Critiques de notre temps

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Economie


Quels enseignements peut-on tirer de la condamnation de France Telecom

Saint-Denis de La Réunion, dimanche 22 décembre 2019

 

Sept anciens dirigeants de France Telecom ont donc été condamnés par la trente-et-unième chambre correctionnelle du tribunal de Paris, ce 20 décembre 2019. De nombreux salariés du groupe France Telecom se sont suicidés ou ont tenté de se suicider entre 2005 et 2010 du fait de leurs agissements. Il ne faut pas oublier le nom de leurs bourreaux ! Nous le leur devons.

 

Ils s'appellent Didier Lombard (ex-Pdg), Louis-Pierre Wenès (ex-DG adjoint), Olivier Barberot (ex-DRH), Nathalie Boulanger-Depommier (ex-directrice des actions territoriales), Jacques Moulin (ex-directeur territorial de l'est de la France), Guy-Patrick Cherouvrier (ex-DRH France), et Brigitte Bravin-Dumont (ex-responsable du programme ACT). Il ne faut pas oublier leurs noms. Même poursuivies, ces personnes ont continué à être protégés par leurs réseaux, par l'establishment. En récompense de leurs bons et loyaux services, des plans sociaux qu'ils ont aidé à mettre en œuvre, nonobstant le nombre de morts qu'ils ont pu causer, ils ont été nommés par la suite à des postes de Direction générale d'autres filiales de France Telecom, devenue Orange, ou dans d'autres entreprises ! Des gens aussi brillants, aussi insensibles aux morts qu'ils peuvent causer, doivent être rares et précieux ! Certains ou certaines ont été décorées de la Légion d'honneur et ils peuvent arborer au revers de leur veste le précieux signe. Mme Brigitte Bravin-Dumont sera-t-elle au moins déchue de cette décoration, de cette légion d'honneur gagnée par le sang de salariés ?

 

Un courrier du syndicat CFE-CGE d'Orange

(...) «La CFE-CGC déplore que Madame Brigitte DUMONT soit toujours Directrice de la Responsabilité Sociale d’Entreprise d’Orange, Présidente du syndicat patronal de la branche des Télécoms (Unetel – RST) et Vice-Présidente d’Opcalia (un des plus gros organismes collecteur pour la formation professionnelle). Il en est de même pour Monsieur Jacques MOULIN à la tête de l’IDATE, think tank sur les télécommunications dont Orange est l’un des principaux soutiens financiers. Leur maintien à ces postes jette le discrédit sur les activités qu’ils supervisent. Les autres prévenus sont en retraite. Didier LOMBARD est resté membre du Conseil de Surveillance de la société Radiall jusqu’en 2017, société familiale dirigée par Pierre GATTAZ, actuel Président du Medef. La responsabilité morale des sept prévenus dans la crise sociale et ses conséquences les plus tragiques, les suicides de nos collègues, est avérée. Il appartient désormais à la justice de se prononcer sur leur responsabilité pénale.»

http://morvillepierre.over-blog.com/2018/06/harcelement-a-orange-accuse-didier-lombard-pourquoi-lui-seulement.html

 

Qui sont ces gens ? Des énarques ? Des polytechniciens ? Vraisemblablement. On n'atteint pas ce genre de postes dans les grandes entreprises françaises si on ne sort pas d'un de ces corps. Je sais ce que je ferais si je devais avoir en face de moi, dans mon entreprise, ces personnes-là. Ces personnes ont été condamnées par la justice pour harcèlement moral institutionnel systématique, pour les trois premiers, ou pour complicité de harcelement moral, pour les quatre autres. Et le pire, c'est que la plupart d'entre eux et d'entre elles ont continué à sévir au sein même du groupe Orange, parfois même au sein de la DRH du groupe Orange ! Cela me semble invraisemblable, inconcevable ! Leurs victimes ne doivent plus rien y comprendre !

 

 

En matière de management et de comportement managérial, que faut-il retenir de cette catastrophe humaine ? Le management intermédiaire de France Telecom à l'époque n'a pas été poursuivi dans ce procès, tous les managers humains mais aussi tous les petits chefs arrivistes qui ont dû relayer et appliquer les ordres inhumains édictés en haut de la hiérarchie. Car j'imagine bien qu'il y a dû y avoir de tout comme type de managers à cette époque. Ceux qui ont dû vouloir se mettre en avant, plus royalistes que le roi. Qui doivent aussi avoir le sang de certains de leurs subordonnés sur les mains. Et d'autres qui ont dû vouloir rester le plus humain possible. Mais comment rester humain lorsque la société dans laquelle on évolue est devenue folle, inhumaine, qu'elle tue ses propres salariés ? 

 

Parce que la situation de France Telecom n'est pas unique. Pratiquement toutes les entreprises et toutes les administrations publiques françaises sont désormais confrontées aux mêmes impératifs que France Telecom en 2005-2010. Il faut réduire le nombre de salariés, il faut réformer le fonctionnement des entreprises, il faut evoluer et changer ou à défaut l'entreprise ou l'administration disparaitre. Il faut s'adapter ! Et gare aux réfractaires ! Evidemment, on ne les isolera plus dans un bureau vide, sans rien à faire et sans devoir bouger d'un pouce. Les méthodes seront désormais plus subtiles, plus sournoises. Mais le résultat sera le même. La même violence institutionnelle pour forcer les salariés à changer, à s'adapter, à partir.

 

Il reste un enjeu nous traité. En tant que manager, comment peut-on réagir à ce genre d'événements, à ce genre de plans stratégiques. Le fait d'anticiper et d'être pro-actif ne fait-il pas de nous un supplétif de ceux qui nous menacent, qui nous détruisent, qui nous tuent ? Ou au contraire, cela peut-il permettre de protéger ceux que nous dirigeons ? Mais à quel coût ? Quel pourcentage de nos subordonnés peut-on sacrifier pour en préserver le plus grand nombre ? À France Telecom, sur 120.000 salariés, ils cherchaient à obtenir 22.000 départs et 10.000 mobilités. Soit un ratio de 1 sur 4. Et Didier Lombard et la majeure partie des autres condamnés et condamnées croient encore qu'ils ont sauvé l'entreprise, que leur condamnation est injuste, politique !

 

 

Saucratès


22/12/2019
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La condamnation de France Telecom/Orange pour «Harcèlement moral institutionnel systémique» est une grande victoire syndicale et humaine

Saint-Denis de La Réunion, vendredi 20 décembre 2019

 

En ce vendredi 20 decembre 2019, jour de commémoration de l'abolition de l'esclavage sur l'île de La Réunion, je ne pensais pas écrire sur ce sujet. Mais je ne peux pas ne pas en parler ; c'est une obligation morale. Le prononcé du jugement de France Telecom et la condamnation pour harcèlement moral institutionnel systémique à l'encontre de l'entreprise et de ses trois dirigeants, et pour complicité de harcèlement moral à l'encontre du reste des responsables de l'entreprise prévenus à ce procès. Il s'était déroulé devant la 31eme chambre correctionnelle du tribunal de Paris, entre le 6 mai 2019 au 12 juillet 2019. 

 

https://www.liberation.fr/france/2019/07/11/proces-france-telecom-des-silences-de-mort_1739529

 

C'est une victoire sans prix pour tous les salariés et tous les syndicats, et une défaite écrasante pour tous les dirigeants qui adorent les méthodes de management à l'americaine, pour tous les bouchers du management, pour tous ceux qui avaient pris comme modèle Didier Lombard et son plan NExT. 

 

«Par ce procès, la justice nous a reconnus. On n’était rien, des dossiers du département RH. Le tribunal a dit au management : Vous avez grillé le feu rouge et ça vaudra à l’avenir pour toute entreprise qui agira comme ça (...) C’est, pour moi, une énorme émotion»

Noël Rich, partie civile au procès France Telecom en tant que victime

Cité dans l'article du Monde

 

https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/12/20/le-tribunal-rend-son-jugement-dans-le-proces-inedit-de-france-telecom_6023561_3224.html

 

Les sanctions peuvent paraitre minimes. 75.000 euros d'amende en tant que personne morale à l'encontre de France Telecom, devenue Orange ; 15.000 euros d'amende pour les trois anciens dirigeants, Didier Lombard, ex-président-directeur général entre 2005 et 2010, Louis-Pierre Wenès, ex-numéro 2, et Olivier Barberot, ex-directeur des ressources humaines. Et une condamnation à un an de prison, dont huit mois de sursis à l'encontre de ces trois ex-dirigeants. Ils ont été «condamnés pour avoir mis en place une politique de réduction des effectifs jusqu'au-boutistes sur la période 2007-2008».

 

(le plan NExT (et Act), c'était un objectif de 22.000 départs et 10.000 mobilités sur un total de 100.000 salariés, sur une centaine de métiers différents, répartis sur près de 23 000 sites)

 

Enfin, plus d’une centaine de parties civiles ont obtenu des dommages et intérêts pour préjudice moral et personnel. Pour certains, ces dommages et intérêts s'élevaient à hauteur de 67 500 euros.

 

Mais il faut noter qu'il s'agisait des peines maximales prévues par la législation à l'époque pour les faits reprochés. Même si on sait d'ailleurs très bien que ces trois condamnés, ces trois justiciables ne feront jamais les quatre mois de prison ferme auxquels ils ont été condamnés par ce tribunal. Ni Didier Lombard, ni Louis-Pierre Wenès, ni Olivier Barberot, ne partiront en prison ! De jeunes gens soupçonnés d'une petite agression, coupables ou non, feront des mois de prison, mais pas les puissants, les énarques et les hauts fonctionnaires, du monde d'en haut.

 

Certains auraient aimé que ces dirigeants soient poursuivis sous le chef d’inculpation d’homicide involontaire, mais ce chef d'inculpation n'avait pas été retenu. (Jean Perrin, dont le frère, Robert Perrin, s’est suicidé en 2008).

 

Néanmoins, cette condamnation est une grande victoire. Elle semble certes minime mais elle est symboliquement forte ! La justice a été à la hauteur des enjeux de ce procès. L'absence de condamnation des prévenus, de cette entreprise emblématique des errances du management, des errances de la toute-puissance de ses dirigeants, aurait été catastrophique. Cela aurait été un blanc-seing donné à tous ceux qui harcèlent, qui détruisent les individus au nom de la sauvegarde des entreprises. Et plus largement, à tous ceux qui créent des conditions anxiogènes et déstabilisatrices en vue de harceler managérialement les salariés et de les pousser au départ.

 

«Le jugement de vendredi est une grande victoire et une reconnaissance nette des préjudices subis» (...) «Malgré l’appel de Didier Lombard, c’est un procès gagné» (...) «Ça permet de construire quelque chose qui va interpeller les politiques sur les méthodes de management pour revoir la loi, mieux caractériser le harcèlement et durcir les sanctions » (...) « Il faut aussi revoir la politique de prévention, à la lumière de cette affaire France Télécom : se demander comment cela a pu être possible.»

Patrick Ackermann, du syndicat SUD. 

 

«Nos pensées vont en priorité aux collègues qui se sont suicidés et à leurs familles» (...) «La quasi-totalité des demandes de réparation ont été approuvées par le tribunal.»

Sébastien Crozier, de la CFE-CGC.

 

Tous ces dirigeants, Didier Lombard, Louis-Pierre Wenès et Olivier Barberot, contrairement aux salariés de France Telecom qui s'étaient suicidés en raison de leurs agissements, de leur politique sociale, ces dirigeants ont eu une carrière après ces événements de France Telecom. J'espère au moins que cette condamnation sera une tâche indélébile sur leur curriculum-vitae, qu'ils ne pourront plus s'enorgueillir de leur passé, de leur agissement ! Certes, entre eux, entre puissants de ce monde, dans la bonne société, ils continueront peut-être à se moquer de cette condamnation symbolique, de cette infime punition. Mais au moins leur nom à tous les trois est à jamais synonyme de forfaiture, de honte, d'infamie ! 

 

Il ne faut pas oublier les quatre autres prévenus condamnés pour complicité de harcèlement moral. À quelle peine ont-ils été condamnés ? Quelle conséquence au titre de leur présence au sein de l'entreprise ? Il s'agit de Nathalie Boulanger-Depommier, ex-directrice des actions territoriales, Jacques Moulin, ancien directeur territorial de l'est de la France, Guy-Patrick Cherouvrier, ancien DRH France, et Brigitte Bravin-Dumont, ex-responsable du programme ACT. Ils avaient été mis en examen en décembre 2014 pour complicité de harcèlement moral. Ils ont été condamnés à quatre mois de prison avec sursis et à 5.000 euros d'amende.

 

https://www.francetvinfo.fr/economie/emploi/carriere/vie-professionnelle/sante-au-travail/suicides-a-france-telecom-l-article-a-lire-pour-comprendre-pourquoi-orange-se-retrouve-devant-la-justice_3423431.html

 

À noter néanmoins que harceler les salariés est une activité valorisée par l'Etat et par le gouvernement. Le 1er janvier 2009, Brigitte Bravin-Dumont avait été nommée au grade de chevalier de la Légion d'honneur ! Et elle est devenue directrice adjointe des RH groupe. Jacques Moulin est désormais directeur général de IDATE Digiworld après avoir dirigé la filiale de consulting du groupe Orange Sofrecom. Et Nathalie Boulanger-Depommier est la directrice de la filiale Orange Startup Ecosystem. 

 

http://www.digiworldspringsession.com/intervenant/jacques-moulin/

 

Néanmoins, nombre de cadres de France Telecom et nombre d'entre eux pouvaient être des victimes potentielles du plan NExT de Didier Lombard. Pour nombre de manageurs, de cadres de France Telecom à cette époque, c'était eux ou leurs salariés, leur poste ou ceux de leurs subordonnés ! C'est-à-dire le principe même du harcèlement moral institutionnel systémique, comme la justice l'a reconnu, qui «s’était propagé du sommet à l’ensemble de l’entreprise en 2007-2008».

 

Nombre d'autres managers auraient pu aussi être poursuivis pour les mêmes faits. Comment d'ailleurs se protéger en tant que manager dans une telle situation, lorsque le sommet de l'entreprise, au plus haut niveau, est devenu maltraitant, harceleur, harcelant ? 

 

Ce jugement ent est une grande victoire !

 

 

Saucratès


20/12/2019
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Que faut-il penser de la prochaine année 2020 en matière boursière ?

Saint-Denis de La Réunion, mardi 17 décembre 2019

 

Je ne suis pas un analyste boursier. Je n'y connais vraiment pas grand chose en matière financière. Je suis même persuadé depuis plusieurs années que la bourse française, et plus largement mondiale, devait ... et doit toujours ... s'effondrer. Je ne suis donc absolument pas très compétent en la matière. 

 

Je reproduirais ci-dessous un article du Monde, publié par M. Didier Saint-Georges, qui est membre du comité d'investissement de Carmignac, une société de gestion d'actifs indépendante, l'un des leaders du marché de la gestion d'actifs en Europe.

 

Mais avant, et au-delà de cette chronique, il est utile de rappeler que l'année 2018 avait été une «annus horribilis», avec une chute de la presque totalité des places financière de l'ordre de 20% entre le début et la fin du quatrième trimestre 2018. Pourtant, dès le début de l'année 2019, les marchés financiers mondiaux ont effacé cette baisse importante et l'année 2019 se conclut désormais sur des retours sur des plus hauts historiques, malgré toutes les alertes et les tweets incidiaires des uns ou des autres.

 

Et pourtant, nombre d'intervenants sur les marchés financiers sont inquiets pour l'année 2020. Selon certains intervenants, «le rebond des marchés financiers en 2019 a été porté par un revirement de la politique monétaire américaine, qui ignore la montée des risques : affaiblissement macro-économique, guerre commerciale sino-américaine et déceptions sur les résultats des entreprises.»

 

Une conclusion d'une analyste financière rencontrée, qu'il faut avoir à l'esprit au cas où vous seriez tenté de «jouer» (terme révélateur) en bourse au cours de cette année 2020 : «En conclusion, il y a beaucoup d’incohérence entre la montée des risques, la dégradation des fondamentaux et le comportement des marchés.»

 

Evidemment, à force de jouer les Cassandre en matière boursière, année après année, je devrais forcément un jour avoir au moins un peu raison !!! Au moins partiellement ...

 

 

CHRONIQUE de Didier Saint-Georges (LE MONDE)

Membre du comité d'investissement de Carmignac

Bourse : pourquoi il faudra se montrer vigilent en 2020

 

Malgré un optimisme ambiant sur le court terme, mieux vaudra être très regardant sur la qualité des actions à mettre dans son portefeuille, estime Didier Saint-Georges, membre du comité d’investissement de Carmignac.

 

« On ne serait trop recommander d’être vigilant à l’égard d’un retour de la volatilité », écrit notre chroniqueur Didier Saint-Georges.

 

Il est de coutume, en cette saison, de livrer ses prévisions pour les douze mois à venir. Un exercice à aborder avec humilité - rappelons qu’il y a un an exactement, la forte baisse des marchés d’actions avait rendu la plupart des prévisionnistes très prudents… Qu’importe, les mêmes causes produisant les mêmes effets, la majorité des prévisionnistes s’accordent aujourd’hui, forts d’une année boursière 2019 brillante, pour anticiper une année 2020 favorable.

 

Les arguments rationnels ne manquent pas. L’accord commercial trouvé entre la Chine et les Etats-Unis, certes modeste, réduit l’incertitude générale, voire éteint toute crainte d’un risque de dérapage catastrophique sur ce terrain en 2020. Même chose concernant le Brexit : le sentiment que le pire a été évité l’emporte sur l’examen des difficultés demeurant à surmonter.

 

Sans compter que si les marchés profitent depuis des années du soutien des banques centrales, ils peuvent désormais compter aussi sur celui de Donald Trump ! En effet, celui-ci fera tout en 2020 pour se présenter à l’élection présidentielle avec une économie américaine au beau fixe et des indices actions au plus haut.

 

Economiquement, un certain nombre d’indicateurs s’accordent sur le diagnostic d’un point bas du mini-cycle entamé en 2016. Il devrait laisser place à une reprise dans les prochains mois, comme ce fut le cas après les ralentissements de 2011-2012 et de 2014-2015.

 

Quant aux actions, elles demeurent, en dépit de valorisations élevées, la classe d’actifs désirable au moins par défaut tant que les taux d’intérêt sont très faibles, et ce, grâce à la « prime de risque », c’est-à-dire au surplus de rendement qu’elles apportent par rapport aux obligations. C’est ce qu’exprime l’acronyme Tina, pour « there is no alternative » (« il n’y a pas d’autre choix », en français), actuellement sur les lèvres de tous les acteurs de marché et qui clôt le débat.

 

Profitons toutefois de cette pause dans les angoisses de récession imminente pour revenir sur les problématiques structurelles, qui ont cette faculté d’être oubliées quand elles n’ont pas de conséquences immédiates. Pour mieux resurgir ensuite. Ces questions de fond tournent pour l’épargnant autour d’une incapacité du monde à se relever complètement de la grande crise financière de 2008.La raison en est assez simple. En réponse à ce moment historique, les Etats ont d’abord dû s’endetter comme jamais pour renflouer un secteur bancaire dont l’explosion aurait plongé l’Occident dans des tourments dignes de la crise de 1929. Ce fardeau leur ôtant toute marge de manœuvre budgétaire, les gouvernements ont ensuite dû confier aux banques centrales le soin de relancer une activité économique profondément ébranlée par la grande crise.

 

La méthode employée fut aussi audacieuse qu’astucieuse : la Fed (réserve fédérale américaine), puis la Banque du Japon, son homologue européen, et la plupart des autres banques centrales du monde s’employèrent à faire monter le prix des actifs financiers. L’idée était naturellement que la hausse de leur valeur créerait un « effet richesse » pour leurs détenteurs, qui se découvrant plus riches pourraient se remettre à consommer. De quoi relancer la machine économique.


En se portant souvent directement acheteuses, les banques centrales ont fait grimper les prix des actifs obligataires, et ce sont tous les actifs financiers qui en ont profité. Mais si ces derniers peuvent défier longtemps les lois de la gravité, puisqu’il n’y a pas de limite réelle à la quantité d’achats qu’une banque centrale peut effectuer, il n’en va malheureusement pas de même pour l’économie réelle. Pas de création de richesse dans ce domaine sans investissements productifs, et sans croissance des emplois et des revenus salariés…

 

Seuls les détenteurs d’actifs financiers ont donc pu bénéficier de cet « effet richesse », si bien que la croissance économique réelle n’a pas été à la hauteur, il s’en faut, de la hausse des marchés financiers. Du Chili à la France, en passant par les Etats-Unis, une rébellion de la classe moyenne « simple salariée » s’est en conséquence développée contre l’accroissement des inégalités, exacerbé depuis dix ans. La pression se fait désormais très forte sur les gouvernements pour écorner les serments de vertu qu’ils ont pris après la grande crise de 2008, et enfin dépenser plus.

 

Sur ce plan, il est probable que les Etats-Unis puissent faire bien davantage, et bien plus tôt, que l’Europe. Non pas que leur situation financière soit enviable : leur endettement et leurs déficits budgétaires et commerciaux sont pires que les nôtres (la vertu - financière, ici - n’a jamais été la priorité de Donald Trump). L’appétit des investisseurs obligataires pour financer l’explosion des besoins de financements américains se réduit en outre comme peau de chagrin. Mais différence de taille d’avec l’Europe : la Fed aura beaucoup plus de marge de manœuvre pour financer directement, si besoin, ces dépenses.

 

Certes, le financement d’un déficit budgétaire par une banque centrale soulèvera toutes sortes d’objections (l’indépendance de la Fed posera question), mais la fin justifiant les moyens, ce sera la seule façon d’aboutir à une indispensable relance budgétaire sans provoquer un crash obligataire.

 

Aussi, les candidats à l’élection présidentielle de 2020 ne manqueront pas de promettre des plans de relance salvateurs. Avec retard, la même maladie appellera le même traitement en Europe. Beaucoup de résistances, y compris culturelles, devront être ici vaincues, par Christine Lagarde en particulier. Cela prendra du temps mais mêmes les pays les plus historiquement vertueux devront convenir qu’une récession est simplement interdite en Europe du fait du niveau d’endettement des pays les plus fragiles. Nécessité fera loi.

 

Les Etats-Unis tirant les premiers, ces largesses de la banque centrale finançant ouvertement les déficits de son gouvernement pourraient provoquer, au moins dans un premier temps, une baisse de confiance dans le dollar, et favoriser le prix de l’or.

 

Logiquement, des plans de relance économique plus affirmés devraient contribuer à une hausse des taux d’intérêts, mais l’intervention des banques centrales consistera précisément à éviter un effondrement des marchés obligataires. Il devrait donc y avoir place pour des gestions obligataires actives capables d’exploiter un regain de volatilité sur cette classe d’actifs.

 

Quant aux marchés d’actions, ils devraient une fois de plus aller là où la croissance sera la plus forte, ce qui privilégierait de nouveau les Etats-Unis. Mais cela ne sera certainement pas un long fleuve tranquille, du fait des tensions sur les marchés de taux et de devises, et l’on ne serait trop recommander d’être vigilant à l’égard d’un retour de la volatilité, et très regardant sur la qualité des actions à mettre en portefeuille. Les marchés actions sont déjà chers aujourd’hui, et une gestion passive qui miserait sur une continuation d’un marché haussier universel sans distinction de mérites pourrait s’avérer très décevante.

 

Nous n’en sommes pas là. Pour l’instant l’espoir qui prévaut à court terme est que la longue et laborieuse progression économique des dix dernières années soit pour la troisième fois sauvée in extremis. Mais au vu des enjeux, il n’est pas inutile de commencer à raisonner avec quelques coups d’avance.

 

https://www.lemonde.fr/argent/article/2019/12/17/bourse-pourquoi-il-faudra-se-montrer-vigilant-en-2020_6023121_1657007.html


17/12/2019
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Collapsologie et économie (suite)

Saint-Denis de La Réunion, samedi 2 novembre 2019

 

C'est une vaste question à laquelle je vais tenter d'apporter quelques interrogations supplémentaires : pourquoi le monde continue-t-il de tourner alors que la collapsologie devrait nous conduire à penser que le Monde va dans le mur et qu'il aurait déjà dû s'effondrer ou qu'il risque de s'effondrer à court ou à moyen terme si rien de drastique n'est fait ?

 

Je ne pense pas déformer l'analyse des collapsologues en écrivant cela. Et pourtant, la collapsologie n'est pas une invention récente. Elle date des années 1960-1970. Les premiers écrits sur la décroissance économique datent de ces mêmes décennies. Je pense notamment aux écrits de Nicholas Georgescu-Roegen parus dans les années 1971-1976. Evidemment, la collapsologie a longtemps été confinée à une poignée d'illuminés, de survivalistes, de fous persuadés que la Terre allait s'effondrer, ou à une marge des partis écologistes européens. Mais aujourd'hui, la situation a changé. Il est devenu de bon ton de s'affirmer comme collapsologue, de défendre la collapsologie. Et la collapsologie prend de plus en plus d'ampleur, d'importance médiatique. Ces tenants sont désormais invités dans les principaux lieux de pouvoir ; Assemblée nationale française, forum économique de Davos, Assemblée générale des Nations Unies ...

 

Pourtant, pour ma part, je ne suis pas du tout un partisan de l'économie capitaliste, du marché, de la concurrence pure et parfaite, du libéralisme ou de l'ultralibéralisme. Bien au contraire. Je suis partisan de la régulation de l'économie par l'Etat, par la loi, par la Communauté internationale, seule à même d'imposer des législations aptes à encadrer la toute-puissance des marchés. Je suis aussi favorable à une réforme de l'économie qui prenne en compte les concepts de la collapsologie, de l'environnement. Par exemple, le concept même d'économie d'échelle propre à l'économie capitaliste et à sa loi fondamentale, la concurrence pure et parfaite, est une aberration : plus vous produisez, moins vous produirez cher, alors que pourtant, les conséquences écologiques, de destruction de l'environnement, de pollution, de votre production vont croissantes. 

 

Et pourtant, je reste circonspect, dubitatif, sur les collapsologues, sur cet effet de mode, sur les personnalités qui se métamorphosent comme grands gourous ou grandes prêtresses de la collapsologie, de la fin du monde. De cette jeunesse qui se découvre à suivre une énième religion à la mode, un énième combat du siècle, une énième grande cause mondiale. De mon temps, en 1983-1984, il s'agissait de récolter des fonds pour le Tiers-Monde, pour l'Ethiopie. Aujourd'hui, ils luttent pour le climat. Nouvelle passade d'adolescents et d'adolescentes en quête de grands combats ? 

 

Le problème des modes en économie et en politique, c'est que souvent, elles deviennent la nouvelle doxa des années futures. Le monétarisme triomphant des années 1980-1990-2000 était une théorie ultra-minoritaire jusque dans les années 1945-1975. Milton Friedman a été un ennemi mineur de John-Maynard Keynes avant de devenir le théoricien de la théorie dominante à partir des années 1980 et jusqu'à aujourd'hui. Il n'y a que la crise financière de 2007-2009 qui a pu laisser penser que le monétarisme et l'ultralibéralisme n'étaient pas les réponses parfaites, uniques et absolues aux problèmes posés à l'économie. Et aujourd'hui en 2019, les leçons de la crise sont déjà oubliées et l'ultralibéralisme est reparti de plus belle. La collapsologie et son intégration dans le champ économique, par exemple le concept de décroissance, peuvent devenir la nouvelle doxa de l'économie lors des prochaines décennies. Ou pas.

 

Je crois donc en l'économie. Je crois dans le principe des prix, des lors qu'ils sont capables d'intégrer les composantes des décisions et des politiques publiques. C'est aux États, à la Communauté internationale, de fixer le prix de la pollution, de l'impact du réchauffement climatique, au niveau mondial pour que nul ne puisse y échapper, s'y soustraire, afin qu'il intègre les échelles de prix et de valeur des consommateurs.

 

Le problème n'est donc pas véritablement l'économie. Une science économique intégrant les principes de l'école de la régulation peut parfaitement intégrer les concepts de cherté et d'impact carbone de l'économie. Le problème est cette branche de l'économie qui refuse l'intervention de l'état en faisant croire que cet interventionnisme est mauvais, que le fonctionnement normal, pur des marchés, permettra de résoudre tous les problèmes. Cette branche de l'économie est l'ultralibéralisme. C'est cependant elle qui guide et reproduit le fonctionnement réel des marchés, puisque les États ne peuvent plus intervenir que de manière marginale dans le fonctionnement des marchés. 

 

Le fonctionnement actuel des marchés ne permet donc pas d'intégrer optimalement les concepts de pollution et d'impact du réchauffement climatique dans les choix des usagers et des consommateurs. Il faudrait une concertation mondiale sur une taxation et sur une imposition générale, qui est aujourd'hui pratiquement inaccessible. Les sociétés internationales, les entreprises essaient de se légitimer en s'appliquant des engagements et des politiques de responsabilité sociale. Mais tout ceci n'est que poudre aux yeux. Il faut une action internationale pour légiférer, pour imposer et taxer les activités émettrices de gaz à effet de serre. La collapsologie peut être un moyen pour permettre une prise de conscience et imposer la nécessité d'une action étatique collective. Sauf que la collapsologie vise au delà d'une action collective mondiale. Elle veut aussi régir nos comportements individuels, criminaliser nos actions individuelles, et en ce sens-là, je m'oppose au fait qu'elle veuille régenter nos vies, nos comportements, ce que nous aurons le droit de faire ou de ne pas faire !

 

 

Saucratès

 

 

Post scriptum : Je pars toujours du principe que la finitude du Monde et l'épuisement des ressources peuvent être traités par l'économie et ne nécessitent pas forcément une privation volontaire par les individus, une privation imposée ex-nihilo par les tenants de la collapsologie. Je sais qu'il s'agit de la critique primordiale de mes principaux contradicteurs de ZINFOS, à savoir B. Bourgeon et Mister À Mon Avis. Le fait que je ne prenne pas en compte cette finitude des ressources, de ce que l'on peut extraire de notre planète Terre.

 

Mais je pense que c'est l'absence de régulation internationale de l'économie qui peut tout à fait permettre le maintien de comportements de consommation, de production et d'usage contraires à un mode de développement économe en ressources. Chaque pays est en effet incité à proposer les conditions fiscales et sociales les plus attractives pour attirer les grandes entreprises, engranger quelques recettes fiscales supplémentaires et accroître l'emploi.

 

L'imposition de normes mondiales et de taxation mondiale permettrait selon moi de réguler le modèle et le fonctionnement de l'économie capitaliste. Evidemment, ces normes et ces taxes auraient plusieurs effets : des renchérissements des prix forcement, puisque ces taxes auraient pour objectif de réguler les modes de consommation néfastes pour l'environnement ou trop consommateur de ressources épuisables. L'essence, le pétrole, la viande animale, les voyages en avion pourraient devenir hors de   prix et devenir réserver à une élite. Autre impact, les bénéfices des multinationales diminueraient forcément puisqu'elles ne pourraient plus jongler entre les pays les moins-disant en matière de taux d'imposition des bénéfices ou de l'activité, ou de normes sociales. Les mécanismes de taxations mondiaux pourraient aussi pour favoriser les échanges commerciaux courts, proches du consommateur, taxer l'activité polluante croissante des multinationales pour en contrebalancer les effets pervers des économies d'échelle.

 

Des réseaux de commercialisation plus courts, des prix plus élevés grâce à un système de taxation permettant la mise en œuvre de politiques et de services publics, tout ceci pourrait conduire à une moindre empreinte carbone de la consommation humaine, à une décroissance des quantités de ressources prélevées dans la biosphère terrestre, sans forcément s'accompagner d'une diminution de la production de richesse. On pourra consommer différemment, mieux, plus économement. L'un n'est pas incompatible avec l'autre !

 

Il y a évidemment un gouffre avec les positions des collapsologues et je le mesure bien. On le lit à travers les interventions de la jeune Greta Thurnberg, invectivant les puissants sur leurs hélicoptères et leurs jets privés. Jamais les callopsologues de cette sorte n'accepteront qu'une élite puisse continuer à utiliser et à consommer des biens potentiellement pollueurs, ou que certains puissent continuer à en profiter épisodiquement en se privant et en se serrant la ceinture. Ce n'est pas d'une régulation que les collapsologues à la Greta Thurnberg veulent, mais d'un régime fascisant réglant et réglementant la vie de tous, décidant pour les autres de ce qui est bon et de ce qui est mauvais. D'où l'opposition de principe entre économie et collapsologie.


02/11/2019
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Collapsologie et économie

Saint-Denis de La Réunion, dimanche 13 octobre 2019

 

Avec mon contradicteur, Bruno Bourgeon, nous avons un différend sur la collapsologie et sur les moyens de faire face au changement climatique. Dans un article récent, sur le site ZINFOS974, Bruno Bourgeon avait tenté de démontrer l'importance de la collapsologie et ses liens avec le champ du politique.

https://www.zinfos974.com/La-collapsologie-interroge-le-politique_a144981.html

 

Je tenterais donc de redéfinir la collapsologie et de démontrer en quoi la collapsologie ne peut pas réunir l'ensemble des pistes de solutions, de réflexions, autour de la lutte contre le réchauffement climatique, contrairement à ce que je comprends des arguments de mon contradicteur. 

 

La collapsologie, les collapsologues, partent du principe que le monde tel que nous le connaissons, le monde occidental moderne, va s'effondrer très prochainement si on ne fait rien. Voilà ce que l'on entend par «collapsologie». Et les réponses que l'on peut apporter à un tel diagnostic d'effondrement irrécupérable sont forcément extrémistes. Le principe de la collapsologie, c'est qu'à défaut même de modification de nos comportements, le monde va s'effondrer. Et même si nous modifions drastiquement  nos comportements, le monde risque néanmoins de s'effondrer irrémédiablement. D'où le cri du cœur de Greta Thurnberg vis-à-vis des grands de ce monde. Vous devriez avoir honte de ne rien faire, de n'avoir rien fait.

 

Si on se place du point de vue des collapsologues, elle a totalement raison, ils ont absolument raison. Il faut agir immédiatement. Si on sort de leur point de vue, si on a sort du point de vue de l'effondrement systémique du règne animal et du règne végétal, alors leurs arguments, leurs urgences cessent d'être la seule réponse possible. 

 

Nous nous trouvons face à la confrontation de deux systèmes, de deux mondes incompatibles. D'un côté, le monde des entreprises, de la finance, de l'économie ... et de l'autre, le monde des médias, de l'immédiateté, de la science (mais pas de n'importe quelle science, une science longtemps méprisée et ignorée, la climatologie) ... une science qui aujourd'hui se trouve placée au centre de toute chose, dont tout est sensé dépendre, la survie de l'humanité, la survie du monde tel que nous le connaissons ... une science qui doit démontrer sa supériorité sur les autres sciences, son statut scientifique, inattaquable ... la perfection et la justesse de ces analyses. 

 

L'économie, la finance et le monde des entreprises n'ont rien à voir avec les oukases des grands prêtres et des grandes prêtresses de la fin du monde, de la collapsologie. Le fonctionnement du marché est sensé être capable de réagir, de prévoir, d'intégrer à travers les phénomènes de prix et de rzreté les conséquences du réchauffement climatique. Les prix sont sensés parfaitement refléter, réfléchir les dysfonctionnements, les impacts de l'activité productive ou de consommation, la génération d'effets pervers, d'externalités negatives liées à l'activité humaine.

 

Et je suis un partisan, en tant qu'économiste, de cette façon de voir, de cette approche. Si demain, la population des pays en développement se mettait massivement à consommer de la viande de bœuf, faisant exploser la production de méthane et la consommation d'aliments pour bétail, le prix des aliments et le prix du bœuf grimperait vraisemblablement à des niveaux très élevés, décourageant la consommation pour nombre de consommateurs. En cas d'afflux de la demande, les prix liés à une offre insuffisante conduirait forcément à une hausse des prix et des marges des producteurs, nonobstant certaines imperfections du marché (il n'y aurait pas forcément d'impact immédiatement à La Réunion, du fait de l'impossibilité pour les agriculteurs réunionnais d´exporter leur viande en Inde ou en Chine ... mais les prix se renchériraient forcément parallèlement aux prix mondiaux). 

 

Ceci ci est un exemple simple, mais central dans les analyses des collapsologues. La viande de bœuf étant l'une des viandes animales les plus émettrices de gaz à effet de serre. Les principes de l'économie, de la finance, veulent qu'un marché est capable d'autorégulation, jusqu'à un certain point, et que les mécanismes de constitution des prix sont susceptibles d'integrer, d'internaliser, les conséquences, les effets pervers, le cout des externalités causés par le fonctionnement de l'économie. 

 

Pour la collapsologie, il existe un seuil au-delà duquel le système naturel, le système économique vont s'effondrer. Autant l'approche des économistes, des financiers repose sur un système itératif, autoregulé ... autant l'approche des collapsologues part du principe que le gouffre est proche, tout près de nous engloutir. D'où l'urgence qui dicte leurs actions, leur diagnostic, l'obligation moral de réagir, d'agir, sauf à être coupable d'inaction, de complaisance. 

 

Je ne crois pas en l'infaillibilité de l'économie et de la finance. La crise financière de 2007-2009 est là pour nous rappeler que la finance et l'économie ne savent pas toujours diagnostiquer la relatié de la situation d'une economie, et que les marchés ne sont pas toujours capables de s'autoréguler par eux-mêmes, sans intervention de l'Etat. La crise de 2007-2009 a pu être dépassée, surmontée, en raison des actions concertée des banques centrales et des gouvernements occidentaux ou des pays développés. Les marchés eux-mêmes avaient échoué à empêcher la croissance d'une bulle financière et à conjurer son explosion et les conséquences catastrophiques de cette explosion. 

 

Il ne s'agissait certes que d'une crise financière systémique, pas d'un effondrement complet de notre système économique. Pourtant, le système des prix fonctionne réellement. Ce système peut sous-estimer certains risques, comme il a sous-estimé le risque non-remboursement des crédits subprimes americains en 2007-2009, et comme il peut vraisemblablement sous-estimer les risques d'effondrement de notre économie et les conséquences de cet effondrement. Mais je pense que comme pour la crise financière de 2007-2009, la conjonction des phenomenes de marchés, des législations étatiques des actions concertées des États et des banques centrales seront forcément capables d'intervenir, d'interférer sur les comportements des consommateurs et des agents économiques afin de les conduire à modifier leurs comportements. 

 

Je crois donc qu'il n'est nul besoin de culpabiliser les consommateurs, les utilisateurs et les usagers des biens «interdits» par la morale collapsologieuse. Le marché et les taxes devraient suffire à réguler les comportements des consommateurs dans nos pays et dans le monde entier. La vraie question est de savoir si il est utile d'imposer des taxes insurmontables sur toutes les avtivités que les collapsologues, les grands pretres et les grandes pretresses de l'apocalypse approchant estiment indispensables ?

 

La collapsologie et les grands prêtres et grandes prêtresses (comme Greta Thurnberg) qui s'affichent comme leurs grands défenseurs, présentent un principal tord à mes yeux : l'usage de la condamnation morale, de la condamnation mediatique. Et la volonté d'imposer leurs principes comme normes générales. Mon autre contradicteur AMA a beau contesté leur absence de police pour representer un danger, un risque, ce n'est pas suffisant. À leurs yeux, leurs principes ont valeur de lois. Il suffit de se rappeler Greta Thurnberg s'adressant aux plus riches et leur signifiant que les avions et helicopteres qui avaient servi à les transporter representaient une consommation coupable. Comme elle, ils eussent dû utiliser le train. Les principes de l'économie ont le mérite d'échapper à la condamnation morale facile. La détermination d'un prix permet de déterminer qui peut et qui ne peut pas se payer un billet d'avion. Idem pour l'utilisation d'un hélicoptère. Les prix doivent refléter les coûts d'un tel voyage et intégrer les externalites nées de l'impact sur le réchauffement climatique induit. Il faudra vraisemblablement le vote de lois internationales pour que toutes les compagnies aériennes, toutes les compagnies de transport, tous les fabricants de vehicules, intègrent dans leurs prix l'impact de leurs activités en matière de réchauffement climatique. Mais tout ceci demeure dans le principe de la science économique. 

 

 

Saucratès


13/10/2019
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