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Economie


Quand on parle des néobanques

Quand on parle des néobanques

Par Saucratès

 

Saint-Denis de la Réunion,

Samedi 6 novembre 2021

 

Si je vous dis « Swoon », « Morning », « Wirecard », « Boon », « C-Zam » ? Est-ce que ces quelques noms là vous disent quelque chose ? A votre avis ? A quoi donc ces noms se rattachent-ils ?

 

Ce sont les noms de Fintechs et de Néobanques qui ont fait faillite ou qui ont été fermées par les autorités monétaires ou leurs actionnaires au cours de ces derniers mois. Ce sont les noms de quelques scandales financiers ou bancaires des années 2020 ou 2021. Cela fait quand même beaucoup de Fintechs et de Néobanques qui se plantent, ne trouvez-vous pas ?

 

Mais qu’appelle-t-on donc « Fintechs » ou « Néobanque » ?

 

« Les néobanques sont de nouveaux opérateurs bancaires qui viennent concurrencer les acteurs traditionnels en proposant, principalement via des applications mobiles sur téléphone, une gamme restreinte, mais à prix compétitifs, de services comme la tenue de compte ou les paiements via des cartes ou des virement. »

https://www.lerevenu.com/finances-privees/banque/quest-ce-quune-neobanque

 

De son côté, le terme de Fintech « est l’abréviation de financial technology (technologie financière), terme générique désignant tout type d’innovation technologique utilisée en appui ou pour la fourniture de services financiers. Les nombreuses transformations induites par les Fintech dans le secteur financier se traduisent par l’apparition de modèles d’activité, d’applications, de processus et de produits entièrement nouveaux. Les entreprises Fintech placent l’innovation technologique au cœur de leurs activités. Elles sont particulièrement actives dans des domaines tels que les systèmes de paiement, la notation des crédits et les conseils automatisés en investissement et font appel à l’intelligence artificielle, aux mégadonnées (big data) ou à la blockchain. »

https://www.bankingsupervision.europa.eu/about/ssmexplained/html/fintech.fr.html

 

Ces deux appellations ne sont donc pas comparables. Elles ne signifient pas la même chose, elles ne recouvrent pas forcément la même réalité. Toutes les néobanques ne sont pas des Fintechs et toutes les Fintechs ne sont pas des néobanques.

 

Et comme si cela n’était pas encore suffisamment compliqué, il existe aussi ce que l’on appelle les banques en ligne, différentes d’une certaine façon des néobanques !


- Ainsi BforBank, Boursorama, Fortuneo et Monabanq et ING Direct sont des banques en ligne, dotées d’une licence bancaire française (ou batave pour ING). Orange Bank, Ma French Bank et N26 sont des néobanques, disposant également d’un agrément bancaire, en France, ou en Allemagne (dans le cas de N26). N26, Revolut, ou Nickel, pour les plus connues, sont enfin également considérées comme des Fintechs.

 

Et comme si cela ne suffisait pas, certaines d’entre elles par ailleurs appartiennent à des réseaux bancaires traditionnels, comme

- BforBank qui appartient au Crédit Agricole, 

- Boursorama qui appartient à la Société Générale,

- Fortuneo qui appartient au Crédit Mutuel Arkéa,

- Hello Bank et Nickel qui appartiennent à Bnp Paribas,

- Ma French Bank qui appartient à la Banque Postale.

- Monabanq qui appartient au Crédit Mutuel CIC (à travers leur filiale Cofidis)

- Orange Bank qui appartient à l’opérateur téléphonique Orange, à l’origine nommé Groupama Banque, filiale de l’assureur Groupama

 

C’est même le principe de base des fondateurs de néobanques, ou des néobanques elles-mêmes : se faire racheter par une vraie banque, ou par un gros opérateur et tenter d’empocher par ce biais des importantes plus-values. La réussite commerciale, le développement du nombre de clients, n’a pour seul et unique objectif que de séduire un réseau bancaire traditionnel pour être racheté et toucher le pactole. Celles qui réussissent sont rachetées, les autres échoueront et seront liquidées !

 

Ce qui est amusant, c’est que le site Le Revenu.com indique qu’il «existe des astuces pour vérifier la fiabilité des néobanques», que «tous les superviseurs bancaires ne se valent pas, y compris en Europe». Et que «les questions de sécurité – et la robustesse des procédures - ne sont souvent qu’un élément du discours (des néobanques). Pas une réalité.»

 

Je gage qu’aux yeux du site «Le Revenu.com», les superviseurs français ou allemands ne font pas partie des pires superviseurs nationaux européens ! Mais le superviseur français (l’ACPR) a laissé la Néobanque Swoon faire faillite et entrainer dans sa chute près de 500 clients. Quant au superviseur allemand, la BaFin, elle a laissé la néobanque Wirecard prospérer pendant des années et présenter des comptes truqués, et entrainer dans sa chute 300.000 entreprises clientes. Le scandale Wirecard a d’ailleurs entraîné la chute d’un plus grand cabinet d’audit et de commissariat aux comptes de la planète : Ernst and Yung (E&Y). Et l’inaction et le caractère non approprié de l’action de supervision de la BaFin a été pointé du doigt jusqu’au parlement européen. 

 

« En août 2020, la presse révèle que les employés de la BaFin effectuaient des opérations pour leur propre compte sur les actions WireCard. Selon le Frankfurter Allgemeine Zeitung c'est au sein de l'unité chargée de la lutte contre les fraudes que les spéculations des employées auraient été les plus importantes. En octobre 2020, un rapport commandité par le Parlement européen souligne les faiblesses structurelles de la supervision de la BaFin vis à vis des FinTech. »

https://fr.wikipedia.org/wiki/Wirecard

 

Et pourtant, la France et l’Allemagne sont les états européens où les autorités de contrôle sont les moins susceptibles d’être compromises, disposent des plus gros moyens humains et technologiques, et sont les plus efficaces !... Qu’est-ce que cela donne ailleurs ? Mais au fait, qu’est-ce qu’un superviseur bancaire ou une autorité de contrôle ?

 

Ce genre d’autorités de contrôle sont une création des années 2000. Auparavant, la Banque de France appartenait à l’Etat et le législateur, l’Etat, ou la Banque centrale, créait des comités (comme le Comité national du crédit) ou des commissions (comme la Commission bancaire) pour surveiller et contrôler les établissements, qui étaient d’ailleurs aussi propriété de l’Etat en France. Et puis la mode est venue des autorités indépendantes ! Indépendantes de quoi ? Pas des élites qui les contrôlent toutes. Indépendantes du pouvoir politique, des représentants du peuple. Simplement ... Mais par contre dépendants des organismes supranationaux, indépendants comme eux-mêmes de toute forme de contrôle politique. Un monstre qui contrôle les monstres. Une possibilité pour les élites qui les contrôlent de ne plus jamais avoir à rendre compte de leurs actions auprès du peuple. 

Mais revenons-en au sujet qui nous intéresse. Ces néobanques et Fintechs qui se développent de plus en plus, qui veulent nous faire croire qu’elles vont réinventer la Lune en permanence et nous la mettre à disposition. Ou bien qui vont révolutionner le métier de la Banque.

 

Il faut je pense qu’il y ait de temps à autre des faillites de ce genre d’établissements pour que cela serve de leçon à tous ceux qui sont tellement crédules et âpres au gain.

 

La plus récente de ces faillites est donc celle de « Swoon », créée il y a trois ans par M. Quentin Hadouche, qui proposait un compte de paiement sur mobile ainsi qu’un livret d’épargne assorti d’un compte rémunéré à 3% à partir de prêts consentis à des PME. Les prêts étaient consentis par une autre entreprise de M. Hardouche, intitulée «La Financière de Garantie». Très beau nom tout à fait apte à attirer le badeau. «Ces conditions avantageuses avaient tenté près de 500 clients qui sont désormais sur le carreau, dans l’impossibilité de récupérer leurs avoirs sans savoir s’ils pourront un jour récupérer partie de leurs dépôts», victimes de leur cupidité ou de leur soif de nouveauté.

https://www.lerevenu.com/finances-privees/banque/neobanque-les-lecons-de-la-faillite-de-swoon

 
Je ne pense pas qu’aucune des mesures proposées par les autorités monétaires françaises ou européennes pour protéger les déposants ou les épargnants pourront suffire pour les mettre à l’abri des aigrefins et des gangsters compétents. Un système comme le site de l’ORIAS ou le REGAFI peut suffire à vous protéger des faux démarcheurs en produits financiers ou des banques bidons. Pas d’une Néobanque comme Swoon ou d’un dirigeant comme Quentin Hardouche. Comme indiqué, Swoon et son autre filiale «La financière de Garantie» étaient inscrite sur le site de l’ORIAS jusqu’au 10 septembre 2021. Jusqu’à cette date, ces établissements n’auraient pas dû pouvoir exercer, mais ils semblaient tout à fait autorisés à exercer.

 

On peut mettre en cause l’âpreté au gain des clients lésés, leur stupidité et leur aveuglement liés à leur soif de s’enrichir, comme je le fais moi-même. Je suis toujours mort de rire quand des personnes se plaignent d’avoir été les victimes de ces escrocs qui vous font croire qu’ils ont besoin d’aide pour rapatrier des millions d’héritage ou de sommes dérobées d’Afrique, et qu’ils ont pensé à vous pour les aider. Que des gens, tellement crédules et affamés d’argent faciles se fassent couillonner me semble extrêmement sain ! L’envie est un péché capital !

 
Mais la raison principale est à rechercher ailleurs. Les néobanques ne devraient pas être autorisées à ouvrir et à commercialiser des moyens de paiement. Elles ne devraient pas pouvoir être autorisées à ouvrir des comptes à des clients.

 

Et surtout, les clients devraient savoir qu’utiliser et ouvrir des comptes dans des néobanques est extrêmement dangereux, que l’on peut y perdre toutes ses économies. Les clients cherchent à économiser sur le prix d’une carte, sur le prix de certains services bancaires. Mais cette économie et ce goût de la nouveauté ont également un prix dont ces clients n’ont peut-être pas conscience : beaucoup moins de sécurité, de certitude de pouvoir retrouver les sommes placées. 

Je dis toujours que face à des dépôts virtuels, en compte, face à des placements financiers virtuels (comme des actions placées sur un portefeuille-titres tout autant virtuel), il vaut mieux les avoir placés dans une banque ayant pignon sur rue (c’est le cas de le dire), dont on connaît l’emplacement, dont on connaît la réalité, les guichets, plutôt que de les avoir dans une banque tout autant virtuelle, n’existant que sur internet ! Le contraire est suicidaire.

Les néobanques ne devraient pas pouvoir être autorisées à fonctionner et à concurrencer les véritables banques. Les contraintes de fonctionnement des banques (capital minimum, dirigeants autorisés par l’Acpr ...) devraient être appliquées de la même manière à tous, quel que soit la taille où l’ancienneté des établissements concernés. 

Reste le fait que des épargnants français déposent des fonds dans ces néobanques, ou y ouvrent des comptes et y demandent des cartes bancaires. Ces derniers n’ont plus conscience qu’ils prennent des risques. Que le fait que des sommes déposées dans une banque y soient en sécurité n’est pas tellement évident en soi, n’est pas obligatoire ou normal, mais correspond à une exception. Le système de garantie des dépôts français (et européen) est tellement bon, a tellement bien fonctionné, qu’aucun épargnant français ou européen ne s’est retrouvé ruiné ses dernières années ou décennies suite à la faillite d’un établissement bancaire. Les épargnants ont perdu toute notion de l’existence d’un risque lorsque l’on confie ses fonds à une banque. Cela leur paraît tellement normal, évident. Les épargnants n’ont plus conscience de l’existence de ce  risque de non récupération de leurs dépôts. 

Cela remet en exergue le principe bancaire primordial : plus vous avez de perspectives de gains, plus vous prenez des risques, et plus vous risquez de perdre la totalité ou partie de votre investissement. Si vous voulez une banque, il y a un prix à payer pour la sécurité de vos fonds, pour y disposer d’une carte bancaire ou de conseils bancaires. CQFD

 

 

Saucratès

 

 

Post scriptum : J’oublie volontairement de parler d’une chose dans cette démonstration ou dans cette prise de position : l’irruption des néobanques a contraint les banques normales à évoluer, à proposer de nouveaux services comme la banque à distance, à baisser le prix de certains services comme les cartes bancaires. Cette irruption n’est pas inutile. La mise en concurrence peut avoir un effet bénéfique sur les services proposés. Par ailleurs, ces néobanques se developperaient malgré tout de la même manière à l’étranger si elles ne se développaient pas en France. La concurrence frapperait forcément un jour ou l’autre les banques françaises. Il reste l’idée que les déposants choisissant ce genre de néobanques doivent comprendre qu’ils prennent des risques importants de perdre leurs dépôts en utilisant ces établissements. Il n’est donc pas bon que ces épargnants ayant choisi «Swoon» ne payent pas le prix de leur inconscience ! Cela servira de leçon aux épargnants suivants. Sinon, c’est un jeu où l’on ne perd jamais, et ceci est très dangereux !


06/11/2021
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Biens communs et capitalisme

Saint-Denis de la Réunion, dimanche 29 août 2021


Un article du Monde m’a intéressé. Il parlait des communs fonciers. Cette tribune d’un collectif de personnalités écologistes met en avant l’importance et l’apport des biens fonciers communs (ou communaux). 
 

https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/08/28/les-communs-fonciers-peuvent-servir-de-modele-pour-relever-les-defis-ecologiques_6092597_3232.html

 

Intéressant parce que les biens communs mondiaux, ou biens publics mondiaux, sont une notion fondamentale en économie du développement. Formation, transports, moyens de communication, électricité, éclairage public, réseaux d’assainissement ou de distribution d’eau, un bien commun ou un bien public est un bien dont la production a nécessité d’être assuré par le secteur public, et qui permet l’accroissement du bien-être général d’une population.

 

En économie, on parle de non-rivalité et de non-excluabilité. La consommation du bien concerné par un agent n'affecte pas la quantité disponible pour les autres agents (principe de non-rivalité). Et il est impossible d'exclure un agent de l'utilisation de ce bien, même s'il n'a pas participé à son financement (principe de non-excluabilité). A ne pas confondre avec les biens publics purs comme l’eau ou l’air.

 
Evidemment, le principe d’un bien public ou commun n’est pas général. Au-delà d’un certain usage, la consommation par un usager peut dégrader la qualité disponible pour tous les usagers. Dans le cas d’une route, on voit l’apparition de bouchons et de blocage. Idem pour la distribution d’électricité lorsque le réseau électrique est surchargé par l’afflux de la consommation électrique et que le réseau s’écroule ou que des délestages sont nécessaires. 

L’économie libérale a pour objectif d’arriver à libéraliser, privatiser, l’accès à l’ensemble des biens communs et des biens publics. C’est je pense la marque de fabrique du capitalisme. Et ceci est d’autant plus vrai, ce qui rend d’autant plus intéressant cette tribune, c’est qu’à l’origine de toute la théorie économique libérale, de toute pensée capitalisme, de tout le capitalisme, on trouve une controverse qui s’est déroulée en Angleterre et qui porte le nom des «enclosures». Cette controverse a opposé Malthus à Ricardo. Le mouvement des enclosures est à l’origine du capitalisme anglais. A partir du XVIe siècle et jusqu’au XVIIIe siècle, les riches propriétaires fonciers anglais convertissent les champs ouverts et les pâturages communs cultivés par les communautés paysannes en pâturages pour des troupeaux de moutons pour le commerce de la laine. 

Remettre en avant désormais l’usage et l’importance des biens communs, et leur intérêt en matière de gestion des ressources pour le bien de l’humanité est un magnifique pied de nez réalisé au grand capitalisme mondial. Le forcer à mutualiser, à rendre l’accès public et libre, de tous les biens qu’ils ont confisqués, qu’ils ont accaparés, au fond que nous avons confisqués et accaparés ... Car derrière ce capitalisme, il y a nous, petits bénéficiaires et petits consommateurs. 

Une autre notion en lien avec ces biens communs a été ce que l’on a appelé la «tragédie des biens communs», de Garrett Hardin. Que si un bien commun n’appartient à personne, alors personne n’a d’intérêt à l’entretenir et à en réguler l’usage entre les utilisateurs. Se pose aussi et surtout le souci des resquilleurs, des passages clandestins, de ceux qui cherchent à en user sans participer à sa gestion, à sa production ou à son entretien. La théorie de Hardin a été contredite notamment par Elinor Ostrom.

 

https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/03/11/les-communs-renouveau-de-la-democratie-locale_6032562_3232.html

 

Plus de cinq cent ans après le mouvement des enclosures anglais, que Karl Polanyi ou Karl Marx présentaient comme le moment constitutif de l’apparition du capitalisme, il est intéressant d’observer que le mouvement citoyen et écologiste va enfin s’attaquer à une cause réelle de la suprématie capitalisme, l’accaparemment des ressources communes par le grand capital.

 
 

Saucratès


29/08/2021
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Réchauffement climatique et économie

Saint-Denis de La Réunion, mardi 11 août 2020

 

Je vais traiter aujourd’hui d’économie et de réchauffement climatique, pour reprendre un dialogue à distance entretenu avec M. Bruno Bourgeon. Avant tout, je tiens à indiquer que je ne suis pas climato-sceptique, je suis en effet persuadé que l’activité de l’homme est en grande partie responsable des émissions croissantes de gaz à effet de serre qui sont elles-mêmes la cause du réchauffement climatique de notre planète Terre. Mais ceci étant dit, je ne suis pas comme ces excités qui exhibent comme preuve du réchauffement climatique tout fait qui corrobore la hausse des températures. Incendies monstrueux en Australie ou en Sibérie, record de température en décembre 2019 à l’Ile de la Réunion ... Je ne me retrouve ainsi pas du tout dans les égéries de la lutte contre le réchauffement climatique comme Greta Thurnberg. Ces jeunes leaders seront peut-être demain de grands leaders politiques et conduiront le monde, la Terre, à un grand changement, mais je crains plutôt qu‘ils ou plutôt elles seront les meneurs d’un fascisme écologique mondial qui pointe peu à peu son nez. Mais je comprends aussi que ces jeunes puissent être considérées par d’autres comme des messies, des leaders éclairés.

Ceci étant précisé, le monde n’étant pas encore ni fasciste ni une dictature écologique, je vais en revenir à mon propos liminaire sur l’économie.

 

1) Comment le monde économique pourrait-il intégrer les contraintes du réchauffement climatique et de l’épuisement des ressources naturelles dans la formation des prix et dans la production des biens et services et leur consommation par les usagers ?

 

Tel est en effet le but de l’économie. Expliciter et mettre en équation le fonctionnement du monde et des échanges économiques. Et dans le cas présent, comprendre pour quelles raisons les prix du pétrole et des ressources naturelles en voie d’épuisement n’intègrent pas cet épuisement annoncé. Car le fonctionnement normal de l’économie voudrait que face à l’engorgement du monde, à l’épuisement des ressources naturelles et aux émissions croissantes de gaz à effet de serre, les prix de ces différents biens et services devraient exploser en intégrant les effets du réchauffement climatique. Ce renchérissement limiterait peu à peu l’usage de ces biens à une seule élite de super-riches, ce qui aurait pour effet de réduire les émissions de GES et l’épuisement des ressources naturelles liés à la fabrication et à la consommation de ces biens. Ce serait ainsi le cas de l’essence et du pétrole, de la viande de bœuf, des voyages en avion et du tourisme. Face à une essence à plus d’une dizaine d’euros du litre, à de la viande de bœuf ou de poulet à plusieurs centaines d’euros du kilo, à des billets d’avion à plusieurs dizaines de milliers d’euros, les consommateurs normaux n’auraient plus la possibilité d’en consommer ou de s’en offrir, et ils n’émettraient plus autant de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Sans essence, il n’y aurait plus de véhicules automobiles, plus de voyages en avion ... Les prix des matières premières et des produits polluants auraient dû normalement croître peu à peu pour que la transition ne soit pas trop violente, afin que les consommateurs des classes pauvres ou moyennes se restreignent peu à peu. 

On peut penser que ce fonctionnement économique normal est monstrueusement injuste et violent, pratiquement fasciste. Tout le monde trouverait-il normal, moral, acceptable, que ces biens mauvais pour la planète continuent d’être produit et consommé, en petite quantité, au bénéfice seulement d’une fraction enrichie de la population ? Pour une seule élite ? Mais il faut aussi noter que produits et consommés en petite quantité, ces biens et services ne sont pas mauvais pour la planète. C’est seulement leur usage et leur production en masse qui est mauvais pour la planète. 

Et au fond, dans la réalité, on accepte déjà tous les jours un tel fonctionnement. On accepte l’existence de produits de luxe, plus agréables, plus efficaces, plus beaux, que seuls une poignée de riches peuvent s’offrir. On accepte par exemple l’existence des Ferrari et des Buggati lorsque tout le monde ne peut rouler qu’en Peugeot ou en Renault ...

 
2) Mais ces mécanismes économiques de régulation par les prix n’ont bizarrement pas fonctionné, et ont conduit au contraire à la production de masse de biens de consommation, aggravant leur impact en terme de pollution ...

 

De manière très surprenante, ces mécanismes économiques n’ont effectivement pas fonctionné convenablement dans le monde capitaliste occidental, ni ailleurs d’ailleurs ; les prix de tous les biens et services n’intègrent ainsi pas les effets de leur épuisement annoncé et du réchauffement climatique. Bien au contraire, ces biens et services se sont démocratisés et ils ont été produits de plus en plus massivement, jusqu’à rendre flagrant l’impact de leurs émissions de GES. Comment cela s’explique-t-il ?

Face à ce mécanisme économique normal, qui voudrait que les prix reflètent le coût de fabrication réel des biens et services, les positions des extrémistes écologistes et des collapsologues visent à l’interdiction de l’utilisation et de la commercialisation de ces biens et services néfastes pour la planète. Ils ne visent pas à réguler par les prix leur usage et leur commercialisation, mais ils veulent leur interdiction absolue. Interdire les SUV et les 4x4 par exemple parce qu’ils polluent plus que les autres véhicules automobiles. Interdire les voyages en avion. Ecceterra. 

Mais en même temps, on pourrait dire que le fait de limiter l’usage de ces biens et services aux seuls plus riches consommateurs n’est guère plus acceptable socialement ni plus juste éthiquement parlant. D’une certaine façon, on voit ainsi s’opposer deux visions du monde : une vision économique, inégalitaire, contre une vision morale ou plutôt moralisante et égalitariste. Régulation par les prix contre interdiction pour tous et jugement ou condamnation moral. D’un côté, on plonge vers encore plus d’inégalités sociales. De l’autre, on donne à une minorité de dictateurs en herbe le droit de décider ce que l’on a le droit de consommer et d’acheter. Et le risque existe que la liste des interdictions s’étendent de plus en plus, selon les goûts de chacun des dictateurs autoproclamés.


3) Peut-on expliquer le fonctionnement imparfait de l’économie mondiale ou bien proposer des solutions ... ou bien comment expliquer cette absence d’une véritable volonté politique mondiale ...

 

Je ne suis évidemment pas compétent pour expliquer les raisons du fonctionnement imparfait des marchés et des prix. Pour quelles raisons les prix du pétrole ne reflètent-ils pas le niveau de raréfaction de cette ressource naturelle, pas plus que les prix de toutes les autres ressources naturelles ou minérales ? Pour quelles raisons le prix du pétrole a-t-il autant baissé depuis la crise financière de 2007, voire est-il presque devenu négatif pendant la pandémie de coronavirus ? Pour la même raison que le prix du diesel et de l’essence ne peut pas socialement dépassé 1,20 ou 1,50 euro sans violente réaction populaire ou sans mouvement de blocage des transporteurs à La Réunion ou en France. Il y a des raisons politiques et sociales en interne, il y a des raisons de conflits ou d’arbitrage internationaux. Et il y a des raisons liées à la spéculation financière. Et certainement encore d’autres raisons ...

 

La spéculation permet à des financiers de spéculer et de gagner des milliards sur à peu près tout ce qui se négocie. Les technologies des énergies renouvelables. La baisse des devises internationales. La baisse des cours des marchés en période de crise financière. La baisse de l’immobilier en cas de crise des subprimes. La spéculation sur les masques, les gels et les vaccins en période de pandémie. Et demain sur les ressources en eau en cas de crise écologique. 

Le fonctionnement des marchés, donc du capitalisme, est totalement imparfait, contrairement à toutes les théories sur la concurrence pure et parfaite. La bonne allocation des ressources financières, idéal-type du capitalisme est évidemment remise en cause par les ravages de la spéculation financière.

 

4) Le concept d’externalités négatives et de pollution offre un cadre théorique permettant de comprendre les dysfonctionnements du système capitaliste d'établissement des prix ...

 

On sait que le capitalisme ne sait pas non plus gérer la pollution, et qu’une instance supérieure, l’Etat, doit obligatoirement imposer des taxes au capitalisme et aux industriels pour prendre en compte le coût de la pollution pour la collectivité et pour les citoyens. Mais si ce principe marchait bien très bien au temps de l’Etat nation, cela ne fonctionne plus dans le cadre de la mondialisation, lorsque les industriels et les financiers peuvent déplacer leur système productif dans les pays les moins-disants en matière de législation et de protection.

 

Il en va de même pour la composante de raréfaction des ressources naturelles, et d’émission de gaz à effet de serre. Le marché ne peut pas les prendre en compte parce que c’est une forme ressemblant  au concept de pollution ou d’externalités négatives. Leur prise en compte par le marché n’est possible que si elle est imposée par un Etat ou par la communauté internationale. Et du fait de la mondialisation, il ne faut pas que ces industriels puissent trouver des états moins disants en terme de normes. Et nous savons évidemment que ce n’est pas le cas. Chaque État cherche à être moins disants que ces voisins, même et surtout dans l’Union européenne. Moins-disants en règles sociales, moins disants fiscalement comme l’Irlande ou les Pays-Bas ...

Aujourd’hui, la seule façon de légiférer sur ce sujet par nos Etats occidentaux dans ce domaine est de cibler les consommateurs. C’est pour cette raison que nous sommes abrutis de taxes. Viser les producteurs ne peut que conduire à la fuite des productions déménageables, même s’il n’en reste pratiquement pas en France.  Les États préfèrent ainsi taxer directement les consommateurs, sans toucher aux marges des producteurs. Mais cet excès de taxe à la consommation crée des mouvements sociaux de contestation, que ce soit celui des bonnets rouges en Bretagne ou celui des gilets jaunes.

 

Il faudrait une législation internationale visant à faire payer le vrai prix pour tout ce qui aide à la mondialisation des échanges, pour tout ce qui émet des gaz à effet de serre. Imposer la prise en compte des coûts économiques et sociaux liés à la gestion des externalités négatives (pollution, émission de gaz à effet de serre, épuisement des ressources, droit des générations suivantes à bénéficier de ces ressources ...). Seraient concernés toutes les activités polluantes ou émettrices de GES : véhicules automobiles des particuliers, déplacements aériens, frets pour les échanges internationaux, bétail pour l’alimentation humaine. Vrai prix du pétrole pour intégrer sa pollution et son épuisement prochain. Mais tout ceci doit se faire au niveau international.

 

Et tout ceci ne peut pas se faire immédiatement. Nous avons vu pendant ce confinement et cette pandémie les ravages qu’un arrêt du commerce international et des transports aériens peut provoquer. Manque de médicaments, de produits, de matériels. Il faudra des années, voire des décennies, pour relocaliser tous les systèmes de production au plus proche des consommateurs.

 

Y a-t-il donc un espoir ? Cela me semble très improbable. Mais est-on d’ailleurs prêt à tout payer plus cher, à moins consommer, ne pas changer de téléphone, d’ordinateur, de montre connectée, de voiture, tous les quatre matins ? Et à voir certains, les plus riches, de continuer à pouvoir les acquérir et les utiliser ? Sans en être envieux et haineux ? Et qu’en penseront les intégristes de l’effondrement ? 

 


Saucratès


11/08/2020
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La promotion des emplois péi par la Région Réunion - Enjeux et pertinence

Saint-Denis de la Réunion, samedi 1er août 2020


La Région Réunion redécouvre apparemment les vertus du développement de l’emploi péi, si on en croit le magazine du Conseil régional de la Réunion qui écrit autour de ce concept pour le numéro de ce mois de juillet. Ce magazine titre en pleine page : «Local lé vital - Nout’ tout ansamb pou l’emploi péï».

 

On pourrait penser qu’il s’agit d’une sorte d’effet bénéfique de la pandémie de coronavirus, ou plutôt de la crise économique qui est en train de découler de la manière dont le gouvernements français, et plus largement, la majeure partie des gouvernements de la planète, ont géré et ont répondu à cette pandémie. À savoir par le confinement. Pour cette même raison, peut-on se plaire à imaginer, le gouvernement français entend également mettre en avant les productions relocalisées (autre nom des produits locaux), et surtout la production de ceux qui sont considérés comme étant de première nécessité : masques, certains médicaments indispensables ...

Une question se pose donc : défendre l’emploi péi et défendre la relocalisation de certaines productions, est-ce comparable et est-ce également utile ? La grande question est déjà de savoir si cette théorie de la relocalisation de certaines productions va véritablement être mise en oeuvre au niveau national, pour autre chose que des broutilles ? Il nous a ainsi été expliqué par le gouvernement que la simple relocalisation de la production d’un produit comme le paracetamol va demander trois ans pour être effectif ! Mais dans ce cas, il va falloir plusieurs siècles pour rapatrier en France la production de l’ensemble des médicaments indispensables aux soins de première urgence ou indispensables au traitement des principales maladies !!! Sans tenir compte du fait qu’il peut se passer des centaines de crises ou de révolutions médicales ou technologiques pendant ses siècles, voire même pendant les trois prochaines années. Vu que le gouvernement impose à tous le port obligatoire du masque pour écouler la production relancée de masques, il y a également à craindre que le gouvernement impose à tous la prise obligatoire d’un cachet de paracetamol matin midi et soir lorsque cette production aura été rapatriée en France. Avec établissement d’une auto-attestation sur l’honneur certifiant que l’on n’a bien pris notre cachet journalier ?... Amen. Et amende pour ceux qui n’auront pas sur eux leur auto-attestation ! Vive la république et vive la France !

 

Sera-t-il donc plus simple et plus utile de défendre l’emploi péi ? Premièrement, le fait de promouvoir l’emploi péi n’est pas né de cette crise, ni d’ailleurs de l’invention il y a de nombreuses années des produits «nous la fé». C’est un projet qui est à l’œuvre depuis au moins le début des années 1970 et le développement des filières d’import-substitution. Elles ont donné naissance à Mauvillac, à Edena, à Solpak, aux limonades Cot. Elles ont également été mis à l’œuvre dans toutes les filières agricoles, avec la coopérative des producteurs de porcs, de la Sicalait, de la Sica Révia, ou des salaisonniers. Elles ont aussi conduit à la création de la Cilam, à celles de l’Urcoopa et à des centaines d’autres industries d’import-substitution. Et des fromageries ...

 

Donc cette volonté n’est pas nouvelle. Alors au fond, ce nouveau slogan de la Région Réunion, n’est-ce pas juste un slogan publicitaire, pour inciter les consommateurs réunionnais à consommer local plutôt que de consommer des produits importés, en les sensibilisant sur la conséquence en terme d’emplois péi de leur consommation ?

 

Parce que l’on est déjà aujourd’hui allé très loin en terme d’import-substitution. À part les voitures, les pièces détachées, les pneumatiques, les télévisions, frigidaires et autres téléphones que l’on peut difficilement fabriquer sur place (et puis en matière de téléphone, ce qu’une large fraction de la population souhaite, c’est un smartphone dernière génération de grande marque, fabriqué pour quelques dollars en Chine et vendu à un prix dépassant plusieurs centaines d’euros par un géant de la téléphonie) ... tout le reste pratiquement peut être fabriqué localement. Le prix de cette production locale est bien souvent supérieur aux prix des produits importés comparables et il existe heureusement l’octroi de mer pour renchérir le prix des produits importés afin que les produits locaux soient compétitifs. Produire dans des usines pour 800.000 consommateurs ou produire pour plusieurs centaines de millions de consommateurs européens ou africains n’est évidemment pas comparable et ne fait pas apparaître les mêmes coûts unitaires de revient ! Les investissements nécessaires ne sont pas proportionnels. Ni d’ailleurs les marges que l’on peut dégager. 

 

Evidemment, nos choix de consommation individuelle ont un impact sur l’ensemble des emplois disponibles à La Réunion. Plus chacun d’entre nous consommera des produits transformés ou fabriqués à La Réunion, plus nous aurons d’emplois disponibles ! Il n’est pas inutile de le rappeler et d’en prendre conscience. Plus on consomme de produits locaux, plus il y a d’emplois, normalement, toute chose restant égale par ailleurs ...

 

Après, la majeure partie de ces emplois sont des emplois d’ouvriers ou de manœuvres, rarement des emplois de cadres ou d’ingénieurs pour nos jeunes. Il est donc tout autant important de mettre en avant le partage et l’attribution des emplois d’encadrement ou hautement qualifiés, plutôt que d’insister uniquement sur la promotion des emplois péi. Ce qui pose aussi problème, c’est que les emplois les mieux rémunérés sont régulièrement attribués en fonction de préférence affinitaire ou grâce au réseautage. Gare à ceux qui n’appartiennent pas ou dont les parents ne font pas partie des bons réseaux, loges maçonniques ou des familles influentes. Est-ce normal ? 

 

Pour conclure, ce sujet est sensible. On déborde vite sur le slogan «donne créole travail». Des syndicats comme l’UIR CFDT s’y sont essayés il y a quelques années (avec la préférence régionale) mais chacun des adhérents avait évidemment sa petite expérience d’un chef expatrié hautain et notoirement incompétent, sa petite haine, sa petite rage. Et cela a vite dérapé. Et puis, quelle différence existe-t-il alors avec les slogans du Front National au sujet de la préférence nationale chère aux Frontistes ? On ne peut être frontiste (Rassemblement national aujourd’hui) et adhérent à la CFDT ou à la CGT, mais ces syndicats peuvent par contre utiliser le même discours et les mêmes slogans racistes ? La préférence régionale n’est-elle pas désormais une forme d’impensée des syndicats réunionnais ?

 

Ce sujet de l’emploi péi est effectivement dangereux, car il peut déboucher rapidement sur la xénophobie. Les réunionnais sont humains et la haine des autres et la jalousie ne sont jamais loin. Mais l’enjeu de l’emploi péi est malgré tout important lorsqu’il faut trouver du travail pour 800.000 habitants et plus d’une dizaine de milliers de jeunes chaque année !

 

Si on veut que nos enfants trouvent un travail à La Réunion, il faut évidemment promouvoir l’emploi péi, mais pas seulement ... Il faut aussi promouvoir la juste répartition de ses emplois hors des influences des réseaux et des liens affinitaires, et se lancer dans les créations d’entreprises, dans les secteurs porteurs de la biotechnologie et de l’ingénieurie. 

 

Saucratès


31/07/2020
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Pandémie, panique boursière et politique monétaire européenne

Saint-Denis de La Réunion, samedi 14 mars 2020

 

Mon article précédent traitait déjà de l'existence de la pandémie de Covid 19 (ou coronavirus) et du déclenchement simultané d'une crise ou panique boursière d'une importance disproportionnée. C'était l'objet de mon précédent article. Après, il reste une inconnue : est-on véritablement dans le cas d'une crise ou d'une panique boursière ? Ou bien n'est-ce qu'un simple aléa des marchés ? La réponse n'est pas si simple.

 

Certes, les cours des bourses se sont en moyenne, dans pratiquement toutes les places boursières, effondrées de l'ordre de 33% sur les trois dernières semaines, ce qui traduit une diminution de l'ordre d'un tiers de la valeur de toutes les entreprises cotées sur ces marchés, en moyenne. Certaines actions ont diminué de plus d'un tiers, d'autres de moins. Par exemple, la fonciere Klépierre, qui porte les murs de moults centres commerciaux en Europe, s'est effondrée de 50% (de 34 euros à 17 euros). 

 

Mais il y a peu, au quatrième trimestre 2018, l'ensemble des places boursières mondiales s'étaient également effondrées de 20% entre septembre et décembre 2018. Là aussi, on pouvait craindre le début d'une crise boursière. Et puis, dès le début de l'année 2019, les bourses avaient effacé les pertes enregistrées avant de voler de records en records, jusqu'à dépasser les 6100 points pour l'indice CAC40. Il n'est ainsi pas simple de savoir quand commence une crise boursière, ou une crise financière, et quand il ne s'agit que d'une simple oscillation des marchés boursiers ; une de ces phases de baisse puis de hausse des indices et des cours des actions. Et la logique voudrait que, la crise de la pandémie de coronavirus ne devant pas s'installer durablement, les cours boursiers devraient se reprendre ; tout ceci ne devant être qu'une péripétie de la marche des marchés financiers. À moins que la crise boursière ne soit plus grave, qu'elle repose sur une surévaluation des cours boursiers début 2020, et que la panique boursière continue d'enfler jusqu'à ce que la baisse devienne si importante que le marché puisse enfin repartir à la hausse. 

 

Car le fonctionnement des marchés financiers et boursiers ne repose essentiellement que sur la psychologie des foules. Lorsque la foule croit que les marchés progressent, les cours du marché progressent, quitte à faire rentrer des clients moins qualifiés, moins habitués à la Finance et à ses pièges, comme les petits porteurs. Par contre, lorsque la foule craint que les marchés baissent, les cours du marché baissent, jusqu'à ce qu'ils atteignent un tel niveau de faiblesse que la majorité des acteurs cessent de jouer la baisse pour recommencer à croire majoritairement à une hausse des cours. Cette crise n'est pas différente des précédentes ni des prochaines crises qui se produiront évidemment dans les prochaines années. Pour le CAC40, le bas de ce cycle de baisse se trouve-t-il à 4000 points comme aujourd'hui, ou bien à 3000 points, ou bien vers 2500 points comme en 2008 ou en 1999 ? Seules les prochaines semaines boursières nous éclaireront sur la poursuite ou non de ce mouvement baissier. Certaines personnes vont parler d'effondrement generalisé des bourses puis des prix, car il est normal que ces moments d'angoisse réveillent les pires craintes et les pires imaginations de tous ceux qui se présentent comme des gourous, comme des maîtres à penser, comme des guides des boursicoteurs apeurés ou craintifs. 

 

Faut-il empêcher ou combattre ces crises boursières ? Non évidemment. Il n'existe pratiquement aucun outil qui permette une croissance régulière et ininterrompue des indices des places boursières. On ne peut pas empêcher la psychologie des marchés ni celle des foules. Par le biais de la politique monétaire, on peut juste tenter d'empêcher que des manipulateurs et des spéculateurs arrivent à s'enrichir opportunément sur le dos des autres intervenants des marchés, tout particulièrement les petits porteurs. C'est la raison pour laquelle il existe des outils que l'on range sous le vocable de politique monétaire. La crise financière de 2007-2009 avait vu l'apparition de nouveaux outils de cette politique monétaire, non pas pour combattre les spéculateurs et leurs spéculations, mais pour rassurer les marchés financiers et les intermédiaires. 

 

Ce sont pour l'instant les mêmes types d'outils qui sont mis en oeuvre par les autorités monétaires mondiales pour tenter de rassurer les marchés financiers et empêcher la survenue d'une crise financière plus large, qui toucherait les banques et les établissements financiers, puis les entreprises elles-mêmes à travers le canal de l'offre de crédit. 

 

Mais la Banque centrale européenne n'a pas réussi depuis la fin de la crise financière de 2007-2009 à régulariser sa politique monétaire. Alors que la Réserve Fédérale Americaine avait réussi ses dernières années à remonter ses taux directeurs pour rétablir sa capacité à influer sur la survenue d'une nouvelle crise financiere, comme on vient de le voir, ce n'est pas le cas de la BCE. Les taux directeurs de la FED ont réussi été relevés à plusieurs reprises au cours des deux dernières années, même si cela avait suscité la colère et l'indignation de leur president Donald Trump, et avait entraîné le remplacement/limogeage de son gouverneur par un Donald Trump énervé. Celui-ci ne comprendra pas qu'en faisant cela, les membres de la Réserve Fédérale américaine lui ont permis de pouvoir agir pour combattre cette crise financière qui se profile. Les americains devraient les remercier pour leur clairvoyance. La gouverneure de la FED remerciée ne sera pas considérée comme le gourou de Wall Street, comme certains de ses prédécesseurs. Mais elle le mériterait pourtant.

 

En tout cas, elle a fait ce que les dirigeants de la Banque centrale européenne n'ont pas réussi ou n'ont pas voulu faire : rétablir la capacité de la politique monétaire européenne. Aussi, il était risible d'entendre les attentes des commentateurs journalistiques, qui anticipaient les réactions de la BCE et de sa gouverneure Christine Lagarde. Que pouvait-elle faire sachant que les taux directeurs de la Banque centrale européenne étaient toujours en territoire négatif, plus de 10 ans apres la précédente crise financière ! Il n'était pas venu à l'idée de ses prédécesseurs d'entamer, en même temps que la Réserve Fédérale américaine, la remontée de ses taux directeurs pour rétablir une capacité d'influence de la politique monétaire en Europe. Le conseils des gouverneurs a certainement préféré demeurer les servants préférés des décideurs politiques européens ou des patrons des grandes entreprises. Sauf que face à la survenue des prémices d'une nouvelle crise financière, la BCE est aujourd'hui totalement démunie, avec des taux directeurs déjà largement négatifs, des taux de financement des États européens aussi négatifs, qui leur permet de se refinancer à des taux extrêmement favorable, ou plutôt, des trouver des expédients budgétaires leur permettant de masquer une partie du déficit budgétaire étatique (en tout cas pour la France).

 

Aujourd'hui, la BCE et sa gouverneure n'ont pratiquement aucun outil pour influer sur la survenue de cette probable crise financière qui se prépare. Il n'y aura crise financière que si la crise boursière actuelle (ou plutôt la chute des cours boursiers) ne se diffuse au reste de l'économie par le biais du canal de l'offre du crédit, si les banques restreignent leurs financements, ou si une progression des défaillances des emprunteurs ne vient fragiliser les banques et les établissements financiers et les contraint à réduire leur offre de financements. Ou bien si le marché financier ne se grippe une nouvelle fois, comme en 2008-2009, parce que les établissements financiers auraient peur du risque de défaut de l'un d'entre eux. La BCE et sa gouverneure n'ont simplement comme derniers outils disponibles que l'octroi de facilités de financement toujours plus grandes aux banques de l'eurosystème. À moins qu'elles ne décident de mettre en œuvre de nouveaux outils jamais mis en œuvre, comme la monnaie hélicoptère. C'est-à-dire le déversement directement sur les ménages de tombereaux de financements, comme s'ils les déversaient depuis des hélicoptères sur la foule des badauds. Ce que Milton Friedman, le pape du monétarisme, avait imaginé et avait appelé «monnaie hélicoptère».

 

 

Saucratès


14/03/2020
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