Critiques de notre temps

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Morale


Lettre ouverte au Parti Socialiste français

Saint-Denis de La Réunion, jeudi 7 février 2019

 

Le Secrétaire Général du Parti Socialiste a ouvert un droit d'inventaire sur le quinquennat de Francois Hollande. Je ne suis pas adhérent au Parti mais j'estime qu'en tant qu'ancien électeur de Lionel Jospin en 1997 et en 2002, de Ségolène Royal en 2007 et de François Hollande en 2012, j'ai le droit de m'exprimer sur ce droit d'inventaire, sur la manière dont le Parti Socialiste a gouverné de 2012 à 2017 suite à mon vote !

 

Alors que l'on entend régulièrement François Hollande se gargariser par presse interposée ou par colloque interposé sur l'excellence de son bilan, j'aimerais que le Parti socialiste n'omette dans cet indispensable droit d'inventaire de ce quinquennat maudit aucune des erreurs, manipulations et compromissions auxquelles des socialistes (supposément) ont participé. Ce n'est qu'à cette unique condition que je pourrais un jour envisager de revoter pour des socialistes.

 

Je vous ai d'ailleurs entendu dire que ce droit d'inventaire ne pouvait pas se limiter à la seule responsabilité des députés frondeurs socialistes ! Je pense pour ma part que si certains députés et certains socialistes ont dû fronder, s'opposer à la ligne d'un gouvernement et d'un Parti supposément Socialiste, c'est parce que ces supposés socialistes n'étaient plus des socialistes, ne défendaient plus et n'appliquaient pas une politique de gauche, Socialiste. Les frondeurs ne peuvent être les responsables d'un fiasco ; ils ne sont que les quelques courageux qui souhaitèrent défendre une autre vision du socialisme.

 

Je vais donc vous lister ce que je retiens de ce quinquennat maudit, où je pense que le Parti Socialiste a perdu son âme de gauche.

 

1) La première et plus monstrueuse trahison concerne l'adoption de la Loi Travail et des mesures de réécriture du Code du Travail et des droits sociaux. Le gouvernement Socialiste a même indiqué à plusieurs reprises être prêt à remettre en cause ou à flexibilités les trente-cinq heures, mais aussi à transcrire dans la Loi française une proposition d'accord réformant les instances représentatives du personnel dans les entreprises, que le patronat, la CFDT et deux autres syndicats étaient prêts à signer. C'est uniquement parce que la CFE/CGC n'a finalement pas avalisé cet accord que cet accord n'a pas été signé et n'a finalement pas été transposé en droit français., avant 2017. Comme vous le savez sûrement, le texte de Macron de réforme des instances représentatives du personnel, qu'il a appelé pompeusement «modernisation du dialogue social», mais qui constitue un recul phenomenal du dialogue social dans les entreprises, n´est rien d´autre que ce projet d´accord initialement concocté par le MEDEF et la CFDT et que le gouvernement socialiste avait prévu de transcrire dans la Loi ! Le président Macron n'a fait que reprendre votre propre texte.

 

L'idéologie des Socialistes entre 2002 et 2007 a été de répondre favorablement à toutes les demandes du patronat pour toujours plus de flexibilité en matière de droit du travail, en matière de protection sociale. Quelle decheance pour un parti qui en 1982, a ecrite et mis en oeuvre les Lois Auroux qui ont créé de nouveaux droits pour les salariés, qui permettaient aux salariés de mettre en place des groupes de discussion dans les entreprises, pour un parti qui a généralisé les comités d'entreprise ou les comités d'établissement dans toutes les entreprises de plus de cinquante salariés, qui a également généralisé les comités d´hygiène de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) dans toutes entreprises de plus de cinquante salariés, et ceci malgré la colere et l´opposition du patronat de l'époque. Quelle déchéance aussi pour un parti qui en 1988, a remis en cause la reforme du RPR pendant la cohabitation, en privant de contenu leur réforme des DUP (délégation unique du personnel) qui restreignait drastiquement le dialogue social dans les entreprises de cinquante à deux cent salariés. Quelle decheance pour un parti qui en 1981, a diminué le temps de travail hebdomadaire de 40 heures à 39 heures, et offert aux salariés une cinquième semaine de congés payés. Quelle déchéance enfin pour un parti qui en 1997 avait fait voter la loi sur les trente-cinq heures payés trente-neuf heures, toujours en faisant face à l'opposition et à la condamnation du patronat !

 

En 2007, le parti socialiste s'est presenté devant les electeurs sans aucune nouvelle proposition, en se declarant l´ennemi de la Finance, mais en menant une politique ultraliberale favorable aux theses du patronat, qui ne rompait ni avec la politique de Nicolas Sarkozy qui l´avait précédé, ni avec celle d´Emmanuel Macron qui lui a succédé. Voilà je pense la premiere leçon de l´inventaire qu´il convient de tirer des annees Holande.

 

Je dirais également que cet inventaire permet de souligner les enjeux des futurs prochains programmes des socialistes pour 2022 : rétablir le dialogue social dans les entreprises en accroissant les nombres d'élus dans les nouveaux CSE, leurs heures de délégation, et la présence des suppléants comme des titulaires dans les réunions avec l'employeur. Recréer les CHSCT dans toutes les entreprises parce qu´une seule et unique instance avec 5 ou 6 élus ne peut pas s´occuper de tous les sujets, et que les conditions de travail et la sécurité des travailleurs sont extrêmement important. Proposer de consentir une sixième semaine de congés payés pour tous les salariés. Et revenir sur la monetisation du compte personnel de formation qui conduit en fait à une diminution drastique des droits des salzriés à la formation. Précédemment, avant la monétisation, le CPF ne servait qu´à rémunérer les heures passées en formation. Les couts de formation et les frais pédagogiques étaient automatiquement à la charge des entreprises. Ces frais et ces coûts sont désormais ponctionnés dans le CPF qui ne sert plus a financer la participation des salariés aux formations. A défaut, il faut revaloriser très fortement les taux de conversion des heures qui ont été utilisés.

 

Mais tout ceci ne vise qu'à corriger les déviations ultraliberales des années Macron-Hollande. Au plan du travail, il me semble qu'un programme socialiste ne peut se passer d'avoir un grand projet, comme Mitterrand en 1981 ou Jospin en 1997. De la même manière qu'un gouvernement de droite a toujours un projet en faveur du patronat de simplification, de suppression de dispositions législatives sur le travail (restreindre les droits des IRP, faciliter les licenciements, ou réduire les indemnisations des chômeurs ou des licenciés économiques ...). Et c'est pour cette raison que la trahison du quinquennat Hollande est encore plus insupportable à vivre, parce que n'est pas sensé être un programme de gauche ! Un grand projet socialiste pour 2022 pourrait être la co-gestion à l'allemande dans toutes les grandes entreprises et dans tous les établissements publics, sans exception. Imposer que la moitié de tous les postes d'administrateurs soient occupés par des administrateurs salariés élus. Généraliser cela à toutes les formes de sociétés quelque soit leur statut. Leur permettre de voter sur toutes les décisions car bien souvent, sur les sujets importants, comme les nominations, ou autres, les dirigeants leur imposent de quitter la salle de réunion. Il resterait à déterminer à article de quels effectifs on généraliserait la co-gestion, car il peut être contre-productif de l'imposer dans une entreprise d'une dizaine de salariés.

 

2) Pendant la période 2012-2017, le gouvernement socialiste était également particulièrement trop à l'écoute des demandes des grands commis de l'Etat, des dirigeants d'entreprises publiques ou privées qui travaillaient autrefois, auparavant, dans les ministères ou les cabinets ... Le quinquennat d'Hollande a commencé avec cette idée idiote de fusion de plusieurs établissements publics pour creer Bpifrance Financement, dont les coûts humains lies à la fusion ont été complètement niés mais sont pourtant extrêmement lourds. Bpifrance correspond toujours à la même tare initiale du quinquennat Hollande : répondre aux besoins des entreprises sans faire attention aux salariés. Il y a d'autres fusions dans le secteur public pendant ce quinquennat, comme pendant le quinquennat précédent. La Banque de France voulait récupérer un établissement public assurant l'émission monétaire dans les départements d'outre-mer, issu de la France libre. Le gouverneur, qui était au cabinet du ministère de l'économie fin des années 1990-début des années 2000, à l'époque d'une précédente tentative de filialisation de cet institut, a trouvé cette fois-ci dans un cabinet ami la volonté politique de parvenir à faire disparaître cet institut. Il y a eu aussi l'idée de fusionner la CDC et l'AFD, quelqu'en puissent être les coûts humains. Au temps de ce quinquennat Hollande, les politiques croyaient avoir de géniales idées dictées par les grands commis de l'état qui les entouraient, sans s'occuper des conséquences humaines de telles fusions, de telles révolutions. Et c'était d'autres grands commis de l'état, bien introduits, issus de ces mêmes cabinets ministériels, qui orchestraient à marche forcée les conséquences sociales de ces décisions funestres, sans humanité, avec l'aide du haut encadrement de ces établissements. 

 

Comment faire en sorte, si Le Parti socialiste revient au pouvoir, que les hauts fonctionnaires (socialistes ou non) de chaque cabinet ministériel ne s'attachent pas à favoriser tels ou tels de ses anciens condisciples ou en échange ou non de certaines faveurs ? Que les dirigeants de tous les établissements publics, de tous ces organismes, ne soient pas confiés seulement à des hauts fonctionnaires, à des membres d'une nébuleuse constituée d'une même caste issue des mêmes écoles ? Une solution à un tel souci (car c'en est un pour les français extérieurs à cette caste, c'est à dire 99,99% de la population française) serait d'instaurer la co-gestion dans toutes les entreprises et tous les établissements publics et de faire en sorte que les postes de directions generales et de présidence soit pour moitié occupés par un représentant des actionnaires ou de l'état, et de l'autre désigné ou élu par les administrateurs salariés, issu de l'entreprise ou de l'établissement. Evidemment, cela ne marchera pas partout, mais on peut espérer qu'au fil des années, une culture de la co-gestion naîtra et que la prise en compte des intérêts des salariés dans les décisions des entreprises, que la participation des salariés à ces prises de décisions, deviendra une évidence et progressera.

 

3) Un programme socialiste ne peut pas non plus ignorer les enseignants. Ils étaient les principaux partisans, défenseurs du Parti socialiste. Ceux qui ouvraient parfois aussi les yeux aux collégiens ou lycéens dans leur classe. Le projet socialiste pour le quinquennat Hollande visait à leur imposer une réforme de l'école, imposant une demi-journée de travail hebdomadaire supplémentaire au primaire et quelques semaines de congés annuels en moins ! Tout ceci en fonction d'une réforme de l'enseignement pondu par quelques socialistes ignorants étrangers au Monde de l'enseignement. Que cette réforme corresponde aux prescriptions des chronospecialistes des capacités cognitives des enfants ne fait pas d'une mauvaise réforme imposée une bonne chose.

 

Le quinquennat Hollande a aussi démontré un autre versant de la pensée socialiste. Cette idée qu'il faut niveler par le bas les matieres que les collégiens ou lycéens peuvent étudier. Cette idée que pour donner les mêmes chances à tout le monde à l'école, il faut surtout empêcher que des enfants interessés puissent étudier des matières que les enfants non intéressés ne souhaitent pas étudier. Je pense au latin et au grec au collège, je pense à l'apprentissage dès la sixième d'une deuxième langue vivante (ou classe bilangue). Si des enfants sont intéressés, souhaitent apprendre, pourquoi ne pas leur permettre d'étudier une troisieme langue vivante ou des langues mortes. Est-ce que cela a un sens de vouloir avoir une lecture comptable du coût des enseignements par enfant ? Que ce coût financier doive être le même pour tous les élèves, pour tous les collégiens ?

 

Il y a aussi la question de l'islamisation croissante de l'école. Est-ce que pour plaire à l'altérité voulue de l'électorat socialiste, le Parti socialiste doit-il une prise en compte de la diversité religieuse ? Pendant le quinquennat Hollande, j'ai eu l'impression que cette islamisation de l'enseignement prenait de l'ampleur. L'enseignement est laïc et doit le rester. Les programmes d'histoire doivent parler  de l'histoire de la France, et n'en déplaise en certains et certaines, l'enseignement de «mes ancetres les gaulois» n'a rien de choquant. J'ai appris l'histoire du Sénégal à l'école primaire au Sénégal et je  n'en suis pas offusqué. Et cela m'a ouvert un intérêt pour tout ce qui concerne l'anthropologie et l'histoire d'ailleurs !

 

Il reste aussi le souci des méthodes d'enseignement sur lesquelles le Parti socialiste doit réfléchir. De la Méthode globale, au principe voulant faire sortir la connaissance des propres connaissances des enfants, des méthodes d'enseignement reposant sur des exercices et non sur des leçons ... les difficultés de l'enseignement des mathématiques, où les élèves ne se voient plus donner de leçons qu'ils peuvent apprendre mais doivent tirer des enseignements des exercices qu'on leur fait faire, devraient nous alerter sur l'importance des méthodes d'enseignement et éclaire d'un jour nouveau le constat d'une dégradation des résultats en mathématiques et en culture scientifique des jeunes francais dans les enquêtes internationales comme PISA ou TIMMSS. Ce n'est pas forcément en révolutionnant contre les parents d'eleves et contre les enseignants les programmes du scolaire, du collège ou du lycée que l'on combattra cette perte de qualité ou le fait que le système francais d'enseignement est particulierement inegalitaire, ce n'est pas en privatisant comme dans les pays scandinaves les écoles et en précarisant les enseignants que les résultats s'amélioreront. La solution est peut-être dans la révision des méthodes d'enseignement, dans l'ouverture des choix et des méthodes que les enseignants peuvent utiliser, dans une réforme des inspections académiques qui se sont muées parfois en ayatollah des méthodes d'enseignement modernes au détriment des méthodes connues et issues du passé qui fonctionnaient très bien.

 

Il y a un programme de l'école et de l'enseignement à mettre en œuvre, un programme qui ne peut être décidé par quelques ex-syndicalistes étudiants ou énarques mais qui doit être concerté avec la base de l'électorat socialiste : le monde de l'enseignement et non pas par quelques énarques ou managers des collèges ou lycées. Avec une idée forte : cesser de vouloir niveler par le bas le monde de l'enseignement pour y étendre la médiocrité, ou l'ouvrir à l'islam, comme cela a pu être vécu pendant ce quinquennat Hollande.

 

4) On ne peut réfléchir à un droit d'inventaire sans citer le mariage pour tous. Là aussi, nous avons un projet imposé. S'agit-il d'une ouverture ou d'un droit nouveau pour une communauté malgré tout discriminée, à savoir les couples homosexuels ? Peut-être. Ou bien s'agissait-il d'un projet électoral pour capter des voix d'une fraction de l'électorat ? Seuls ceux qui ont pensé cette réforme le savent. Neanmoins, ce projet a profondement divisé la société française. Et surtout, était-ce un projet fondamentalement socialiste, un projet phare ? En 1981 et en 1988 Mitterrand avait mis en œuvre le revenu minimum d'insertion (RMI), la couverture mutuelle universelle (CMU) qui constituent aujourd'hui encore des socles indépassables des droits sociaux des francais dans leur ensemble. Je ne vois rien de tel dans le mariage pour tous. Juste une uniformisation de la société française, ouvrant la porte aux prochaines aspirations de certains couples : aspiration au droit à l'enfant pour tous. Demain, que peut-on imaginer comme prochain droit  à demander ? La PMA pour tous, la GPA pour tous ? Ou bien autoriser la polygamie et la polygynie (pour satisfaire aussi les féministes) afin de capter une fraction d'une partie de l'électorat musulman pour gagner les prochaines élections ? 

 

Derrière ce sujet de société, on touche au positionnement des socialistes ! Les socialistes défendent-ils la laicité par volonté, par idéal, ou bien s'opposent-ils au catholicisme, à la chrétienté, par calcul ou par souci d'opposition ? Les socialistes défendent-ils et avancent-ils des propositions heurtant les croyants catholiques et chretiens pour défendre un ideal ou bien cherchent-ils juste à heurter les catholiques pour les combattre ? Le quinquennat d'Hollande a ainsi vu des attaques de plus en plus régulières contre des symboles religieux catholiques, tout en donnant de plus en plus l'impression de défendre des positions pro-islamiques. Des petits riens comme une remise en cause des crèches dans les espaces publics mais qui heurtent les catholiques ou les chrétiens qui constituent encore une majorité des francais. Quelle est la limite à la diversité culturelle, à la pluralité culturelle et religieuse ? Et à partir de quand ce souci du pluralisme visible impose une dictature de la bienpensance et de la soumission ?

 

5) Enfin, on ne peut pas faire un inventaire des manquements, des erreurs du quinquennat Hollande sans conclure sur sa fin, sur le fait qu´une majorité de députés, d'élus socialistes ont tourné casaque et ont choisi une investiture LaREM, auprès de Macron. On ne peut pas oublier que le ministre de l'économie d'Hollande, et auparavant un des membres de son cabinet à l'Elysée, a défendu un projet politique ni de droite ni de gauche mais ultra-libéral. On ne peut pas oublier que tant de deputés socialistes ou d'hommes politiques aient rejoint le camp du vainqueur, qui avait enterré les socialistes. Je pense à l'ex ministre de l'intérieur de Macron, le maire de Lyon, Gérard Colomb, supposément être un vieux socialiste avant de trahir. Il y a tant de noms de socialistes qui se sont fait élire ou qui ont tenté de se faire élire sous une étiquette LaREM : Monique Orphé, Jean-Michel Clément, Manuel Valls, premier ministre socialiste de Francois Hollande (qui a demandé l'investiture de LaREM qui lui a été refusée, mais qui n'avait pas d'adversaire LaREM), Anne-Christine Lang, Richard Ferrand ... entre autres ... Ou d'autres encore, comme Ericka Bareigh, qui évitaient de s'afficher comme socialistes pour les dernières législatives comme si c'était une maladie honteuse.

 

Tous ces élus n'ont même pas forcément été exclus du Parti socialiste (par exemple Mme Monique Orphé, battue, pourtant avec une étiquette LaREM mais qui serait toujours PS ?) mais dont les défections doivent interpeler. Comment autant de traitres ont pu occuper et avoir des responsabilités au sein du Parti socialiste et voter des lois ? Et basculer du jour au lendemain dans un Parti qui promeut des idées ultra-libérales ? Pourquoi alors s'étonner que le quinquennat Hollande ait pu être aussi marqué d'ultra-libéralisme, aussi à droite, si la majeure partie des élus et des ministres et des hommes politiques socialistes étaient des ultra-liberaux maquillés en socialistes ? 

 

Tant d'exemples que cette lettre ne pourrait pas tous les contenir. Les socialistes ne peuvent faire cette économie de s'interroger sur ces trahisons et d'en faire un véritable procès. Parce que cela nourrit sinon chez les francais cette impression de similitude entre tous les partis, qui au final ne peut qu'attiser les pires extrêmismes. Lorsqu'un élu trahit et change de camp, c'est une brebis galeuse. Lorsqu'une centaine d'élus trahissent en même temps, il faut se poser des questions, non pas sur la raison de leur départ, mais sur les raisons pour lesquelles on les avait choisi comme députés, et sur ce qu'ils ont pu faire avant de partir et sur les dégâts qu'ils ont pu causer ! 

 

A défaut d'un véritable droit d'inventaire, d'un véritable tournant politique, d'un rejet de l'ultra-libéralisme qui était devenu le mantra du PS de François Hollande, je ne pense pas que le Parti socialiste est un quelconque avenir.

 

 

Saucratès


09/02/2019
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La démocratie est-elle en danger en France et dans les États occidentaux ?

Saint-Denis de La Réunion, mercredi 6 février 2019

 

C'était plus ou moins le titre d'un article publié dans le média Le Monde citant le politologue et professeur d'Harvard Yascha Mounk. 

 

https://www.lemonde.fr/politique/article/2019/01/30/le-systeme-de-gouvernement-des-democraties-est-aujourd-hui-menace_5416634_823448.html

 

Un certain nombre d'Etats précédemment considérés comme de grandes démocraties ont basculé ces dernières années dans des régimes populistes d'extrême droite. Il y a eu la Hongrie de Viktor Orbán, les États-Unis de Donald Trump, l'Italie de Giuseppe Conte, Luigi Di Maio et Matteo Salvini, le Brésil de Jair Bolsonaro ... Difficile de considérer par ailleurs que la Turquie de Recep Tayyip Erdoğan, le Vénézuela de Nicolás Maduro Moros ou la Russie de Vladimir Poutine puissent encore être considérées comme des démocraties, même si des élections supposément libres, ouvertes et démocratiques y ont régulièrement/parfois lieu. Certains de ces régimes, de ces gouvernements sont appelés régimes illiberaux par certains politologues, c'est à dire qu'ils considérés comme étant opposés au libéralisme en politique. 

 

Cette situation rappelle-t-elle la situation des années 1920-1930 et la montée des fascismes en Europe, qui a conduit à l'arrivée au pouvoir des Adolf Hitler, des Benito Mussolini, des Francisco Franco ou des Joseph Staline ? Un tel parallèle a-t-il un sens et doit-il nous faire peur ? Et dans ce sens, le mouvement des gilets jaunes, son populisme par essence, même en l'absence de leader, n'est-il qu'une autre forme du MAL qui gangrène lentement mais sûrement les démocraties occidentales ? 

 

C'est une thèse que certains défendent. C'est une thèse que l'on peut comprendre et craindre, dès lors que des régimes politiques populistes d'extrême droite prennent le pouvoir dans de plus en plus d'Etats, et qu'ils se font élire et défendent des formes de plus en plus assumées de nationalisme et de rejet des étrangers, des migrants et des musulmans (puisqu'il s'agit le plus souvent de pays occidentaux). Si la France ou l'Allemagne basculaient elles-aussi prochainement dans un régime d'extrême-droite, ce serait certainement un signal d'inquiétude, de retour des pires moments de l'histoire. Sauf que l'Europe n'est plus le centre du monde, qu'un risque de conflagration mondiale risque difficilement de sortir de la vieille Europe, et qu'elle naitra plus vraisemblablement des conflits existant entre les Etats-Unis, la Chine, l'Inde ou la Russie, les grands pays continents. 

 

Le mouvement des gilets jaunes valide, à tord ou à raison, cette impression d'un retour des grandes insurrections du passé, mai 1968, le Front populaire de 1936, les jacqueries, le boulangisme ou les épisodes de la commune de Paris. Mais le discours de Macron me semble complètement décrédibilisé parce qu'il veut jouer sur les peurs des gens, des francais, de la classe moyenne, parce qu'il veut nous faire croire que c'est lui ou le déluge, lui ou le retour de la barbarie, lui ou le retour de l'extrême droite. À défaut de pouvoir être aimé pour lui-même, pour sa politique, il veut jouer sur les peurs des français. Mais il n'a aucunement l'aura du Général de Gaulle. Parce qu'il n'est rien d'autre qu'un triste personnage issu de la caste des hauts fonctionnaires, des hauts managers de l'Etat ou des entreprises privées.

 

J'ai lu avec gourmandise l'analyse du Monde diplomatique (ou plutôt de Serge Halimi et de Pierre Rimbert) sur  la crise des gilets jaunes, notamment leur article de février 2019 sur la «Lutte des classes en France».

 

«D'ordinaire, le champ du pouvoir se déploie en composantes distinctes et parfois concurrentes : hauts fonctionnaires français ou européens, intellectuels, patrons, journalistes, droite conservatrice, gauche modérée. C'est dans ce cadre aimable que s'opère une alternance calibrée, avec ses rituels démocratiques (élections puis hibernation).»

 

Le Monde diplomatique cite également le dirigeant socialiste français Jules Guesde, qui indiquait en 1900, en parlant de longévité au pouvoir de la classe capitaliste :

 

«On s'est divisé en bourgeoisie progressiste et en bourgeoisie républicaine, en bourgeoisie cléricale et en bourgeoisie libre-penseuse, de façon à ce qu'une fraction vaincue pût toujours être remplacée au pouvoir par une autre fraction de la même classe également ennemie. C'est le navire a cloisons étanches qui peut faire eau d'un côté et qui n'en demeure pas moins insubmersible.»

 

Le Monde diplomatique (Serge Halimi et Pierre Rimbert) continue :

 

«Face aux gilets jaunes, la bourgeoisie à effectué un mouvement de ce type. Ses porte-paroles habituels, qui par temps calme, veillent à entretenir l'apparence d'un pluralisme d'opinions, ont associé d'une même voix les contestataires à une meute de possédés racistes, antisémites, homophobes, factieux, complotistes. Mais surtout ignares.»

 

Le pire, c'est que plus largement, au delà du complot d'une caste qui nous fait croire qu'ils constituent l'ensemble unique des choix possibles, j'ai participé à cette même interprétation du mouvement des gilets jaunes. Au delà du complot, cela doit être inhérent à l'appartenance à la classe bourgeoise, cette peur du pauvre, du peuple. 

 

«Tout un univers social ... (d'Europe Écologie Les Verts aux débris du Parti Socialiste, de la CFDT à deux animateurs de France Inter) ... s'est retrouvé pour pilonner les personnalités politiques bienveillantes envers le mouvement. Leur tord ? Attenter à la démocratie en ne se montrant pas solidaires de la minorité apeurée.»

 

Le Monde diplomatique de février 2019

 

Depuis maintenant plus d'un siècle, le champ politique est obstrué par une même haute classe sociale qui occupe pratiquement tout l'échiquier politique, de la droite à la gauche en passant par le centre et les verts, et qui a rendu possible cette impression que quelque soit les personnes portées au pouvoir, rien ne changeait jamais et que tous les partis appliquaient les mêmes politiques, les mêmes décisions, privant de la sorte de toute substance la politique et déclenchant une détestation légitime du politique par le peuple, dont le mouvement des gilets jaunes se nourrit, qu'il a parfaitement compris. Au fond, cette «meute de possédés racistes, antisémites, homophobes, factieux, complotistes et ignares» avait tout compris bien avant moi, bien avant eux, preuve que ces gilets jaunes sont bien loin d'être bêtes et ignares !

 

La plus violente démonstration de l'existence de cette caste fut cette alternance entre Sarkozy, Hollande puis Macron. Comment les mêmes remèdes ultrà libéraux purent être mis en place par la droite décomplexée, puis par la gauche anti-finance puis enfin par l'homme ni de droite ni de gauche ? Comment l'homme ni de droite ni de gauche a-t-il pu être rejoint à la fois par des politiques de droite et de gauche ?

 

Si j'en reviens à mon propos liminaire, si la démocratie est en danger en France, plus largement dans les pays occidentaux, la responsabilité n'en revient pas aux électeurs trop bêtes, trop racistes, trop haineux qui votent pour les extrêmes en politique. Ce n'est pas la faute aux électeurs américains de Trump, ni aux électeurs italiens de la Ligue ou du mouvement Cinq Étoiles, ni aux électeurs du Rassemblement National. La responsabilité écrasante en revient aux politiciens de la bourgeoisie ultralibérale qui se sont succédés en France depuis plus d'un siècle. Cette classe de riches et puissants bourgeois avait réussi à nous faire croire au concept TINA cher à Margareth Thatcher : «There is no alternative» ! Le mouvement des gilets jaunes les effraie-t-il ? En tout cas, ce gouvernement, l'ensemble des députés tout parti politique confondu qui tendent à criminaliser ce mouvement des gilets jaunes, qui cherchent à terroriser les francais pour les empêcher de venir manifester, qui criminalisent des individus avant même tout passage à l'acte, juste parce qu'ils sont porteurs de quelques outils dans leur véhicule ou d'un masque de chantier, semblent avoir tellement peur de ces vrais français qu'ils ne reculeront devant aucune loi scélérate,  aucune privation de droits constitutionnels ! Au mépris de cette habitude de nous faire croire qu'il y avait une pluralité d'opinions, de possibilités et de choix en politique ...

 

 

Saucratès


06/02/2019
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Injustice sociale. Ou comment il est si simple pour les hauts fonctionnaires des finances ou du budget de prendre aux pauvres plutôt que de prendre aux riches.

Saint-Denis de La Réunion, le 21 décembre 2018

 

Sur la base de deux histoires de réformes en matière de fiscalité, je vais essayer de comprendre et de m'interroger sur la manière dont fonctionnent les cabinets ministériels qui produisent les lois ainsi que les députés qui votent les lois de notre pays. Deux exemples, c'est certes bien limité comme échantillonnage pour en déduire un fonctionnement aussi complexe, mais nous verrons si ces deux exemples ne sont pas suffisamment représentatifs et significatifs.

 

Le premier exemple concerne la suppression du bénéfice des allocations logement pour les ménages acheteurs de logements sociaux. A quoi correspond ce montage ? Les allocations logement sont normalement réservées aux locataires, de milieu modeste, ou bien à des étudiants. Les propriétaires de leur logement, même de milieu modeste, n'y ont normalement pas droit. L'une des exceptions concerne les allocataires qui achètent un logement social (LES - logements évolutifs sociaux). Ces allocataires seraient dans l'impossibilité d'emprunter et de rembourser les traites de leur logement. Pour cette raison, ils bénéficiaient d'un régime particulier, en conservant le bénéfice des allocations logement, qui servent à rembourser le prêt souscrit pour acheter leur LES. Voilà pour le principe et le montage. Ce système permettait à des ménages pauvres, bénéficiaires de minimas sociaux, de pouvoir devenir propriétaires de leur logement. Cela apportait de l'espoir, un objectif.

 

Ce système entraînait également son lot de difficultés, puisque ces allocataires avaient malgré tout souvent de la peine à régler les taxes foncières et d'habitation qu'ils doivent pour ces logements, et ils tombaient bien souvent dans le surendettement en raison de l'accumulation de ces dettes fiscales. Heureusement, les commissions de surendettement ne font pas saisir leur maison pour apurer ces dettes et leurs dettes doivent être régulièrement effacées.

 

Il y a quatre ans, lors d'une discussion avec des financeurs de ces montages d'acquisition, il m'avait été indiqué que le projet de loi de finance de l'année suivante (2016) prévoyait de supprimer cette possibilité pour l'acquisition des logements sociaux. De nombreuses personnes étaient intervenues pour rétablir ce mécanisme dans une loi de finance rectificative parce que, si les allocataires de minimas sociaux ne pouvaient plus bénéficier des allocations logement, ils ne seraient plus possible de commercialiser des LES et il ne serait plus possible pour ces ménages pauvres de pouvoir devenir propriétaires de leur logement social ! Je n'ai plus suivi ce problème mais apparemment, une loi de finance rectificative avait rétabli cette possibilité en 2016.

 

Cette année, en discutant une nouvelle fois avec ces financeurs, j'ai découvert que cette mesure avait pourtant été mise en œuvre et appliquée en 2018. Depuis le 1er janvier 2018, les bénéficiaires des minima sociaux qui deviennent propriétaires de leur logement social ne peuvent plus percevoir les allocations logement. Et évidemment, depuis début 2018, plus aucun logement social LES n'a plus pu être acheté par un bénéficiaire de minima sociaux. Le gouvernement a complètement grippé ce mécanisme d'accession à la propriété pour les ménages les plus pauvres. Certains gilets jaunes s'en sont fait l'écho sur les barrages routiers et dans leurs revendications, demandant à juste titre le rétablissement des allocations logements pour l'acquisition de logements sociaux.

 

Au delà de cette mesure, un point m'interpelle. Evidemment, il est aujourd'hui envisagé de rétablir cette mesure pour 2019. Certes. Exceptionnellement et temporairement. Mais il y a quelque part, vraisemblablement au ministère des finances ou au budget, des personnes particulièrement retorses, haineuses et méchantes pour essayer de mettre en œuvre, années après années, des mesures visant des petites gens. Et lorsqu'ils échouent une année, on peut être sûr qu'ils s'y essaieront l'année suivante, ou bien l'année d'après. Certaines de ces personnes ont des leitmotivs, des idées fixes, des litotes qu'ils ne désespèreront jamais de mettre en œuvre. Que ces mesures créent, nourrissent des mouvements sociaux ; ces obscurs hauts fonctionnaires n'en ont absolument pas cure. Gageons que si cette mesure est bien rétablie en 2019, de manière exceptionnelle et temporaire, les mêmes obscurs hauts fonctionnaires n'auront qu'une obsession : faire disparaitre à nouveau ce mécanisme une prochaine année ! Et en plus, ces obscurs hauts fonctionnaires aux idées fixes minables ne sont jamais inquiétés ; jamais on ne leur demande de comptes sur leur haine et leur rancoeur !

 

Il y a évidemment des centaines d'autres cas de mesures visant des petites gens qui sont dans le collimateur de centaines de ces obscurs et minables petits hauts fonctionnaires, malades de haine et de rancoeur, hantant les bureaux du ministère des finances et du budget. Certains visent les avantages versés par les comités d'entreprise (CSE aujourd'hui). À côté de centaines d'autres mesures qui touchent untel ou untel.

 

Parallèlement à cette histoire, je voudrais également cité les mécanismes d'arbitrage sur les dividendes. Dans ce cas, il s'agit d'un mécanisme qui ne sert qu'aux très grandes fortunes et aux très grandes multinationales. Cela représente également des montants sans commune mesure, se chiffrant à des centaines de millions d'euros d'impots perdus et remboursés, et qui permettent parfois de se faire rembourser à plusieurs reprises des impôts non payés. Il s'agit des montages Cum-com, Cumex aussi appelé Ar-div. Et là bizarrement, pas de hauts fonctionnaires au ministère des finances ou du budget pour proposer une réforme, une loi pour bloquer ces mécanismes  utilisés par de grandes fortunes pour voler l'état depuis des dizaines d'années. Jérôme Kerviel en avait parlé lorsqu'il avait été entendu par le sénat, il y a près d'une dizaine d'années. Le procédé était mondialement connu, même affiché dans les CV des banquiers, mais on voudrait nous faire croire que les hauts fonctionnaires si zélés pour prendre aux pauvres gens n'en savaient rien ? À moins que leur objectif soit seulement d'être recrutés par les grands cabinets, et que casser un mécanisme assez apprécié des grandes fortunes n'auraient pas été bon pour leur carrière ? 

 

Comme je le disais tout à l'heure, il est bien dommage que les obscurs hauts fonctionnaires des finances et du budget ne soient pas redevables de leurs actions ou de leurs omissions. Ces personnes ne devraient pas avoir le droit de gérer la France !

 

Ce mécanisme dit Cum-cum, Cumex ou ar-div a été explicité récemment par le Monde et plusieurs autres rédactions de journaux européens, il y a à peine quelques mois. Et quelques semaines plus tard, le parlement désignait une commission d'enquête, et une proposition de loi vient d'être inscrite et débattue pour mettre fin à ce mécanisme de vol !

https://www.lemonde.fr/politique/article/2018/12/18/l-assemblee-nationale-adopte-un-dispositif-pour-lutter-contre-les-cumex_5399236_823448.html

 

Comme quoi il faut un article de presse, ou plutôt un dossier de presse, un scandale médiatique, pour que des mesures soient prises contre ces mécanismes, utilisés par les plus riches.

 

Concernant les mesures prises pour le bénéfice des plus riches, on pourrait trouver de multiples autres exemples de niches, de mécanismes fiscaux que les obscurs hauts fonctionnaires de l'état évitent consciencieusement de réformer parce qu'ils avantagent les plus riches, ceux qui contrôlent les grandes entreprises, les grands groupes, les membres des cabinets prestigieux, des grandes banques, ceux auxquels ces obscurs hauts fonctionnaires des ministères aspirent à rejoindre, à profiter de leurs avantages ! C'est abject d'imaginer que l'on puisse chercher en permanence à retirer les minuscules avantages dont bénéficient quelques pauvres gens et que l'on puisse surtout éviter de s'attaquer aux arnaques des très gros et très riches ! Ainsi, Macron à son arrivée au pouvoir, a-t-il supprimé le versement des allocations logement pour les acheteurs de logements sociaux, diminué de quelques euros les allocations logement, mais parallèlement supprimé l'ISF pour le remplacer par un impôt sur la propriété foncière ! CQFD.

 

 

Saucratès


21/12/2018
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De l'importance des médias comme en atteste les dossiers du Consortium international des journalistes d'investigation

Mardi 27 novembre 2017

Saint-Denis, Ile de la Réunion

 

En ce début de semaine, le journal Le Monde, comme de nombreux autres journaux dans le monde, publie une nouvelle enquête dont l'origine est le Consortium international des journalistes d'investigation (CIJI ou ICIJ en anglais). Je veux parler de l'enquête dite des «Implants files», ou fichier des implants médicaux. Et alors que ce sujet était totalement ignoré par les médias et les politiques jusqu'à ce week-end, grâce à ces articles, les médias et les commentateurs découvrent brutalement l'absence de tout contrôle sur ces implants médicaux. Gageons que d'ici quelques semaines, les députés auront prochainement à se prononcer sur un projet de loi ou une proposition de loi sur ce sujet. 

 

Cet exemple démontre la puissance et l'importance de la presse lorsqu'elle fait son travail d'analyse critique, au lieu de servir de simple caisse de résonance de l'Etat et du gouvernement.

 

Non pas que je cautionne les critiques et la violence véhiculées par certains gilets jaunes à l'encontre de la presse et des reporters de presse. La violence n'est que rarement une solution, et la liberté de la presse est une chose trop importante pour s'attaquer à ses représentants. Les gilets jaunes haineux qui s'attaquent à des reporters et aux journalistes sont les mêmes qui violent, tuent, et volent pendant les guerres et les conflits sociaux. Des sociopathes en puissance, qui n'ont besoin que d'une proie, d'un ennemi sur lequel s'acharner. Il s'est trouvé que c'est tombé sur un journaliste, mais cela aurait pu tomber sur un autre automobiliste qui n'aurait pas partagé leur opinion radicale, ou sur une femme seule les croisant dans un coin désert. Des hyènes et des chacals qu'il faudrait éradiquer, éliminer !

https://www.lemonde.fr/societe/article/2018/11/26/gilets-jaunes-la-violence-contre-des-journalistes-prend-une-ampleur-inedite_5388961_3224.html

 

Qu'est-ce que le CIJI ou ICIJ ? «L'International Consortium for Investigative Journalism (ICIJ), en français Consortium international pour le journalisme d'investigation, est un réseau mondial de 185 journalistes d'investigation dans plus de 65 pays qui collaborent pour enquêter en profondeur sur des affaires ayant essentiellement un retentissement international : corruption, fraude, crise économique, abus de pouvoir ....». Fondé en 1997 aux Etats-Unis.

https://www.glossaire-international.com/pages/tous-les-termes/international-consortium-for-investigative-journalism-icij.html

 

Quatre journalistes francais feraient partie du CIJI : Fabrice Arfi et Karl Laske, de Mediapart, ainsi qu'Édouard Perrin et Aurore Gorius. Le Journal Le Monde collabore régulièrement et publie régulièrement des articles sur les enquêtes du CIJI, comme de très nombreux autres journaux en Europe ou dans le monde entier. 

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Consortium_international_des_journalistes_d%27investigation

 

La première fois que j'ai entendu réellement parler du CIJI, ce devait être pour les Panama Papers, dans lequel Le Journal Le Monde avait mis en grand titre, en exergue, son appartenance, sa collaboration avec le CIJI.

 

Wikipedia cite les principales enquêtes du CIJI : 

 

- Les Offshore Leaks (signifiant littéralement «Fuites extraterritoriales») qui paraissent en avril 2013, et qui correspondent à «une série de fuites d'informations relatives aux paradis fiscaux et à leur utilisation à des fins de fraude fiscale et de blanchiment d'argent à travers le monde.» Les Offshore Leaks représentent 2,5 millions de documents financiers et 120.000 sociétés écran (ou offshore). Les documents proviendraient de deux entreprises basées aux îles Vierges britanniques.

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Offshore_Leaks

 

- Les Luxembourg Leaks paraissent en novembre 2014. Le CIJI en collaboration avec une quarantaine de journaux, révèlent «le contenu de centaines d'accords fiscaux préalables très avantageux conclus avec le fisc luxembourgeois par le cabinet de conseil PricewaterhouseCoopers pour le compte de nombreux clients internationaux au nombre desquels sont cités AppleAmazonHeinzPepsiIkea et Deutsche Bank. Des copies de ces documents sont publiées sur un site web librement accessible au public.

https://www.icij.org/investigations/luxembourg-leaks/explore-documents-luxembourg-leaks-database/

 
- Les Swiss Leaks paraissent en février 2015. L'enquête révèle «un système international de fraude fiscale et de blanchiment d'argent qui aurait été mis en place par la banque britannique HSBC à partir de la Suisse. Selon les journalistes, entre novembre 2006 et mars 2007, plus de 180 milliards d’euros ont transité, à Genève, sur les comptes de 100 000 clients et de 20 000 sociétés offshore, concernant 188 pays différents.»
 
A noter que cette affaire est différente du procès qui a eu lieu en octobre 2018 et qui concernait la banque suisse UBS poursuivie pour avoir démarcher de manière illégale de riches contribuables français pour qu'ils échappent au fisc français. La Banque HSBC devrait également être poursuivie prochainement pour les mêmes motifs de démarchage illégal et pour délit de blanchiment aggravé.
 
- Les Panama Papers paraissent en mars 2016. «109 rédactions membres de l'ICIJ dans 79 pays révèlent simultanément ce que l'ICIJ qualifie de plus gros scandale d'évasion fiscale. Plusieurs millions de documents du cabinet panaméen Mossack Fonseca constituent une source d'information sur les activités des clients de ce cabinet, impliquant des personnalités de premier plan dans une quarantaine de pays.»
 
- En septembre 2016 sortent les «Bahamas Leaks». Des «documents obtenus par la Süddeutsche Zeitung portent sur 175 480 structures offshore enregistrées aux Bahamas entre 1959 et 2016. Ils dressent l’équivalent d’un registre du commerce pour ce paradis fiscal opaque, levant le voile sur l’identité des administrateurs de certaines de ces sociétés, jusque-là anonymes».
 
- Les Malta Files sortent en mai 2017, notamment par le site Mediapart. «Mediapart et douze autres médias internationaux du réseau d’investigation European Investigative Collaboration (EIC) publient des révélations sur les pratiques fiscales de Malte». «L’hebdomadaire allemand Der Spiegel et le site d’information roumain The Black Sea ont obtenu des fichiers internes d’un cabinet fiduciaire maltais spécialisé dans l’immatriculation et l’administration de sociétés ... ainsi que ... l’ensemble des données du registre du commerce maltais, soit 53 247 sociétés au 20 septembre 2016.»
 

- Les Paradise Papers sortent en novembre 2017. «À l’issue d’un an d’enquête collaborative menée par 381 journalistes de 67 pays, 95 médias partenaires coordonnés par le Consortium ont publié les premières révélations des Paradise Papers, une fuite massive de documents issus notamment du cabinet d’avocats Appleby, spécialisé dans les activités offshore, mais aussi de documents issus des registres confidentiels des sociétés de dix-neuf paradis fiscaux.»

 
- Les Implants Files sortent donc le 25 novembre 2018. «250 journalistes issus de 59 médias internationaux, révèlent un scandale sanitaire mondial : les dégâts causés par les prothèses et implants médicaux sont nombreux, souvent sous-estimés, difficiles à cartographier. La réglementation en la matière est insuffisante. L'opacité des autorités de santé en France, et de l'ANSM est spécifiquement pointée.» En se basant sur les chiffres des autorités de contrôle sanitaire des Etats-Unis, le CIJI fait apparaitre une première mesure des taux de morts et d'incendie sur la majeure partie des types d'implants médicaux, permettant la mise en lumière d'un débat, d'un suivi et d'une transparence nécessaire. 
 
Le Monde, en collaboration avec d'autres journaux européen, a également publié des dossiers sur un complément d'analyse aux Panamas Papers, analysant les suites des Panama Papers, pour le cabinet Panamaéen Mossack Fonseca (où on découvrait que les filiales du cabinet panaméen s'étaient juste contenté de changer de nom pour continuer à encourager l'évasion fiscale, que les banques françaises continuaient de travailler avec des sociétés offshores malgré tous leurs démentis et assurances de bien se comporter, et que les pratiques d'évasion fiscales perduraient) et pour les pratiques d'évasion fiscale (ou d'extraterritorialité). C'était en juin 2018.
 
Un peu plus récemment, en octobre 2018, Le Monde a également sorti un dossier sur les pratiques d'optimisation fiscale et sur les combines de remboursement indu d'impôts sur les dividendes par les grandes entreprises et les grands groupes internationaux, sur le dos des finances publiques des États européens : «les CumEx Files» (aussi appelé «arbitrage de dividendes», en abrégé div-arb). Et gageons que Macron, lorsqu'il était à la Banque Rothschild, devait vraisemblablement connaître ses astuces des grands groupes qu'il conseillait. Alors que ce sujet était complètement ignoré par les médias et par les hommes politiques (même si l'ex salarié de la Societe Générale, Jérôme Kerviel, avait alerté sans succès les sénateurs lorsqu'ils l'avaient auditionné), l'Assemblée nationale a décidé la création d'une mission d'information parlementaire sur ce sujet.
 
 
Saucratès

27/11/2018
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La montée des populismes

Réflexion une (mardi 11 septembre 2018)

Une montée inéluctable des populismes ?

 

Un article intéressant du Monde d'hier 10 septembre traitait de la montée d'un vote populiste, d'extrême droite, voire raciste, dans le plus parfait et le plus emblématique des États européens : la Suède. Comment ce modèle d'intégration, d'inclusion, de vivre ensemble, pouvait-il voir une telle montée des idéaux et d'un vote d'extrême-droite ?

https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/09/10/la-suede-un-pays-europeen-comme-les-autres_5352960_3232.html

 

Mais peut-être que la réponse, la raison concernant la Suède est à chercher ailleurs. La Suède est un pays parfait où l'égalité entre les hommes et les femmes est érigée en paradigme, ou l'idée même de ségrégation et le racisme est niée. Mais comment peuvent faire ceux qui ne se retrouvent pas dans cette perfection, qui ne trouve pas normal qu'on nie les différences physiologiques entre les hommes et les femmes, ou que l'on place sur le même plan d'égalité toutes les religions, qu'elles soient autochtones comme le protestantisme ou le catholiscisme, ou importées récemment comme l'islam ? Ces hommes et ces femmes qui ne se retrouvent pas dans le discours de la perfection, des politiques parfaits proches de leurs administrés, ont simplement choisi cette possibilité du vote protestataire d'extrême droite. Et ce vote devrait prendre de plus en plus d'ampleur, comme dans les autres pays d'Europe, ou plutôt faudrait-il dire dans les autres pays occidentaux.

 

Un autre article encore plus intéressant à été publié dans le Monde Diplomatique de septembre 2018, en pages 22 et 23 : «Libéraux contre populistes, un clivage trompeur», de Serge Halimi et Pierre Rimbert. Les auteurs rappellent les nombreux renoncements et mensonges des dirigeants de droite ou de gauche de ces dernières décennies. Comme ils l'écrivent, «en gouvernant à rebours de leurs promesses, les dirigeants libéraux, de droite comme de gauche, ont conforté ce soupçon à l'issue de presque chaque élection.»

 

 - «Élu pour rompre avec les politiques conservatrices de ses prédécesseurs, M. Obama réduit les déficits publics, comprimé les dépenses sociales et, au lieu d'instaurer pour tous un systeme public de santé, impose aux américains l'achat d'une assurance médicale à un cartel privé.»

 

 - «En France, M. Nicolas Sarkozy retarde de deux ans l'âge de la retraite qu'il s'était formellement engagé à ne pas modifier ; avec la même désinvolture, M. François Hollande fait voter un pacte de stabilité européen qu'il avait promis de renégocier.»

 

 - «Au Royaume-Uni, le dirigeant libéral Nick Clegg s'allie, à la surprise générale, au Parti Conservateur, puis devenu vice-premier ministre, accepte de tripler les frais d'inscription universitaires qu'il avait juré de supprimer.»

 

 - «En 1992, rappelle le journaliste Jack Dion, les Danois ont voté contre le Traité de Maastricht : ils ont été obligés de retourner aux urnes» (et ils ont servi d'exemples au reste de l'Europe de ce qu'il ne fallait pas faire si on ne voulait pas etre exclu de l'Europe comme cela allait être le cas des pauvres Danois ... qui sont d'ailleurs toujours dans l'Europe ... normal, ils ont bien voté par la suite me direz-vous).

 

 - «En 2001, les Irlandais ont voté contre le Traité de Nice : ils ont été obligés de retourner aux urnes.»

 

 - «En 2005, les Francais et les Neerlandais ont voté contre le Traité constitutionnel europeen (TCE) : celui-ci leur a été imposé sous le nom de Traité de Lisbonne.»

 

 - «En 2008, les Irlandais ont voté contre le Traité de Lisbonne : ils ont été obligés de revoter.»

 

 - «En 2015, les Grecs ont voté à 61,3% contre le plan d'amaigrissement de Bruxelles - qui leur a été quand même infligé.»

 

Et on pourrait y rajouter l'exemple plus ancien de l'élection en 1995 de M. Jacques Chirac, élu sur la promesse de combattre la fracture sociale, et qui appliqua en 1995, puis en 2002, une politique au seul bénéfice des puissants et des riches, comme un bon homme politique de droite ...

 

De ces multiples exemples, il en ressort effectivement que les promesses des hommes politiques ne les ont jamais engagés une fois élus, et qu'ils ont effectivement tous appliqué, qu'ils soient de droite ou de gauche, la même politique libérale avec les mêmes programmes de réductions des dépenses sociales, de destruction des lois protectrices des salariés, pour toujours plus de libéralisme, de marchéisation de l'économie, au bénéfice des super-riches, des banques, des grandes entreprises et des grandes firmes !

 

Les auteurs de l'article du Monde Diplomatique soulignent également la proximité économico-idéologique entre les dirigeants libéraux et les dirigeants populistes qui sont élus pour les remplacer, comme Donald Trump aux Etats-Unis, Viktor Orbán en Hongrie, Jaroslaw Kaczyński en Pologne ou Matéo Salvini en Italie. Les uns et les autres sont simplement des défenseurs du capitalisme, du libéralisme, des grandes entreprises et des plus riches, même si les populistes défendent «un capitalisme véhiculé par une autre culture, illibérale nationale et autoritaire, exaltant le pays profond plutôt que les valeurs des grandes métropoles.» Ce que sous-entend aussi cet article, c'est que les populistes de gauche comme Bernie Sanders aux Etats-Unis, Jeremy Corbyn au Royaume-Uni ou les membres de Podemos ou de la France Insoumise, sont également des partisans de cette même démocratie illibérale, d'une démocratie expurgée des travers de la démocratie. 

 

Au-delà de ces deux articles, il en ressort un ensemble cohérent. Les mensonges et les politiques libérales menées par tous les hommes politiques de droite comme de gauche depuis des dizaines d'années ont creusé le sillon du populisme, que ce soit hier Orbán, Salvini ou Trump, ou demain Le Pen en France entre autres. Chaque nouvel essai de porter un autre homme politique au pouvoir, qu'il soit afro-américain aux États-Unis ou jeune et inconnu en France ou au Canada, conduit à la mise en place de la même politique néo-libérale. Qu'en sera-t-il demain ? Les électeurs continueront-ils à nouveau à se mobiliser pour empêcher une nouvelle fois l'élection possible d'un leader populiste, raciste, ou ouvertement xénophobe ? Ou bien une majorité de ces électeurs se diront-ils qu'après tout, cela ne devrait pas être très différent avec ce populiste qu'avec ces prédécesseurs ultra-libéraux ? Et je ne pourrais pas leur jeter la pierre. Pour la France, l'exemple de l'élection de Macron et la politique qu'il mène en est un parfait exemple. La majeure partie de son électorat doit se sentir particulièrement floué par sa politique depuis un an, hormis les électeurs de droite qui avaient compris que le candidat ni de droite ni de gauche était simplement un pur néo-libéral de droite ! Dans quatre ans, un échec éventuel de Macron offrira un boulevard à l'extrême droite francaise, à moins d'une apparition et de la victoire d'un islam politique comme l'a décrit Michel Houellebecq dans son livre «Soumission» (victoire du candidat islamique soutenu par l'ensemble des vieilles formations qui se croient démocratiques et bien-pensantes).

 

Mais la morale de cette histoire est à chercher ailleurs selon moi. La victoire des leaders populistes et leur extension dans tout l'espace occidental me rappelle fortement l'essor des fascismes dans les années 1930-1940. Leur cortège de discours politistes, les tentatives de guerres commerciales que certains d'entre eux développent à outrance, tout ceci rappelle les grandes heures de l'Entre-Deux-Guerres et de la Grande Dépression. Stopper cette machinerie me semble être devenu presque impossible, parce que ce qui est en cause, comme l'indique cet article du Monde Diplomatique, c'est le raz-le-bol des électeurs qui voient non seulement des hommes politiques élus violer leurs engagements de campagne, mais surtout que les politiques économiques et étatiques mises en place sont toujours uniquement favorables aux plus riches, aux plus puissants, aux dirigeants eux-mêmes et à leurs proches ou à leurs amis ! Face à ceci, il n'y a pas d'espoir. 

 

En 1945, les États européens survivants, libérés, ont mis en place un nouveau contrat social articulé autour du partage d'idéaux communs : nationalisations, protection sociale collective, lois protectrices. Plus de soixante dix années après, tout ceci a été remis en cause et les derniers vestiges sont en voie d'être jetés aux orties, pour prétendre d'être plus efficace, plus efficient !

 

C'est l'élan de 1945 qu'il faut retrouver. Etre capable de mettre en œuvre des politiques qui ne soient plus favorables aux seuls grands propriétaires et aux seuls maîtres du capitalisme, mais au contraire qui soient pensées pour l'intérêt du plus grand nombre. Alors seulement, les jours des populismes seront comptés. Comme en leur temps les jours des fascismes furent comptés !

 

 

Saucratès


11/09/2018
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