Critiques de notre temps

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Morale


Irresponsabilité pénale et psychiatrie - Le meurtre de Sarah Halimi impuni

Saint-Denis de La Reunion, samedi 17 avril 2021

 

Pour mon article de ce jour, je vais aborder un sujet fortement médiatisé de ces derniers jour traitant du jugement de la Cour de cassation sur l’irresponsabilité pénale du meurtrier de Sarah Halimi. 

https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/04/14/mort-de-sarah-halimi-la-cour-de-cassation-confirme-l-irresponsabilite-de-son-meurtrier-qui-ne-sera-pas-juge_6076764_3224.html

 

https://www.la-croix.com/Sarah-Halimi-pas-proces-meurtrier-irresponsabilite-penale-confirmee-cassation-2021-04-14-1301150905

 

https://laregledujeu.org/2019/12/24/35468/affaire-sarah-halimi-une-terrible-et-etrange-defaite/

 

Sarah Halimi était une 'vieille' dame de religion juive, massacrée et assassinée par son voisin de religion musulmane, Kobili Traoré, simplement parce qu’elle était juive. Et pourtant, les juges de plusieurs juridictions, et en dernier ceux de la Cour de Cassation, ont estimé que le discernement de Kobili Traoré était aboli. Il était ouvertement et modérément antisémite et pourtant cela n’a pas suffit pour caractériser le crime de haine et l’assassinat terroriste.

 

Le 4 avril 2017, en pleine nuit, «Kobili Traoré, 27 ans, de confession musulmane, fait irruption chez sa voisine de 65 ans, Lucie Attal aussi appelée Sarah Halimi. Aux cris de Allahou akbar, il la roue de coups en récitant des versets du Coran, avant de la jeter par-dessus le balcon de leur HLM de Belleville, dans l’est de Paris».

 

Il n’y aura donc pas de procès pour sa famille et ses proches. Son assassin restera peut-être interné pendant une période de vingt ans en hôpital psychiatrique, ou pas, selon les décisions des psychiatres qui l’examineront. Il est peut-être même déjà dehors, à préméditer un nouveau crime. 

 

A croire d’ailleurs qu’il existe une malédiction sur les noms de famille. Ou bien qu’il existe une malédiction à porter un nom de famille juif en France. Après Ilan Halimi assassiné sauvagement pour des motifs antisémites, c’est au tour de Sarah Halimi d’être assassinée pour les mêmes motifs, parce qu’elle était juive ! Ilan Halimi avait été enlevé, séquestré et assassiné parce que les membres du groupe des Barbares croyaient que tous les juifs étaient riches ; et Sarah Halimi sera également assassiné parce que son meurtrier était persuadé que les juifs contrôlent tout, tout le monde ! Il aurait fait une crise mystique !

https://laregledujeu.org/2021/04/14/36979/les-trois-vies-perdues-dilan-halimi/

 

On ne parle pas du nom de famille Traoré, comme Kobili, ou Adama et ses frères Yssouphou, Cheikne, Bagui, Yacouba, condamnés pour des faits de délinquance, avant de devenir des symboles de la lutte contre les violences policières ou judiciaires.

 

https://www.20minutes.fr/justice/2525427-20190524-val-oise-deux-freres-adama-traore-condamnes-prison-ferme-trafic-drogue

 

https://www.leparisien.fr/faits-divers/bagui-le-frere-d-adama-traore-renvoye-aux-assises-pour-tentative-d-assassinat-02-07-2019-8108172.php

 

En parallèle, les médias donnent une grande importance au témoignage du psychiatre en milieu pénitentiaire Cyrille Canet, qui vient de démissionner de la direction du service médico-psychologique de la prison de la Santé à Paris. 

 

https://www.franceinter.fr/societe/detenus-malades-psychiatriques-le-docteur-canetti-alerte-sur-un-recours-trop-systematique-a-l-isolement


Selon Cyrille Canet, les malades mentaux n’ont rien à faire en prison et devraient être placé en hôpitaux psychiatriques pour pouvoir y être soignés. La prison ne serait pas fait pour eux, mais les moyens dévolus à la psychiatrie seraient insuffisants pour permettre d’y accueillir toutes les personnes malades mentales qui seraient de fait emprisonnées par manque d’espace en hôpitaux psychiatriques. De l’hôpital, à la rue, de la rue à la délinquance pour s’en sortir, puis de la délinquance à la prison !

 

Admirable débat à un moment extrêmement pertinent. Pour clarifier les choses, à prime abord, je suis favorable à la peine de mort pour tout assassinat abominable, pour tout crime odieux, et donc pour tout meurtre terroriste. Il ne peut y avoir aucun espoir de rédemption pour ces monstres, et seule la mort peut apporter une réponse adéquate de la part de notre société. 


Contrairement aux magnifiques idées de Cyrille Canet, la prison n’est pas là, n’est pas faite, pour réinsérer des criminels repentis ! La prison est la réponse insatisfaisante élaborée par une société beaucoup trop libérale pour isoler des criminels et pour les punir, pour leur faire payer leurs crimes. La solution russe des goulags ou chinoise des camps de redressement, voire la solution américaine d’enfermement à vie, sont bien plus pertinentes que la solution française. Les seules personnes pour lesquelles la prison française serait réellement un enfer seraient pour les personnes comme moi, des malheureux citoyens qui pourraient être condamnés éventuellement pour des accidents de la route ou de crimes de cols blancs (harcèlement moral, détournements de fonds ...) ou de petits délits mineurs.

 

Que conclure de tout cela.
—> Une absence de justice apportée à la victime de ce meurtre abominable, évidemment.

—> Un exemple offert à chaque futur terroriste, qui pourra désormais arguer de l’abolition de son discernement après chaque assassinat terroriste, aussi.

—> L’inadéquation de la réponse de la justice française, incapable de punir des terroristes et des monstres, et de la psychiatrie française, qui est confrontée à la perversion du terrorisme islamique mais qui continue à utiliser une grille de lecture marxiste et victimaire dépassée, alors que l'explication de tout ceci est l’islamisation rampante de la société française et des cités populaires. Ceci n’est qu’une guerre civile où la lutte contre les violences policières n’est qu’un outil pour faire de ces cités urbaines une zone hors du droit français, c’est-à-dire non pas une zone de non-droit, mais une zone où le droit sera le droit des gangs, le droit islamique, mais pas le droit français.

 

Certes, la psychiatrie et la psychanalyse sont capables d’offrir une grille de lecture pertinente de ce qui ne va pas chez nous, de nos psychoses, de nos désordres. Mais n’est-il pas exagéré de croire qu’elles peuvent offrir une réponse à ces gens qui sont des monstres, à ces fous meurtriers, à ces assassins qui ont goûté au sang et à la terreur de leurs victimes ? On tue bien des chiens parce qu’ils ont goûté au sang humain, pourquoi ne tue-t-on pas ces monstres qui tuent des innocents pour leur plaisir ? 

 

La justice et la psychiatrie française sont devenues folles. Ils auraient aujourd’hui à juger les responsables nazis de l’Holocauste, Hitler, Himmler ... qu’ils les considereraient comme des malades mentaux dont le dicernement était aboli pendant ces années de guerre et qui les gracieraient sous prétexte qu’ils ne seraient pas responsables de leurs actes !

 

Soyons clair, Kobili Traoré aurait dû être jugé pour le meurtre de Sarah Halimi, et dans l’absolu, il aurait du être condamné à mort. Pour la même raison que comme des millions de français, j’ai trouvé extraordinaire que le meurtrier de Samuel Paty ait été tué lors de son arrestation par les Forces de l’ordre. Il eut été abominable que des avocats, des psychiatres lui permettent d’échapper à un procès, qu’il ressorte vivant de prison pour commettre à nouveau des meurtres dans quelques années ! Ce monstre ne mérite d'ailleurs même pas que l’on se souvienne de son nom autrement qu’à travers celui de sa victime. Il est heureux qu’il ait été abattu. Et heureusement, nul avocat, nul défendeur, n’ont osé s’attaquer, porté plainte contre les  courageux policiers qui l’ont abattu. La peine de mort eusse encore exister qu’ils n’auraient pas été obligés de l’abattre pour permettre que la justice humaine soit prononcée.

 

Ce sera tout pour ce soir !

 

 

Saucratès


17/04/2021
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Justice, politique et éthique

Saint-Denis de La Réunion, jeudi 11 mars 2021


La justice et la politique, entendues au sens large, que ce soit en France, ailleurs en Europe, ou dans le monde, sont-elles éthiques et appliquent-elles une éthique ? C’est une question que je me pose souvent, et à laquelle l’actualité médiatique de ces dernières heures ou de ces dernières semaines viennent fournir une réponse.

 

Est-il normal que le parlement européen puisse lever l’immunité parlementaire de M. Puigdemont et des ministres indépendantistes catalans alors que la justice espagnole menace de les condamner à une peine de prison de plus d’une dizaine ou d’une quinzaine d’années, non pas pour avoir tué, assassiné ou volé, mais simplement pour avoir proclamé l’indépendance de la Catalogne, province espagnole, conformément au souhait de nombre de catalans. Comment le parlement européen, par calcul politique, par respect des courant politiques, peut-il lever l’immunité parlementaire de certains de ses membres en faisant comme si la justice espagnole était une justice démocratique et que leur condamnation ne risquait pas d’être injuste ? Quelle éthique peut y avoir en politique en Europe ? Il y a de la noblesse et de l’inconscience dans le combat de Puigdemont et des indépendantistes catalans face à des États européens qui ne laisseront jamais aucun espoir aux velléités indépendantistes chez eux, mais seulement chez les autres, ailleurs, en Afrique, en Asie ou dans les Balkans.

 

https://www.lemonde.fr/international/article/2021/03/09/apres-la-levee-de-l-immunite-de-puigdemont-l-offensive-judiciaire-espagnole-en-europe_6072508_3210.html

 

De même, la justice elle-même réfléchit-elle aux conséquences des décisions judiciaires qu’elle prend et aux jugements et aux condamnations qu’elle prononce ? Ethiquement, de nombreuses décisions judiciaires ne sont-elles pas totalement hors de propos et déplacées. N’est-elle pas astreinte à réfléchir aux conséquences éthiques de ses choix et de ses décisions judiciaires ?

 

Premier exemple, dans les plaintes concernant le piratage de cet outil de messagerie utilisé par les pires criminels, EncroChat, n’est-il pas aberrant que la justice française se range aux côtés des criminels. «EncroChat était une messagerie cryptée réputée inviolable, utilisée par des narcotrafiquants, des marchands d’armes, des réseaux de blanchiment d’argent sale et de trafic ou de traite d’êtres humains. Et la justice française malgré cela se prononce sur des requêtes en nullité qui dénoncent l’illégalité des moyens employés». La justice française, et les juges qui la composent, peuvent-ils se mettre aux côtés des pires criminels et les protéger, sans prendre en compte le fait qu’ils protègent des criminels en faisant cela ?


Que diront ces juges devant les victimes de ces criminels ? Tant pis pour vous ? J’espère surtout que demain, ces mêmes juges ne seront pas les victimes de ces mêmes criminels. Même si c’est rarement le cas. Les juges qui libèrent des assassins, des violeurs ou des pédophiles sont rarement les nouvelles victimes de ces monstres lorsqu’ils récidivent. 

Est-ce la conformité au texte de la loi, et au respect des procédures qui doit primer sur l’éthique même de la justice, et sur l’éthique de la portée des décisions judiciaires prononcées ? 

 

https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/03/10/piratage-d-encrochat-les-recours-se-multiplient-contre-la-justice-francaise_6072569_3224.html

 
On a un deuxième exemple dans cette plainte et ce jugement en cours au Pérou concernant un ancien président, Alberto Fujimori, poursuivi pour avoir mis en œuvre des stérilisations forcées de femmes boliviennes ! La justice bolivienne appelée à se prononcer sur cette plainte ne doit-elle pas réfléchir aux conséquences d’un tel procès et de l’éventuelle décision qui sera prise. La stérilisation forcée des hommes et des femmes sur notre planète n’est-elle pas la seule manière de limiter la croissance de la population terrienne et de ne pas nous retrouver à plusieurs dizaines de milliards d’humains sur Terre dans quelques décennies ?

 

https://www.lemonde.fr/international/article/2021/03/10/au-perou-alberto-fujimori-devant-la-justice-dans-le-dossier-des-sterilisations-forcees_6072531_3210.html

 
On a également un troisième exemple dans le procès du siècle sur l’inaction climatique du gouvernement français. Qu’elle peut être la légitimité de la justice française pour faire condamner l’Etat français, c’est-à-dire en quelque sorte tous les français, nous tous, eux également, pour un supposé inaction gouvernementale ? N’est-il pas aberrant que la justice française condamne le gouvernement français ? Vous pensez qu’en dehors de l’Europe, voire en dehors de la France, un autre pays se condamnerait lui-même par sa propre justice ? La justice de ces pays-là n’est même pas capable (ou en etat) de juger équitablement des justiciables étrangers dès lors que leurs intérêts sont contraires aux intérêts de leurs propres ressortissants. Mais en France, la justice donne non seulement raison aux justiciables étrangers, mais elle nous condamne en plus collectivement tous ensemble, à travers le gouvernement. Qui sont donc ces juges et ces rapporteurs publics pour rendre de cette manière la justice en France ? En sont-ils simplement dignes ?

 

Ils croient peut-être faire avancer la cause de la lutte contre le réchauffement climatique, à moins que ces juges ne recherchent seulement que la gloire personnelle, laisser une trace dans l’histoire, passer à la postérité autrement que comme les traîtres ayant condamné leur propre pays et leur propre gouvernement !

https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/02/03/climat-l-etat-condamne-pour-carences-fautives-dans-l-affaire-du-siecle_6068613_3244.html

 

Et des histoires de ce type, il y en a des millions d’autres. Mais il apparaît évident à ce moment de ma présentation que chacun d’entre nous peut avoir sa propre interprétation de ce qui devrait être l’éthique à défendre dans le cas de ces différents sujets ou jugements. Entre l’appréciation du juge et l’appréciation de chacun d’entre nous sur ce qui devrait être jugé, de ce qui devrait être condamné ou non, il peut en effet y avoir une multitude de positions antagonistes.

 

Et pourtant, en matière d’éthique, peut-il y avoir plusieurs positions sur un même sujet, sur les obligations morales qui s’imposeraient aux juges ? Peut-il y avoir des positions éthiques antagonistes ? Non, évidemment que non. Dans ces différents cas recensés, il peut y avoir des jugements ou des positions politiques se basant sur des principes juridiques, ou politiques, de primauté de tels ou tels principes, mais au fond, ces divers jugements ne sont pas conformes à l’éthique. Ils ne sont pas éthiques. Ils respectent juste un principe de primauté du droit ou des principes. Rien d’autre. Il reste à définir ce que devrait être cette éthique des juges et de la justice, ou de la politique. 

 

 

Saucratès


10/03/2021
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Djihadistes et déradicalisation, une lecture de la revue «Esprit» du mois de décembre 2019

Saint-Denis de La Réunion, mercredi 18 mars 2020

 

Le numéro 460 de la revue «Esprit» du mois de décembre 2019, qui traitait du langage et des langues, intégraient quelques articles extrêmement intéressants et pertinents sur le djihadisme, sur la mobilisation djihadiste et sur la démobilisation des djihadistes, ou déradicalisation. 

 

https://esprit.presse.fr/tous-les-numeros/quand-le-langage-travaille/884

 

Un premier article d'Eric Marlière intitulé «du communisme à l'islam - réflexions sur la violence politique» discutait de l'origine, de l'explication de la radicalisation islamiste ou djihadiste. Grosso modo, mon interprétation de cet article est que les ressorts de cette radicalisation islamique ne sont pas différents selon l'auteur des violences anarchisantes et gauchisantes des années antérieures qui avaient donné naissance à la bande à Bader ou aux Brigades rouges. 

 

https://esprit.presse.fr/article/eric-marliere/du-communisme-a-l-islam-42443

 

«Des formes de radicalisation politique dans les quartiers populaires urbains existent depuis un certain nombre d'années : contestation généralisée, méfiance étendue et révoltes urbaines. Cependant, la mise en place de l'Etat islamique apparaît comme un projet séduisant pour certains jeunes, visant à changer le monde : «si l'Etat islamique avance dans certaines régions en difficultés, c'est pour une raison simple : il ne se borne pas à promettre un changement révolutionnaire, il le met en action. Il renversé l'ordre politique et économique, en suivant, pour la conduite de la société, un code moral radicalement différent.» (Scott Atran, L'Etat islamique est une révolution, Les liens qui libèrent, 2016) Pour une extrême minorité de jeunes des quartiers, vulnérables et en rupture avec les institutions sociales, dans un contexte d'injustice, les sites de Daech ou d'Al Qaïda et leurs franchises peuvent proposer une alternative crédible.»

(page 100)

 

L'auteur pose ainsi comme diagnostic et comme question : «comment sommes-nous passés du terrorisme révolutionnaire d'extrême gauche à celui qualifié d'islamique à l'échelle du globe ? Nous partons du postulat que la violence politique extrême a changé de support - mais pas forcément de programme - et revêt de nouveaux oripeaux idéologiques.»

 

A la lecture, ce diagnostic paraît tout à fait pertinent. Je peux tout à fait me reconnaître dans une telle analyse ; de mon temps, j'aurais tout à fait pu m'associer à une lecture violente proche du terrorisme d'extrême gauche. Et je peux tout à fait m'imaginer que si l'islamisme eusse existé à cette époque ancienne, j'aurais peut-être pu me laisser séduire par son message et par son programme. C'est une question qui parfois m'interpelle, que parfois je me suis posé. Mais de la même manière que je n'ai pas été un terroriste d'extrême gauche, ou que je n'ai pas rejoint un kibboutz israélien en Terre Sainte, il n'y a pas plus de raison que j'aurais basculé dans le terrorisme djihadiste.

 

L'auteur se fatigue beaucoup pour rapprocher et expliciter la ressemblance entre la vision communiste et la vision islamique de la société et de leur message émancipateur. Cette ressemblance existe-t-elle réellement ? L'auteur conclut son article de la manière suivante :

 

«Les formes anthropologiques et les structures idéologiques proposées par le communisme révolutionnaire ou le djihadisme, malgré leurs finalités antagonistes, peuvent paraître séduisantes à celles et à ceux qui se sentent exclus et pensent ne pas avoir grand-chose à perdre. En effet, les sentiments d'injustice, de colère et de frustration peuvent trouver des réponses immédiates dans les problématiques égalitaires du djihadisme et ses projets messianiques de revanche et de justice face à un monde perçu comme inique. Autrement dit, l'islam, après le communisme, procure des réponses idéalisées à des problèmes générés par un système politique appréhendé comme corrompu et injuste.»

 

«En proposant un tel paradigme structurel, nous tenons une position d'équilibriste bien définie par Jean Birnbaum : «tous les points communs soulignés ici, entre le brigadiste d'antan et le djihadiste actuel, masquent un conflit mortel entre les deux visions du monde, deux idées de l'homme à la fois jumelle et irréconciliables.» (Jean Birnbaum, Un silence religieux - La gauche face au djihadisme, Seuil, 2016) C'est sans aucun doute l'un des grands paradoxes de notre époque, marquée par l'absence de débouchés politiques pour une partie de la jeunesse francaise.»

(page 104)

 

La vision d'Eric Marlière est certes séduisante. Mais elle oublie un certain nombre de choses. Elle explique assez bien l'existence du djihadistes et la séduction qu'elle peut opérer sur un certain nombre de personnes, pas toujours forcément de religion musulmane. Mais elle oublie que l'idéologie révolutionnaire d'extrême gauche continue d'exister, comme l'idéologie terroriste d'extrême droite. Même s'il est difficile de qualifier des penseurs d'extrême gauche comme le groupe de Tarnac et son leader Julien Coupat de terrorisme d'extrême gauche, ce qui me paraît comme particulièrement exagéré, il existe bien cependant malgré tout toujours des groupes révolutionnaires d'extrême gauche. Mais il est clair que cette vision du monde est réservée aux intellectuels et aux personnes avec un certain niveau d'éducation et de formation. Pour les jeunes des cités et les exclus du système éducatif, le terrorisme d'extrême gauche semble pratiquement inaccessible, réservé aux seuls intellectuels. Mais cela a toujours été le cas depuis Marx et Engels en passant par les situationnistes de mai 1968. Ce qui n'a pas empêché l'existence et la constitution de groupes terroristes d'extrême-gauche ! Pour les exclus  du système éducatif d'aujourd'hui, les francais de souche peuvent basculer dans les mouvements d'extrême droite, en guerre contre l'islam et les juifs, tandis que les autres français peuvent basculer dans le djihadisme et dans l'islamisme.

 

Au fond, il n'y a peut-être pas vraiment de mouvement de bascule entre islam et communisme comme semble vouloir le croire et le démontrer Éric Malière. Les deux idéologies n'ont jamais attiré les mêmes personnes et les mêmes profils. À moins de penser que le communisme révolutionnaire ne soit fermé aux non-intellectuels qui ont alors dû basculer vers l'islamisme. D'où la très grande facilité d'endoctrinement pour l'islamisme pour ces profils d'exclus.

 

Je partage encore moins d'affinités avec l'article suivant de Myriam Benraad, intitulé «Les déçus du califat - Émotions et démobilisation».

 

https://esprit.presse.fr/article/myriam-benraad/les-decus-du-califat-42444

 

Cet article de Myriam Benraad semble ainsi défendre cette idée  naïve que les djihadistes déradicalisés sont soignés d'une sorte de maladie et ont déjà été suffisamment punis par ce qu'ils ont fait et par ce qu'ils ont commis pour qu'il soit nécessaire de les punir et de les condamner. C'est grosso modo ce que je retiens de la lecture de cet article et de la démonstration de cette auteure. Les pauvres ont été tellement marqués par ce qu'ils ont vécu, par ce qu'ils ont fait, qu'ils se sont volontairement deradicalisés et qu'ils ont voulu fuir le califat et l'Etat islamique, marqués par ce qu'ils ont vu, fait et vécu.

 

«Outre leur déception vis-à-vis du projet de l'Etat islamique et de sa relaité tangible, nombreux sont ceux qui ont quitté les rangs de l'organisation terroriste sous le poids de la honte générée par une confrontation, directe ou non, avec leurs propres actes. Cela est particulièrement vrai concernant les combattants qui furent témoins d'exécutions et d'atrocités, et qui présentent tous les symptômes d'un stress post-traumatiqu. D'idéalistes croyant être partis vivre une utopie, des combattants de l'Etat islamique ont littéralement été transformés en instruments de torture, en assassins méthodiques, rendant impérative une prise en charge thérapeutique appropriée au terme de leur désaffiliation physique, pour conjurer leur identification à un mouvement pervers et ultraviolent, être en mesure d'accepter l'idée, moralement intolérable, de s'être associés au pire, même brièvement.»

(page 110)

 

Lecture qui se veut tellement naïve des crimes perpétrés par ces djihadistes. L'évocation même d'«idée moralement intolérable» me semble un complet contre-sens. C'est intolérable pour nous, ou peut-être même pour l'auteure, mais le djihadisme et ses crimes ne démontrent-ils pas eux-mêmes que leur morale islamiste n'a plus rien à voir avec notre morale judéo-chrétienne ? 

 

Lorsque des personnes ont basculé de cette manière dans le mal absolu, existe-t-il une possibilité de rachat ? Lorsque l'on a tué et torturé des personnes à cause de leur religion ou de leur origine, est-on rachetable ? C'est la peine de mort qui fut requise au tribunal de Nuremberg contre les criminels nazis qui y furent traduit, qui avaient tué, assassiné, torturé, déporté des français, des polonais, des russes, des juifs, des tsiganes, des communistes. Un djihadiste est-il capable de s'amender, de ne pas prêcher le terrorisme ou le djihâd ? Seule la mort n'est-elle pas la seule reponse tolérable à l'intolérable ? Et si notre civilisation n'est pas capable de mettre en place un tribunal comme Nuremberg pour juger les faits des djihadistes en Syrie et en Irak et partout dans le monde, confions donc leur jugement à des pays qui appliquent encore la peine de mort.

 

 

Saucratès


18/03/2020
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Du terrorisme et du droit à la résistance

Saint-Denis de la Réunion, jeudi 6 février 2020

 

C'est selon moi l'une des principales questions morales et politiques que notre société doit se poser et à laquelle elle doit pouvoir trouver une réponse objective et définitive. Le terrorisme devient-il un acte moral dans certaines situations ? Le terrorisme peut-il devenir la seule réponse possible à un homme, ou à une femme, dans un certain nombre de situations politiques particulières, et quelles peuvent être ses situations politiques particulières qui autoriseraient de tels actes ?

 

L'exemple que je prendrais sera cette nouvelle internationale récente, d'une voiture ayant foncé en Israël sur une foule de badauds (ou de fêtards) ce jeudi 6 février 2020, à Jérusalem. Mais il en existe de nombreux autres exemples possibles, comme par exemple l'attentat terroriste de Charlie Hebdo ou de l'Hyper Cacher de la Porte de Vincennes. Peut-on considérer ces attentats comme moraux ? Ou plutôt comment distinguer ceux qui seraient moraux (si certains peuvent-être considérés comme tels) de ceux qui ne le seraient pas. 

 

https://www.lemonde.fr/international/article/2020/02/06/une-voiture-fonce-dans-la-foule-a-jerusalem-et-fait-14-blesses_6028582_3210.html

 

Attention, je ne souhaite pas faire l'apologie du terrorisme. Les velléités britanniques de durcir les condamnations pour actes terroristes islamiques me paraissent une mesure de bon sens. Comment pourrait-on laisser ou remettre en liberté des personnes qui visent à tuer des innocents parce qu'ils sont d'une autre religion ? Une peine minimale de quatorze années d'emprisonnement est certes attentatoire aux libertés publiques (les personnes composant le groupe de Tarnac en France étaient poursuivies pour acte terroriste pour avoir supposément voulu rendre inutilisable une ligne de TGV et cela pourrait viser presque n'importe qui sous un gouvernement de droite ou LRM) mais elle paraît indispensable face à l'idéologie islamiste terroriste. 

 

Mais cela ne m'empêche pas de m'interroger sur ce qui différencie et légitimise un acte terroriste, ou qui fait d'un acte terroriste criminel un acte légitime, conforme à la morale, reconnu comme un moyen légitime d'aboutir à un résultat, à la victoire d'une idéologie, au rétablissement des droits de personnes ou de citoyens bafoués. 

 

Ma position est peut-être inacceptable. Pourtant, certains actes terroristes sous l'occupation, contre l'occupant nazi, ont été considérés comme légitimes par le gouvernement provisoire français et par les gouvernements suivants. Les actes terroristes de la Résistance française n'ont jamais été poursuivis par la France après 1945 ; ils n'étaient considérés comme des terroristes que par les nazis et par le régime de Vichy. Postérieurement à la deuxième guerre mondiale, les terroristes ont été appelés résistants et proclamés comme des héros, et leurs ennemis d'hier, ont été considérés comme des collaborateurs et condamnés comme tels. C'est bien le signe que dans certaines situations politiques particulières ou de guerre, de combat, les actes terroristes deviennent des moyens légitimes d'arriver à un résultat. C'est même le signe que le fait de résister et de combattre devient une obligation morale, alors que le fait de collaborer ouvertement est un crime !

 

Alors, comment peut-on distinguer ces moments, ces situations particulières, et comment peut-on les juger, les distinguer ? Comment et doit-on par exemple distinguer l'attentat terroriste de Nice du 14 juillet 2016, ou un camion renverse et tuent des dizaines de piétons, et l'attentat de ce jour à Jérusalem, où une voiture renverse une dizaine de piétons ?

 

https://www.monde-diplomatique.fr/2016/08/SIZAIRE/56077

 

Soyons clair ; le jour où les palestiniens l'emportent politiquement et obtiennent la création et la reconnaissance d'un Etat palestinien, que ce soit aux marges ou sur les décombres de l'Etat d'Israël, tous les palestiniens condamnés, tués, poursuivis comme ou en tant que terroristes seront célébrés par les palestiniens comme des résistants et des héros. Et ils le sont d'ailleurs déjà ! Et il en sera de même en Syrie, en Irak, pour tous les mouvements islamistes, pour Al-Qaïda ou pour les combattants de l'Etat Islamique. Tous ces combattants terroristes seront les héros de leur peuple s'ils l'emportent militairement ou politiquement sur leurs adversaires, de la même manière que cela s'est passé en France après la Libération. Les vaincus seront condamnés comme collabos ou feront l'objet de purges, tandis que les vainqueurs deviendront des héros. 

 

La même analyse vaut pour les terroristes islamistes en France. Si l'islam ou l'islamisme l'emporte en France, les terroristes de Charlie Hebdo ou de l'Hyper Cacher de la Porte de Vincennes deviendront-ils des héros, des justes, et leur mémoire sera-t-elle réhabilitée ?


Après tout, il n'est nul besoin de se rapporter à l'histoire de l'occupation française. Même en Israël, les juifs ont commis des attentats sous le protectorat anglais pour obtenir le droit à la reconnaissance de l'Etat d'Israël. 

 

«Des groupes radicaux utilisent alors le terrorisme meurtrier comme une arme de résistance, à leurs yeux légitime. Ce terrorisme de libération commence en Palestine le 22 juillet 1946 avec l'attentat de l'hôtel King David, perpétré par l'Igourn, une organisation sioniste extrémiste.»

https://cours.unjf.fr/repository/coursefilearea/file.php/205/Cours/09_item/indexI0.htm

 

La grande question, c'est donc de savoir qu'est-ce qui peut légitimer des tels crimes, de tels actes, qu'est-ce qui rend légitime de telles actions ? Est-ce que l'injustice vécue depuis les années 1950 par les palestiniens en Israël, les multiples mesures vexatoires qui visent les palestiniens et les israéliens musulmans, l'iniquité extrême et absolue de la proposition de paix de Trump pour régler le conflit israélo-palestinien, les violences subies par les palestiniens, les multiples morts palestiniennes sous les balles ou les buldozers israéliens, tout ceci ne rend-t-il pas légitime les actes terroristes des palestiniens ? Si j'étais dans la même situation que tous les palestiniens, que j'avais vécu les mêmes injustices, que je les voyais tous les jours être commises devant moi, à mon encontre, que j'en pâtissais tous les jours, est-ce que je ne prendrais pas non plus les armes pour me venger, pour frapper cet Etat ennemi, pour tenter de me libérer, pour tenter de faire quelque chose, n'importe quoi, pour ne pas rester passif, immobile, sans réaction ?

 

Comme l'écrit Le Monde Diplomatique, «Toute tentative de définition du terrorisme soulève invariablement des débats car elle pose la question de la violence légitime et du droit à la résistance d’une part, et de l’illégitimité de la violence étatique de l’autre». Il y a des cas où un peuple a le droit de résister à un gouvernement illégitime, et à la violence étatique. C'est selon moi le cas du peuple palestinien, mais aussi celui du peuple des gilets jaunes en France. Nous sommes face dans les deux cas à un gouvernement qui emploie une violence illégitime qui rend nécessaire le combat et la résistance, par toutes les formes de combat, dont les actes terroristes. Les Etats et les gouvernements qui les combattent les traiteront évidemment comme des terroristes et essaieront de les faire disparaître, de les éradiquer par tous les moyens à leur disposition ... violences, rafles, éliminations ... parce qu'aucun Etat ou aucun gouvernement n'acceptent de reconnaître que leur propre violence est illégitime, que leur pouvoir est usurpé. Il faut que ces Etats et ces gouvernements s'effondrent sous la force des armes, comme autrefois la royauté française, comme autrefois le gouvernement de Vichy, pour que leur violence soit considérée comme illégitime et que leurs opposants et ceux qui les ont combattu deviennent des héros et des martyrs. 

 

Tout homme a donc le droit et le devoir de résister à l'injustice, à l'inéquité qui lui est faite, à lui ou à ses semblables par un Etat ou un gouvernement injuste, illégitime ou utilisant de manière illégitime une violence excessive, exagérée, disproportionnée. C'est une obligation qui lui est faite, par tout moyen à sa disposition et le terrorisme, comme le fait de prendre les armes militairement, est l'un des moyens qui lui est accessible.

 

Mais le droit à la résistance ne légitimera jamais des actes terroristes odieux comme l'attentat de Charlie Hebdo, contre la liberté d'expression ou l'attentat de l'Hyper Cacher, basé sur le seul antisémitisme ! Et jamais ces lâches attentats ne pourront être considérés comme moraux.

 

 

Saucratès

 

 

A lire le dossier extrêmement intéressant sur le terrorisme

https://cours.unjf.fr/repository/coursefilearea/file.php/205/Cours/09_item/indexI0.htm 


06/02/2020
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Les affaires de Rugy et la fabrique de l'opinion publique

Saint-Denis de La Réunion, dimanche 14 juillet 2019

 

L'Etat de droit est en danger en France sous le gouvernement de Macron et Philippe. La décision du procureur de la République nommé par Macron (M. Rémy Heitz) de ne pas poursuivre trois membres de l'entourage d'Emmanuel Macron à l'Elysée pour parjure (à savoir MM. Patrick Strzoda, Alexis Kohler et Lionel Lavergne) ne peut pas se comprendre autrement sans se rappeler les circonstances de sa nomination décidée par Emmanuel Macron (cf. la tribune de Jean-Philippe Derosier, constitutionnaliste et professeur de droit public à l'université de Lille, paru dans le Monde du 9 juillet 2019).

 

«On craignait alors que ce dernier (le président de la République) n'ait pour dessein de contrôler le plus important parquet de France. Avec la décision du même Rémy Heitz concernant les trois collaborateurs du chef de l'Etat, cette crainte paraît devenir réalité : la justice est aux ordres. Ce n'est pas seulement troublant, c'est alarmant pour notre démocratie.»

 

C'est particulièrement inquiétant dans un État de droit. Tout comme les poursuites menées contre les gilets jaunes depuis novembre 2018 sont également inquiétantes, tout comme inversement l'absence de poursuites à l'encontre de tous les agents des forces de l'ordre pour les agressions, les coups, les tirs injustifiés ... Mais ces forces de l'ordre sont les seuls remparts du pouvoir macroniste, et celui-ci ne peut se permettre de perdre le soutien des forces de l'ordre. Macron, en violation du respect de l'Etat de droit, utilise la violence publique pour faire peur, contraindre et combattre les manifestants et ses contestataires et adversaires, comme par exemple les gilets jaunes ou la CGT. Sans les forces de l'ordre, Macron et son gouvernement tomberaient car, à la difference de ses prédécesseurs, il n'a absolument aucune légitimité antérieure, ni même aucune légitimité aucune. Il a été élu en raison d'une intoxication médiatique, d'une manipulation médiatique de l'opinion publique. Et à ses côtés, on trouve toute une série de traitres de droite et de gauche qui ne représentent rien si ce n'est eux-mêmes et une certaine forme de politique et de milieu social ou de caste ! Ces gens-là n'ont aucune espèce de légitimité. Ils ne tiendront qu'autant que les forces de l'ordre continueront à les protéger, eux, et la République derrière eux. Que les forces de l'ordre laissent les manifestants marcher sur l'Elysée, et c'en serait fini du macronisme et de Macron.

 

Que penser par ailleurs de l'affaire, des affaires concernant François de Rugy, révélée par le site Mediapart ? Que les puissants, comme Macron en premier lieu, continuent de mener un grand train de vie aux frais des contribuables ? Tout en nous imposant réformes et cures d'amaigrissement, tout en nous demandant toujours plus de sacrifices ? Il eusse fallu être aveugle ou ignorant pour croire que les hommes politiques étant subitement devenus des anges et des ascètes, tout comme il serait idiot de penser que Macron ou Philippe sont des anges ou des ascètes. La conversation entre Philippe et de Rugy a dû être fort intéressante ! De Rugy disant à Philippe que tu fais tous les jours les mêmes dépenses et dérapages. Et Philippe lui répondant que toi, par différence avec moi, tu as été pris ... 

 

Et l'autre enseignement de cette affaire, c'est pourquoi de Rugy, et comment se fait-il que Mediapart s'en soit pris à de Rugy et à sa directrice de cabinet ? Comment cela se fait-il que Mediapart ait pu avoir des informations compromettantes sur de Rugy. Qui l'a vendu ? Pour quelles raisons ? Car l'arrivée de Macron au pouvoir a tarri les principales sources d'informations des médias. Mediapart a-t-elle enfin réappris à faire du journalisme d'investigation ? Ou bien n'a-t-elle simplement que pu bénéficier à nouveau d'informations venant d'un tiers mal (ou bien) intentionné ? 

 

Cette affaire démontre une chose principalement. Que les traitres comme de Rugy, comme tant d'autres, ne cherchent qu'une seule chose : profiter toujours plus de l'argent public pour leur plaisir personnel et celui de leurs collègues de caste. De Rugy faisait donc de petites fêtes privées fastueuses sur les fonds de la présidence de l'Assemblée Nationale. Et il avait aussi fait procéder à des travaux onéreux dans le logement de fonction luxueux qu'il occupait avec sa famille. Il occupait également un logement social depuis des années sans plus en avoir le droit, sans répondre aux critères pour occuper un logement social. Il avait d'ailleurs viré sa directrice de cabinet pour la même raison, la veille justement. Et enfin, le lendemain, on apprenait qu'il ne déclarait pas et ne payait pas ses impôts en 2015 ou 2016.

 

https://www.lemonde.fr/politique/article/2019/07/14/francois-de-rugy-assure-qu-il-ne-se-laissera-pas-demolir_5489230_823448.html

 

Ces différentes affaires interrogent le rôle des médias, ce quatrième pouvoir dans une démocratie digne de ce nom. Des médias qui se sont tus ou qui étaient complices de la manipulation de l'opinion publique lors de la prise de pouvoir d'Emmanuel Macron, jusqu'aux incidents de la Place de la Contrescarpe à Paris. Des médias qui sont encore aveuglés par le pouvoir macroniste, opposés au mouvement des gilets jaunes dont ils guettent en permanence les moindres dérapages, les moindres fautes. Et surtout des médias qui ont une certaine image de la bonne politique, des bons partis détenant le pouvoir. Les médias français et plus largement européens adorent les partis de centre-droit ou de centre-gauche. Emmanuel Macron était ainsi le divin espoir de l'Europe, ayant battu/vaincu l'extrême droite française. On sait aujourd'hui que cette victoire était calculée, préparée, manipulée. Le regard médiatique sur les élections grecques du 7 juillet 2019 sont du même acabit. Les médias européens chantent ainsi la très nette victoire de Kyriakos Mitsotakis, du Parti de centre-droite Nouvelle Démocratie. «A plusieurs reprises ces dernières années, les Grecs se sont dangereusement approchés du bord de l’abîme. Les élections législatives, qui se sont tenues dimanche 7 juillet, sont, de ce point de vue, doublement rassurantes : elles marquent une maturité bienvenue de la vie politique grecque, parallèlement à l’amélioration de la situation économique, et s’inscrivent résolument dans le cadre de l’Union européenne (UE). Non seulement la Grèce se normalise, mais, après avoir été le précurseur de la crise en Europe, elle pourrait peut-être montrer la voie de la restructuration du paysage politique.»

 

Aux antipodes de la vision des médias sur son prédécesseur, Alexis Tsipras. «A gauche, la défaite du premier ministre sortant Alexis Tsipras était attendue : il paie ses promesses non tenues et surtout les douloureuses années d’austérité infligées par la profondeur de la crise grecque ... M. Tsipras sauve les meubles et, à 44 ans, peut mettre à profit cette période dans l’opposition pour construire un vrai parti de gauche moderne, structuré et solidement implanté, à partir de ce qui n’était à l’origine qu’un mouvement populiste radical. Syriza s’est assagi ...»

 

https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/07/08/la-grece-un-pays-normal_5486848_3232.html

 

Il importe peu que pour l'emporter, Kyriakos Mitsotakis ait menti à ses électeurs, qu'il est promis de renégocier l'obligation d'un excédent budgétaire de 3,5% imposée aux grecs par leurs créanciers européens. Programme électoral que les dirigeants européens, dès que celui-ci fut élu, porté au pouvoir, s'empressèrent de rappeler à l'ordre. Mais Kyriakos Mitsotakis avait déjà été élu. Ces partenaires politiques de centre droite ou de centre gauche se gardèrent bien d'ailleurs d'interférer au cours de la campagne électorale et de ramener  sa promesse à son caractère mensonger. Peu importe qu'il mente si ce dernier est un parti de centre-droit, voire de centre-gauche. Les seuls mensonges, les seules demi-vérités, combattus à tout prix sont celles émanant des partis d'extrême droite ou d'extrême gauche ; il suffit de lire le site des décodeurs du Monde ...

 

Il en va de même avec la couverture médiatique des élections italiennes et du leader de la formation politique populiste de la Ligue du Nord. Pour quelles raisons les médias européens ont-ils peur des formations populistes ? Et pourquoi donne-t-on ce nom de populiste à des partis politiques qui ont pour ambition de représenter le peuple et de s'appuyer sur le peuple pour arriver au pouvoir ou pour conserver le pouvoir ? Pour quelles raisons le fait de s'appuyer sur une minorité d'énarques, de cadres, de managers, d'enseignants ou de vieux rentiers (tout en manipulant la majorité des autres) est-il considéré comme préférable au fait de s'appuyer sur la majorité du peuple ?

 

Je ne peux pour ma part comprendre un tel traitement différencié de l'actualité et de la politique. Et une telle disproportion entre les traitements médiatiques des uns et des autres. Ce n'est plus de la démocratie dont il s'agit, mais d'une fabrique de l'opinion par le mensonge et la manipulation. 

 

 

 Saucratès


14/07/2019
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