Critiques de notre temps

Critiques de notre temps

De la crise financière (12)

Réflexion soixante-dix-sept (19 janvier 2010)
Les leçons de la crise (quinquies) ...

5) Quelle conclusion ?

Nous nous trouvons devant un paradoxe. Nous voici devant un système financier occidental qui a gravement failli au cours de la crise financière, qui est passé à quelques pas d'une faillite généralisée, qui a failli s'écrouler en emportant pratiquement tout sur son passage ... Et en même temps, un peu plus de deux ans après le déclenchement de cette crise financière, démarrée début août 2007, ce système financier semble être reparti de plus belle, engrangeant résultats mirobolants records, primes phénoménales des traders des banques et bientôt de leurs dirigeants, aussi sûr de lui-même, de sa réussite et persuadé qu'il n'existe pas de meilleur système au monde. Les acteurs de ce monde oublient simplement qu'ils ont été à l'origine d'une crise économique majeure qui a gravement touché toutes les économies occidentales et plus largement mondiales, à l'exception de la Chine.

Pradoxe ... Tout ce qui a fonctionné pendant la crise est dès aujourd'hui remis en cause, que ce soit la capacité et la légitimité des états à intervenir dans l'économie - les marchés et certains partis politiques souhaitant désormais imposer constitutionnellement aux états de présenter des comptes publics à l'équilibre - ou le financement des amortisseurs sociaux que sont la sécurité sociale ou le chômage ...

Inversement, tout ce qui a échoué pendant la crise est désormais portée au pinacle par ceux-là qui s'étaient cachés au plus fort de la crise, ceux que l'on n'entendait plus, ceux qui avaient disparu des médias. Oublier les problèmes de liquidité des banques, l'affolement des marchés financiers au plus fort de la crise, les interrogations sur les politiques monétaires conduites par les banques centrales, les erreurs du Comité de Bâle ayant répondu favorablement aux demandes pressantes des banques de limiter les immobilisations en fonds propres, le danger des innovations financières du système financier, qui ont inventé les crédits subprimes et surtout leur dissémination dans l'ensemble de la sphère financière, propageant le risque jusqu'à ce que plus personne ne puisse avoir confiance en personne, mais ont également inventé des produits permettant d'inverser les mouvements des principaux indices, dont l'usage s'est généralisé pendant la crise et a aggravé le risque systémique (quand tout le monde joue la baisse, la baisse se réalise ... de la même manière qu'un bateau chavire lorsque tout le monde se porte sur un même côté).

Oublier également les interrogations sur le système monétaire international, sur la nécessité d'avoir une nouvelle monnaie de réserve mondiale qui ne soit pas la monnaie d'une superpuissance commerciale ou économique ... oublier les erreurs des agences internationales de notation, sur leur incapacité démontrée à analyser correctement le risque représenté par un débiteur, par une signature ... oublier le risque qu'elles ont fait courir à l'économie mondiale et les autoriser aujourd'hui à dégrader la cote des états, créant la crise obligataire et publique que ces agences de notation appellent de leurs voeux, afin d'empêcher que ces mêmes états ne réglementent leur activité et n'interviennent dans leur fonctionnement ... oublier l'aggravation des risques des établissements financiers due à des normes comptables internationales inappropriées ...

Paradoxe du capitalisme de voir un système ayant fait la preuve de son incapacité continuer comme avant, sitôt la crise terminée, comme s'il ne s'était rien passé ... Paradoxe de se rappeler également les grands discours pompeux et moralisateurs de tous ces hommes politiques, de tous ces économistes, de tous ces chefs d'entreprise, qui assuraient qu'il fallait réformer le système économique et financier, qui juraient que l'on ne les prendrait plus à piquer dans la caisse, qu'ils avaient compris la leçon ...

Paradoxe enfin que tant d'entre nous aient cru à leurs histoires, à leurs belles promesses, à leurs discours pompeux ...


Réflexion soixante-seize (16 janvier 2010)
Les leçons de la crise (quater) ...

4) Les mesures prises par les états ...

Difficile aujourd'hui, en ce début d'année 2010, d'être certain que la crise financière est définitivement terminée. Et pourtant, l'activité économique mondiale semble redémarrer tandis que les bourses continuent de progresser sur l'ensemble de la planète. Seul risque craint par un certain nombre d'économistes ou de 'prévisionnistes' : une reprise éphémère suivie d'une rechute de l'activité comme dans les années 1930 ou 1975.

Toutefois, le bilan de la crise financière ne sera vraisemblablement plus évoqué au niveau international, notamment au niveau du G20. Quelques modifications des règles du jeu ont évidemment été décidées depuis le début de cette crise, qui pour mémoire, a failli emporter l'ensemble du système financier des pays occidentaux et entraîner la faillite en cascade de la majeure partie des banques américaines, anglaises, allemandes, belges, françaises, hollandaises, islandaises, italiennes, suisses, espagnoles, japonaises, etc ...

1) Il y a eu réhabilitation du rôle interventionniste de l'état, seul capable de venir au secours des immenses multinationales bancaires, et d'une certaine façon, il y a eu reconnaissance de l'intérêt de la nationalisation d'un système bancaire pour sa recapitalisation. Pourtant, les marchés financiers, en s'inquiétant de l'importance des dettes publiques, font passer le message que le rôle interventionniste de l'état ne doit avoir qu'un temps, et qu'il ne peut avoir d'effets réels que si l'état s'interdit un tel rôle la plupart du temps. Les libéraux ont déjà regagné la partie en imposant l'adoption de règles contraignantes aux états les obligent constitutionnellement à avoir des finances publiques équilibrées (exemple de l'Allemagne).

2) Quelques autres mesures ont été prises, dans le cadre du G20 notamment, comme le durcissement des relations avec les paradis fiscaux, grâce à la publication de listes noires ou grises des centres financiers non coopératifs, ou des véléités de taxation des bonus accordés par les banques à leurs traders. Le Royaume-Uni et plus récemment la France auraient pris une telle mesure, qui ne freinera néanmoins pas les banques ou leurs traders ; les Etats-Unis songeraient aussi de plus en plus à une telle mesure, ainsi qu'à l'instauration d'une taxe sur le bilan des banques pour financer le programme de sauvetage lancé par l'état américain ... Le fait notamment que les 38 principales banques et sociétés de bourse américaines prévoient de verser 145 milliards de dollars à leur personnel, ou que la banque J.P. Morgan Chase ait annoncé un versement record de 9,3 milliards de dollars aux salariés de ses activités de banque de financement et d'investissement au titre de 2009 (soit 379.000 dollars par employé), paraît malgré tout excessif aux Etats-Unis, alors que la crise financière puis économique a jeté des millions d'américains dans la misère et la pauvreté, malgré le culte de l'argent qui y règne.
http://www.boursorama.com/international/detail_actu_intern.phtml?num=dcc1b3753bae9ca63a9227b0cfca2d29
http://www.boursorama.com/infos/actualites/detail_actu_marches.phtml?num=e0e975b40fa4f8b60def23083cbd3060

3) Au niveau de la France, quelques rares autres décisions ont été prises, malgré tous les discours offensifs et grandiloquants de Nicolas Sarkozy et de ses ministres, comme par exemple l'obligation pour les banques de financer la future instance de contrôle, commune aux assurances et au marché financier (fusion de la Commission bancaire, de la Commission de contrôle des assurances-ACAM et de l'Autorité des marchés financiers-AMF). Sans la crise, il me semble qu'il était peu probable que les banques puissent être contraintes à un tel financement, alors qu'elles étaient supposées être si puissantes, ce que la crise a infirmé. Par l'histoire, par ses liaisons avec la Banque de France, par l'importance de la rente monétaire dont bénéficiait cette dernière, la Commission bancaire n'avait nul besoin de financement de la part des banques, ce qui accentuait son indépendance vis-à-vis de ces dernières. Le système bancaire français, et plus largement occidental, s'est également construit sur l'indépendance de toutes les banques ; la Banque de France n'étant qu'une parmi de nombreuses banques, dont les billets s'étaient vu imposer cours légal puis cours forcé.

Au final, bien peu de décisions réelles ont été prises au cours et à la suite de cette crise. Les critiques à l'encontre du modèle capitaliste financier ont certes été nombreuses, mais elles se sont limitées le plus souvent à de grandes incantations. Les discours paraissaient grandiloquants, mais les décisions prises ne révolutionneront pas le fonctionnement des marchés financiers mondiaux ni celui des grandes ou des petites banques. Simplement, ces dernières sont passées très proches de la faillite en cascade, et elles essaieront de faire attention à leur comportement et leurs actions pendant encore quelques années ... jusqu'à ce que le système financier se dérègle de nouveau et que des prises de risques considérables et exagérées redeviennent monnaie courante. Ce jour-là, dans quelques trimestres, années ou décennies, une nouvelle crise financière explosera vraisemblablement, entraînant dans la tourmente une nouvelle fois l'ensemble du système financier mondial.

Ce qu'il faudrait faire pour y échapper ??? 



Réflexion soixante-quinze (6 janvier 2010)
Les leçons de la crise (ter) ...

3) Ce qui a contribué à la survenue de la crise ...

Autres échecs de cette crise financière ... 

Le système monétaire international - Comme les banques, qui ont à la fois failli au cours de la crise financière, et qui en même temps, en ont été l'une des causes, l'une des origines, du fait de leurs prises de risque incontrôlées et du processus d'innovation financière ayant conduit à la dillution de ce risque dans l'ensemble du système financier occidental, le système monétaire international est à la fois responsable des dérapages de la crise financière au plus fort de la tempête, mais surtout en est à l'origine, par les déséquilibres monétaires et financiers entre les nations qu'il a autorisé ou permis. En effet, sans les immenses déséquilibres commerciaux des Etats-Unis, et les énormes excédents commerciaux des pays du sud-est asiatique, en premier lieu la Chine, dont les avoirs de change dépassaient 1.000 milliards de dollars quelques années avant la crise, et atteignent 2.000 milliards de dollars à l'heure actuelle, sans donc les immenses transferts de capitaux et d'épargne induits par ces déséquilibres financiers et commerciaux, jamais la crise financière, née de l'explosion d'une bulle de crédit, n'aurait pris une telle ampleur.

La crise financière des années 2007-2009 marque donc l'échec du système monétaire international, qui était né pour mémoire soixante ans auparavant, au sortir de la second guerre mondiale, s'appuyant sur la domination par les Etats-Unis d'Amérique de l'ensemble du monde, par leurs forces armées, par leur industrie et leur économie, par leur monnaie, du fait de leur détention de la majeure partie des réserves d'or. Pourtant, ce système monétaire international, qui reposait sur des parités fixes entre monnaies et sur la convertibilité en or du dollar, sombra dès 1971, après de nombreuses années de tension monétaire, avec la décision des Etats-Unis de déclarer l'inconvertibilité en or du dollar, puis de procéder à une dévaluation de leur monnaie. Le système monétaire international, construit sur un principe de change fixe entre monnaies, et sur une valeur or des monnaies, devait ainsi perdurer pendant pratiquement quatre décennies (1971-2009) dans une configuration totalement différente de ce qui avait été initialement prévu. Seuls résistèrent les institutions internationales qui avaient été créées au sortir de la seconde guerre mondiale : le Fonds monétaire international et la Banque mondiale.

Les excédents commerciaux et de change incommensuraux observés avant la crise conduisaient depuis longtemps des observateurs à diagnostiquer un risque important pour l'équilibre financier et économique mondial, comme cette crise financière le démontra. Mais le pire dans tout cela, c'est vraisemblablement que cette crise n'aura pas suffi à faire prendre conscience de la nécessité de réformer les règles de fonctionnement du système monétaire international. On va repartir dans le même schéma monétaire, car le monde est incapable de se réformer comme dans les années 1945. Le leadership mondial n'a pas encore basculé vers les pays du sud-est asiatique ; nous sommes désormais dans un monde multi-polaire, avec une Chine qui n'est pas encore le nouveau leader économique, industriel, financier et militaire du monde, et des Etats-Unis qui ne le sont plus non plus. Personne n'est capable d'imposer un nouvel ordre financier mondial, et personne n'est également prêt à l'accepter pour le bien de la planète (la même réflexion vaut pour le climat !). Tous les ingrédients pour une nouvelle crise sont toujours réunis dès aujourd'hui ; le système monétaire international présente toujours les mêmes fragilités, les mêmes déséquilibres gravissimes ...

Le problème sera évidemment de définir un nouveau système monétaire international, en l'absence d'économistes aussi majeurs qu'au tournant des années 1945, époque où John Maynard Keynes était à son apogée, même si, malgré sa participation aux négociations, ce ne fut pas sa solution qui fut retenue (la création d'une monnaie mondiale : le Bancor). Quel théoricien suffisamment célèbre éclaire-t-il aujourd'hui le monde de l'économie et de la finance ? Aucun. La solution des changes flexibles a désormais échoué ; mais celle des changes fixes a-t-elle encore la moindre chance, alors que les forces spéculatives sur les marchés financiers peuvent apparemment balayer toute action concertée des principales banques centrales. Il reste enfin la solution de la création d'une nouvelle monnaie mondiale, comme le proposait Keynes il y a plus de soixante ans, et d'une institution mondiale pour l'émettre.

Les agences internationales de notation - Autre source de la crise financière des années 2007-2009, les principales agences de notation (Standard & Poor's, Fitch Ratings, Moody's), qui ont une responsabilité écrasante dans l'absence de prise en compte sérieuse des risques encourus par le système bancaire occidental avant le déclenchement de la crise. Elles furent violemment contestées au plus fort de la crise financière pour leur mauvaise appréciation des risques pris par les banques. Comment des produits notés AAA, aussi solides que des bons du Trésor américains à trente ans, pouvaient-ils quelques mois plus tard ne plus rien valoir ? Il existe d'autres agences de notation, moins contestées que les trois principales agences internationales, comme par exemple la SFAC en France, plus tournée vers une notation du risque pays, ou la Banque de France, qui se limite à la cotation des seules entreprises, de manière gratuite (ce sont les utilisateurs de la cotation, à savoir les banques, qui payent pour la consultation), et quel que soit leur taille ... à l'exception de toute collectivité locale ou établissement de crédit ...

Dans le cas des trois principales agences de notation, c'est leur méthodologie même qui a été attaquée (avec raison). Ces agences se rémunèrent en facturant le coût de la notation (100.000 dollars pour la note ou étude plus une commission en fonction du montant de l'émission souhaitée) à l'entreprise émettrice elle-même. De la sorte, il s'est créé avant la survenue de la crise une dépendance entre ces agences et les fonds émetteurs ; les trois agences de notation n'étaient ainsi pas capables de noter de manière indépendante et objective leurs principaux pourvoyeurs de financement. Ceci peut expliquer l'absence d'objectivité des cotations proposées et les dérives du système, qui ont conduit finalement à la diffusion dans tous les bilans de banques et de fonds de produits de mauvaise qualité dont plus personne ne pouvait plus déterminer la valeur, et dont plus personne ne voulait ... Toute réforme des agences de notation passera nécessairement par une modification de leur mode de rémunération, non plus facturée directement aux entreprises, aux banques ou aux fonds notés, mais aux utilisateurs de ces cotations.

Aujourd'hui se pose un problème différent. Ces trois agences de notation, qui n'ont absolument pas remis en cause leur mode de fonctionnement et leur comportement, sont à l'origine de la défiance grandissante à l'égard de la dette publique des états ayant contribué au sauvetage de l'économie mondiale pendant la crise financière. Ce sont elles qui ont dégradé les notes de certains états du sud de la zone euro. Ces agences disposent notamment d'un pouvoir terrifiant sur les finances publiques des principaux états occidentaux qui pourraient vouloir remettre en cause leur mode de fonctionnement ou leur pouvoir. Tout état, des Etats-Unis jusqu'au Japon en passant par les grands états européens, qui ferait mine de vouloir modifier, dans le cadre du G20 ou ailleurs, les attributions de ces agences de notation, se verrait menacer d'un abaissement de leur note, impliquant un affolement des marchés, des difficultés de refinancement de leur dette, et un renchérissement de ses conditions de refinancement synonyme d'explosion de ses finances publiques.

Personne aujourd'hui ne peut contester le pouvoir de nuisance de Moody's, Standard & Poor's ou Fitch Ratings. Et pourtant, il devient urgent de leur interdire de noter la dette publique de tous les états de la planète, et de transférer cette possibilité à un organisme international, type Banque mondiale ou Fonds monétaire international. Il est également urgent de réformer leur fonctionnement et leur mode de rémunération, afin que les évènements ayant conduit à la crise financière des années 2007-2009 et la faillite (ou quasi-faillite) de plusieurs grosses banques aux Etats-Unis et en Europe (Lehman Brothers notamment) ne se reproduisent pas dans le futur dans les mêmes conditions. Les agences de notation ont également failli au cours de cette crise et avant, et elles ne doivent pas continuer à intervenir de la même manière, avec la même totale impunité !

Les normes comptables internationales - Celles-ci étaient censées permettre de donner à la fois une image la plus précise possible de la situation comptable et financière d'une entreprise, et en même temps de faciliter les possibilités de comparaison internationale pour les investisseurs et les dirigeants. Et pourtant, le résultat de certaines nouvelles normes comptables IFRS dites de comptabilisation à la valeur de marché ont aggravé la crise et les difficultés des principales banques et fonds spéculatifs, aux Etats-Unis, en Allemagne, en Angleterre ou en France ... Loin d'être de simples normes invisibles, de se limiter à donner une photographie à un instant t d'une entreprise, les normes comptables sont devenues pendant cette crise un élément déclencheur, aggravant des difficultés, non pas pour une entreprise ou banque, mais pour une grosse proportion des plus grosses banques.

De tous les éléments ayant causé ou contribué à la crise, les normes comptables internationales, et notamment la notion de juste valeur (fair value), seront les premières à être réformées dans des délais très rapides, en pleine crise. Néanmoins, le principe de l'existence de normes comptables internationales supérieures, s'imposant à tous, dans le monde entier, et ayant un impact notamment sur les entreprises et les marchés financiers en période de turbulences économiques ou financières, ne peut pas disparaître. Cela a existé de toute façon de tout temps ... Enfin et surtout, il doit être noté la corrélation existant entre ces normes comptables internationales, la détermination des fonds propres des entreprises ou des banques qu'elles réglementent, et leurs incidences sur les règles prudentielles applicables aux grandes banques internationales en matière d'obligation en fonds propres.



Réflexion soixante-quatorze (19 décembre 2009)
Les leçons de la crise (bis) ...

2) Ce qui n'a pas fonctionné pendant la crise ...

Suite de mon article précédent sur les réussites et les échecs de cette crise financière ... Quelles sont les échecs de cette crise financière ?

Les banques - La crise financière a mis en exergue la fragilité de l'ensemble des intervenants en matière financière. Les banques constituent le premier échelon d'un système qui a échoué au cours de la crise. Cela faisait plus d'un demi-siècle que de telles paniques bancaires n'avaient plus été observées devant des guichets de banques. Les banques et la finance étaient censées avoir changé de dimension, de taille, la supervision des banques était censée interdire toute dérive, tout risque pour les épargnants. Et puis, en 2008, ce furent des paniques successives dans plusieurs états occidentaux, censés avoir les systèmes financiers les plus développés. Ces paniques auraient eu lieu dans des pays émergents, ou dans des états d'Europe du Sud (Italie, Espagne, Portugal, Grêce, voire même la France), elles n'auraient été considérées qu'avec mépris par les marchés financiers anglosaxons. Mais ces paniques et ces faillites eurent lieu aux Etats-Unis, en Angleterre, en plein centre de la City, et en Allemagne, soit dans les trois plus grandes puissances financières de la planète, sur les trois plus grandes places financières mondiales. Au-delà même des faillites ou des quasi-faillites de quelques grands établissements bancaires dans ces trois pays qui firent courir un risque systémique à l'ensemble des marchés financiers occidentaux, c'est l'ensemble des autres grandes banques occidentales qui eurent besoin du secours des états nationaux et de plans de sauvegarde publics pesant des centaines de milliards de dollars.

Au sortir de cette crise, les banques recommencent à dégager des milliards de dollars de profits, mais leur fragilité intrinsèque est désormais devenue évidente, de même que les risques que font courir à l'économie mondiale leurs activités financières débridées et incontrôlables. Ils ne leur sera plus aussi facile qu'avant 2007 d'édicter leurs propres règles prudentielles, d'influer sur le contrôle prudentiel auquel elles acceptent de se soumettre ou de faire voter le régime d'imposition qui les arrange ...

Les marchés financiers - Au cours de la crise financière, c'est l'ensemble du système financier, à l'exception des banques centrales, qui s'est 'planté'. Ce n'est pas la première fois qu'au cours des soixante dernières années les bourses (ou marchés de capitaux) mondiales se sont effondrées. Mais c'est par contre la première fois que les marchés monétaires européens et américains se sont effondrés, imposant l'intervention massives des banques centrales européennes, américaines et japonaises pour faire face aux demandes de liquidités des banques, en raison de la défiance desintervenants. Cela faisait des dizaines d'années que le rôle indispensable des banques centrales de prêteurs en dernier ressort des banques centrales n'avait pas été mis de cette manière en lumière. Mais les marchés monétaires avaient justement pour vocation de ne plus rencontrer ce genre de difficultés, qui étaient normalement, selon la théorie dominante, devenue improbable. La chute des banques et des marchés monétaires n'a été évitée que grâce aux interventions massives et exceptionnelles dans leur forme des banques centrales européennes et américaines. Seules les banques centrales ont permis d'éviter une situation catastrophique du type de celle de 1930, rendue encore pire par la dépendance des économies occidentales à la monnaie scripturale (ce qui était moins vrai en 1929-1930).

La politique monétaire - Si les banques centrales sont sorties renforcées de la crise financière des années 2007-2009 grâce à leur gestion de la crise, il n'en va pas de même des politiques monétaires qu'elles ont menées antérieurement à la crise, et qui ont conduit, ou qui n'ont pas permis d'éviter, l'apparition de bulles spéculatives puis de la crise financière. Cette crise financière, l'éclatement de la bulle spéculative des crédits subprimes et son influence sur les fonds spéculatifs des banques occidentales, sont des échecs des politiques monétaires menées tout au long des années 2000. Que les banques centrales n'aient pas réussi à anticiper ces difficultés, ni à éviter la contamination des bilans de l'ensemble des banques occidentales, est un échec important des politiques monétaires menées par ces banques centrales. Les politiques monétaires qui seront menées les prochaines années ne pourront demeurer inchangées par rapport au passé, sans lien avec les conséquences des décisions de taux (lire notamment cette intervention du gouverneur de la Banque de France).
http://www.banque-france.fr/fr/instit/telechar/discours/2009/20091116.pdf

Le comité de Bâle et l'autosurveillance de la profession bancaire - Avant cette crise, les banques avaient lancé, au sein de leur profession, une immense négociation multinationale pour modifier leur réglementation prudentielle et tout particulièrement les exigences en fonds propres auxquelles elles devaient être contraintes. Le nouveau ratio Mac Donough, remplaçant du ratio Cooke (du nom des présidents des comités de Bâle qui mirent en place ces réglementations), devait permettre aux banques d'économiser des fonds propres, c'est-à-dire de prêter plus à niveau de fonds propres inchangé (évidemment ce noueau ratio fut présenté de manière différente, en insistant sur l'appréciation de nouveaux risques). Et pourtant, du fait de la crise, les grandes banques furent presque toutes obligées de faire appel aux marchés boursiers pour obtenir de nouveaux fonds propres en raison des risques encourus. Leurs fonds propres apparaissent depuis la crise insuffisants en regard des pertes potentielles qu'ils peuvent causer, et il paraît désormais difficile de laisser inchangée la réglementation Mac Donough.

Plus largement que la profession bancaire, c'est toute la prétention des professions financières de définir leurs propres réglementations qui est remise en cause à la sortie de cette crise, alors que la crise financière est justement née de ce genre d'autoréglementations sur lesquelles aucun état ni aucune autorité n'a prise. Il s'agit, à côté des banques (dont l'interprofession a été incapable d'enrayer des défaillances en cascade qui auraient pu être graves en l'absence d'interventions étatiques), des assurances (dont la plus importante, AIG, est passée à deux doigts d'une faillite et qui a nécessité une nationalisation par le gouvernement américain) ou des normes comptables IFRS (qui sont responsables de l'ampleur prise par la crise financière du fait de leur norme de juste valeur) ...

Les innovations financières - La crise financière est née des crédits subprimes accordés aux ménages américains peu solvables et de la diffusion de ces crédits à l'ensemble du système financier mondial du fait des innovations financières. Alors que les innovations financières étaient censées renforcer les systèmes financiers par l'invention de nouveaux produits et de nouveaux marchés depuis les années 1980, pour la première fois, leurs erreurs plongèrent les systèmes financiers occidentaux dans leur ensemble dans la pagaille du fait de leur incapacité à gérer l'instabilité. Après cette crise, il ne sera plus possible de croire de la même manière en l'innocuité des inventions financières et des modèles mathématiques sur lesquels elles reposent.

Les financements bancaires - De même, plus que les banques, c'est leur capacité à financer dans les meilleures conditions l'économie et les emprunteurs (entreprises ou ménages) qui est désormais sujet à caution. Une économie peut être malade du crédit, par excès ou par insuffisance ... Le rôle indispensable des banques dans la relance de l'économie est à la fois pour la première fois clairement mis en lumière, mais également les conséquences de leurs erreurs en matière d'investissement (aux Etats-Unis) qui n'ont rien à voir avec l'activité de crédit à la clientèle en Europe.



Réflexion soixante-treize (14 décembre 2009)
Les leçons de la crise ...

Deux années de crise financière et tout a été vraisemblablement dit sur le sujet. Et pourtant, il n'est peut-être pas intéressant de faire un nouveau énième point sur les réussites et les échecs de cette crise financière, même si en disant cela, je ne fais que répéter ce que j'ai pu écrire et surtout ce que tant de commentateurs ont dit et écrit ... 

1) Ce qui a correctement fonctionné pendant la crise ...

Quelles sont les réussites de cette crise financière ? Car il serait excessivement restrictif de considérer que tous les acteurs économiques, toutes les politiques publiques, ont échoué au cours de cette crise financière. En même temps, peu de choses, peu d'acteurs ont réussi à résister à la crise et en sont ressortis renforcés ... La liste en est bien courte ...

Les états - S'il est un acteur qui ait vu son rôle renforcé et légitimé au cours de cette crise, c'est d'abord les états nationaux et les politiques publiques. Mais c'est également et avant tout l'influence de politiques publiques concertées à l'échelle mondiale qui a réussi dans cette crise. Mettre aujourd'hui en avant le rôle des états dans la lutte contre la crise financière est pratiquement devenu aujourd'hui une tautologie. Et pourtant, cette action réussie s'inscrit à contre-courant de tout le corpus libéral qui avait court avant l'été 2007, qui chantait les louanges de l'omniscience des marchés et de leur libre fonctionnement.

Les états sont les grands vainqueurs de la crise financière ... Mais pourtant, déjà aujourd'hui, les marchés anticipent (ou craignent) leur chute, fortement handicapés par la montée de leur endettement financier rendu nécessaire par les plans de sauvetage de leur système financier ou par les plans de relance de l'activité économique mis en oeuvre très rapidement. Grands vainqueurs de la crise financière il y a quelques mois, les états apparaissent aujourd'hui comme les futures zones de fragilité de la finance mondiale ... zones aujourd'hui limitées pour l'instant à quelques états sud-européens, à l'Islande, à Dubaï et quelques autres états ...

Une sorte d'aberration en fait ... La crise et la réussite des politiques mises en oeuvre ont renforcé la légitimité de leur action ... Mais les états ne sortent pas renforcés de cette crise, mais au contraire fragilisés par l'importance de leur endettement public et par les craintes que les marchés financiers commencent à exprimer ...

Les banques centrales - La crise a également renforcé le rôle dévolu aux banques centrales des principales zones monétaires. La Réserve fédérale américaine et la Banque centrale européenne ont réussi, avec l'aide des états, à sauvegarder les systèmes financiers américains et européens, à prévenir les difficultés de certains gros établissements bancaires et à limiter au maximum les conséquences des faillites des autres ... Les banques centrales ont réussi à maintenir la liquidité des marchés monétaires en inventant de nouveaux modes d'intervention et en abreuvant massivement les établissements de crédit de ressources à bon marché. Ces politiques monétaires accomodantes se situent elles-aussi aux antipodes de la doxa monétariste qui était la norme avant la crise financière, et dont les dogmes ont été battus en brêche au cours de cette crise.

Les banques centrales ne sortent néanmoins pas diminuées de cette crise, à la différence des états nationaux dont ils sont aussi une forme d'émanation. Les pouvoirs publics se proposent au contraire de renforcer leur rôle en matière de supervision et de contrôle du système bancaire, financier et d'assurance, que ce soit en Europe, en Angleterre ou aux Etats-Unis. Vivement combattu dans certains pays par quelques politiques avant la crise, les banques centrales ont réussi à se rendre légitime et indispensable en sauvegardant les systèmes financiers occidentaux ...

Les amortisseurs sociaux - C'est le rôle de l'état providence, de l'état protecteur des plus faibles qui sort également renforcé de cette crise financière et économique, par opposition à l'état minimal des libéraux. Alors que la crise financière a fait réapparaître des scènes oubliées depuis la grande dépression des années 1930 aux Etats-Unis, le modèle de protection sociale des français et des allemands, pourtant ouvertement critiqué par tout le monde avant la crise, ressort comme la 'solution' dans la situation de crise enregistrée en 2009.

Mais ce renforcement pose néanmoins le problème de la soutenabilité de cet effort de financement des régimes de sécurité sociale, fortement déficitaires dans la situation de crise économique actuelle ... Les états européens pourront-ils continuer de s'endetter encore longtemps pour financer les déficits de leurs régimes de protection sociale ?

Les fonds souverains - Le rôle des fonds souverains (arabes ou asiatiques) était décrié avant la crise financière et il leur avait été impossible à plusieurs reprises de racheter des entreprises ou des secteurs d'activité considérés comme stratégiques par les pouvoirs publics américains ou européens. La crise financière a changé le regard des marchés financiers et des états occidentaux à leur égard ... Ils furent considérés comme des 'messies' au plus fort de la crise financière lorsqu'ils se proposèrent pour renforcer les fonds propres de grandes banques de Wall Street, alors en difficulté ... banques qui leur auraient été fermées en une autre occasion. La crise financière est née des prises de risques insensées des fonds spéculatifs occidentaux, tandis que les fonds souverains étrangers ont participé à l'extinction de l'incendie que les premiers avaient provoqué.

Que va-t-il en rester ? Les états occidentaux ont-ils compris l'intérêt de ces fonds souverains aptes à protéger leurs entreprises et à constituer un bras armé financier ? C'est apparemment le chemin suivi par la France avec le fonds stratégique d'investissement ... Les autres états occidentaux suivront-ils un tel chemin ? De même, la France ne sera-t-elle pas tentée de récupérer les recettes de ce fonds pour faire face à une période de disette budgétaire ?

Les fonds souverains risquent également d'être concernés par l'accroissement des règles prudentielles auxquelles les fonds spéculatifs risquent d'être soumis au niveau américain, européen et international, qui peuvent risquer d'entraver leur développement ou leur mode de management ... Enfin, leur rôle et leurs prises de participation, une fois la crise financière terminée, ne risquent-ils pas d'être à nouveau contestés dans un contexte commercial multinational de plus en plus tendu ?

L'économie chinoise - Malgré la crise, l'économie chinoise continue de croître de près de 10 points de plus que les économies occidentales ... Cette année, sa croissance économique ne sera que de +8% ... L'inflation commence à y revenir ... L'économie chinoise demeure l'atelier du monde et son rôle dans les négociations sur le réchauffement climatique lui permet de demander et d'obtenir les technologies industrielles et énergétiques les plus avancées pour devenir capable de concurrencer demain l'occident ... Principal fonds souverain de la planète, principale réserve financière, principale place industrielle ... La Chine devient peu à peu le centre de la planète, qui traverse le Pacifique après avoir traversé les Etats-Unis et auparavant l'Atlantique ...



Réflexion soixante-douze (29 novembre 2009)
Le danger du risque de faillite des états pour l'économie et les bourses mondiales ...


L'inquiétude née de l'impossibilité pour une entreprise publique de l'émirat de Dubaï (Dubaï World) de faire face à une échéance de remboursement de ses dettes, a plongé les bourses mondiales dans la tourmente en fin de semaine dernière. L'émirat de Dubaï, qui faisait encore figure de miracle économique il y a quelques mois ou trimestres, qui occupait également une forte proportion des grues de construction de la planète, ce miracle du bâtiment et du tourisme, représente aujourd'hui le sixième état le moins solvable du monde, ayant contruit son développement sur un endettement massif.
http://www.jdf.com/tendance-valeurs/2009/11/28/04010-20091128ARTHBD00068-les-craintes-d-une-faillite-de-dubai-font-chuter-les-bourses-mondiales.php

Après la quasi-faillite de l'état islandais au cours de la crise financière, et la montée des dettes publiques de la plupart des états occidentaux voire mondiaux pour combattre les risques de dépression économique et de défaillance des systèmes bancaires occidentaux, il apparaît désormais, malgré l'apparente reprise des marchés financiers et des économies occidentales, que la fragilité financière de la finance mondiale continue de poser problème, et qu'un des principaux risques qui la met désormais en danger se trouve être les risques de faillite des états, des plus petits et des plus pauvres, comme les états en développement, jusqu'aux plus riches et plus puissants, comme les Etats-Unis d'Amérique. Il deviendra peut-être rapidement urgent que les principaux états occidentaux mettent fin à leur politique de soutien public à leurs économies, s'ils se trouvent dans l'impossibilité de continuer à refinancer leurs déficits publics. 

L'apparente sortie de crise qui se profilait il y a encore quelques semaines prendrait alors brutalement fin, comme la montée des inquiétudes perceptibles au niveau des bourses mondiales semble le laisser envisager. Les inquiétudes touchant plusieurs des économies de la zone euro, comme la Grêce, l'Irlande voire l'Espagne, en matière de niveau d'endettement prouvent par ailleurs que la zone euro et l'Europe ne sont absolument pas à l'abri de telles difficultés, dont les conséquences sur la valeur externe et interne de l'euro (ce qui plaira à tous ceux qui militent pour son affaiblissement) pourraient être catastrophiques. Un tel scénario donnerait alors raison à tous les pessimistes comme le blogueur Loïc Abadie.


Saucratès



13/11/2010
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