Critiques de notre temps

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Education


Les aberrations de Parcours Sup et de la réforme du baccalauréat

Saint-Denis de la Réunion, mercredi 9 juin 2021


En ce mois de juin 2021, je vais vous parler de «Parcours Sup», ou plutôt, de l’algorithme de «Parcours Sup». En effet, «Parcours Sup» vient de donner, ces dernières semaines, des résultats d’orientation à des centaines de milliers de lycéens, et ces derniers se trouvent confronter à son fonctionnement aberrant. Il existe de nombreuses informations sur le fonctionnement de Parcours Sup et sur l'algorithme informatique qui sous-tend son fonctionnement. Je n’en retiendrait que deux, les plus significatifs au sens de GOOGLE mais ce n’est pas très important, ce n’est pas ce que je cherche à expliquer ou à démontrer. Ils sont surtout là pour ceux qui voudraient plus d’explications.

 

https://blog.generationzebree.fr/blog/algorithme-parcoursup-vrai-ou-faux/

 

https://groupe-reussite.fr/blog/algorithme-parcoursup/

 

Nous sommes désormais dans un monde où il n’y a plus rien qui permet de comparer le niveau des élèves, et le niveau des lycées dont ils sont issus. Dans le passé, lorsque le baccalauréat était un diplôme national, on pouvait classer les lycées selon les résultats de leurs élèves au Baccalauréat. Les lycées élitistes avaient ainsi des proportions des mentions «Très bien» et «Bien» exceptionnelles, seuls quelques rares cancres avaient leur Bac avec seulement une mention «Assez bien» ou «Passable». Mais aujourd’hui que le Baccalauréat est distribué (généreusement) en fonction de la moyenne générale ou du contrôle continu, le Bac n’a plus aucune velléité de classement des élèves. N’importe quel lycéen d’un lycée élitiste comme Henri IV ou Louis Le Grand, même le dernier élève de ces lycées, qui aura difficilement son Bac au mieux avec un mention «Passable» ou «Assez Bien» au contrôle continu, aurait eu son Baccalauréat avec mention «Très Bien» et avec les félicitations du jury dans n’importe quel autre lycée de province ou de banlieue. «Parcours Sup» est ainsi totalement inadapté aux méthodes de notation et d’enseignement des lycées. Les enseignants de ces lycées élitistes préparent leurs étudiants, ou plutôt leurs lycéens, aux études supérieures. Mais à quoi cela peut-il donc servir si ces enfants, si ces jeunes, si ces lycéens, n’arrivent pas à rejoindre de grandes écoles ou des classes préparatoires parce que leurs moyennes générales sont trop basses !

 

Nous sommes rentrés dans l’ère du moyen, de l'égalitarisme. L’égalisation par le bas ! Tous égaux dans la médiocrité ! De mon temps, il y a plus de trente ou trente-cinq ans, nous ne disposions d’aucune information facilement accessible sur les études supérieures. Ceux qui connaissaient ce monde étaient évidemment privilégiés sur les autres. Internet n’existait pas. Ni les messageries. Ni même les téléphones portables. Il n’existait que les centres de documentation et les envois postaux. Et nous sommes aujourd’hui dans un monde où les concepts mêmes d’élitisme devraient être interrogés. Inscrire son enfant dans une boite à Bac comme Levavasseur, Saint-Charles, Henri IV, Louis le Grand ou Lakanal n’est plus un passeport vers les études supérieures, mais au contraire le risque potentiel de se voir fermer la majorité des classes préparatoires et des grandes écoles. 

Jusqu’à présent, comment savait-on que certains lycées étaient élitistes ? Comment savait-on que des lycées comme Louis Le Grand, Henri IV, Sainte-Genevieve, Lakanal, ou bien Levavasseur ou Saint-Charles à La Réunion avaient de meilleurs résultats que les autres ? Ils n’étaient pas seulement élitistes en raison du coût des études dans ces lycées ; ils étaient aussi élitistes par l’importance des résultats !

 

Mais désormais, tous les lycées, prestigieux ou d’un niveau extrêmement faible, auront à peu près désormais le même taux de mentions «Très Bien» ou «Bien». La majeure partie du Baccalauréat reposant sur des notes de moyenne générale ou de contrôle continu, noté par des enseignants du même lycée, le niveau des notes s’inscrira à peu partout dans les mêmes échelles de notes, entre 8/20 et 20/20. Chaque lycée, chaque classe de terminale ou de première, se trouvera dépendre d’une niveau moyen de la classe. Que cette classe soit composé d’une foultitude d’excellents élèves, ou majoritairement de cancres, ne sachant ni lire ni écrire, n’y changera pas grand chose ; chaque enseignant devant à peu près noter ses élèves sur une même échelle allant de 0 à 20, et une moyenne de la classe oscillant entre 10 et 14. Et chacun d’entre eux se trouve confronter à l’obligation de proposer des devoirs ni trop faciles, ni trop difficiles en fonction du niveau de la classe. Autrement dit, tous les enseignants, quelque soit le lycée, notent leurs élèves sur une échelle de notation allant de 5 et 20 et ils restreignent leurs exigences, ou au contraire les réhaussent, en fonction du niveau des élèves qu’ils ont en face d’eux ! 

 

Aujourd’hui, on sait encore évidemment que les lycées comme Louis Le Grand ou Henri IV sont des lycées prestigieux. Mais qu’en sera-t-il dans quelques années ? Dans quelques années, sur quelle base s’appuiera-t-on pour expliquer que ces deux lycées sont meilleurs que les autres, et que leurs élèves sont meilleurs que ceux des autres lycées ? (et quand je parle de ces lycées prestigieux, je ne parle pas des petits lycées élitistes de province qui auront encore plus de mal qu’eux à démontrer la qualité de leur enseignement).

 

La réussite au Baccalauréat ? Le nombre de mentions «Très bien» ou de «Félicitations du Jury» ? Le pourcentage de réussite au Baccalauréat ? Mais tous les lycées afficheront désormais peu ou prou les mêmes niveaux de résultat aux épreuves du Baccalauréat, des taux de mentions «Bien» et «Très bien» proches les uns des autres. Les lycées prestigieux n’afficheront pas des moyennes générales entre 16 et 20. Elles s’échelonneront comme partout ailleurs entre 8/20 et 20/20. Sauf que tous ces 20/20 (ou ces 15/20) ne seront pas comparables d’un lycée à l’autre.


Il y a en fait deux conséquences possibles de cette réforme du Baccalauréat. Sur lesquelles je reviendrais un peu plus loin.

 

Evidemment, nombre de mes lecteurs ne partagent vraisemblablement pas cette envie de défendre les lycées élitistes. La sélection par l’argent est mauvaise, sauf que payer quelques milliers d’euros par an pour offrir à ses enfants un cadre agréable pour étudier n’est pas un sacrifice si important. Nombre de parents de milieux très modestes n’hésitent souvent pas à mettre leurs enfants dans des écoles privées catholiques. Après tout, combien d’argent ne mettez-vous pas dans des abonnements de téléphonie mobile, d’Internet, ou de Canal Plus ou de chaînes de télévisions par câble ou satellites ? Et les familles pauvres n’y échappent pas non plus, bien au contraire. Il ne s’agit au fond que de priorités des familles pour l’utilisation d’une cinquantaine ou une centaine d’euros par mois. Voilà l’enjeu ! Evidemment, ce qui est sacrifice pour certains n’est qu’une dépense de plus pour d’autres, voire une dépense insignifiante pour les plus riches. 

Alors évidemment, défendre des lycées élitistes peut paraître indécent à certains. Mais les mêmes doivent peut-être maudire le niveau en grammaire, en conjugaison ou en français de leurs étudiants. Certains abandonnent même l’enseignement parce qu’on leur refuse le droit de noter l’orthographe de leurs étudiants. 

Quelles conséquences possibles à cette réforme ? Lorsqu’il deviendra impossible de différencier les lycées les uns des autres par leurs résultats, il deviendra probablement intelligent de ne plus mettre ses enfants dans des lycées élitistes et dans des classes regroupant les meilleurs élèves. Bien au contraire. Un élève aura d’autant plus de chance d’avoir son Baccalaureat avec une mention d’excellence si il se trouve dans un lycée moyen, dans une classe moyenne.

 

On peut ainsi imaginer que la conséquence de cette réforme sera de conduire à égaliser les niveaux moyens de tous les lycées et toutes les classes. Il pourrait ne plus y avoir de lycées élitistes ni de boites à bac. Mais après tout, à quoi sert une boite à bac lorsque le baccalauréat sera donné indifféremment à 85% des élèves de chaque classe ? 

Mais il y a une deuxième probabilité à cette réforme. La possibilité que les baccalauréats obtenus dans chaque lycée ne se valent plus, qu’ils ne soient plus équivalents. Qu’il y ait des sous-baccalauréats et des baccalauréats de différentes valeurs. On jugera peut-être les étudiants en fonction du lycée dans lequel ils ont obtenus leur baccalauréat. Et les élèves se verront peut-être interdire toute forme d’études supérieures s‘ils ont eu leur Bac dans les lycées de banlieue. C’est une probabilité qui me parait peu probable ; la premiere évolution  me paraissant plus probable.

Comment fonctionne dont «Parcours Sup», qui rappelons-le, utilise ces mêmes moyennes et notes des élèves pour les classer ? Des lycéens du Lycée Levavasseur, amis de mon fils, ont eu ainsi la surprise d’être acceptés dans les prépas extrêmement sélectives des lycées Henri IV, Louis Le Grand et de Sainte-Genevieve (Ginette), mais d’être refusés dans des prépas beaucoup moins sélectives de lycées métropolitains de province ! Ces derniers se basent simplement sur les algorithmes de PARCOURS SUP, lorsque des lycées extrêmement élitistes reconnaissent la qualité de l’enseignement d’un lycée comme Levavasseur. Mais pour encore combien de temps ?

 

Quel peut bien être l’objectif de ces diverses réformes du lycee, du Baccalauréat, d’APB transformé en PARCOURS SUP, du gouvernement Macron ? Une volonté de s’attaquer à l’enseignement privé et élitiste, dans la même veine que la disparition de l’ENA ? Un égalitarisme de mauvais aloi ? Ou juste cette idée stupide qu’il faut tout changer, qu’il faut réformer pour faire croire que l’on agit, que l’on réforme, qu’on combat les immobilismes ?

 

 

Saucratès


09/06/2021
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Retour sur la réforme du Baccalauréat - Des objectifs cachés ?

Saint-Denis de la Réunion, mercredi 28 avril 2021

 

Mes deux prochains posts sur ce blog aborderont quelques réflexions éparses sur deux sujets qui m’interpellent.

 

Le premier sujet concerne la réforme du lycée et du baccalauréat menée par le ministre Blanquer du gouvernement Macron. On peut faire remonter l’origine de ce mouvement de réformes à la suppression sous le président Chirac, il y a assez longtemps, des cours à l’école le samedi matin. Belle reforme pour nombre de parents d’élèves, mais cette réforme est à l’origine d’une vieille contestation, d’une vieille rancoeur des pédagogues socialistes, selon lesquels on doit étaler les enseignements pour les enfants plutôt que de les concentrer sur quatre jours. Evidemment, chaque gouvernement a à cœur de proposer une réforme du monde de l’enseignement. Réforme de l’université en 1986 avec la réforme Devaquet, finalement abandonnée sous la pression des manifestations estudiantines, déjà à l’époque de Chirac premier ministre. Reforme du collège unique dans les années 1975-1977, qui conduira à la disparition de l’examen du BEPC en 1980, puis une réforme du lycée en 1981 avec la création de la seconde indifférenciée, puis de la première S l’année suivante. Là aussi, une génération d’enfants avait subi les unes après les autres ses réformes successives ; celle des enfants nés au cours des années 1966-1967. 

Mais revenons-en aux réformes qui nous intéressent. En 2012, sous le président Hollande, on a donc d’abord eu le rétablissement au choix des cours le mercredi matin ou le samedi matin, et une réforme des rythmes scolaires à l’école élémentaire. Puis dans la foulée, on a eu droit à une deuxième réforme socialiste, du collège cette fois-ci, frappant toujours la même classe d’âge, les enfants nés en 2003-2004. Cette réforme visait cette fois-ci supposément à offrir à tous les élèves les mêmes chances. Mais la vision socialiste de cette égalité des chances, c’est d’interdire à tout enfant d’avoir plus que les autres. Suppression donc des options classes bilangues qui offraient dans certains collèges (trop élitistes au goût des socialistes) la possibilité d’apprendre deux langues vivantes (anglais-allemand-chinois-espagnol) aux collégiens de sixième. Interdiction donc des classes bilangue. Suppression également de l’enseignement du latin également au collège, vraisemblablement parce que c’est un enseignement trop élitiste, réservé selon les socialistes aux enfants de certains milieux sociaux, ou bien parce que Mme le ministre de l’éducation Vallot-Belkacem n’aimait pas le latin. Des enseignements qui ne bénéficient qu’à une fraction des élèves, ce n’est pas tres socialo-compatible ! Si en plus, cela donne des connaissances historiques aux élèves sur les racines latines du français, c’est extrêmement mauvais. Trop passéiste pour les socialistes, trop élitistes, trop europeano-centriste ...

 

L’arrivée du libéral socialo-centriste ni de droite ni de gauche Emmanuel Macron mis fin à ces deux expérimentations à l’école et au collège mais il lança une nouvelle réforme du lycée et du baccalauréat des son arrivée, dont les premières victimes sont toujours cette même génération des enfants nés en 2003-2004.

 

Si les réformes socialistes visaient à casser les privilèges accordés à certains enfants issus de certains milieux sociaux, ayant seuls les clefs leur permettant de comprendre le fonctionnement du système scolaire, aux yeux des socialistes, quels pouvaient bien être les objectifs des réformes Blanquer ? Macron et Blanquer ont évidemment également lancé les enseignements en demi-classe en CP en zone difficile de façon à permettre de meilleurs apprentissages. C’eut été une réforme socialiste, ils auraient plutôt imposé une mesure désavantageant les enfants honnis des classes privilégiées. 

Accessoirement, ces classes privilégiées qui connaissent si bien le fonctionnement du système scolaire sont surtout les enseignants et leurs enfants, et ce sont aussi les principaux électeurs historiques du parti socialiste. Ils étaient également, en tant qu’enseignants au primaire, les premières victimes de la réforme des rythmes scolaires. Y a-t-il d’ailleurs un lien avec le score des socialistes à la présidentielle ? Sanction idiote d’ailleurs, puisque les concepteurs de ces réformes, Vallot-Belkacem, Hollande, Valls, Macron et consorts avaient fui ailleurs, à LREM.

 

Pour en revenir au sujet qui m’interpelle, pourquoi donc Macron et Blanquer voulaient-ils réformer le Baccalauréat et les enseignements au lycée ? Etait-ce dans le but de casser la suprématie des filières scientifiques ? Objectif raté puisqu’avec cette réforme, plus de 70% des lycéens choisissent les spécialités scientifiques (Mathématiques-Physiques-SVT). Mais dans quel autre but alors ...

 

Le fait de généraliser la notation continue pour la plus grande partie des appréciations des matières et des examens du Baccalauréat met en lumière l’impossibilité de conserver un diplôme national qui aura une même valeur au plan national. Fini le rêve d’une épreuve nationale par laquelle tous les bacheliers étaient passés de la même manière, avec les mêmes angoisses, forts ou faibles. C’est un nouveau rite de passage qui disparaît, après le service militaire. Un rite de passage qui frappait tout le monde dans une génération, qui marquait toute une génération. 

Cette réforme butte sur un impensé de la réflexion pédagogique sur la réussite scolaire et sur les réformes du baccalauréat, du lycée, du collège et de l’école : l’impossibilité de noter tous les lycéens de la même manière, de manière égalitaire, et l’existence de différences de niveau scolaire et de niveau de notation entre les lycées et entre les élèves et/ou les enseignants.

Pour les examens du Baccalauréat, l’éducation nationale avait organisé au fil des années un système extrêmement complexe pour permettre que les évaluations des copies des élèves soient à peu près identiques au niveau de l’ensemble de la France et que l’ensemble des élèves se trouvent dans les mêmes conditions pour passer cet examen. Organisation militaire pour éviter que les sujets d’examen ne soient découverts et qu’ils puissent arriver le même jour dans chaque centre d’examen. Double notation de chaque copie et mise au point d’une grille d’évaluation pour que chaque enseignant note plus ou moins de manière comparable. Et anonymisation des copies afin que nul notateur ne sache quelle copie celui-ci notait, son identité, son lycée d’origine ... afin d’éviter tout a priori. Evidemment, toute cette machinerie ne permettait pas d’avoir une notation strictement équivalente dans la France entière. Mais cette machinerie extrêmement complexe et coûteuse permettait de s’en approcher. Evidemment, elle n’était pas parfaite. Deux notateurs ne suffisent pas à s’assurer de la véracité de la note attribuée. Un troisième notateur aurait certainement mis une note divergente, et un échantillonnage n’est considéré comme gaussien, ou respectant une loi normale, qu’au delà de 15 observations. Il eusse fallu 15 notations de chaque copie pour obtenir une note la plus objective possible. La seule autre manière d’avoir une notation uniforme, et donc une évaluation objective de la qualité de chaque copie, eusse été de faire noter toutes les copies par un seul et unique programme informatique, qui seul aurait été capable de noter toutes les copies et de les apprécier objectivement, de la même manière, quelque soit son état d’esprit, ses problèmes, ou la copie que l’évaluateur venait de noter.

 

Il existe évidemment des centaines de raison expliquant que les évaluateurs ne sont pas des robots et qu’ils vont forcément noter et évaluer une copie de manière différente. Passer derrière une copie excellentissime, ou derrière une copie minable, n’est évidemment pas sans conséquence. La machinerie mise en place par l’éducation nationale permettait malgré tout de limiter ce risque d’inobjectivité (ou de subjectivité) des notations. Il s’agissait du meilleur des systèmes possibles, au sens de Pangloss.

 

Mais la réforme du Baccalaureat de Blanquer oublie complètement tout ce souci d’une évaluation objectivement comparable pour le baccalauréat. Le recours au contrôle continu pour évaluer pour partie l’élève oublie complètement qu’aucun enseignant ne note de la même manière et ne donne les mêmes contrôles. Un même élève noté dans une classe d’excellence de Louis Le Grand ou dans un lycée public de banlieue ne sera pas apprécié de la même manière, n’aura pas les mêmes notes en contrôle continu. Il n’aura pas non plus le même niveau d’enseignement, me direz-vous. Il en va exactement de même de l’autre partie de la note du baccalauréat, les évaluations communes, dont les sujets doivent être recherchés dans une base de sujet commune. Là aussi, pas de système de notation pour permettre une objectivité des notations. C’est un autre enseignant du même lycée qui va noter ces évaluations. Avec là aussi forcément des niveaux d’attente différents selon que vous soyez dans un lycée de banlieue ou dans un lycée élitiste de la capitale ou dans une boite à bac.

 

Le nouveau baccalauréat de Blanquer ne permet plus de donner à chaque élève un baccalauréat reflétant le plus fidèlement possible une mesure de son excellence, de son niveau, de son travail. Une mesure qui était sensé être la plus objective possible, la plus régulière au niveau de l’ensemble de la France.

 

Non, ce nouveau Baccalauréat vient sanctionner l’élève par un diplôme dont le niveau sera différent d’une classe à l’autre, d’un enseignant à l’autre, d’un lycée à l’autre.

 

Au fond, l’aberration du baccalauréat uniforme sur l’ensemble de la France disparaît. C’était le seul diplôme à fonctionner de cette manière, l’ensemble des diplômes universitaires, jusqu’aux doctorats de troisième cycle, sont des diplomes délivrés par une université. On sanctionne un nombre d’années d’enseignement. On ne donne pas un diplôme équivalent, même si toutes les universités reconnaissent la validité de tous les diplômes de leurs consœurs, voire des universités étrangères.

 

Il y a deux conséquences possibles à ce projet de nouveau de Baccalauréat de Blanquer. La première conséquence voudrait que la valeur des diplômes de baccalauréat de chaque lycée soit différent. Il devrait y avoir de bons diplômes de baccalauréat qui seraient recherchés, venant de bons lycées, et d’autres qui ne vaudraient presque rien, quelque soit les mentions obtenues. Une mention assez bien obtenu à Louis Le Grand est bien plus difficile à obtenir qu’une mention très bien dans un lycée de banlieue où une moitié des élèves sont des cancres. Ce n’est pas 1 ou 2 points de moyenne générale qu’un élève perd en passant d’un lycée public à un lycée privé, mais plutôt 4 ou 5 points de moyenne générale. 

Mais je ne crois pas à cette conséquence. Je ne pense pas que ce soit le projet de Macron et de Blanquer. Parcours Sup apprécie à peu près tous les dossiers de la même manière, ne s’intéressant qu’aux moyennes obtenues, quelque soit les lycées fréquentés. Sinon, si Parcours Sup rajoutait entre 5 et 10 points aux moyennes générales des élèves des meilleurs lycées, ce serait une énorme levée de boucliers.

 

Et puis, aujourd’hui, que va-t-on appeler un meilleur lycée ? Celui qui a les meilleurs résultats au Baccalauréat, la plus grande proportion de diplômés, le meilleur taux de mention ? Autant les lycées élitistes avaient une chance dans le précédent système de notation du Baccalauréat, autant ils n’ont plus aucune chance dans ce nouveau régime !

 

Aujourd’hui, un élève bon ou moyen doit vraiment se poser la question de savoir s’il ne vaut mieux pas rejoindre un lycée public dans lequel le niveau est plus faible, plutôt que de rejoindre un lycée élitiste privé dans lequel il ne sera qu’un élève moyen et dans lequel il n’obtiendra que des notes moyennes, dans le milieu de sa classe. Est-ce cela le projet de Macron et de Blanquer ? Faire disparaître l’enseignement elitiste et privé, de la même manière qu’il veut désormais faire disparaître l’ENA ?

 

Oh evidemment, ces lycées élitistes privés continueront à préparer parfaitement leurs élèves pour les études supérieures et les classes préparatoires aux grandes écoles, à la différence des lycées publics normaux, ou de banlieue, comme aujourd’hui, même si ces derniers vont très vite devenir les lycées ayant les meilleurs taux de réussite au baccalauréat. Il faut juste que leurs élèves réussissent à rejoindre les classes préparatoires et les grandes écoles malgré le filtre de Parcours.Sup et de ce nouveau baccalauréat.

 

Il s’agit vraiment d’une drôle de réforme que cette réforme du Baccalauréat. À la différence des réformes des socialistes dont on comprenait parfaitement les tenants et les aboutissants, notamment l’égalitarisme le plus complet, qu’aucun élève n’obtienne plus que les autres, cette réforme Blanquer du lycée et du Baccalauréat est plus complexe, même si ce souci de l’égalitarisme républicain semble la piste la plus probable. Égaliser les chances de tous les élèves, quelque soit le lycée où ils étudient. 

Techniquement, ce système devrait conduire tous les lycées à noter plus souplement leurs élèves pour leur permettre d’avoir de meilleures mentions au Baccalauréat et une meilleure orientation derrière dans le cadre de Parcours Sup. Mais peut-être qu’au fond, c’est la focalisation sur la mention obtenue au Baccalauréat qui ne va plus avoir aucun sens ? La fin d’une époque ?

 

 

Saucratès


28/04/2021
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De la nécessité de remettre en question l'idée de noter dur pour le bien des élèves au Lycée Levavasseur

Saint-Denis de la Réunion, mercredi 15 juillet 2020

 
Paradoxe au lycée Levavasseur ! Jamais les résultats du baccalauréat n’ont été aussi élevés en France et à La Réunion. Plus de 90% de réussite au premier tour. Et sûrement beaucoup plus attendu après les oraux de rattrapage. Et malgré tout, jamais le lycée Levavasseur de Saint-Denis de la Réunion n’aura affiché un aussi faible taux de réussite au baccalauréat ! Paradoxe réellement ? Ou bien était-ce une évidence en regard des méthodes de notation de cet établissement privé ? En tant que parent d’un lycéen de Levavasseur, je tiens à exprimer mon ressenti sur cette situation inquiétante.

 
Le lycée Levavasseur était ce que l’on appelait autrefois une boite à Bac. Un établissement privé catholique dans lequel on inscrivait ses enfants avec la quasi certitude qu’ils obtiendraient leur baccalauréat, avec le plus souvent une mention «Bien» ou «Très bien». Y faire entrer ses enfants était souvent compliqué, la scolarité y était relativement onéreuse, mais les enfants y étaient préparés aux études supérieures.

 

Je ne souhaite cependant pas critiquer ce lycée. Installé dans le centre historique de Saint-Denis, le lycée Levavasseur est un endroit magnifique pour y passer ces années de lycée. Il y a bien pire ! Mais il y a aussi un problème de notation des enseignants ... un problème de sous-notation chronique, qui a toujours existé, qui n’a jamais posé problème jusqu’à cette année, mais qui continuera à poser problème dans les années futures dans le cadre du nouveau Baccalauréat.
 

Une partie des enseignants de ce lycée partent du principe qu’ils préparent leurs élèves aux études supérieures, et pour cela, ils les notent comme ils estiment que leurs élèves seront notés ultérieurement dans le supérieur. Il y a même certains enseignants du lycée qui ne font pas seulement que truffer leurs devoirs de pièges, ils truffent également leurs corrections de pièges pour s’assurer que leurs élèves sont attentifs et travaillent ! Aberrant ? Non, juste la réalité d’un lycée élitiste.
 

Ce qui était une force autrefois, ce qui était une force les années précédentes, ce qui permettait au lycée d’afficher un taux de réussite invraisemblable proche de 100% aux épreuves du Baccalauréat, devient désormais une faiblesse, dès lors que l’on prend en compte des notes issues du contrôle continu, comme par exemple pour le Baccalauréat de cette année 2020, ou des années ultérieures. 
 

Je ne vais pas argumenter autour de l’aberration de l’utilisation du contrôle continu pour l’attribution du Bac. La réforme du Bac est passée et elle entrera en application pour la première fois l’année prochaine.

 

Non, la véritable aberration, c’est le système de notation des enseignants des lycées privés, et en particulier du lycée Levavasseur. Il est aberrant qu’un enfant ne puisse pas être noté de la même manière, qu’il ne puisse pas être évalué de la même manière quel que soit le lycée où il étudie ! Puisqu’une telle objectivité des notations n’est pas possible, n’est-il pas aberrant que les notes du contrôle continu servent à l’obtention du Bac ? En tout cas, il est aberrant que les enseignants du lycée Levavasseur ne se remettent pas en cause, que la direction de ce lycée ne se saisisse pas de ce problème colossal.

 

Car lorsqu’il deviendra clair qu’en raison du système de sous-notation, un lycéen de Levavasseur aura moins de chance d’avoir son Bac dans ce lycée que dans un lycée public comme Bellepierre ou Leconte, puisqu’il perd 3 ou 4 points de moyenne générale, le lycée se trouvera face à une fuite de ses élèves et des parents !

 

Mais pour l’instant, il n’y a aucune remise en cause de la part des enseignants et de la direction de Levavasseur. Les mauvais résultats du baccalauréat 2020 ne sont dûs qu’à l’absence de travail suffisant des élèves selon leurs enseignants ! On met en cause le travail des élèves, on va nous parler de la nécessité d’un travail régulier de nos enfants tout au long de l’année scolaire, mais à aucun moment, les enseignants ne reconnaitront que le souci vient de leur méthode de sous-noter leurs élèves, supposément pour les préparer aux études supérieures ... Mais encore faut-il qu’ils réussissent à avoir leur Bac à Levavasseur !

 

Pour citer le magazine «Famille & éducation» n°532 de Mai-juin 2020 : «... si les mentions baissaient dans certains établissements cette année - en raison du contrôle continu imprévu - cela permettrait peut-être de remettre en question l'idée de noter dur pour le bien des élèves.» Cette citation est attribuée à M. Pierre Mathiot, concepteur de la réforme du baccalauréat et du lycée.

 

Nombre de parents des lycéens de Levavasseur seraient certainement d’accord avec cette remise en question ! Le lycée Levavasseur va-t-il communiquer sur les mauvais résultats du Bac 2020 ? Sur le plus faible taux de mention «Bien» et «Très bien» en regard des années précédentes ? Sans se défausser de cette responsabilité sur les enfants et sur leur supposé absence de travail ... Chiche !

 

 

Saucratès


14/07/2020
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Enseignement, réformes, sélection sociale et bienveillance

Saint-Denis de La Réunion, vendredi 11 octobre 2019

 

Le monde de l'enseignement et ses différentes réformes sont un de mes sujets de prédilection. C'est aussi un sujet sur lequel mon fils de quinze ans est particulièrement remonté, mais à ma différence, il ne s'intéresse pas aux articles de la presse écrite ou à l'écriture de textes critiques. Dans sa génération, on parle de vidéos, de youtubeurs. Ecart de génération même sur des sujets sur lesquels nous sommes en accord.

 

(Je vais dans cet article à plusieurs reprises parler de lui parce que ce sujet de l'éducation, de l'école, du collège, du lycee, le concerne beaucoup plus précisément qu'il ne me touche moi-même).

 

Le Monde Diplomatique de septembre 2019 avait donc fait paraître quelques articles sur l'enseignement, et notamment un texte de Clothilde Dozier et de Samuel Dumoulin intitulé «La Bienveillance, cache-misère de la sélection sociale à l'école»

 

https://www.monde-diplomatique.fr/2019/09/DOZIER/60366

 

Je pense que nous avons (eux et moi) des positions globalement divergentes sur le sujet. Il me semble qu'ils dénoncent grosso-modo une tentative du gouvernement de «masquer  l’impuissance de l’institution à réduire le fossé entre les enfants des classes favorisées et ceux des classes populaires». Ils concluent leur article par la sentence que «Le tri social des élèves existait déjà hier. Mais l'institution ne consacrait pas autant d'efforts à le rendre invisible».

 

Cette idée contestée de la «bienveillance» que les enseignants sont invités à témoigner à leurs élèves

 

Les auteurs contestent apparemment d'abord l'importance qui est donnée à la bienveillance à l'égard des élèves et ils considèrent qu'elle sert à masquer l'insuffisance des moyens consentis à l'enseignement à l'école, au collège et au lycée. «La mise en orbite du thème de la bienveillance dans l'univers éducatif a ainsi pour intérêt premier d'escamoter les causes réelles de l'échec scolaire».  

 

Je pense que le rapprochement entre leurs réflexions et les miennes s'arrête là. Ils datent de la présidence de Francois Hollande le début de cette psalmodie moralisatrice. Moi de mon côté, je date de cette même présidence, et de sa ministre de l'Education nationale, Mme Najat Valot-Belkacem, cette hystérie égalisatrice visant à supprimer toute différence de moyens entre les élèves, avec l'interdiction de commencer une deuxième langue vivante en sixième, dans ce qui était appelé les classes bilangues, ou la suppression de l'enseignement du latin (et du grec ancien) parce que cela ne favorisait que certains gamins. Normal, vu la manière dont j'ai dû batailler avec mes enfants pour qu'ils se mettent au latin, alors qu'un gamin normal comptabilise plutôt ses heures de cours et vise à travailler le moins possible. Très peu de gamins acceptent d'apprendre le latin ou le grec.

 

Selon moi, Mme la ministre Najat Valot-Belkacem ne cherchait pas à faire des économies sur les heures de cours mais plutôt à empêcher tout moyen supplémentaire donné à des enfants non en difficulté. Elle serait restée quelques années de plus a la tête de l'Education nationale, les socialistes auraient fait en sorte que les enfants qui s'en sortaient deviennent ceux en difficulté dans le système scolaire. Quel meilleur moyen de combattre le tri social des élèves que de mettre en difficulté les élèves qui s'en sortent, souvent de milieux sociaux aisés, et de favoriser inversement ceux en difficulté. Inutile de dire que je n'étais aucunement favorable au projet socialiste (ou plutôt d'Hollande et de Valot-Belkacem).

 

Par contre, le principe de la bienveillance que les deux auteurs mettent en cause, mettent en pièce, qu'ils font remonter à la présidence de François Hollande, ce principe, j'y suis particulièrement favorable. Mon enfance et mon adolescence ont été remplis de ces réunions parents-professeurs qui se soldaient inévitablement par la liste de tous mes défauts, de tous mes manquements, de toutes mes fautes. J'ai retrouvé la meme expérience avec mes enfants, avec les réunions parents-professeurs concernant mes enfants. Un enseignant, de par mon expérience, ne relève pratiquement jamais les qualités d'un enfant, mais bien au contraire semble prendre un malin plaisir à lister et à chercher ses difficultés, et le plus souvent même ne voit que les défauts. Très rares sont les enseignants qui avaient un discours équilibré sur mes enfants. J'en suis arrivé à fuir ces réunions parce qu'au fond elles ne servent absolument à rien. On n'est pas là, en tant que parents, pour voir noircir ses enfants. Evidemment, j'ai extrêmement mal vécu ces réunions lorsque j'étais enfant ou adolescent. J'ai des souvenirs cuisants des retours au domicile de mes parents. Et évidemment, je n'ai jamais réagi de la sorte avec mes enfants, privilégiant le plus souvent l'affrontement larvé avec les enseignants (heureusement également que ma femme est là pour servir de tampon, pour préserver nos enfants des ions des enseignants). Il existe évidemment une explication de mon comportement de parent. Les spécialistes parlent ainsi de la blessure narcissique que représente ces réunions, où la vision fantasmée de l'enfant idéalisé se fracasse sur la réalité de l'école. 

 

Mais il ne s'agit pas de cela ici. Le problème est l'incompétence de la majeure partie du corps des enseignants en matière de bienveillance et de tolérance, d'acceptation des différences de comportement entre les enfants. Et je m'inscris bien en totale opposition avec les positions exprimées par Clotilde Dozier et Samuel Dumoulin. Le monde de l'enseignement doit se réformer pour devenir bienveillant. Le système de notation doit se réformer pour oublier le jugement négatif qu'il représente depuis toujours pour devenir un système bienveillant qui fait apparaître les réussites et non qui souligne les erreurs et les fautes comme aujourd'hui. Dans de nombreux autres pays européens, comme me l'indique mon fils de quinze ans dont j'ai déjà parlé, les enseignants soulignent en couleur les bonnes réponses des élèves avec des encouragements écrits. C'est tres rarement dans le système éducatif français. Ce sont le plus souvent les erreurs qui sont soulignés en rouge, avec des commentaires le plus souvent péjoratif. «Nul !».

 

Les auteurs remettent en cause le principe de l'évaluation pour le brevet des collèges. Mon fils et moi-même également, mais pas pour les mêmes raisons. Les auteurs soulignent que «Même si Florian est archinul en anglais, le décompte lui garantit au minimum 20% des points possibles. Très bon en mathématiques, mais pas excellent, il obtiendra cependant 100% des points pour la composante en question». Nous avons ainsi là deux parfaits spécimens des enseignants dont je parle ! Comment peuvent-ils accepter qu'un archinul en anglais n'est pas 0/50 et qu'un 50/50 puisse récompenser un élève qui n'est même pas brillantissime ! Ce système est forcément rejeté par un corps d'enseignants pour lesquels les notes sont forcément des sanctions, doivent sanctionner la bonne appréhension de connaissances !

 

Il y a une autre façon d'appréhender le système de notation. De trop bonnes notes à un contrôle sont un signe pour un enseignant qu'il a raté son évaluation. Trop facile, trop simple, ou alors un motif de suspicion, de fraude ; le signe que les enfants avaient préalablement les réponses. De très mauvaises notes inversement à un contrôle, n'est pas vécu par l'enseignant comme le signe d'une évaluation trop compliquée, mais témoigne du fait que les élèves n'ont pas travaillé. Incroyable et faux me direz-vous ? Mais nos enfants vivent cette situation en permanence. Dans un bon contrôle bien réussi aux yeux des enseignants, les notes doivent s'étaler entre 0/20 et 20/20 (ou plutôt 18/20 le plus souvent) et la moyenne de la classe doit tourner entre 9/20 à 12/20 !

 

Alors oui, le système est à réformer pour valoriser les enfants, quelques soient les matières, et pour souligner leur réussite et les aider à progresser. Ce devrait être le rôle des enseignants. 

 

Mon fils et moi-même contestons pourtant ce même système de notation du brevet du collège, mais parce qu'il contient une très forte composante subjective dans les évaluations des compétences. On n'apprécie pas uniquement les compétences objectivement, mais le ressenti de l'évaluateur. On ne note plus les compétences de l'enfant mais son comportement. C'est vrai en sport comme dans toutes les matières. Mais tous les enfants ne se comportent pas en cours de la même manière, sans forcément en arriver jusqu'au manquement de respect pour l'enseignant. Tous les enfants ne sont pas des images collées aux murs, des éponges buvant les paroles de l'enseignant. Certains pourront être plus ou moins dissipés, plus ou moins turbulents. Et tous ces comportements vont donner lieu à des appréciations différentes. Et comme chaque enseignant ne pourra pas non plus donner que des 50/50 à tous ses élèves pour une compétence, chaque classe sera ainsi appréciée différemment. Un enfant dans un très bon collège, dans une très bonne classe, pourra ainsi se voir attribuer des notes très mauvaises alors que dans une autre classe, avec d'autres enfants moins bons, moins travailleurs, ses évaluations auraient été très différentes !

 

Comment peut-on accepter qu'une évaluation des compétences ne se basent pas sur une approche objective des compétences mais sur une approche purement subjective et comparative des compétences ?

 

L'idée de l'existence d'une sélection sociale dans le système éducatif

 

Étant en désaccord complet avec le projet socialiste visant l'éducation nationale, je ne défends ainsi absolument pas l'idée que l'école, le collège et le lycée n'ont pas et ne servent pas à sélectionner les enfants. C'est même idiot selon moi de prétendre le contraire. Le système des écoles de sport-études, que ce soit en tennis, en football, en gymnastique ou en tennis de table, visent à sélectionner des enfants particulièrement brillants dans leur sport, et il ne viendrait l'idée de personnes de le contester, à mon sens. Une multitude de gamins font acte de candidatures, et les filières sport-études retiennent les enfants les plus brillants, au plus grand potentiel. Pas les plus intelligents. Pas les plus beaux physiquement. Pourquoi cela serait-il différent dans le monde normal de l'enseignement. Que tous les enfants puissent bénéficier des mêmes chances, de la même attention, de la même bienveillance, je ne le remet pas en cause. Mais nous ne partons pas tous dans la vie avec les mêmes chances, avec les mêmes réseaux de connaissance. À la fin de mon lycée, il y a plus de trente ans, je n'avais jamais entendu parler de l'Ecole normale supérieure d'Ulm, des écoles d'ingénieurs. Derrière le Bac, c'était la vie active qui commençait. Un enfant d'énarque ou de normalien connaissait forcément ces écoles, et il avait forcément plus de chance que moi de pouvoir y entrer. Evidemment. Moi, de mon côté, avec mon père militaire, je connaissais les grades de la marine, les façons d'y rentrer, les concours à passer. Nous bénéficions tous de réseaux de connaissance et d'informations différents les uns des autres, même aujourd'hui à l'heure d'Internet.

 

Il me semble aberrant de vouloir faire disparaître l'existence des différences entre les enfants, entre les élèves. À vouloir que tout le monde avance de la même manière, à la même vitesse, on prive et on décourage forcément certains enfants et cela restera sans effet sur de nombreux autres enfants. Tous les enfants ne peuvent pas avoir le Bac ou un niveau licence, sauf à faire tomber le niveau de ce Bac ou de ces licences de telle sorte qu'il ou qu'elles ne valent plus rien réellement. Tout le monde n'est pas égal en sport, devant la mort, devant la maladie, pourquoi devrions-nous tous être égaux en compétence et en intelligence ? 

 

Qu'un système éducatif fasse en sorte par la tolérance, par les moyens supplémentaires accordés, par la bienveillance, d'aider plus fortement les élèves en difficulté, de faire en sorte qu'ils ne décrochent pas, qu'ils réussissent à se raccrocher à des matières qu'ils apprécient, où ils se sentent bien, qui les intéressent, c'est une bonne chose. Mais pas par la contrainte. Pas en sacrifiant les élèves les plus doués, les plus studieux ou les plus intelligents. Ce qui pour moi était le projet socialiste d'Hollande et de Valot-Belkacem. 

 

 

Saucratès 


11/10/2019
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De la focalisation des pouvoirs publics sur les classements et enquêtes internationales

Saint-Denis de La Réunion, jeudi 15 août 2019

 

Un article intéressant du Monde traitant du sujet des classement internationaux en matière d'éducation. J'ai toujours trouvé les divers classements et enquêtes internationaux particulièrement problématiques. Que l'on parle du classement de l'université de Shanghai, que l'on parle des enquêtes TIMSS ou des enquêtes PISA. J'ai toujours trouvé inconcevable que les spécialistes de l'éducation et que les responsables de l'administration et du gouvernement leur accordent une aussi grande importance et qu'ils essaient de réformer les méthodes d'enseignement françaises pour améliorer la position de la France dans ces classements, et qu'ils scrutent les moindres resultats et les evolutions de la place de la France dans ces classements !

 

https://www.lemonde.fr/campus/article/2019/08/15/le-classement-de-shanghai-n-est-pas-fait-pour-mesurer-la-qualite-des-universites-francaises_5499548_4401467.html

 

Voilà donc un chercheur, un enseignant français, d'un des plus grand pôle de recherche et d'enseignement français, qui explique et démontre enfin les raisons des mauvais classements de la France au sein de ce classement de Shanghai, qui est l'alpha et l'oméga d'un nombre trop important des décideurs français ou des spécialistes de l'enseignement en France, alors qu'il ne devrait absolument pas l'être. 

 

J'apprécie que dans cet article, l'auteur rappelle que de nombreux pays étrangers, même très bien notés et classés dans ce classement, n'accordent aucune importance à ces résultats, bons ou mauvais. L'auteur indique ainsi que c'est le cas des allemands, aussi mal classés que la France pour exactement les mêmes raisons, mais également les américains, disposant de plusieurs universités ou écoles pourtant très bien placées dans ce même classement. 

 

«[Ce classement] a une importance considérable dans le débat public français, alors que ce n’est pas le cas aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, où les étalissements universitaires sont pourtant très bien classés. Ni en Allemagne, où ils sont mal placés, pour des raisons similaires à la France. Des présidents de facultés allemandes refusent même de transmettre leurs informations au cabinet de conseil qui établit le classement.»

 

Il est important de rappeler que la France a ainsi fait le choix de la massification de l'enseignement supérieur et que cette massification a pour conséquence l'afflux d'étudiants venant de classes sociales défavorisées ou moins favorisées dans le système universitaire et de grandes écoles français. 

 

Comme l'indique l'auteur,

 

«Les financements des politiques publiques de l’excellence renforcent donc indirectement la polarisation sociale du système universitaire, en donnant plus de moyens pour l’éducation des étudiants favorisés. Finalement, adapter le système universitaire français au classement de Shanghaï, c’est lui faire adopter une logique de concurrence et de rationalisation économique, au détriment de l’esprit de service public et des missions académiques.»

 

On ne peut pas vouloir une chose, un système scolaire et universitaire offrant des chances égales à tous les enfants et étudiants, quelque soit leur niveau social, et en même temps vouloir avoir un système universitaire se situant aux plus hautes marches du podium selon le classement d'une université de Shanghai. Ce n'est tout simplement pas logique.

 

Comme l'indique également l'auteur, 

 

«Le projet Saclay a ainsi changé un nombre incalculable de fois pour arriver à un ensemble qui pourrait être classé par Shanghaï ; c’est-à-dire ressembler institutionnellement à une université anglo-saxonne. La nouvelle université Paris-Saclay, qui naîtra au 1er janvier 2020, sera un établissement avec des étudiants presque tous sélectionnés, focalisé sur le niveau master et le doctorat, et avec beaucoup plus de recherche et beaucoup moins d’enseignement que dans une université française traditionnelle.»

 

Ou encore ...

 

«A Paris-Dauphine, on ne trouve pratiquement pas d’enfants des classes populaires. A l’inverse, certaines universités d’outre-mer ou des Hauts-de-France ont très peu d’enfants de cadres, alors qu’ils constituent 40% de la population étudiante à l’université. Et, surprise, les universités à la population étudiante la plus aisée sont celles qui sont les mieux classées par Shanghaï, et qui reçoivent les financements IDEX.»

 

Plus largement, la création de ces pôles d'excellence, de ces universités à l'americaine, auxquelles tant de présidents de la République successifs et de ministres de l'éducation nationale ou de la recherche successifs, s'opposent à la logique même du système défendu et dans lequel croient les étudiants français. Le mythe de mai 68, d'octobre 86 et le rejet de la sélection à l'entrée de l'université nous rappelle que le système universitaire français, au delà même de la massification, repose sur le principe même d'égalité de tous et le libre accès à l'enseignement supérieur. C'est tout cela qui est remis en cause par la focalisation sur ce classement de Shanghai mais également par la réforme des enseignements pour le baccalauréat.

 

Plus largement, au delà du classement de Shanghai, c'est la focalisation sur l'ensemble des classements internationaux qu'il faut remettre en cause. Non pas tant les classements eux-mêmes, qui ont le mérite d'exister, que la focalisation sur la position de la France dans ces classements. C'est cela qui pose problème. Quand je parle de classements, je pense notamment à l'enquete PISA («Programme for International Student Assessment» ou en français «Programme international pour le suivi des acquis des élèves») qui mesure épisodiquement le niveau des jeunes écoliers ou collégiens français dans plusieurs matières (mathématiques, sciences et humanités). Je pense aussi aux enquêtes TIMMS («Trends in International Mathematics and Science Study») qui s'intéresse pour sa part en l'enseignement des mathématiques, soit en terminale, soit en classes de quatrième, soit en classe de CM1. 

 

https://www.education.gouv.fr/pid37635/pisa-programme-international-pour-le-suivi-des-acquis-des-eleves.html

https://www.education.gouv.fr/cid139711/timss-2019-l-etude-internationale-consacree-aux-mathematiques-et-aux-sciences.html

 

Pour bien démontrer l'importance demesurée que le ministere et les pouvoirs publics accordent à ces enquêtes, il faut noter que l'on y parle d'equipe de France PISA 2018 ! L'enjeu est tellement important pour le ministère que l'on assimile cette enquête à une compétition où les enfants appartiennent à l'équipe de France. Comme si les collégiens ou lycéens français devaient remporter cette compétition comme l'équipe de France a remporté le dernier mondial de football ! On marche sur la tête. À quand un sélectionneur pour l'équipe de France PISA ? LOL, suis-je bête, la sélection des enfants est aléatoire !

 

Ce sont ces mêmes enquêtes et les mauvais résultats obtenus par la France au cours des dernières enquêtes qui ont conduit aux diverses réformes des écoles, collèges et lycées concoctées pour nos enfants. Que ce soit la réforme des rythmes scolaires d'Hollande et de ses conseillers, ou de la réforme du Bac concoctée par Blanquer. Si les résultats de la France venaient à s'améliorer, des ribambelles de ministres successifs et de partis politiques s'en octroieraient le bénéfice, de Blanquer aux socialo-libéraux Hollande et consorts.

 

Je n'aurai qu'une seule conclusion à ces différents sujets : foutez la paix à nos enfants. Laissez les apprendre dans un cadre stable, et respectez la nécessaire harmonie et unanimité pour les évolutions et réformes que vous voulez faire passer. Que chaque parti politique, que chaque ministre, cessent de vouloir faire passer sa réforme majeure dont les seules victimes sont nos enfants !

 

Il serait néanmoins intéressant de comprendre pourquoi ces classements, bons ou mauvais, plaisent autant aux spécialistes français de l'enseignement et de l'éducation, aux responsables de l'administration et aux hommes politiques en charge de ces sujets ou simplement à la recherche de promesses électoralistes ... Et la réponse doit se trouver dans ce tropisme français de nos spécialistes et politiques à l'égard des notes et des évaluations. Ils ne peuvent pas accepter qu'une mauvaise note leur soit attribuée. Les notes doivent progresser, les résultats doivent croître. Des résultats en baisse sont une faute inqualifiable pour ces personnes-là, ces ex-premiers de la classe, qui revivent dans cet échec vis-à-vis des classements et des enquêtes internationales des traumatismes probablement vécus dans leur petite enfance. Cette réaction des penseurs et spécialistes du Monde de l'éducation, pâtit de la politique de notation et d'excellence du système éducatif français, confronté dès la petite enfance à l'usage de la note, de l'évaluation, du jugement des enseignants. Ces penseurs et spécialistes ne peuvent pas s'empêcher de tout réformer pour tenter de trouver une amélioration de la place de la France dans ces classements et enquêtes. Coûte que coûte. Jusqu'à vouloir surfer sur l'image d'une équipe de France comme s'il s'agissait d'une compétition internationale dans laquelle il fallait l'emporter.

 

 

Saucratès

 

 

Nota : Mes autres écrits sur le même sujet des enquêtes internationales

De l'enseignement


15/08/2019
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