Critiques de notre temps

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Economie


Réchauffement climatique et économie

Saint-Denis de La Réunion, mardi 11 août 2020

 

Je vais traiter aujourd’hui d’économie et de réchauffement climatique, pour reprendre un dialogue à distance entretenu avec M. Bruno Bourgeon. Avant tout, je tiens à indiquer que je ne suis pas climato-sceptique, je suis en effet persuadé que l’activité de l’homme est en grande partie responsable des émissions croissantes de gaz à effet de serre qui sont elles-mêmes la cause du réchauffement climatique de notre planète Terre. Mais ceci étant dit, je ne suis pas comme ces excités qui exhibent comme preuve du réchauffement climatique tout fait qui corrobore la hausse des températures. Incendies monstrueux en Australie ou en Sibérie, record de température en décembre 2019 à l’Ile de la Réunion ... Je ne me retrouve ainsi pas du tout dans les égéries de la lutte contre le réchauffement climatique comme Greta Thurnberg. Ces jeunes leaders seront peut-être demain de grands leaders politiques et conduiront le monde, la Terre, à un grand changement, mais je crains plutôt qu‘ils ou plutôt elles seront les meneurs d’un fascisme écologique mondial qui pointe peu à peu son nez. Mais je comprends aussi que ces jeunes puissent être considérées par d’autres comme des messies, des leaders éclairés.

Ceci étant précisé, le monde n’étant pas encore ni fasciste ni une dictature écologique, je vais en revenir à mon propos liminaire sur l’économie.

 

1) Comment le monde économique pourrait-il intégrer les contraintes du réchauffement climatique et de l’épuisement des ressources naturelles dans la formation des prix et dans la production des biens et services et leur consommation par les usagers ?

 

Tel est en effet le but de l’économie. Expliciter et mettre en équation le fonctionnement du monde et des échanges économiques. Et dans le cas présent, comprendre pour quelles raisons les prix du pétrole et des ressources naturelles en voie d’épuisement n’intègrent pas cet épuisement annoncé. Car le fonctionnement normal de l’économie voudrait que face à l’engorgement du monde, à l’épuisement des ressources naturelles et aux émissions croissantes de gaz à effet de serre, les prix de ces différents biens et services devraient exploser en intégrant les effets du réchauffement climatique. Ce renchérissement limiterait peu à peu l’usage de ces biens à une seule élite de super-riches, ce qui aurait pour effet de réduire les émissions de GES et l’épuisement des ressources naturelles liés à la fabrication et à la consommation de ces biens. Ce serait ainsi le cas de l’essence et du pétrole, de la viande de bœuf, des voyages en avion et du tourisme. Face à une essence à plus d’une dizaine d’euros du litre, à de la viande de bœuf ou de poulet à plusieurs centaines d’euros du kilo, à des billets d’avion à plusieurs dizaines de milliers d’euros, les consommateurs normaux n’auraient plus la possibilité d’en consommer ou de s’en offrir, et ils n’émettraient plus autant de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Sans essence, il n’y aurait plus de véhicules automobiles, plus de voyages en avion ... Les prix des matières premières et des produits polluants auraient dû normalement croître peu à peu pour que la transition ne soit pas trop violente, afin que les consommateurs des classes pauvres ou moyennes se restreignent peu à peu. 

On peut penser que ce fonctionnement économique normal est monstrueusement injuste et violent, pratiquement fasciste. Tout le monde trouverait-il normal, moral, acceptable, que ces biens mauvais pour la planète continuent d’être produit et consommé, en petite quantité, au bénéfice seulement d’une fraction enrichie de la population ? Pour une seule élite ? Mais il faut aussi noter que produits et consommés en petite quantité, ces biens et services ne sont pas mauvais pour la planète. C’est seulement leur usage et leur production en masse qui est mauvais pour la planète. 

Et au fond, dans la réalité, on accepte déjà tous les jours un tel fonctionnement. On accepte l’existence de produits de luxe, plus agréables, plus efficaces, plus beaux, que seuls une poignée de riches peuvent s’offrir. On accepte par exemple l’existence des Ferrari et des Buggati lorsque tout le monde ne peut rouler qu’en Peugeot ou en Renault ...

 
2) Mais ces mécanismes économiques de régulation par les prix n’ont bizarrement pas fonctionné, et ont conduit au contraire à la production de masse de biens de consommation, aggravant leur impact en terme de pollution ...

 

De manière très surprenante, ces mécanismes économiques n’ont effectivement pas fonctionné convenablement dans le monde capitaliste occidental, ni ailleurs d’ailleurs ; les prix de tous les biens et services n’intègrent ainsi pas les effets de leur épuisement annoncé et du réchauffement climatique. Bien au contraire, ces biens et services se sont démocratisés et ils ont été produits de plus en plus massivement, jusqu’à rendre flagrant l’impact de leurs émissions de GES. Comment cela s’explique-t-il ?

Face à ce mécanisme économique normal, qui voudrait que les prix reflètent le coût de fabrication réel des biens et services, les positions des extrémistes écologistes et des collapsologues visent à l’interdiction de l’utilisation et de la commercialisation de ces biens et services néfastes pour la planète. Ils ne visent pas à réguler par les prix leur usage et leur commercialisation, mais ils veulent leur interdiction absolue. Interdire les SUV et les 4x4 par exemple parce qu’ils polluent plus que les autres véhicules automobiles. Interdire les voyages en avion. Ecceterra. 

Mais en même temps, on pourrait dire que le fait de limiter l’usage de ces biens et services aux seuls plus riches consommateurs n’est guère plus acceptable socialement ni plus juste éthiquement parlant. D’une certaine façon, on voit ainsi s’opposer deux visions du monde : une vision économique, inégalitaire, contre une vision morale ou plutôt moralisante et égalitariste. Régulation par les prix contre interdiction pour tous et jugement ou condamnation moral. D’un côté, on plonge vers encore plus d’inégalités sociales. De l’autre, on donne à une minorité de dictateurs en herbe le droit de décider ce que l’on a le droit de consommer et d’acheter. Et le risque existe que la liste des interdictions s’étendent de plus en plus, selon les goûts de chacun des dictateurs autoproclamés.


3) Peut-on expliquer le fonctionnement imparfait de l’économie mondiale ou bien proposer des solutions ... ou bien comment expliquer cette absence d’une véritable volonté politique mondiale ...

 

Je ne suis évidemment pas compétent pour expliquer les raisons du fonctionnement imparfait des marchés et des prix. Pour quelles raisons les prix du pétrole ne reflètent-ils pas le niveau de raréfaction de cette ressource naturelle, pas plus que les prix de toutes les autres ressources naturelles ou minérales ? Pour quelles raisons le prix du pétrole a-t-il autant baissé depuis la crise financière de 2007, voire est-il presque devenu négatif pendant la pandémie de coronavirus ? Pour la même raison que le prix du diesel et de l’essence ne peut pas socialement dépassé 1,20 ou 1,50 euro sans violente réaction populaire ou sans mouvement de blocage des transporteurs à La Réunion ou en France. Il y a des raisons politiques et sociales en interne, il y a des raisons de conflits ou d’arbitrage internationaux. Et il y a des raisons liées à la spéculation financière. Et certainement encore d’autres raisons ...

 

La spéculation permet à des financiers de spéculer et de gagner des milliards sur à peu près tout ce qui se négocie. Les technologies des énergies renouvelables. La baisse des devises internationales. La baisse des cours des marchés en période de crise financière. La baisse de l’immobilier en cas de crise des subprimes. La spéculation sur les masques, les gels et les vaccins en période de pandémie. Et demain sur les ressources en eau en cas de crise écologique. 

Le fonctionnement des marchés, donc du capitalisme, est totalement imparfait, contrairement à toutes les théories sur la concurrence pure et parfaite. La bonne allocation des ressources financières, idéal-type du capitalisme est évidemment remise en cause par les ravages de la spéculation financière.

 

4) Le concept d’externalités négatives et de pollution offre un cadre théorique permettant de comprendre les dysfonctionnements du système capitaliste d'établissement des prix ...

 

On sait que le capitalisme ne sait pas non plus gérer la pollution, et qu’une instance supérieure, l’Etat, doit obligatoirement imposer des taxes au capitalisme et aux industriels pour prendre en compte le coût de la pollution pour la collectivité et pour les citoyens. Mais si ce principe marchait bien très bien au temps de l’Etat nation, cela ne fonctionne plus dans le cadre de la mondialisation, lorsque les industriels et les financiers peuvent déplacer leur système productif dans les pays les moins-disants en matière de législation et de protection.

 

Il en va de même pour la composante de raréfaction des ressources naturelles, et d’émission de gaz à effet de serre. Le marché ne peut pas les prendre en compte parce que c’est une forme ressemblant  au concept de pollution ou d’externalités négatives. Leur prise en compte par le marché n’est possible que si elle est imposée par un Etat ou par la communauté internationale. Et du fait de la mondialisation, il ne faut pas que ces industriels puissent trouver des états moins disants en terme de normes. Et nous savons évidemment que ce n’est pas le cas. Chaque État cherche à être moins disants que ces voisins, même et surtout dans l’Union européenne. Moins-disants en règles sociales, moins disants fiscalement comme l’Irlande ou les Pays-Bas ...

Aujourd’hui, la seule façon de légiférer sur ce sujet par nos Etats occidentaux dans ce domaine est de cibler les consommateurs. C’est pour cette raison que nous sommes abrutis de taxes. Viser les producteurs ne peut que conduire à la fuite des productions déménageables, même s’il n’en reste pratiquement pas en France.  Les États préfèrent ainsi taxer directement les consommateurs, sans toucher aux marges des producteurs. Mais cet excès de taxe à la consommation crée des mouvements sociaux de contestation, que ce soit celui des bonnets rouges en Bretagne ou celui des gilets jaunes.

 

Il faudrait une législation internationale visant à faire payer le vrai prix pour tout ce qui aide à la mondialisation des échanges, pour tout ce qui émet des gaz à effet de serre. Imposer la prise en compte des coûts économiques et sociaux liés à la gestion des externalités négatives (pollution, émission de gaz à effet de serre, épuisement des ressources, droit des générations suivantes à bénéficier de ces ressources ...). Seraient concernés toutes les activités polluantes ou émettrices de GES : véhicules automobiles des particuliers, déplacements aériens, frets pour les échanges internationaux, bétail pour l’alimentation humaine. Vrai prix du pétrole pour intégrer sa pollution et son épuisement prochain. Mais tout ceci doit se faire au niveau international.

 

Et tout ceci ne peut pas se faire immédiatement. Nous avons vu pendant ce confinement et cette pandémie les ravages qu’un arrêt du commerce international et des transports aériens peut provoquer. Manque de médicaments, de produits, de matériels. Il faudra des années, voire des décennies, pour relocaliser tous les systèmes de production au plus proche des consommateurs.

 

Y a-t-il donc un espoir ? Cela me semble très improbable. Mais est-on d’ailleurs prêt à tout payer plus cher, à moins consommer, ne pas changer de téléphone, d’ordinateur, de montre connectée, de voiture, tous les quatre matins ? Et à voir certains, les plus riches, de continuer à pouvoir les acquérir et les utiliser ? Sans en être envieux et haineux ? Et qu’en penseront les intégristes de l’effondrement ? 

 


Saucratès


11/08/2020
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La promotion des emplois péi par la Région Réunion - Enjeux et pertinence

Saint-Denis de la Réunion, samedi 1er août 2020


La Région Réunion redécouvre apparemment les vertus du développement de l’emploi péi, si on en croit le magazine du Conseil régional de la Réunion qui écrit autour de ce concept pour le numéro de ce mois de juillet. Ce magazine titre en pleine page : «Local lé vital - Nout’ tout ansamb pou l’emploi péï».

 

On pourrait penser qu’il s’agit d’une sorte d’effet bénéfique de la pandémie de coronavirus, ou plutôt de la crise économique qui est en train de découler de la manière dont le gouvernements français, et plus largement, la majeure partie des gouvernements de la planète, ont géré et ont répondu à cette pandémie. À savoir par le confinement. Pour cette même raison, peut-on se plaire à imaginer, le gouvernement français entend également mettre en avant les productions relocalisées (autre nom des produits locaux), et surtout la production de ceux qui sont considérés comme étant de première nécessité : masques, certains médicaments indispensables ...

Une question se pose donc : défendre l’emploi péi et défendre la relocalisation de certaines productions, est-ce comparable et est-ce également utile ? La grande question est déjà de savoir si cette théorie de la relocalisation de certaines productions va véritablement être mise en oeuvre au niveau national, pour autre chose que des broutilles ? Il nous a ainsi été expliqué par le gouvernement que la simple relocalisation de la production d’un produit comme le paracetamol va demander trois ans pour être effectif ! Mais dans ce cas, il va falloir plusieurs siècles pour rapatrier en France la production de l’ensemble des médicaments indispensables aux soins de première urgence ou indispensables au traitement des principales maladies !!! Sans tenir compte du fait qu’il peut se passer des centaines de crises ou de révolutions médicales ou technologiques pendant ses siècles, voire même pendant les trois prochaines années. Vu que le gouvernement impose à tous le port obligatoire du masque pour écouler la production relancée de masques, il y a également à craindre que le gouvernement impose à tous la prise obligatoire d’un cachet de paracetamol matin midi et soir lorsque cette production aura été rapatriée en France. Avec établissement d’une auto-attestation sur l’honneur certifiant que l’on n’a bien pris notre cachet journalier ?... Amen. Et amende pour ceux qui n’auront pas sur eux leur auto-attestation ! Vive la république et vive la France !

 

Sera-t-il donc plus simple et plus utile de défendre l’emploi péi ? Premièrement, le fait de promouvoir l’emploi péi n’est pas né de cette crise, ni d’ailleurs de l’invention il y a de nombreuses années des produits «nous la fé». C’est un projet qui est à l’œuvre depuis au moins le début des années 1970 et le développement des filières d’import-substitution. Elles ont donné naissance à Mauvillac, à Edena, à Solpak, aux limonades Cot. Elles ont également été mis à l’œuvre dans toutes les filières agricoles, avec la coopérative des producteurs de porcs, de la Sicalait, de la Sica Révia, ou des salaisonniers. Elles ont aussi conduit à la création de la Cilam, à celles de l’Urcoopa et à des centaines d’autres industries d’import-substitution. Et des fromageries ...

 

Donc cette volonté n’est pas nouvelle. Alors au fond, ce nouveau slogan de la Région Réunion, n’est-ce pas juste un slogan publicitaire, pour inciter les consommateurs réunionnais à consommer local plutôt que de consommer des produits importés, en les sensibilisant sur la conséquence en terme d’emplois péi de leur consommation ?

 

Parce que l’on est déjà aujourd’hui allé très loin en terme d’import-substitution. À part les voitures, les pièces détachées, les pneumatiques, les télévisions, frigidaires et autres téléphones que l’on peut difficilement fabriquer sur place (et puis en matière de téléphone, ce qu’une large fraction de la population souhaite, c’est un smartphone dernière génération de grande marque, fabriqué pour quelques dollars en Chine et vendu à un prix dépassant plusieurs centaines d’euros par un géant de la téléphonie) ... tout le reste pratiquement peut être fabriqué localement. Le prix de cette production locale est bien souvent supérieur aux prix des produits importés comparables et il existe heureusement l’octroi de mer pour renchérir le prix des produits importés afin que les produits locaux soient compétitifs. Produire dans des usines pour 800.000 consommateurs ou produire pour plusieurs centaines de millions de consommateurs européens ou africains n’est évidemment pas comparable et ne fait pas apparaître les mêmes coûts unitaires de revient ! Les investissements nécessaires ne sont pas proportionnels. Ni d’ailleurs les marges que l’on peut dégager. 

 

Evidemment, nos choix de consommation individuelle ont un impact sur l’ensemble des emplois disponibles à La Réunion. Plus chacun d’entre nous consommera des produits transformés ou fabriqués à La Réunion, plus nous aurons d’emplois disponibles ! Il n’est pas inutile de le rappeler et d’en prendre conscience. Plus on consomme de produits locaux, plus il y a d’emplois, normalement, toute chose restant égale par ailleurs ...

 

Après, la majeure partie de ces emplois sont des emplois d’ouvriers ou de manœuvres, rarement des emplois de cadres ou d’ingénieurs pour nos jeunes. Il est donc tout autant important de mettre en avant le partage et l’attribution des emplois d’encadrement ou hautement qualifiés, plutôt que d’insister uniquement sur la promotion des emplois péi. Ce qui pose aussi problème, c’est que les emplois les mieux rémunérés sont régulièrement attribués en fonction de préférence affinitaire ou grâce au réseautage. Gare à ceux qui n’appartiennent pas ou dont les parents ne font pas partie des bons réseaux, loges maçonniques ou des familles influentes. Est-ce normal ? 

 

Pour conclure, ce sujet est sensible. On déborde vite sur le slogan «donne créole travail». Des syndicats comme l’UIR CFDT s’y sont essayés il y a quelques années (avec la préférence régionale) mais chacun des adhérents avait évidemment sa petite expérience d’un chef expatrié hautain et notoirement incompétent, sa petite haine, sa petite rage. Et cela a vite dérapé. Et puis, quelle différence existe-t-il alors avec les slogans du Front National au sujet de la préférence nationale chère aux Frontistes ? On ne peut être frontiste (Rassemblement national aujourd’hui) et adhérent à la CFDT ou à la CGT, mais ces syndicats peuvent par contre utiliser le même discours et les mêmes slogans racistes ? La préférence régionale n’est-elle pas désormais une forme d’impensée des syndicats réunionnais ?

 

Ce sujet de l’emploi péi est effectivement dangereux, car il peut déboucher rapidement sur la xénophobie. Les réunionnais sont humains et la haine des autres et la jalousie ne sont jamais loin. Mais l’enjeu de l’emploi péi est malgré tout important lorsqu’il faut trouver du travail pour 800.000 habitants et plus d’une dizaine de milliers de jeunes chaque année !

 

Si on veut que nos enfants trouvent un travail à La Réunion, il faut évidemment promouvoir l’emploi péi, mais pas seulement ... Il faut aussi promouvoir la juste répartition de ses emplois hors des influences des réseaux et des liens affinitaires, et se lancer dans les créations d’entreprises, dans les secteurs porteurs de la biotechnologie et de l’ingénieurie. 

 

Saucratès


31/07/2020
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Pandémie, panique boursière et politique monétaire européenne

Saint-Denis de La Réunion, samedi 14 mars 2020

 

Mon article précédent traitait déjà de l'existence de la pandémie de Covid 19 (ou coronavirus) et du déclenchement simultané d'une crise ou panique boursière d'une importance disproportionnée. C'était l'objet de mon précédent article. Après, il reste une inconnue : est-on véritablement dans le cas d'une crise ou d'une panique boursière ? Ou bien n'est-ce qu'un simple aléa des marchés ? La réponse n'est pas si simple.

 

Certes, les cours des bourses se sont en moyenne, dans pratiquement toutes les places boursières, effondrées de l'ordre de 33% sur les trois dernières semaines, ce qui traduit une diminution de l'ordre d'un tiers de la valeur de toutes les entreprises cotées sur ces marchés, en moyenne. Certaines actions ont diminué de plus d'un tiers, d'autres de moins. Par exemple, la fonciere Klépierre, qui porte les murs de moults centres commerciaux en Europe, s'est effondrée de 50% (de 34 euros à 17 euros). 

 

Mais il y a peu, au quatrième trimestre 2018, l'ensemble des places boursières mondiales s'étaient également effondrées de 20% entre septembre et décembre 2018. Là aussi, on pouvait craindre le début d'une crise boursière. Et puis, dès le début de l'année 2019, les bourses avaient effacé les pertes enregistrées avant de voler de records en records, jusqu'à dépasser les 6100 points pour l'indice CAC40. Il n'est ainsi pas simple de savoir quand commence une crise boursière, ou une crise financière, et quand il ne s'agit que d'une simple oscillation des marchés boursiers ; une de ces phases de baisse puis de hausse des indices et des cours des actions. Et la logique voudrait que, la crise de la pandémie de coronavirus ne devant pas s'installer durablement, les cours boursiers devraient se reprendre ; tout ceci ne devant être qu'une péripétie de la marche des marchés financiers. À moins que la crise boursière ne soit plus grave, qu'elle repose sur une surévaluation des cours boursiers début 2020, et que la panique boursière continue d'enfler jusqu'à ce que la baisse devienne si importante que le marché puisse enfin repartir à la hausse. 

 

Car le fonctionnement des marchés financiers et boursiers ne repose essentiellement que sur la psychologie des foules. Lorsque la foule croit que les marchés progressent, les cours du marché progressent, quitte à faire rentrer des clients moins qualifiés, moins habitués à la Finance et à ses pièges, comme les petits porteurs. Par contre, lorsque la foule craint que les marchés baissent, les cours du marché baissent, jusqu'à ce qu'ils atteignent un tel niveau de faiblesse que la majorité des acteurs cessent de jouer la baisse pour recommencer à croire majoritairement à une hausse des cours. Cette crise n'est pas différente des précédentes ni des prochaines crises qui se produiront évidemment dans les prochaines années. Pour le CAC40, le bas de ce cycle de baisse se trouve-t-il à 4000 points comme aujourd'hui, ou bien à 3000 points, ou bien vers 2500 points comme en 2008 ou en 1999 ? Seules les prochaines semaines boursières nous éclaireront sur la poursuite ou non de ce mouvement baissier. Certaines personnes vont parler d'effondrement generalisé des bourses puis des prix, car il est normal que ces moments d'angoisse réveillent les pires craintes et les pires imaginations de tous ceux qui se présentent comme des gourous, comme des maîtres à penser, comme des guides des boursicoteurs apeurés ou craintifs. 

 

Faut-il empêcher ou combattre ces crises boursières ? Non évidemment. Il n'existe pratiquement aucun outil qui permette une croissance régulière et ininterrompue des indices des places boursières. On ne peut pas empêcher la psychologie des marchés ni celle des foules. Par le biais de la politique monétaire, on peut juste tenter d'empêcher que des manipulateurs et des spéculateurs arrivent à s'enrichir opportunément sur le dos des autres intervenants des marchés, tout particulièrement les petits porteurs. C'est la raison pour laquelle il existe des outils que l'on range sous le vocable de politique monétaire. La crise financière de 2007-2009 avait vu l'apparition de nouveaux outils de cette politique monétaire, non pas pour combattre les spéculateurs et leurs spéculations, mais pour rassurer les marchés financiers et les intermédiaires. 

 

Ce sont pour l'instant les mêmes types d'outils qui sont mis en oeuvre par les autorités monétaires mondiales pour tenter de rassurer les marchés financiers et empêcher la survenue d'une crise financière plus large, qui toucherait les banques et les établissements financiers, puis les entreprises elles-mêmes à travers le canal de l'offre de crédit. 

 

Mais la Banque centrale européenne n'a pas réussi depuis la fin de la crise financière de 2007-2009 à régulariser sa politique monétaire. Alors que la Réserve Fédérale Americaine avait réussi ses dernières années à remonter ses taux directeurs pour rétablir sa capacité à influer sur la survenue d'une nouvelle crise financiere, comme on vient de le voir, ce n'est pas le cas de la BCE. Les taux directeurs de la FED ont réussi été relevés à plusieurs reprises au cours des deux dernières années, même si cela avait suscité la colère et l'indignation de leur president Donald Trump, et avait entraîné le remplacement/limogeage de son gouverneur par un Donald Trump énervé. Celui-ci ne comprendra pas qu'en faisant cela, les membres de la Réserve Fédérale américaine lui ont permis de pouvoir agir pour combattre cette crise financière qui se profile. Les americains devraient les remercier pour leur clairvoyance. La gouverneure de la FED remerciée ne sera pas considérée comme le gourou de Wall Street, comme certains de ses prédécesseurs. Mais elle le mériterait pourtant.

 

En tout cas, elle a fait ce que les dirigeants de la Banque centrale européenne n'ont pas réussi ou n'ont pas voulu faire : rétablir la capacité de la politique monétaire européenne. Aussi, il était risible d'entendre les attentes des commentateurs journalistiques, qui anticipaient les réactions de la BCE et de sa gouverneure Christine Lagarde. Que pouvait-elle faire sachant que les taux directeurs de la Banque centrale européenne étaient toujours en territoire négatif, plus de 10 ans apres la précédente crise financière ! Il n'était pas venu à l'idée de ses prédécesseurs d'entamer, en même temps que la Réserve Fédérale américaine, la remontée de ses taux directeurs pour rétablir une capacité d'influence de la politique monétaire en Europe. Le conseils des gouverneurs a certainement préféré demeurer les servants préférés des décideurs politiques européens ou des patrons des grandes entreprises. Sauf que face à la survenue des prémices d'une nouvelle crise financière, la BCE est aujourd'hui totalement démunie, avec des taux directeurs déjà largement négatifs, des taux de financement des États européens aussi négatifs, qui leur permet de se refinancer à des taux extrêmement favorable, ou plutôt, des trouver des expédients budgétaires leur permettant de masquer une partie du déficit budgétaire étatique (en tout cas pour la France).

 

Aujourd'hui, la BCE et sa gouverneure n'ont pratiquement aucun outil pour influer sur la survenue de cette probable crise financière qui se prépare. Il n'y aura crise financière que si la crise boursière actuelle (ou plutôt la chute des cours boursiers) ne se diffuse au reste de l'économie par le biais du canal de l'offre du crédit, si les banques restreignent leurs financements, ou si une progression des défaillances des emprunteurs ne vient fragiliser les banques et les établissements financiers et les contraint à réduire leur offre de financements. Ou bien si le marché financier ne se grippe une nouvelle fois, comme en 2008-2009, parce que les établissements financiers auraient peur du risque de défaut de l'un d'entre eux. La BCE et sa gouverneure n'ont simplement comme derniers outils disponibles que l'octroi de facilités de financement toujours plus grandes aux banques de l'eurosystème. À moins qu'elles ne décident de mettre en œuvre de nouveaux outils jamais mis en œuvre, comme la monnaie hélicoptère. C'est-à-dire le déversement directement sur les ménages de tombereaux de financements, comme s'ils les déversaient depuis des hélicoptères sur la foule des badauds. Ce que Milton Friedman, le pape du monétarisme, avait imaginé et avait appelé «monnaie hélicoptère».

 

 

Saucratès


14/03/2020
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Pandémie et panique boursière

Saint-Denis de La Réunion, jeudi 12 mars 2020

 

Qu'y a-t-il de commun entre une épidémie ou une pandémie infectieuse, un effondrement des cours boursiers et une montée des populismes et une fermeture de toutes les frontières ? En ce mois de février et de mars 2020, la pandémie de coronavirus partie de Chine, de la région de Wuhan, a évidemment réussi à se répandre à la majeure partie des pays de la planète. Quelques dizaines de milliers de malades disséminés dans quelques dizaines de pays différents, quelques dizaines ou quelques centaines de morts également disséminés dans quelques dizaines ou centaines de pays ont suffit, en quelques semaines, pour gripper l'ensemble des relations internationales et l'ensemble de l'économie financière planétaire. Fermeture des frontières des Etats-Unis à la Chine et maintenant à l'Europe, enfermement des populations en Chine et en Italie, fermeture des écoles et des universités, il suffit de voir les scènes d'émeutes dans notre departement autour de l'accueil des croisiéristes des paquebots de croisière, depuis que ces bateaux avec des milliers de vacanciers et de membres d'équipage ont commencé à incuber le coronavirus en Asie. Et on en est encore qu'à quelques centaines ou quelques milliers de morts ! Si cette pandémie devait ressembler aux ravages de la peste au moyen-âge européen ou aux millions de morts de la grippe espagnole (nom faussement attribué), on peut se demander ce que feront et deviendront nos pays et nos institutions étatiques, et à quelles extrémités nous en arriverons pour nous protéger de la contamination, de la mort et des autres ?

 

Cette situation catastrophique dans laquelle se trouve plongé le monde trouve son origine dans le culte de la recherche du risque zéro. C'est ce culte du risque zéro qui explique les communications alarmistes qui tournent en boucle sur les réseaux d'information sur le coronavirus, sur la manière de se protéger, et sur les décomptes réguliers de la dissémination du coronavirus, des pays infectés, et des nombres de malades et de morts dus à la maladie. On nous expliquera dans quelques mois qu'une fraction de ces morts, le plus souvent des personnes âgés, seraient malgré tout décédés même sans le coronavirus. Mais aujourd'hui, comme s'il était nécessaire de nous affoler, on nous submerge de ces chiffres et de ces décomptes macabres. Et ce n'est même pas la décision d'un gouvernement qui tenté de nous manipuler, de nous démontrer que le Président de la République et ses ministres veillent sur nous au péril de leur vie ... même pas, puisque les mêmes informations affolantes sont diffusées de la même manière dans tous les pays de par le monde ! C'est juste un effet de notre société de l'information instantanée, de notre société de communication, de notre société de la globalité et de l'instantanéité ! Chaque gouvernement doit juste montrer qu'il agit pour prévenir les risques, pour rassurer leurs concitoyens qu'ils font le maximum pour les protéger et pour empêcher la propagation de la pandémie. Tout simplement. La culture du risque zéro. Donc il faut des capteurs dans les aéroports pour vérifier la fièvre des voyageurs. Il faut des zones de quarantaine pour les sujets à risques ou pour les gens venant de certains pays. On a de la chance, la France ou les Etats-Unis n'ont pas encore remis en marche des sortes de camps d'enfermement, comme dans les années 1940. Ces camps où les français avaient enfermé les réfugiés espagnols après la fin de la guerre d'Espagne, ou bien ces camps où les americains avaient enfermé les japonais vivant aux Etats-Unis après la déclaration de guerre avec l'empire du Japon. Rien de cela pour l'instant dans le Monde, à ma connaissance. Ni même de réouverture des lazarets dans notre département, où l'on enfermait autrefois les nouveaux arrivants, esclaves essentiellement, pour s'assurer qu'ils n'étaient pas porteurs de la lèpre ou d'autres maladies infectieuses. Ces camps où on n'est pas certain d'être malade lorsqu'on y rentre mais où on a de très forte chance d'attraper la maladie lorsqu'on y reste.

 

Le gouvernement français a ainsi appelé il y a deux semaines à rapatrier tous les élèves en voyages linguistiques dans l'ensemble du monde ! Le Président Trump appelle désormais tous les américains à ne plus quitter les Etats-Unis. Une petite épidémie d'un virus potentiellement dangereux, mais sans rapport pour l'instant avec les fléaux des temps passés, que ce soit Ebola, la grippe espagnole ou la peste bubonique, et le monde entier est devenu fou et nos dirigeants et leurs administrations décrètent que l'étranger est devenu l'ennemi, que l'épidémie vient des étrangers.

 

La montée des angoisses et la fermeture des frontières a évidemment un fort impact sur les échanges commerciaux internationaux, alors que la principale usine mondiale, la Chine, est fortement impactée par la pandémie. On parle assez communément de quelques dizièmes de point de ralentissement de la progression de l'activité économique dû à ce coronavirus, par rapport à ce qu'il aurait été en l'absence de cette pandémie. Mais tout ceci n'est pourtant pas si sérieux. Rien ne permet d'expliquer que les places boursières européennes et mondiales aient pu perdre le tiers de leur capitalisation en quelques semaines. -12,28%, c'est la baisse enregistrée par le CAC40 de la bourse parisienne aujourd'hui jeudi 12 mars 2020. C'est apparemment le pire décrochage de toute l'histoire du CAC40 depuis sa création, pire que la baisse du 19 octobre 1987, qui est restée dans les mémoires comme le lundi noir (Ou Black Monday). Le CAC40 avait alors perdu un peu moins de 10% alors que la bourse americaine avait alors décroché de -22,7%. L'histoire se répète d'une certaine manière puisqu'il existait déjà un jeudi noir (ou Black Thursday). Il s'agissait du 24 octobre 1929, première journée du krach de 1929 qui donna naissance à la grande dépression.

 

Les bourses europeennes ont donc perdu entre 10% et 20% en une seule journée, en ce jeudi 12 mars 2020. En une semaine, entre le 6 et le 12 mars 2020, le CAC40 a ainsi perdu plus de 25% de sa capitalisation (il avait déjà chuté de -8,39% le 9 mars 2020), passant de 5139 points à 4044 points. Et le 21 février, il y a juste trois semaines, le CAC40 dépassait les 6000 points. Il a ainsi perdu 2000 points en l'espace de trois semaines, soit un tiers de sa capitalisation, comme presque la totalité des bourses mondiales un peu partout dans le monde.

 

L'épidémie de coronavirus suffit-elle à expliquer cette panique boursière ? En quoi les résultats escomptés par les grands groupes cotés sur les marchés pourraient-ils avoir reculés d'un tiers du fait du coronavirus ? Il s'agit d'un cas d'école de psychologie des marchés ; les places boursières se maintenaient à des niveaux de capitalisation exagérés depuis le début de l'année 2019, et l'épidémie de coronavirus n'a été qu'un déclencheur d'une correction boursière de grande ampleur. Comme dit un proverbe chinois, «les arbres ne montent pas au ciel». 

 

Néanmoins, ce qui est surprenant, c'est que ce n'est pas la première alerte épidémique qui nous tombe dessus. L'épisode du SRAS, également né en Chine, semblait beaucoup plus inquiétant. Des mesures de précaution avaient également été mises en œuvre. Et pourtant, je ne me rappelle pas de la même montée de protectionnisme et de la même crise d'affolement boursier. Le monde aurait changé, la Chine serait devenue le poumon, le centre du monde, Trump est désormais à la Maison Blanche, et les bourses mondiales avaient atteint des plus hauts historiques et n'attendaient qu'une occasion pour s'effondrer.

 

Si la pandémie continue de se répandre, et si les morts se comptent en millions de morts comme pendant la grippe espagnole de 1917-1918, on peut se demander ce que le monde deviendra, comment il pourra réussir à faire face à cette panique qui vient de démarrer, et si l'humanité saura ne pas retomber dans ses pires instincts ?

 

 

Saucratès

 


12/03/2020
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Lire la chronique de Thomas Piketty dans le Monde

Saint-Denis de La Réunion, dimanche 16 février 2020

 

Il faut lire la chronique de Thomas Piketty publiée dans Le Monde du dimanche 9 et lundi 10 février 2020, intitulée «Social-fédéralisme contre national-libéralisme». Il offre une analyse éclairante de la manière d'appréhender les enjeux du Brexit et du Trumpisme. Je dois avouer une chose ; je n'ai toujours pas lu le dernier ouvrage de Thomas Piketty sur les idéologies et je découvre à l'instant que c'est une erreur magistrale. Pourtant, un ami, Pierre B, m'avait adjuré de le lire et de m'ouvrir les yeux. Je découvre mon erreur.  

 

https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/02/08/thomas-piketty-social-federalisme-contre-national-liberalisme_6028888_3232.html

 

Selon cette tribune très pertinente, éclairante, de Thomas Piketty, il n'est pas neutre que le Brexit soit né en Angleterre et que le Trumpisme soit né aux USA, dans les deux pays qui avaient inventé l'ultra-libéralisme au tout début des années 1980, à savoir le Thatchérisme et le Reaganisme. Toujours selon lui, les électeurs des classes pauvres et moyennes de ces deux pays qui avaient été les précurseurs dans l'ultra libéralisme, ou bien plutôt leurs élites politiques, n'ont pas trouvé d'autres alternatives que le populisme pour tenter de trouver une solution aux difficultés et aux injustices nées de l'ultra libéralisme. 

 

«Ce tournant peut se voir de différentes manières. Il exprime à sa façon l’échec du reaganisme et du thatchérisme. Les classes moyennes et populaires états-uniennes et britanniques n’ont pas connu la prospérité promise par le libéralisme intégral. Au fil du temps, elles se sont senties de plus en plus malmenées par la concurrence internationale et le système économique mondial. Il fallait donc désigner des coupables. Pour Trump, ce furent les travailleurs mexicains, la Chine, et tous les sournois du reste du monde qui auraient volé le dur labeur de l’Amérique blanche. Pour les brexiters, ce furent les Polonais, l’Union européenne et tous ceux qui s’en prennent à la grandeur britannique.»

Thomas Piketty

 

On est tenté de ne voir dans Donald Trump ou dans Boris Johnson que des erreurs démocratiques, des trublions politiques ayant réussi à fracturer les systèmes politiques américains et anglais, à avoir réussi à se faire élire par mégarde à la tête de ses grandes démocraties occidentales, parmi les plus anciennes de la planète. 

 

Mais à lire la chronique de Thomas Piketty, c'est une erreur de perception. C'est le résultat des échecs des politiques ultra-libérales menées dans ces pays-là depuis le tout début des années 1980, et copiées depuis dans tous les autres pays occidentaux, et imposées à la majeure partie du reste des États de notre planète. Ce n'est qu'une forme prise par la tentation identitaire et xénophobie. Selon Thomas Piketty, «il faut d'abord analyser le Brexit pour ce qu'il est : la conséquence d'un échec collectif dans la façon dont on a organisé la mondialisation économique depuis les années 1980, notamment au sein de l'Union Européenne» et qui, selon Thomas Piketty, «fonctionne avant tout au bénéfice des plus riches et des plus mobiles, et lamine les plus défavorisés et les plus fragiles».

 

Les Etats-Unis de Trump et les Brexiters de Johnson veulent ainsi le libéralisme et le nationalisme, c'est-à-dire le «libre-échange des biens, des services et des capitaux (mais Trump combat aussi le libre-échange avec la Chine), tout en conservant le contrôle des flux de personnes et sans contribuer à un budget commun».

 

Il (Thomas Piketty) en appelle à un changement des règles européennes, selon une approche social-fédéraliste. 

 

«Autrement dit, le libre-échange doit être conditionné à l'adoption d'objectifs sociaux contraignants, permettant de mettre à contribution les acteurs économiques les plus riches et les plus mobiles au service d'un modèle de développement durable et équitable. Pour résumer : les nationalistes s'attaquent à la circulation des personnes ; le social-fédéralisme doit s'en prendre à celle des capitaux et à l'impunité fiscale des plus riches.»

 

Cette chronique de Thomas Piketty est intéressante parce qu'elle nous permet d'échapper à la vision purement médiatique de cet événement du Brexit, qui nous enferme dans une interprétation faussée. Une vision partisane de brexiters anglais manipulés et aveuglés par quelques populistes, face à une Europe vigilante et unie prête au conflit et au rétablissement des procédures douanières. Et en même temps, on sent bien dans ce discours autour du Brexit que certaines choses ne tiennent pas la route. Comme par exemple le fait que l'apocalypse envisagé sous la précédente première-ministre anglaise, Thérèsa May, dans laquelle les anglais manqueraient même de PQ au jour du Brexit, ne s'est absolument vérifié. Et aujourd'hui, pas d'apocalypse comme prévu mais quelques mois de plus pour négocier un accord commercial, jusqu'à fin 2020 ou début 2021. Pas de centaines de milliers de camions en attente de contrôles douaniers qui allaient bloquer toute l'Angleterre et le Nord de la France. Nulle apocalypse mais une relative tranquillité. Comme si les journaux français (ce sont les seuls que je lis) avaient besoin de dramatiser à outrance les enjeux à certains moments, pour manipuler l'opinion publique française !

 

Mais la solution proposée par Thomas Piketty pour une évolution de la Construction Européenne est certes intéressante, plaisante, mais elle est inatteignable, irréaliste. Pour quelle raison l'Europe se déciderait-elle à mettre à contribution les plus riches et les plus mobiles, alors que toutes les règles édictées depuis ces dernières décennies visent uniquement à les avantager ? Il n'y a absolument aucune raison pour que l'Europe choisisse d'évoluer sur ces sujets, comme si c'était le Royaume-Uni qui nous bloquait ! 

 

Le hold-up électoral qui a eu lieu aux Etats-Unis et au Royaume-Uni a également eu lieu ailleurs, en France notamment avec l'élection d'Emmanuel Macron ou en Italie ou ailleurs. Ce n'est pas parce que ce ne sont pas des populistes que leur élection n'est pas le fruit d'un hold-up électoral. Il s'agit simplement d'une victoire de l'establishment ultra-libéral sur le reste du peuple, au lieu d'être la victoire d'un trublion populiste comme au Brésil, aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni. 

 

Il n'en demeure pas moins que lire Thomas Piketty est une saine et bonne pratique. Mais quelle peut être la portée de ses écrits et de ses préconisations ? 

 

 

Saucratès


16/02/2020
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