Critiques de notre temps

Critiques de notre temps

Education


De la focalisation des pouvoirs publics sur les classements et enquêtes internationales

Saint-Denis de La Réunion, jeudi 15 août 2019

 

Un article intéressant du Monde traitant du sujet des classement internationaux en matière d'éducation. J'ai toujours trouvé les divers classements et enquêtes internationaux particulièrement problématiques. Que l'on parle du classement de l'université de Shanghai, que l'on parle des enquêtes TIMSS ou des enquêtes PISA. J'ai toujours trouvé inconcevable que les spécialistes de l'éducation et que les responsables de l'administration et du gouvernement leur accordent une aussi grande importance et qu'ils essaient de réformer les méthodes d'enseignement françaises pour améliorer la position de la France dans ces classements, et qu'ils scrutent les moindres resultats et les evolutions de la place de la France dans ces classements !

 

https://www.lemonde.fr/campus/article/2019/08/15/le-classement-de-shanghai-n-est-pas-fait-pour-mesurer-la-qualite-des-universites-francaises_5499548_4401467.html

 

Voilà donc un chercheur, un enseignant français, d'un des plus grand pôle de recherche et d'enseignement français, qui explique et démontre enfin les raisons des mauvais classements de la France au sein de ce classement de Shanghai, qui est l'alpha et l'oméga d'un nombre trop important des décideurs français ou des spécialistes de l'enseignement en France, alors qu'il ne devrait absolument pas l'être. 

 

J'apprécie que dans cet article, l'auteur rappelle que de nombreux pays étrangers, même très bien notés et classés dans ce classement, n'accordent aucune importance à ces résultats, bons ou mauvais. L'auteur indique ainsi que c'est le cas des allemands, aussi mal classés que la France pour exactement les mêmes raisons, mais également les américains, disposant de plusieurs universités ou écoles pourtant très bien placées dans ce même classement. 

 

«[Ce classement] a une importance considérable dans le débat public français, alors que ce n’est pas le cas aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, où les étalissements universitaires sont pourtant très bien classés. Ni en Allemagne, où ils sont mal placés, pour des raisons similaires à la France. Des présidents de facultés allemandes refusent même de transmettre leurs informations au cabinet de conseil qui établit le classement.»

 

Il est important de rappeler que la France a ainsi fait le choix de la massification de l'enseignement supérieur et que cette massification a pour conséquence l'afflux d'étudiants venant de classes sociales défavorisées ou moins favorisées dans le système universitaire et de grandes écoles français. 

 

Comme l'indique l'auteur,

 

«Les financements des politiques publiques de l’excellence renforcent donc indirectement la polarisation sociale du système universitaire, en donnant plus de moyens pour l’éducation des étudiants favorisés. Finalement, adapter le système universitaire français au classement de Shanghaï, c’est lui faire adopter une logique de concurrence et de rationalisation économique, au détriment de l’esprit de service public et des missions académiques.»

 

On ne peut pas vouloir une chose, un système scolaire et universitaire offrant des chances égales à tous les enfants et étudiants, quelque soit leur niveau social, et en même temps vouloir avoir un système universitaire se situant aux plus hautes marches du podium selon le classement d'une université de Shanghai. Ce n'est tout simplement pas logique.

 

Comme l'indique également l'auteur, 

 

«Le projet Saclay a ainsi changé un nombre incalculable de fois pour arriver à un ensemble qui pourrait être classé par Shanghaï ; c’est-à-dire ressembler institutionnellement à une université anglo-saxonne. La nouvelle université Paris-Saclay, qui naîtra au 1er janvier 2020, sera un établissement avec des étudiants presque tous sélectionnés, focalisé sur le niveau master et le doctorat, et avec beaucoup plus de recherche et beaucoup moins d’enseignement que dans une université française traditionnelle.»

 

Ou encore ...

 

«A Paris-Dauphine, on ne trouve pratiquement pas d’enfants des classes populaires. A l’inverse, certaines universités d’outre-mer ou des Hauts-de-France ont très peu d’enfants de cadres, alors qu’ils constituent 40% de la population étudiante à l’université. Et, surprise, les universités à la population étudiante la plus aisée sont celles qui sont les mieux classées par Shanghaï, et qui reçoivent les financements IDEX.»

 

Plus largement, la création de ces pôles d'excellence, de ces universités à l'americaine, auxquelles tant de présidents de la République successifs et de ministres de l'éducation nationale ou de la recherche successifs, s'opposent à la logique même du système défendu et dans lequel croient les étudiants français. Le mythe de mai 68, d'octobre 86 et le rejet de la sélection à l'entrée de l'université nous rappelle que le système universitaire français, au delà même de la massification, repose sur le principe même d'égalité de tous et le libre accès à l'enseignement supérieur. C'est tout cela qui est remis en cause par la focalisation sur ce classement de Shanghai mais également par la réforme des enseignements pour le baccalauréat.

 

Plus largement, au delà du classement de Shanghai, c'est la focalisation sur l'ensemble des classements internationaux qu'il faut remettre en cause. Non pas tant les classements eux-mêmes, qui ont le mérite d'exister, que la focalisation sur la position de la France dans ces classements. C'est cela qui pose problème. Quand je parle de classements, je pense notamment à l'enquete PISA («Programme for International Student Assessment» ou en français «Programme international pour le suivi des acquis des élèves») qui mesure épisodiquement le niveau des jeunes écoliers ou collégiens français dans plusieurs matières (mathématiques, sciences et humanités). Je pense aussi aux enquêtes TIMMS («Trends in International Mathematics and Science Study») qui s'intéresse pour sa part en l'enseignement des mathématiques, soit en terminale, soit en classes de quatrième, soit en classe de CM1. 

 

https://www.education.gouv.fr/pid37635/pisa-programme-international-pour-le-suivi-des-acquis-des-eleves.html

https://www.education.gouv.fr/cid139711/timss-2019-l-etude-internationale-consacree-aux-mathematiques-et-aux-sciences.html

 

Pour bien démontrer l'importance demesurée que le ministere et les pouvoirs publics accordent à ces enquêtes, il faut noter que l'on y parle d'equipe de France PISA 2018 ! L'enjeu est tellement important pour le ministère que l'on assimile cette enquête à une compétition où les enfants appartiennent à l'équipe de France. Comme si les collégiens ou lycéens français devaient remporter cette compétition comme l'équipe de France a remporté le dernier mondial de football ! On marche sur la tête. À quand un sélectionneur pour l'équipe de France PISA ? LOL, suis-je bête, la sélection des enfants est aléatoire !

 

Ce sont ces mêmes enquêtes et les mauvais résultats obtenus par la France au cours des dernières enquêtes qui ont conduit aux diverses réformes des écoles, collèges et lycées concoctées pour nos enfants. Que ce soit la réforme des rythmes scolaires d'Hollande et de ses conseillers, ou de la réforme du Bac concoctée par Blanquer. Si les résultats de la France venaient à s'améliorer, des ribambelles de ministres successifs et de partis politiques s'en octroieraient le bénéfice, de Blanquer aux socialo-libéraux Hollande et consorts.

 

Je n'aurai qu'une seule conclusion à ces différents sujets : foutez la paix à nos enfants. Laissez les apprendre dans un cadre stable, et respectez la nécessaire harmonie et unanimité pour les évolutions et réformes que vous voulez faire passer. Que chaque parti politique, que chaque ministre, cessent de vouloir faire passer sa réforme majeure dont les seules victimes sont nos enfants !

 

Il serait néanmoins intéressant de comprendre pourquoi ces classements, bons ou mauvais, plaisent autant aux spécialistes français de l'enseignement et de l'éducation, aux responsables de l'administration et aux hommes politiques en charge de ces sujets ou simplement à la recherche de promesses électoralistes ... Et la réponse doit se trouver dans ce tropisme français de nos spécialistes et politiques à l'égard des notes et des évaluations. Ils ne peuvent pas accepter qu'une mauvaise note leur soit attribuée. Les notes doivent progresser, les résultats doivent croître. Des résultats en baisse sont une faute inqualifiable pour ces personnes-là, ces ex-premiers de la classe, qui revivent dans cet échec vis-à-vis des classements et des enquêtes internationales des traumatismes probablement vécus dans leur petite enfance. Cette réaction des penseurs et spécialistes du Monde de l'éducation, pâtit de la politique de notation et d'excellence du système éducatif français, confronté dès la petite enfance à l'usage de la note, de l'évaluation, du jugement des enseignants. Ces penseurs et spécialistes ne peuvent pas s'empêcher de tout réformer pour tenter de trouver une amélioration de la place de la France dans ces classements et enquêtes. Coûte que coûte. Jusqu'à vouloir surfer sur l'image d'une équipe de France comme s'il s'agissait d'une compétition internationale dans laquelle il fallait l'emporter.

 

 

Saucratès

 

 

Nota : Mes autres écrits sur le même sujet des enquêtes internationales

De l'enseignement


15/08/2019
0 Poster un commentaire

Le baccalauréat 2019 et le légitime mouvement de contestation de la réforme des enseignements au Lycée et du baccalauréat

Saint-Denis de La Réunion, samedi 20 juillet 2019

 

On aura entendu beaucoup de choses concernant la réforme du baccalauréat, sur les supposés insupportables enseignants ayant pris en otage de jeunes futurs bacheliers. Le ministère parle pratiquement d'actes terroristes ! 

 

1. Une remise en cause de droits syndicaux

 

Il s'agit d'abord de la négation du droit des enseignants à contester une réforme injuste et prise sans concertation. La remise en cause du lycée, de l'égalité de tous devant un examen national. La remise en cause surtout du droit de faire greve. Ce ministère, comme tant d'autres ministères, ce gouvernement, comme tant d'autres gouvernements avant eux, tentent la criminalisation du droit de grève. Les enseignants qui osent refuser la correction de copies du baccalauréat, les infirmiers et professions médicales qui osent tomber malades lorsqu'ils veulent faire grève parce qu'ils se voient imposer de soigner même lorsqu'ils sont en grève. Et ces ministres de Macron qui les accusent, qui les condamnent, parce qu'ils osent s'opposer à leurs politiques de destruction des emplois, des hôpitaux, des écoles !

 

Les enseignants grévistes prennent donc en otage, selon le ministre Blanquer et selon le ministère, les bacheliers et leurs parents en bloquant la restitution des copies et des notes ! Résultat, avec un an d'avance, les bacheliers se sont vus appliquer leur moyenne annuelle dans les matières où les notes n'étaient pas disponibles. Et comme les jurys d'enseignants refusaient parfois de se prononcer et d'appliquer les décisions du ministère, ce sont les équipes administratives qui ont suppléé aux jurys souverains pour saisir les notes et décider de l'attribution du baccalauréat. 

 

https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/07/16/resultats-du-baccalaureat-2019-l-ideal-sacre-d-egalite-vient-d-etre-bafoue_5489837_3232.html

 

Certains ont applaudi le talent du ministre Blanquer, qui a réussi à mettre en application sa réforme du lycée avec deux ans d'avance pour combattre les enseignants grévistes. Mais pour quelle raison dit-on de cette réforme qu'elle n'est pas égalitaire ?

 

2. La réforme à l'origine de cette contestation

 

Tout ceci provient d'une réforme hâtive des enseignements au lycée et du baccalauréat, décidée par un gouvernement, par un ministre et imposée à la hussarde par ce même ministre. Cette réforme n'est pas le fruit d'une concertation au sein du monde de l'enseignement, de l'éducation nationale. Certes, M. Blanquer est considéré comme un spécialiste du monde de l'enseignement, de l'éducation nationale. Certes, le constat de base sur lequel tout le monde est plus ou moins d'accord, c'est la nécessité de réformer la place de la série scientifique pour le baccalaureat. S'il n'y a pas adhésion de tous, c'est en tout cas quelque chose qui ne semble pas être trop conflictuelle. Les mathématiques sont un critère comme un autre de sélection, au même titre que le francais d'ailleurs, mais il n'est sûrement pas normal que les autres matières soient ravalées au rang de voie de garage. Imaginons un enfant réfractaire au francais, Il n'est pas sur que notre système actuel d'enseignement ne rejeterait pas cet enfant hors du monde de l'enseignement, hors de l'école. N'est-ce pas tout aussi anormal ? Mais là n'est pas le sujet principal de mon post sur la réforme du baccalauréat ; il reste en effet toujours l'épreuve anticipée de francais à l'issue de la classe de première, et cette épreuve présente même désormais un nombre de textes encore plus important à préparer, vraisemblablement pour avantager encore plus certains profils de futurs Sciences Po. Je reviendrais sur ce point.

 

Donc, si cette réforme avait juste eu pour objectif de casser la suprématie des filières scientifiques dans le baccalauréat et dans l'accès à l'enseignement superieur, cette réforme aurait pu être acceptée. Ce n'est au fond pas normal que pour réussir dans le supérieur, il faille avoir un baccalaureat scientifique. Mais c'est certainement une conséquence non pas de la massification de l'enseignement secondaire ; cette massification existait depuis bien plus longtemps, depuis au moins trente ans ... Non, c'est plutôt une conséquence de la réussite (ou de l'échec) des enseignements des lycéens, et l'obtention par désormais plus de 80% des élèves de leur baccalauréat, qui crée une pression sur l'enseignement supérieur. Ce n'est pas la massification de l'enseignement qui est en cause, mais l'objectif que 80% d'une génération ait le niveau baccalauréat, et désormais un niveau licence. Le niveau de compétence moyen des élèves n'ayant pas pu progresser, il a bien fallu abaisser les niveaux des exigences et filtrer les candidatures. D'où la mise en place d'algorythmes et de programmes pour diriger les possesseurs d'un baccalauréat. Il y a trente ans, un bon baccalauréat littéraire pouvait très facilement défendre son dossier et rentrer dans de grandes écoles scientifiques ou techniques s'il le souhaitait. Aujourd'hui, face à un algorithme, l'humain a disparu, et si l'algorithme n'a pas prévu cette possibilité par un bachelier littéraire, les parents ou les élèves intelligents comprennent qu'il vaut mieux choisir une filière qui ne les enferme pas trop ; à savoir un baccalauréat scientifique à l'issue duquel l'algorithme de Prcoursup lui permettra d'aller où il voudra.

 

Le privilège dénoncé de la suprématie des baccalauréats scientifiques n'est ainsi qu'une simple conséquence de la mécanisation, de l'informatisation de la sélection à l'enseignement supérieur. Si on avait laissé l'humain sélectionner les candidats, les élèves de chaque établissement de l'enseignement supérieur ; on n'aurait pas eu ce biais de sélection. Mais comme on voulait se protéger d'un afflux de candidatures, ou de biais de sélection de ces mêmes écoles, on a tout informatisé. On utilise des algorithmes secrets pour proposer des choix aux élèves. Résultat, on a obtenu ces mêmes biais de sélection. Et aujourd'hui, on détruit le baccalauréat et les enseignements du lycée pour casser ce qui fonctionne et pour mettre fin au désordre que l'on a soit-même créé. Ce biais de sélection existait vraisemblablement avec la plate forme APB. La réforme de Macron et de Blanquer, qui voulaient la peau de APB (Macron lui attribue-t-il son échec scolaire ? Son incapacité à rejoindre l'ENS ?) pour mettre en place Parcoursup n'a rien réglé. Il y a autant de bacheliers sans affectation à quelques semaines de la reprise des enseignements supérieurs ... ce qui a été l'argument de Macron pour réformer APB. Mais ce qui était recherché, c'est plus de privilégier certains profils et surtout empêcher que la plèbe, les enfants de la plèbe, osent comprendre comment marche le système et arrive à en sortir. Quelle horreur ! Les enfants de la plèbe doivent n'avoir que des universités et des écoles de merde, tandis que les enfants des classes avantagées, supérieures, doivent eux pouvoir rejoindre les meilleures écoles et les meilleurs cursus ! Il est quand même surprenant que Blanquer et Macron aient eu besoin de mettre en place une nouvelle plateforme et de nouveaux algorithmes pour remplacer APB.

 

https://www.lemonde.fr/idees/article/2017/12/06/cedric-villani-ce-qui-a-bugge-dans-apb-ce-n-est-pas-le-logiciel-mais-bien-l-etat_5225204_3232.html

 

(à noter que Parcourspu date de janvier 2018, promesse de campagne de Macron, tandis que APB -admission post bac- datait pour sa part de 2002 pour les seules admissions aux classès préparatoires et avait été généralisé à partir de 2009 à l'ensemble de la France et pratiquement toutes les filières d'enseignement post baccalauréat).

 

Nous avons donc une réforme du lycée hâtive. Les programmes scolaires sont en cours d'élaboration et les jeunes lycéens de première (dont mon fils) seront les cobayes de cette réforme. Ils auront peut être leurs livres de cours mi août à la reprise des enseignements. Mais c'est loin d'être certain. Après tout, les cours ne reprennent que début septembre en métropole et je doute que le ministère et les imprimeurs aient anticipé cette contrainte ! Cette réforme du lycée visait à combattre la prépondérance des mathématiques et des enseignements scientifiques. Résultat, tous les enseignements scientifiques sont relégués en matiere optionnelle En première et en terminale, ce qui me semble être une aberration totale. La majorité des jeunes pourrait ne plus faire de mathématiques à partir de 16 ans, apres la seconde ? 

 

Par ailleurs, on estime que tous les enfants doivent tous continuer à faire du francais, du sport, des langue vivante, de l'histoire, mais pas des mathématiques, ni des sciences physiques, ni des sciences de la vie et de la terre (SVT) ? Mais c'est quoi cette connerie. Et cela ne paraît aberrant à personne au gouvernement ? Le sport serait plus important que les maths ? Plus utile ? La revanche des matières de merde sur les enseignements scientifiques ; c'est cela l'objectif de cette réforme ? Résultat de cette réforme : 70% des élèves ont choisi en orientation la combinaison des trois matières scientifiques : mathématiques, Sciences physiques et SVT, au plan National. Et vraisemblablement, la majeure partie des lycees ont dû être contraints de sélectionner les candidatures pour rejoindre ces diverses options. 

 

La selection apres le baccalauréat en faveur des matières scientifiques à été remplacée par une selection masquée, larvée, qui ne dit pas son nom, apres la seconde, sur la base de résultats scolaires qui ne sont meme pas fondés sur la reussite à des examens égalitaires, et qui ne sont pratiquement pas contestables par les élèves et leurs parents. En effet, l'accès à ces spécialités d'enseignement reposait sur les moyennes des élèves dans ces matières, même s'il était demandé de prendre en compte les projets professionnels des enfants. Mais il n'existe pas de procédures pour contester le choix d'une option d'enseignement. Il en existe pour contester un redoublement, ou contester le refus d'un passage en serie littéraire ou scientifique, mais il n'a rien pour un enseignement. Et le résultat est binaire. Soit on fait des maths, ou de la physique, soit on n'en fait pas. Il n'existe pas de serie où le niveau de maths est un peu plus faible, mais qui permet quand même de conserver ses chances d'orientation. Non, là, soit on a une place maths, soit on n'en fera plus !

 

Une sélection contestée apres le Bac a ainsi été remplacée par une selection larvée, binaire, apres la seconde. Il restera une sélection apres le Bac, mais elle sera forcément limitée. Elle aura (comme autrefois, à l'époque des secondes et premières C) déjà eu lieu en seconde, mais sans aucune possibilité de retour en arrière. 

 

3. En quoi cette réforme n'est-elle pas égalitaire ?

 

Il y a le sujet de la place de l'enseignement des mathématiques au lycée comme enjeu de cette réforme. Il y a aussi selon moi l'enjeu de la réussite de la France dans les tests internationaux TIMMS. En restreignant drastiquement l'accès à la filière mathématiques en première et terminale, on devrait pouvoir améliorer significativement la place de la France dans cette enquête, en en limitant l'accès aux meilleurs.

 

Mais il y a aussi le sujet de la prise en compte des moyennes et du contrôle continu pour l'attribution du Bac. Vous me direz que les facultés et les universites, les grandes écoles, utilisent deja des moyennes issues du contrôle continu pour l'attribution de leurs diplomes. Mais justement, chaque universite ou ecole attribuent son propre diplôme, et ceux-ci valent différemment selon l'établissement. Une licence de Rennes ou de Brest ne vaut pas autant qu'une licence de Dauphine ou La Sorbonne. Rien de tout cela dans le baccalauréat vous me direz ? Certes, c'est vrai pour l'instant. On va donner un diplôme national à des bacheliers, mais les notes de contrôle continu des lycéens de lycees populaires seront très vraisemblablement superieures aux notes de leurs homologues des lycées privés ou sélectifs. En soi, c'est l'inégalité inversée. Pour une fois, les lycéens du public auront plus de chances d'obtenir une mention au Bac que leurs homologues des boîtes à Bac privées. Injustice et inégalité ; cela dépend des avis. 

 

Certains contesteront peut-être cette analyse. Pensent-ils vraiment que les notations au lycee parisien Henri IV et dans un lycee de banlieue sont comparables ? Qu'un lycéen de banlieue aurait les mêmes notes dans le lycée Henry IV ? Evidemment que non ! 

 

Les boîtes à Bac seront obligées de changer très vite de position. Sinon, les lycées de banlieue ou populaire auront des résultats bien meilleurs au baccalaureat qu'eux. Et de nombreux élèves feront le choix de quitter les lycées privés élitistes pour se rabattre sur les lycees publics, populaires. En fait, Blanquer et Macron auront reussi là où les socialistes échouent depuis des décennies, en mettant fin à la suprématie des boîtes à Bac. Sauf si l'objectif est de faire fuir une nouvelle fois les classes moyennes des boîtes à Bac et des lycées privés, afin de les réserver aux classes supérieures, pour lesquelles les mentions au Bac sont sans intérêt ; leurs enfants étant conditionnés et préparés ou bénéficiant de privilèges.

 

A partir du moment où ce n'est pas un examen National, que tout le monde passe dans les mêmes conditions, qui conditionne l'obtention d'un baccalauréat et l'attribution d'une mention, on tombe dans le règne de l'inégalité. Tout dépendra désormais de notes données en première et en terminale par quelques enseignants, avec un pouvoir de vie ou de mort sur les élèves de ces enseignants.

 

Cette réforme est non seulement floue et inégalitaire, avec des zones d'ombre sur les raisons qui ont poussé à éliminer les mathématiques et les matières scientifiques du tronc commun de tous les lycéens, sans aucune intelligence, sans aucun sens, sans aucune pertinence ... mais cette réforme est surtout prématurée et non concertée !

 

Le mouvement de grève des copies du Bac des enseignants était absolument légitime et indispensable. Mais ce gouvernement de parasites et de spécialistes a choisi la voie de l'affrontement pour délégitimer ce mouvement et criminaliser leurs leaders et les grévistes. Tout aussi minable que le comportement de la ministre de la santé.

 

 

Saucratès


20/07/2019
2 Poster un commentaire

Les mathématiques et les réformes socialistes de l'école : un constat d'échec !

Saint-Denis de la Réunion, vendredi 12 avril 2019

 

Un jour en début d'année 2012, mon fils Nicolas est rentré totalement catastrophé et outré de son école primaire. Papa, m'a-t-il dit, «Hollande veut nous piquer deux semaines de vacances scolaires et nous faire travailler un jour de plus dans la semaine». Travailler plus pour apprendre plus, c'était l'idée du programme du candidat François Hollande pour l'école pour l'élection présidentielle de 2012 (je n'ai pas dit candidat socialiste, parce que je ne pense pas que ce mec était socialiste, ni qu'il défendait réellement des idées socialistes, même si son refrain c'était d'être l'ennemi de la finance !). Nicolas Sarkozy, cinq ans plus tôt, avait été élu sur un autre programme tout aussi tape à l'œil : «travailler plus pour gagner plus» ! Mais là, nous avions un programme sensé être socialiste, pensé par un groupuscule de penseurs à la gomme, comme Bruno Julliard, et qui plaisait à la ribambelle de spécialistes autoproclamés de l'école et aux chrono spécialistes des rythmes de l'enfant.

 

Ainsi était né le programme de réforme des rythmes scolaires à l'école primaire, que le candidat Hollande puis le président Hollande a mis en œuvre. Réforme mort née puisqu'elle a été abandonnée par la majeure partie des établissements scolaires français à partir de la rentrée 2017, après la victoire de LREM à la présidentielle et aux législatives de mai 2017. S'il y a bien une chose que je n'ai pas regretté, moi comme des milliers d'enseignants du primaire, c'est bien l'enterrement de cette réforme abrutie et décriée. Mon fils Nicolas m'en a souvent parlé par la suite même s'il n'a pas été concerné, les enfants de l'école primaire catholique où il étudiait ayant fait le choix de rester à la semaine de quatre jours. Et je ne sais pas s'il envisagera un jour de voter pour des socialistes, lorsqu'il aura l'âge de voter, bientôt.

 

Le ministère de l'éducation nationale vient aujourd'hui de faire paraître une première mesure de la réussite de cette réforme avortée, à travers le prisme des résultats de la mesure des compétences des élèves de CM2 en mathématiques. Il s'agit de mesurer en 2017, dix ans après la dernière étude, le niveau des jeunes écoliers de CM2 en compétences mathématiques et de les comparer aux précédents resultats mesurés en 1987, en 1999 et en 2007. De façon idoine, ce premier résultat va permettre de mesurer l'excellence des idées socialistes de 2012, cinq années apres leur mise en œuvre. C'était le principal argument de la réforme socialiste des rythmes sclolaires : la baisse du niveau des élèves du primaire et la nécessité de les redresser.

 

Et le résultat obtenu en 2017 en matière de compétences en mathématiques est à la mesure de l'intelligence de cette réforme des rythmes scolaires : jamais le niveau en mathématiques des élèves français n'a été aussi faible, aussi bas, qu'en 2017. Cette réforme était merdique, dans sa mise en oeuvre mais aussi dans sa conception, et dans son principe même. On en voit aujourd'hui les résultats, cinq après. 

 

Vous trouverez ci-après les résultats de 2017. L'enquête émane de la DEPP, «Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance»

https://cache.media.education.gouv.fr/file/2019/91/1/depp-ni-2019-19-08-evolution-des-performances-en-calcul-des-eleves-CM2-a-trente-ans-d-intervalle-1987-2017_1103911.pdf

 

Ainsi que les résultats précédents tels qu'ils avaient été publié en 2007

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Documents/docsjoints/NI-0838.pdf

 

Et enfin l'article du Monde qui a rendu compte de cette enquête du ministère de l'éducation nationale.

https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/04/05/mathematiques-le-niveau-des-ecoliers-plonge_5446009_3224.html

 

Il y a une diminution régulière, drastique du niveau des écoliers de CM2 en mathématiques entre 1987 et 2017. Comme l'écrivent les rédacteurs de la note de 2017, «ainsi en 2017, plus de neuf élèves sur dix ont un niveau inférieur ou égal à la médiane des performances de 1987 et près de six élèves sur dix ont un niveau inférieur au premier décile.» En clair, cela signifie que 60% des écoliers de CM2 de 2017 sont aussi mauvais que les 10% les plus mauvais de 1987 ! Ou encore autrement dit, que plus de la moitié (60%) des enfants de 2017 sont aussi mauvais en calcul que les 10% les plus mauvais de 1987 ! Ce n'est pas très rassurant pour l'avenir de nos enfants ! 

 

Image calcul 30 ans.png

 

Cette même enquête fait également apparaître que même les enfants des classes sociales les plus favorisées en 2017 (à savoir les enfants des cadres et professions intellectuelles supérieures) ont des niveaux de résultats moyens à peine comparables aux enfants du milieu social le plus défavorisé scolairement en 1987 (à savoir les enfants des retraités). En moyenne, le score des enfants de tous les milieux sociaux ont baissé de près de 60 à 80 points, mais l'échelle des écarts en fonction du niveau social des parents s'est réduit, passant de 80 points (de 200 à 280 points) à 50 points (de 150 points à 205 points) !

 

Cela correspond tout à fait au leitmotiv des socialistes qui visent l'égalitarisme par le bas. Quand tous les enfants seront au niveau zéro, ils seront tous égaux ! 

 

La publication de la DEPP-DIV du ministère de l'education nationale n'est pas très prolixe. Pas de jugement sur la réforme des rythmes scolaires qui aurait pourtant dû se traduire par une amélioration des résultats si elle avait servi à quelque chose ! Pas d'analyse sur les méthodes d'enseignement des mathématiques (et des autres matières scolaires) à l'école primaire. Juste quelques chiffres et quelques graphiques comme si ces résultats étaient trop dangereux pour en tirer des conclusions. Juste un rendu de l'augmentation de la non-réponse dans ces questionnaires, mais avec une interprétation qui me laisse sceptique : «Ces résultats traduisent sans doute le fait que les élèves ne rentrent pas dans une tâche complexe nécessitant plusieurs étapes».

 

Mon fils Nicolas (toujours lui), aujourd'hui âgé de quinze ans, me semble plus proche de la réalité dans son interprétation de ces mêmes faits : le système scolaire francais privilégie tellement la notation de l'échec que les élèves préfèrent ne rien mettre que de mettre un résultat faux. Dans les systèmes scolaires étrangers qu'il a pu voir (uniquement le système allemand), une fausse réponse n'est pas une faute impardonnable, entourée au stylo rouge, pointée du doigt par l'enseignant, faisant perdre des points. Du coup, les élèves ont moins peur de perdre de points, d'être moqués ou jugés et ils ont ainsi moins peur de donner une réponse dont ils ne sont pas sûrs, et au final, ils ont moins peur de se tromper et ils ont plus de chance de trouver une bonne réponse, même s'ils n'en sont pas certains ! 50% de chance de se tromper, c'est toujours mieux qu'une non-réponse !

 

Je vais essayer d'aller plus loin que les rédacteurs de cette note, qui a pourtant le mérite d'exister. Premièrement, ces résultats selon moi doivent conduire à mesurer la qualité de la réforme socialiste des rythmes scolaires, même si cette réforme ne peut pas être la seule cause de la dégradation des résultats mesurée. Cette réforme n'a eu aucun impact positif sur les résultats des enfants de CM2 en 2017, alors que ces enfants ont baigné pour une grande part dans cette réforme, pendant 4 à 5 ans. C'est le premier point qu'il ne faut pas oublier : cette réforme n'a eu aucun résultat sur les résultats des eleves en mathématiques. Au mieux elle était neutre. Au pire, elle est responsable de cette dégradation importante.

 

Dans un deuxième temps, il faut selon moi pointer la responsabilité de la réforme des méthodes d'enseignement au primaire et plus largement dans le secondaire. J'ai toujours été frappé par l'absence de leçons de mathématiques que les élèves (mes enfants) pouvaient copier, apprendre, réviser après la classe. On ne donne plus de cours aux élèves, on les fait appprendre par le biais d'exemples, par le biais d'exercices, et c'est à eux d'en déduire des règles et des méthodes ! C'est cette aberration d'enseignement qui veut que l'enseignant n'apporte pas la connaissance à l'enfant mais qu'il la fasse sortir des connaissances mêmes de l'enfant. C'est l'art de la maïeutique de Saucrate et de Platon, mais adapté à un public pour lequel cela n'a aucun sens. Saucrate et Platon utilisait cette technique avec des adultes déjà formé, pas avec des enfants vierges de toute connaissance.

 

Il faut réformer les méthodologies d'enseignement en France ; les méthodes d'apprentissage par les exercices, par le vécu des enfants ne marchent pas, comme cette enquête sur les compétences en mathématiques des enfants de CM2 le démontre parfaitement. Cette methode d'apprentissage donne des résultats de plus en plus mauvais ; il faut arreter. Les enfants ont besoin d'apprendre des leçons, d'entendre raconter des histoires, d'apprendre des règles. Cela ne développe pas leur esprit critique, ou du moins, il existe d'autres méthodes pour y arriver, sur d'autres sujets. Cela n'améliore pas leur intérêt pour l'ecole ; la preuve, tous deviennent plus mauvais que leurs homologues des années 1987, 1999 et 2007. 

 

Dernières pistes d'explications qui vient se surajouter aux précédentes ; l'explication de l'importance des non-réponses. Il faut réformer également les méthodes de notation. Pas seulement les méthodes d'apprentissage, mais également les méthodes de notation et d'appréciation. Il n'est nul besoin de mettre des cartons aux élèves, des mauvaises notes, ou de juger publiquement les erreurs des élèves que les enseignants ont en face d'eux. Nul besoin de toujours plus punir, sévir. La loi sur l'interdiction des téléphones portables en est un parfait exemple. Ce n'est pas du tout ce que mon fils Nicolas a pu observer dans des classes allemandes, qui ont pourtant de bien meilleurs resultats que les élèves français. Il faut encourager les élèves français à tenter de trouver les bonnes réponses et pas du tout à punir l'erreur comme le système francais d'éducation aime le faire !

 

Ces résultats en compétences en mathématiques devraient conduire à une action ; réformer les méthodes d'apprentissage, les méthodes d'enseignement et les méthodes d'évaluation du système scolaire francais ! Ce Sont les enseignants qu'il faut réformer, eux et leurs écoles de pensée et de formation. Et en cessant de ne penser qu'en terme de sanctions, de punition et d'interdiction ! Comment s'appelle l'alternative à cette méthode ? La co-construction et l'égalité entre les enfants, les collégiens, les lycéens et les enseignants ? Ce n'est peut-être pas compatible avec l'idée d'un savoir apporté d'en haut par l'enseignant. Mais le système scolaire actuel n'est pas plus sensé : l'idée de l'enfant au centre du système scolaire, la co-construction du savoir (mais comment construire à partir de rien) mais aussi la généralisation, la banalisation des interdictions et des sanctions !

 

 

Saucrates


12/04/2019
0 Poster un commentaire

Les nouveaux programmes d'enseignement au lycée - Guide et critiques des enseignements de spécialité

Saint-Denis de la Réunion - Le 14 décembre 2018

Réflexion une - Les nouveaux programmes pour la première et la terminale

 

On commence à y voir un peu plus clair dans la réforme du baccalauréat et des enseignements au lycée. Les différents enseignements, les programmes et les nombre d'heures sont enfin parus. Mais c'est la consternation ! La réforme du lycée résistera-t-elle à la fronde qui commence à agiter les lycées français en France métropolitaine, en liaison avec le mouvement des gilets jaunes et la contestation sociale qui commence à s'étendre à d'autres composantes des acteurs de la société française ? Cela me semble presque impossible à prédire. Ou plutôt, il me semble presque impossible que le gouvernement et le ministère de l'éducation nationale reculent sur ce sujet, quelque soit la hauteur de la mobilisation des lycéens. On peut aussi se poser la question d'une autre manière : en d'autres termes, la réforme actuelle voulue du baccalauréat et des enseignements au lycée est-elle une bonne ou une mauvaise chose, et l'ensemble de ses objectifs sont-ils bien apparents et surtout connus ?

 

Avant de développer ces arguments, de réfléchir sur ces sujets, il me semble surtout important de pouvoir disposer d'informations claires et accessibles sur ce que sera cette réforme des enseignements du lycée, car tout passe en fait par ces aspects des choses. Qu'est-ce qui est en jeu dans cette réforme des enseignements ? Je vais donc rapidement dessiner la réforme du lycée ci-dessous et donner les liens des différentes matières/enseignements tels/telles qu'ils/qu'elles ont été publiés/publiées dans les publications officielles.

 

Les enseignements en classe de première et de terminale seront désormais articulés, pour les enfants/adolescents qui entreront en première au lycée à partir de l'année prochaine, entre des enseignements de tronc commun, obligatoires, et des enseignements de spécialité, qui sont les suivants :

Image1.jpg
 

Le programme du tronc commun de la filière générale en classe de première sera le suivant (pour un total un volume d'heures d'enseignements de 16 heures par semaine) : Français (4h/semaine) - Histoire Géographie (3h/semaine) - Enseignement moral et civique (18h/an) - Langue vivante A et langue vivante B (4h30/semaine) - Éducation physique et sportive (2h/semaine) - Enseignement scientifique (2h/semaine).

 

Par ailleurs, chaque lycéen de première devra choisir trois enseignements de spécialité dans la liste suivante, de 4 heures d'enseignement par semaine. Sur ces trois enseignements de spécialité, le lycéen ne devra en retenir que deux en terminale (il devra en abandonner une) dont le volume horaire d'enseignement sera de 6 heures par semaine :  Arts - Histoire Géographie, Géopolitique et Sciences Politiques - Humanités, Littérature et Philosophie - Langues, littératures et cultures étrangères - Littérature, langues et cultures de l'Antiquité - Mathématiques - Numérique et sciences informatiques - Physique Chimie - Sciences de la Vie et de la Terre - Sciences de l'Ingénieur - Sciences Économiques et Sociales.

 

La première chose qui ressort de ce nouveau programme des enseignements au lycée est la disparition des mathématiques du tronc commun. Une bonne partie des élèves lycéens vont désormais cesser de se voir enseigner (et de travailler) les mathématiques après la seconde ! C'est une catastrophe pour les futures générations, même si au fond savoir dériver une fonction ou factoriser des expressions mathématiques n'est pas extrêmement utile et n'est pas très souvent utilisé par les gens dans la vie de tous les jours. Ce qui fait néanmoins réagir mon gamin de 14 ans qui est aujourd'hui concerné par cette reforme, c'est que le francais, l'histoire-geographie ou le sport continue d'appartenir au tronc commun des enseignements, mais pas les mathématiques ! Le sport est donc apparemment considéré comme plus important que les mathématiques ??? Plus largement, c'est l'ensemble des matières scientifiques qui sortent du tronc commun des enseignements à partir de la première, mis à part un enseignement de tronc commun sur les méthodes scientifiques. Avec les arts, le dessin et la musique, ce sont les seuls enseignements majeurs qui disparaissent des enseignements communs à tous les lycéens de première de l'enseignement général ! On va créer une génération qui n'aura plus entendu parler des matières scientifiques à partir de l'âge de 15 ans !

 

L'option d'enseignement de spécialité en mathématiques est par ailleurs réservé aux très forts en maths, avec un programme d'enseignement encore plus compliqué que le programme de la première et de la terminale scientifique (S). De nombreuses notions mathématiques actuellement étudiées en terminale S sont ramenées en première dans cette spécialité mathématiques ! Ce n'est donc pas une option que des élèves  moyens peuvent prendre simplement pour continuer à faire des mathématiques ! Mais un lycéen qui ne choisira pas cette option, cet enseignement, se coupera un très grand nombre d'études, des écoles préparatoires et des écoles d'ingénieurs, jusqu'aux études de sciences économiques ! 

 

La suprématie de la filière scientifique qui est aujourd'hui décriée et combattue par le gouvernement et des enseignants continuera donc d'être, au bénéfice de ceux qui seront capables de suivre le programme de l'enseignement de spécialité en mathématiques ! Ceux-là se verront ouvrir la totalité des filières d'enseignement post-bac ; les autres devront se contenter des filières qui n'utilisent pas les mathématiques comme langage ou comme outils ! Simplement, en proposant une dizaine d'autres options toutes plus intéressantes que les autres, on aura donné l'impression aux lycéens et à leurs parents que la sélection par les études scientifiques n'est plus la seule voie possible, ou la voix royale ! Mais en fait ce sera un mensonge. Les mathématiques sont forcément l'alpha et l'oméga de la sélection. Faire semblant qu'il n'en est rien n'y changera rien !!! 

 

Est-ce la seule critique contre ce nouveau programme des enseignements ? Non parce qu'il est aberrant d'ouvrir à un enfant autant de branches d'enseignement différentes, pour au final ne l'autoriser à n'en sélectionner que trois, et à imposer ce choix dès la fin de la classe de seconde ! Je ne pense pas que nombre d'enfants sachent véritablement ce qu'ils veulent faire comme études supérieures en seconde, en sachant en plus que ce choix conditionnera l'ensemble de leur choix futurs. 

 

Pour quelle raison le ministère a-t-il pris cette décision de supprimer les mathématiques du tronc commun, et de sur-sélectionner les jeunes lycéens ? Il y a une explication que je n'ose imaginer : améliorer la réussite aux tests internationaux de la France en permettant de restreindre/sélectionner le nombre des élèves des voies scientifiques pour la réserver à une élite scientifique. En effet,  la France était particulièrement mal placée dans les deux tests internationaux qui appréhendent les compétences des élèves d'une classe d'âge dans les matières scientifiques, à savoir les tests PISA (culture scientifique des élèves âgés de 15 ans) et surtout le test TIMSS Advanced (élèves des classes de terminale scientifique). Restreindre de manière drastique l'enseignement des mathématiques et des sciences en faisant disparaître les classes de première et de terminale S, sous prétexte que de nombreux élèves choisissaient cette voie même en étant mauvais dans les domaine scientifiques parce que c'était une voie d'élite) et en créant à la fois de nombreuses autres options apparemment extrêmement intéressantes, riches, et en accroissant considérablement la difficulté de l'enseignement optionnel en mathématiques et sciences physiques, est-il juste une manière de diminuer le nombre des mauvais élèves des classes scientifiques et d'accroître potentiellement le niveau moyen des élèves restant qui pourront être testés dans les enquêtes internationales ?

https://www.linternaute.com/actualite/education/1310839-pisa-2019-combien-de-points-obtient-la-france/

http://www.cnesco.fr/fr/pisa-timss-comprendre-les-evaluations-internationales/

Comparaison_PISA_TIMSS.png

Je n'ose imaginer que c'est la manière dont le gouvernement a décidé d'améliorer le niveau de la France dans les tests internationaux auxquels nous participons ! Et je n'ose imaginer que pour y réussir, ils ont décidé de faire disparaître tout enseignements scientifiques à l'immense partie des adolescents qui ne seront pas capables de suivre les spécialités scientifiques en première et terminale. Quelle proportion de lycéens abandonneront la voie de la spécialité mathématiques en première et en terminale ? On le saura les prochaines années.

 

J'ai vraiment l'impression que cette classe d'âge des enfants aujourd'hui âgés de 15-16 ans, actuellement en seconde et devant passer en première l'année prochaine (2019-2020), est une classe d'âge victime des essais d'apprentis sorciers incompétents dans les ministères et dans le monde politique. Cette génération-là a déjà subi les nouvelles idées -à la con- des spécialistes socialistes de l'éducation avec la réforme des rythmes scolaires au primaire, qui les avaient conduit à devoir à nouveau travailler le mercredi matin ou le samedi matin (promesse électorale de François Hollande que nous, parents, nous avions plébiscité à l'élisant à la présidence de la république). Cette génération-là essuie désormais les plâtres pour la réforme du lycée et du baccalauréat, une réforme mal pensée et bâclés, aux objectifs inavoués et inavouables (modifier l'échantillonnage des enfants interrogés pour accroître le niveau moyen potentiel des gamins interrogés). Elle essuie les plâtres d'une réforme visant le principal diplôme qu'ils auront à passer dans leur vie (le baccalauréat) et pour le choix des enseignements qui conditionneront l'ensemble de leur orientation et de leurs possibilités d'accès à l'enseignement supérieur. 

 

Cette génération-là paie l'addition pour un enseignement dégradé des mathématiques qu'ils subissent depuis leur plus jeune âge, cet enseignement délétère visant à faire sortir la connaissance de ce que les enfants savent déjà. La France ne doit pas être le seul pays où les techniques issues des sciences de l'éducation ont pourri l'ensemble de notre méthode d'enseignement des mathématiques : faire sortir la connaissance de l'enfant, ne plus faire de leçon mais faire découvrir par l'exemple et par l'exercice des règles ... Ce système d'enseignement des mathématiques a échoué ! Nos enfants n'ont plus eu de leçons de mathématiques depuis le collège et même avant depuis le primaire. On en voit le résultat désormais : des enfants qui sont majoritairement perdus en mathématiques, qui n'y comprennent majoritairement plus rien. Cette méthode d'enseignement ne marche pas. Les mathématiques demandent des leçons. Tout le monde n'est pas capable de découvrir des théorèmes à partir de rien, à partir de l'observation du monde. Seuls quelques immenses mathématiciens en ont été capables, tels Pythagore, Thalès, Einstein ... Le reste des humains doivent apprendre. Et rien n'est aussi simple pour apprendre que l'existence d'une leçon que l'on peut apprendre, réviser, se faire expliquer ! 

 

Nos enfants doivent aujourd'hui payer la note parce que des enseignants incompétents en mathématiques n'ont pas été capables de faire comprendre les mathématiques à une génération, parce que des spécialistes incompétents en sciences de l'éducation, dans les ministères, dans les think-tanks libéraux ou socialistes en éducation, ont inventé des méthodes d'enseignement inapplicables et criminelles, qui ont conduit une/des générations dans le mur ! Et aujourd'hui, on continue à avancer dans le mur ! Jusqu'à quand ? Désormais, les générations à venir n'auront plus eu accès aux mathématiques et aux sciences à partir de la première, parce que des incompétents à tout niveau auront été incapables de leur faire bénéficier d'un enseignement de qualité en mathématiques et en sciences ! Les concepteurs de ces méthodes et les politiques et hauts fonctionnaires pourront-ils un jour être poursuivis et condamnés pour leur incompétence criminelle par les enfants de cette génération perdue ???

 

 

Saucratès 

 

 

Liens 

http://eduscol.education.fr/cid134825/consultation-sur-les-programmes-seconde-premiere.html

https://www.snes.edu/Projets-de-programmes-du-lycee-lever-le-voile.html

 

Rappel de la liste des matières d'enseignement

Tronc commun

- Français

http://cache.media.eduscol.education.fr/file/Consultations2018-2019/77/0/PPL18_Francais_COM_1eGen-1eTec_1024770.pdf

- Histoire Géographie

http://cache.media.eduscol.education.fr/file/Consultations2018-2019/86/3/PPL18_Histoire-geographie_COM_1eGen_1026863.pdf

- Enseignement moral et civique

http://cache.media.eduscol.education.fr/file/Consultations2018-2019/42/2/PPL18_EMC_COM_1eGen-1eTec_1027422.pdf

- Langue vivante A et B

http://cache.media.eduscol.education.fr/file/Consultations2018-2019/77/6/PPL18_Langues-vivantes_COM-OPT_1eGen-1eTec-TleGen-TleTec_1024776.pdf

- Education physique et sportive

http://cache.media.eduscol.education.fr/file/Consultations2018-2019/76/6/PPL18_EPS_COM_2e-1eGen-1eTec-TleGen-TleTec_1024766.pdf

- Enseignement scientifique

http://cache.media.eduscol.education.fr/file/Consultations2018-2019/76/4/PPL18_Enseignement-scientifique_COM_1eGen_1024764.pdf

 

Enseignements de spécialité

- Arts

http://cache.media.eduscol.education.fr/file/Consultations2018-2019/74/0/PPL18_Arts-plastiques_SPE_1eGen_1025740.pdf

- Histoire Géographie, Géopolitique et Sciences Politiques

http://cache.media.eduscol.education.fr/file/Consultations2018-2019/42/7/PPL18_HG-geopolitique-ScPo_SPE_1eGen_1027427.pdf

- Humanités, Littérature et Philosophie

http://cache.media.eduscol.education.fr/file/Consultations2018-2019/07/2/PPL18_Humanites-litterature-philosophie_SPE_1eGen_1025072.pdf

- Langues, littératures et cultures étrangères

http://cache.media.eduscol.education.fr/file/Consultations2018-2019/70/0/PPL18_LLCE-Anglais_SPE_1eGen_1025700.pdf

http://cache.media.eduscol.education.fr/file/Consultations2018-2019/69/9/PPL18_LLCE-Allemand_SPE_1eGen_1025699.pdf

http://cache.media.eduscol.education.fr/file/Consultations2018-2019/70/1/PPL18_LLCE-Espagnol_SPE_1eGen_1025701.pdf

http://cache.media.eduscol.education.fr/file/Consultations2018-2019/70/2/PPL18_LLCE-Italien_SPE_1eGen_1025702.pdf

- Littérature, langues et cultures de l'Antiquité

http://cache.media.eduscol.education.fr/file/Consultations2018-2019/82/7/PPL18_Litterature-LCA_SPE_1eGen_1024827.pdf

- Mathématiques

http://cache.media.education.gouv.fr/file/CSP/20/0/1e_Mathematiques_Specialite_Voie_generale_1021200.pdf

- Numérique et sciences informatiques

http://cache.media.eduscol.education.fr/file/Consultations2018-2019/70/7/PPL18_Numerique-sciences-informatiques_SPE_1eGen_1025707.pdf

- Physique Chimie

http://cache.media.eduscol.education.fr/file/Consultations2018-2019/79/1/PPL18_Physique-chimie_SPE_1eGen_1024791.pdf

- Sciences de la Vie et de la Terre

http://cache.media.education.gouv.fr/file/CSP/81/2/1e_SVT_Specialite_Voie_generale_1023812.pdf

- Sciences de l'Ingénieur

http://cache.media.eduscol.education.fr/file/Consultations2018-2019/79/7/PPL18_Sciences-ingenieur_SPE_1eGen-TleGen_1024797.pdf

- Sciences Economiques et Sociales

http://cache.media.eduscol.education.fr/file/Consultations2018-2019/71/2/PPL18_SES_SPE_1eGen_1025712.pdf


15/12/2018
0 Poster un commentaire

De l'enseignement - Bis

Réflexion six (dimanche 15 juillet 2018)

Réforme du baccalauréat et orientation scolaire et universitaire

 

Que faut-il penser de la réforme du baccalauréat que nous prépare le gouvernement et le ministre de l'éducation nationale ? Et que faut-il penser plus largement des déboires de la plateforme «Parcours sup» et de l'orientation scolaire puis supérieure de nos enfants et des jeunes gens en général ? 

 

Je m'appuierai pour ce dernier point de l'article du Monde suivant, qui me semble intéressant. On n'y trouve donc des témoignages de jeunes gens et de jeunes filles qui n'ont pas voulu suivre des études scientifiques mais ont privilégié les études littéraires ou techniques, ou bien n'ont pas intégré la voie d'excellence des classes préparatoires aux grandes écoles, pour privilégier l'Université ! Et ils ne se sont pas sentis épaulés par leurs proches ou leurs enseignants ! 

https://www.lemonde.fr/campus/article/2018/07/13/eleves-brillants-ils-ont-choisi-d-etudier-hors-de-la-voie-royale_5330731_4401467.html

 

Certes ! Mais il me semble neanmoins que ce genre de témoignages devraient être compensés par des témoignages inverses/contraires, de jeunes gens ayant choisi la voie technologique sans que personne ne les alertent sur les choix qu'ils faisaient (ni proches, ni enseignants) et qui se retrouvent avec un baccalauréat décoté hors de la branche technique qu'ils avaient choisi, et de perspectives de carrière et d'évolution professionnelle complètement bouchées. Parce que pour un élève brillant auquel on déconseille de s'enfermer dans des études sans rapport avec ses capacités intellectuelles ou scolaires, et qui ne se sent pas soutenu, combien d'autres élèves souffrent a contrario de leur choix d'orientations, qui ne leur permet pas de déboucher sur les études qu'ils souhaiteraient ?

 

J'ai ainsi connu un jeune qui s'est orienté vers un baccalauréat en école hôtelière parce qu'une personne de son entourage avait eu beaucoup de difficulté à décrocher son bac en filière scientifique (après deux redoublements). Tous ses proches trouvaient ainsi très pertinent de le voir s'orienter dans cette branche, parce que ce jeune aimait faire la cuisine ! Mais le résultat aujourd'hui, c'est que ses seuls débouchés professionnels, c'est d'être serveur dans des hôtels restaurants. Son baccalauréat ne lui pas permet de faire grand chose d'autres. Il doit avoir un Bac+2 dans le domaine de l'hôtellerie et il ne pourra guère faire autre chose dans sa vie. Accessoirement, il n'aime même plus faire la cuisine. Et le métier de serveur ne l'intéresse plus trop non plus. C'est en plus un métier particulièrement dur. 

 

Combien de milliers d'expériences de ce genre peut-on entendre ? Même chose ; on a le discours d'un jeune qui a abandonné Sciences-Po parce qu'il ou elle se sentait en train de changer (au lieu de vouloir changer le monde). Mais ce sont des choses extrêmement normales et fréquentes, et de tout temps. Des jeunes se rendaient compte que l'école ou les études dans laquelle ils étaient inscrits ne leur convenaient pas, trop commerciales, trop techniques, trop élitistes et ne correspondaient pas à leurs aspirations ! Ces témoignages, c'est un peu comme si ces jeunes découvraient la vie et qu'ils étaient les premiers à découvrir une façon nouvelle de vivre ! Mais ce n'est pas le cas ! Et il est aberrant que le journal Le Monde, par une présentation partisane et partiale, donne à découvrir cette réalité complètement factice et veule faire croire que le truc vraiment tendance c'est de sortir de la voie royale des écoles préparatoires pour faire ce que l'on veut faire ! 

 

Les journalistes du Monde sont-ils des manipulateurs ou bien viennent-ils eux aussi de découvrir la vie ?

 

On en revient ainsi à notre sujet primaire de la réforme du baccalauréat. Réforme qui se base également sur l'idée de casser les filières d'excellence scientifiques pour homogénéiser le baccalauréat et l'orientation ultérieure des futurs bacheliers. À ce sujet là, comme le précédent article, il m'a toujours semblé clair que l'orientation scolaire était toujours une orientation par défaut, par l'échec. C'était vrai il y a trente ans comme avant. Soit on n'était capable de suivre la voie principale, terminale C avant les années 1990, terminale S depuis, soit on en n'était pas capable et on était orienté vers des voies moins brillantes selon l'endroit/le niveau où on échouait ! Schématiquement, en généralisant à outrance, hormis les jeunes qui choisissaient une autre voie, si on échouait au collège, on était dirigé vers l'enseignement professionnel (les LEP de mon temps). Si on échouait en seconde, on était orienté vers des Bac techniques ou littéraires. Et si c'était en première, on était dirigé vers le Bac D de mon temps (ES aujourd'hui). Chaque autre BAC était de moins en moins élitiste en fonction de l'écart d'avec le bac C ou S ! Je ne vois rien que de très commun et naturel dans tout cela, même si certes, il est nécessaire de connaître les codes et les usages pour savoir s'orienter ou pour conseiller utilement nos enfants ! Mais en même temps, toute cette organisation repose in fine sur le travail scolaire des enfants. Il faut travailler pour s'en sortir. C'est la méritocratie, même si ceci est évidemment profondément inacceptable pour un communiste ou un socialiste moyen, pour lequel il faut combattre les classes moyennes par tout moyen pour les empêcher de s'auto-reproduire.

 

Petit délire ... Quelle idée de récompenser les résultats scolaires des enfants ! Mais quelle aberration ! Il vaut certainement mieux favoriser des critères sociaux ou d'origine ethnique pour égaliser les chances et casser les classes moyennes, puisque la méritocratie, pour les socialistes/islamo-gauchistes comme pour l'ex ministre de l'éducation nationale, est une simple forme de reproduction des classes moyennes ... Je m'égare ? Je médis ? Je déforme ? Non, juste un petit délire ... Et d'une manière très amusante, je suis aussi largement opposé à la nouvelle réforme de l'éducation nationale et du Baccalauréat, qui n'émane pourtant pas d'un islamo-socialo-gauchiste.

 

Pour en revenir à ma préoccupation première, à savoir la transformation du Bac pour y intégrer une forte dose de contrôle continu, et l'impossible équité que cela imposerait, je m'appuierais sur un autre article publié dans le journal Le Monde.

https://www.lemonde.fr/campus/article/2018/07/10/le-bac-est-il-donne-a-tout-le-monde_5328877_4401467.html 

 

Comme lui, j'estime qu'il est illusoire de croire que les notes de contrôle continu puissent être équitables entre les différents établissements scolaires : «Il s’agit sans aucun doute d’un des problèmes majeurs soulevés par la nouvelle organisation du baccalauréat avec l’instauration d’un contrôle continu important. Pour réduire une inégalité inévitable dans les pratiques de notation, la réforme du baccalauréat prévoit l’organisation de partiels dans chaque établissement à partir de sujets établis au niveau national par le ministère. Cette initiative est bienvenue. Toutefois, les pratiques de notation sont différentes selon les établissements.

 

Un 15/20 d’un élève de terminale scientifique inscrit au lycée Louis-le-Grand n’est pas comparable à un 15/20 d’un élève scolarisé dans la majorité des lycées de banlieue. Pour prendre en compte ces différences, sur la plate-forme d’orientation en 1re année d’études supérieures Parcoursup, certaines universités ont pondéré les notes des candidats, notamment en accordant des bonus à certains lycées compte tenu du classement des établissements. Cette démarche d’équité, a priori séduisante, est pourtant inappropriée. Outre un classement des établissements discutable, ce classement est ordinal (il définit un ordre du premier au dernier) mais il n’est pas cardinal (il ne définit pas des niveaux de compétences moyens des établissements). Ainsi, à une différence importante dans le classement des lycées peut correspondre une différence faible en termes de niveau moyen des élèves.»

 

Ces quelques phrases illustrent parfaitement le problème que va créer l'instauration du contrôle continu comme méthode d'évaluation pour le Baccalauréat ! Il est impossible de comparer et d'égaliser les échelles de notation entre les différents lycées d'une ville et encore moins de la Nation. Chaque jeune n'aura pas une chance égale d'obtenir le Bac et une mention selon qu'il étudie dans un lycée difficile de banlieue ou un lycée prisé élitiste. D'une certaine façon, cela va devenir l'inverse de ce qui existe aujourd'hui. Actuellement, il faut fuir les lycées difficiles de banlieue où le niveau est plus faible. Demain, il faudra fuir les lycées élitistes pour rejoindre des lycées difficiles où les contrôles communs seront beaucoup plus simples, plus accessibles, et votre enfant aura certainement beaucoup plus de chances d'obtenir son Bac avec une mention !

 

Le problème des échelles de notation et des sujets d'exercice, comme de toute forme d'évaluation, c'est qu'il ne s'agit pas d'une appréciation objective, fondée et mathematique, mais d'une appréciation subjective et surtout relative. Un enfant est toujours évalué en comparaison de ses coreligionnaires dans un processus de notation. Il est plus facile d'être parmi les meilleurs élèves dans un lycée difficile que dans un lycée élitiste ou à Louis Le Grand ! Plus facile également d'être dans les meilleurs dans une classe de cancres que dans une classe de matheux ! C'est donc un peu comme si cette réforme avait pour objectif de décourager les élèves et leurs parents de rejoindre les lycées privés (ou boîtes à Bac) quand ils le peuvent, pour les pousser à rejoindre les établissements publics difficiles de banlieue. C'est une politique ?

 

Evidemment, les algorithmes d'affectation de «ParcoursSup» tendent pour l'instant à privilégier les lycées élitistes en surpondérant les moyennes de leurs élèves. Mais qu'en sera-t-il demain lorsque ces lycées prisés aux très bons résultats au Baccalauréat afficheront des résultats très en retrait des autres lycées parce que leurs étudiants partiront avec des moyennes de contrôle continu très inférieures à celles des autres lycéens des établissements moins élitistes ? Sera-ce la fin des lycées privés élitistes ? Est-ce l'objectif de ce gouvernement Macron/Philippe ? Ce que les socialistes sous Mitterand n'ont pas réussi faire (réformer l'enseignement privé), un gouvernement de droite/centriste le réussira-t-il ? Mais dans quel intérêt ?

 

 

Saucratès


15/07/2018
0 Poster un commentaire