Critiques de notre temps

Critiques de notre temps

Economie


Où se trouve l'argent des banques centrales ?

Saint-Denis de La Réunion, le 14 décembre 2018

Réflexion cinquante-trois

Cet article reprend un sujet que j'ai longuement et régulièrement évoqué en matière de politique monétaire il y a quelques années. Mes derniers écrits sur ce sujet remontent cependant à l'année 2011, soit il y a plus de sept ans.

https://saucrates.blog4ever.com/de-la-politique-monetaire-9

https://saucrates.blog4ever.com/de-la-politique-monetaire-8

 

Bizarrement, j'ai cessé d'écrire sur ce thème au moment même où les banques centrales des grands pays développés (la BCE et la Réserve fédérale américaine) mettaient en œuvre de nouveaux outils d'intervention monétaire, à savoir le QE ou Quantitative Easing (assouplissement quantitatif). 

 

Mais j'y reviens aujourd'hui à la demande d'un de mes lecteurs, qui m'a demandé aujourd'hui où étaient passés les centaines de milliards d'euros et de dollars injectés dans les économies européennes et américaines, et comment se faisait-il que malgré ces milliards, les citoyens de nos pays demeuraient toujours aussi pauvres, toujours aussi nombreux. Qui beneficiait donc de ces centaines de milliards d'euros et de dollars que les banques centrales avaient distribués ? Qui en profitait ?

 

Sacrée question vous en conviendrez ! Pour y répondre, nous aurons d'abord besoin de chiffres précis sur ce que le Quantitative Easing a représenté entre les années 2008 et 2018.

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Assouplissement_quantitatif

 

Si le Quantitative Easing a été inventé par la BoJ (Banque centrale du Japon) à partir de 2001, ce terme devient réellement connu à partir de 2008 et son utilisation par la Réserve Fédérale Americaine. À partir de 2010, elle developpe son programme d'achat de titres pour le porter à 600 milliards, et en 2017, son bilan a cru jusqu'à 4.000 milliards de dollars. La BCE de son côté a lancé un programme de QE à partir de   2015 à hauteur de 60 milliards d'euros par mois, porté à 80 milliards d'euros par mois en 2016. Il est prévu de mettre fin au programme QE en 2019. Je n´ai pas de données sur le bilan de la BCE, mais cela représente forcément des sommes faramineuses.

 

Le problème du Quantitative Easing, c'est simplement que ces sommes, ces créances, ces reconnaissances de dettes qui se trouvent au bilan des grandes banques centrales ne sont que des titres de dettes, appartenant soit aux différents Etats européens ou américains, soit aux principales très grandes entreprises de nos pays. Cet argent n'a pas été donné réellement à des personnes ou à des entreprises, mais elles ont essentiellement servi à racheter des titres d'emprunts publics ou d'obligations d'entreprises qui étaient déjà détenus précédemment par d'autres banques ou par des prêteurs institutionnels, afin que ceux-ci puissent se défausser de leurs titres, ou bien pour que la valeur de ces titres ne s'effondre pas dans un marché financier où  les prêteurs ne croyaient plus en la valeur des titres et obligations de certains États ou de certaines entreprises et ne trouvaient plus personnes pour racheter leurs titres.

 

Evidemment, on est donc bien d'accord qu'in fine, il y a bien eu des entreprises ou des personnes bénéficiaires de ces centaines de milliards d'euros ou de dollars d'achats de titres. Mais ces sommes se sont juste perdus dans l'immensité des flux financiers des marchés financiers internationaux ; chaque jour, des milliers de milliards de dollars de titres changent en effet de mains et sont cédés, vendus ou prêtés à tout moment. Les sommes créées et investies par les banques centrales sont juste venues se mélanger à tous ces flux financiers, et on peut penser que ces sommes ont servi à rééquilibrer les flux entre vendeurs et acheteurs sur certains titres moins recherchés. Grâce à cette pression sur les vendeurs, les programmes QE ont aussi servi à maintenir le prix des obligations aux niveaux de taux particulièrement bas que l'on a observé depuis desormais presque une décennie (mais on ne parle ici que des taux des obligations françaises, allemandes et américaines). Les taux de l'Italie, de l'Espagne ou d'autres pays considérés comme plus fragiles ont certes à supporter des niveaux de taux plus élevés, mais ils seraient certainement beaucoup plus haut sans les programmes QE. La remontée des taux long US que l'on a pu observer ces derniers temps est ainsi à mettre en relation avec la normalisation de la politique monétaire americaine, avec la fin des programmes de QE et la réduction du bilan de la Réserve Fédérale Américaine. 

 

On a ainsi une partie de la réponse à la question de mon lecteur. Les sommes de programmes QE correspondent à une fraction des endettements des États occidentaux. Ils ont permis de maintenir la valeur de ces titres ou bien de maintenir leur taux à des niveaux extrêmement bas. Permettant aux riches ou aux institutions de retraite ou d'assurance (et donc in fine à nos produits d'assurance-vie) de ne pas perdre des centaines de millions ou de milliards d'euros comme dans le cas d'une crise obligataire ou d'un défaut de paiement.

 

Tout ceci ne sert-il donc à rien ? Non, la stabilité des marchés financiers et des intervenants sur ces marchés (banques, assurances, institutionnels) est une condition sine quanone pour la stabilité de nos économies nationales. Une crise financière comme celle de 2007 a précipité le monde dans une crise majeure et a failli emporter les systèmes bancaires de nombreux pays. Et celle de 1929 a plongé le monde dans une guerre mondiale.

 

Cette présentation répond-elle à la question de mon lecteur ? Il me le dira peut-être ! On peut rajouter qu'il existe une (ou des) position divergente sur les programmes de Quantitative Easing. C'est ce que l'on appelle notamment la «monnaie hélicoptère».

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Hélicoptère_monétaire

 

La Banque Centrale émet de la monnaie directement en direction des citoyens, comme par exemple à l'aide d'un hélicoptère qui distribuerait de manière uniforme/aléatoire les billets nouvellement créés pour créer du pouvoir d'achat et des revenus pour le peuple directement.

 

Comme indiqué dans l'article de Wikipedia :

 

«Pour ses défenseurs, l'hélicoptère monétaire serait plus efficace pour stimuler l'inflation lorsque l'économie est dans une situation de trappe à liquidité et que les banques centrales ont baissé les taux directeurs au plus bas possible.»

 

Dans un autre article Wikipédia, il est aussi indiqué :

 

«En 2012, la Banque d'Angleterre elle-même reconnaissait dans un rapport destiné au parlement que sa politique de rachats d'actifs avait avant tout privilégié les 5 % de citoyens les plus riches, par le gonflement du prix de certains actifs financiers détenus par ces derniers».

 

La monnaie hélicoptère n'a évidemment jamais été mise en application dans aucun pays au monde, et certainement pas en Europe récemment. Même si, d'une certaine façon, les épisodes d'hyperinflation que l'Allemagne a connu dans les années 1920 ou que d'autres pays connaissent aujourd'hui (comme actuellement au Venezuela) ressemblent justement à cette monnaie hélicoptère, où la monnaie émise le matin ne vaut déjà plus rien le soir venu ! Rares sont les personnes qui ont gardé un bon souvenir de tels épisodes hyperinflationnistes.

 

 

Saucratès 

 

 

Autres notes sur le même sujet :
0.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1984891-histoire_de_l_euro.html
1.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1985330-de_la_politique_monetaire__1_.html
2.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1985338-de_la_politique_monetaire__2_.html
3.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1985345-de_la_politique_monetaire__3_.html
4.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1985866-de_la_politique_monetaire__4_.html
5.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1985877-de_la_politique_monetaire__5_.html
6.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1986316-de_la_politique_monetaire__6_.html
7.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1986819-de_la_politique_monetaire__7_.html

8.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1987618-de_la_politique_monetaire__8_.html

9.https://saucrates.blog4ever.com/de-la-politique-monetaire-9


14/12/2018
0 Poster un commentaire

De la politique monétaire (9)

 

Réflexion cinquante-deux (16 novembre 2011)
Papa, pourquoi a-t-on inventé la monnaie ?


Question infantine que m'a posée hier mon fils âgé de 7 ans, après avoir utilisé toutes les économies données par la petite souris en échange de ses dents de lait pour s'acheter un jeu électronique pour sa console Nintendo. Mais question fondamentale, à laquelle il n'est pas si aisé de répondre.

 

Question fondamentale parce qu'elle éclaire également les problèmes économiques et financiers de notre époque actuelle !

 

Ma réponse a consisté à lui expliquer que l'invention de la monnaie a suivi, est une conséquence de l'invention de la propriété privée. Il y a très très longtemps, les hommes n'avaient pas besoin de monnaie parce qu'ils partageaient tout ce qu'ils trouvaient, cueillaient, fabriquaient ou chassaient. On le sait parce que de tels peuples vivaient encore il y a très peu de temps parmi nous, dans les dernières forêts équatoriales vierges de la planète, notamment le peuple des Guayakis en Amérique du Sud (Paraguay). A partir du moment où un homme a décidé qu'un morceau de la nature lui appartenait, que ce qu'il trouvait sur ce morceau de terre lui appartenait à lui en propre, l'équilibre initial a été rompu.

 

Il est habituel de considérer que l'invention de la monnaie est postérieure à l'existence du troc. Mais selon moi, c'est une idée fausse. Le principe même de la monnaie, de la valeur des choses, est antérieure au troc lui-même. Car pour troquer des choses les unes contre les autres, il faut disposer d'une échelle de valeur, qui est elle même opposée au partage de tout ce que l'on trouve, chasse ou cueille. Le troc est antérieur à la création d'un étalon universel de valeur, que représente la monnaie, l'or ou l'argent. Mais en inventant le troc, l'homme avait ouvert la voie à l'invention de la monnaie, c'est-à-dire à un étalon de valeur. L'homme mettait fin à la mise en commun de tout ce qu'ils possédaient.

 

En inventant la monnaie, l'homme a créé les inégalités, les dfférences de richesse, l'exclusion de certains.

 

Les problèmes économiques et financiers actuels de notre monde trouvent leur explication évidemment dans des problèmes de monnaie. De tout temps, les échanges interntionaux, ou plutôt faudrait-il dire, la colonisation des ressources des différents peuples reposent sur des échelles différentes de valeur. Si tous les peuples accordaient la même valeur à toutes leurs ressources naturelles et à tous leurs biens, il n'y aurait pas selon moi d'échanges internationaux ni de commerce. Le commerce naît de différences de prix, soit entre régions ou marchés différents ou éloignés, soit entre leur valeur actuelle et leur valeur anticipée future. C'était évidemment particulièrement vrai à l'époque du colonialisme. Les européens échangeaient alors des richesses, des métaux précieux, des esclaves contre de la verroterie et des pièces de tissus, fondement de la valeur dans les sociétés qu'ils colonisaient, mais qui ne coûtaient rien à produire pour eux. Si les étalons de valeur de ces peuples (tissus, verroterie, colliers de coquillages ...) étaient devenus les étalons universels de valeur de l'humanité, ces sociétés colonisées seraient peut-être devenues immensément riches ! Mais c'est l'étalon de valeur de l'occident, la monnaie métallique, l'or et l'argent, qui est devenu l'étalon universel de l'humanité, faisant de l'Europe le centre du développement du monde.

 

Aujourd'hui, on demeure dans le même type de problème d'échange et d'étalon universel de valeur. Les divergences économiques et financières actuelles viennent des échanges internationaux, toujours entre l'Occident et le reste du monde, essentiellement composé de la Chine et de l'Inde millénaires, du Brésil, et des états pétroliers. L'Occident échange toujours les biens et les ressources produits dans ces pays éloignés, contre une monnaie basée sur les dettes des états et des économies occidentales. On peut penser que les échanges et la puissance financière et économique ont été inversés par rapport à la colonisation. Que c'est la Chine et plus largement l'Orient qui fabriquent pour pas grand chose des biens qui sont vendus à l'Occident, mais les états occidentaux les payent avec des reconnaissances de dettes ... Sur la base d'un système monétaire occidental ... L'histoire seule nous apprendra ce qu'il adviendra de tout cela, si l'histoire de la colonisation s'inversera ou se répétera ...

 

Pour conclure, ne pas oublier non plus que derrière la notion d'un 'étalon de valeur' ou de 'monnaie', on trouve la notion de 'valeur'. Tous les livres d'économie commençaient et commencent encore par une définition de la 'valeur', que ce soit chez Sraffa, Marx ou chez les économistes néoclassiques modernes ... même si ces derniers se contentent d'indiquer qu'ils utilisent la notion de l'utilité margnale comme source de valeur . A noter un article intéressant du Monde sur une critique de la valeur en économie par André Orléan.

http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/11/14/l-empire-de-la-valeur-refonder-l-economie-par-andre-orlean_1603277_3232.html

 


Réflexion cinquante-et-une (8 novembre 2011)
Quelques approximations sur la dette publique française ...


Certaines analyses courent sur le net au sujet de la dette publique française et sur son origine. Pour la plupart, elles reposent sur l'idée que les problèmes d'endettement de la France et les nécessités de recourir à des politiques budgétaires d'austérité proviennent de l'interdiction de financement de l'état par la Banque de France et in fine par les intérêts qui doivent être versés aux porteurs de la dette française.

http://youtube.com/watch?v=ZE8xBzcLYRs&feature=player_embedded

 

Ces analyses posent à la fois de vrais problèmes : la France a à la fois un problème d'endettement, les mécanismes de politique monétaire ne sont pas neutres, et la création monétaire par les banques est un vrai sujet de réflexion et d'interrogation ... mais elles contiennent également des raccourcis invérifiables et sujets à caution.

 

L'argumentation sur la création monétaire et les réserves fractionnaires

 

Je n'ai pas de bonnes réponses à apporter au système de réserves fractionnables développées dans cette analyse monétaire. Les banques commerciales ne sont pas selon moi les seules émettrices de monnaie dans l'économie ; la banque centrale étant toujours émettrice des billets de banque ayant cours légal, que certains ont pu présenter comme un impôt, puisqu'ils sont créés à partir de rien. Lorsqu'un particulier retire de l'argent au guichet d'une banque, la création monétaire est-elle le fait de la banque centrale ou de la banque commerciale ? Une question de point de vue.

 

Par ailleurs La monnaie banque centrale développée dans cette analyse qui est mise en circulation dans l'économie est-elle liée de manière fixe, comme expliqué dans cette analyse (par un rapport de 15% ou 1 à 7), au montant de la monnaie créée par les banques commerciales (ce qui est appelé 'réserves fractionnaires'. La crise actuelle a plutôt montré que la banque centrale pouvait approvisionner de manière fluctuante les banques commerciales en monnaie banque centrale pour empêcher les problèmes de liquidité sur le marché monétaire. En situation normale, lorsque les marchés monétaires fonctionnent convenablement et que les banques n'éprouvent pas de difficultés à se prêter entre elles, elles ont vraisemblablement peu de besoin de se refinancer auprès de la banque centrale. Ce n'est qu'en situation de crise, comme en 2008-2009 ou actuellement, que l'on enregistre une augmentation du besoin en monnaie scripturale banque centrale (qu'il faut içi différencier de l'autre monnaie banque centrale que sont les billets).

 

Pour cette raison, je pense que le système dit de réserves fractionnaires est au maximum une notion théorique, voire une ancienne notion valable en étalon-or et l'opposition historique entre la 'currency school' et la 'banking school' ... et qu'elle n'a plus aucune valeur explicative dans le monde actuel.

 

La comparaison entre le stock de la dette française et la somme des intérêts sur la dette versée aux créanciers

 

Selon les explications qui circulent désormais sur la dette française (reprise dans cette présentation), ce stock s'expliquerait essentiellement par la somme des intérêts sur la dette versée depuis les années 1970. D'où l'explication avancée par les tenants de cette thèse que sans emprunts auprès des banques, mais avec un financement par la banque centrale, la France n'aurait pas de problème de dette publique puisqu'elle ne s'explique que par les intérêts versés sur cette dette. CQFD.

 

Cette approche présente deux erreurs. La première erreur provient de la source de la comparaison. Ces explications reposent sur des intérêts sur la dette ramenés en euros courants valeur 2010 et absolument pas sur le montant des intérêts historiques payés. En expliquant que la somme des intérêts versés depuis 1973 atteint un encours cumulé de 1.300 milliards d'euros, proche de l'encours de la dette publique française, on compare un montant actualisé en euros courants, d'un encours de dette historique. La source suivante remontant à 2006 explicite de manière détaillée ce calcul totalement faux.

http://www.societal.org/docs/interets-dette.htm

 

Pour mémoire, la somme historique des intérêts versés sur la dette entre 1982 et 2010 s'élève à 845 milliards d'euros soit aux allentours de 900 milliards d'euros depuis 1973 (cf. source rapport du Sénat, les intérêts versés sur la dette étant compris entre 37 et 44 milliards d'euros par an depuis 1997).

http://www.senat.fr/rap/l95-077-3-14/l95-077-3-144.html

 

Un peu plus de la moitié de la dette française peut donc être expliquée par les intérêts versés sur la dette, ou bien on peut estimer qu'en valeur actualisée, les intérêts versés depuis les années 1970 recouvreraient l'équivalent de la dette publique française actuelle.

 

La deuxième erreur que je souligne consiste à relever que les intérêts versés sur la dette ne sont qu'une des dépenses publiques qui expliquent les déficits de l'état français. On pourrait tout autant comparer la dette publique aux dépenses actualisées des traitements des fonctionnaires français (98 milliards d'euros en 2010) et des analyses tout aussi sérieuses pourraient démontrer qu'avec un tiers des fonctionnaires en moins depuis les années 1970, il n'y aurait pas non plus de déficit public français, ni de dette publique française, ni de risques sur la notation 'Triple A' de l'état français (qui n'en aurait d'ailleurs pas besoin !). Cette analyse qui plairait aux libéraux ferait tout aussi sérieuse que les analyses citées.

 

Mais on pourrait comparer la dette française aux achats de pain chez les boulangers français, et estimer que les dépenses actualisées de pain aux boulangers depuis les années 1970 correspondent à la dette française ... Et des personnes bien intentionnées pourraient penser que le pain aurait dû être gratuit ce qui aurait certainement résolu le problème de la dette française !!!

 

Autant l'analyse mentionnée ci-dessus donne une explication intéressante pour la partie de la création monétaire, autant elle est irréaliste et partisane pour la partie explicative sur la dette publique. Les banques commerciales ne portent qu'une très faible partie de la dette publique française et ne sont destinataire que d'une très faible fraction des intérêts versés. Ce sont les ménages français qui en sont les principaux bénéficiaires (ceux qui ont de l'épargne), soit directement pour ceux qui détiennent des obligations en portefeuille (les épargnants âgés), soit indirectement pour tous ceux qui détiennent des placements d'assurance-vie (majoritairement placés en obligations françaises) et des retraites par capitalisation. 

 

De sorte que l'idée de faire défaut sur la dette française ou sur les intérêts payés aux créanciers reviendrait à frapper non pas les horribles banques commerciales pourfendues dans cette analyse, mais essentiellement les ménages, ces horribles rentiers capitalistes détenant notamment des placements d'assurance-vie.

 


Saucratès


Autres notes sur le même sujet :
0.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1984891-histoire_de_l_euro.html
1.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1985330-de_la_politique_monetaire__1_.html
2.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1985338-de_la_politique_monetaire__2_.html
3.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1985345-de_la_politique_monetaire__3_.html
4.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1985866-de_la_politique_monetaire__4_.html
5.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1985877-de_la_politique_monetaire__5_.html
6.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1986316-de_la_politique_monetaire__6_.html
7.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1986819-de_la_politique_monetaire__7_.html

8.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1987618-de_la_politique_monetaire__8_.html


08/11/2011
8 Poster un commentaire

Finance offshore et évasion fiscale

Réflexion une (jeudi 9 novembre 2017)

La finance offshore

 

Le Monde et l'ICIJ viennent de publier une nouvelle enquête sur le monde de la finance offshore.

http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/11/06/paradise-papers-l-envers-de-la-mondialisation_5210798_3232.html

 

Il y a dix-huit mois, en avril 2016, Le Monde et des médias partenaires de l'ICIJ («International consortium of Investigative Journalists» ou «Consortium pour un journalisme d'investigation») avaient décortiqué des milliers de documents provenant du cabinet Mossack Fonseca, installé dans l'Etat du Panama. Cette fuite avait pris le nom des «Panama Papers».

https://www.lesechos.fr/04/04/2016/lesechos.fr/021815208784_--panama-papers-----revelations-sur-la-finance-offshore-mondiale.htm

 

Ces documents avaient permis de mettre en lumière des pratiques de blanchiment et de financement occulte de grandes entreprises et de nombreux hommes politiques du monde entier. Il y était notamment question d'hommes politiques connus islandais ou de quelques autres pays qui avaient utilisé ce cabinet pour échapper à l'impôt et masquer des biens ou leur patrimoine. 

 

Qu'en était-il ressorti de cette affaire des «Panama Papers» au final ? Le cabinet Mossack Fonseca n'a pas cessé ses activités pour autant. Même si cette histoire a dû lui faire du tord ; ce genre de clients cherchant avant tout la discrétion et la confidentialité. Quelques hommes politiques, notamment en Islande, avaient dû démissionner ou plutôt avaient été contraints par la rue et la presse de démissionner de leurs responsabilités gouvernementales ... Mais soyons sûr qu'ils reviendront tôt ou tard ; les électeurs n'ayant qu'une très faible mémoire des fautes et erreurs des hommes politiques qu'ils élisent. Quelques fraudeurs ont bien dû être rattrapés par le fisc français ou par les fisc étrangers, et quelques centaines de contribuables ont dû choisir de profiter des services de la cellule de rapatriement de leurs avoirs en France en payant une partie des impôts qu'ils auraient dû payer. On avait aussi découvert que certains grands établissements bancaires francais continuaient de travailler dans les Etats offshore alors que les dirigeants de ces établissements avaient assuré qu'ils n'avaient aucun lien avec ces Etats là et avec le monde de la finance offshore.

 

Quelques années auparavant déjà, les mêmes médias et l'ICIJ avaient deja fait sortir des milliers de documents provenant de deux sociétés très actives dans le monde de l'offshore : Commonwealth Trust Limited, située dans les Îles Vierges britanniques, et Portcullis Trustnet, basée à Singapour. C'était en avril 2013.

http://www.france24.com/fr/20130404-offshore-leaks-secrets-paradis-fiscaux-icij-enquete-revelation-medias

 

Les 6 et 7 novembre 2017, Le Monde, ainsi que de nombreux autres journaux et médias de par le monde, publient donc une nouvelle enquête sur la finance offshore. Cette enquête se base sur 6,8 millions de documents internes du cabinet d'avocats Appleby aux Bermudes, de 0,6 million de documents internes du cabinet Asiaciti Trust de Singapour, et de 6,2 millions de documents issus des registres confidentiels des sociétes de dix-neuf paradis fiscaux (Antigua-et-Barbuda, Aruba, Bahamas, Barbade, Bermudes, Dominique, Grenade, Îles Caïmans, Îles Cook, Îles Marshall, Labuan, Liban, Malte, Saint-Kitts-et-Nevis, Sainte-Lucie, Saint-Vincent-et-les-Grenadines, Samoa, Trinité-et-Tobago, Vanuatu). Les médias ont donné à cette affaire le nom de «Paradise Papers».

 

Par différence d'avec les «Panama Papers», il ne semble pas que ces documents internes démontrent des montages illégaux ou de financement de blanchiment ou d'argent sale. Ils montrent les dessous du Monde de la finance et de l'évasion fiscale.

 

«Ces histoires mises bout à bout composent un monde à part, où l'impôt n'existe pas. Un Monde réservé aux élites du XXIe siècle, qui souligne le problème de l'équité fiscale et du partage de l'impôt entre des contribuables qui ont le pouvoir d'y échapper et d'autres qui ne peuvent agir sur leur facture fiscale. Un monde enfin, qui se joue des tentatives de régulation des États.» Jérémie Barush, Jean-Baptiste Chastand, Anne Michel et Maxime Vaudano, Le Monde.

 

Cette nouvelle affaire est presque désespérante. Apres 2013 et 2016, après les «offshore leaks» puis les «Panama papers», rien ne semble devoir changer. Des hommes politiques à chaque fois avaient été mis en cause, mais cette nouvelle enquête démontre encore que les plus puissants sont les premiers à utiliser ces systèmes d'optimisation fiscale pour échapper à l'impôt. La couronne britannique, de nombreux membres du gouvernement américain parmi les proches du nouveau president Trump, des proches de Trudeau au Canada ... Et puis surtout, malgré tout ce qui est dit et écrit sur la finance offshore, rien ne change. 2013, 2016, 2017 ... combien faudra-t-il d'articles de presse, de fuites de documents, pour que quelque chose bouge ? À moins qu'en fait cela ne serve à rien. Que les coupables ne soient jamais inquiétés, que la finance offshore continue de prospérer et de croître, et que l'opinion publique ne s'en accommode et trouve cela normal.

 

Faut-il désespérer ?

 

 

 

Saucratès


09/11/2017
0 Poster un commentaire

De la crise financière (17)

 

Réflexion cent-neuf (25 octobre 2017)
La crise financière - Plus de dix ans plus tard

 

Il y a dix ans que le monde de la finance ne nous a pas concocté une bonne petite crise. Qu'est-ce qui se passe ? Les déséquilibres mondiaux dont se nourrissent les crises financières se seraient-ils résorbés tous seuls ces dernières années ? Le monde de la finance serait-il devenu sage et propre ? L'économie aurait-elle cessée de ne penser qu'aux profits et aux bénéfices pour s'intéresser plutôt aux humains et au bien commun ? La réponse à ces questions est : Evidemment que non ! Le monde n'a pas changé mais nous connaissons une paix financière relative depuis quelques années, avec notamment une stabilisation de la crise de la zone euro.

 

C'est une situation surprenante ! J'étais notamment persuadé depuis deux ans qu'une crise financiere nous affecterait courant 2016 puis courant 2017. Mais j'ai eu tord. Ma seule mesure de protection avait cependant seulement été de sortir des placements en actions. Les conséquences n'en sont donc pas trop graves. Mes principaux arguments étaient la régularité cyclique des crises : 1992-1993 / 1999-2000 / 2007-2009. Qu'il n'y ait toujours aucune prémisse de crise en 2017 est une incohérence devant cette régularité mécanique. Peut-être un signe que certaines mesures prises par les autorités monétaires ou politiques ont été efficaces.

 

En même temps, les signaux inquiétants ne manquent pas, mois après mois, années après années. L'élection de Donald Trump à la Maison Blanche, le régionalisme catalan, la crise avec la Corée du Nord ou avec l'Iran, la sortie du Royaume Uni de l'Union Européenne, le scandale du dieselgate, une présence massive de députés d'extrême droite en Allemagne au Bundestag, la fragilité de la situation de la dette de la Grèce mais aussi de l'Italie, l'afflux des migrants vers l'Europe au travers de la Méditerranée ... Et j'en oublie certainement beaucoup. Et pourtant les indices boursiers continuent de progresser régulièrement. Bizarrement. Ils atteignent actuellement un niveau proche de leur maxima de 2007 (le CAC 40 avait alors approché les 6.000 points) au dessus de 5.400 points après être tombés proche de 2.500 points en début d'année 2009, au pire de la crise financière.

http://www.boursorama.com/bourse/cours/graphiques/popup.phtml?mo=0&form=OUI&code=FR0003500008&symbole=1rPCAC&choix_bourse_graf=country3A33&tc=line&duree=120&pe=0&is=0&mm1=50&mm2=&mm3=&comp=0&indiceComp=1rPCAC&codeComp=&i1=4&i2=no&i3=no&grap=1&type=1&st=3&nomenu=yes

 

S'agit-il d'un signe rassurant pour autant, que les indices boursiers progressent ? Pour l'existence ou non de crise economique ou financière, il s'agit effectivement d'un signe rassurant. Pas de crise sans effondrement des indices boursiers. Pour le devenir de l'économie, pour les chomeurs, pour les jeunes qui sortent des écoles dans le monde du travail, c'est aussi un signe positif ; rien n'est pire que de sortir d'une école au cours d'une période de crise, lorsque les entreprises n'embauchent pratiquement plus par manque de débouchés. Donc effectivement, une progression des indices boursiers malgré les inquiétudes européennes ou internationales est un signal rassurant, signe que tout va encore à peu près bien sur terre, dans les pays occidentaux ... Evidemment, à nos portes, tout ne va pas aussi bien. Guerre en Syrie. Misère en Afrique qui jette sur les routes et les mers des millions de migrants. Peste à Madagascar.

 

Au fond, que représentent ces crises financières et les outils financiers mis en œuvre par les banques centrales à l'aune des difficultés de la majeure partie des habitants du monde, hors Etats occidentaux ? Se rendent-ils véritablement compte que des crises financières éclatent ou au contraire n'éclatent pas. Et les moyens financiers faramineux mis en œuvre pour résorber ces crises ou pour calmer la situation ne pourraient-ils être mieux utilisés ou servir à d'autres fins ?

 

A lire aussi des articles du Monde sur les années 2007-2017 ...

http://www.lemonde.fr/economie/article/2017/07/07/2007-2017-au-coeur-de-la-crise-qui-a-change-le-monde_5157226_3234.html

 

 

Réflexion cent-huit (6 août 2012)
La crise financière - Cinq ans déjà - Retour sur un peu d'histoire

 

Il y a exactement cinq ans, dans les premiers jours d'août 2007, la crise des crédits subprimes américains explosait sur les marchés financiers, prélude de ce qui allait devenir la pire crise financière que le monde ait connu depuis les années 1930.

http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1985888-de_la_crise_financiere__1_.html

 

Cette crise a connu des moments successifs d'amélioration et de dégradation des opinions, d'optimisme exubérant et de pessimisme excessif des marchés. Et les marchés, de trimestres en trimestres, d'années en années, ont continué à dégringoler depuis maintenant cinq ans. Les principaux indices boursiers ont commencé à dégringoler à la mi-2007, en vagues successives. Le CAC 40 est ainsi passé de plus de 6.100 points en juillet 2007 à un minimum historique d'à peine 2.500 points en mars 2009. On pouvait avoir depuis cette date l'impression que les bourses et les économies mondiales se redressaient petit à petit, mais c'était avant qu'éclate en 2010-2011 la crise de la dette souveraine en zone euro, et les nouveaux plus bas atteints à cette époque.

 

De cette époque là, on se rappelle tous quelques évènements qui ont marqué l'histoire.

- Janvier 2008 : annonce d'une perte de 4,9 milliards d'euros par la Société Générale suite au débouclage d'opérations à risques. 

- Septembre 2008 : faillite aux Etats-Unis de Lehman-Brothers et prise de contrôle par l'état fédéral américain d'AIG.

- Mars 2009 : annonce par AIG de la pire perte historique pour une société américaine (61,7 milliards USD pour le quatrième trimestre 2008 et 99,3 milliards USD pour toute l'année 2008).

 

Qui ne se rappelle pas non plus les sigles qui ont rythmé nos lectures de cette période (d'ajourd'hui encore) et que l'on a découvert à cette occasion : les CDS («credit default swap»), le 'private equity' (ou «leverage buy out») les CDO ((«Collateralized Debt Obligations» ou titres de créances hypothécaires), le 'subprime mortgage' ou crédits à risque hypothécaires, les monoliners (ou réhausseurs de crédits) ...

 

Qui se rappelle d'ailleurs des monoliners comme AMBAC Financial, MBIA, ACA Financial (filiale de Crédit Agricole), FSA (filiale de Dexia) ou CIFG (filiale de Natixis) ? Ces sociétés qui réhaussaient et garantissaient des milliards de dettes et de titres, cotés AAA par les principales agences de notation internationales avant la crise, et dont la valeur boursière et de notation ne vaut actuellement plus rien ! Monoliners qui ont couler ou ont fait perdre des milliards de capitalisation boursière à leurs actionnaires bancaires français.

 

Et maintenant, en ce mois d'août 2012, cinq ans après la médiatisation de la crise financière, que se passe-t-il ? Après une crise financière (toujours pas finie), puis une crise économique (toujours en cours), puis une crise des dettes souveraines (en cours), on assiste petit à petit à une montée des protectionnismes, même au sein de la zone euro avec des états comme la Belgique qui expulse les chômeurs d'autres nationalités de leur territoire, ce qui amène les instances européennes à s'alarmer de la montée des tensions entre états européens. Et les banques européennes (grecques, espagnoles, maltaises après celles anglaises, irlandaises et islandaises) qui continuent à avoir besoin de l'aide de leurs états européens, sans que l'on sache jusqu'où ira la crise, jusqu'aux banques de quels pays impactera-t-elle ?

 

Pour finir, un article intéressant des Echos sur les pertes des principales banques européennes :

http://www.lesechos.fr/entreprises-secteurs/finance-marches/diaporama/DIAP160312580_4A29B1-banques-europeennes-les-plus-grosses-pertes-302837.php

- Fortis : pertes de 28 milliards d'euros en 2008

- RBS (Royal Bank of Scotland) : pertes de 27 milliards d'euros en 2008 (nouvelles pertes en 2011 - ses difficultés ont valu à son ancien patron Fred Goodwin de perdre cette année son titre de chevalier).

- UBS : pertes de 13 milliards d'euros en 2008

- Hypo Real Estate : pertes de 5,5 milliards d'euros en 2008

- Commerzbank : pertes de 6,6 milliards d'euros en 2008

- Anglo Irish Bank : pertes de 12,7 milliards d'euros en 2009 et de 17,7 milliards d'euros en 2010

- LLoyds Banking Group (nationalisée après la crise financière de 2008) : perte de 7 milliards d'euros en 2009

- Allied Irish Bank : pertes de 10,4 milliards d'euros en 2010

- Dexia : pertes de 11,6 milliards d'euros en 2011

- Unicredit (première banque italienne) : pertes de 9,2 milliards d'euros en 2011

- Intesa Sanpaolo : pertes de 8,2 milliards d'euros en 2011

 

 

Réflexion cent-sept (20 juillet 2012)
De quoi le dernier sommet européen avait-il accouché ? S'agit-il d'une union bancaire européenne ?

 

Le dernier sommet européen remonte à un peu moins d'un mois. Selon les médias, ce sommet avait accouché d'une réforme majeure avec l'instauration d'un soi-disante 'union bancaire européenne' et avait vu une révolte des pays du sud de l'Europe, arrachant à la clancelière allemande des concessions majeures : l'extension du rôle du Mécanisme européen de stabilité pour la recapitalisation directe des banques en difficulté (sans passer par les Etats) et l'adoption des 'projects bonds' pour financer des dépenses en infrastructures ...

http://www.agefi.fr/fiche-blogs-wikifinance/crise-de-la-dette-l-europe-peut-et-doit-mieux-faire-1849.html

 

Il y a néanmoins une forme de théatralisation dans ce compte-rendu de ce sommet européen. Une avancée dans la mise en oeuvre d'une union bancaire était demandée par un certain nombre d'intervenants, au premier rang desquels le fonds monétaire international (FMI) et la banque des règlements internationaux (BRI). «La création d'une union bancaire pour la zone euro permettrait de desserrer l'étau de la crise de la dette et laisserait un peu plus de temps aux Etats pour poser les bases d'une stabilité durable de l'Union économique et monétaire (UEM)», déclarait cette dernière dimanche 24 juin.

http://www.euractiv.fr/fmi-appelle-europe-achever-union-bancaire-article

http://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/industrie-financiere/20120625trib000705609/l-union-bancaire-europeenne-permettrait-aux-banques-de-souffler.html

 

Clairement, il n'y avait rien de très nouveau dans ce projet d'union bancaire européenne, dont la présentation au cours de ce sommet européen était présumée depuis fin mai 2012 (article d'Easybourse) mi-juin 2012 (La Tribune). Et il était connu que cette union bancaire ne pouvait être acceptée par l'Allemagne que si le contrôle des banques était assuré de manière centrale par la BCE.

http://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/industrie-financiere/20120615trib000704108/le-projet-d-union-bancaire-europeenne-pourrait-etre-presente-le-28-juin.html

http://www.easybourse.com/bourse/financieres/article/23005/la-bce-appelle-a-une-reforme-du-secteur-bancaire-en-europe-pour-resoudre-la-crise.html

 

Toutefois, derrière ces annonces extraordinaires qui n'en sont peut-être pas, il nous faut nous interroger sur ce qui va réellement changer et sur ce qui reste à faire et à penser.

 

Au sujet de la supervision centrale des banques par un organisme européen unique, il y a la difficulté des normes comptables et fiscales divergentes en Europe. Cela veut faire croire que la surveillance des banques est beaucoup plus laxiste dans certains pays que dans d'autres. Cela consiste surtout à minimiser la barrière des langues (des contrôleurs parlant anglais ou allemand dans les services comptables des banques françaises, italiennes ou espagnoles). Et l'on oublie carrément que la supervision des banques implique d'avoir une connaissance de proximité des risques, de la conjoncture économique et des entreprises, qui conduit le plus souvent les équipes de contrôle à s'adjoindre le renfort de participants issus de succursales de la région (en France). Une supervision des banques menée depuis Francfort, par des euro-fonctionnaires germanophiles, ne sera pas plus efficace (inversement) que les contrôles actuels des autorités bancaires de chaque pays de la zone euro.

 

Un fond européen unique capable de renflouer directement les banques en difficulté, sans impacter les dettes des états, est évidemment une bonne chose dans l'idée d'une union bancaire, notamment parce que la crise des années 2008-2012 a suffisamment démontré que les sommes en jeu pouvaient être astronomiques et qu'elles excédaient parfois les capacités des états pris séparément. Néanmoins, encore faut-il que le Mécanisme européen de stabilité est les moyens financiers nécessaires pour recapitaliser toutes les banques qui pourraient en avoir besoin. Puisque l'on voit bien que la seule recapitalisation des banques espagnoles va peser 100 milliards d'euros et qu'il semble que le MES n'aurait pas les moyens d'effectuer une telle recapitalisation des banques françaises ou allemandes.

 

Néanmoins, ces quelques mesures masquent mal l'absence de toute réflexion sur les causes de cette crise financière et sur les mesures à mettre en place. Ce qui pose problème, c'est le modèle de la banque universelle qui existe en Europe mais également aux Etats-Unis. A l'origine, cette crise des dettes souveraines provient de l'explosion de la crise financière en 2007, et de la contamination de l'ensemble des banques occidentales par les dérivés de crédits subprime américains. Ce sont notamment les mesures de soutien aux systèmes bancaires, de relance de l'activité économique, et l'envol des dépenses sociales qui expliquent l'explosion des déficits étatiques et l'emballement des dettes souveraines. Le ralentissement de l'activité économique et son corrolaire (la diminution des rentrées fiscales) a simplement accentué ce phénomène, en même temps qu'il impactait également les bilans des établissements bancaires, auxquels les pouvoirs publics demandaient par ailleurs de continuer à financer l'économie.

 

La solution pour éviter la répétition d'une telle catastrophe, c'est d'interdire aux banques les activités de marché, de banques d'affaires, pour les limiter à la seule activité de banque de dépôts et de crédits, comme cela a longtemps été leur seul métier et leur seule occupation. C'est rétablir la séparation de ces activités, dans la droite ligne de la loi américaine de 1933 dite Glass-Steagall Act, partiellement remise en oeuvre par le Dodd–Frank Wall Street Reform and Consumer Protection Act de juillet 2010. C'est aussi l'option retenue par l'Angleterre, même si ces derniers ne visent qu'à cantonner ces activités au sein des banques (insuffisant selon moi). Le Glass-Steagall Act avait été abrogé en 1999 sous la présidence Clinton. En France, cette séparation entre ces divers métiers de banques existait également, mais elle avait été abrogée beaucoup plus tôt, avec l'adoption de la nouvelle loi bancaire de 1984.

 

Il ne faut pas croire néanmoins qu'une telle loi éliminera tout risque de cataclysme bancaire à l'avenir en Europe ou en Occident. Les banques de dépôts peuvent toujours être confrontées au risque de crédit, lié aux faillites de leur clientèle. C'est par exemple l'origine des difficultés des banques espagnoles, confrontées à l'explosion d'une bulle immobilière et aux faillites de très nombreuses entreprises. Les crises financières du dix-neuvième siècle avaient toutes pour origine de telles difficultés, notamment aux Etats-Unis, avec des faillites en cascade des banques. Mais un tel risque de crédit est beaucoup plus facile à surveiller et contrôler que les risques financiers actuels, où l'on peut voir des pertes de plusieurs milliards d'euros survenir en quelques heures sur les marchés financiers, sur des produits dérivés.

 

Au-delà même des banques, c'est également le métier de l'assurance qu'il faut reréglementer, pour éviter que des catastrophes n'y surviennent dans les prochains mois ou années. Ce sont des métiers désormais aussi dangereux que le marché du crédit subprime américain, avec le développement de la banque-assurance, qui conduit des banques à sélectionner la clientèle des assureurs, comme si l'assurance était sans risque. Sans oublier les risques des assurances-emprunteurs et des CDS (credits default swap).

 

Ces quelques points ont conduit certains à faire état que les banques européennes étaient les grandes gagnantes de ce sommet européen, puisqu'il évitait toute mesure de contrainte à leurs égards, et notamment la séparation de leurs activités. Evidemment, ces dernières (et leurs actionnaires) seraient les grandes perdantes de telles réformes. Leur rentabilité future (et leur capitalisation boursière) serait très fortement limitée par une telle séparation. Mais il ne faut pas oublier que les cours de bourse des banques occidentales ne peuvent pas intégrer leur risque de défaut, puisque celui-ci est au final pris en charge par la collectivité. Ce que l'on appelle «la privatisation des profits et la collectivisation des pertes».

http://finance.blog.lemonde.fr/2012/06/09/lunion-bancaire-europeenne-est-elle-un-defi-ou-une-utopie/

 

 

Réflexion cent-six (29 juin 2012)
Actualité de la crise financière et de la contagion bancaire ...

 

Les mois de mai et juin 2012 ont été marqué par une nouvelle dégradation de la situation financière européenne. Les élections grecques ont d'abord enregistré la percée des votes contestataires des électeurs grecs, portant au pouvoir en Grèce des partis anti-européens extrêmistes, de droite ou de gauche. Le Crédit Agricole, implanté en Grèce dans la banque Emporikiri, a enregistré en quelques mois une nouvelle diminition par deux de sa capitalisation boursière (elle ne vaut plus que 8 milliards d'euros), soit une division par dix depuis ses plus hauts historiques avant le déclenchement de la crise financière.

http://www.lemonde.fr/economie/article/2012/05/10/enlise-en-grece-avec-sa-filiale-emporiki-le-credit-agricole-voit-monter-la-facture_1698921_3234.html

 

Le mois de juin 2012 a également enregistré les demandes espagnoles et chypriotes de recapitalisation de leurs systèmes bancaires : entre 50 et 100 milliards d'euros pour l'Espagne et une dizaine de milliards d'euros pour Chypre, toutes deux devant être versées par le FESF (Fonds européen de stabilité financière).

http://www.boursier.com/actualites/reuters/l-eurogroupe-detaille-les-plans-d-aide-a-l-espagne-et-chypre-113955.html

 

Ces nouvelles sont inquiétantes à plusieurs titres. Elles montrent d'une part que les systèmes bancaires et financiers européens continuent d'être les hommes malades des économies européennes, au lieu d'en constituer les rouages essentiels de relance et de financement des entreprises. Il y a notamment les craintes de voir peu à peu se généraliser les demandes d'aides étatiques pour les systèmes bancaires : quels états après l'Espagne et Chypre ? Quels systèmes bancaires demeurent fragiles en Europe ? L'Italie ou le Portugal ou encore la France ? La faiblesse des capitalisations boursières des grandes banques françaises, du Crédit Agricole (8 milliards d'euros pour des fonds propres de 49 milliards d'euros), de la Société Générale (13 milliards d'euros pour des fonds propres de 47 milliards d'euros), de la BNP Paribas (34,5 milliards d'euros pour des fonds propres de 85,6 milliards d'euros) ou de Natixis (5,9 milliards d'euros pour des fonds propres de 21 milliards d'euros), ne constitue-t-il pas un signe des anticipations des marchés sur sa fragilité ?

 

Ces nouvelles montrent également que la situation financière commence à redevenir aussi dangereuse qu'aux pires moments de la crise financière des années 2007-2009, époque où les systèmes bancaires des principaux états occidentaux (Etats-Unis, Allemagne, Angleterre, France, Irlande, Lettonie, Islande ...) avaient rencontré de graves problèmes financiers et avaient nécessité des aides massives soit de leurs propres états nationaux (Etats-Unis, Allemagne, Angleterre, France) soit des prêteurs internationaux tels le Fonds monétaire international (Lettonie, Islande) ou l'Europe.

 

Mais ce rappel pourrait aussi permettre de relativiser la situation grecque, espagnole et chypriote actuelle, en démontrant que des évènements similaires ont déjà été observés dans un passé récent et qu'ils sont surmontables, dès lors que les peuples de ces états acceptent quelques sacrifices financiers indispensables à leur redressement. En 2009, Riga, capitale de la Lettonie, demande une aide de 7,5 milliards d'euros après la nationalisation de la deuxième banque du pays (Parex) et une chute de son PIB de 28,7% au premier trimestre 2009.

http://www.boursorama.com/actualites/la-grece-confrontee-a-l-austerite-les-lettons-y-sont-passes-aussi-c835d5b4285c3b9b36f23e1ed85ad1bd

 

De son côté, l'Irlande avait dû prêter 50 milliards d'euros à son système bancaire, faisant grimper son déficit budgétaire à 32% du PIB en 2010, puis faire appel à hauteur de 90 milliards d'euros à une aide de l'Union européenne, principalement pour aider les banques irlandaises en crise.

http://www.lepoint.fr/economie/apres-la-grece-l-europe-aide-l-irlande-22-11-2010-1265241_28.php

 

En France, en 2008, le plan de soutien au secteur bancaire français avait atteint 360 milliards d'euros.

http://lci.tf1.fr/economie/conjoncture/2008-10/l-aide-aux-banques-aucun-cout-pour-le-contribuable-4879611.html

 

Toujours en 2008, l'Angleterre mettra en oeuvre un plan de 384 milliards d'euros, l'Allemagne un plan de soutien de 480 milliards d'euros, la Suisse un plan de 44 milliards d'euros (essentiellement pour recapitaliser UBS) et jusqu'à Singapour qui mettra en place un fonds de 75 milliards d'euros de garantie des dépôts.

 

Cela sans compter les milliers de milliards de dollars que l'état fédéral américain et la Réserve fédérale auront injecté dans leur système bancaire américain pour le recapitaliser et le renflouer (200 milliards de dollars pour recapitaliser Fanny Mae et Freddy Mac, 85 milliards de dollars pour sauver AIG, 700 milliards de dollars pour le plan Paulson en septembre 2008, 185 milliards d'euros de prise de participations dans le capital de neuf banques américaines dont Citigroup, Wells Fargo, JP Morgan Chase et Bank of America, 2.000 milliards de dollars en février 2009 pour le plan de stabilité financière ...).

 

Pour sa part, l'Islande a fait appel à une aide du FMI et des autres pays scandinaves de l'ordre de 5 milliards d'euros à l'automne 2008 pour faire face à une crise financière née de l'effondrement de ses trois plus grandes banques (Glitnir, Landsbanki et Kaupthing). Des problèmes non encore résolus à ce jour sont également nés de la faillite de la banque en ligne Icesave (filiale de la banque Landsbanki), dont les 340.000 épargnants, pour la plupart étrangers, britanniques ou hollandais, seront indemnisés par les gouvernements de ces deux pays, qui demanderont ensuite à l'Islande le remboursement des aides consentis.

http://www.lepoint.fr/debats/l-islande-une-nouvelle-utopia-26-02-2012-1435208_34.php

http://www.20minutes.fr/economie/819230-lecons-crise-islandaise-laisser-banques-faire-faillite

 

A noter enfin que les dirigeants de la zone euro sont arrivés à un accord cette nuit pour une possibilité de recapitalisation directe par l'Europe des banques des différents états, sans que cette aide n'impacte les dettes des états souverains. Le début d'une union monétaire et bancaire plus large que ce qu'elle est aujourd'hui, conduisant à une surveillance renforcée des banques au niveau européen.

http://www.lemonde.fr/economie/article/2012/06/29/accord-de-la-zone-euro-pour-une-recapitalisation-bancaire_1726720_3234.html

 

 

Réflexion cent-cinq (4 juin 2012)
Quelle probabilité pour la survenance d'un cataclysme financier majeur ?

 

La crise financière peut-elle s'aggraver à un tel point que notre système bancaire puisse s'écrouler ? C'est la question qui m'interpelle depuis une conversation avec des amis il y a quelques soirs, qui croient dur comme fer que la pire crise financière que l'on puisse imaginer approche, qui verra disparaître les banques, nos placements et la valeur de la monnaie. Ils sont ainsi persuadés que seul un placement en or véritable permettra de préserver une partie de leur épargne.

 

Le problème, c'est qu'ils sont loin d'être les seuls à y croire et à anticiper une telle catastrophe ; je lisais que les vendeurs de coffres-forts faisaient ainsi fortune grâce aux craintes croissantes des particuliers envers les banques.

 

La question n'est pas de savoir s'il peut être rationnel d'avoir de telles craintes, car les crises financières échappent à toute forme de rationalité, comme l'ont prouvé à la fois la crise financière de 2007 mais également la bulle spéculative de crédit qui l'avait précédée. Si de telles craintes se généralisaient dans l'économie française ou dans l'économie mondiale, le fait qu'elles soient irrationnelles n'y changeraient rien ; ces craintes s'auto-alimenteraient pour engendrer la catastrophe même qu'elles anticiperaient.

 

La question est plutôt de savoir si une telle catastrophe est possible et si les banques françaises (ou plutôt européennes) seraient capables de résister à une telle catastrophe ?

 

Nous nous trouvons actuellement devant le cas d'école d'une crise auto-entretenue. La crise financière actuelle s'explique essentiellement par des attaques spéculatives contre les dettes d'un certain nombre d'états européens considérés comme fragilisés par la crise financière de 2007, appartenant à la région méditérannéenne de la zone euro, France comprise. Il n'y a évidemment rien d'auto-entretenu dans cette crise, qui s'explique plutôt par les mécanismes de la spéculation financière. Cette spéculation se nourrit des dettes publiques importantes, des faibles perspectives de croissance des économies européennes et des craintes planant sur les places boursières mondiales. Néanmoins, les chutes des actions sur les bourses mondiales que l'on observe par voie de conséquence amplifient la réception des thèses des pseudo-économistes alarmistes, qui sont persuadés depuis maintenant cinq à six ans que l'économie mondiale va voir exploser la plus gigantesque bulle de crédit que le monde n'a jamais connue. Leurs conseils : ne pas rester propriétaire mais au contraire vendre pour racheter dans quelques années, privilégier l'or physique comme placement, et se méfier des banques en surveillant leur santé, en sélectionnant les plus solides (Banque Postale) et en partageant ses placements.

 

Cas d'école d'une crise auto-entretenue, plus le nombre de gens partageant cette opinion augmente, plus leurs comportements s'additionnent et viennent amplifier les problèmes de l'immobilier, l'excédent de l'offre sur la demande, ainsi que l'absence de confiance dans le système bancaire. Par définition même, l'absence de confiance entraîne la survenue de la crise !

 

Evidemment, en économie, tous les acteurs ne partagent pas toujours la même opinion sur l'économie, de même que chacun ne prend pas les mêmes décisions, ni ne consomme en même temps ni n'investit au même moment (contrairement à ce que la théorie économique libérale pourrait laisser penser avec son homo oeconomicus). Il y a toujours des acteurs qui sont optimistes et d'autres pessimistes, dépensiers ou épargnants. Toutefois, le fait que le nombre de pessimistes progresse fortement pourrait enclencher un cercle vicieux pessimiste auto-entretenu.

 

Ma deuxième réflexion concerne le principe même d'une catastrophe bancaire, même dans le cas où le pessimisme ambiant viendrait dégrader fortement les marchés immobiliers et financiers. Une catastrophe bancaire ne me semble pas envisageable, même si au début de la crise financière, en 2008, les faillites de Lehman Brother et de l'assureur américain AIG auraient pu avoir des conséquences préjudiciables sur la stabilité de l'ensemble du système financier mondial, si l'état américain n'avait pas eu la capacité d'intervenir pour sauver son système bancaire.

 

Je ne crois pas en la possibilité de faillites bancaires en cascade en France, même si une ou deux faillites pourraient éventuellement avoir lieu (par exemple Dexia s'est bien montrée incapable de résister à la crise financière). Je pense par contre possible que la crise financière se poursuive encore plusieurs années, comme lors de la longue dépression, dans les dernières années du dix-neuvième siècle, entre 1870 et 1895, ou lors de la grande dépression, dans les années 1930. Nous allons peut-être connaître une décennie de crise en ce début de vingt-et-unième siècle, avec des périodes où la crise va s'amplifier et d'autres où elle va sembler s'éloigner, jusqu'à ce que de nouvelles technologies relancent le moteur de l'économie mondiale.

 

Mais je ne crois pas en la grande catastrophe bancaire, dans le cataclysme financier qui entraînera la fin de l'euro, des banques, de l'immobilier et de nos économies.

 

 

Réflexion cent-quatre (6 mai 2012)
Quelles conclusions tirer de la crise ?


La crise financière est loin d'être terminée à ce jour, mais il ne me semble pas idiot de revenir sur son déclenchement et sur les leçons que l'on pourrait en tirer. Pour suivre l'analyse de Stiglitz, la manière dont les banques ont été sauvées pose problème, même si à cette époque, je croyais que leur sauvetage était indispensable et leur faillite inenvisageable !

 

Il faut que je m'explique. En effet, Stiglitz a une approche un peu différente de la mienne en ce qui concerne le fonctionnement du système financier, approche qui ne me semble pas dénuée de valeur. Le fonctionnement capitaliste repose selon lui sur la possibilité de la faillite des entreprises, sur les risques de perte des actionnaires et sur leur remplacement par les obligataires (dont les dettes sont converties en capital). Une faillite d'une banque doit ainsi selon lui être envisageable pour que le système capitaliste et financier demeure éthique.

 

«En tant que système, le capitalisme peut admettre de fortes inégalités, et il y a un argument qui explique leur existence : elles servent à motiver les gens. Lorsqu'on rémunère chacun à proportion de sa contribution à la société, on a une économie plus efficace. Mais ceux qui ont été si largement rétribués pendant la bulle immobilière n'ont pas rendu la société plus efficace. Ils ont peut-être accru un moment les profits des banques, mais ceux-ci n’étaient qu'un mirage. En fin de compte, ils ont imposé des coûts gigantesques aux populations du monde entier.» (Joseph E. Stiglitz - «Le triomphe de la cupidité» - page 212)

 

Le sauvetage des banques organisé par le gouvernement des Etats-Unis et par la Réserve fédérale américaine pose selon lui problème en raison de son coût gigantesque pour le contribuable américain, se chiffrant en milliers de milliards de dollars pour un résultat économique microscopique. Et ce débat n'est d'ailleurs pas aujourd'hui terminé, puisqu'il se pose à nouveau en Espagne avec un nouveau plan de sauvetage des banques en cours.

 

Faut-il sauver à tout prix un système bancaire, ou faut-il laisser faire faillite les banques ayant pris des risques trop importants tout en veillant à préserver les autres établissements bien gérés des effets de contagion systémique ? C'est l'interrogation que pose Stiglitz. Les dizaines de milliers de milliards de dollars des plans de secours au secteur bancaire et financier américain n'auraient-ils pas été mieux utilisés s'ils avaient servi à relancer la machine du crédit américaine en direction des ménages et des entreprises ? Hypothèse qui en soi pose aussi question puisqu'il reconnaît lui-même que le problème principal des Etats-Unis est un problème d'endettement excessif.

 

«Le succès d’un système financier se mesure en dernière analyse par le bien-être quil apporte aux simples citoyens, parce que lallocation des capitaux est meilleure ou le risque mieuxré. Or, malgré limmense fierté que sa propre inventivité inspire à notre secteur financier surdimensionné, on  ne voit pas que la plupart de ses innovations aient beaucoup contribué, dans les faits, au succès léconomie américaine ou à lamélioration du niveau de vie de la grande majorité des américains.» (page 216)

 

Il s'agit d'une autre critique présentée par Stiglitz à l'encontre du fonctionnement des grandes banques américaines ; le fait qu'elles n'aient pas construit des outils protégeant les emprunteurs et leur permettant de gérer leurs risques, mais qu'elles n'aient pensé qu'à leur seul intérêt, qu'à leur seul bénéfice à court terme.

 

Pour condenser, selon Stiglitz, les grandes banques américaines ont non seulement une responsabilité écrasante dans l'éclatement de la crise financière de 2007 par leur recherche effrénée du profit à court terme et par la dillution du risque, mais elles sont aussi responsables du processus de dérèglementation des dix ou vingt dernières années, qui selon elles allaient ouvrir au monde une ère de développement ininterrompue, mais qui s'est conclue par la pire crise financière depuis les années 1930.

 

Il faut selon lui rétablir les règles mises en oeuvre à la suite de la crise financières des années 1930, et notamment la séparation des activités de banques de dépôt et d'affaire (en fait rétablir le Glass-Steagall Act de 1933 qui avait été abrogé en 1999 par le Gramm-Leach-Bliley Act pour permettre la fusion de Citigroup), découper les établissements financiers considérées comme 'too big to fail' en établissements de taille plus petite, moins dangereux pour la préservation de la stabilité financière internationale, mettre fin au processus d'innovation financière, dont le seul intérêt est de fabriquer des commissions pour le profit des banques, et enfin interdire les rémunérations incitatives du système financier pour éliminer les risques de dérives du système.

 

Tout au long de son livre («Le triomphe de la cupidité»), Joseph E. Stiglitz remet aussi en cause le principe de l'indépendance des banques centrales des pouvoirs politiques, l'une des hypothèses de base du monétarisme cher à Friedmann, à l'origine lui-même de toutes les dérives de la déréglementation qui ont conduit à la crise financière que nous observons aujourd'hui.

 

«Les dirigeants de banque centrale du monde entier ont répandu une doctrine : les banques centrales doivent être indépendantes des processus politiques. Cest un principe que de nombreux pays en développement,  indépendants depuis peu, ont eu vraiment du mal à accepter : on leur explique lénorme importance de la démocratie, mais, quand il sagit de la politique macroéconomique et monétaire, celle qui a le plus dimpact sur la vie de leur population, on leur dit que ces sujets-là sont trop importants pour qu'on les laisse aux procédures démocratiques ordinaires. Largument qui plaide pour l'indépendance, c'est qu'elle accroît la crédibilité de la banque centrale : elle ne cèdera pas à des exigences populistes en faveur d'une politique d'expansion, ce qui veut dire quil y aura moins dinflation et plus de stabilité.» (page 267)

 

Cette indépendance était sensée protéger les systèmes financiers des interférences politiques vers plus d'inflation. Mais elles conduisent en fait à organiser la protection endogène du système financier par ses propres dirigeants, sans avoir de comptes à rendre à la moindre personne, alors que le coût financier ultime en sera en fait supporté par le contribuable, dans le cas de cette crise financière majeure.

 

Et cette interrogation me parle particulièrement puisque j'adhère aujourd'hui largement aux thèses monétaristes alors que je les avais combattues avec acharnement lors de mes études en économie dans les années 1980.

 

Enfin, on ne peut oublier l'une des autres thèses développées par Stiglitz, sur l'aléa moral que causent les plans de sauvetage des systèmes bancaires et financiers, aléa moral qui est à la base du capitalisme, et qui est pourtant appliqué avec la plus extrême rigueur par ces mêmes établissements bancaires vis-à-vis de leurs emprunteurs (et qui explique ainsi notamment les positions extrêmement hostiles des banques aux procédures de rétablissement personnel et à l'abandon de dettes). L'aléa moral doit également s'appliquer aux banques, mais à celles 'too big to fail' que l'on doit laisser faire faillite tout en évitant la contagion au reste du système financier.

 

Dernière bonne nouvelle de cette crise financière : la contestation croissante des salaires mirobolants des dirigeants des plus grandes sociétés. 

http://www.lemonde.fr/economie/article/2012/05/08/pousse-par-ses-actionnaires-le-directeur-general-d-aviva-demissionne_1697611_3234.html

 

  

Saucratès
 

Mes autres écrits sur la crise financière :
1.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1985888-de_la_crise_financiere_1.html
2.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1985907-de_la_crise_financiere_2.html
3.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1986317-de_la_crise_financiere_3.html
4.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1988042-de_la_crise_financiere_4.html
5.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1988064-de_la_crise_financiere_5.html
6.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1988067-de_la_crise_financiere_6.html

7.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1991164-de_la_crise_financiere_7.html

8.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1991178-de_la_crise_financiere_8.html

9.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1992408-de_la_crise_financiere_9.html

10.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1992422-de_la_crise_financiere 10.html

11.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1992436-de_la_crise_financiere_11.html

12.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1992440-de_la_crise_financiere_12.html
13.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1992951-de_la_crise_financiere_13.html

14.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1992974-de_la_crise_financiere_14.html

15.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2533109-de_la_crise_financiere_15.html

16.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-3374320-de_la_crise_financiere_16.html


09/05/2012
2 Poster un commentaire

Une nouvelle crise financière à l’horizon ?

Essayons d’oublier la politique et revenons-en à l’économie ! En même temps, il me faut convenir que ces deux sujets sont étroitement liés ; que deviendraient les calculs électoralistes de François Hollande en vue de la présidentielle de 2017 si la croissance disparaît en cas de ralentissement économique mondial ? Après avoir parié sur l’inflexion à la baisse du chômage lorsqu’il avait été élu, quelle image garderait-on de lui si la croissance disparaissait aussi ?

 

Nous sommes en 2015 et la précédente crise financière date de 2007-2009. L’économie française n’a même pas réussi à redémarrer et le chômage n’a même pas commencer à baisser qu’il semble que l’on arrive déjà à la fin de ce cycle de croissance des bourses mondiales. Sept ou huit ans, c’est la bonne durée s’étirant entre deux périodes de crise économique et financière.

 

On peut remonter dans notre passé et on vérifiera assez facilement l’existence d’un tel cycle. Dans notre mémoire collective, on se rappelle de la crise des années 1971-1974, démarré avec les désordres monétaires de l’inconvertibilité du dollar en or (fin du système dit de Bretton-Woods) et qui est suivi par le premier choc pétrolier de 1974, considéré comme marquant la fin de la période des trente glorieuses.

 

On se rappelle aussi dans notre mémoire collective de la récession des années 1980-1982, marqué en France par l’élection de François Mitterand à la Présidence de la République et l’impossibilité pour la France de tenir une politique économique séparée de celle du reste du monde.

 

On se rappelle peut-être moins du krach financier d’octobre 1987, qui a donné naissance à ce que l’on a appelé le ‘Black Monday’ (ou lundi noir) pour le 19 octobre 1987, en référence au célèbre Black Thursday (ou jeudi noir) qui désigne le 24 octobre 1929, première journée du krach de 1929. En octobre 1987, il faut imaginer que la place boursière de Hong Kong perdra 45,8% de sa capitalisation, celle d’Australie 41,8%, celles du Royaume-Uni 26,4% et celles du Canada 22,5%. L’indice Dow Jones avait pour sa part perdu 22,6% la seule journée du 19 octobre 1987.

 

Notre mémoire collective garde aussi souvenir de la crise économique et financière des années 1992-1993, marquée par une profonde récession, des faillites de plusieurs établissements financiers en France, avec un CAC 40 qui était passé de 2.000 points à un peu plus de 1.000 points pendant cette période de crise. Cette crise se doublera aussi d’une crise aigüe des changes, avec des attaques spéculatives contre les monnaies européennes et notamment le franc, qui conduira à des niveaux de taux directeurs extrêmement élevés (dépassant 10% plusieurs mois durant).

 

La phase haussière suivante prendra fin en 2000, juste avant l’explosion des dot.com, aussi appelée bulle spéculative des valeurs technologiques. Dans cette période 1994-2000 d’euphorie boursière, l’indice CAC40 s’envolera néanmoins à des niveaux inégalés, jusqu’à atteindre près de 7.000 points à l’été 2000.

 

Après deux années de crise, la bourse redémarrera en 2002 pour exploser une nouvelle fois finalement avec la bulle spéculative des crédits subprime américains en 2007. Les années 2007-2009 enregistreront notamment de nombreuses faillites bancaires, surtout dans les pays anglo-saxons, mais aussi en Islande. Et en 2015, il semble une nouvelle fois que les bourses mondiales soient confrontées à une nouvelle phase de baisse, qui contaminera l’activité réelle des entreprises, le financement bancaire et l’emploi.

 

Evidemment, certains pourront contester cette contamination ? Pour quelle raison l’économie réelle serait-elle affectée par des mouvements boursiers essentiellement spéculatifs ? Le plus simple pour expliquer cette contamination consiste à imaginer que l’activité industrielle réelle dépend énormément à la fois des financements qui lui sont consentis, sur les marchés et par les banques, mais également de la demande de ses produits qui émane de ses clients et du marché, et qui est fortement corrélé à l’ambiance économique d’ensemble. Des séismes boursiers comme on les observe ces dernières semaines auront forcément un impact sur le moral des entreprises et des consommateurs, à la longue.

 

Même au-delà de ces évènements de ces dernières semaines, il faut avoir en tête que l’on s’approche forcément, maintenant, dans 6 mois ou même dans un an, d’un plus haut des capitalisations boursières internationales, qui se traduiront forcément par une nouvelle correction de grande ampleur, comme en 2001 ou en 2008. Le fait que les indices boursiers français, notamment le CAC 40, soit actuellement très loin de ses maximums de 2000 (où il avait atteint près de 7.000 points) ou 2007 (6.000 points) ne résout rien ou ne nous met pas à l’abri de ce mouvement de correction. Une vision à plus long terme nous rappelle que la précédente crise financière, avant 2000, remontait aux années 1992-1993, époque à laquelle le CAC ne s’élevait qu’à 2.000 points et où il était retombé à tout juste 1.000 à 1.500 points. Actuellement, l’indice Dow Jones tout comme les bourses chinoises se situent très au-dessus de leur plus haut historique, et les phases de correction boursière n’épargnent jamais aucune place boursière.

 

Y a-t-il des raisons qui pourraient faire qu’une crise économique et financière n’éclate pas ces prochains mois et que ces éventuels mouvements boursiers n’affectent pas l’économie réelle ? Il n’existe qu’une seule crise boursière qui n’a pas eu d’impact sur l’activité réelle. Il ne s’agit évidemment pas de la crise de 1929, dont les effets se firent sentir jusqu’à l’explosion de la seconde guerre mondiale ! Il s’agit du krach d’octobre 1987 qui n’a pas eu pour conséquence une crise économique. Mais on se situait au démarrage de la période de libéralisation mondiale des marchés financiers, tandis qu’en France c’était la période des grandes privatisations.

 

Je ne veux pas être considéré comme un oiseau de mauvais augure, ni jouer au Cassandre, mais la fin de l’année 2015 et le début de l’année 2016 devraient se traduire par la dégringolade plus ou moins lente ou plus ou moins rapide des bourses mondiales (et française) et s’accompagner d’un mouvement de ralentissement économique, n’en déplaisent aux éminents économistes socialistes du gouvernement. C’est en tout cas ce que l’histoire économique des crises boursières peut nous enseigner, même si chacune de ces crises trouve un ensemble d’explications au-delà de la simple reproduction d’un cycle graphique : le pétrole et les guerres israélo-arabes en 1974, les dot.com en 2000, les crédits subprime en 2007-2009.

 

Saucratès


01/09/2015
0 Poster un commentaire