Critiques de notre temps

Critiques de notre temps

Sur la politique (1)

Réflexion douze
De l’art de fabriquer une génération de manifestants


Les résultats du baccalauréat 2006 viennent de tomber : 80% de taux de réussite malgré les deux mois de manifestations contre le CPE. Ces résultats reflètent-ils le véritable niveau des lycéens de cette année ou bien la bienveillance des correcteurs ?

N’y a-t-il pas un risque pour l’Etat de droit et pour la démocratie de faire comprendre à des gamins souvent même pas majeurs qu’ils n’auront pas à assumer les conséquences néfastes de leurs choix (comme celui de faire grève en classe de première ou de terminale) ?

Quel risque prenait donc ces gamins en affrontant le gouvernement puisqu’ils savaient que de toute façon les examens du baccalauréat seraient abaissés pour permettre de le donner au même pourcentage de lycéens ?

Etait-il donc politiquement impossible pour l’Education Nationale de faire ressortir un taux de réussite au baccalauréat de 50% ou 60% ? Etait-il impossible de sacrifier une partie de cette génération lycéenne, en obligeant ces lycéens à se lancer dans la vie active sans aucun diplôme, puisqu’il leur aurait été impossible de pouvoir redoubler en si grand nombre leur classe de terminale ? Cela aurait peut-être au moins servi de leçon à leurs successeurs. Tandis que là, ces jeunes ont compris qu’il n’y aurait jamais de conséquences douloureuses à leurs choix, ce qui n’est pas représentatif de la vie d’adulte.

J’ai déjà connu par le passé, lors de précédents mouvements sociaux et lycéens, cette bienveillance de l’Education Nationale et des enseignants correcteurs, qui, non seulement notaient largement les copies à corriger, mais en plus utilisaient des barêmes de points accrus (28 au lieu de 20 par exemple) parce que certains exercices de l’épreuve concernaient des parties du programme non étudiées du fait des mouvements de grève. Comme en plus, une grande proportion des enseignants étaient justement précédemment en grève, ceux-ci étaient d’autant plus enclins à être généreux. Et grâce aux procédures d’harmonisation des notes, les rares correcteurs justes étaient appelés/forcés à revoir les notes qu’ils avaient attribuées.

Il y a plusieurs problèmes posés par ce mouvement social et par les résultats du baccalauréat de cette année. Premièrement, comment le gouvernement défié en début d’année par cette rue et par ces lycéens peut-il accepter que le baccalauréat soit cette grande foire aux notes ? Deuxièmement, pourquoi la correction des épreuves du baccalauréat est-elle confiée aux enseignants, qui devraient justement être jugés sur les résultats de leurs élèves à ce même baccalauréat ? Evidemment, on me répondra que les enseignants ne corrigent pas leurs propres élèves. Mais c’est sans compter sur la solidarité du corps enseignant et du corps syndical.

Troisièmement, les grèves pour des motifs politiques ne sont-elles pas interdites ? Comment le gouvernement peut-il accepter cette union illégale de partis politiques d’opposition, de syndicats contestataires, de fonctionnaires, de lycéens et d’étudiants, manifestant pour des motifs illégaux ? Et enfin, quatrièmement, ne faudrait-il pas retirer (ou à la rigueur limiter) le droit de grève aux enseignants de l’éducation nationale, qui en abusent de manière régulière, et semblent plus capables d’influencer syndicalement les gamins qui sont sous leur autorité que de les former. Après tout, les militaires d’active (la ’Grande Muette’) n’ont pas non plus le droit de grève. Pour bien faire, il faudrait aussi leur retirer le droit d’être malade, dont beaucoup abusent également. Ou alors, de manière plus sérieuse, ne faudrait-il pas mieux sélectionner les personnes qui se destinent à la carrière d’enseignants, notamment sur la base de leur engagement civique. Il y a peut-être des gens qui ne devraient pas être enseignants ?


Réflexion onze
Du droit de la nationalité et du droit de débattre


Le droit de la nationalité est un composant fondamental de notre société, et des prochaines campagnes électorales de l’année 2007. Il existe deux visions opposées ; le droit du sol et le droit du sang. La France reconnaît une nationalité fonction du droit du sol.

D’autres pays européens reconnaissent une nationalité fonction du droit du sang (notamment l’Allemagne). Et nul ne s’interroge sur le nombre de générations nécessaires pour être considéré comme allemand. On est allemand si ses parents le sont. Evidemment, il arrive que certains dans ces pays s’interrogent sur l’introduction du principe du droit du sol dans leur législation sur la nationalité.

Mais cela ne retire pas l’existence d’importantes minorités étrangères dans ces pays, ni l’importance des courants migratoires. Ce ne sont pas vraiment les conditions d’acquisition de la nationalité qui attirent les migrants des pays pauvres (le cas récent de l’Espagne mis à part, après sa politique de régularisation massive des immigrants illégaux), mais essentiellement les conditions économiques, c’est-à-dire les différentiels de richesse. Tant que l’Europe demeurera plus riche que les pays qui l’entourent, ces flux migratoires existeront.

Mais il me semble que ce débat a le droit d’être lancé. Surtout que le principe du droit du sol n’est pas appliqué de la même manière partout en France. En effet, concernant les identités régionales, il n’est pas possible d’acquérir la ’nationalité’ bretonne, basque, corse, catalane, alsacienne, guadeloupéenne, martiniquaise, réunionnaise, guyanaise ou mahoraise. On ne peut devenir breton, basque, corse, catalan ... sans être de père et de mère de cette origine. Et la situation est encore pire lorsque la couleur de peau et le morphotype permet de distinguer facilement les origines, comme en Martinique, Guadeloupe, Réunion, Guyane ou Mayotte.

Il arrive même que ceux qui vous dénient le droit de vous considérer breton, basque, corse, catalan, alsacien, guadeloupéen, martiniquais, réunionnais, guyanais ou mahorais ... soient justement ceux qui traitent les autres français de racistes. Alors qu’ils usent de surnoms souvent charmants pour désigner les étrangers à leur région.Toutefois, ce qui est encore plus triste, c’est lorsque ces ardents défenseurs d’une nationalité ouverte à tous les étrangers, par définition normalement non-xénophobes, n’hésitent pas à remettre en cause la nationalité d’un ministre du gouvernement français, en rappelant que sa famille ne serait française que de fraiche date. C’est triste, même si on n’aime pas le bonhomme, parce que ces manifestants et ardents défenseurs d’un assouplissement de la loi sur la nationalité abusent de sa position d’homme public. Apprécieraient-ils, tous ces beaux penseurs et belles âmes, que tous les immigrés de fraiche date puissent se voir publiquement indiquer la nationalité d’origine de leurs parents ?

Voilà un débat qui risque donc d’être stérile, à la fois parce que les partisans et opposants à ces idées usent très souvent d’arguments peu amènes et déloyaux, mais aussi parce que ce n’est pas la législation sur la nationalité qui conditionne l’immigration.


Réflexion dix
Du SMIC à 1.500 euros et autres promesses du Parti Socialiste


Faut-il craindre ou bien faut-il être favorable à la réévaluation du SMIC à 1.500 euros ? Cette mesure présente un danger principal ; celui de fragiliser la compétivité économique internationale de la France, même si cet argument ne présente peut-être aucun intérêt pour une bonne partie de l’électorat gauchiste, voire pour les futurs bénéficiaires de cette mesure. C’est peut-être triste, mais une telle réévaluation du coût du travail aura certainement des conséquences sur le commerce extérieur de la France, ainsi que parallèlement sur le niveau du chômage.

Cette mesure présente à l’opposé un intérêt principal ; celui de pouvoir concerner un très grand nombre de salariés. Avec un inconvénient associé ; de très nombreux petits cadres deviendront eux-aussi smicards, ce qu’ils ne devraient pas trouver très valorisant.

Toutefois, en risquant de concerner une majorité des salariés français, cette mesure respectera alors la principale règle de légitimité qu’une loi devrait pouvoir vérifier, à savoir le fait qu’elle puisse être favorable (a priori) à une majorité du corps électoral. De telles règles de légalité n’existant pas dans la construction constitutionnelle française, une telle loi ne sera cependant pas plus légitime qu’une quelconque autre loi votée par l’UMP autorisant par exemple l’ouverture des commerces le dimanche.

Cette promesse électorale socialiste (le SMIC à 1.500 euros) est cependant suffisamment dangereuse pour les entreprises françaises pour que le MEDEF intervienne, et ceci de manière extrêmement sensée. Proposer d’intégrer dans le salaire les charges patronales est redoutablement intelligent. Le SMIC brut dépasserait alors largement les 1.500 euros, et cela permettrait aussi de faire apparaître le réel coût d’une telle mesure pour un SMIC net à 1.500 euros.

Il serait extrêmement intéressant pour le MEDEF que cette proposition soit transposée dans la législation sociale avant les prochaines élections générales. Cette proposition aurait un deuxième intérêt pour le patronat ; geler définitivement toute augmentation des taux des cotisations patronales. Toute future augmentation des cotisations sociales serait obligatoirement et uniquement supporté par les salariés, dont le salaire net diminuerait à concurrence. Extraordinaire proposition, idée de maître (non pas de forge), même si nous autres salariés n’avons rien à y gagner et tout à y perdre.


Réflexion neuf
De la misère et de la richesse dans le monde et des promesses électorales de certains partis politiques


Il est toujours surprenant de se rappeler que tant de personnes dans le monde vivent si dignement dans des conditions qui nous paraîtraient si mésirables. Il en est ainsi dans la majorité des pays de cette planète, ces pays que l’on dit ’pauvres’ ou ’en voie de développement’. Que ce soit le Sénégal, où la majorité de ses habitants vivent avec moins de 2 dollars par jour (60 dollars par mois soit l’équivalent de 75 euros) ; que ce soit Madagascar où l’équivalent du SMIC représente à peine une vingtaine d’euros par mois ; ou que ce soit Maurice où notre RMI (300 euros par mois) permet de vivre royalement.

Evidemment, dans ces pays-là, la dignité de ces habitants n’interdit pas toujours la prostitution relativement généralisée des femmes et même des enfants, en raison à la fois du différentiel de richesse des touristes (une relation sexuelle consentie au tarif européen peut représenter l’équivalent d’un salaire mensuel) et de nos moeurs dépravées voire perverses. Mais y a-t-il tant de français ou de françaises qui hésiteraient à vendre leur corps voire leurs enfants pour une relation sexuelle rémunérée à 1.000 ou 1.500 euros ?

En comparaison, on pourrait ne pas comprendre la détresse morale de tant de bénéficiaires du RMI, de pauvres français ou de jeunes de banlieue. Voilà des personnes qui pourraient passer dans ces pays pour de riches privilégiés, qui n’ont pas à se battre chaque jour pour trouver leur repas, mais qui sont révoltés, haineux, parfois drogués ou alcooliques.

Pourquoi tant de haine, de rage, de rancoeur envers la société qui les assiste à défaut de les aider et de leur donner à tous les mêmes chances ? Evidemment, la frontière entre la classe moyenne et la pauvreté est très fragile ; quelques accidents de vie et l’on peut facilement tomber dans la ’pauvreté’. Mais la faute n’est-elle pas également imputable à d’autres qu’à la société, au gouvernement, aux institutions ? A eux-mêmes, c’est-à-dire à nous-mêmes. A cette absence d’engagement, à croire que tout nous est dû, qu’il ne faut pas se battre pour garder ce que l’on a gagné, obtenu ?

Est-ce l’absence de véritable espoir qui conduit au désespoir de tant d’exclus et de pauvres dans notre beau pays dit développé. Y a-t-il en fait de l’espoir dans tous ces pays en voie de développement, et n’y en a-t-il plus en France, pour toute cette fraction de population exclue de l’euphorie des marchés boursiers, des stock-options et des retraites-parachutes en or ? Est-ce l’espoir qui nous fait défaut, malgré toutes ces sociétés de loteries, de paris et de télévision qui veulent nous vendre l’espoir d’un enrichissement rapide, sans effort.

Pourquoi donc des pauvres vivant dans des pays peu développés, où les réseaux d’assainissement, les réseaux d’adduction d’eau, et les réseaux électriques, l’habitat, les réseaux urbains, les routes, sont souvent dans un état de délabrement poussé, seraient-il plus heureux de vivre, auraient plus d’espoir de s’en sortir, que des pauvres vivant en France ?

N’est-ce pas bizarre ?

Mais il y a aussi autre chose de bizarre. Pourquoi est-il plus difficile de survivre avec 1.000 euros par mois en France ou en Italie (par exemple) qu’avec 60 euros par mois dans tous ces pays ’en voie de développement’ ? Je ne parle même pas de survivre en France avec les 300 euros du RMI un pays et d’y faire vivre une famille.

La raison en est simple. On parle ici de notion de différentiel de niveau de vie, et de niveau d’inflation. En économie, il est admis que la majorité des prix s’ajustent à la demande. Les denrées alimentaires aussi bien que les loyers évoluent en fonction de la richesse des pays. Les prix des produits agricoles dépendent des revenus que doivent obtenir les paysans de leur prodution. Chaque producteur ou travailleur essaie d’obtenir la meilleure rémunération possible de son travail. Il en est de même du prix des logements. Si tout le monde gagnait du jour au lendemain deux fois plus, les propriétaires tenteraient aussi de gagner deux fois plus. Et par la faute des locataires. Ceux-ci essaieraient en effet immédiatement de trouver un logement plus grand, plus valorisant. Le prix de ces logements recherchés par de très nombreux locataires s’envoleraient, ce qui se transmettrait à tous les logements. On parle ici de chocs endogènes ou de résorbtion de déséquilibres.

Divagations ? Pas sûr. Et j’en arrive aux promesses électorales du parti socialiste français visant à revaloriser le SMIC à 1.500 euros. Quelle pourrait être la conséquence macroéconomique de la réalisation d’une telle promesse ? Je pense qu’il n’y aurait aucun changement pour toutes les personnes rémunérées au SMIC, et qu’une grande partie des classes moyennes françaises rejoindraient le rang des pauvres. Il y aurait certainement plus de chômage ou moins d’emploi, selon les goûts, et une dégradation des équilibres économiques extérieurs. Mais, seul avantage, les pauvres français apparaîtraient plus riches à l’étranger, et pourraient plus facilement profiter du tourisme sexuel dans les pays d’Afrique ou d’Asie.

Mais il y a certainement des économistes au parti socialiste. J’espère juste que l’attrait du pouvoir ne sera pas tellement fort, et la compétition tellement dure, non seulement pour l’emporter face à la droite, mais surtout pour l’emporter au sein du parti socialiste, que la raison l’emportera.


Réflexion huit
De la légitimité des politiques partisanes


Pour quelles raisons la moitié des électeurs se reconnaissent-ils dans le programme économique et politique de la DROITE ? Cela m’a toujours paru bizarre, ce partage pratiquement égalitaire des partisans de chacun des deux camps. Et ce n’est pas vrai uniquement en France, mais aussi dans pratiquement toutes les démocraties du monde, et notamment aux Etats-Unis. Existe-t-il une explication à ce phénomène ?

Cela n’a pas toujours été vrai. Les démocraties récentes ne respectent souvent pas cette proportion, ainsi en Afrique ou en Russie. Mais la France de la seconde République (1848-1852), jeune et éphémère démocratie, ne l’a pas non plus respectée, Louis-Napoléon Bonaparte obtenant alors un score de ’république bananière’.

Mais au fur et à mesure que les démocraties survivent, que l’expérience de leurs électeurs s’affirment et que ceux-ci prennent conscience du poids de leur suffrage, les scores des partis de droite et de gauche s’égalisent, et l’on assiste alors à des scrutins extrêmement serrés lors des grandes élections (sauf exceptions comme en France et 2002).

Ce phénomène serait-il dû à une certaine psychologie de l’électeur, qui pourrait se sentir attirer par le parti politique le moins puissant, équilibrant de la sorte le rapport de force entre les deux groupes antagonistes ? Ou bien ce phénomène serait-il dû à l’évolution volontaire des discours des partis politiques eux-mêmes, qui chercheraient à se partager de manière à peu près égale l’ensemble des électeurs, grâce à des promesses életoralistes ? J’ai l’impression que l’explication psychologique a une certaine pertinence.

Ce qui nous amène à remettre en cause l’hypothèse de la rationalité de l’électeur. Par rationalité, on entend normalement le fait de prendre la meilleure décision, conforme à ses intérêts, en tenant compte de l’ensemble des informations connues. En politique, dans une telle hypothèse, chaque électeur devrait comparer les promesses électorales de chaque parti politique, en fonction notamment de son milieu social et de son niveau de revenu, et choisir celles qui lui seraient le plus favorable. Dans ce cas, comment une bonne moitié des électeurs français pourraient se reconnaître dans le programme politique des partis de DROITE, dont les promesses concernent surtout les très hauts revenus (diminution des niveaux d’imposition et assouplissement des règles de protection sociale) ? Cela paraît aberrant si l’on croit à la rationalité des électeurs. Pour quelles raisons des smicards iraient-ils donc voter pour un candidat de droite dont le programme politique visera essentiellement 1% de français ? Si les électeurs étaient tous rationnels, les bas revenus voteraient tous pour les partis politiques de gauche et les hauts revenus voteraient pour ceux de droite.

Evidemment, les arguments électoraux des partis politiques (droite ou gauche) ne sont pas aussi tranchés. La DROITE affiche ainsi une certaine fermeté vis-à-vis de l’insécurité, auquelle de nombreux électeurs, riches ou pauvres, sont parfois extrêmement sensibles. Par ailleurs, elle tente souvent de travestir ces promesses électorales sous une apparente généralisation. Il faut assouplir la réglementation du travail pour accroître la création d’emplois. De même, elle ne diminuera pas uniquement les impôts des plus riches, mais elle diminuera l’ensemble du barême pour masquer une mesure surtout favorable aux très hauts revenus. Et elle laissera croire à une unanimité du corps électoral à une diminution des niveaux d’imposition, comme si les millions de smicards peuvent imaginer un jour gagner des millions d’euros de revenus. Enfin, on découvrira le candidat de la droite condamnant parfois l’injustice des hauts revenus de certains dirigeants de sociétés françaises, et d’autres fois, une soit-disante fracture sociale. De même, les partis de gauche sont obligés d’assouplir leurs programmes électoraux politiques pour atteindre le pouvoir, à la fois pour attirer les votes des hauts revenus, et surtout pour ne pas se ruiner eux-mêmes, puisque leurs dirigeants ne sont pas toujours de pauvres smicards.

Cette situation, ce brouillage des contenus réels des politiques, explique donc la myopie du corps électoral et entraîne ainsi régulièrement une alternance politique, parfois favorable aux plus riches, et parfois aux moins riches ou aux plus démunis.

Comme la politique ne peut pas se baser sur une rationalité des comportements des électeurs, il faudrait donc lui inventer une réglementation morale, qui permette de juger de la validité des lois. Serait-il ainsi légitime pour un parti politique, même légalement amener au pouvoir, de faire voter un programme politique exclusivement favorable à une miniscule frange de l’électorat ? La légitimité morale de toute loi devrait pouvoir être contrôlée, et les lois illégitimes et partisanes pouvoir être annulées.

Et cela nous ramène à notre question initiale. Comment la moitié du corps électoral peut-il se reconnaître dans les partis politiques de DROITE lorsque l’on sait que leur programme politique est surtout favorable aux hauts revenus ?


Réflexion sept
Elites, légitimité et régionalisme


Pour quelles raisons sommes-nous gouvernés essentiellement par des énarques ? Et quelle est leur légitimité à nous gouverner, à nous contrôler, à nous diriger ?

L’ENA est une création du Général de Gaulle, qui souhaitait qu’une école puisse former les hauts fonctionnaires français et leur apporter un idéal de service public. De grands noms correspondent aux premières promotions de l’ENA. Mais ce qui était une bonne idée s’est toutefois transformé en cauchemar au fil des ans. Les énarques forment une caste et peuplent les ministères, la haute fonction publique, l’Assemblée Nationale, les grandes entreprises en bourse.

La France est-elle aujourd’hui mieux gouvernée qu’autrefois ? Certaines personnes semblent estimer que, sans l’ENA, nous pourrions connaître la même situation de désordre, de désorganisation et de corruption que certains Etats d’Afrique.Mais la situation sociale et politique de la France est très différente de celle des états africains. La principale différence concerne la question des races et des ethnies. Cette problématique est très présente dans chaque état africain, du fait notamment de la colonisation et des mouvements de décolonisation. L’appartenance d’un individu à une ethnie ou à une race conditionne encore énormément de choses dans ce continent. A l’opposé, cette problématique a perdu beaucoup de sa pertinence en France.

Cela fait des siècles, plus d’un millénaire, que les dirigeants successifs de la France se sont efforcés de faire disparaître cette notion de race de nos mentalités. Et pourtant, même après plusieurs siècles d’intégration (forcée), la France s’est trouvée confrontée dans la deuxième moitié du vingtième siècle à l’essor des régionalismes à ses périphéries (Bretagne, Pays Basque, Corse). L’Alsace est un cas à part, du fait de son rattachement tardif à la République Française (1918) après la parenthèse prussienne, et des particularités législatives qu’elle en a conservé.

L’administration française et le monde politique français sont donc pratiquement exempts d’une prise de pouvoir par une ethnie, si ce n’est par l’ethnie ultradominante des blancs-ni basques-ni bretons-ni corses (quoique on y trouve beaucoup de basques, bretons ou basques, même aux plus hauts postes).

Pourtant, si on y réfléchit bien, un autre problème pointe, avec les habitants des cités de banlieue. Lorsque l’on se rappelle les risques encourus par la république française au cours des années 1970-1990 avec les mouvements de libération basques, bretons et corses, du danger qu’ont fait craindre des mouvements esseulés, périphériques et faiblement représentatifs. Un jour ou l’autre, même dans plusieurs siècles, la république française ne risque-t-elle pas d’exploser sous les assauts de ces nouvelles minorités, bien plus nombreuses et situées au coeur même du territoire français, et non à ses périphéries ?

Evidemment, la majorité des commentateurs parlent de défauts d’intégration pour expliquer la révolte des banlieues. Mais ce que l’histoire doit nous apprendre, c’est que les FLNC, FLB et IPARETARAK n’ont pas prospéré sur un déficit d’intégration, mais sur une idéologie terroriste et le réveil de particularismes régionaux (même si ce que certains nomment ’terrorisme’ est appelé par d’autres ou par les mêmes à d’autres époques ’patriotisme’).

On peut donc s’estimer en désaccord avec le discours de certains hommes politiques sur le devoir d’accueil de la patrie des droits de l’homme. La France peut-elle accueillir toute la misère du monde, interrogeait un dirigeant socialiste il y a vingt ans ? La question semble toujours d’actualité. La France est-elle capable d’accueillir des millions d’immigrés ? Où faut-il mettre la limite entre l’accueil de milliers d’immigrés et l’accueil de millions ou de centaines de millions d’immigrés ? Pourquoi serait-il anormal de sélectionner les candidats à l’immigration en fonction de leurs compétences et de leurs niveaux de formation ?

Il est normal que chacun d’entre nous est une vision différente de la réponse à apporter à ce problème, en fonction de notre origine, de notre âge, de nos sympathies politiques et philosophiques. On peut évidemment penser que la France a un devoir d’accueil notamment en raison de son passé colonialiste et esclavagiste. Mais on peut aussi estimer le contraire. En quoi cela serait-il anormal, puisque nous serons peut-être incapables de contenir dans le futur les tensions ethniques et religieuses qui secoueront notre république ?
 

 

Réflexion six
Crises et révolutions


En France, les crises politiques se suivent. Juste avant le mondial, on parlait surtout de l’affaire CLEARSTREAM et de l’implication de certains hommes politiques. Fini le conflit du CPE et les manifestations syndicales et estudiantines. En voie de disparition la division entre pro et anti constitution européenne. Oubliée la crise des banlieues et les incendies allumés par des jeunes français s’estimant mal intégrés. Une crise suit l’autre. Finie aussi l’horreur d’une présence de l’extrême droite française au deuxième tour de la présidentielle, et le choix corneillien entre un candidat de droite peu apprécié et un candidat d’extrême droite honni, mais dont personne ne connaissait exactement le programme économique, social, ni même en matière d’immigration.

Pourtant rappelons-nous d’un passé récent. On n’a pas encore oublié qu’un président, qui avait obtenu moins de 20% des voix au premier tour, fut élu très largement au deuxième tour avec plus de 80% des voix. Mais ceci est surtout rappelé par des hommes politiques de gauche l’accusant d’avoir mener un programme politique uniquement favorable à ses électeurs du premier tour. C’est bien sûr oublier que Jacques Chirac fut le premier président réellement élu en tant que rassembleur de la démocratie, fasse à un candidat d’extrême droite récusé par une large majorité des français. Mais que la légitimité du programme politique du gouvernement de droite lui fut donné par les élections législatives de 2002, qui vit une très large victoire de l’UMP, l’effondrement des partis de gauche et la démission de leur leader. Ce dernier démissionna en effet après avoir été battu dès le premier tour de l’élection présidentielle, à la fois en raison de la multiplicité des candidatures se réclamant d’un programme de gauche, et de l’absence de réflexions des électeurs de gauche, oubliant que deux candidats seulement pourraient se présenter au second tour. Cette leçon suffira-t-elle pour 2007 ?

Il est donc vain d’accuser la droite d’avoir mené une politique de droite depuis 2002. C’est le mandat que la Nation a donné aux parlementaires UMP après leur large victoire législative. Pouvait-on imaginer Jacques Chirac ne pas confier la désignation du gouvernement à un premier ministre sorti du parti majoritaire ? Certains pensent-ils que Jacques Chirac était secrètement un sympathisant du parti socialiste, et qu’en découvrant que les électeurs du parti socialiste l’avaient choisis, il se découvrirait transi d’amour pour les idées socialistes, et nommerait un gouvernement minoritaire socialiste ? Soyons sérieux !

La gauche française a des qualités et des défauts. Parmi ses qualités, il faut rappeler que pratiquement aucun de ses électeurs n’a manqué au candidat de droite en 2002, d’où un score sans aucune contestation. Ceci a même pu conduire certains autres pays à nous rapprocher de pays aux pratiques démocratiques douteuses. Mais il n’y avait rien de douteux dans ce score, si ce n’est le parfait fonctionnement d’une démocratie et le sursaut légitimiste d’un électorat tétanisé par la peur du retour d’un éventuel fascisme. Dans la situation inverse, je ne pense pas que les électeurs de droite auraient été aussi nombreux à voter pour un candidat de gauche face au même candidat d’extrême droite. Le chemin à parcourir pour se reconnaître dans le programme de ce candidat aurait peut-être été moins long, puisque la droite et l’extrême droite partagent de mêmes références sécuritaires et immigratoires.

Mais la gauche française a aussi ses défauts, dont cette croyance en un possible retour de la Révolution fondatrice, cette attirance pour les mouvements sociaux, et cette croyance en la suprématie de la rue sur les résultats des urnes ... le troisième tour social comme certains l’appelaient. Des révolutionnaires toujours prêt à se rallier à toute nouvelle contestation, à reprendre les revendications du mouvement, en y rajoutant ou en faisant partager leurs antiennes. Des révolutionnaires jamais découragés à chaque fin de mouvement social, lorsque les masses qu’ils escortent reprennent le chemin du travail, lorsque les dernières AG votent la reprise du travail et l’arrêt de la contestation, en étant sûr que la prochaine fois sera enfin la bonne.

Leurs intentions sont-elles louables, à tous ces révolutionnaires en chambre ? Ou bien ne pensent-ils qu’à leur seul intérêt politicien ou personnel ? Ne sommes-nous pas manipulés pour faire avancer les ambitions politiques ou personnelles de certains ?


Réflexion cinq
Du débat, de l’insulte et de l’anathème


Est-il possible de débattre sereinement en matière de politique ? Il semble que non, que ce soit sur ce forum (Nouvel Obs) ou à l’Assemblée Nationale. Il semble à première vue beaucoup plus facile de débattre avec des hommes politiques de Droite, qu’avec des gauchistes, des altermondialistes voire des frontistes. Avec les gauchistes, le débat se transforme aussitôt en diktats ; il y a le bien et le mal, les travailleurs/exploités et les capitalistes/colonialistes/fachistes. Pour les frontistes, je ne pourrais pas être objectif ; il y a parfois des débats difficilement soutenables, question de valeurs personnelles.

La politique tolère-t-elle le respect vis-à-vis des opinions des autres ? Non, et encore moins sur ce forum. L’importance accordée à la médiatisation et aux poses théatrâles rend difficile un tel respect. Il suffit de voir l’épisode ’de Villepin / Hollande’ à l’Assemblée Nationale pour le comprendre. Un Hollande, comédien ignoré, jouant la vierge effarouchée, parce qu’un Premier Ministre avait osé qualifié du mot ’lâcheté’ sa politique (celle des partis de Gauche). Un Hollande comédien en appelant à la dissolution du gouvernement, pour un mot soit-disant d’insulte ! Et un Premier Ministre bien seul au milieu de la meute des loups réveillés, heureusement trop couards pour attaquer les premiers.

Drôle de monde que la politique.


Réflexion quatre
Décence et politique


Que penser de la politique lorsque l’on est un électeur lambda ? Le monde politique n’est pas loin de ressembler à une jungle, surtout en une telle période préélectorale. A droite et à gauche se dévoilent quelques prédateurs ou charognards hurlant avec la meute. Ces hommes politiques n’ont-ils aucune retenue, aucune décence. J’imagine leurs stratèges en communication leur conseillant telle ou telle intervention, les uns pour jouer les martyrs gesticulants (... je veux savoir pourquoi je suis sur cette liste ...), les autres pour se fabriquer une posture de présidentiable (... vous êtes sûrs que ce costume n’est pas trop grand pour moi ...).

L’affaire ’Clearstream’ a d’abord occupé nos étalages dans nos librairies ; maintenant elle occupe nos journaux télévisés à coup de révélations, de réactions enflammées opportunistes et de fuites accidentelles. Mais le bonheur des uns faisant le malheur des autres, on n’entend désormais plus parler des dirigeants syndicaux et des leaders estudiantins. Ils ont dû reprendre le chemin de leurs lycées, de leurs facultés ou de leurs entreprises, pour ceux qui travaillent. Cela nous fait des vacances. On ne les entend plus discourir devant des forêts de microphones esseulés sur le sort du monde. A se demander s’ils se jettent sur tous les microphones qu’ils voient (comme une nuée de sauterelles), à l’image de certains de nos politiques, ou bien si ce sont les microphones qui les poursuivent parfois de leurs assiduités. En tout cas, ils doivent sûrement chercher, avec d’autres stratèges en communication, le prochain sujet où ils pourront s’afficher, et se faire interviewer.

Au sujet des mouvements estudiantins, voilà des jeunes gens qui ne risquent pas grand chose. D’un côté, il y a déjà des demandes de clémence pour que toutes les personnes poursuivies dans le cadre des occupations illégales et des manifestations soient graciées (casseurs compris) ; de l’autre, leurs prochains examens seront harmonisés pour que les taux de réussite en faculté et au baccalauréat ne diminuent pas trop. Il arrive même que les taux de réussite soient meilleurs les années de longues grêves.

Serait-il anormal que ces jeunes gens puissent subir les conséquences de leurs actes ? Quelle image auront-ils de la société et de la justice s’ils peuvent violer impunément nos lois ? Evidemment, tous n’ont pas conscience, au cours de leurs actions, de violer des lois. Il arrive que l’on soit emporter par la rage, et que toute chose qui nous tombe dans les mains puisse nous servir d’arme. Un conflit face à des gardes mobiles paraît souvent bien déséquilibré. Mais n’y a-t-il pas un risque de créer des délinquants en leur enseignant la culture de l’impunité.

Concernant les résultats des examens, je pense de même qu’il faut enseigner à ces jeunes gens que tout choix a des conséquences, qu’il y a un prix à payer pour tout. Sauf à savoir si l’on veut conserver à la France le triste privilège d’être la nation des manifestations (mais pas pour n’importe quelle cause), peut-être faudrait-il casser cette manie de manifester pour tout et pour rien et rappeler à ces jeunes gens qu’il leur faudra assumer leur choix. A l’avenir, leurs successeurs réfléchiraient peut-être à deux fois avant de se lancer dans de nouvelles manifestations ?

La France, nation des manifestants, mais pas pour n’importe quelle cause ! Je m’explique. J’ai beaucoup de respect pour les peuples qui se battent pour de grandes causes, en mettant souvent leur vie en jeu. Cela a été le cas en France en 1789, sous l’absolutisme royal. Cela a été le cas en Ukraine il y a quelques années avec la révolution orange, en Chine en 1989 sur la Place Tian An Men ..... Ces gens mettent leur vie en jeu, ils se battent pour de grandes valeurs, et pas uniquement pour faire un peu de bruit, passer à la télévision, s’occuper ou augmenter leur nombre d’adhérents. Il est tellement simple de manifester lorsque l’on ne court aucun risque. Les manifestants français seraient-ils aussi nombreux face à un régime oppressif, fasciste, comme au cours des années 1940 ?


Réflexion trois
Syndicats et démocratie


Les syndicats ont paraît-il été les grands vainqueurs du conflit du CPE. Ils ont réussi à faire plier le gouvernement à force d’ultimatums, obtenant une forme de retrait de ce texte de loi voté et promulgué. Au delà des idées, ils s’opposaient surtout à la méthode retenue pour faire passer le projet de loi. Dorénavant, le gouvernement sera pratiquement obligé de consulter préalablement les organisations syndicales avant de proposer une évolution du droit du travail !

Sur quels fondements une telle obligation repose ? Et qu’elle est la légitimité des grandes confédérations de syndicats de salariés pour décider des futures lois sociales de notre pays ? Est-ce une avancée démocratique pour les citoyens français ?

Il faut d’abord noter que les confédérations de syndicats s’arrogent un droit constitutionnel dévolu au parlement et au gouvernement, au Conseil d’Etat et au Conseil Constitutionnel. Toutes ces institutions ont une réelle légitimité démocratique, étant garant de l’écriture des lois, de leur vote, de leur promulgation ou de leur application. Cette légitimité est aussi confortée par des votes démocratiques réguliers. Et le Conseil d’Etat et le Conseil Constitutionnel sont deux des plus hautes juridictions de la France.

Que représentent les syndicats en regard ? Des associations dont l’organisation démocratique est imparfaite, pouvant conserver de longues années le même responsable, pratiquement inamovible, sauf lorsqu’il accepte de quitter son poste, ou lorsqu’une sorte de coup d’état, de putsch, permet à un autre responsable syndical de prendre sa place. Et ceci est vrai même pour les syndicats qui ont dans leur nom le terme ’démocratique’ comme la CFDT.

Les syndicats, par ailleurs, ne sont rien d’autres que des groupes de pression représentant les salariés, comme leurs homologues (Medef, Cgpme ...) représentant les dirigeants d’entreprise.

Les syndicats ont un intérêt et une légitimité indéniable au sein des entreprises et comme relais d’opinion vis-à-vis des partis politiques et du gouvernement. Mais ils n’ont absolument aucune légitimité en tant que faiseurs de lois ! Par ailleurs, la plupart, comme la CFDT mais également la CGT, se doivent statutairement d’être apolitiques !

Mais ce n’est pas le cas. Il suffit de comparer les actions et réactions des organisations syndicales pour le CPE (sous un gouvernement de droite) et par les emplois jeunes (sous un gouvernement de gauche). Les emplois jeunes, pourtant, n’offraient aucun avenir aux jeunes qui s’y étaient engouffrés (car sans possibilité de titularisation) et ils ont eu un effet dévastateur sur le niveau des salaires d’embauche des jeunes dans toutes les entreprises. Mais pas un mot à l’époque des organisations syndicales.

Le problème des syndicats et des confédérations qui les représentent, c’est qu’ils représentent des groupes aux intérêts opposés. Les jeunes salariés n’ont pas les mêmes intérêts que les cinquantenaires qui contrôlent ces organisations. Tandis que ces derniers veulent bénéficier du système de retraite le plus généreux et le plus proche possible, sans égard pour les charges qui pèseront sur les générations plus jeunes, la jeune génération devrait souhaiter une réforme la plus rapide possible, qui égalisera les conditions de retraite pour le plus grand nombre, et permettra au système actuel de se maintenir le plus longtemps possible. Aux yeux des jeunes salariés, il pourrait ainsi paraître nécessaire de repousser très rapidement l’âge de départ à la retraite.

Mais toute réforme des retraites verrait la mobilisation d’un grand nombre de syndicats et de salariés, dont l’horizon de réflexion ne dépasse pas quelques années et quelques idées simplissistes. Et les jeunes salariés seraient également manipulés pour leur faire croire que le système actuel d’un départ à taux plein à soixante ans restera toujours possible, et que les syndicats et leurs vieux dirigeants sont là pour leur conserver cet avantage.

Ce n’est même pas la seule opposition entre jeunes et vieux salariés. Ils s’opposent aussi sur l’accès aux tâches d’encadrement, sur les niveaux de formation et sur l’accès tout court à un emploi.

Le deuxième problème des organisations syndicales, c’est qu’elles combattent le capitalisme, mais fonctionnent comme lui. Les syndicats, les fédérations et confédérations de syndicats, ne fonctionnent pas différemment des pires sociétés capitalistes auxquelles ils s’opposent. Sous couvert de démocratie, chaque section syndicale ou syndicat attend d’être représenté(e) dans les instances supérieures au prorata de son nombre d’adhérents. Ce n’est pas différent de l’organisation des sociétés ou holdings capitalistes, ou quelques actionnaires pesant tant dans le capital veulent un certain nombre d’administrateurs ou la présidence de son conseil.

Les syndicats, fédérations ou confédérations syndicales fonctionnent de la même manière, avec les mêmes luttes stériles de pouvoir, sauf que cela se fait en catimini, à l’écart des adhérents, et non pas sur un marché boursier ou dans une assemblée générale, sous le regard des actionnaires et de la presse.

Est-il donc possible d’imaginer confier la discussion et l’élaboration de lois sociales à des organisations non démocratiques et partisanes ? A des organisations toujours promptes à contester et manifester, mais si rarement prêtes à des sacrifices courageux pour maintenir un système social généreux ?

Pour autant, les syndicats ne sont pas toujours nuisibles et dangereux. Ils sont indispensables lorsque l’on se rappelle la situation des salariés au dix-neuvième siècle. Un retour en arrière est toujours possible. Il ne faut donc pas les condamner. Mais il faut qu’ils demeurent à leur place, dans les entreprises avant tout, et que leurs instances nationales acceptent de réfléchir à plus long terme, de manière moins partisane et égoïste, d’une certaine manière plus courageusement.


Réflexion deux
Du droit de réformer et du droit de manifester


L’affrontement du CPE ces derniers mois a révélé l’impossibilité de réformer la société française. Cette impossibilité était déjà apparue par le passé. Tout projet de réforme a toujours rencontré l’opposition de la majeure partie des organisations syndicales, d’une fraction de la jeunesse lycéenne et estudiantine, des salariés de quelques entreprises ou administrations publiques, des organisations politiques d’extrême gauche et altermondialistes, et du parti socialiste lorsque celui-ci n’est pas au gouvernement. Une nouveauté observée lors de cette crise liée au CPE est venue de l’intervention d’intringuants du parti du chef du gouvernement.

Les seules réformes qui ont été tolérées par cette frange de l’électorat, par ces bataillons de manifestants, sont celles qui ont attribuées de nouveaux droits sociaux à telle ou telle parties de la population. Par exemple les trente-cinq heures, le revenu minimum d’insertion ou la couverture mutuelle universelle. Accessoirement, il s’agissait uniquement de lois votées par le gouvernement socialiste et ses alliés (la gauche plurielle). A-t-on vu ce jour-là des bataillons de manifestants proches des partis de droite ou des organisations patronales contestaient ces lois et demandaient leurs abrogations ? Il existe une légitimité électorale, qui a pour nom démocratie, et qui correspond au respect d’un mandat électoral donnée par les urnes. Il est attristant que cette légitimité électorale soit acceptée par les électeurs de droite et recusée par une partie des sympathisants de gauche.

Est-il alors possible de réformer la société française ? Est-il possible de modifier le contrat social français ? L’histoire semble dire que ’non’. Mais les oppositions rencontrées s’expliquent à la fois par des divergences d’opinion sur la nécessité des réformes, et par des différences d’opinions sur les moyens à utiliser. Parmi les opposants aux réformes, certains reconnaissent tout de même qu’il y a nécessité de réformer certaines choses. Concernant le CPE par exemple, il y a bien un problème d’emplois ou de chômage des jeunes. Mais il y a divergence sur la méthode, même si dans les faits aucun contestataire ne propose quelque chose de construit et de réalisable en lieu et place du CPE. On entend juste des manifestants refuser la flexibilité (mais qui en voudrait ?), la corvéabilité et exiger le retrait de la loi. Ni le parti socialiste, ni la CFDT, ni la CGT, ni personne, n’ont quelque chose à proposer. Ils demandent de la concertation, du dialogue social, des réunions, de la reconnaissance sociale ...

L’autre exemple concerne la réforme des régimes de retraite. Quelques contestataires également reconnaissent que le régime de retraites français court vers une catastrophe. Mais même la CFDT, qui avait négocié la dernière réforme des retraites de la fonction publique, serait-elle capable, aujourd’hui, de suivre la même démarche ? Son secrétaire général confédéral n’y résisterait pas une deuxième fois, ce qui peut expliquer sa position dogmatique sur le CPE. Et encore a-t-il à l’époque était sauvé par le fait que le gouvernement ne réformait que le régime des agents publics. Si la réforme avait concerné tous les salariés du privé et du public, la CFDT n’aurait jamais pu demeurer favorable à cette réforme.

Pourtant, les régimes de retraites français par répartition n’assurent pas aux jeunes salariés qui rentrent aujourd’hui sur le marché du travail la certitude de pouvoir partir à la retraite à l’âge de 60 ans avec une pension confortable, comme c’est le cas aujourd’hui. Dans quelques années, vers 2020 ou 2025, notre système de retraites va imploser. De nombreux pays européens commencent dès aujourd’hui à relever l’âge de départ à la retraite pour le rapprocher de 68 ans voire 70 ans. Et c’est presque certainement la seule solution vivable à terme, avec l’allongement de la durée de la vie que l’on observe en France, comme ailleurs dans le monde. En France, cet âge de départ en retraite reste à 60 ans, et le rêve de presque tous les salariés y est de partir à 55 ans, quand ce n’est pas à 50 ans.

La France n’est pas seulement un pays de contestations et de mouvements sociaux. C’est surtout un pays d’égoïstes ou d’individualistes ; la seule chose qui compte pour toutes les personnes proches de la cinquantaine, c’est que le système de retraite fonctionne encore jusqu’à ce qu’ils aient l’âge de partir en retraite, jusqu’à leur 60 ans. Après ça, quelle importance si leurs descendants ou leurs remplaçants sont obligés de travailler jusqu’à 80 ans pour faire tourner la machine, et si les cotisations de retraites ponctionnent tous le revenu des actifs. Ils auront bonne conscience en rappelant qu’eux aussi ont cotisé à fonds perdus pour payer les retraites de leurs parents. Le pire, c’est également de se rendre compte que tous nos dirigeants syndicaux, voire nos politiques, appartiennent à cette classe d’âge, des 50 ans et plus.

Combien de temps les jeunes manifestants d’aujourd’hui, instramentalisés par des présidentiables en graine, ou par des syndicalistes se rachetant une vertu, accepteront-ils demain de continuer de payer pour les erreurs et la cupidité des autres ?

On pourrait aussi parler du système de santé français. Mais quel courage, quel abnégation, ne faudrait-il pas aujourd’hui à un gouvernement, à un homme politique, pour s’attaquer à ses problèmes et proposer des réformes, forcément douloureuses pour toutes les personnes qui en profitent ? Du courage pour résister aux pressions des uns et des autres, adversaires, manifestants, aux coups bas de leurs amis politiques, aux intérêts personnels et à la lâcheté de leurs proches ou sympathisants. Du courage surtout pour supporter l’arrogance de quelques personnes sans importance, sans pouvoir, mais aux égos surdimensionnés, qui se croient légitimes à donner des ordres au gouvernement, et se croire détenteurs d’un droit à être écouter.

Deux ou trois millions d’égoïstes, d’intéressés, de manipulés, peuvent-ils gouverner la France et bloquer tout projet de réforme ? Ce sera le cas tant que nos gouvernants et nos hommes politiques n’auront pas le courage nécessaire pour réformer et devenir impopulaires. Il faudrait des hommes d’envergure. Mais il faudrait peut-être aussi changer les français. Et ce n’est pas le programme électoraliste du parti socialiste, plein de belles nouvelles promesses, qui nous sauvera.

Sinon, nous partirons dans le mur. Après tout tant pis. Et ce jour-là, après qui hurleront les loups ?


Réflexion une
De la réflexion en politique ...


Est-il acceptable de s’interroger sur le champ du politique, sur la pensée politique, sur les grandes et petites trahisons, sur les grandes et petites victoires ; et d’ignorer la réflexion sur le développement durable, sur la justice dans le monde, sur l’équité ? Mais en sens contraire, est-il possible, dans un même article, dans un même papier, de réfléchir sur la totalité des problèmes qui seraient importants pour notre planète et ses habitants ?

On ne peut traiter en quelques lignes que d’un seul sujet de manière imparfaite. Et à chacun de prioriser ce qu’il veut dire et ce qu’il saura dire. De réagir sur ce qui l’aura le plus choqué ou agacer. Et moi, pour l’instant, je souhaite parler de politique. Même si ce n’est vraisemblablement pas le plus important des sujets sur lesquels il faudrait réfléchir.

Mais en même temps, il y a très longtemps, au début de la démocratie, dans l’Athène antique, la politique était considérée comme le centre de la Cité, de la vie sociale, du monde antique. Cet héritage, les anciens nous l’ont transmis. Il est aujourd’hui dévoyé. Mais il ne faut pas l’abandonner à quelques professionnels de la politique. C’est peut-être cette absence qui détruit notre société, qui explique que tant de jeunes se réfugient dans la violence et perdent espoir en la politique. Parce que la politique est devenue le champ d’action d’une minorité non représentative des français, qui délèguent eux-même tous leurs pouvoirs à une encore plus petite minorité d’énarques et privilégiés, qui ont fait de la politique et du contrôle du politique leur prérogative, sans que plus personne n’envisage de les questionner sur leur légitimité.


Saucratès



21/11/2010
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