autorité, de plus de règles (mais également de plus de liberté ... n'est-ce pas contradictoire ?) ! Pur snobisme de notables pisseurs dans des violons en petits comités ! Lorsque ces mêmes parents ne veulent justement que réussite sociale pour leurs adolescents.

Parler d'une autorité qui fout le camp est tout aussi aberrant lorsque l'on sait enfin que les systèmes disciplinaires scolaires ont connu une inflation législative depuis une vingtaine d'années ; chaque école privée ayant soit son réglement intérieur, soit son permis à points (chaque enfant se voyant retirer des points pour chaque infraction au règlement ... ce qui fait de ce système le pire système le plus injuste qui soit, puisque comme sur la route, il est facile chaque jour de perdre totalement son permis si chaque infraction était comptabilisée !), soit ses systèmes d'observations, retenues, colles, exclusions et compagnie ...

Bon, je me rassure, je fais simplement partie des quelques 34% de parents d'élève qui n'ont pas un sentiment positif vis-à-vis de l'autorité, que j'essaie pourtant d'inculquer de manière assez légère à mes enfants ... Tout en respectant moi-même le plus strictement possible les autorités publiques ...


Réflexion vingt (28 mai 2010)
Le jet d'une bouteille (vide) contre le Président de la République et la dérive sécuritaire en milieu scolaire ...

Mardi 25 mai 2010, Nicolas Sarkozy visite le collège Charles Fauqueux à Beauvais, lorsqu'un collégien jette une bouteille d'eau vide sur lui ; bouteille qui sera interceptée par un de ses gardes du corps. Je vois dans ce nouvel épisode un signe du divorce consommé existant entre Nicolas Sarkozy, ses discours, sa gestuelle, et une opinion publique non dupe. Mais je crains surtout pour le gamin concerné s'il peut être identifié.

Le principal du collège, Michel Flores, interviewé par un journal local, L'observatoire de Beauvais, a déclaré le mardi soir qu'à l'aide de la vidéo, tout était fait pour retrouver l'élève pour permettre de le sanctionner. Par ailleurs, un 'atelier sur le respect' devait être organisé prochainement pour que de tels actes ne se reproduisent pas. Joint mercredi par LePost.fr, le principal a indiqué souhaiter que le jeune vienne de lui-même se dénoncer, sans indiquer la sanction que ce jeune encourerait.
http://www.lepost.fr/article/2010/05/25/2086950_qui-a-jete-une-bouteille-d-eau-sur-nicolas-sarkozy.html
http://www.lepost.fr/article/2010/05/26/2087530_sanction-contre-l-eleve-qui-lance-une-bouteille-sur-sarkozy-le-principal-persiste.html

Au-delà des faits même, il me semble que ceux-ci dénotent avant tout une dérive à la fois de la méthode de la présidence de la République de notre pays, et de l'image du président de la république dans l'opinion. De tels faits ne s'étaient jamais produit par le passé avec les précédents possesseurs de ce mandat, qui étaient bien au contraire énormément respectés par tous leurs interlocuteurs. Rencontrer Jacques Chirac, malgré tout les procès qui le poursuivaient et l'image de 'super-voleur' que donnait de lui l'émission des Guignols de l'info de Canal Plus, demeurait un honneur ... Tout comme rencontrer François Mitterand ou Valéry Giscard d'Estaing. Et je ne parle même pas du Général de Gaulle. Mais rencontrer Nicolas Sarkozy, je suis désolé, je ne vivrais pas cela comme un honneur ; même si je suis protégé de cette obligation puisque je suis trop grand pour être mis en sa présence, sauf à ce qu'il soit juché sur un tabouret ... lui qui n'aime rencontrer que des personnes plus petits que lui (d'où cette visite d'un collège ... il n'est pas neutre qu'il est préféré intervenir dans un collège plutôt que dans un lycée).

Il y a aussi le fait des poursuites engagées par Nicolas Sarkozy contre les précédentes personnes qui ont osé s'adresser à lui de manière inopportune, l'histoire des 'casse-toi pauvre con', des 'Sarkozy je te vois' ... etc ... Ces épisodes, loin de décourager les éventuels contestataires, semblent avoir plutôt pour effet de les encourager ... De même que les cohortes de gendarmes et forces de l'ordre qui entourent Nicolas Sarkozy dans le moindre de ses déplacements.
http://www.slate.fr/story/21995/nicolas-sarkozy-evian

Ses discours polémiques, sa méthode de gouvernement partisane, la contestation inobservée jusqu'à présent de ses idées et de sa personne par les médias et surtout par l'opinion publique, les critiques qu'il a pu entendre dans sa famille et de la bouche de ses professeurs, font qu'un enfant a pu ne pas mesurer toute la gravité de son acte (pour lui, pas pour sa cible) en s'attaquant à une personne focalisant à ce point l'attention. Le principal a beau dire ; le jet d'une bouteille sur une toute autre personne n'aurait pas alimenté la presse (ni ce blog) et n'aurait pas entraîné la recherche de bandes vidéo ... Tout au plus aurait-on demandé aux enfants de désigner le coupable ... Geste sur-médiatisé mais aussi surenchère sécuritaire ...

Nicolas Sarkozy ne passe pas pour un président de l'ensemble des français, mais pour le président d'une seule fraction de son électorat, encarté à l'UMP et/ou surtout appartenant à la fraction des riches dirigeants d'entreprise et millionnaires, bénéficiaires du bouclier fiscal si cher à ses yeux.

Ce qui fait également réfléchir dans cette affaire, c'est la dérive sécuritaire dans les collèges qu'elle démontre. Des forces de répression semblent ainsi exister au sein d'un petit collège, capables de retrouver des images vidéo de cette scène pour y retrouver l'auteur du jet de la bouteille en plastique. Et on ne parle surtout et encore que de sanctions envisagées contre l'auteur de ce geste, au lieu d'y voir le symptôme d'un malaise dans l'école mais surtout à la tête de notre démocratie. A postériori, j'ai même eu peur pour cet enfant, et ceux qui l'entourait, qui auraient pu être pris pour cible d'une riposte armées des gardes du corps de Nicolas Sarkozy.

C'est cet usage de la répression, des sanctions, qui pose problème ... Et j'imagine très bien Nicolas Sarkozy relançant les forces de police et le principal du collège pour s'assurer que le nécessaire est fait pour retrouver le coupable. J'ose espérer que ces parents ne dépendent pas des allocations familliales pour vivre, ni même que son père n'a pas plusieurs épouses (même si au fond je ne suis pas d'accord avec la médiatisation victimiologique de cet épisode particulier) ... Nous sommes allés beaucoup trop loin en matière sécuritaire dans les écoles en France, et la situation n'est poutant pas prête de s'arrêter.

La présidence de Nicolas Sarkozy est véritablement un épisode, une parenthèse, bien triste pour la France !


Réflexion dix-neuf (26 mai 2010)
Rythmes scolaires, violence scolaire et idées préconçues ...

Nicolas Sarkozy aurait la même marotte que moi : éliminer la violence de l'école. Mais nous n'avons pas les mêmes idées en la matière. Selon lui, combattre la violence scolaire passerait par la présence de policiers référents dans les établissements scolaires et par des pressions financières sur les familles pour combattre l'absentéisme de leurs enfants ... et restaurer l'autorité des pédagogues ... Autorité, sanction : il n'a que ces mots à la bouche ...
http://www.lemonde.fr/politique/article/2010/05/25/absenteisme-scolaire-nicolas-sarkozy-se-repete-encore_1362891_823448.html

J'ai une opinion différente. Il s'intéresse d'abord avant tout et uniquement à la violence médiatique et médiatisée ; je m'intéresse à la violence symbolique, invisible et permanente que subissent les/nos enfants, et que j'observais et subissais déjà à l'époque de mon jeune âge, il y a plus d'une trentaine d'années. Je m'intéresse également à la violence symbolique nouvelle venant des enseignants due aux systèmes disciplinaires récemment mis en oeuvre (ces vingt dernières années) dans les établissements scolaires français ... Notes de vie scolaire, développement des observations, retenues ... etc ... contrats et règlements intérieurs passés entre les familles et les équipes pédagogiques ...

D'une façon assez grotesque, on est passé à un discours de plus en plus valorisant pour les familles et les enfants, parlant d'association avec l'équipe éducative, on a créé de nouveaux vocables comme justement celui d'équipe éducative, juste au moment où le rôle d'enseignement a été assuré majoritairement par des personnes n'ayant aucune envie, aucune capacité, aucune compétence à enseigner et à partager à/avec des enfants et des jeunes.

Alors qu'il faudrait interroger la qualité même des équipes éducatives dans les établissements scolaires, Nicolas Sarkozy ne parle que de plus de répressions, plus de contrôles, en sanctuarisant toujours plus les équipes éducatives ! Pour combattre la 'grande' violence scolaire, celle que l'on voit dans les médias et qui embête tant nos dirigeants politiques, il faudrait d'abord s'attaquer à la 'petite' violence scolaire, permanente, insidieuse, qui pollue la vie de tant de nos enfants ! Mais pour cela, il faudrait changer le regard des équipes enseignantes sur la notion même de violence. Les coups dans les écoles maternelles et en crêche ne sont pas des jeux innocents entre enfants, une étape normale dans le développement psycho-affectif des enfants ; il s'agit du prélude aux violences graves futures qui seront observées dans les établissements scolaires. Combattre la violence, c'est accroître les moyens humains des équipes éducatives, changer leur regard sur leur métier, sur les enfants, sur les interactions entre enfants, sur les moyens coercitifs qui peuvent être utilisés par les adultes, par les enseignants, c'est revoir même les méthodes d'enseignement et d'évaluation des personnels éducatifs ...

C'est un énorme chantier qui n'aboutira néanmoins jamais, entre les préoccupations médiatiques à court terme de nos dirigeants, les rigidités catégorielles des syndicats enseignants et les crispations idéologiques des enseignants eux-mêmes. La seule solution, fuir la violence en se réfugiant dans l'enseignement privé catholique tout en exposant plus largement mes enfants à la rigidité disciplinaire de son enseignement !

Seule réforme envisagée par le ministère de l'éducation nationale : réformer les rythmes scolaires en développant les activités sportives au cours des après-midi ... Riche idée véritablement, malgré son échec apparent outre-Rhin, comme si une erreur à l'étranger pouvait réussir chez nous ... A moins que l'idée ne soit de décourager l'emploi féminin comme en Allemagne, en obligeant les femmes à garder leurs enfants l'après-midi à la maison ... ce qui réduirait du coup les problèmes de chômage en France ...
http://www.lemonde.fr/societe/article/2010/05/25/le-ministre-de-l-education-devoile-sa-reforme-des-rythmes-scolaires_1362480_3224.html
http://www.lemonde.fr/societe/article/2010/05/25/les-apres-midi-sportifs-a-l-ecole-est-ce-une-si-bonne-idee_1362958_3224.html
http://www.lemonde.fr/europe/article/2010/05/25/rythmes-scolaires-quand-l-allemagne-vante-le-modele-francais_1362660_3214.html

Quels objectifs sont poursuivis par le gouvernement de Nicolas Sarkozy par cette proposition ?
1) Décourager l'emploi féminin ?
2) Diminuer le niveau d'éducation général des jeunes collégiens et lycéens, pour rendre plus élitiste le système éducatif français en favorisant les classes sociales les plus aisées capables de payer des activités d'enseignement complémentaires les après-midi, lorsque les 'pauvres' se contenteraient de pratiques sportives ?
3) Accroître le niveau des équipes sportives françaises, en foot ou en athlétisme, pour concurrencer les meilleures nations mondiales ... un corps bien fait plutôt qu'une tête bien faite ... les élites autoentretenues se chargeant de diriger la France ?
4) Une autre idée ?

Une réforme en tout cas qui n'agréera qu'aux jeunes intéressés par les activités sportives ... à raison de quatre ou cinq après-midi par semaine, la dose sera forte ... A noter également qu'il faudrait accroître les capacités d'offre de l'immense majorité des collèges et lycées en la matière, même chez les mieux pourvus, puisque l'accès aux activités sportives des associations sportives est souvent limité en nombre de place dans les coolèges ou lycées qui les proposent.
http://jprosen.blog.lemonde.fr/2010/05/25/l%e2%80%99education-a-la-trique-jugulaire-jugulaire-381

Idée idiote voire grotesque, qui oblige à se demander quels conseillers, quels lobbies, se cachent derrière elle ... Un ex-professeur d'éducation physique et sportive rêvant à la revalorisation de son enseignement serait-il aux commandes au ministère de l'éducation nationale ?

(nota : la pédagogie Freynet ... j'essaierais de revenir une autre fois sur cette solution intéressante ... l'autorité négociée et discutée et non pas aveugle ...)


Réflexion dix-huit (19 avril 2010)
La violence et la parole de l'enfant dans l'école ...

Je suis tombé sur un blog du Nouvel Obs intitulé Génération69, extrêmement intéressant et documenté sur le monde de l'enseignement. Il y a notamment quatre articles sur la pédagogie que j'ai trouvés très bien écrits et donnant une vision extrêmement riche de l'histoire de la massification de l'enseignement secondaire ...
http://generation69.blogs.nouvelobs.com/archive/2009/11/22/pedagogues-et-republicains-la-parole-de-l-enfant-au-coeur-d.html

A mon habitude, je n'en retiendrais qu'un minuscule fragment en lien avec mon leit-motif sur la violence scolaire et sur le rôle dévolu et pris par les enseignants ... cette idée de la place donnée à la parole de l'enfant. Ainsi ce qu'écrit l'auteur du blog (Daniel Arnaud) : « Les néo-pédagogues s’imposent en France après Mai 68, qui consacre le ravalement de la parole de l’enseignant au niveau de celle de l’enseigné, et plus encore à partir de la loi d’orientation de 1989, qui donne la liberté d’expression aux élèves ».

Il citait également une intervention d'un autre blogueur (Paul Villach) qui dénonçait également dans un article cette même excessive liberté d'expression donnée aux enfants mis au centre du système ...
http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/allez-vous-faire-enc-ont-ecrit-des-65722

Résumé par Daniel Arnaud ... « c'est ça l'effet pervers de la mise de l'élève "au centre du système" à laquelle on assiste désormais. Dans certains établissements, de petits tyrans, sous prétexte d'user de leur "liberté d'expression", monopolisent la parole et empêchent purement et simplement l'enseignant d'enseigner ».

D'une certaine façon, j'ai l'impression que je lis sous cette forme l'autre volet de cette violence scolaire que je tente de dénoncer ... la violence vécue du côté des enseignants, contesté dans leurs droits et dans leurs méthodes d'enseignement par des enfants devenus par beaucoup de côté leurs égaux, leur interdisant cette mise à distance entre enseignants et enseignés nécessaire au principe d'éducation ... selon eux ...

A cette égalisation rampante des considérations entre enseignant et enseignés, les professeurs auraient apparemment répondu par une accentuation des sanctions en classe, afin de préserver leur statut d'enseignant ... Comment faire valoir une autorité lorsque cette autorité est niée par les enfants, par leurs parents, et que vous ne disposez même pas de possibilité d'user de violence physique ??? Il reste la violence morale, consistant à outrance d'une autorité de parole (parfois contestée si on suit Daniel Arnaud ou Paul Villach) et d'une capacité à infliger brimades et moqueries ...

Offrir ainsi aux enfants la possibilité de faire appel des sanctions (injustes) prononcées par les enseignants ne conduirait ainsi qu'à égaliser encore un peu plus les situations des enseignants et des enseignés, à retirer aux professeurs un peu plus de leur autorité, et à les contraindre à trouver une nouvelle forme d'autorité, reposant encore plus sur la violence morale et sur les brimades verbales ...

Car le problème, c'est aussi une insuffisante autorité naturelle chez certains enseignants, qui les conduisent à se refugier derrière des systèmes autoritaires violents pour suppléer à leur incapacité naturelle à être obéis ...


Réflexion dix-sept (13 avril 2010)
Les états généraux sur la sécurité à l'école ... quel sens leur donner (suite) ...

Pour rappel, les 7 et 8 avril 2010 se tenaient à la Sorbonne les états généraux sur la sécurité et la violence à l'école ... Certains pourraient vraisemblablement s'interroger sur les raisons qui expliquent mon acharnement contre les enseignants et le monde de l'enseignement ...

Il faudrait plutôt lire dans ces lignes sur la violence à l'école un réquisitoire avant tout contre un système ainsi que contre quelques enseignants (un peu trop nombreux à mon goût) incompétents et dangereux pour nos enfants, que j'ai trop souvent trouvés en face de moi ou de mes enfants ...

On pourrait aussi trouver dans ces lignes un certain rejet du pouvoir coercitif et de la hiérarchie, et une aptitude innée pour me battre pour les causes désespérées ... mon côté Don Quichotte ... Ce qui me gêne surtout, c'est cette absence de prise en compte de cet aspect de la faillite du corps enseignant et de l'enseignement scolaire ...

Parce que la reconnaissance des enfants en tant que citoyens de même rang que leurs professeurs ou leurs enseignants est un cas désespéré en France, avant qu'il leur soit les mêmes droits et la même reconnaissance quà des adultes ... Les systèmes disciplinaires (dont l'étude était chère à Foucault) ne pourraient être acceptables que s'ils cessaient d'être arbitraires et que toute observation, retenue ou autres sanctions pouvaient faire l'objet d'une contestation et d'un jugement équitable ... et non pas imposé par une force qui se croit supérieur et d'essence pratiquement divine (lire à ce sujet mes écrits précédents).

Evidemment, je n'ignore pas que les enseignants rencontrent un très haut niveau de satisfaction dans les enquêtes publiques ... que leur cote d'amour est particulièrement haute chez les français (vraisemblablement ailleurs) ... et qu'il est trop facile de généraliser les difficultés de certains à l'ensemble de leur profession, dont l'intérêt social est évident ... bien supérieur en fait à celui des hommes politiques ou autres personnages soit-disants tellement importants ...

On m'accusera évidemment de me tromper à divers niveaux dans ma charge virulente contre le système de l'enseignement. On m'accusera vraisemblablement avant tout de confondre la violence physique, qui devait être traitée dans les états généraux sur la violence scolaire, et une certaine forme de violence mentale, particulièrement insaisissable et subjective, que ces états généraux ne pouvaient pas aborder ...

Mais ce sont les enseignants avant tout qui introduisent cette confusion, lorsqu'ils dénoncent comme violence des formes de contestation de leur autorité de la part des enfants (qui évidemment sont immédiatement punis pour cela) et surtout des parents (contre lesquels les enseignants sont particulièrement démunis à moins de porter plainte au pénal contre eux ... ce qui leur est impossible tant que les parents ne les agressent pas physiquement ... monsieur le commissaire, ils ont contesté la sanction que je mettais contre leur enfant, disent-ils, monsieur le commissaire ...). Extraordinairement, ces mêmes enseignants considèrent comme une violence particulièrement grave de simples contestations de leur autorité, mais ne donnent absolument pas la même valeur aux jugements moraux, violences morales et appréciations négatives répétitives qu'ils émettent à l'encontre de ces mêmes enfants !

Ceci constitue la source principale de mon étonnement et de ma colère ... à côté de l'absurdité d'un système disciplinaire injuste, totalement abitraire et sans aucune objectivité, sans aucun attribut de la justice, qui veut que toute personne puisse se défendre et être défendue face à ses juges (son juge unique dans le cas des enfants) ... Telle est la source de ma colère !

Mon voeu pour l'école et pour le système de l'enseignement ... Qu'au-delà de modifier à la marge le régime des exclusions scolaires ... Que ces systèmes disciplinaires scolaires deviennent enfin justes et équitables ... en effet, si les sanctions devenaient forcément plus rares, moins fréquentes (à force de devoir rendre compte de leurs sanctions, les enseignants les plus prolixes en observations et retenues changeraient très vraisemblablement de comportement), si elles cessaient de tomber si drues sur les têtes de nos enfants, peut-être alors la violence scolaire deviendrait moins forte et moins prégnante dans nos établissements scolaires et la violence résiduelle pourrait-elle être traitée par une présence un peu plus importante des surveillants !


Saucratès



01/11/2010
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