Critiques de notre temps

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Morale


Ce qui ne va pas sous l'ère Macron (bis)

Réflexion six (dimanche 14 juin 2018)

Macron et sa politique de droite libérale - Comment des économistes se disant socialistes ont-ils pu se laisser aveugler ? Ou les risques d'une dérive droitisante de la démocratie française.

 

Un certain nombre de penseurs, d'hommes politiques ou d'économistes se disant socialistes ou socio-democrates commencent à faire étalage de leur état d'âme et de leurs interrogations quant à la politique menée depuis maintenant douze mois par Emmanuel Macron et Édouard Philippe. «On nous aurait menti ?», disent-ils tout surpris ! Emmanuel Macron n'est pas le gentil moitié socialiste moitié homme de droite qui va mettre en œuvre une bonne politique de gauche protectrice des salariés et des petites gens ?

https://www.lemonde.fr/emmanuel-macron/article/2018/06/09/ces-fideles-historiques-decus-par-l-an-i-du-quinquennat_5312104_5008430.html 


Si ces penseurs/politiques/économistes de gauche y ont vraiment cru, c'est qu'ils sont complètement aveugles/abrutis. On a certes été obligé de voter pour Macron au second tour de l'élection présidentielle, mais j'aurais voté pour tout autre candidat si je l'avais pu, si la seule autre alternative n'était pas Marine Le Pen et le Front National ! Mais à aucun moment, je n'ai cru en cet apparatchik nouvellement apparu et je savais que ce personnage allait nous faire les pires vilénies possibles. Je n'imaginais juste pas qu'il puisse obtenir une majorité lors des élections législatives suivantes.   

 

Douze mois plus tard, apres une réforme du Code du travail à la hussarde, avec la bénédiction bienveillante des syndicats CFDT et FORCE OUVRIÈRE, avec différents passages en force, le dernier en date touchant la SNCF et les cheminots, certains commencent donc à ouvrir les yeux et se rendement compte qu'il n'y a pas de social dans la politique mise en œuvre par Macron et le gouvernement Philippe ! Et qu'il n'y en a jamais eu, mis à part dans le programme économique qu'ils avaient écrit pour le candidat Macron, et que celui-ci n'appliquera pas. 

 

Et je rejoins totalement le secrétaire général de Force Ouvrière, Pascal Pavageau, dans son analyse de la dérive possible vers la radicalisation extrême des mouvements sociaux dans les entreprises, et plus largement dans la société française. Car, avec la réforme des institutions représentatives du personnel (IRP), avec la réforme du Code du travail, avec la bascule des curseurs politiques en faveur des patrons et des employeurs, mis en œuvre par des ordonnances qui se nommaient faussement pour l'amélioration du dialogue social, alors qu'ils ne visaient qu'à favoriser les seuls employeurs, les salariés et leurs représentants syndicaux n'ont plus pour seules perspectives que la guerre radicale contre les employeurs et contre le gouvernement qui les représentent.

https://www.lemonde.fr/politique/article/2018/06/10/le-secretaire-general-de-fo-met-en-garde-le-gouvernement-contre-une-derive-vers-la-radicalite-des-mouvements-sociaux_5312550_823448.html

 

On se trouve ainsi face à une situation extrêmement dommageable, où un pouvoir politique illégitime, représentant et défendant les intérêts des seuls possesseurs du pouvoir et de la richesse, mène une politique de droite ultra-libérale, associé à toute la clique des administratifs et politiques de droite ou de gauche qui se sont succédés au fil des années dans les administrations, entreprises publiques et cabinets ministériels. En cette deuxième décennie du vingt-et-unième siècle, On se retrouve dans la situation française de la fin du dix-neuvième siècle, lorsque des gouvernements aristocrato-bourgeois menaient des politiques libérales contre le peuple des ouvriers et des pauvres, privés du droit d'expression. Une époque où le droit de grève comme d'association n'était pas reconnu, où le syndicalisme était un crime passible de prison et de mort en France comme dans d'autres pays (comme aux Etats-Unis), et où le dialogue social n'existait pas encore ! Voilà l'époque vers laquelle nous nous dirigeons à toute vitesse, avec la bénédiction d´hommes et de femmes politiques de tout horizon, de responsables administratifs et fonctionnaires de toute obédience, réfugiés dans le culte de la personnalité du chef messianique, et d'organisations syndicales traitres à leurs cotisants, légitimés par des structures de pouvoir perverses et népotiques.

 

Un vingt-et-unième siècle qui commence à ressembler au dix-neuvième siècle des débuts du grand capitalisme financier, où ce dernier disposait de tous les pouvoirs, et de la Force des armees et de la police pour contraindre et combattre le syndicalisme et la populace ! Et certains ont donc cru en celui par lequel arrive ce retour en arrière historique !

 

Dernier article intéressant du Monde, cet article qui traite de l'«illiberalisme» ! Mais c'est des régimes relevant du populisme, comme le régime hongrois, dont Le Monde veut traiter. Sauf que ce n'est pas à La Hongrie à laquelle je pense en lisant cet article, mais bien plutôt à La France de Macron que me fait penser le terme d'illiberalisme, un illiberalisme politique, meme si ce régime veut nous faire croire que nous vivons dans un état de droit ! Mais un état de droit pour les puissants, pour les possesseurs. 

https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/06/07/la-ou-s-abime-la-democratie_5311194_3232.html

 

Parce que le règne du mensonge d'état, des manipulations médiatiques, du refus du dialogue social, de lois et d'ordonnances votées et passées en Force, sans prendre en compte les aspirations et les droits du peuple, ne peuvent conduire qu'à une révolte populaire, et à l'instauration d'un régime illibéral pour permettre le maintien au pouvoir de cette clique et des représentants des possesseurs. De telle sorte que ce n'est pas la Hongrie de Victor Orban qui me semble être l'archétype de l'état illibéral, mais bien plutôt la France de Macron. Mais evidemment, on ne peut pas attendre ce niveau d'analyse et de critique de la part d'un journal comme Le Monde, capturé et vendu aux grands possesseurs qui ont mis au pouvoir leur ami Macron.

 

Evidemment, Macron va s'attaquer à toute une frange des petits possesseurs terriens, ceux qui comme une majorité de francais de basse extraction, ont réussi à s'en sortir, à posséder une maison ou un appartement, quelques économies dues à une vie de privation et de travail. Ces possesseurs là, Macron, Philippe et les grands possesseurs capitalistes n'en veulent pas. Il faut leur retirer leurs économies, leurs possessions, les faire payer, les ruiner, les spolier. On peut faire confiance à Macron et Philippe pour trouver la solution pour ravaler cette classe moyenne de petits épargnants et de petits possesseurs à la classe des pauvres dont ils n'auraient pas dû sortir ! 

 

En attaquant ces petits épargnants et ces petits possesseurs, Macron essaiera de faire croire qu'il n'est pas le président des riches ! Analyse factice et mensonge instrumentalisé, qui sera relayée par une presse captive, traîtresse ou vendue. Beau vingt-et-unième siècle que nous nous préparons là maintenant, pour lequel l'espoir est d'autant plus restreint que cette montée au pouvoir d'éléments néolibéraux et pro-capitalistes n'est pas simplement un cas francais, mais une situation mondiale, avec notamment Trump aux Etats-Unis, milliardaire mégalomane et twitter compulsif.

 

Et comme en France, des millions d'américains comme des millions de francais ont voté pour ces pantins du grand capitalisme. 

 

 

Saucratès


14/06/2018
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Ce qui ne va pas sous l'ère Macron

Réflexion cinq (dimanche 22 avril 2018)

Le retour des tenants de l'ultra libéralisme et du «There is no alternative» ... et son impact sur l'évolution de notre société.

 

Comment définir la politique conduite par Emmanuel Macron et par son gouvernement ? Ou pour l'aborder d'une autre manière, comment définir l'équipage dont il s'est entouré dans son gouvernement ? Il n'y a donc jamais eu un gouvernement plus riche que le gouvernement Philippe/Macron. Le ministre du travail, chantre des réformes du Code du travail, est la deuxième ministre la plus riche de ce gouvernement et ancienne DRH ayant notamment grassement profité des difficultés financières d'une entreprise où elle gérait les ressources humaines et qu'elle a pu «dégraisser». Ayant fréquenté suffisamment de DRH, je sais que rares sont celles que je qualifierais «d'humains». La majeure partie sont inhumaines, juste intéressées à progresser le plus haut possible. Le plus riche ministre, à l'écologie, ancien animateur de télévision, dispose d'un patrimoine très peu écologique, en contradiction avec tous les combats politiques qu'il a défendu et toutes les positions qu'il a prise ! Bruno Le Mer à l'économie, Édouard Philippe comme premier ministre, sont des transfuges de la droite, qui ont rarement brillé par leurs idées sociales. La seule véritable surprise est le ministre de l'intérieur, Gérard Collomb, ancien maire de Lyon, et dont les positions très fortement ancrées à droite me surprennent toujours. Comment a-t-il pu basculer de cette manière ? Opération de décervelage ? On lui a greffé un nouveau cerveau de droite libérale ?  L'appât du pouvoir à un âge où il ne pouvait plus rien espérer de sa propre formation politique, qui basculait aux mains des petits jeunots ?

 

Réforme de l'ISF pour en exonérer l'ensemble des supporters d'Emmanuel Macron, et transformation de cet impôt en un impôt sur les seules possessions immobilières, qui a l'avantage de toucher beaucoup moins les grands capitalistes (voire dont ils peuvent vraisemblablement totalement s'exonérer) et de toucher certainement une cible un peu plus large ... ou qui pourra devenir beaucoup plus large lors d'une prochaine réforme de cet impô. N'oublions que les libéraux ont comme grande idée de faire payer un loyer aux propriétaires de leur appartement ou de leur habitat afin de permettre de rebrasser les patrimoines. Derrière cette idée de révolutionner l'économie française, il y a surtout cette envie fondamentale des ultra libéraux de ramener la plus grande partie du peuple à la plus extrême pauvreté, afin que les puissants sont veritablement riches et puissants, avec une masse de malheureux travailleurs sans aucune protection à leur disposition ! Toute la politique libérale ne se comprend qu'avec cette principale grille d'analyse. Cette mise en valeur du capitalisme de l'âge d'or du dix-neuvième siècle, ce capitalisme du laisser-faire, ne doit se comprendre qu'en corollaire de la situation de la plus grande partie du peuple au cours de ce dix-neuvième siècle, réduit à la mendicité, à la peur du lendemain, à la peur de la maladie, où l'essentiel des salaires permettait tout juste de se nourrir chichement. Siècle où le syndicalisme n'était pratiquement nulle part reconnu, autorisé, mais était au contraire un crime (puni de mort par pendaison aux Etats-Unis par exemple), où les congés payés et la retraite n'existaient pas pour le plus grand nombre parmi le peuple ... et où seule la compromission, les connaissances et la naissance vous permettaient de vivre confortablement et dans le confort !

 

Toutes les formules ultra libérales ne peuvent se comprendre qu'à l'aune de cette interprétation. Les volontés de destruction et de remise en cause (pour l'instant) de la Sécurité sociale, des régimes de retraites, dans l'objectif de leur privatisation, permettront un jour de solder les acquis sociaux mis en œuvre au sortir de la seconde guerre mondiale. C'est l'objectif ultime des économistes ultra libéraux dans ce domaine, et de manière extrêmement triste, une grande partie des salariés les plus aisés ne verront que ce qu'ils pourront gagner à très court terme dans cette opération de privatisation, ignorant ce qu'ils auront à payer à plus long terme du fait de cette réforme. Car l'économie entière de notre système de sécurité sociale repose evidemment sur son caractère universel. Si les plus riches des salariés sont libres de transférer leurs cotisations vers des assureurs privés, ce système explosera assurément. Evidemment, me direz-vous, Emmanuel Macron n'a pas parlé de la privatisation partielle de la sécurité sociale ! Evidemment que non. Il parle de réforme des régimes de retraite, de fin des régimes spéciaux de retraite, comme ceux des cheminots de la SNCF (également de celui de la Banque de France ?) il parle aussi d'équilibre des comptes de la Securite Sociale. Non, ce discours, c'est celui qui est sous-jaccent aux politiques ultra libérales actuellement à l'œuvre en France, et je suis presque sûr qu'il sera mis en avant à un moment donné par son gouvernement, vraisemblablement sous forme d'une plus grande liberté donnée à ceux qui le souhaiteront. À moins que cela ne viennent de la justice française ou européenne, puisqu'un certain nombre d'actions judiciaires sont aujourd'hui en cours contre l'obligation faite de s'affilier obligatoirement à la caisse de Sécurité Sociale ...

 

Il reste évidemment la réforme du Code du travail et des instances représentatives du personnel qu'Emmanuel Macron a fait adopter à marche forcée à la suite des élections présidentielle et législatives. Ces projets d'ordonnances, intitulées «renforcement du dialogue social», ne sont évidemment qu'un immense recul social, qui au final aboutit à la déliquescence du dialogue social dans l'ensemble des entreprises francaises, petites ou grandes, et permettra aux employeurs de se séparer tellement facilement des empêcheurs de tourner en rond syndicalistes ! Cadeau de Macron aux employeurs et chèque en blanc donné par la CFDT au patronat et au gouvernement, parce qu'au fond, la CFDT au niveau des grands décideurs confédéraux, était totalement gagnée à ce même texte qu'elle était prête à signer quelques mois auparavant, en l'état. Les responsables confédéraux de la CFDT sont clairement des vendus à l'ultra libéralisme qui se répand tel un fléau en France ! À noter que les publications cédétistes insistent desormais sur les difficultés de cette réforme et les reculs possibles, et la nécessité de négocier dans les entreprises pour permettre de limiter ses reculs. Alors que la CFDT a pourtant failli quelques mois avant, signer ce même texte, qu'elle aurait alors présenté comme un texte novateur et riche de grandes avancées ... lesquelles ? La CFDT confédérale ne s'intéresse de toute façon qu'aux «toutes petites entreprises» et à la «féminisation» des cadres intermédiaires ! Le reste ? Ce qu'elle est prête à vendre au plus offrant.

 

Licenciement facilité pour les entreprises avec la rupture conventionnelle collective, organes de représentation du personnel annihilés et chambreboulés par une réforme à la hussarde, imposée obligatoirement sans aucune forme de liberté dans sa mise en œuvre, avec une ministre du travail VRP du grand patronat, après avoir été leur exécutrice des basses œuvres (DRH), sans compter toutes les réformes du champ social qui nous attendent au cours des prochains mois et des prochaines années ! 

 

Il y a de quoi désespérer ! Ou bien se révolter ! 

 

 

Réflexion quatre (samedi 21 avril 2018)

Derrière l'uniformisation de la pensée, une dictature de la bien-pensance ... l'immonde Bête est toute proche ...

 

Uniformisation de la pensée et du discours dominant : Un parfait exemple en a été donné lors de l'attentat contre le supermarché de Trèbes. Les interventions critiques du président du Parti des Républicains à l'égard du Gouvernement et de son action contre le Terrorisme ont été immédiatement contestées par les médias comme excessivement critiques et inappropriées : la raison principale étant l'unanimité de l'hommage et des réactions des députés de l'Assemblée nationale. Ceux qui rompaient cette unanimité affichée comme telle (Laurent Wauquiez et Marine Le Pen) étaient donc les sordides politiques mûs par de tous aussi sordides intérêts personnels.

http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/2018/03/26/25001-20180326ARTFIG00223-attentats-la-majorite-denonce-la-recuperation-politique-choquante-de-wauquiez-et-le-pen.php

 

Mais ce que les médias taisaient dans cette analyse, c'est que l´Assemblée Nationale est majoritairement composée de députés à la solde, favorables, à Macron, qu'ils soient de droite, appartenant aux «constructifs», qu'ils soient de gauche (prêts à se vendre à la première occasion à celui qui a été ministre de l'économie d'un socialiste et qui appliquait plus ou moins la même politique !), ou qu'ils appartiennent à l'immense majorité de la République en Marche ou du Modem ! L'unanimité de l'Assemblée Nationale n'est ainsi que le symptôme d'un malaise, que l'ensemble de la représentativité soit aux mains d'un seul homme, d'un seul groupe économique, d'un seul système de groupe d'intérêt !

 

Nous sommes rentrés dans un système médiatique où l'obéissance et la loyauté sont considérées comme la seule réponse autorisée, où toute information critique a réussi à être éliminée, cachée, masquée. L'admiration à l'égard des décisions gouvernementales est la seule réponse autorisée ainsi que la remise en cause des critiques des adversaires. Ainsi, il fallait rendre compte en termes dithyrambiques de l'hommage rendu au gendarme tué lors de cet attentat. Il fallait se féliciter de la réponse gouvernementale apportée aux actions terroristes. Derrière l'unanimité de l'hommage national, il y a un grave manque de démocratie, de possibilité de réponse démocratique. 

 

De la même manière, il est incompréhensible que tous les dérapages verbaux d´Emmanuel Macron ne soient jamais repris par le journal Le Monde et une grande partie des médias. Lorsque Emmanuel Macron s'était laissé aller à faire une blague sur les comoriens et les kwassa-kwassa, il était impossible de trouver toute trace de cette blague de mauvais goût sur le site internet du Monde. Bizarrement, l'information y avait totalement disparu alors qu'une dépêche avait pourtant été publiée juste avant ! C'est comme si un filtre ou un contrôle était là pour éliminer toute information défavorable à Emmanuel Macron ! Impossible d'y avoir accès ! 

http://www.liberation.fr/france/2017/06/04/macron-et-les-kwassa-kwassa-quand-le-vernis-craquelle_1574470

 

Tout esprit critique a ainsi été éliminé de la presse et des médias. Par exemple, la volonté du gouvernement de privatiser les voitures radars sur nos routes est évidemment extrêmement grave pour nos libertés. Non pas parce qu'une surveillance accrue serait dangereuse pour notre sécurité et pour nos libertés, mais parce que les dérives observées dans la gestion des amendes à Paris par une société privée sont là pour nous rappeler les dangers extrêmes de la privatisation des forces de police et de coercition à des intérêts privés ! Pour une dérive prouvée et comdamnée par la justice, combien y aura-t-il d'arrangements et de mic-macs qui seront ignorés du public, de milliers de fausses contraventions données à des automobilistes non fautifs ? Et pourtant, même si les poursuites judiciaires contre cette société en charge des contraventions parisiennes sont connues de tous, les médias ne rejettent en aucune façon en cause la décision gouvernementale plus large de privatiser les voitures radars automobiles aujourd'hui gérées par la gendarmerie et la police. Aucun média ne fait état de ce risque immense. La privatisation des forces de coercition de l'Etat aux mains d'une caste de capitalistes. Mais non, les médias ne sont là que pour faire assaut de complaisance vis à vis du pouvoir, vis-à-vis du gouvernement. Et pour masquer la réalité au peuple, aux moutons que nous sommes, aveuglés par un jeune homme brillant qui va révolutionner la France et les français. Nous sommes des moutons conduits à l'abattoir qui bêlons stupidement notre amour à notre tortionnaire. 

 

Heureusement ou tristement, une caste d'apparatchiks qui ont juré allégeance et soumission à Macron et à son gouvernement occupent la société, contrôlent les médias et l'espace médiatique. Pour certains, ils jouent leurs cartes individuelles, d'autres lorgnent sur un poste ou des responsabilité, d'autres espèrent une reconnaissance, d'autres enfin ne cherchent qu'à dominer les décombres fumants qui resteront de notre société, attendant la chute de leurs concurrents. Evidemment, le monde politique a toujours été rempli de ces pantins et de ces zélateurs prets à toutes les compromissions ! C'est simplement que ce sont des revirements sur des temps très courts, en quelques mois, particulièrement visibles, et d'une ampleur invraisemblable ! Parmi tous ces «certains» et tous ces «autres», on trouve évidemment les responsables des médias que j'ai abondamment cité, mais également ces syndicalistes comme ceux de la CFDT qui répugnent à engager le combat, la mobilisation contre la politique libérale de ce gouvernement. La CFDT préfère peser sur les négociations avec le gouvernement, pour de bien piètres résultats, plutôt que d'appeler ses adhérents à descendre dans la rue.

 

Mais peut-on négocier avec le diable, avec l'innommable ? Peut-on traiter avec celui et ceux qui seront peut-être demain les fossoyeurs de notre démocratie, de la République ? A-t-on pardonné à ceux qui avaient préféré entre 1938 et 1945 traiter, collaborer, avec les nazis plutôt que de les affronter, plutôt que les combattre, même par des actes terroristes ? Et si Macron n'était rien d'autre que la fin de la démocratie française ? De cette démocratie certes imparfaite, certes instrumentale, mais malgré tout vivante. Le peuple sera-t-il capable de se réveiller comme en 1789, malgré l'énergie dépensée par les grands médias pour l'endormir, le charmer, le tromper, lui cacher la réalité et les contestations de ceux qui combattent déjà ce gouvernement et sa politique ultra-libérale ?

 

 

Réflexion trois (jeudi 19 avril 2018)

Ce qui ne va pas dans le Monde de la politique politicienne

 

Je me suis essentiellement focalisé sur ce qui relevait des médias (papier, internet ou télévisés) dans mes deux articles des jours précédents. Et l'apparition et la prise de pouvoir d'Emmanuel Macron semble s'être accompagnée d'une disparition d'une presse libre et indépendante. C'est comme si la majeure partie des médias étaient contrôlés, surveillés par le gouvernement ou par l'Elysee, ou par un hypothétique cabinet noir qui contrôlerait les médias et les poursuites judiciaires. À la lecture de la presse ou à l'écoute des médias, difficile de se croire en démocratie, en république !

 

Au fond c'est assez simple. Une partie de la presse, de droite (Le Figaro, TF1), ne peut pas l'attaquer, parce que Macron applique le programme social et économique qu'elle a toujours rêvé de voir mettre en œuvre (réduction des droits sociaux des salariés et bientot des fonctionnaires), tout cela sous une apparence, sous des titres menteurs de «renforcement du dialogue social». L'autre partie de la presse, traditionnellement de gauche, porteuse du sens social, des exclus (Le Monde notamment) se trouve inféodée aux intérêts de ses actionnaires, qui appuient ou qui ont créé Macron ! Par ailleurs, le monde politique lui-même donne la même impression d'absence de toute contestation, contestation d'ailleurs qui ne trouve aucun écho dans la presse, réduite à la portion congrue. Entre une Assemblée nationale où les nouveaux élus de la République en marche et du Modem, de la droite des constructifs, représentent une telle majorité qu'ils écrasent toute contestation, comme au temps des godillots du General de Gaulle ! Entre une droite qui se veut décomplexée, qui est bien gênée de voir ses idées être mises en œuvre au delà même de leurs rêves ! Entre un Parti socialiste exsangue, dont les rares élus sont pratiquement tous des partisans de Macron et ne rêvent que de revenir au pouvoir, pour appliquer la même politique que lui, avec juste un vernis un peu différent, pour satisfaire les masses d'électeurs qui sont leurs électeurs ! Le petit nombre de députés de la France Insoumise sont tous ceux qui restent pour contester ce gouvernement !

 

D'où cette impression nauséeuse d'une forme d'unanimité sur la politique du gouvernement et de l'Elysée !

 

A la fin des années 1970, Guy Debord, et avec lui le courant philosophique des Situationnistes, avait développé l'idée d'une société du spectacle, qui était à l'œuvre selon lui dans le monde politique francais. Cette société du spectacle a perduré selon moi jusqu'à très récemment, et l'affaire du groupe de Tarnac, qui vient de connaître son épilogue judiciaire avec l'acquittement des coupables désignés par les services anti-terroristes européens, par le gouvernement de Nicolas Sarkozy et surtout son ministre de l'intérieur Michèle Alliot-Marie (MAM pour les intimes ou les journalistes). Il faut reconnaître à Julien Coupat un certain talent pour retourner les médias, l'organisation du spectacle, contre le gouvernement et les services de lutte contre le terrorisme.

 

Mais Emmanuel Macron et ceux qui le contrôlent ou qui l'appuient ont mis en œuvre un nouveau système politique et médiatique, qui n'est plus explicable par le système du spectacle théorisé, présenté par les Situationnistes et Guy Debord. À moins que ce ne soit simplement que la société du spectacle de Debord poussée à son paroxysme, l'essence même de la société du spectacle à son maximum ! Une forme de dictature totalitaire/totalitariste des médias qui contrôlent tout ce que nous voyons, lisons, pensons, afin que rien ne nous arrache à cette horrible évidence : «There is no alternative» («TINA» en abrégé), expression rendue célèbre dans les années 80 par Margaret Thatcher.

 

Nous sommes rentrés dans une ère nouvelle, une ère de l'information contrôlée, une ère où toute contestation politique peut être niée, ignorée, oubliée dès lors que tous les moyens de communication sont unilatéralement utilisés pour la propagande du gouvernement, des puissants, du lobby patronal. Evidemment, le système TINA n'est pas si récent ; elle a été mise en œuvre au Royaume Uni dès le début des années 1980. Ce que l'on observe en France est-il différent, ou bien est-ce uniquement qu'un succédané de l'expérience Thatcher des années 1980, appliquée avec près de 40 ans d'écart en France ?

 

 

Réflexion deux (mercredi 18 avril 2018)

Ce qui ne va pas non plus dans le fonctionnement des médias

 

J'ai traité dans mon article précédent des questions liées à l'élection présidentielle, à la publicité et surtout à l'absence de toute contre-publicité de la part des grands médias quant au candidat Macron, et aux tentatives de mise à mort médiatique dont furent victimes ses principaux adversaires ou certains de ses parrains. Mon impression, c'est qu'Emmanuel Macron semble avoir été le candidat rêvé, parfait, espéré par des journaux comme le Monde ou des sites comme Mediapart, comme s'il avait été fabriqué par leurs soins !

 

Macron a quand même fait l'objet d'une couverture médiatique inédite par les principaux médias, pour un petit candidat inconnu tout juste sorti de l'anonymat, simplement auréolé de quelques semestres passés en tant que ministre de l'économie, pour un candidat sans Parti politique ayant pignon sur rue ! J'ai vraiment de la peine à croire que tout ceci était tout à fait normal, que l'opinion publique française n'ait pas été victime d'une inédite manipulation médiatique massive. Evidemment, au final, Emmanuel Macron a été élu à la présidence de la république, puis les électeurs francais lui ont donné une majorité massive à l'Assemblée nationale ! Les médias ont gagné leur pari ! À noter qu´il (ils) voulait même avoir la même majorité au Sénat, et il n'a pas compris que les grands électeurs n'aient pas été éblouis, hypnotisés, comme le reste de l'électorat ! De dépit, il a dû faire tomber quelques têtes !

 

Mais l'impact de manipulation des grands médias francais ne s'arrête pas seulement à cela ! Le Monde comme Mediapart ne se contentent pas non plus seulement d'attaquer les principaux adversaires de Macron, pour les décrédibiliser ... ils contrôlent également les informations dont nous disposons sur la contestation quant à la politique menée par Emmanuel Macron. Donner la parole uniquement à ceux qui adhèrent aux réformes décidées par son gouvernement. Pour cette raison, c'est surtout la CFDT qui était audible dans leurs colonnes lors de la réforme par ordonnances du Code du Travail. Beaucoup moins la CGT qui y était opposée ! De la même manière, les mouvements d'occupation des universités françaises ne sont absolument pas suivis par le journal Le Monde, de même que la grève des cheminots de la SNCF ... ou d'Air France. Silence Radio ! 

 

Deux mois que certaines universités sont occupées et bloquées par des étudiants ... Et Le Monde n'y envoie pas de journalistes, et les nouvelles sont noyées/ignorées/reléguées. Un jugement d'un tribunal administratif condamnant une telle occupation par des étudiants recevra  par contre évidemment un traitement beaucoup plus interessé ! 

http://www.lemonde.fr/campus/article/2018/04/18/une-quinzaine-d-universites-perturbees-la-justice-demande-l-evacuation-de-montpellier-iii_5287355_4401467.html

 

J'en étais sûr sans même avoir cherché sur le site du Monde. Et c'est bien le cas. Dans un article rempli de contradictions, puisque Le Monde réussit à ecrire dans un même article dans les premières lignes que les actions de mobilisation (on ne parle même pas de blocage ou d'occupation, juste de mobilisation!) dans les universités ont commencé il y a un mois, alors qu'un peu plus bas, on peut lire que l'université de Montpellier est occupée et bloquée depuis deux mois, soit mi-février !  Cet article est une honte. 

 

On y observe aussi que le syndicat étudiant bien de droite (voire d'extrême droite) UNI combat comme à son accoutumée les occupations d'université, et se trouve donc au côté du gouvernement Macron/Philippe. Ce qui ramene donc à sa juste place et sa juste image ce gouvernement de droite/ultra-libéral qui nous gouverne depuis bientôt un an. Un gouvernement de droite sans aucune attache sociale, même si certains socialistes s'y sont acoquinés/vendus pour une parcelle de pouvoir ou un mandat électoral !

 

Au final, on sait à qui appartient le Journal Le Monde. Son indépendance et sa ligne éditoriale n'existe plus. Les grands journalistes qui suivirent les grandes grèves des années 2000, dont l'une des dernières était Ariane Chemin, doivent pouvoir observer cette évolution. Le Monde s'est vendu au capitalisme et il est soit le démiurge qui a créé et fait exister Emmanuel Macron, soit l'outil minable de la décervelation de l'opinion publique française !

 

Lorsque l'on ne peut plus compter sur les médias pour nous informer sur la réalité de la situation française et des luttes sociales, syndicales et politiques conduites contre un gouvernement illégitime (au sens où il n´est là que du fait d'une manipulation, d'un éblouissement, d'une hypnose de l'électorat francais), que nous reste-t-il ? Se rabattre sur les nouveaux médias utilisés par la jeunesse, Facebook, Twitter, les messageries instantanées et les vidéos YouTube ! Comme nos enfants ! En sachant comme eux que les médias sont inféodés aux grands intérêts financiers capitalistes, et que les informations qu'ils nous transmettent sont biaisées, instrumentalisé, fausses. Tout ceci tuera les journaux papiers et internet. Ils ne se relèveront pas de la découverte de leur responsabilité dans l'élection d´Emmanuel Macron et de la mise en œuvre de sa politique ultra-liberale !

 

 

Réflexion une (mardi 17 avril 2018)

Ce qui ne va pas dans l'usage du pouvoir et des médias

 

Si on regarde la présidence Macron, la première chose qui n'a pas été normale a évidemment été la manière dont il a été élu. Inconnu au début du quinquennat de François Hollande, il est élu un an après s'être porté candidat en abandonnant le poste de ministre de l'économie. François Mitterand, grand stratège et fin homme politique, s'était présenté trois fois à la présidentielle avant d'être élu, même si évidemment, il avait eu à combattre le Général de Gaulle à sa première tentative. Valéry Giscard d'Estaing également avait connu l'échec à la présidentielle avant de se faire élire, de même que Jacques Chirac, à plusieurs reprises. Seuls, Nicolas Sarkozy et François Hollande avaient également été élus à leur première tentative. Mais cela faisait des années que ces deux-là occupaient le terain politique. Rien de comparable avec Emmanuel Macron !

 

La deuxième chose qui interpelle, c'est l'avanlache des attaques ayant frappé ses adversaires. Faut-il rappeler les attaques médiatiques et judiciaires ininterrompues contre François Fillon, qui se sont si mystérieusement arrêtées dès lors qu'il a été battu lors du premier tour de la présidentielle ! Incroyable comme les informations, les mises en examen, sont brutalement devenues inaudibles dès lors que François Fillon a cessé d'être un danger pour Emmanuel Macron ! Que s'est-il passé depuis ? François Fillon est-il toujours mis en examen ? A-t-il été entendu par la justice, par la police. C'est comme si cette histoire n'intéressait plus les journalistes et les journaux, alors que ceux-ci ne parlaient que de cela pendant toute la campagne présidentielle et l'élection présidentielle. Cela ne vous choque-t-il pas ?

 

Quant à François Bayrou et le Modem, son idée du Centre-droit avait enfin réussi à prendre le pouvoir et le palais présidentiel ; il en rêvait depuis des décennies ! Il était celui qui avait permis la victoire du jeune président de la République. À défaut du mandat présidentiel, il était devenu le Garde des sceaux. Patatras ! Pour lui également,  la presse et la justice faisaient sortir une affaire politico-financière et instruisaient des mises en examen. Et de manière assez proche, le faiseur de rois etait obligé de se retirer du gouvernement, avec sa collègue et vice présidente du Modem. Et comme pour François Fillon, la presse et la justice devenaient subitement inaudibles et silencieuses dès lors qu'il ne représentait plus une menace pour Emmanuel Macron ! Avant cela, il y avait egalement eu le retrait surprenant de Francois Hollande, obligé pour l'on ne sait quelle raison de ne pas se présenter pour un deuxième mandat !

 

Qu'est-ce qui peut expliquer cela ? Qu'est-ce qui se passe dans les arcanes politiques et médiatiques françaises ? Le précédent événement qui me rappelle tout cela, c'est l'affaire Dominique Strauss-Kahn au Sofitel de New-York. Le futur favori de l'élection présidentielle française se trouve mis en cause dans une affaire sexuelle avec une femme de chambre, et se trouve arrêté et jeté en prison, puis traîné dans la boue médiatique. Et là encore, il n'est toujours pas possible de savoir ce qui s'est réellement passé dans cette chambre de l'hôtel Sofitel. Y a-t-il eu agression sexuelle, et si oui, pour quelle raison Dominique Strauss-Kahn s'était-il autorisé cela ? Quelle information lui avait-on donné ? Pourquoi cet acharnement de la justice américaine ? Qui sont derrière toute cette affaire du Sofitel ? Evidemment, à cette époque, on pense immédiatement à un piège de l'UMP au bénéfice de Nicolas Sarkozy, qui aurait été bien gêné par une candidature Strauss-Kahn. Mais en est-on si sûr ? Y avait-il un cabinet noir autour de François Hollande qui orchestrait ces opérations ? Après tout, c'est lui qui a été le principal bénéficiaire de l'éviction de Dominique Strauss-Kahn ! Ce cabinet noir a-t-il par la suite changé de poulain en lui préférant Emmanuel Macron ? Bizarrement, les rumeurs sur Dominique Strauss-Kahn sont revenues régulièrement dès lors qu'il réapparaissait médiatiquement. Il a fallu le mettre en examen dans l'affaire du Carlton de Lille et pour ses liens avec Dodo La Saumure. Et là aussi, bizarrement, la presse est relativement peu prolixe sur les suites de ces affaires juridico-médiatiques. 

 

Que faut-il déduire de toutes ces mystérieuses coïncidences ?

# Que François Fillon, François Bayrou, François Hollande, Dominique Strauss-Kahn ont enfin compris que s'ils veulent la paix et ne pas être envoyés croupir ad vitam eternum en prison, ils doivent se cacher et ne plus faire d'ombre au patron ?

# Qu'il s'agit d'un simple travers médiatique, et qu'il est normal que les affaires judiciaires de personnalités médiatiques soient seulement mises en exergue par la presse. Et que dès qu'ils sortent de l'actualité, leur traitement médiatique disparaisse ! Cela me paraît improbable.

# Que les médias et la presse sont contrôlés par un groupe si puissant que ces derniers peuvent faire élire la personne qu'ils souhaitent à la présidence de la république, et qu'ils peuvent dezinguer tous ceux qui leur déplaisent ?

 

Je rajouterais deux événements plus récents. Un, la mise en cause pour une plainte pour agression sexuelle contre le ministre de l'écologie, suivie d'un emballement mediatique dans la lignée de l'affaire Weinstein et des sites «balance ton porc» qui s'est brutalement arrêtée lorsque le president de la république a renouvelé sa confiance à son ministre ! Comme si ce dernier avait sifflé la fin de partie : «celui-là, vous n'y touchait pas. J'en ai besoin !». Et boom, plus un mot dans la presse ! 

 

Deuxièmement, il y a bien évidemment le traitement judiciaire et médiatique actuel à l'encontre de Nicolas Sarkozy, mis en cause pour le financement de sa campagne électorale par la Lybie. Même si je ne l'appréciait pas outre-mesure (voire pas du tout), je ne pense pas que même sous son quinquennat, la liberté et la démocratie n'étaient pas autant en danger qu'elles ne le sont aujourd'hui ! C'est comme si le traitement réservé à Nicolas Sarkozy était un message destiné à tout ceux qui pouvaient faire de l'ombre à Emmanuel Macron. «Regarde ce qui risque de t'arriver si tu ne te couches pas !»

 

Nous ne saurons jamais ce qui se passe réellement dans notre pays, ce qui s'est réellement passé dans ces différents cas ... On ne saura peut-être même jamais les suites judiciaires de ces affaires mediatico-politiques ! Ces affaires resteront peut-être comme des épées de Damoclès au dessus de leur tête, au cas où ils se risqueraient à parler ou à avoir à nouveau des prétentions politiques ! Il nous reste donc à savoir si nous vivons reellement dans une démocratie ou non !

 

Mais aussi si nous ne sommes pas non plus pour partie responsables de ces emballements médiatiques auxquels nous assistons. Après tout, s'il n'y avait pas une opinion publique aussi friande de ces ragots politico-médiatiques, aussi prompte à juger et à condamner les gens en général, peut-être alors, ces emballements médiatico-politiques se seraient étouffés tout seuls, noyés dans leur propre fange !

 

 

Saucratès


22/04/2018
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Du contrat social

 

Réflexion une (mardi 9 janvier 2018)

De l'existence d'un contrat social ou de son application dans le cadre de notre société française 

 

Qu'est-ce que le «contrat social» ? Il est sensé s'agir d'une construction mentale des philosophes des Lumières, du dix-huitième siècle, popularisé notamment par Jean-Jacques Rousseau. Le contrat social serait donc mythique, un mythe permettant d'expliciter le fait par lequel des humains accepteraient/auraient accepté de quitter la vie sauvage pour vivre en communauté, en société. À la différence des mythes des sociétés anciennes ou premières, il s'agirait d'un mythe construit pour nos sociétés modernes, sur la base d'une idée fondée sur l'organisation des sociétés premières telles qu'elles étaient observées à l'époque de Jean-Jacques Rousseau, et reposant sur une certaine image idéalisée ou non de l'homme sauvage : bon sauvage ou loup pour l'homme, selon que l'on écoute Jean-Jacques Rousseau ou Thomas Hobbes. 

 

Si on suit ces philosophes du dix-huitième siècle, le contrat social serait donc un temps précis, une époque précise, où des hommes sauvages auraient accepté la vie en société en signant un pacte, un contrat entre eux, acceptant de fait des limitations à leurs libertés en échange d'une sécurité apportée par le groupe, par le nombre, par l'instrumentalisation ou par l'institutionnalisation de la violence légitime. Pour certains de ces philosophes, l'homme était bon avant la vie en société et était devenu mauvais après (Jean-Jacques Rousseau), ou inversement (Thomas Hobbes). Pour d'autres comme Etienne de la Boetie, c'est la violence de l'un sur les autres en sein de la société, c'est-à-dire cette violence institutionnalisée, qui était incompréhensible selon lui. Ou comment un homme seul peut-il dominer un pays entier ! Des centaines, des milliers, des dizaines de milliers de sujets !

 

Des philosophes récents ont repris à leur compte cette interprétation des fondements de la vie en société. Je veux parler notamment de John Rawls. L'instant de la conclusion de ce contrat social est toujours un instant mythologique selon Rawls, mais celui-ci est surtout célèbre pour avoir théorisé la forme de la mise en forme du contrat social, de ce moment où des hommes énoncent les règles de leur future vie en société. C'est ce que John Rawls a appelé le voile d'ignorance. 

 

En effet, si on demandait à des hommes ou des femmes de définir les règles d'une société et les statuts des uns et des autres, qui ne seraient pas tentés de se voir promu roi ou reine, ou membre de la noblesse ? Le voile d'ignorance permet de théoriser une manière de s'assurer que chaque homme ou femme est ignorant de sa place exact au sein de la société, de sa force, de son sexe voire de sa santé. Et chaque homme ou femme sera alors conduit à proposer des règles de société où chacun sera plus ou moins traité de manière égale, de facon à minimiser le risque et le désappointement de tomber dans les plus bas statuts sociaux !

 

Les débats vont évidemment beaucoup plus loin ou sont beaucoup plus complexes. D'autres philosophes ont peut-être theorisé d'autres réponses ou d'autres interprétations du contrat social depuis Rawls, ce dont je doute néanmoins. Evidemment, toute une branche de la philosophie politique depuis Rousseau et depuis Rawls a démontré qu'il n'était nul besoin d'un tel contrat social, d'une analyse ou d'une approche en terme de contractualisation de la vie sociale. Il s'agit de tout le débat opposant le conséquentialisme (ou analyse de la justesse de nos choix en fonction de leurs conséquences), l'utilitarisme (où la justesse de nos actes dépend de leur utilité) qui n'est qu'une variation du conséquentialisme, la déontologie (ou science des devoirs) dont font partie les théories d'Emmanuel Kant et de John Rawls, et l'éthique des vertus (ou perfectionnisme moral).

 

Apres avoir donc explicité ce que j'entends par «contrat social» et en avoir rapidement situé les sources philosophiques, je voudrais en revenir à mon idée première, à savoir que le contrat social est un composant actuel pertinent pour définir la vie en société dans une société comme la nôtre, comme la société francaise, justement traversée par des événements comme les émeutes urbaines, comme la radicalisation islamique et terroriste d'une partie de la jeunesse d'origine immigrée, d'Afrique du Nord ou d'Afrique noire, ou parles evenements du jour de l'an où des émeutiers ont tabassé/lynché deux fonctionnaires de police sur lesquels ils étaient tombés. Car, ces comportements émeutiers, terroristes, islamiques ou agressifs ne sont qu'une et même seule chose ; le fait que ces jeunes ou moins jeunes, ces supposés ou non exclus de notre société ne se reconnaissent pas dans la société française, dans ses valeurs, dans ses principes, dans ses engagements, dans ses droits et dans ses devoirs. 

 

Ces jeunes ou moins jeunes, principalement issus des cités urbaines, principalement issus des minorités d'origine immigrés d'Afrique, de la première, de la deuxième ou troisième génération, s'estiment souvent exclus de la société, non intégrés ou non attendus dans le monde du travail, et trouvent hors des règles de la société française la reconnaissance qu'ils pourraient en attendre. D'où la radicalisation islamique de nombre d'entre eux, mais pas uniquement d'eux (puisque les radicalisés islamiques en Syrie viennent de toute origine et de tout milieu), d'où les émeutes urbaines, pendant lesquelles le fait de brûler des voitures ou d'affronter les forces de l'ordre ou les forces de secours (pompiers) devient un rite de passage marquant l'entrée dans l'âge adulte, d'où la haine des forces de l'ordre ! 

 

Derrière ces images, il s'agit simplement d'un rejet par cette jeunesse (ou ces moins jeunes) du contrat social sur lequel repose notre société. Et j'en arrive donc à cette conclusion, contrairement à ce que pouvait penser Jean-Jacques Rousseau autrefois ou John Rawls plus récemment, que le contrat social n'est pas un instant mythique, appartenant à l'histoire ancienne, une construction mythologique théorique, mais que l'adhésion au contrat social est une décision permanente, régulière pour chaque individu. Chaque individu, au cours de sa vie, au cours de la construction de son être, de sa vie et de son devenir d'adulte, se trouve confronté à ce choix d'adhérer ou non au contrat social tel qu'il l'appréhende, tel que la société française l'a construit, avec le respect de ses institutions, de ses règles, et de la place et du statut social que la société peut lui proposer.

 

Le contrat social n'est ainsi pas qu'une construction de philosophe, qu'un souvenir mythologique. Le contrat social est une décision individuelle de chacun d'entre nous, une construction mentale, et par malheur, pour notre choix, nous ne sommes pas confrontés à ce fameux voile d'ignorance. Nous savons quel rôle et quelle place nous sera réservé dans cette société, et évidemment, il doit être plus difficile d'accepter ce contrat social lorsque l'on se sait déjà exclu, originaire d'une cité urbaine en voie de déclassement, sans perspective d'avenir, brillant ou non, que lorsque l'on se sait membre de la jeunesse dorée, héritier d'une grande fortune, privilégié En un mot !

 

Et pourtant, c'est cela le contrat social. À chaque génération, pour chacun d'entre nous, nous trouvons tous autant que nous sommes confrontés à cette décision. Accepter ou non notre place dans la société. Accepter ou non de signer le contrat social qui régit la société dans laquelle nous nous insérons ! C'est un choix d'une certaine façon de tous les instants ; accepter les règles qui sous-tendent notre vie et nos relations aux autres. Accepter les règles qui nous avantagent, qui nous protègent comme celles qui nous contraignent, qui nous désavantagent. C'est un choix souvent que nous comprenons tardivement, après que nous ayons réellement fait ce choix. Par exemple, c'est un choix qu'on fait les jeunes qui ont choisi la voie de la radicalisation islamique, du terrorisme islamique. Peut-être pas simplement ceux qui ont choisi de partir faire le djihâd en Syrie. Pas forcément non plus ceux qui se sont acharnés sur les deux policiers le jour de l'an. Parce qu'ils se sont peut-être laissés emportés par la foule, par l'effet de foule, cette force qui vous fait croire que vous êtes plus forts, aptes à attaquer ceux qui représentent l'Etat, que, en cet instant, vous croyez plus fort, que vous croyez être l'ennemi.

 

Je pense donc que le contrat social est nécessairement accepté et ressigné par chacun d'entre nous, à un moment ou un autre de notre vie, par chaque génération. Ce contrat social intègre tous les droits et devoirs que la société octroie et impose à chacun d'entre nous, ainsi que l'ensemble des institutions qui représentent la société, qui donnent corps à la société. Se pose alors le probleme du comportement à adopter envers tous ceux qui n'acceptent pas ce contrat social, ou qui dévient à un moment donné, choisissant de tuer et d'être des criminels ou des voleurs ? Mais il y a surtout tous ceux qui choisissant la voie de l'exclusion, ne comprennent pas l'existence de ce contrat social putatif. Parce que c'est sûrement là qu'il y a un souci, c'est qu'à aucun moment, personne ne vient vous indiquer que ce contrat social existe et que l'on vous demande de le signer. Et que votre choix conditionnera votre vie future. Parce qu'on ne le comprend que très tard, trop tard sûrement pour beaucoup d'entre nous !

 

 

Saucratès


09/01/2018
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La mise en question de la fin ultime de la souveraineté (redite)

 

Saint-Denis de la Réunion - Mardi 2 janvier 2018

 

En ce début d'année 2018, je voudrais ressortir un post écrit il y a quelques années, en octobre 2010, sur la morale et la politique. Ce post avait été écrit sous l'hyper présidence de Nicolas Sarkozy, et elle interrogeait les fins ultimes de la souveraineté dans un Etat de droit démocratique.

 

Ce post n'a rien perdu de sa contemporanéité, sous la présidence d'Emmanuel Macron, qui certains médias (ou lui-même) aiment à appeler «jupitérien», ce qui renforce d'autant le rapprochement pouvant être fait avec l'Ancien Régime absolutiste royal. Je pourrais tout à fait utiliser les mêmes mots pour décrire la situation française présente. Et cette réflexion est tout autant valable pour les Etats-Unis d'Amérique sous l'ère Trump. 

 

Réflexion quarante-quatre (19 octobre 2010)
La mise en question de la fin ultime de la souveraineté
 
Il est une question que l'on ne pose pratiquement plus, comme si elle ne se posait plus, comme si on lui avait trouvé une réponse parfaite, indépassable, réponse qui résolvait tous les problèmes qui pouvaient exister auparavant. Cette question, c'est de savoir qu'elle est la fin d'un gouvernement, la fin de la souveraineté du gouvernement, la raison (ou les raisons) pour laquelle nous donnons mandat à certains d'entre nous (ou à certains) pour nous représenter, ou pour nous gouverner. Cette question était posée par certains philosophes à l'époque de l'absolutisme royal. Face à un souverain qui estimait régner par droit divin et qui détenait un pouvoir conquis par la force et par la conquête, il était nécessaire pour certains philosophes de fonder la légitimité de sa souveraineté sur autre chose que sur la force, sur l'obligation qui lui était faite de gouverner en fonction du bien public, de l'intérêt général.
 
Ainsi Pufendorf écrivait : «On ne leur a conféré (à ces souverains) l'autorité souveraine qu'afin qu'ils s'en servent pour procurer et maintenir l'utilité publique (...). Un souverain ne doit rien tenir pour avantageux à lui-même, s'il ne l'est aussi à l'Etat.» Cette mise en question est évidemment fondamentale dans le cadre des anciens régimes monarchiques où un souverain succède à un de ses parents.
 
Mais pour autant, n'est-il pas bizarre de ne plus se poser cette question dans le cadre d'un régime démocratique. Qu'est-ce qui expliquerait que cette mise en question ne se pose plus, qu'il ne soit plus nécessaire de s'interroger sur la fin ultime du pouvoir confié à quelques uns de nous représenter, de nous gouverner, même si leur légitimité provient du suffrage universel ?
 
J'aime rappeler que le terme démocratie provient du grec dhmo (dêmos - peuple) et kratia (kratos - pouvoir). Une fort belle introduction à toute réflexion sur ce concept politique et social. L'exercice que fait le président Nicolas Sarkozy du pouvoir exécutif, législatif et judiciaire, le mélange des genres qu'il pratique, entre les diverses fonctions (président de la république, chef du parti majoritaire), entre les différents pouvoirs, entre les intérêts de l'état, les siens personnels et ceux des plus riches fortunes de France dont il s'affiche comme l'ami (non pas seulement lui mais de nombreux autres ministres de son gouvernement) ...
 
Tout cela doit nous permettre de souligner que le simple fait de recevoir sa légitimité du suffrage universel ne résout pas par magie toutes les interrogations que l'on peut avoir, que l'on doit avoir, sur la légitimité de la souverainté de nos gouvernants, de nos gouvernements. Certains ont pu croire que la démocratie résolvait tous ces problèmes, que le simple fait d'énoncer que le pouvoir émanait du peuple dans son entier et que ce peuple avait la possibilité de le confier à quelques uns de ses représentants était suffisant. Mais ce n'est pas vrai. La façon dont une personne a obtenu son pouvoir, la manière dont elle est devenue un gouvernant, par le biais du suffrage universel, ou par la force des armes, du poison ou par la conquête, n'a aucune incidence sur la façon dont elle gouvernera.
 
 
Saucratès

02/01/2018
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L'Europe et la Catalogne

 

Réflexion deux (27 novembre 2017)

L'histoire espagnole, le séparatisme catalan et les précédents franquistes

 

Au minimum deux versions et deux lectures de l'histoire s'affrontent dans cette affaire de la Catalogne. Il s'agit d'abord d'une histoire longue, ce que l'on ne comprend pas réellement à la lecture de la presse française ou en regardant les journaux télévisés français. On a en effet l'impression que la déclaration d'independance du gouvernement catalan et du peuple (ou d'une partie du peuple) catalan est un soubresaut récent de l'histoire, une sorte d'épiphénomène qui remonterait à quelques mois voire à quelques années, et absolument pas un mouvement de fond remontant au début du vingtième siècle, aux années 1920-1930 pour être exact, et se ramifiant jusqu'à nos jours.

 

Pour le comprendre, il faut lire l'excellent article paru dans Le Monde du 19-20 novembre 2017 intitulé : «L'intransigeance de Madrid nourrit le séparatisme catalan».

https://www.pressreader.com/france/le-monde/20171119/281943133179904

 

Deux versions, deux visions, deux interprétations de l'histoire ! La vision de nombre d'espagnols et d'espagnoles vis-à-vis de la sécession, de la déclaration d'indépendance de la Catalogne est sans concession. C'est un crime selon eux et ceux-ci se réjouissent de la violence policière à l'encontre des indépendantistes ... ou plutôt faudrait-il dire des catalans quelque soit leur bord politique. Ceux-ci nient toute légitimité aux indépendantistes, tout droit à se dire un peuple différent des espagnols, tout droit sur leurs terres, sur la Catalogne. Selon ces espagnols, les catalans n'ont aucune histoire commune en tant que peuple séparé de l'Espagne ; la Catalogne n'a jamais été selon eux un royaume ou une principauté. Ils leur nient aussi le droit de pouvoir déclarer la Catalogne indépendante ; ils les comparent à des locataires n'ayant aucun droit sur l'appartement où la maison où ils habitent, et dont ils veulent proclamer l'indépendance pour s'en emparer comme des voleurs !

 

Voici en quelques images la manière dont nombre d'espagnols et d'espagnols interprètent cette histoire. L'acharnement de la justice espagnole à l'encontre des membres du gouvernement séparatiste catalan les remplit d'aise, ainsi que la fermeté du premier ministre espagnol, M. Mariano Rajoy. Selon l'article cité du Monde, c'est justement pour profiter d'un gain électoral, reposant sur l'anticatalanisme cultivé en Espagne depuis 40 ans, que Mariano Rajoy a joué la carte de l'inflexibilité !

 

A ces quelques images de l'anticatalanisme véhiculé par de nombreux espagnols se rajoute une dernière (ou une autre) : «l'égoïsme d'une région riche qui cherche à garder ses richesses pour elle», comme l'écrit Le Monde. Selon des espagnols, la Catalogne est la région industrielle de l'Espagne et les catalans veulent faire un hold-up sur les entreprises espagnoles ! Le Monde cite une autre réalité : «avec 16% de la population espagnole, la Catalogne apporte 22% des recettes fiscales nationales, mais ne reçoit que 8% des investissements publics».

 

Ne fréquentant pas de catalans independantistes, je ne saurais pas présenté leur lecture de ces mêmes événements. Je ne pourrais que relever les similitudes historiques concernant le mouvement séparatiste catalan et le traitement qui lui a été appliqué par l'état espagnol.

 

La déclaration d'indépendance catalane n'est ainsi pas une nouveauté. Le 14 avril 1931, une république catalane est déclarée unilateralement par le Parti ERC, la «Gauche républicaine de Catalogne». Cette déclaration conduit Madrid a accordé un large statut d'autonomie à la Catalogne en septembre 1932. En octobre 1934, le président de la Généralité catalane, Lluis Companys, «proclame l'indépendance de la Catalogne au sein de la République fédérale d'Espagne». Comme aujourd'hui Carles Puigdemont, Lluis Companys est arrêté, accusé de rébellion militaire et traduit devant la Cour constitutionnelle. Le parquet requiert contre lui la peine de mort mais il n'est condamné qu'à 30 ans d'emprisonnement (seulement). En février 1936, il est cependant rétabli dans ses fonctions. Mais le 18 juillet 1936 a lieu le coup d'état militaire du general Franco, «qui a pour but déclaré d'éliminer sans scrupule ou hésitation ceux qui ne pensent pas comme nous». Celui-ci entreprendra la conquête du territoire espagnol région apres région, et la Catalogne paiera un lourd tribu. «Des milliers de catalans sont détenus dans des camps de concentration et leurs biens spoliés, et des milliers d'autres contraints à l'exil». Lluis Companys est arrêté en France par la Gestapo et livré aux autorités espagnoles le 13 août 1940. Une nouvelle fois accusé de rébellion militaire, il est condamné à mort par une cour martiale le 14 octobre 1940 et fusillé le lendemain.

 

On a ainsi aujourd'hui l'impression que l'histoire se répète implacablement, et que l'Espagne est toujours malade du franquisme ! Puigdemont, Companys même histoire et même combat. Puigdemont ne craint peut-être plus la peine de mort (mais c'est encore à vérifier ... il y a d'autres manières de tuer qu'en fusillant quelqu'un) mais il encoure toujours 30 années de prison !

 

En 1977-1978, l'Espagne reconnaît plus largement l'autonomie d'un certain nombre de ses régions (16 en tout dont les trois nationalités historiques : Catalogne, Pays Basque et Galice). En 1979, le statut d'autonomie de la Catalogne est adopté par référendum. Un nouveau statut de la Catalogne sera par la suite adopté en juin 2006 et ratifié par référendum en Catalogne. Mais ce statut sera dénoncé par le Parti populaire de Mariano Rajoy. Le tribunal constitutionnel espagnol, très conservateur, invalide plusieurs articles du statut de la Catalogne de 2006, notamment ceux relatifs à la perequation fiscale, et celui definissant la Catalogne comme une nation (arrêt du Tribunal constitutionnel du 28 juin 2010). Cette décision, à l'origine de laquelle on trouve le premier ministre espagnol actuel, M. Mariano Rajoy, attise un indépendantisme catalan jusqu'au boutiste.

 

Le 9 novembre 2014, c'est un économiste catalan, M. Arthur Mas, au pouvoir avec le parti politique Convergence, qui organise un referendum sur l'indépendance de la Catalogne, que le gouvernement espagnol déclare illegal, mais sans prendre les mesures drastiques prises en 2017. 37% des electeurs catalans se deplacent et votent pour l'indépendance à 80,76%. Ces resultats seront insuffisants pour permettre d'ouvrir la voie à un processus d'indépendance ! Suite à des elections anticipées en septembre 2015, M. Mas n'est pzs reconduit à la tete de la Generalité catalane et c'est M. Puigdemont qui est elu comme president de la Generalité  le 9 janvier 2016. La repression s'abat par ailleurs sur M. Arthur Mas qui est jugé et condamné à deux ans d'interdiction d'activité politique le 13 mars 2016 pour avoir appelé au referendum de novembre 2014.

 

Et on rattrape alors l'histoire actuelle. M. Puigdemont convoque le referendum du dimanche 1er octobre 2017 que nous avons connu, référendum auquel le gouvernement espagnol de M. Rajoy decide de faire echec en faisant intervenir brutalement 10.000 policiers et gardes civils espagnols, avec utilisation de tirs de balles en caoutchouc et recours excessif à la force, tout en assurant que «les violations des droits de l'homme étaient proportionnées» (interventions du PP reprises par le roi Felipe VI).

 

Voilà pour ce rappel historique tiré de cet article du journal Le Monde du 19-20 novembre 2017. La ressemblance avec les evenements des années 1930-1940 sous Franco est frappante. Les mêmes espagnols d'ailleurs qui condamnent les catalans sont aussi les mêmes qui regrettent l'époque de Franco, qui refusent de considérer que Franco ait pu être un fasciste pour le dépeindre comme un grand homme d'état ... une position proche d'ailleurs de celle du PP de M. Mariano Rajoy ! 

 

Venant de France et d'Europe, on ne peut être que choquer de ce qui se passe en Espagne et en Catalogne. L'appareil répressif espagnol à l'encontre des catalans et des dirigeants politiques catalans qui osent vouloir mettre en oeuvre des processus politiques legaux et non violents pour permettre au peuple catalan de s'exprimer laisse pantois. C'est une guerre idéologique et des procès politiques qui sont organisés par l'Espagne contre ses opposants catalans, et cette guerre est condamnable. Il n'y a guere de différences entre les purges staliniennes du passé, les purges du president turc Erdogan, et celle du premier ministre espagnol Rajoy. C'est un pays encore fascisant et non démocratique que nous avons à nos portes, à l'intérieur de l'Europe. Et ce pays n'a rien à faire en Europe, à la difference de la Catalogne, qui elle, a toute sa place en Europe.

 

 

Réflexion une (2 novembre 2017)

Du droit à l'autodétermination du peuple catalan

 

C'est un sujet brûlant pour nombre d'espagnols qui le prennent notamment particulièrement à cœur ! J'en ai notamment parlé avec certains amis espagnols, que les velléités d'indépendance de la Catalogne mettent atrocement en rage. Selon eux, c'est comme si vos locataires décidaient de faire une votation dans votre maison pour déclarer l'indépendance de votre maison, afin de la récupérer et de vous en déposséder. C'est de cette manière qu'ils interprètent et réagissent à l'affaire catalane.

 

Je ne comprends pas particulièrement leur position et je ne la partage pas. En France, nous avons déjà eu à traiter des velléités indépendantistes de la part de certains bretons, basques et corses. Et je comprends les aspirations de ces peuples à vouloir vivre dans l'indépendance. Le droit à l'autodétermination ne fait-il pas partie des droits inaliénables des peuples libres ? N'est-ce pas un principe du droit international, reconnu dans la Charte des Nations unies, qui reconnaît que les Nations peuvent développer «des relations amicales fondées sur le respect du principe de l'égalité de droits des peuples et de leur droit à disposer d'eux-mêmes» ? Des peuples n'ont-ils pas combattu les armes à la main contre des envahisseurs ennemis et ne sont-ils pas morts pour ce droit à vivre libre, dans leur pays, sous leurs propres lois et sous leur propre gouvernement ? Pour quelle raison le droit à l'autodétermination serait-il reconnu aux malgaches, aux vietnamiens, aux algériens, ou aux israéliens mais pas aux bretons, aux basques francais ou espagnols, aux corses ou aux catalans ? Comment peut-on défendre une telle position ?

https://fr.wikipedia.org/wiki/Droit_des_peuples_à_disposer_d'eux-mêmes

 

Après cela, ce droit à l'autodétermination doit être un droit démocratique. L'ensemble des habitants de ces pays doivent pouvoir donner leur position sur leur indépendance. Et malheur à la minorité, qui devra suivre la position majoritaire de ce peuple. «Malheur aux vaincus» (ou «Vae Victis») comme l'a dit il y a bien longtemps le gaulois Brennos. Et quand une telle aspiration ne rencontre pas l'assentiment de tout un peuple, que les séparatistes sont ultra-minoritaires comme se fut le cas en Bretagne ou au Pays Basque français, voire en Corse, il ne reste alors plus à cette minorité que la voie du terrorisme séparatiste !

 

Mais même là, l'analyse n'est pas si simple. Même à Madagascar, en Algérie, en Israël ou en Indochine, au début, les indépendantistes ne furent jamais majoritaires et les vainqueurs au final dûrent d'abord choisir la voie du terrorisme pour affronter initialement leurs colonisateurs ! Même les français en 1941-1944, sous le régime de Vichy et contre l'occupant nazi, dûrent recourir au terrorisme pour combattre la milice française, la Wehrmacht et les SS !

 

Après avoir dit cela, qu'est-ce que je peux en penser ? Premièrement, même si cette situation horripile les espagnols non catalans, il me semble que les catalans ont droit à voir respecter leur droit à leur autodétermination. Et le parlement qui avait déclaré l'indépendance de la Catalogne avait été élu démocratiquement, avec une présence massive des independantistes catalans ! Les catalans ont droit de vouloir vivre sous leur propres lois, sous leur propre gouvernement, et hors de l'Espagne s'ils le souhaitent majoritairement ! 

 

Deuxièmement, les réactions du gouvernement espagnol ... mise sous tutelle et démission d'office du gouvernement catalan ... ainsi que les poursuites judiciaires enclenchées contre les membres du gouvernement catalan, sont un signe d'une absence de culture démocratique de l'Espagne. L'Espagne nous démontre désormais que ce n'est pas un pays démocratique, un État de droit, un État digne de l'Europe et des valeurs européennes des droits de l'homme. Son histoire démocratique est trop récente et celle-ci n'a toujours pas fait le solde de son passé franquiste, dirigiste, fasciste. En témoigne la fascination que tant d'espagnols gardent encore pour le personnage de Franco !

 

Enfin, je comprends le gouvernement catalan en exil face aux poursuites judiciaires dont il est désormais la victime. Evidemment, il me semble que ces hommes auraient dû prévoir les réactions du gouvernement espagnol et anticiper leurs prochaines actions, et non pas fuir à l'étranger. Comme je le disais, certains peuples ont donné la vie pour combattre pour la liberté et l'indépendance ; j'aurais aimé que les leaders catalans soient prêts à se laisser embastiller et emprisonner pour l'indépendance de la Catalogne ! Mais après, c'est facile pour moi de dire cela de derrière mon écran, lorsque je ne risque rien. Et puis, même le Général de Gaulle lui-même a également fui la France en 1940 pour se refugier en exil en Angleterre, fondant le gouvernement de la France libre, sous la protection du gouvernement de Winston Churchill. Des esprits chagrins ont évidemment critiqué sa fuite, arguant qu'il ne craignait alors rien en France ! L'Histoire décidera si le leader catalan sera un héros catalan ou un traitre espagnol !

 

Au final, l'Espagne doit respecter la volonté d'autodétermination du peuple catalan, comme du peuple basque espagnol, et elle ne doit pas poursuivre les leaders du gouvernement catalan pour des positions politiques. Sinon, l'Espagne et son premier ministre Rajoy ne valent pas mieux que les pires dictatures dans le Monde, comme la Turquie, la Russie, l'Iran ou la Corée du Nord. Ces pays ressemblent souvent à des démocraties, comme l'Espagne, mais appliquent des lois d'exception pour traquer leurs opposants ou les contestataires (ou même parfois les ont totalement erradiqués) !

 

 

Saucrates


02/11/2017
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