Critiques de notre temps

Critiques de notre temps

Sur la morale


Sur la morale (5)

 

Réflexion quarante (19 août 2012)
Valeurs, normes et morale (suite)

L'intérêt de ce livre («Les concepts de l'éthique» de Ruwen Ogien et Christine Tappolet) est de s'interroger sur ces concepts de 'normes' et de 'valeurs', sur les réalités qu'ils recouvrent. Intéressante question également que de s'interroger sur ce qui justifie les normes elles-mêmes. En même temps, pourquoi s'interroger uniquement sur cette justification et pas sur ce qui justifierait aussi les valeurs ? Les auteurs défendent en fait une position conséquentialiste, reposant sur les 'valeurs' (qu'ils appellent 'éthique des conséquences'). Au fond, riche interrogation que de discuter des 'normes' (qui posent des obligations, des interdictions, des permissions) et des 'valeurs' (qui disent ce qui est bien ou désirable). Je n'adhère pas du tout à leurs démonstrations que je trouve insuffisantes.

 

Toutes leurs argumentations contre la primauté donnée aux normes reposent sur le respect absolu que les déontologues sont supposés reconnaître aux interdictions morales telles tu ne tueras pas ou tu ne tortueras pas ton semblable. Selon les auteurs, pour sauver des centaines de personnes, on doit pouvoir désobéir à de telles interdictions même s'il faut sacrifier un pour cela ! Il s'agit vraisemblablement du pire dilemne moral auquel on peut être confronté. Tuer de manière délibéré une personne pour tenter d'en sauver peut-être plusieurs ... Parce qu'il n'y a jamais de certitude que ce sacrifice permettra réellement de sauver des vies ... Et peut-on vraiment jouer à la roulette russe avec la vie des gens ? N'y a-t-il pas un risque qu'on ne puisse trouver chaque jour une multitude de raison de sacrifier toujours plus de personnes pour sauver hypothétiquement d'autres personnes ? De même, à partir de combien de vies sauvées est-il rentable de sacrifier une vie ? Deux, trois, dix ? Qui le détermine ? Toutes les vies ont-elles la même valeur ? Les riches valent-ils plus que les pauvres ? Les millionnaires que les clochards ? Les hommes que les femmes et les enfants ?

 

Ce genre d'interdictions (morales) existe selon moi parce que leur négation ouvrirait une boîte de Pandorre. On ne doit pouvoir disposer que de sa propre vie. Libre à nous de la sacrifier si on pense de la sorte pouvoir sauver d'autres vies, et si on en a le courage. Toute autre levée de cette interdiction peut tout aussi bien être la réponse d'un pleutre incapable de se sacrifier mais qui se ferait fort d'exhaurter les autres à le faire. Et on peut dire la même chose des autres règles comme de ne pas torturer ; quelle certitude a-t-on que la personne soit coupable et qu'elle puisse nous donner des renseignements primordiaux ? Et si on se trompe et que cette personne est innocente ou qu'elle ne sait rien ?

 

Derrière une réflexion intéressante, je n'adhère ainsi absolument pas à leurs idées et à leurs arguments, que je trouve stériles. De même, selon les auteurs, ce qui différencient les 'normes' et les 'valeurs', c'est que les 'valeurs' peuvent être respectées de manière graduelle, et pas les 'normes'. Je pense que c'est également faux et que les 'normes' peuvent aussi être graduelles. Il nous est interdit de blesser quelqu'un, physiquement ou moralement, et pourtant même les meilleurs blesseront par des mots d'autres personnes. On refusera un caprice à un enfant même si cela lui fait de la peine pour lui apprendre la vie, pour qu'il grandisse.

 

D'une certaine façon, un argument qui invalide peut-être toutes leurs démonstrations est très simple : le concept de 'bien' sur lequel ils fondent toute leur théorie n'est d'une certaine manière rien d'autre qu'une norme ! Le bien (ou le juste) n'est qu'une vue de l'esprit, une norme sociale, et on aurait très bien pu imaginer exactement l'inverse. Autrement dit, la distinction entre le bien et le mal, entre ce qui est considéré comme juste ou injuste, n'est rien d'autre qu'une convention sociale ; elle appartient au domaine du normatif. Le cannibalisme est ainsi considéré comme une obligation dans certaines cultures (ennemis ou proches parents) et comme un acte de sauvagerie et de barbarie dans d'autres cultures  comme la nôtre. De sorte que les normes (ou les conventions sociales) justifient bien effectivement aussi les valeurs. Je ne crois avoir vu de réponses à cette argumentation dans leur livre (ils ne parlent que de la réduction des valeurs aux normes).

 

Enfin, derrière ces quelques questionnements sur les 'normes' et les 'valeurs', je retiendrais également de ce livre un autre problème fondamental sur ce que signifie le fait de faire le bien, ce que le conséquentialisme appelle «la promotion du bien». Doit-on toujours agir pour faire le maximum de bien autour de nous, ou simplement pour tenter de ne pas faire consciemment le mal ? Peut-on vivre tranquillement en sachant que certains meurent de faim dans le monde ou faut-il tout faire pour combattre la faim dans le monde ? Il se trouve évidemment que j'oublie totalement la misère qui nous entoure dans ma vie de tous les jours. Mais est-ce que je pense même simplement encore à faire le moins de mal possible ou bien est-ce que je ne vis pas simplement en ne pensant qu'à mon simple confort et mon seul plaisir ? En ce sens, ce dernier questionnement me parle en me faisant prendre conscience du fait que je m'éloigne peu à peu d'une bonne éthique de vie en prenant de l'âge. 

 

Réflexion trente-neuf (12 août 2012)
Valeurs, normes et morale

Je suis en train de lire un livre sur l'éthique intitulé «Les concepts de l'éthique» de Ruwen Ogien et Christine Tappolet, avec lequel je suis plutôt en désaccord, comme d'habitude. Je n'adhère pas en fait à leur méthode de démonstration, à leur façon de démontrer leurs affirmations.

Le questionnement de leur livre tourne autour du lien existant entre 'valeurs' et 'normes', et sur la possibilité de réduire l'une à l'autre ou inversement. Qu'entendent-ils par 'normes' et 'valeurs' ? Ce n'est selon moi pas très clair. Les 'normes' ou jugements normatifs sont constitués de tout ce qui a trait à l'obligatoire, au permis, à l'interdit. Les 'valeurs' ou jugements axiologiques correspondraient par opposition à tout ce qui est évaluatifs, c'est-à-dire appréciatifs ou dépréciatifs.

Pour ma part (ce qui peut expliquer ma prévention à l'égard des thèses développées dans ce livre), j'accorde plus d'importance aux normes impératives qu'aux simples jugements de valeur qui impliquent forcément leur égale importance ou inimportance. De sorte que l'on aurait tout aussi bien pu avoir une morale qui aurait pu élever au rang de paradigme fondateur le vol ou le meurtre si on se contentait des jugements de valeur des uns et des autres.

 

L'un des arguments, l'une des démonstrations des auteurs qui me posent problème est le suivant : «(...) étant donné que les faits naturels ne peuvent fonder ou justifier les normes, ce sont ou bien les normes ou bien les valeurs qui pourraient le faire. Si nous avons des raisons de penser que les normes ne le peuvent pas, il ne restera plus que la possibilité de faire porter le poids justificatif aux valeurs.» (page 109).

 

Cette argumentation sera réutilisée à d'autres reprises par les auteurs. Mais elle repose sur un présupposé non démontré par les auteurs, à savoir qu'il n'existe pas une autre justification (une quatrième) possible aux normes ! Ce qui ne me semble pas si évident ... Je pense aux préceptes bibliques comme fondements des normes, édictés directement par un Dieu. Mais on pourrait aussi sûrement imaginer d'autres fondements moins divins, plus humains, comme la génétique.

 

Normes, valeurs, vertu. Pour ma part, je crois que nos actions reposent sur un condensé de ces trois principes. On agirait ainsi en fonction de normes parfois, de valeurs personnelles d'autre fois, de devoirs/besoins de vertu enfin. Les normes se répartissent en de multiples niveaux, des plus impératives à celles qui n'ont qu'une simple valeur juridique. Mais dans le cadre de l'action, on se retrouve tous face à un choix moral : se conformer à ce que nous dictent les normes (il faut faire cela ou ne pas faire cela), nos valeurs (ce serait bien/mieux de faire cela ou pas cela) ou la vertu ... D'une certaine façon, cela semble assez proche, et d'une certaine manière, ce livre vient éclairer ces différences.


Saucratès


Mes précédents écrits sur la Morale
1.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2002623-sur_la_morale_1.html
2.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2002665-sur_la_morale_2.html
3.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2002708-sur_la_morale_3.html
4.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-9385886-sur_la_morale_4.html


12/08/2012
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Sur la morale (4)

 

Réflexion trente-huit (23 août 2010)
La loi, le droit ...


Je n'aborderais pas cette réflexion du point de vue judiciaire, mais du point de vue humain. Dans notre vie de tous les jours, nous nous trouvons souvent confrontés aux droits des uns et des autres, et à ce que nous considérons comme étant notre droit. L'endroit le plus emblématique de ce concept de droit, l'endroit que j'ai déjà décrit, que je considère comme le plus fortement encradré par la loi, c'est la circulation automobile. Accessoirement, c'est aussi l'un des marqueurs du passage à la vie adulte, le droit (toujours le «droit») de conduire seul un véhicule automobile.

Prendre son véhicule automobile, s'insérer dans la circulation automobile au sortir de son domicile, c'est d'une certaine façon s'insérer après la nuit dans la société. Parfois, dans nos hivers si long, c'est un peu comme rejoindre la civilisation, la vie, après la solitude d'un réveil trop matinal. La conduite automobile est toute entière constituée de droits, de propriétés, et d'obligations de s'arrêter ou de laisser passer les autres. Mais plus largement, notre vie toute entière se trouve confrontée au principe des droits des uns et des autres et de leur télescopage avec nos propres droits.

Il y a deux possibilités de faire face à cet état de fait, au télescopage de nos droits avec ceux des autres, de nos droits et les devoirs des autres, des droits des autres et de nos devoirs : soit brandir nos droits comme un porte-étendard et attendre impatiemment, sans aucune tolérance vis-à-vis des autres qu'ils remplissent leurs devoirs, comme nous remplissons les nôtres vis-à-vis d'eux ... soit considérer à chaque fois comme non acquis que les autres respectent nos droits et par conséquent se réjouir à chaque fois que nos droits sont respectés par les autres, en considérant cela comme un cadeau ...

Cette dernière solution ferait de nous des sages, ce que je ne suis pas. Comme réagir face à quelqu'un qui ne respecterait pas notre droit ? Dans la première optique, l'absence de tolérance nous fera réagir par l'agressivité ou par la rage intériorisée et par voie de conséquence difficilement communicable ... On se trouve dans cette situation conduit à douter perpétuellement du respect par les autres de nos droits, en considérant l'accomplissement par les autres de leurs devoirs à notre égard comme un dû ... Mais ce cas n'est guère différent de la situation inverse qui repose sur le fait de considérer comme non acquis le respect de nos droits et comme un cadeau leur respect ... La seule chose qui compte et qui différencie ces deux optiques, c'est l'état d'esprit dans lequel on appréhende le respect de nos droits, comme un dû dont la réalisation nous insatisfait, mais le défaut de réalisation nous exaspère, ou comme un cadeau dont l'octroi nous réjouit et le défaut de réalisation ne nous émouvoit en aucune façon.

Une telle approche peut-elle s'appliquer à l'ensemble de notre vie ? Vraisemblablement, mais dans ce dernier cas, nous serions des sages, des êtres trop parfaits pour être humains ! Faut-il tendre vers une telle réalisation, vers une telle appréhension de la vie ? Une telle approche est-elle applicable ? Celui qui l'appliquerait dans sa vie de tous les jours serait-il un saint, un naïf ou un serait-il considéré comme un fou, comme un demeuré, comme un inadapté social ?

La réponse à cette question peut se chercher dans les situations de la vie où l'inverse, le fait de considérer comme un dû un certain nombre de choses, est synonyme de goujaterie. Imaginons ces personnes qui considère comme un dû de recevoir des présents pour leur anniversaire ou pour Noël et absolument pas comme un cadeau, comme une surprise agréable. Rappelons-nous cet épisode d'Harry Potter où Dudley, le fils de ses parents adoptifs, compte le nombre de ses cadeaux d'anniversaire, et fait une scène parce qu'il y en a un de moins que l'année précédente (36 au lieu de 37) ! Un cas extrême ? Mais qui ne penserait pas d'une personne qu'elle serait malpolie et mal élevée si elle considérait comme un dû que vous la laissiez passer dans une file, que vous ayez un mot gentil, une attention ... même si elle est de votre famille, une vieille tante par exemple ... Evidemment, aucun d'entre nous n'aimerait être oublié le jour de son anniversaire ou le jour de Noël. Quel pire évènement peut-il y avoir que l'on vous oublie un tel jour ? N'y a-t-il pas là le point le plus terrible d'être seul, voire d'être un sans-abri ?

Le concept même de droit nous fait ainsi perdre de vue que la sagesse serait de considérer comme un cadeau, comme un présent, le fait de voir les autres respecter nos droits et de ne pas les considérer ni comme acquis ni comme automatiques.

Mais en même temps, cela me fait une belle jambe pour gérer les cas extrêmement fréquents où telle ou telle personne violera mes droits, ma priorité !


Réflexion trente-sept (17 août 2010)
La morale selon Arthur Schopenhauer (suite)

Avais-je tort lorsque j'écrivais que toute la réflexion sur la morale de Schopenhauer reposait sur sa croyance dans le caractère violent et égoïste de l'homme et de la nature, en la rapprochant de la vision qu'en avait donné Rousseau ? Arthur Schopenhauer a cherché dans son livre «Le fondement de la morale» à expliquer la morale. Et il se trouve que l'explication qu'il lui trouve finalement, après avoir démonté les précédentes explications des autres philosophes (et tout particulièrement celle de Kant) corrobore l'opinion précédemment avancée par Jean-Jacques Rousseau. En ce sens je n'avais pas tort.
//saucrates.blogs.nouvelobs.com/archive/2010/05/25/sur-la-morale-quatre.html

Là où mon affirmation peut interpeller par contre, c'est lorsque l'on découvre que le fondement trouvé par Schopenhauer à la morale est la «pitié», qu'il oppose à deux autres sentiments opposés, l'«égoïsme» (le fait de penser d'abord à soi quelque soit le tord causé aux autres) et la «méchanceté» (le fait de chercher à faire du mal aux autres quelque soit le tord que cela nous cause). Et surtout par le fait que selon lui ce sentiment de «pitié» est plus répandu que l'on ne pourrait penser. 

« Nous avons ramené à trois tous les principes qui font agir l'homme : égoïsme, méchanceté, pitié. Maintenant, s'ils se rencontrent en tout homme, c'est en des proportions incroyablement diverses et qui varient d'individu à individu. Selon les combinaisons, les motifs qui ont prise sur l'individu sont différents et les actes aussi par conséquent. Sur un caractère égoïste, les motifs égoïstes auront seuls prise : tout ce qui pousserait à la pitié ou à la méchanceté sera non avenu ; un tel homme ne sacrifiera pas plus ses intérêts pour tirer vengeance d'un ennemi que pour aider un ami. Cet autre, très ouvert aux pensées méchantes, bien souvent, pour nuire à autrui, n'hésitera pas à se faire le plus grand tort. Il y a de ces caractères qui se font une joie de songer qu'ils sont cause de la douleur d'autrui, au point d'oublier leur propre douleur, si vive qu'elle soit (...). En regard, plaçons la bonté d'âme : c'est un sentiment profond de pitié, étendu à tout l'univers, à tout ce qui a vie, mais surtout à l'homme ; car à mesure que l'intelligence s'élève, grandit aussi la capacité de souffrir (...). Ainsi la bonté d'abord nous retiendra de faire tort à personne en quoi que ce soit, puis même elle nous excitera à aller au secours de tout ce qui souffre autour de nous. Une fois dans cette voie, un coeur généreux peut y aller aussi loin que peut faire, dans le sens contraire, un méchant, et pousser jusqu'à ce rare excès de bonté, de prendre plus à coeur le mal d'autrui que le sien propre, et de faire pour y remédier tels sacrifices, dont il aura plus à souffrir que ne souffrait son obligé. Et s'il s'agit de venir en aide à plusieurs personnes, à un grand nombre, au besoin c'est sa personne qu'il sacrifiera. »
«Le fondement de la morale», Arthur Schopenhauer, pages 212-213


Etre moral selon Schopenhauer, c'est donc agir pour le bien des autres en éprouvant de la «pitié» à leur égard, en se mettant à leur place et en se sentant concerné par ce qui leur arrive, en ressentant que eux et soi-même, c'est la même chose, que ce qui les touche me touche aussi. Jean Jacques Rousseau aurait avancé (dans le deuxième discours) la même explication à la morale.

Trois caractères de base, «piti黫égoïsme» et «méchanceté», pour fonder l'étude de l'ensemble des actions des hommes, l'étude de la morale ... avec cette idée que l'homme «bon» selon Schopenhauer s'attend à recevoir des autres le même traitement qu'il leur accorde (pitié et bonté) tandis que l'homme «mauvais» (c'est-à-dire soit égoïste soit méchant) s'attend également le même genre de traitement des autres ... 

« (...) Le méchant, dans sa détresse, ne compte pas sur l'aide des autres ; s'il y fait appel, c'est sans confiance ; s'il l'obtient, il n'en ressent nulle reconnaissance : il ne peut guère voir qu'un effet de la folie d'autrui (...). Et de là vient tout ce qu'il y a de monstrueux dans l'ingratitude. Cet isolement moral, où se renferme par nature, et inévitablement, le méchant, l'expose à tomber souvent dans le désespoir. - L'homme bon, lui, met autant de confiance dans l'appel qu'il adresse aux autres, qu'il sent en lui de bonne volonté toujours prête à leur porter secours. C'est, nous l'avons dit, que pour l'un, l'humanité est un non-moi, et pour l'autre c'est encore moi. L'homme généreux, qui pardonne à son ennemi, et qui rend le bien pour le mal, voilà l'être sublime, digne des plus hautres louanges (...). »
«Le fondement de la morale», Arthur Schopenhauer, page 236


Conclusion dérangeante parce que personnellement, je n'attends rien de positif de mes semblables, et en aucun cas de la bonté et de la pitié, si ce n'est des quelques personnes que je considère comme mes amis mais dont je ne serais pas certain (et dont je n'attendrais pas) de pouvoir compter sur eux le jour où j'aurais des problèmes ... Chose que l'on ne peut attendre que de ses parents (mais pas des miens) et que je ne m'obligerais, que je ne m'engagerais à fournir qu'à mes seuls enfants et à ma femme.

D'où cette idée dérangeante de devoir considérer que je ne suis pas un homme «bon» selon Schopenhauer ni un homme «moral», mais un homme «mauvais». Moi qui me considérait jusqu'à présent comme obéissant à des règles morales relativement bien fondées et justes, comme un homme «moral» ! Dure et dérangeante découverte !

Selon Schopenhauer, en donnant une base impérative à la morale en fonction de principe de devoir, de loi morale, de rationalité, Kant avait construit sa réflexion morale sur les fondements de la religion judaïque ou catholique, dont la valeur n'était que celle des préceptes de cette religion.

Toutefois, il me reste une interrogation (au-delà de la validité de la réflexion de Schopenhauer pour laquelle l'opinion de philosophes - comme Connaissance - pourrait être enrichissante mais qui peut vraisemblablement être interrogée et discutée) : fonder la morale sur la «pitié» (le fait d'être capable de confondre l'autre et soi-même pour que ce qui touche l'autre donne l'impression de toucher soi-même) ne revient-il pas à devoir interroger le fondement même de la «pitié» ? La «pitié» peut-il être un élément de base indiscutable et ultime des comportements humains, qui ne nécessiterait aucune recherche sur son origine ou son fondement ?

Personnellement, malgré la beauté de la thèse de Schopenhauer, je reste attaché à une vision légaliste, chrétienne, judaïque de la morale, reposant sur une idée d'impératif kantien, sur une idée de devoir ! Peut-être parce que celle-ci est plus rassurante pour moi-même, pour mon moi, parce qu'il ne m'est pas nécessaire de changer de coeur !


 

Réflexion trente-six (9 août 2010)
La morale selon Arthur Schopenhauer

« Maintenant, je prie le lecteur d'y songer, la maxime de l'injustice, le règne de la force substitué à celui du droit, bien loin que l'on ne puisse même la concevoir, se trouve être en fait , en réalité, la loi même qui gouverne la nature, et cela non pas dans le seul règne animal, mais aussi parmi les hommes : chez les peuples civilisés, on a essayé, par l'organisation de la société, d'en arrêter les conséquences fâcheuses ; mais à la première occasion, en quelque lieu, en quelque temps qu'elle se présente, dès que l'obstacle est supprimé ou tourné, la loi de nature reprend ses droits. Au reste, elle continue à régner sur les relations de peuple à peuple (...) ».
«Le fondement de la morale», Arthur Schopenhauer, pages 94-95


C'est une idée qui semble habiter toute la pensée de Schopenhauer, et au minimum toute sa réflexion sur la morale,  cette croyance dans le caractère violent de l'homme et de la nature, violent et égoïste. Une croyance assez proche de celle de Hobbes et éloignée de celle de Rousseau. Il réussit accessoirement assez risible, assez triste le concept de morale chez Kant, où tout semble ravalé au niveau de la rationalité. Il écrit plus loin : 

« (...) Aussi quand, la puissance protectrice de l'Etat étant réduite à l'impuissance ou éludée, comme il arrive parfois, nous voyons se révéler les appétits insatiables, l'avarice sordide, la fausseté profondément dissimulée, la méchanceté perfide des hommes, souvent nous reculons, nous poussons les hauts cris, nous croyons voir surgir un monstre encore inconnu aux regards humains : et pourtant, sans le contrainte des lois, le besoin que l'on a de l'estime publique, toutes ces passions seraient à l'ordre du jour. »
«Le fondement de la morale», Arthur Schopenhauer, page 138


Ou encore : 

« (...) La morale serait donc une construction de fond en comble artificielle ; elle serait une invention destinée à mieux tenir en bride cette égoïste race des hommes ; et dès lors, sans l'appui que lui prêtent les religions positives, elle s'écroulerait, parce qu'il n'y a  ni foi pour l'animer ni fondement naturel pour la porter. La justice en effet et la police ne peuvent suffire à leur tâche : il est des fautes qu'il serait trop malaisé de découvrir, ou trop périlleux de punir (...) ».
«Le fondement de la morale», Arthur Schopenhauer, pages 128-129


Enfin, une dernière citation : 

« Aussi, après un peu de réflexion, la Raison imagine-t-elle bientôt d'instituer l'Etat : l'Etat, né de la craite mutuelle que les hommes s'inspirent par leurs forces respectives, prévient les effets désastreux de l'égoïsme général, autant du moins que peut le faire un pouvoir tout limitatif. Mais que les deux agents à lui opposés perdent leur efficacité, aussitôt l'égoïsme se montre, dans sa redoutable grandeur : et le phénomène n'est pas beau à voir ! ».
«Le fondement de la morale», Arthur Schopenhauer, page 144


Une vision particulièrement pessimiste de l'Etat comme la seule solution pour limiter la violence et l'usage de la force entre individus, avec cette idée que lorsque l'Etat vient à disparaître ou à perdre de sa puissance et de sa consistance, alors la société s'effondre immédiatement et l'usage de la force redevient la norme sociale. Accessoirement, cela correspond également à ma propre idée de l'humanité et de l'homme dans une situation de délitement de l'Etat en période de guerre. Comme Schopenhauer, j'avais également observé l'aberration qui veut que les relations internationales, de peuple à peuple comme il l'énonce, repose précisément sur la loi du plus fort, en dehors de toute morale et de toute société policée, solution qui est justement évitée au sein d'une société humaine.

Les relations humaines selon Schopenhauer reposent à part cela, au-delà de l'usage de la force, sur l'égoïsme des individus, préoccupés selon lui par leur seul, propre et unique intérêt personnel, sans aucune considération pour celui des autres. Ce qui le conduit à énoncer qu'une action morale est une action sans considération aucune de l'intérêt d'un individu, à l'opposé de la position de Kant telle qu'il l'énonce selon laquelle une action morale doit être une action absolument rationnelle, d'un absolu détachement.

Il doit être observé que ces deux présupposés de Kant et de Schopenhauer, la rationalité des individus et leur égoïsme, sont les pierres angulaires du libéralisme économique et plus largement même de la science économique : des agents économiques parfaitement rationnels et une main invisible du marché qui permet de transformer la somme des égoïsmes des agents économiques (la poursuite de leur propre intérêt) en le bien de la société toute entière.

Amusant de penser que ce qui est néfaste pour la société, la somme des égoïsmes crus des individus, qui nécessitent pour être limités, à la fois l'influence des religions qui imposent une certaine forme de retenue, une certaine forme de partage, une certaine forme de piété, et à la fois l'invention de la morale, version civile et civique de la piété religieuse (ce qui n'est pas l'idée de Schopenhauer qui cherche à fonder la morale sur une base absolument sûre et indépendante de la morale et de l'ancien testament) ... est considérée comme bénéfique pour l'économie, voire même comme le meilleur système économique envisageable, donnant les meilleurs résultats, le plus haut niveau de satisfaction individuelle (ce que l'italien Paréto dénommait l'optimum maximorom) envisageable et le plus haut niveau de croissance économique !

Amusant ou terrifiant d'imaginer que ces deux fondements sur lesquels repose la science économique soient forcément aussi faux qu'ils le sont pour la morale et les relations interindividuelles au sein d'une société humaine. Comment un fondement comme l'égoïsme peut-il être une tarre en matière de relation sociale et nécessiter d'être corrigé par la morale et la religion, et être tout à fait normal et parfait en matière de relation économique entre individus, et ne pas nécessiter de corrections dans la même société ?


Réflexion trente-cinq (2 août 2010)
Du concept de conscience morale

Je n’avais jamais encore utilisé le terme de conscience dans mes précédents écrits, même si le concept n’était pas très éloigné de l’état de mes réflexions sur la morale.

J’ai trouvé un intérêt à cette notion de conscience dans un petit opuscule écrit par Hannah Arendt intitulé «Considérations morales». Elle y faisait référence à la conscience d’une manière qui m’a fasciné (les phrases soulignées sont de mon fait). 

« Est-ce que notre aptitude à juger, à distinguer le bien du mal, le beau du laid, est dépendante de notre faculté de penser ? Est-ce que l’inaptitude à penser et le désastreux manque de ce que nous nommons conscience coïncident ? La question qui s’imposait était : l’activité de penser en elle-même, l’habitude de tout examiner et de réfléchir à tout ce qui arrive, sans égard au contenu spécifique et sans souci des conséquences, cette activité peut-elle être de nature telle qu’elle conditionne les hommes à ne pas faire le mal ? (Le mot même de con-science, de toutes les façons, semble bien l’indiquer, dans la mesure où il signifie connaître avec et par soi ; un type de connaissance qui est actualisée par toute activité de pensée). Enfin, l’urgence de ses questions n’est-elle pas renforcée par le fait bien connu, et plutôt inquiétant, que seules les bonnes gens sont dérangés par une mauvaise conscience, tandis que c’est tout à fait rare chez les vrais criminels. »
«Considérations morales», Hannah Arendt


Je me suis senti concerné par ce qu’elle écrivait, par son idée de « l’habitude de tout examiner et de réfléchir à tout ce qui arrive » car c’est mon sentiment sur mes schémas de pensée, et parce que j’ignore si tout le monde se trouve dans la même situation que moi, si tous les individus ont la même habitude que moi de réfléchir en permanence sur tout ce qu’ils font, de tout ce qu’ils pourraient faire, de tout qu’ils voudraient faire.

Tout le monde pense-t-il autant que moi ? Et pense-je autant que je le croie et que je le dis ? Certes il est vraisemblable que c'est faux. Puisque Hannah Arendt mentionne aussi que penser c’est cesser d’agir. « Car la principale caractéristique de la pensée est d’interrompre toute action, toute activité normale, quelle qu’elle soit. (…) Parce qu’il est vrai qu’au moment même où nous commençons de penser un sujet, quel qu’il soit, nous arrêtons toute activité, et, inversement, une quelconque activité interrompt le processus de pensée ». En effet, dans le cas contraire, je n’agirais plus, et je n’aurais plus non plus de raison de penser.  

« Le besoin de penser ne peut être satisfait que par la pensée, et les pensées que j’ai eu hier ne peuvent satisfaire aujourd’hui ce besoin que dans la mesure où je peux les penser à nouveau ».
«Considérations morales», Hannah Arendt


Voilà les quelques réflexions nées de la lecture de cet opuscule d’Hannah Arendt. Mais j’ai retrouvé le même sujet de réflexions dans la poursuite de mes lectures sous la plume d’Arthur Schopenhauer (dans «Le fondement de la morale») où il paraphrasait Kant, en fait pour le contredire.

Et j’ai découvert ainsi que la «conscience» est un sujet central en philosophie.  Pour Alain, il n’y a donc pas de morale sans délibération, ni de délibération sans conscience. Souvent la morale condamne, mais lorsqu’elle approuve, c’est encore au terme d’un examen de conscience, d’un retour sur soi de la conscience.

Si pour Rousseau « les actes de la conscience ne sont pas des jugements, mais des sentiments », il n’en sera plus ainsi pour Kant, qui considérera au contraire la conscience morale comme l’expression de la raison pratique − et encore moins pour Bergson, qui verra en elle le produit d’un conditionnement social. Quant à Nietzsche, je rejoins aussi son analyse. 

« Car, je le répète, l'homme comme tout être vivant pense sans cesse, mais ne le sait pas ; la pensée qui devient consciente n'en est que la plus petite partie, disons : la partie la plus médiocre et la plus superficielle ; car c'est cette pensée consciente seulement qui s'effectue en paroles, c'est-à-dire en signes de- communication par quoi l'origine même de la conscience se révèle. En un mot, le développement du langage et le développement de la conscience (non de la raison, mais seulement de la raison qui devient consciente d'elle même) se donnent la main. Il faut ajouter encore que ce n'est pas seulement le langage qui sert d'intermédiaire entre les hommes, mais encore le regard, la pression, le geste ; la conscience des impressions de nos propres sens, la faculté de pouvoir les fixer et de les déterminer, en quelque sorte en dehors de nous-mêmes, ont augmenté dans la mesure où grandissait la nécessité de les communiquer à d'autres par des signes. L'homme inventeur de signes est en même temps l'homme qui prend conscience de lui-même d'une façon toujours plus aiguë ; ce n'est que comme animal social que l'homme apprend à devenir conscient de lui-même, il le fait encore, il le fait toujours davantage. Mon idée est, on le voit, que la conscience ne fait pas proprement partie de l'existence individuelle de l'homme, mais plutôt de ce qui appartient chez lui à la nature de la communauté et du troupeau ; que, par conséquent, la conscience n'est développée d'une façon subtile que par rapport à son utilité pour la communauté et le troupeau, donc que chacun de nous, malgré son désir de se comprendre soi-même aussi individuellement que possible, malgré son désir « de se connaître soi-même », ne prendra toujours conscience que de ce qu'il y a de non-individuel chez lui, de ce qui est « moyen » en lui, que notre pensée elle-même est sans cesse en quelque sorte écrasée par le caractère propre de la conscience, par le « génie de l'espèce » qui la commande et retraduite dans la perspective du troupeau. Tous nos actes sont au fond incomparablement personnels, uniques, immensément individuels, il n'y a à la aucun doute ; mais dès que nous les transcrivons dans la conscience, il ne parait plus qu'il en soit ainsi... Ceci est le véritable phénoménalisme, le véritable perspectivisme tel que moi je l'entends : la nature de la conscience animale veut que le monde dont nous pouvons avoir conscience ne soit qu'un monde de surface et de signes, un monde généralisé et vulgarisé, que tout ce qui devient conscient devient par là plat, mince, relativement bête, devient généralisation, signe, marque du troupeau, que, dès que l'on prend conscience, il se produit une grande corruption foncière, une falsification, un aplatissement, une vulgarisation. En fin de compte, l'accroissement de la conscience est un danger et celui qui vit parmi les Européens les plus conscients sait même que c'est là une maladie. »
«Le gai savoir», Freidrich Nietzsche


Citation dans laquelle je suis presque sûr que mon ami Connaissance se retrouvera, lui et son concept de morale de troupeau ... Quel rapport entre Connaissance et Nietzsche ?

Pour finir, je conclurais par cette pensée de Hannah Arendt sur l’incapacité de penser et sur le mal, central dans cet opuscule dans sa réflexion sur Eichman à Jérusalem :

« (...) L’incapacité de penser n’est pas la prérogative de tous ceux qui manquent d’intelligence, elle est cette possibilité toujours présente qui guette chacun- les scientifiques, les érudit et autres spécialistes de l’équipée mentale – et empêche le rapport à soi-même, dont la possibilité et l’importance furent découvertes par Socrate. Il n’était pas question ici de la méchanceté, dont la religion et la littérature ont tenté de s’accommoder ; ce ne sont pas le péché et les grandes canailles, les héros négatifs de la littérature, agissant par envie et ressentiment, qui nous intéressent, mais c’est le mal, Monsieur-tout-le-monde, qui n’est pas méchant ni motivé, et qui, pour cette raison, est capable de mal infini – lui qui, contrairement au méchant, n’est jamais confronté au sinistre nocture ».
«Considérations morales», Hannah Arendt



Réflexion trente-quatre (31 mai 2010)
Quelques autres réflexions décousues ...

« (...) L'individu se trouve ainsi déchiré. D'un côté, il appartient à sa communauté, et il sait que la vie humaine n'est possible qu'à l'intérieur d'une communauté. C'est elle qui fournit ce qui lui est nécessaire, non seulement pour son existence biologique, mais encore pour sa vie morale et intellectuelle ; en dehors de toute communauté, il lui serait, à la rigueur, possible de survivre, non de vivre en homme : même la pire des communautés donne à l'individu la possibilité (...) du discours, de l'éducation, de la conscience de soi - et où il n'existe rien, rien ne peut être amendé. »
«Philosophie morale», Eric Weil, page 32


L'individu en société peut-il refuser la morale, les règles de sa (ou d'une) société ? On peut imaginer qu'une personne en désaccord rentre en guerre contre la société (malfrats, terroristes ...). En ont-ils le droit ?

Dans le cas des mouvances rattachées à l'organisation Al Qaida, en vertu  de quel droit une nation va-t-elle les combattre si eux refusent la morale de la société où ils vivent ?

Du droit de vivre à l'écart, hors de notre société, à l'abri de son influence néfaste.

Cas particulier des grands mouvements de contestation sociale, comme en mai 1968 en France, ou il y a quelques années en Argentine, ou aujourd'hui en Thailande ou en Grèce ... une large fraction de la population, d'un peuple presque entier, qui conteste l'évolution de la société dans laquelle ils vivent, évolution qui parfois, comme en Argentine, peut être imposée de l'extérieur (ou considérée comme ...), par les financiers mondiaux et le FMI ... Contestation de la morale qui n'est jamais prise pour ce qu'elle est, mais plutôt uniquement pour le fait de marginaux et de casseurs ...

Un jour vient où cette contestation se calme, matée par l'armée ou par la lassitude ... et où tout redevient comme avant ... Cas de la France après mai 1968, de l'Argentine ... Cette morale contestée apparemment par tant de gens est maintenue pratiquement inchangée. Pire, les leaders de cette contestation se trouve aspirés par le système qu'ils contestaient, pour en devenir des pièces du rouage ... l'exemple de mai 1968, pourtant emblématique d'une contestation du système, et non pas une simple aspiration démocratique comme en Ukraine ou en Thailande, en offre une démonstration parfaite. Que voulez-vous donc installer à la place du libéralisme, si ce n'est plus de libéralisme.

Mais parfois, cette contestation de la morale de la société va si loin chez certains, qu'elle devient contestation de toutes les règles, de tous les pouvoirs, et donc de la vie en société, en communauté.

C'est le danger de la contestation, qu'elle s'étende jusqu'à l'humanité de l'homme, à son aptitude à vivre en communauté. Chaque révolution a toujours connu ce risque, d'être débordée par ceux qui refusent les règles, et donc la vie en société. N'était-ce pas cela la Révolution française, une contestation de la morale de l'Ancien régime, qui ne s'est calmée que dans le sang des guillotinés ... une barbarie sans nom causée par un peuple révolté et des jusqu'aux-boutistes asdsoifés de sang et d'idéal ... « (...) c'est là enfin qu'il finit par constater que la révolte contre la morale existante peut cacher celle contre la communauté en tant que telle et, en ce sens, contre l'humanité de l'homme. »

Cela se voit dans les révolutions sociales comme mai 1968 ou celle des bolcheviks en 1917 ... Cela se retrouve aussi dans les simples grèves du travail dans des entreprises ... Comment se remettre à travailler ensuite avec les mêmes personnes que l'on a affrontées des semaines durant et qui représentaient alors «l'ennemi» ? Comment rétablir un contrat social, dans une société humaine ou dans une entreprise, après de tels évènements, après de tels affrontements ?


Réflexion trente-trois (27 mai 2010)
Sur la morale au regard de l'homme ...

« (...) L'homme en tant qu'être moral, c'est-à-dire, humain au sens strict, se trouve toujours pourvu de règles : bien plus, il est incapable de s'imaginer dans un état sans règles : au-delà des règles, il ne rencontre plus que l'animal à forme plus ou moins humaine.

(...) Seul l'homme suit des règles, parce que seul l'homme peut ne pas les suivre, et en fait, assez souvent ne les suit pas. C'est en tant qu'être violent qu'il est moral, en tant que transgresseur qu'il a conscience qu'il a conscience des règles. 
»
«Philosophie morale», Eric Weil, page 21


J'ai interrogé ce matin mon fils de douze ans sur ce qu'il entendait par le terme de 'morale'. Je ne lui ai pas demandé s'il avait conscience d'être un être moral. Dans ses réponses, il a mélangé hardiment le concept de règles, d'éducation et de morale de fable. La morale regroupait selon lui les règles et les conseils de jeu dans les sports qu'il pratique (ce qu'il faut faire et comment il faut le faire), les remontrances que ses parents (dont je fais partie) lui font régulièrement, les leçons que ses enseignants au collège lui assènent de tant à autre, et enfin ce qu'il faut retenir des histoires dans les livres (la morale de cette histoire est ...). 

Nous avons l'habitude de nous enserrer, nous, nos proches, par le fait de la société, dès notre plus jeune âge, dans un réseau de règles. Intéressant de penser que le concept de loi ne provient que du fait fondateur d'une violation initiale des règles. Ce n'est que parce que l'homme peut ne pas suivre une règle qu'il s'agit d'une règle, que parce qu'il y a transgression qu'il y a reconnaissance des règles.

Je continuerais évidemment cette discussion sur la morale avec mon fils. Accessoirement, il n'a pas fait la liaison avec la religion catholique et le discours qui lui est tenu au catéchisme. Il se limite pour l'instant au système de règles qui lui est imposé, dans lequel on lui fait rentrer de force, dans cette morale qu'on lui inculque. Parlerait-il de la possibilité de transgression qu'il ne se référerait encore qu'à la peur de notre jugement, pas de son propre jugement, sans avoir conscience de l'existence de règles qu'il s'impose lui-même. Il semble ne pas en être encore arrivé à ce point, où il reconnaitrait comme règles propres les règles qu'on lui impose.

Peut-être est-ce un mal et une erreur d'imposer de cette manière des règles à un être humain, même si c'est vraisemblablement la manière dont toute forme de règle a toujours été imposée aux êtres humains !

Comme l'écrivait Eric Weil :

« (...) Ce bien auquel ils soumettent leurs désirs est en effet un bien, le bien des maîtres, des prêtres et des rois, des hommes forts et intelligents, de ceux qui, en pleine conscience de leurs propres aspirations, ont inventé la morale, mais n'y croient pas et n'y ont jamais cru. Les morales dressent des êtres qui se veulent moraux au service de ceux qui se savent a-moraux (...) »
«Philosophie morale», Eric Weil, page 26


En enseignant la morale à mon fils, je le prédestine peut-être à être au service de ceux qui ne la respecteront pas ? Cela rejoint également ma réflexion sur la démocratie et sur la nécessité d'une philosophie qui vienne de nouveau contester les règles de la Cité. Si cette réflexion était pourvue de sens, cela signifierait que la démocratie n'est qu'un concept destiné aux foules pour les occuper au bénéfice de ceux qui nous dirigent.


Réflexion trente-deux (26 mai 2010)
Nouvelles lectures autour du concept de morale ...

« (...) La philosophie surgit quand les hommes en sentent le besoin, besoin né de l'ébranlement de la morale jusqu'alors régnante ; c'est poussé par l'inquiétude que l'homme se met en route vers la philosophie. Et c'est là l'origine de la philosophie, l'origine même de la question s'il faut philosopher et pourquoi. »
«Philosophie morale», Eric Weil, page 12


La réflexion morale me semble inséparable de l'existence humaine. Elle traverse le plus souvent mes actions ; il m'est impossible la plupart du temps de ne pas m'interroger sur les conséquences de mes actes, de mes actions, de mes inactions, de mes dires, voire de mes haines, sur les autres et sur le regard que je peux porter (moi-même ou un autre, éventuellement Dieu) sur mon existence et sur ma vie. Je ne suppose pas qu'il en va de même pour tous mes concitoyens, mais je ne désespère pas du fait qu'une réflexion morale occupe peut-être parfois leurs pensées.

Dans cette idée, je m'étais souvent demandé comment l'existence de cette réflexion philosophique avait-elle pu naître au cours du premier millénaire avant notre ère en Grèce, ou comment pouvaient faire les hommes antérieurement à cette découverte ? La philosophie existait-elle antérieurement à sa popularisation par les philosophes grecs ? Les hommes des civilisations précédentes, en Egypte antique ou en Mésopotamie, avaient-ils les mêmes réflexions, les mêmes interrogations sur le sens de la vie, du bonheur ? La réflexion philosophique existait-elle d'ailleurs dans les civilisations beaucoup plus récentes mais confinées dans des zones géographiques confinées, en Amazonie ou en Papouasie-Nouvelle-Guinée ?

Ou bien ces hommes vivaient-ils sans s'interroger aucunement sur leurs actions et sur les motifs de leurs actions ?

Mais le questionnement est peut-être autre. Existe-t-il une différence substantielle entre la réflexion philosophique sur la morale et une réflexion religieuse ? Car après tout, s'interroger sur ses actions, n'est-ce pas à la fois une réflexion philosophique mais également une réflexion religieuse. Et on sait que dès le paléolithique, dès les hommes de Néanderthal, il existait une conscience religieuse de l'univers. On peut penser que dès que l'homme vécut en communauté, il eut une pensée religieuse.

Selon Eric Weil, la philosophie surgit à partir du moment où la morale régnante est ébranlée, est interrogée. Ce qui fait que, selon Weil, le philosophe est un traitre à sa communauté du fait qu'il remet en cause la morale régnante au sein de sa communauté. Ainsi l'exemple de Socrate condamné à boire la cigüe, ce qu'il s'oblige à faire pour ne pas trahir cette communauté qu'il questionnait à travers sa philosophie. Avant la réflexion philosophique sur la morale, il y a ainsi l'obéissance absolue et aveugle aux règles de la communauté et aux règles religieuses édictées par (ou en référence à) des divinités ... et parfois il y a la désobéissance pour ceux qui profanent les règles de leur communauté ...

L'un des problèmes posés par la mort de Socrate, c'est bien de savoir jusqu'à quelle limite peut-on et doit-on agir et vivre conformément à ses valeurs, quelles que puisse en être les conséquences pour soi et pour les autres ? Quelle distinction entre morale et religion ? Selon Weil, le questionnement philosophique serait né de la confrontation de morales différentes, je dirais de religions différentes ... La morale et la religion essaient toutes deux de définir les notions de bien et de mal, d'actions bonnes ou mauvaises ; la religion en se basant sur des règles divines édictées à la création du monde, ou lors d'une révélation ; la philosophie en se basant sur l'interrogation de concepts abstraits ...

D'où, de la mise en questionnement de règles divines, l'accusation de traîtrise qui peut viser la personne s'intitulant 'philosophe' ou 'libre penseur' ... La seule excuse à cette traîtrise ne devant pouvoir provenir que d'une perversion des règles morales appliquées dans la communauté de cette personne ... Les valeurs défendues dans la communauté ne pouvant plus paraître valables en regard d'autres règles morales observées ailleurs, ou bien les puissants de la communauté les ayant détourné à leur intention ou leur usage personnel ...

La ressemblance avec notre situation actuelle apparaît alors plus évidente qu'il n'y paraît. Les règles morales édictées au sein de nos communautés par quelques instances suprêmes, supérieures et intemporelles, ne sont plus seulement issues des religions 'révélées' comme le christianisme, l'islam, le boudhisme ou la religion juive ... Il s'agit désormais également de la démocratie, dont l'origine remonte désormais à des évènements fondateurs anciens et idéalisés (la révolution française en France, les pères fondateurs aux Etats-Unis ...). Pourtant, en regardant le fonctionnement de nos sociétés modernes, on ne peut nier la perversion actuelle de leur fonctionnement (l'exemple français s'impose plus naturellement à mes yeux) avec une confiscation du pouvoir par une élite formée dans quelques écoles et s'autoreproduisant à l'identique ...

Le philosophe qui remettrait en cause son fonctionnement risquerait là-aussi de passer pour un traitre à sa communauté, malgré l'échec patent désormais de l'idée même de démocratie ... rejouant en cela l'histoire et la fin de Socrate ... Le retour de la philosophie dans la Cité ?

Réflexion trente-et-une (23 avril 2010)
La pédophilie, le métier de journaliste et le blog de Mazarine Pingeot ...

En lisant il y a quelques temps le blog de Mazarine Pingeot, j'avais aimé son article traitant des rapports entre la morale et l'action ou le politique, appliqués au métier du journalisme. Elle y traitait assez obscurément d'une émission télévisée sur les pédophiles, sur la possibilité pour un journaliste de dénoncer les personnes qu'il y a interviewé, et je ne sais pas trop au fond qu'elle était sa position sur la question, au final de son article (je rejoins en cela Connaissance) ... Mais cela est peut-être plus important sur un sujet aussi important que la pédophilie ... Moins sur d'autres sujets moins sensibles ... Elle y exprimait notamment quelques positions assez intéressantes sur la morale.

«La morale kantienne a cet avantage qu'elle permet d'éluder la question du critère, au profit de l'universalité de la morale, car si la morale n'est pas universelle, alors elle n'est pas : si chacun se revendique d'une morale qui lui est propre, il ne s'agit plus de morale, mais d'un point de vue, d'une opinion, c'est mon bien contre le tien, on tombe dans le relativisme vertigineux des valeurs.»

Hier, en regardant cette émission, un reportage des Infiltrés sur France 2, je me suis rappelé de son article d'il y a deux semaines, et le sujet ne m'a plus paru aussi lointain, irréel, contestable. Contrairement à ce qu'elle pouvait écrire (ou ce que j'en ai compris), il ne s'agissait pas d'une chasse au pédophile, mais d'une émission faisant froid dans le dos où l'on découvre (ou voit) un monde extrêmement glauque de prédateurs abusant d'enfants. Et le débat sur le monstre revient aussi tôt. Ces hommes sont-ils encore des hommes ? Je me suis senti particulièrement mal à l'aise devant ces reportages, et il me semblait même que la prison ne pouvait suffire dans leur cas ... Je comprends les parents d'enfants violentés qui pourraient être tentés de faire justice eux-mêmes sur ces pédophiles et de manière définitive. Je comprends même les véléités présidentielles de leur appliquer la castration médicamenteuse (ou physique ?) ...
//www.jeanmarcmorandini.com/article-38025-les-infiltres-pedophilie-un-elu-des-yvelines-sera-juge.html
//www.programme-tv.net/programme/culture-infos/r14107-les-infiltres/2081638-pedophilie-les-predateurs/

On ne ressort pas indemne d'une telle émission. La dénonciation par les journalistes (de l'agence Capa) était la seule supportable après cette émission, car le malaise vient du fait que ces pédophiles puissent donner libre cours à leurs pulsions, que la police soit incapable de les attraper, mais que cela semble malgré tout aussi simple à des journalistes de les approcher et de les rencontrer (mais plusieurs mois d'infiltration).

Le propre de la télévision est malgré tout de nous informer de ce qui se passe à l'autre bout du monde ou aux marges de notre monde. C'est aussi un moyen de mettre en garde nos enfants des dangers qui les guettent ... Et cette réalité fait froid dans le dos : 750.000 prédateurs pédophiles seraient en permanence connectés sur internet dans le monde ... Mais ce n'est pas l'émission qui fait peur ou qui participe à un climat de peur ! C'est la réalité de ces chiffres qui fait peur, la réalité de cette dépravation, de cette monstruosité qui guette nos enfants tapie dans l'ombre d'internet !

Il n'y a parfois pas place pour la morale, mais uniquement pour ce que nous dicte notre conduite, et je ne suis même pas certain que ces pédophiles, surtout ceux qui se décident à passer à l'acte, méritent encore l'appelation d'humain, ou non pas de monstre ... Même si, au fond,  y a-t-il une si grande différence entre la pornographie pédophile et la pornographie tout cours, puisque les deux donnent lieu à des traffics (d'enfants ou de femmes) et à des formes d'esclavagisme, dans lesquelles les enfants comme les femmes ne sont ni consentantes ni ont leur libre-arbitre ?



Saucratès


Mes précédents écrits sur la Morale
1.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2002623-sur_la_morale__1_.html

2.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2002665-sur_la_morale__2_.html

3.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2002708-sur_la_morale__3_.html


24/06/2012
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Sur la morale (3)

Réflexion trente (14 avril 2010)
De l'importance de ne pas confondre ce qui est amoral de ce qui est illégal ou pénalement condamnable ... et inversement ...

Sans y faire attention, on a souvent tendance à mélanger (moi le premier vraisemblablement) concepts moraux et concepts légaux. Contrairement aux apparences, tout ce qui est interdit par une loi (en France) n'est pas condamnable par la morale, et inversement, tout ce qui est considéré comme condamnable en regard de la morale n'est pas condamné par la loi. Si le meurtre est à la fois contraire à la morale et à la loi, il existe d'autres exemples respectant cette assertion ...

Ce sujet de débat se double d'un autre problème qui m'a toujours semblé gênant pour toute explication philosophique et morale : la multiplicité des législations nationales et des morales, qui fait que tel acte autorisé par la morale et/ou la loi chez untel et condamné par la morale et/ou la loi ailleurs ... Les exemples sont beaucoup plus faciles à trouver et à citer, de la polygamie en passant par la consommation de viande porcine ou d'alcool, ou l'achat et la possession de quelconques biens capitalistes (ou simplement de terres) en Chine ou en URSS ... 

Cette multiplicité des lois et des morales impliquent forcément de définir un tronc éthique et légal commun, que tout humain véritable devrait respecter tandis que les autres actes non concernés par ce tronc commun ne pourraient plus alors être considérés comme universellement condamnables moralement ou légalement ...

En effet, comment légitimiser la condamnation morale ou pénale d'actes qui serait considérés comme normaux moralement et/ou pénalement sous d'autres lattittudes voire à quelques kilomètres de là, la frontière passée ? Comment condamner l'adultère, la consommation d'alcool, de stupéfiants ou de drogues, la polygamie, ou toute autre occupation dans un pays alors que ces mêmes actes ne posent aucun problème ailleurs ?

L'absence de possibilité de légitimiser de telles formes d'actes posent aussi un problème ethnocentrique ... Comment résister à l'envie de comparer les morales ou les législations et de les juger les unes par rapport à l'autre. Lorsque l'islam considère les croyances morales autres que les siennes comme impies ou mécréantes, il ouvre alors la porte à ce que certains dénomment le jihad, imposer les saintes croyances par le glaive (ou les bombes aujourd'hui). La tentation était la même pour la religion catholique les siècles précédents, avec l'évangélisation forcée et forcenée de l'Afrique et des Amériques, qui ont conduit à l'extermination des peuples et des civilisations africaines et amérindiennes.

Cette tentation est également toujours actuelle dans la civilisation occidentale, qui consiste à considérer comme barbare tout trait culturel, moral ou légal en opposition à nos propres valeurs, que ce soit la polygamie (condamnation qui nous met bien mal à l'aise, nous hommes occidentaux, puisque nous rêverions parfois de pouvoir en bénéficier, sans penser à toutes les obligations qui en découlent, ou dont nous contournons habilement l'interdiction en prenant des maîtresses ...), l'excision, les rites d'initiation, ou les impératifs communistes de condamnation de la propriété privée ... 

L'occident a ainsi toujours eu l'habitude culturelle de considérer comme barbare, effrayant et contraire à la morale tout ce qui était différent de ces valeurs et croyances. Mais plus largement, on peut dire que chaque morale ou législation a toujours cette prétention à s'estimer universelle ; jusqu'à ces civilisations amérindiennes (ou autres) primitives demeurées à l'écart de l'humanité qui se réservaient à elles-seules le terme d'hommes ...

Mais le relativisme pose inversement d'autres problèmes. Si le meurtre d'autres êtres humains avait été considéré comme naturel et normal dans certaines civilisations, cela devrait-il remettre en cause la portée de l'interdiction énoncée du meurtre d'autres personnes ? Par exemple, la culture occidentale esclavagiste qui a considéré comme normaux les châtiments corporaux et la mise à mort des esclaves noirs coupables de s'être simplement enfuis ou rebellés justifie-t-elle que ces actes ne puissent être considérés comme amoraux, pénalement condamnables, et criminels ?

Cette préoccupation rejoint d'une certaine manière le concept d'«éthique minimale» développée par Ruwen Ogien dans ses livres «La panique morale» et «L'éthique aujourd'hui». L'éthique minimale repose sur trois piliers :
a) La neutralité à l’égard des conceptions substantielles du bien
b) Le principe négatif d’éviter de causer des dommages à autrui
c) Le principe positif qui nous demande d’accorder la même valeur aux voix ou aux intérêts de chacun.

Le fait que cette théorie morale de Ruwen Ogien se soit développée à partir de la pornographie et de la prostitution (et appliquée aux lois bio-éthiques) me semble être particulièrement intéressant. Voilà une activité humaine qui fait l'objet presque universellement et de tout temps d'une très forte réprobation à la fois morale et législative ... et en même temps, il s'agirait d'un des plus vieux métiers du monde, et il est également assez peu différentiable de toute une série de pratiques féminines et masculines concernant des personnes de niveaux sociaux ou de niveaux de richesse très différents ...

Peut-on ainsi dire que la prostitution est moralement condamnable ou pénalement poursuivable ?... Lorsque dans d'autres pays, à quelques kilomètres parfois de chez nous, la prostitution est une activité professionnelle comme une autre, ayant vitrine sur rue (textuellement) ...


Réflexion vingt-neuf (19 mars 2010)
De l'absence d'éthique d'une grande majorité de nos contemporains (suite) ...

Il y a près d'un an, le jugement du procès du gang des barbares, ces jeunes désoeuvrés des cités de la banlieue parisienne qui avaient suivi Youssouf Fofana et avaient participé au rapt, à la torture et à l'assassinat d'un jeune homme, Ilan Halimi, à l'hiver 2006, m'avait conduit à m'interroger sur ce qui fait que l'on peut se transformer en geôlier et en tortionnaire sadique. Tout le monde peut-il basculer dans cet état où il ne reste plus une once d'humanité en nous ? Telle était ma question.

Ma réponse est oui ! Presque tout le monde peut basculer !

Un article intéressant du Monde d'il y a quelques jours répond plus ou moins à ma question. Je connaissais l'expérience mise en place et racontée par un universitaire américain (et psychologue) Stanley Milgram, dans son livre «Soumission à l'autorité» (Calmann Levy) paru en 1974. Je n'ai par contre jamais lu l'essai d'Hannah Arendt intitulé «Eichmann à Jérusalem» publié en 1966. Pour simplifier, une émission de jeu télévisée (mais qui ne sera vraisemblablement jamais diffusée), «Zone Xtrème», mettait des candidats et le public dans la situation du bourreau en leur faisant appliquer des chocs électriques de 200 à 460 volts à un candidat enfermé dans une cage. Et les candidats dans cette situation de jeu télévisée se transformaient très majoritairement en tortionnaires sadiques, malgré les supplications de la personne enfermée (qui en fait simulait ... heureusement pour elle).
//www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2010/03/17/le-jeu-dont-vous-etes-le-bourreau_1320397_3236.html

Cette terrible expérience de télé-réalité (ou de jeu télévisé) met en lumière le fait qu'en la majorité d'entre nous sommeille un monstre sans coeur ni pitié, sans éthique et sans aucune valeur morale. Près de 80% des candidats à ce jeu (53 sur 69) ont obéi aux 'ordres' d'une présentatrice de télévision nommée Tania Young. Aucune contrainte n'était exercée sur ces candidats si ce n'est la pression d'une présentatrice et les hurlements d'un public tout aussi fanatisé et simplement chauffé par un «chauffeur de salle», qui scandait «châtiment, châtiment». Cela a suffit pour faire de 53 candidats des tortionnaires sans pitié, obéissant simplement et aveuglement aux ordres donnés, sans se poser de question sur la légitimité de ces ordres et sur leurs implications morales.

Vous et moi, aurions-nous fait partie de ces 80% de tortionnaires ou des 20% de candidats 'moraux' ? Le pire c'est que l'on n'en sait pas grand chose sans y avoir participé ... si ce n'est que je fais plutôt partie des personnes préférant la contradiction à la conformité au groupe ... et que m'opposer à un groupe ne me fait pas particulièrement peur ...

Qu'est-ce qui explique cette absence de sentiment moral d'un certain nombre d'entre nous, comme nous l'apprend cette expérience télévisuelle ou l'affaire du «gang des barbares ? La soumission à l'autorité comme l'indiquait le psychologue américain Stanley Milgram ? Mais la présentatrice de télévision n'avait pas d'autorité si ce n'est celle que les téléspectateurs accordent aux présentateurs de télévision. La soumission aux désirs du groupe, le souhait d'appartenance à un groupe, le souhait de reconnaissance, la peur de ne pas être accepté par un groupe ?

Ou alors enfin cela provient-il de la distanciation à la victime et aux actes eux-mêmes de torture ? Les mêmes tortionnaires n'appliqueraient vraisemblablement jamais directement la torture à leurs victimes s'ils devaient être confrontés au sang, aux appareils de torture, aux corps qui souffrent. Arracher des ongles n'est pas simple. Appuyer sur un bouton à distance est beaucoup plus simple. La technique peut ainsi nous transformer majoritairement en monstres.

Que faut-il faire de ces sadiques qui ont cru torturer de pauvres victimes ? Peut-on les laisser en liberté sans surveillance, alors que l'on sait désormais qu'ils pourraient faire des tortionnaires sans pitié, ou qu'ils auraient fait de parfaits nazis sans pitié ni cerveau ? Des monstres rodent en liberté !


Réflexion vingt-huit (6 mai 2009)
Ce que nous enseigne l'affaire du martyre d'Ilan Halimi sur l'absence d'éthique d'une grande majorité d'entre nous ...

L'affaire du rapt et du martyre d'Ilan Halimi, également appelé affaire du gang des barbares, a démarré devant la cour d'assises des mineurs de Paris. Le rapt d'Ilan Halimi, survenu à l'hiver 2006, au cours duquel le jeune homme fut torturé à mort, avait concerné un nombre très important de personnes. Vingt-sept personnes, dix-sept hommes et dix femmes sont mises en examen dans cette affaire.

Toute personne plus ou moins sensée (ce qui exclut évidemment le chef de ce groupe, Youssouf Fofana), il me semble, devrait tenter de s'interroger sur le comportement qui aurait été le sien dans une situation comparable à l'occupation de la France au cours de la seconde guerre mondiale ... Aurions-nous été du côté des bourreaux ou des résistants à l'Innommable. En tout cas, cela m'arrive parfois, lorsqu'un évènement ou un film me conduisent à réfléchir à cette période de l'histoire de l'Europe. Je n'aurais peut-être jamais l'occasion de le savoir ; il faut mieux l'espérer, pour moi et pour ceux que j'aime.

Mais les personnes impliquées dans cette affaire, et mises en examen, ont la réponse à cette question ! Ils auraient été du côté des barbares, des miliciens, des gestapistes, des bourreaux. La très grande majorité d'entre eux auraient pu mettre fin au calvaire de Ilan Halimi, informer même anonymement la police en indiquant l'endroit où il était séquestré. Aucun ne l'a fait, pendant les trois semaines que dura son calvaire. Ilan Halimi est décédé quelques minutes après avoir été retrouvé, menotté, nu et agonisant près d'une voie ferrée.

Vingt-sept personnes au minimum auraient pu mettre fin à son calvaire. Les geôliers qui le gardaient à tour de rôle. Ceux qui l'ont porté de son premier lieu de détention (un appartement) jusqu'à la cave où son calvaire a continué. Ceux qui l'ont frappé ... Et ce silence a duré trois semaines ! Trois semaines d'absence de sens moral, pour des personnes qui auraient du avoir une conscience !... Evidemment, on a un sens moral ou on en n'a pas, on a une conscience ou on en n'a pas ! Trois minutes suffisent ... Trois semaines n'y changeront rien, comme cette histoire l'a démontré ... Par malchance pour Ilan Halimi, l'ensemble des membres de ce groupe étaient privés de tout sens moral, de toute conscience ... Et une question me taraude ? Ces 27 personnes étaient-elles des exceptions, une absence de chance tragique d'Ilan Halimi qui fit qu'il tomba sur eux ? Ou bien est-ce que l'immense majorité des jeunes habitants des cités françaises sont tout autant privés de tout sens moral, tortionnaires en puissance de toute personne suffisamment différente d'eux-mêmes et sur laquelle ils auraient tout pouvoir ? Cette question, il nous faut tous nous la poser, évidemment, mais je crains que la jeunesse d'aujourd'hui, tout particulièrement dans ces zones sensibles que sont les cités de la région parisienne, n'ait perdu tout sens éthique et moral ...

Racisme de ma part (en écrivant cela je pense à mon ami virtuel Bilou Moliets) ? Ou triste réalité comme nous le prouve cette histoire ? Cette affaire est abominable, quelque soit l'origine et le milieu social de Ilan Halimi. Vivons-nous au milieu de centaines de milliers de jeunes (ou de moins jeunes) de banlieue privés de sens moral et de conscience, de barbares, de monstres sociaux susceptibles de se transformer en tortionnaires et en geôliers ? Ce que l'on sait, en tout cas, c'est que vingt-sept personnes d'une même cité (Bagneux), de toute origine, ont commis l'irréparable, un crime contre l'humanité ... et qu'aucune peine ne sera à la mesure de leur crime.

Pour information, la liste des vingt-sept 'barbares' (ou personnes mises en examen dans cette affaire) ... Que personne n'oublie leur nom et leur rôle dans cette terrible histoire ...
- Youssouf Fofana, le 'cerveau', de parents ivoiriens,
- Christophe Martin-Vallet dit «Moko», martiniquais,
- Jean-Christophe, alias «Zigo», mineur au moment des faits, tortionnaire
- Jérôme Ribeiro, alias «coup de tête», aurait été dissuadé par ses parents de parler
- Samir Aït Abdelmalek, alias «smiler»
- Yahia Touré Kaba, geôlier
- Fabrice Polygone, étudiant en BTS, geôlier
- Giri Oussivo N'Gazi, geôlier
- Francis N'Gazi, geôlier
- Diossin Mendy
- Nabil Moustafa, alias «Bilna», livreur de pizza et footballeur, geôlier
- Cédric Birot Saint-Yves, geôlier
- Gilles Serrurier, gardien de l'immeuble où était séquestré Ilan Halimi
- Jean-Christophe Soumbou, alias «Marc» alias «Crim» alias «Craps», ancien co-détenu de Youssouf Fofana à la prison de Nanterre
- Yassin, homme de main recruté par Jean-Christophe Soumbou
- Almane Dialo, prêteur sur gages
- Jérémy Pastisson
- Franco Louise, dit Pak-pak, ancien champion de France de boxe Thaï
- Tiffenn Gouret, bretonne, aurait fourni les «appâts»
- Emma alias «Yalda» de son prénom original «Sorour», de mère iranienne, mineure au moment des faits, elle a servit d'«appât» pour piéger Ilan Halimi le 20 janvier
- Audrey Lorleach dite «Léa» ou «Natacha», étudiante en assistance médicale, aurait servi auparavant d'«appât»
- Murielle Izouard, amie d'Audrey, inculpée de «non-dénonciation de crime» (était admissible au moment à l'écrit du concours de gardien de la paix de la police nationale).
- Leila Appolinaire, amie de Jérôme Ribeiro, mise au courant des faits, inculpée de «non-dénonciation de crime».
- Alexandra Sisilia, aurait servi d'appât prècèdemment
- Ruth, aurait aussi servit d'«appât»
- Sarah, aurait aussi servit d'«appât»
- Isabelle Mensah, confidente de Yalda, au courant des faits, inculpée de «non-dénonciation de crime».
- sans compter quelques autres personnes, parents de Jérôme Ribeiro ou amis de tortionnaires ou de geôliers ...

Devant ces faits atroces, je regrette l'abolition de la peine de mort, à la manière dont Youssouf Fofana le mentionnait lors de son interview télévisée en Cote d'Ivoire, avant son expulsion pour la France. Il est insupportable que ces personnes puissent échapper à la guillotine, insupportable de penser que ces personnes pourront sortir après quelques années de prison, qu'ils pourront vivre libres. Insupportable de penser qu'ils s'en tireront comme cela, avec quelques années de prison et qu'ils sortiront à peine au bout de la moitié de leur condamnation. Et insupportable de penser que ces personnes, dénuées de tout sens moral, pourront de nouveau recommencer leur macabre expérience.

L'abolition de la peine de mort, pour laquelle Robert Badinter se batît, est-elle une bonne chose ? Ces tortionnaires ont-il eu la moindre pitié, la moindre commisération, la moindre trace d'humanité pour Ilan Halimi ? Alors, pour quelles raisons la société française leur accorderait-elle une considération et une humanité que ceux-ci n'ont pas eu pour Ilan ? Pour ma part, je ne me pose pas la question. Pour certains crimes atroces, la peine de mort demeure l'unique réponse cohérente à l'inhumanité de certains, qu'ils soient violeurs d'enfants, malades mentaux ou non, ou monstres sociaux comme Youssouf Fofana et ses comparses tortionnaires et geôliers ...


Réflexion vingt-sept (5 avril 2009)
La place de la morale dans le monde d'aujourd'hui (suite) ...


Mon ami virtuel Bilou Moliets contestait que je puisse écrire que « (...) les foules de ces états arabo-musulmans (...) ne se reconnaissaient plus dans aucune valeur morale supérieure (...) » ... En écrivant cela, en citant une interview d'Amin Maalouf, écrivain libanais dont j'ignore l'appartenance religieuse, je pensais à ces foules haineuses qui manifestaient régulièrement à une époque récente devant les ambassades de France et de certains pays occidentaux, aux appels d'imprécateurs religieux extrêmistes, contre les propos du pape Benoît XVI, contre les caricatures de Mahomet publiées dans certains journaux européens, contre l'affaire du traitement du foulard islamiste dans les écoles françaises, et de nombreux autres évènements tous aussi anodins que j'ai pu observés ces dernières années.

Pour de nombreux observateurs, ces foules haineuses sont en fait manipulées par les pouvoirs politiques de ces états, souvent peu démocratiques, qui utilisent ce moyen de la pression populaire pour envoyer des messages aux états occidentaux avec lesquels ils sont parfois en conflit diplomatique, ou sous le coup de sanctions diplomatiques ou économiques (par exemple la Syrie ou l'Iran). Il est clair que des foules haineuses aux abords d'une ambassade en terre étrangère (même si ceci est une aberration puisqu'une ambassade est un morceau du territoire de la nation étrangère), protégée par quelques clôtures ou grilles et quelques gardes de faction, sous la protection de forces de police étrangères d'un état étranger dont on ignore tout des buts réellement poursuivis, dont on pense qu'il encourage justement cette même manifestation, et qu'il pourrait tout à fait autoriser à dégénérer ... peuvent faire peur pour la sécurité physiques de leurs ressortissants aux états occidentaux ...

La question sur laquelle m'interpelle Bilou Moliets peut donc être de savoir si ces foules haineuses ont encore des valeurs morales, mêmes différentes des nôtres (à nous occidentaux), même hors de tout référent judéo-chrétien ? En parlant ici de foules haineuses, je réponds involontairement à la question. En pensant à des groupes extrêmistes terroristes se réclamant d'une croyance islamisque, qui usent d'attaques terroristes pour arriver à l'établissement de leur idéologie religieuse, pour lesquels toute croyance différente des leurs est une hérésie (en disant cela, je fais un parallèle avec les excès du catholiscisme au cours de notre moyen-âge européen) et une condamnation à mort, je ne crois pas manifestement à l'existence d'une morale guidant leurs actions (ou du moins rien que s'apparente à une morale au sens que l'on entend philosophiquement parlant en Occident).

Bizarrement, notre Occident, au cours de son histoire passée, n'a reconnu qu'une seule forme de légitimité morale, même hors de toute rationalité, au déferlement de telles haines. Cette légitimité morale a pour nom patriotisme. Le patriotisme a conduit des foules à manifester leur colère contre des peuples étrangers et les a poussé au meurtre et à la guerre. Le patriotisme a conduit des hommes à des actes terroristes contre des forces armées d'occupation militaire (que ce soit hier en France ou aujourd'hui en Israël), ou à cautionner l'usage de la bombe atomique contre des civils étrangers (Hiroshima et Nagasaki).

Nos peuples étaient-ils moraux lorsqu'ils étaient ainsi poussés aux pires extrêmités de la haine de l'autre et de la violence, lorsqu'ils tuaient ou violaient hommes, femmes ou enfants ? Vraisemblablement pas plus que les foules haineuses de certains pays arabes ou musulmans ... Mais au moins l'explication à cette haine était-elle une situation de guerre contre une adversaire étranger diabolisé, et aux lendemains de ces guerres, les opinions publiques en sortaient-elles un peu dégrisées, désaoulées et se sentant coupables de toute cette haine déversée.

Dans le cas des foules haineuses arabes, il y a normalement pas d'état de guerre officiel entre ces états et les nôtres, il n'y a pas plus de sentiments de culpabilité chez ces personnes, et il ne s'agit pas non plus de patriotisme ... mais plutôt d'une guerre de religion. D'une certaine façon, notre appréciation de l'existence d'une possible morale chez eux, reposant sur la possibilité d'une reconnaissance d'une culpabilité devant leurs actes, d'une rationalité de ces mêmes actes, ne me semble pas exister. Et je rejoins donc Amin Maalouf en pensant qu'il n'y a pas de morale (ou plutôt affaiblissement de la morale) dans ces foules haineuses et dans ces groupes terroristes islamistes, de la même manière qu'il y a eu disparition de la morale dans nos états occidentaux lors de chaque conflit moderne contre un état ou un groupe adverse, dès lors que l'humanité de ces derniers était remis en cause et que tous les moyens militaires étaient utilisés pour gagner ce conflit.

Même si, en disant cela, j'ouvre la porte à la diabolisation de ces hommes et femmes, de ces foules, en leur retirant en fait leur humanité, car comment reconnaître une humanité à des personnes si on les considère comme privées de morale ?

 

 

Réflexion vingt-six (1er avril 2009)
La place de la morale dans le monde d'aujourd'hui ...


En ce jour des poissons d'avril, une pensée un peu plus sérieuse. En lisant Amin Maalouf, je me rendais compte de l'acuité de son regard sur le dérèglement du monde actuel, du monde tel qu'il est. Je me rendais compte de l'importance de la morale, et de sa place dans mes réflexions. Je suis tout à fait d'accord avec son analyse sur l'absence totale de morale de la civilisation arabo-musulmane. Les foules de ces états arabo-musulmans, les groupes politiques et terroristes appartenant à la mouvance islamique et religieuse, ne se reconnaissent plus dans aucune valeur morale supérieure, se référant uniquement à la haine des autres et de ceux qui leur sont étrangers. Comme l'écrit Amin Maalouf, « on aurait pu s'attendre à ce que la croyance religieuse aiguise le sens moral. Mais c'est souvent l'inverse qui se produit. Comme si, en proclamant sa foi, on pouvait se dispenser d'avoir également des valeurs civiles. »

De là, les actes terroristes des islamistes irakiens, saoudiens, algériens, palestiniens, libanais, pakistanais ou afghans cessent de paraître incompréhensibles, barbares ou inhumains. Ils ne font que réfléter une absence totale de morale au sens où l'occident l'entend ; une absence de morale due peut-être à l'inhumanité dans laquelle ils considèrent l'ensemble des personnes qui n'ont pas la même religion et la même croyance qu'eux. Des infidèles ou plutôt des animaux ...

Mais, selon Amin Maalouf, l'Occident présente la même indigence en matière de conscience morale ; morale qui ne cesse d'être agitée aux yeux de tous, notamment lorsqu'il faut condamner les agissements de nos adversaires, mais qui n'est plus en fait pertinente dans les actes de tous les jours, morale qui n'est plus opérante et qui n'est plus appliquée par ceux-là même qui s'en réclament.

Je suis également assez d'accord avec Amin Maalouf sur ce deuxième point. La morale n'est plus une variable opérante dans la réalité de nos sociétés occidentales modernes. La morale peut être agitée comme caution de nos existences, de nos agissements, elle peut être agité pour juger les actes des 'autres', des étrangers, mais elle n'existe pas véritablement dans nos sociétés. Il suffit de voir les différences de richesse cohabitant dans nos sociétés et les différences de train de vie ... Entre ceux qui voyagent dans des yachts ou des avions privés, qui vivent dans des châteaux luxueux, profitent de vacances de milliardaires, et l'immense majorité d'entre nous qui bouclent difficilement leurs fins de mois ... La morale n'existe plus vraiment ; elle est censée régir désormais les relations interindividuelles au sein des familles, charge aux parents d'apprendre la morale aux enfants pour leur apprendre à se satisfaire de leur position subalterne dans la société, qu'ils doivent en plus entretenir pour que quelques nantis en profitent ...

D'où l'importance d'une réflexion sur la morale ... et de l'importance de rappeler la nécessité impérieuse de la morale et de son développement dans le corps de la société ... et de son impossible séparation d'avec la justice et d'avec la loi, pour que la morale redevienne opérante au moins dans nos sociétés occidentales ...


Réflexion vingt-cinq (31 décembre 2008)
Intermède philosophique ...


Dernier jour d'une année 2008 agonisante, finissant dans le sang coulant à Gaza, sous les coups d'Israël ... Année où nombre de certitudes des économistes et de nos responsables politiques se sont écroulées, mais qui a vu nos gouvernements voler au secours des puissants alors qu'ils laissent tant de pauvres se débattre seuls dans la misère. Crise du capitalisme, ou crise du modèle d'une société capitaliste reposant sur la possibilité d'ascension d'une fraction de sa classe moyenne ?

Pour clore cette année 2008, je me propose de me réfugier dans quelques citations de quelques lecteurs de Platon. Ainsi de Monique Canto-Sperber, spécialiste de la philosophie morale, qui écrit : « ... L'un des immenses mérites de Platon est d'avoir su donner aux jugements politiques et moraux le statut d'énoncés ayant valeur de vérité ... » ... ce qui correspond à ma recherche d'une morale supérieure à la morale de troupeau dont nous parlait Connaissance.

Ainsi d'Alain Badiou, qui écrit : « ... La situation planétaire de la pensée atteste que toutes les formes du relativisme actuel sont liés à l'emprise du capitalisme mondialisé, et que l'individualisme affiché, le culte du bonheur personnel et les politiques identitaires de tous ordres ne sont que le revers d'une implacable progression de la persécution des plus faibles ...

... Pourquoi notre guide, au regard de cette situation, doit-il être Platon ? C'est que celui-ci prouve qu'un accès à l'absolu est nécessaire pour se gouverner dans le monde. Avec Platon, nous saurons affirmer qu'il n'est pas vrai que l'alpha et l'oméga de l'existence collective soit l'équité des contrats et la convocation aux urnes. Cette équité se réalise de fait comme consentement à l'injustice, et ces votes incessants ne sont que les cérémonies de l'impuissance ... »
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Et enfin de Léo Strauss, qui écrit : « ... Platon a composé ses écrits de manière à empêcher pour toujours de les utiliser comme des textes faisant autorité. Ses dialogues ne nous donnent pas tant une réponse à l'énigme de l'être qu'une imitation extrêmement claire de cette énigme. Son enseignement ne peut jamais devenir l'objet d'un endoctrinement. En dernière analyse, il est impossible d'utiliser ses écrits pour une fin autre que la pratique de la philosophie. En particulier, aucun ordre social et aucun parti passé, présent ou futur, ne peut légitimement prétendre avoir Platon pour patron ... » Léo Strauss écrivait cela en 1946 pour répondre à un livre de John Wild qui visait à utiliser Platon pour combattre le fascisme, de manière erronée selon Strauss. Cette lecture de Platon me semble extrêmement intéressante du fait qu'elle nie toute interprétation politique de Platon ... et explique l'aridité des livres de Platon ...

Ainsi la lecture que fait Strauss des idées de Wild : « Cette exigence s'accorde très bien avec le diagnostic suivant porté sur le fascisme. Dans leur lutte contre les petits chefs parasites (sans doute les dirigeants syndicaux, dixit Strauss), ceux qui sont au niveau le plus élevé de la hiérarchie productive, ou les riches ordonnés, sont forcés de s'unir pour se défendre contre la démocratie qui gagne du terrain. S'ils réussissent, ils établiront un régime fasciste de loi et d'ordre, accentuant les hiérarchies traditionnelles de l'Etat, et supprimant impitoyablement toute démocratie. La seule autre possibilité est qu'un génie politique ou qu'un parasite corrompu protège le peuple d'une telle révolution de classe et devienne un dictateur absolu ... ». Non pas que Strauss pense que « Wild cherche à prêcher le fascisme ou le national-socialisme ... ». Je trouve cette lecture intéressante (même si elle émane en fait de John Wild) au sens où elle n'est pas éloignée de la réalité de nos démocraties modernes actuelles et de leur fonctionnement, qui ne sont peut-être après tout que des formes de régimes fascistes de loi et d'ordre contrôlés par la classe des richissismes milliardiaires qui contrôlent nos vies et l'état ...


Réflexion vingt-quatre (9 septembre 2008)
Ouverture du procès en appel à Colmar de Pierre Bodein dit Pierrot le fou ... Ou de l'impossibilité pour nos sociétés de juger et de se protéger des monstres tels Pierre Bodein ou Fourniret, parmi d'autres ...


Pierre Bodein repasse en jugement, après avoir fait appel de sa condamnation à la perpétuité incompressible prononcée en juillet 2007, pour le meurtre d'Hedwige Vallée, 38 ans, de la séquestration, du viol et du meurtre de Jeanne-Marie Kegelin, 10 ans, et du viol et du meurtre de Julie Scharsch, 14 ans.

Son procès s'est ouvert ce mardi 9 septembre 2008 devant un jury d'assisses, à Colmar, dans le Haut-Rhin. Durant son précédent procès, en juillet 2007, qui avait duré trois mois, Pierre Bodein n'avait cessé de clamer son innocence, malgré des preuves ADN confondantes (notamment des empreintes génétiques des victimes retrouvées dans sa voiture et sur des couteaux lui appartenant). Les meurtres dont Pierre Bodein est soupçonné avaient eu lieu en juin et juillet 2004 dans la région de Barr et d'Obernai (Bas-Rhin). Pierre Bodein était alors en liberté conditionnelle depuis trois mois, après avoir purgé quelques années de sa précédente condamnation mais évidemment pas la totalité de la peine à laquelle il avait été précédemment condamné.

Cette affaire, comme toutes les affaires de ce genre, comme par exemple l'affaire Fourniret, pose un certain nombre de problèmes, tels la monstruosité et la réponse carcérale que la société peut lui apporter (1), le problème de la récidive de la part de dangereux criminels (2), le problème de la place qui devrait être laissée à la peine de mort dans notre régime répressif pour de tels crimes (3), ou à défaut les possibilités d'élimination de la société de ces monstres (4) ... et enfin le problème de la médiatisation et du regard de l'opinion publique porté sur ce genre de procès, avec la difficile question de la présomption d'innocence (5) ... Mais Pierre Bodein mérite-t-il une telle clémence ? A-t-il laissé ce genre de droits à ces victimes ?

(1) Face à la monstruosité, que peut la justice des hommes ? Qu'est-ce qu'un monstre d'ailleurs ? Aurait-on pu tous, nous autres hommes, basculer dans la monstruosité au détour d'une rencontre ou au bout d'un chemin, dans certaines circonstances ? Ou bien est-ce notre morale personnelle qui nous en aurait préservé ... Notre morale ou notre culpabilité ? Et cette morale n'est rien d'autre que couardise, comme je m'interrogeais il y a quelques mois. En somme, devient-on un 'monstre' par accident ... ou ces personnes sont-elles prédestinées à être des monstres ... Et est-ce la peur et la crainte qui expliquent que l'on soit moral ... N'est-on moral que parce qu'on est trop couard pour devenir un 'monstre' ? La morale n'a-t-elle pas d'autres fondements que la peur ?

(2) Le problème de la récidive continue également de poser question, lorsque l'on se rend compte que de dangereux criminels, tueurs et violeurs de femmes ou d'enfants, sont aujourd'hui libérés de prison, le plus souvent sans avoir purgé la totalité de la peine à laquelle ils avaient été initialement condamnés, et alors qu'ils présentent encore une grande dangerosité pour les personnes qu'ils pourraient être amenés à croiser à leur sortie de prison.

(3) Face à de tels monstres, est-il interdit de regretter l'abolition de la peine de mort ? Sans cette abolition inopportune, Hedwige Vallée, Jeanne-Marie Kegelin et Julie Scharsch ne seraient-elle pas toujours en vie, aujourd'hui, âgées de 4 ans de plus ? La vie de Pierre Bodein, déjà condamné pour des meurtres antérieurement, vaut-elle plus que celles de ces trois jeunes femmes, jeunes filles ou enfants ? Face à cette monstruosité, je ne peux que regretter cette abolition de la peine de mort, car il est impossible de mettre en balance la mort qui aurait déjà dû être prononcé contre cet homme, il y a de nombreuses années, bien avant 2004, et les morts de Hedvige, Jeanne-Marie et Julie, qui n'auraient jamais dû avoir lieu.

(4) En effet, de quelles protections disposent les citoyens normaux pour protéger leurs enfants, leur femme des pulsions sanguinaires et des agissements de tels monstres ? Se trouve ici posé le problème de la réponse carcérale qui peut être apporté aux actions incontrôlables de ces individus. Lorsque l'on voit l'âge de Fourniret à l'époque des différents assassinats qu'il a avoués, on ne peut même pas être rassuré en se disant qu'au delà d'un certain âge, ces personnes ne présentent plus la même dangerosité ... A défaut de l'application de la peine de mort, qui, pour ma part, me semble être la seule réponse que la société devrait donner à leurs agissements, il faut trouver une mesure d'élimination de ces monstres de notre société. Je n'ai pour ma part aucune confiance dans la castration médicamenteuse pour traiter leurs pulsions ... Seule l'application réelle de la pertuité serait une réponse valable, jusqu'à la mort ... dans des prisons de haute sécurité ... A défaut, la mesure de Rachida Dati peut permettre d'atteindre un résultat équivalent. Je ne comprends d'ailleurs pas comment la justice peut considérer qu'une personne condamnée à une peine de prison à perpétuité peut être libérée au bout de dix, quinze ou vingt ans ?

Evidemment, cette réponse qui pourrait être apportée (et que je préconise en tant que citoyen lambda) par la société peut faire peur. Michel Foucault dénonçait notamment cette propension de la société moderne à enfermer ses fous et ses déviants pour ne plus les voir. Mais n'est-il pas excessif de voir dans Bodein ou Fourniret ou tant d'autres assassins et violeurs d'enfants, que le reflet de notre société, que les travers de notre société ? Ce ne sont que des monstres, à la morale pervertie, irrécupérables pour la société, non pas en tant que force productive ou consommatrice, mais en tant qu'êtres humains, en tant que prédateurs tout simplement.

(5) Enfin, comment concilier la couverture médiatique dont les assassinats commis et l'inculpation de ces personnes ont fait l'objet, et la présomption d'innocence que ces personnes devraient mériter en regard de la loi ? Comment ne pas considérer Pierre Bodein, dit Pierrot le fou, comme un monstre, comme l'assassin d'Hedwige Vallée, de Jeanne-Marie Kegelin et de Julie Scharsch ? Exercice difficile ? Comment le juger normalement de manière équitable, alors qu'il a déjà été condamné par les médias ? Et comment même accepter de le juger équitablement lorsque cette personne n'a pas offert la même équité à ces victimes ?

Là réside le noeud de l'horreur. Comment traiter en humain et en sujet de droit un monstre, un animal, un prédateur ? A mon niveau, c'est impossible. Et en tant que parent de ses victimes, cela me serait encore plus impossible.

Je sais que dans ce cas, la seule réponse qui me satisferait serait sa mort, par ma main ou par celle de la société. Evidemment, cela peut choquer ! Anna dirait que le monde est fou ! Mais Robert Badinter a-t-il eu raison d'abolir la peine de mort dans ces circonstances très particulières (ci-après le discours de Robert Badinter lors de la discussion à l'Assemblée Nationale du projet de loi portant abolition de la peine de mort le 17 septembre 1981) ?


Réflexion vingt-trois (13 juin 2008)
Du bien et du mal ... et de leur place en politique et dans les relations internationales ...


Traiter du bien et du mal ne sera évidemment pas facile. Je ne m'intéresserais pour l'instant qu'au seul aspect politique de cette question. Du besoin d'un ennemi ...

Les Etats-Unis, comme presque tout le monde, aiment les situations simples, dichotomiques. Du côté de l'ennemi, le mal ... De leur côté, le bien ... sans question à se poser. C'est notamment ce qui a conduit les Etats-Unis à ranger au lendemain du 11 septembre 2001 un certain nombre de pays dans la liste des pays de l'axe du mal. C'était déjà le cas pendant la guerre froide, ainsi que depuis le début de la seconde guerre mondiale. Une situation simple où les Etats-Unis étaient la première puissance mondiale et représentaient le bien, face aux totalitarismes.

Les attentats du 11 septembre leur ont permis de rétablir, de fabriquer un ennemi, de faire apparaître le mal contre lequel il leur fallait se défendre. Cet ennemi est l'intégrisme islamiste. Et pour que le combat soit beau, et que le regroupement autour de la nation et de ses dirigeants soit solide, il faut que l'ennemi soit formidable, et que son absence de pitié le rende haïssable. Sont-ce les Etats-Unis qui l'ont fabriqué, cet ennemi intégriste ? Question à laquelle il est difficile de répondre. En tout cas, son apparition était bien opportune. Le matraquage médiatique qui a résulté de la couverture par les médias de ces attentats, conséquence de l'horreur des attaques perpétrés contre plusieurs symboles de l'occident et de l'imaginaire ... des avions, une tour immense, des crashs aériens, le quartier de Wall-Street ...

Les médias, sept ans après les faits, continuent-ils leur matraquage médiatique sur les dangers de l'intégrisme islamique et sur le 11 septembre ? Je n'en ai pas l'impression. Mais il y a des évènements que nul ne peut oublier. Comme disait une personne dont j'ai oublié le nom, tout le monde se souvient de ce qu'il faisait et où il se trouvait lorsqu'il a pris connaissance des attentats du Worl Trade Center ... Et c'est effectivement mon cas ...


Réflexion vingt-deux (8 mai 2008)
Des monstres et de la morale - Contrepoints et commentaires de l'article d'Anna


Anna écrivait hier sur les 'monstres' dont l'actualité nous renvoie l'écho régulièrement ... ce père incestueux autrichien ... Fourniret ... ainsi que tous les autres criminels qui hantent notre société et tuent des enfants ou des jeunes femmes (Pierrot le fou ...). Elle n'écrivait rien que je ne puisse partager sur la folie et la monstruosité. Sont-ce des 'monstres' ? Anna donnait la définition suivante du vocable 'monstre' ... « personne terrifiante par ses traits physiques ou moraux ».

Le vocable de 'monstre' renvoie premièrement à la notion de sanction pénale. Quelle sanction pénale peut être prononcée contre un 'monstre' ? Un 'monstre' peut-il se racheter, peut-il changer ? Selon la réponse apportée à cette deuxième question, la notion de sanction prend une portée différente. D'un côté, l'obligation d'une 'élimination' de cet être de notre société ... De l'autre, la possibilité d'accepter une réhabilitation après une peine suffisante. L'élimination, c'est soit la peine de mort (abolie en France et plus largement en Europe), soit la condamnation à des peines de prison véritablement à vie (comme aux Etats-Unis) ou enfin l'enfermement à vie. La France applique pour l'instant des procédures de réduction de peine automatique qui vident les peines prononcées de toute valeur. Un seul condamné n'a pas bénéficié du sort clément de nombreux criminels dangereux en France ... Lucien Léger qui purge actuellement une peine de prison depuis quarante ans et qui a fait condamné la France pour traitement inhumain pour l'avoir maintenu en prison un si grand nombre d'années. Mais en quoi l'Europe a-t-elle le droit de critiquer une peine de prison appliquée par le peuple souverain français à l'égard d'un meurtrier qu'elle a condamné, que celui-ci clâme son innocence ou non ...

Il semble ainsi difficile de répondre à cette interrogation sur la possibilité d'amendement d'un de ces monstres, que ce soit Fourniret, Pierrot le fou ou un autre ? Mais cette question renvoie aussi à une autre interrogation ... Initialement, à l'instant de leur premier meurtre, de leur premier crime, ces personnes étaient-elle comparables à nous ... ou étaient-elles déjà des monstres en puissance ? En d'autres termes, dans le même enchaînement de situations, serions-nous également devenus des monstres, ou sommes-nous différents de ces 'monstres' ?

Dit encore d'une autre manière, est-ce un enchaînement de faits, ou d'une absence de faits, qui peut expliquer que Fourniret se soit enfermé dans un comportement criminel, et peut-on imaginer que si, lors de sa première agression, il avait été découvert et sa victime sauvée, aurait-il pu être rongé par la culpabilité, la peur et échapper à son futur de criminel et de monstre ? A l'inverse, peut-on imaginer que nous aurions également pu basculer facilement dans la criminalité si, à une époque, les faits ne s'étaient pas déroulés de la même manière, si nous n'avions pas eu peur au moment idoine, si nous nous étions retrouvé seuls avec une personne qui nous attirait sans réciprocité, si tout avait basculé un seul jour dans notre vie ?

Devient-on un 'monstre' par accident ... ou bien ces personnes étaient-elles prédestinées à être des monstres ... et le seraient-elles de toute façon devenues, ce jour-là ou un autre ?

Cette interrogation, toujours sans réponse renvoie également à un autre problème ... Qu'est-ce qui explique que face à une même situation, deux personnes réagissent suffisamment différemment, l'une pour basculer dans la monstruosité, l'autre pour fuir et pour culpabiliser ? Est-ce la peur, la crainte, qui expliquent qu'on devienne un meurtrier et un 'monstre', ou qu'on y échappe (ou plutôt qu'on en soit incapable) ... En d'autres termes, est-ce la peur et la crainte qui expliquent que l'on soit moral ... N'est-on moral que parce qu'on est trop couard pour devenir un 'monstre' ? Ou la morale a-t-elle un autre fondement que la peur ?


Réflexion vingt-et-une (29 mars 2008)
Fanatisme islamique, libertés publiques et guerre des civilisations : le prétexte du film anti-islam Fitna du néerlandais Geert Wilders


Une nouvelle fois, un certain nombre de pays dont la religion officielle est l'islam (à moins qu'il ne faille dire ... la seule religion autorisée ...) hurlent à l'anathème parce qu'un film produit et diffusé en Occident vient attaquer leur religion ... Précédemment, cela avait été un livre (les Versets Sataniques), des caricatures parues dans des journaux (au Danemark et en France), ou les déclarations du pape Benoît XVI sur le Jihad en septembre 2006 ...

Cela pose plusieurs problèmes particulièrement sensibles. Le premier consiste simplement à se rendre compte qu'il est impossible pour des pays ne reconnaissant pas les libertés publiques de leurs citoyens (Iran, Syrie, Arabie Saoudite, Jordanie, Indonésie ...) de comprendre que d'autres états, essentiellement en Occident, puissent être tenus de respecter les libertés publiques de leurs citoyens sur leur territoire. Comment l'Iran ou la Syrie pourraient-ils comprendre que les Pays-Bas, le Danemark ou la France ne peuvent pas jeter en prison un homme, un journaliste ou un patron de presse parce qu'il a produit un film, quelques caricatures ou écrit un livre, interdire ce livre, ce journal ou ce film, ou censurer tout écrit qui n'aurait pas l'agrément du Pouvoir en place ? C'est un problème de culture. La culture des pays du monde musulman est une culture de la peur, de la violence centrale, de l'absence de droits. D'où les meurtres ou les arrestations sommaires de journalistes, de cinéastes ...

Et c'est la raison pour laquelle les prix Nobel de la Paix sont attribués dans ces pays arabes (je pense à l'Iran particulièrement mais les autres pays arabes sont dans une situation exactement semblable) à des hommes ou des femmes qui se battent pour faire reconnaître les droits des citoyens dans leur pays, au péril de leur vie ou de leur liberté le plus souvent ... Le prix Nobel de la Paix n'a pas été attribué à un dirigeant arabe (mis à part ceux qui sûrent dépasser leurs clivages pour défendre la paix israëlo-palestinienne) ... Par contre, en Occident, ce sont les hommes politiques qui sont parfois récompensés au travers de l'attribution du prix Nobel de la Paix pour leurs actions en faveur de la paix et du droit. Ce n'est pas un hasard ...

Les Pays-Bas étaient déjà allés très loin en bloquant la diffusion de ce film sur internet et en salle, bien au-delà de ce que devrait autoriser la législation européenne sur nos libertés publiques. Evidemment, dans nos pays pratiquement démocratiques, ces libertés publiques doivent être limitées par l'intérêt collectif de tous. Et il est évident qu'il était indispensable de bloquer ce film dont la diffusion risquait d'embraser le monde musulman, comme lors de l'épisode des caricatures de Mahomet. Mais n'est-il pas terrible que nos gouvernements soient obligés de violer nos libertés individuelles parce que des fanatiques religieux musulmans, à des milliers de kilomètres ou au sein même de nos cités, vont menacer nos pays d'attentats, vont s'attaquer à nos ambassades ou mettre à mort certains de nos compatriotes qui pourraient tomber entre leurs mains ?

Geert Wilders n'a-t-il donc pas au fond tout simplement raison sur la dangerosité de l'islam et de la religion musulmane. Si des gouvernements et des fanatiques étrangers peuvent contraindre nos gouvernements à violer nos lois et nos droits civiques, n'ont-ils pas déjà gagné cette guerre qu'ils nous livrent depuis de nombreuses années, commencée bien avant le 11 septembre 2001, sur notre propre territoire ?

Comment est-il possible que nous puissions critiquer nos hommes politiques, la monarchie anglaise, la religion catholique (comme avec le film ... La passion du Christ ... de Martin Scorcese), mais pas une religion étrangère telle celle des mahométans ? S'intéresse-t-on à ce que ces fanatiques religieux disent ou publient dans leur propre pays, dans leur langue arabe ? Fait-on un scandale international parce qu'un fanatique illuminé écrit un pamphlet incendière sur notre religion, notre Dieu, la vierge Marie ou Jésus ? Notre droit s'arrête à chacune de nos frontières, et certains d'entre nous seraient simplement autorisés à faire interdire la publication d'un tel livre chez nous. Mais pour quelle raison irions-nous interdire un tel livre en Iran, en Syrie, en Arabie Saoudite, en Jordanie, en Indonésie ou au Pakistan ?

Il y a un autre problème ... la possibilité que tout musulman soit un terroriste potentiel, avec une version de cette religion qui incite au Jihad et au sacrifice de sa vie par le suicide terroriste ... le fait qu'à ce jour, nul catholique ou nul occidental ne peut être sûr que son voisin musulman ou son collègue de travail ne soit pas un terroriste potentiel, attendant l'occasion de perpétrer un attentat meurtrier ... Terrible de le dire, de le penser ou de l'écrire ... Surtout dans nos pays où toute discrimination est bannie et où tout homme a droit d'être considéré comme innocent tant qu'il n'a pas été condamné pénalement.

Pour rappel, il faut se rappeler qu'en septembre 2006, suite aux déclarations contreversées du pape Benoît XVI sur le Jihad, un chef religieux musulman de la capitale somalienne, lié au puissant mouvement des tribunaux islamiques, avait appelé samedi les musulmans à "se venger" du pape. "Quiconque offense notre prophète Mahomet devrait être tué par le musulman se trouvant le plus proche de lui", avait-il lancé dans une mosquée du sud de Mogadiscio. Pour ces fanatiques, tout musulman doit être un terroriste en puissance ... et selon la valeur que chaque musulman accorde à sa religion ... tout musulman peut en devenir un ... Imagine-t-on aujourd'hui nos curés dans nos villes et nos campagnes prêcher la guerre sainte et le meurtre des musulmans qui nous entourent ou que nous fréquentons ?...

La religion catholique a été évidemment dans la même situation autrefois, à l'époque des Croisades, au début du Moyen-Age européen ... Tout catholique pouvait à cette époque se réveiller en Croisé (bon surtout les nobles) pour partir libérer Jerusalem des mains des mahométans ... La religion catholique retrouva également une telle frénésie au quinzième et seixième siècle, à l'époque de l'Inquisition espagnole et des guerres de religion. Mais cette histoire douloureuse appartient à notre passé. Cette histoire est aujourd'hui terminée en Occident, chez les chrétiens ... la religion appartient à la sphère des croyances privées de chacun d'entre nous, et nous ne tenons plus à l'imposer par la haine au reste du monde. Mais ce n'est pas le cas de l'islam à ce jour.

Cette histoire de film présente une dernière caractéristique attristante. Nos gouvernements vont se lancer dans une course aux génuflexions vis-à-vis des états du monde musulman pour s'excuser du comportement certainement hautement répréhensible de Geert Wilders. Et un certain nombre de personnes vont menacer d'attaquer (judiciairement ou physiquement) ce dangereux terroriste néerlandais, au lieu de se tourner et de s'unir contre les véritables terroristes de cette histoire ... les gouvernements du monde musulman qui nous menacent (Iran, Syrie, Arabie Saoudite, Jordanie, Indonésie, Pakistan ...) ... et le fanatisme religieux islamiste ...

La guerre des civilisations (c'est-à-dire des religions) aura-t-elle finalement lieu ? En tout cas, l'Islam et les états qui s'en réclament, l'ont déjà déclarée à l'Occident ... Simplement, l'Occident espère encore pouvoir échapper à cette guerre, comme les démocraties ont de tout temps espéré échapper aux guerres que les régimes totalitaires leur déclaraient, comme avant 1939. L'époque de l'accord de Munich approche-t-il une nouvelle fois ?



Saucratès


Mes précédents écrits sur la Morale
1.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2002623-sur_la_morale__1_.html

2.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2002665-sur_la_morale__2_.html


21/11/2010
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Sur la morale (2)

Réflexion vingt (28 février 2008)

Morale, Education et Civisme

Il y a actuellement un gros débat sur la place de la morale à l'école. Peut-on enseigner l'instruction civique et morale de nos jours à l'école ? Les avis divergent, entre ceux qui estiment qu'il s'agit du retour d'un archaïsme dépassé, le civisme ayant cessé d'être enseigné à l'école depuis 1955 (ce qui explique peut-être pour partie le délitement actuellement de notre société) ... et ceux qui croient en ce retour des valeurs morales et républicaines à l'école ... groupe de personnes dont je fais partie.

Evidemment, ce point fait débat. Pour ceux qui font partie de familles qui ne croient pas en la République française, soit parce qu'ils sont très pauvres et estiment que la République française ne fait rien pour eux, soit parce qu'ils sont fraichement immigrés, pour des raisons économiques et non affinitaires, soit parce qu'ils préfèrent vivre en marge de la société officielle française, de revenus illicites, soit parce qu'ils préfèrent vivre dans la délinquance ... ceux-là, ces familles et leurs enfants, seront opposés à l'enseignement de cette matière. En effet, la morale ... et le civisme derrière lequel elle se cache ... est souvent assimilée, par ceux qui sont du 'mauvais' côté de la société, comme une forme de contrôle social pour 'dresser' les jeunes enfants. Ceux qui n'ont rien à perdre, soit parce qu'ils vivent en marge, soit parce qu'ils ne possèdent rien, ceux-là peuvent n'avoir que faire d'une éducation qu'ils pensent inutiles à leurs enfants, que faire des chaînes que tisse la société pour contrôler leurs enfants.

A l'inverse toutefois, on peut aussi se demander, au-delà de quelques-uns de ces cas, quels parents soucieux de l'éducation de leurs enfants seront opposés à l'enseignement de cette matière ? Il doit être noté également qu'un certain nombre d'instituteurs (ou de professeurs des écoles selon la terminologie nouvelle) s'opposent à cet enseignement, sous prétexte qu'ils enseignaient déjà des règles de vivre ensemble dans leur classe. Mais y a-t-il un rapport, entre ces règles discutées en classe et la morale et le civisme, dont la composante "vie en classe" est une infime partie ? Enseigner le bien et le mal au sens de la société pose-t-il un problème, même si, évidemment, il y a aussi un risque de ne pas pouvoir dissocier dans cette morale l'influence de la religion chrétienne catholique.

Où se situe la limite entre la morale laïque et la morale religieuse ? Mais en même temps, ne faut-il pas rappeler que les étrangers qui ont choisi la France comme terre d'immigration ont choisi un pays de religion chrétienne, et que ceux qui se réclament d'une autre religion, tel l'islam par exemple, conservent le choix de partir s'ils ne veulent pas qu'une morale d'origine chrétienne soit ensigner à leurs enfants. Se pose en effet malgré tout le problème des racines religieuses de la France. Bien que le christianisme y ait été implanté militairement il y a deux mille ans - en même temps que cette religion se diffusait au sein des légions romaines et dans l'empire romain - on ne peut cependant nier les racines religieuses chrétiennes de la France, ni le fait que l'islam n'y représente rien historiquement, même s'il constitue la religion de millions d'immignants et d'anciens immigrants. De plus, le fait de remonter aux racines passées druidesques (ou gauloises) de la France ne me semblera pas être de nature à remedier aux problèmes actuellement observés sur ce problème des origines et des racines religieuses de la France, et de l'enseignement de la morale à l'école (opposition à la vieille maxime ... Nos ancêtres les gaulois ...).

Mais ce débat sur la place de l'éducation doit accepter d'autres types d'argumentations. Un certain nombre de réflexions assimilent les crêches et les écoles à des appareils de contrôle des enfants. Pour certaines personnes, la société occidentale (mais aussi japonaise) attend des enfants, même à leur plus jeune âge, un respect absolu des règles et de la discipline, dans l'optique d'en faire ultérieurement des citoyens adultes, responsables et obéissants. Mais si on assimile donc l'école à un instrument de contrôle et de formatage des enfants, il devient alors difficile de lui reconnaître une véritable capacité éducative (car éducation et coercition n'ont rien de comparable, l'une créant des enfants puis des citoyens éduqués, libres, ouverts ... tandis que l'autre crée la peur, l'obéissance aveugle et le fanatisme ...).


Réflexion dix-neuf (21 février 2008)
Morale, Normes, Valeurs, Préceptes, Religions et Contraintes


Quelle différence entre préceptes et valeurs ? J'oserai une première analyse, en disant qu'il n'y en a pas, puisque les deux guident des choix. Mais, d'une autre façon, on peut tenter une distinction ... des préceptes guident des actions imposées ou édictées, tandis que des valeurs guident des actions choisies. Les valeurs correspondraient donc à des normes librement choisies, et les préceptes à des normes imposées à l'individu depuis l'extérieur (par la société par exemple).

Le problème né du fait que la frontière est ténue entre normes imposées et librement choisies. Des normes imposées par l'environnement à des individus, par la société, par les proches, peuvent devenir avec le temps des normes librement acceptées par ces mêmes personnes. C'est évidemment le cas dans le cadre de l'éducation des jeunes enfants ; l'éducation consistant à faire assimiler à des enfants des règles que leur apprennent leurs parents ou le milieu éducatif, jusqu'à ce qu'il paraisse naturel à ces enfants d'appliquer ces règles, sans y réfléchir.

Mais la morale est-elle une norme librement choisie ou une norme imposée ? La morale est-elle un ensemble de valeurs ? Evidemment, ce n'est pas le cas. Une norme morale est beaucoup plus contraignante qu'une simple valeur, c'est-à-dire une norme librement acceptée. Et pourtant, si la morale était simplement une norme imposée à chaque individu et non une norme acceptée ... dans le tréfonds de son être intérieur, dans son for intérieur, nul individu n'appliquerait volontairement de normes morales. Les normes morales ne seraient alors appliquées qu'en public, et en aucun cas en privé. Or, tel n'est pas le cas.

La plupart des gens applique dans leur vie de tous les jours des règles morales, en public comme en privé, voire dans la solitude. Les normes morales sont donc intériorisées par la plupart d'entre nous, de telle sorte qu'elles sont acceptées et appliquées sans discussion par chacun d'entre nous, mis à part un certain nombre de délinquants, qui ne reconnaissent ni règles morales ni règles sociales. Cette acceptation tacite est la faute de l'éducation que nous ont imposé nos parents, la société, l'école, et l'église ... enseignement ou éducation qui repose sur la répétition et l'apprentissage de règles et de valeurs, pour que l'enfant considère comme siennes un certain nombre de règles qui représentent pour ses parents et ses enseignants la bonne éducation, les bonnes manières, un bon comportement. De sorte que les règles morales sont intériorisés par la plupart d'entre nous et sont appliquées naturellement, sans qu'il soit besoin de nous contraindre pour cela.

L'une des seules limites d'une telle méthode d'assimilation, c'est lorsque l'usage habituel affronte des ordres de justification différents. Par exemple, dans le cas où un individu rencontre un autre groupe social ou humain qui applique des normes morales différentes, ou qui a déjà renoncé à certaines normes morales (par exemple des groupes où la drogue circule librement). Le risque, c'est que par souci d'intégration dans un tel groupe, un individu peut être tenté d'abandonner ses propres normes morales (pour finir par tuer une autre personne afin d'être intégré dans un groupe que l'on souhaite intégrer quel qu'en soit le prix à payer). Un autre ordre de justification peut être le plaisir. Il peut alors y avoir conflit entre une norme morale contraignante, et le bonheur procuré par le plaisir d'une action immorale, puis la culpabilité pour avoir agit contrairement à la morale. On peut aussi bien traité de sexe, de drogue ou de meurtre ... Le plaisir pouvant être assimilé à une déviance par rapport à une norme.

Dans un tel cas, il y aura alors rejet des normes morales communément acceptées, et conflit avec des normes autres. Ce sera alors la société qui tentera de contraindre l'individu en rupture. Mais parle-t-on alors ici d'un individu amoral, immoral, ou associal ? Lorsqu'un individu agit simplement à l'encontre des règles morales sans dévier des règles sociales, peut-on imaginer qu'il puisse être rappelé à l'ordre par la société, à moins simplement qu'il en subisse les conséquences dans ses relations avec ses proches et ses connaissances.

Nota : Lire au sujet de la place de la morale à l'école les articles suivants du Monde du 21 février 2008 ...
1.//www.lemonde.fr/web/articleinteractif/0,41-0@2-3224,49-1014311@45-4960@51-1013456,0.html
2.//www.lemonde.fr/web/articleinteractif/0,41-0@2-3224,49-1014311@45-4957@51-1013456,0.html
3.//www.lemonde.fr/web/articleinteractif/0,41-0@2-3224,49-1014311@45-4958@51-1013456,0.html
4.//www.lemonde.fr/web/articleinteractif/0,41-0@2-3224,49-1014311@45-4959@51-1013456,0.html
5.//www.lemonde.fr/web/articleinteractif/0,41-0@2-3224,49-1014311@45-4961@51-1013456,0.html
6.//www.lemonde.fr/web/articleinteractif/0,41-0@2-3224,49-1014311@45-4962@51-1013456,0.html
7.//www.lemonde.fr/web/articleinteractif/0,41-0@2-3224,49-1014311@45-4963@51-1013456,0.html
8.//www.lemonde.fr/web/articleinteractif/0,41-0@2-3224,49-1014311@45-4964@51-1013456,0.html
9.//www.lemonde.fr/web/articleinteractif/0,41-0@2-3224,49-1014311@45-4965@51-1013456,0.html
10.//www.lemonde.fr/web/articleinteractif/0,41-0@2-3224,49-1014311@45-4966@51-1013456,0.html


Réflexion dix-huit (20 février 2008)
Peut-il exister une morale laïque ?


A l'origine, la morale fut fondée/construite par des philosophes grecs qui se placaient en marge de toute religion. Socrate, Platon, Aristote fondèrent une morale qui s'inscrivait dans la cité grecque, dans la polis, dans le démos. Cette morale sera ensuite remplacée en Occident à l'époque médiévale par la morale chrétienne, issue des écrits de Saint Thomas d'Aquin. Les écrits des philosophes grecs antiques ne seront redécouverts que bien plus tard, laissant la philosophie occidentale être fortement influencée par la morale chrétienne.

Aujourd'hui, n'est-il pas possible de dire que les morales individuelles de nombre d'entre nous, la façon dont nous vivons nos vies, en fonction de nos principes moraux, sont essentiellement construits en référence aux préceptes moraux chrétiens, et non pas de préceptes laïcs hérités des philosophes des Lumières ou des penseurs grecs antiques ? D'une certaine façon, par la faute du catéchisme catholique !

André Comte-Sponville pose que la génération qui eut vingt ans dans les années 1985-1995 peut être appelée la génération morale, par opposition à la génération précédente, celle qui eut vingt ans dans les années 1968-1975, qui rejetait la morale et ne croyait qu'en la politique.

Je me retrouve en effet dans cette analyse. Je crois essentiellement en la morale, que ce soit pour guider mes choix ou guider ma vie, et je ne crois pas en la politique, que j'estime pervertie, inaccessible et truquée. Mais cela ne veut pas dire que tout ce que je fais soit moral ... Cela veut simplement dire que je juge mes actes et ceux des autres en fonction de cette morale, et donc que je reconnais agir parfois de manière immorale, à mes propres yeux.

Etre immoral lorsque l'on souhaite agir de manière morale a-t-il un sens ?


Réflexion dix-sept (18 février 2008)
D'où vient la morale ?


Malgré tout ce qui a pu être écrit à ce sujet par des milliers de philosophes depuis trois millénaires, il peut paraître amusant qu'il soit toujours possible de s'intéresser à la morale, à ce qu'elle est, à ce qu'elle peut signifier et d'où elle vient.

Aucune réponse sur la morale ne semble aujourd'hui certaine, définitive.
- La première de ces questions concerne l'existence du bien et du mal, du permis et de l'interdit ?
- Une seconde question concerne le problème de l'existence d'une morale universelle ... ou à l'inverse de la pluralité des morales ... ce que l'ami Connaissance nomme ... des morales de troupeaux.
- Par complément, certains philosophes se sont interrogés sur la forme éventuelle que pourrait prendre une telle morale universelle ... Serait-elle minimale ou maximale au sens que lui donne Michael Walzer ...
- Et quelle est sa position historique et comment peut-on l'appréhender ? Correspondrait-elle au plus petit dénominateur commun entre toutes les morales ... Ou bien a-t-il existé une morale primordiale de l'espèce humaine, dont seraient issues toutes les morales actuelles ?
- Une cinquième question concerne l'origine de la morale (ou des morales) ... La morale repose-t-elle sur les sentiments, sur la raison (encore appelée par Kant la rationalité), ou sur un sens inné, une capacité génétique ...
- Une sixième question complète cette interrogation en s'intéressant aux rapports entre la morale et la société. La morale est-elle issue d'une éducation par la société ? Ou trouve-t-elle sa source ailleurs ?

En soi, d'immenses questions restent toujours à l'état de réflexions, d'interrogations, même si, philosophes après philosophes, chacun d'entre eux a cru et a estimé, depuis trois millénaires, que tout avait été dit et expliqué sur la morale, et qu'il avait fait le tour définitif de la question, sans qu'il ne reste plus rien à expliquer. Un peu à la manière de Fukuyama qui écrivit sur la fin de l'histoire.


Réflexion seize (7 janvier 2007)
Cynisme et morale


Je vais répondre depuis mon blog à Connaissance, qui nous apporte régulièrement ses lumières sur le sujet de la Morale. Mais à lire ses différents posts, et notamment celui du 7 janvier 2006 sur le cynisme et la morale, je me demande s'il croit en l'existence de la morale. Selon lui, «la politique, par rapport à la morale, est cynique. Il faut l'admettre tout en réfléchissant sur les moyens de la civiliser de plus en plus». De même, le 18 décembre 2006, en paraphrasant Comte-Sponvile qui traitait de la justice, Connaissance écrivait : «la morale n'existe pas ; c'est pourquoi il faut la faire».

Est-il excessif de soupçonner Connaissance de ne pas croire en l'existence d'une morale ? Bien qu'il nous ait rappelé que selon lui n'existaient que des «morales de troupeau ou d'espèce». Que Connaissance ne pense pas que je le soupçonne d'être un «barbare». Je ne fais que m'interroger. La morale peut-elle s'appliquer à la politique nationale et internationale et devrait-elle être appliquée dans ce type d'actions politiques ? La morale existe-t-elle ?

Je pense que d'une certaine manière, tous les êtres humains jugent leurs propres actions en fonction de critères moraux, quels qu'ils soient, qu'il s'agisse de moi, de Georges W. Bush, de Saddam Hussein, voire Adolf Hitler. Leurs critères moraux sont peut-être pervertis, tout comme les miens (mais pervertis par rapport à quoi, là se trouve la question !), ils sont peut-être esclaves de leurs intérêts personnels, de leur soif de pouvoir, de leur soif de vengeance, mais ces critères demeurent, et leurs actions, d'une manière ou d'une autre, sont jugées par eux à l'aune de ces critères. Le garde américain de Saddam Hussein nous le prouve, en nous rappelons que ce dictateur déchu était avant tout un homme, qui s'interrogeait sur les raisons de l'attaque américaine.

Si tous les êtres humains sont capables de jugements moraux, même nos dirigeants, comment pourrait-on nier l'existence d'une morale (même de troupeau) ? Et les actions politiques peuvent donc être jugées à l'aune d'une morale. Tout acte peut donc être considéré comme moralement valable ou non.

Que Connaissance m'excuse si j'ai dénaturé involontairement sa pensée et ses arguments.


Réflexion quinze (18 décembre 2006)
Une morale de troupeau ?


J'ai lu avec intérêt le post du 13 décembre de 'Connaissance' sur ce qu'est la morale pour lui, et les apports de ces différents contradicteurs, 'Xavier' (qu'il me pardonne un post un peu trop violent sur les enseignants), 'Plumeplume', 'Decembre', 'Real' et 'Kleit'. Merci 'Connaissance' pour cette lecture.

Que faut-il en conserver ?
- Que ce que nous appelons Morale n'est que 'morale de troupeau', même pas une 'morale d'espèce'.
- Qu'il ne faut pas confondre morale, justice et législation.
- Que la morale se doit de s'interroger sur elle-même, de se critiquer elle-même.
- Et qu'il faut traiter de la place de la morale en période de guerre. Y échappe-t-elle ou non ?

Mais comment même expliquer le passage de notre morale individuelle, personnelle, à cette morale de troupeau ? C'était un peu l'objet de mes réflexions passées sur la place de la morale. Je rejoindrais ici l'approche de 'Kleit' qui pense que :
"La morale est individuelle plus qu'ethnique. Personne n'a précisément la même définition de ce que pourrait etre le bien, ou le mal, ce qui est bien pour moi ne l'est pas forcément pour vous alors que nous appartenons à la même société. C'est précisément pour cette raison que les lois sont nécessaires. Il est en effet impératif d'imposer une morale globale, un morale politique et législative, sorte de compromis entre tous et l'Etat, pour tenter de faire triompher une certaine vision du Bien."
D'où cette confusion entre morale, justice et législation que 'Connaissance' me reproche (qu'il me pardonne la force du mot).

Puis-je dire que 'Décembre' me rejoint lorsqu'il écrit que notre morale individuelle varie sans arrêt, à mesure que nous vieillissons, à mesure que les générations passent, que les sociétés évoluent. Je suis surtout totalement de son avis lorsqu'il écrit : "La démocratie ne veut pas, ne peut pas, se passer du bâton et la morale doit s’y faire. Le fort veut continuellement profiter de son statut dans le système moral démocratique mondial !"

Ce serait un peu la morale de cette histoire.

... Pour plagier 'Connaissance', nous assimilerons notre morale individuelle à une construction autonome, réalisée à partir, sur les fondations, des morales qui nous entourent (morales traditionnelles, morale enseignée par les parents, par l'école, morale de la société). Une construction qui évolue en permanence.


Réflexion quatorze (2 décembre 2006)
Contre l'intolérance


En ce début de vingtième-et-unième siècle, l'humanité et le monde dans son ensemble semblent retomber dans l'intolérance. L'humanité n'a pas réussi à se construire unitairement sur le respect d'un certain nombre de valeurs communes, telles que le respect de la vie, le respect de l'enfance, le respect de l'autre, le respect des droits de chacun. A quand remonte ce rêve ? C'était d'abord le rêve des philosophes, de Kant à Hegel, puis s'est devenu le rêve de toute l'humanité, grâce à quelques hommes d'état qui fondèrent l'organisation des nations unies au sortir de la deuxième conflagration mondiale.

Aujourd'hui, en 2006, cet ordre mondial vieux de soixante ans fait eau de toute part. Le libéralisme économique bafoue le respect des droits sociaux de centaines de millions de travailleurs dans le monde, dans les pays en développement comme dans les pays développés. Les états les plus puissants militairement de la planète conduisent des guerres d'agression au mépris des règles et des conventions internationales, et ne prennent plus en considération que leur seule force et leurs seuls intérêts (quand il ne s'agit pas d'intérêts purement privés). Mais ils s'enlisent malgré tout dans leurs guerres, malgré le déséquilibre des forces en leur faveur. En réponse, des groupuscules militaires (le plus souvent islamistes) et quelques états paranoïaques ont développé le principe de la guerre terroriste contre l'ensemble du monde occidental, avec pour objectif final la mise à mort de toute la population des mécréants, c'est-à-dire des non-musulmans. L'incompréhension croît aussi entre les diverses religions humaines et les diverses races, et notamment entre l'islam et le catholiscisme. Et cette incompréhension croissante se tranforme peu à peu en intolérance, notamment en matière religieuse.

Nos sociétés deviennent alors la caisse de résonnance de ces conflits, de ses impossibilités de vivre ensemble. Et les oppositions religieuses, les oppositions de richesse et de niveaux de vie, les oppositions de valeurs, les oppositions de sexe, les oppositions d'apparence et de race, gouvernent alors notre vie, nos échanges, notre devenir.

Au milieu de ce désordre, la philosophie ne pourra-t-elle pas redevenir une nouvelle fois le point d'ancrage, la réponse à ces déséquilibres, à ces tensions ? Cette situation n'est en effet pas si nouvelle. Elle n'est nouvelle qu'à l'échelle de l'homme, pas à l'échelle de l'humanité, ni à celle de la philosophie. A de nombreuses reprises, l'humanité s'est déjà trouvée au coeur de tels conflits. La première moitié du vingtième siècle a été une de ses périodes troublées que l'histoire des hommes a vécu, et l'on sait de quelle manière cela s'est terminé. Mais il n'a pas existé véritablement de grands philosophes qui se soient élevés à cette époque contre la barbarie qui s'étendait. Il y en a eu après la fin de cette guerre. Il y en a également eu certains pendant, mais ils ont parfois aussi été gagnés par la ferveur et la folie grandissante.

Mais il y eut d'autres époques où l'intolérance et l'ignorance régnaient, et où quelques philosophes les combattirent par leurs écrits et leurs pensées. Leurs écrits sont arrivés jusqu'à nous au travers des siècles, et ils éclairent encore aujourd'hui nos réflexions. Il faut lire le numéro hors-série du Point de septembre-octobre 2006 qui traite de Spinoza, de Kant et de Hegel pour mesurer à quel point le combat qui nous attend actuellement n'est pas nouveau. A leur époque, ces philosophes ont déjà eu à combattre l'obscanturisme, l'intolérance religieuse et le fanatisme. Bien sûr, il ne s'agissait pas des mêmes fanatiques. Les fanatiques d'hier ne sont plus les fanatiques d'aujourd'hui. Mais ces trois grands philosophes et d'autres ont répondu à cet obscurantisme et à l'absolutisme des princes qui gouvernaient alors le monde par une construction philosophique.

Il nous faut aussi construire une réponse philosophique au désordre du monde d'aujourd'hui. Si l'humanité échoue, les époques barbares reviendront. C'est à cela notamment que la philosophie doit servir.



Réflexion treize (21 août 2006)
Retour aux origines de la morale (trois)


De nombreux systèmes moraux, sociaux et religieux ont existé au fil des siècles et des sociétés humaines. La réflexion morale, le questionnement moral sur les fondements et la légitimité de ces systèmes moraux est par contre beaucoup plus récent, remontant à une époque comprise entre l’apparition de l’écriture et les premiers philosophes grecs, soit il y a environ trois ou quatre millénaires. C’est l’existence de ce questionnement qui permet de parler de morale. Sans cette interrogation sur la valeur des règles que l’on nous demande de suivre ou d’appliquer, il serait inapproprié de parler de morale. Il faut donc distinguer la ’morale’ du ’système moral’ ; la première correspondant aux réflexions issues du questionnement sur le fonctionnement de la société humaine, tandis que le second correspond aux valeurs individuelles véhiculées par chaque société humaine.

Les systèmes moraux, sociaux et à la rigueur religieux de chaque société humaine ont toujours été fonction des conditions matérielles et de production de celle-ci. Toutes les formes de systèmes moraux ne peuvent pas se retouver dans tous les types de sociétés humaines. Les sociétés reposant sur le don et les dépenses somptuaires (sociétés mélanésiennes et inuits) correspondent à des systèmes moraux et sociaux peu hiérarchisés, relativement égalitaires, sans accumulation capitaliste. Les sociétés reposant sur la chasse et la cueillette, vraisemblablement la première forme sociale rencontrée par l’espèce humaine, que l’on rencontre encore dans les zones les plus isolées de notre planète (Kalahari, la forêt amazonienne, l’Indonésie), présentaient également des systèmes moraux et sociaux relativement égalitaires (si ce n’est même plus égalitaires) même si la spéciation des tâches (la chasse réservée à l’homme et la cueillette réservée à la femme) implique une inégalité manifeste de la femme comparée à l’homme, qui se retrouve dans les compensations financières versées ou reçues par l’homme (compensations qui sous une forme ou une autre sont arrivées jusqu’à notre époque, puisqu’on parle encore parfois même aujourd’hui de la dote de la mariée) lors des épousailles.

Mais en même temps, les conditions matérielles et de production des sociétés humaines ne déterminent en aucune manière directement les systèmes moraux et sociaux régissant les groupes sociaux. Sinon, on ne trouverait pas à deux mille cinq cents ans de distance un système démocratique approchant dans deux organisations de production aussi dissemblables que la Grêce antique et l’Occident capitaliste libéral.

Mais, malgré ces milliers d’essais de systèmes moraux et sociaux différents, je demeure surpris que l’humanité n’ait toujours pas réussi à trouver un système moral où tous les membres de la société puissent être heureux. Mais j’ignore si ceci peut être l’objectif, le but, d’un système moral même parfait.


Réflexion douze (19 août 2006)
Retour aux origines de la morale (deux)


La morale, définie en tant que fonction sociale, est donc inséparable de la société et de la place qu’y occupe l’homme. Mais cette définition de la morale ne permet pratiquement plus de séparer les règles morales des règles de vivre ensemble, voire des règles cosmogoniques ou encore religieuses. Ainsi, dans les sociétés humaines dites archaïques, on peut estimer qu’il y a pratiquement corrélation entre les règles morales, les règles religieuses et les règles sociales de vivre ensemble. Un acte prescrit (un mariage préférentiel, un rite initiatique, un aliment, un travail) ressort-il des habitudes (sociales) du groupe humain, de dispositions religieuses ou de règles morales. D’une certaine manière, on peut dire que dans le cas de ces sociétés archaïques, la morale ne pose pas de problème d’interprétation, car elle a réponse à tout, dans toutes les situations. Pourtant, même dans une société archaïque, les règles morales ne sont les mêmes pour tous. Elles ne s’appliqueront pas de la même manière à tous les membres du groupe ; certains actes étant ainsi tabous/interdits pour le plus grand nombre mais autorisés à un petit nombre de membres du groupe.

Ce problème d’interpération de la morale s’accroît avec la complexification de la société humaine, notamment avec la mise en concurrence, la mise en présence, de plusieurs formes d’organisations sociales et morales. Les rapports de production complexes des sociétés plus développés impliquent également une évolution des règles sociales et morales, pour autoriser ces nouveaux rapports d’échange, de travail ou de domination. En effet, les règles morales, tout comme les règles sociales et religieuses, ont toujours intégré cette part des relations humaines, quelque soit le type de sociétés considérées. L’esclavage antique tout comme l’esclavage des africains étaient reconnus dans la réflexion morale de cette époque ainsi que dans les religions. Le servage féodal à l’époque de l’Europe chrétienne, le système de don des sociétés mélanésiennes ou inuits ou le système de castes propre à l’Inde appartenaient aussi à un système social, moral et religieux équilibré et accepté par tous. Le système de rapport salarial et d’exploitation capitaliste propre à nos sociétés modernes, occidentales ou tiers-mondistes, s’insert également dans des règles sociales et un système moral qui lui confère une validité et une cohérence.

Evidemment, par rapport aux systèmes sociaux et moraux précédents, certains peuvent estimer que la contestation vis-à-vis de notre système social et moral actuel est plus importante. Mais c’est oublier que tous les systèmes sociaux et moraux de l’époque humaine historique ont été contestés par certains de leurs membres. L’esclavage antique a été constesté ; l’épopée de Spartacus a traversé les âges pour nous le rappeller. Le servage féodal a également été contesté ; certains serfs rejetant leurs conditions pour défier leur suzerain. Le système des castes indiennes l’a également été, même si ce système social subsiste encore aujourd’hui. L’esclavage des noirs a aussi été contesté, et des noms d’esclaves révoltés/marrons sonnent encore à nos oreilles, dans les anciennes régions esclavagistes.

Il est cependant très rare qu’un nouveau système totalement différent puisse être instauré par ceux qui réussissent à l’abattre. Même si Spartacus l’avait emporté sur Rome, l’esclavage antique n’en aurait pas pour autant été supprimé. Simplement, les esclaves n’eussent pas été les mêmes. De même, lorsque l’empire romain d’Occident fût abattu par les peuples barbares, l’esclavage antique ne disparut pas, et le servage féodal fit bientôt son apparition dans l’Europe chrétienne du premier millénaire. Enfin, lorsque le communisme s’implanta en Russie puis dans les pays avoisinant, il ne révolutionna pas vraiment les rapports salariaux, malgré la disparition du capitalisme et de la propriété privée. Quelle différence y a-t-il entre le stakhanovisme et le fordisme, le taylorisme ou le toyotisme?

N’en déplaisent aux révolutionnaires et aux rêveurs !


Réflexion onze (18 août 2006)
Retour aux origines de la morale


Revenons aux sources de notre réflexion sur la morale. Il existe de nombreuses notions fondamentales en philosophie. Ainsi le concept du réel, sur lequel je conseille de se rapporter au blog de ’Quemajoiedemeure’. Pourquoi s’intéresser tout particulièrement à ce concept de morale ? Plus que toutes les autres notions de philosophie, la morale est inséparable de la vie en société et de la place dévolue à l’homme. Sans morale, il ne pourrait y avoir de sociétés humaines, alors que l’on pourrait très bien l’imaginer par exemple sans le bonheur.

Pour quelle raison ne pourrait-il y avoir de sociétés humaines sans morale ? Toute société humaine implique nécessairement l’existence de ’règles sociales’, que j’appellerais encore indifféremment ’règles de vivre ensemble’. Nul ne m’a contesté lorsque j’ai fait remonté l’existence de telles règles sociales aux premières sociétés d’hominidés. En effet, on retrouve également des organisations sociales complexes chez les primates qui nous sont les plus proches, reposant non pas sur un mécanisme phéromonal inné comme chez certains insectes sociaux voires grégaires, mais sur des comportements acquis. Les premiers hominidés apparus il y a quelques millions d’années devaient donc vivre en groupes sociaux, dans lesquels devaient exister certaines règles de vivre ensemble, tournant notamment par exemple autour de l’évitement de l’inceste (évitement qui existe aussi chez certains primates).

Qu’est-ce qui a pu permettre le passage de règles sociales vers des règles morales ? Ces dernières existent-elles également chez les primates ? Question athée. Cette question est en effet inséparable de celle de la conscience individuelle. L’existence d’une morale implique la possibilité d’un questionnement sur soi-même, sur ces actes et leurs conséquences, d’une conscience de l’existence d’actes bons et d’actes mauvais. Est-il possible de faire remonter l’apparition de la morale à l’apparition de la conscience (mais on reconnaît l’existence d’une conscience de soi aux chimpanzés et aux bonobos) ?

La conscience est-elle une cause nécessaire et suffisante à l’apparition de la morale ? La transformation de règles sociales immémoriables en règles morales est-elle tellement ancienne ? Je ne le pense pas. L’existence d’une réflexion morale ne nécessite pas simplement de s’interroger sur ses propres actions, le plus souvent imposées par les usages de la société dans laquelle on vit et on agit, mais implique en plus de s’interroger sur la validité de ces usages et règles sociales en vigueur dans cette société. Il est donc nécessaire que la société considérée tolère cette remise en question, de cette réflexion sur ses propres règles de fonctionnement, voire tolère la critique et accepte l’enseignement de cette réflexion critique et de ces conclusions. A-t-il existé beaucoup de sociétés humaines avant la société grecque antique qui ait accepté et valorisé une telle réflexion ? Certainement quelques unes. Mais les premières traces d’écriture, qu’elles soient cunéiformes ou hiéroglifiques, traite plutôt de problèmes comptables que de réflexions philosophiques ou morales. Même le code d’Hammurabi (-1730 avant notre ère) ne correspond qu’à un recueil de décisions royales, sur l’organisation de la société sumérienne et les peines pouvant être appliquées. Une réflexion morale pourrait impliquer une remise en cause de l’ordre social de la société, et notamment du statut du souverain législateur.

L’un des problèmes qui doit nous occuper est donc de différencier la morale des règles sociales ou des règles de vivre ensemble. Il y a eu réflexion morale lorsqu’il y a eu interrogation sur les valeurs des règles sociales de la société, c’est-à-dire lorsqu’il n’y a plus eu application aveugle des règles du groupe. De la sorte, on peut donc s’interroger sur l’existence d’une morale chez certaines tribus amérindiennes récentes, tels les guayakis étudiés par Pierre Clastres. Dans ce petit groupe humain, les règles de survie du groupe ne semblaient pas remises en cause, même quand elles induisaient l’infanticide féminin ou l’anthropophagie. Ces groupes humains par ailleurs réservaient l’appellation d’hommes aux membres du seul groupe, renvoyant tous les étrangers au statut de non humains. Mais ceci implique justement l’existence d’une réflexion sur l’organisation du monde, et donc peut-être d’une réflexion morale, même si elle n’accorde pas la même valeur morale aux mêmes actes (là se situe aussi une autre partie du problème qui nous préoccupe. Comment différencier les règles morales des règles sociales de vivre ensemble si les deux types de règles sont différentes selon les sociétés humaines considérées, et si même les règles morales accordent des valeurs différentes à des actes comparables selon les cultures ou les sociétés ?). La morale nécessite donc non seulement une interrogation sur les règles sociales et le fonctionnement du groupe, mais aussi une réflexion sur l’organisation du monde, au delà du groupe humain. La philosophie serait ainsi l’art du questionnement, et la morale le résultat de cet art appliqué à la société humaine et aux rapports entre ses membres. Chaque communauté humaine, aussi primitive soit-elle, disposerait ainsi d’un système moral, permettant ainsi de distinguer le bien du mal, les actes moraux (prescrits) des actes mauvais (interdits).

Il serait ainsi possible d’apporter une réponse à ma question initiale : pourquoi ne pourrait-il y avoir de sociétés humaines sans morale ?

De même, notre difficulté à distinguer dans un premier temps les règles morales des règles sociales de vivre ensemble pourrait s’expliquer par la nature même de la morale. La morale et la société sont indissociables ; la morale remplissant au sein de la société une fonction sociale. Il est donc pratiquement impossible de distinguer la morale de la société et des règles sociales qui la régissent.

 

Saucratès


21/11/2010
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Sur la morale (1)

Réflexion dix (16 août 2006)
De la morale et de ses rapports à la conscience


La morale n’est rien de tout ce qui précède. Elle n’est ni politesse, ni civilité, ni civisme, ni règles de vivre ensemble, quelque soit la valeur que chacun d’entre nous attribue à ces attributs. La morale est autre.

Mais quel est son rapport avec la conscience, philosophiquement parlant. Parle-t-on d’une seule et unique chose ? Individuellement, notre conscience comme la morale, conditionne nos actes, nos actions, vis-à-vis des êtres qui nous entourent. Ce sont nos seuls filtres, nos seuls liens, nos seules limites pour appréhender et canaliser nos possibles actions dans la réalité qui nous entoure. Pour ceux qui n’ont ni morale ni conscience, il n’y a pas de limite à leur bon vouloir, à leurs plaisirs, à leurs envies.

Notre morale et notre conscience évoluent avec l’âge, avec les expériences vécues, avec les arrangements que nous passons avec elles. Elles ne sont pas immuables, elles sont en devenir. Et elles ont tristement tendance à s’accommoder de plus en plus de nos turpitudes. Il paraît toutefois extraordinaire que des gens puissent trouver normal de tuer, de voler leurs prochains, ou bien de spolier ou de jeter dans la misère des milliers d’autres personnes pour s’enrichir un peu plus. Il y a dans ces différentes actions pour un oeil extérieur la même amoralité, sauf que les unes sont illégales et que les autres paraissent normales. On n’y trouve la même perversion de la morale, à savoir une vision du monde où l’on trouve les forts d’un côté et les faibles de l’autre. Dans cette vision de la morale, il n’y a pas de pitié pour les faibles, ceux qui ne tuent pas ou ne volent pas, ou bien ceux qui n’ont pas réussi financièrement, ceux qui ne sont pas aptes à se commercialiser facilement.

Ce sont deux visions travesties (à mon avis) de la réalité. Un retour à l’état de nature, hors de la société, où les plus forts dominent. Mais c’est malheureusement peut-être à cela que notre planète ressemble.

L’être humain naît-il moral, ou bien, au contraire, comme le disait ’Hubert41’, la morale "procède-t-elle de la Conscience humaine et exige l’effort de chacun pour ne pas se complaire dans l’homme sauvage". L’enjeu est d’importance ; les pires assassins ont-ils été moraux à un moment de leur vie ? Adolphe Hitler a-t-il été moral enfant ? Si on suit ’Hubert41’ mais aussi d’autres philosophe, l’enfant, à sa naissance ne connaitrait ni bien ni mal, ni morale, ni amoralité ?

Ou bien alors, la morale préexiste-t-elle à l’homme, en l’homme ?


Réflexion neuf (14 août 2006)
Etat des lieux sur la morale et de ses rapport au civisme


Je commencerais par exposer un récapitulatif des principales hypothèses sur lesquelles j’assieds ma réflexion.

Hypothèse une : la morale n’est plus reconnue en tant qu’élément déterminant dans nos sociétés occidentales modernes. Elle est ignorée, mais en constitue malgré tout un élément fondateur. Elle demeure essentiellement appliquée individuellement par une grande majorité des gens dans leur vie de tous les jours, pour leurs relations au sein de leur sphère familiale et de leur sphère privée.

Hypothèse deux : une règle morale n’a pas besoin d’être appliquée pour exister et être reconnue.

Hypothèse trois : nos sociétés humaines sont constituées d’une multitude d’ensemble de règles de vivre-ensemble et de règles morales, fonction des appartenances religieuses, des tranches d’âge, des groupes sociaux et des origines ethniques des citoyens.

Chaque groupe constituant notre société aimerait que le reste de la société respecte les règles de vivre-ensemble et les règles morales que ses membres considèrent comme la norme. Pratiquement nul groupe n’y échappe, même si on peut considérer que les groupes les moins intégrés et les plus secrets se considèrent en marge de la société et reconnaissent que leurs règles et leurs morales sont opposées à celles des autres groupes.

Dans le cas des groupes de personnes détenant le pouvoir politique, économique, financier ou social, ceux-ci estiment être capables (et en droit) d’imposer le respect de leurs normes au reste de la société. Les normes minimales que ces groupes (détenant le pouvoir) estiment indispensables concernent d’abord le respect de la propriété privée, le respect des autres (de leur richesse et de leur pouvoir), l’obéissance aveugle aux lois, le respect de la hiérarchie. Ces règles minimales ont un nom dans leurs bouches : le civisme. Le civisme est fait pour la foule de ceux qui ne détiennent pas le pouvoir, pour que ceux qui le détiennent dorment tranquillement. Ils rajoutent également au civisme le fait de remplir son devoir électoral, c’est-à-dire de voter pour un certain nombre ceux d’entre-eux, sans se permettre de réfléchir à l’absence de sens de ce vote, dont nul n’a rien à attendre. En effet, ce vote leur donne un parfum, un vernis de démocratie ; l’absence d’un tel vote, même s’il ne changeait rien, pourrait ouvrir la porte à une révolution.

Le civisme est en même temps ce qui sert de liant à notre société. De nombreuses personnes (dont moi) ne sauraient vivre dans un monde où des règles opposées au civisme s’appliqueraient. Mais le civisme est bien aussi le meilleur rempart des intérêts financiers et sociaux de nos classes sociales dirigeantes.

En face, la foule de ceux qui n’ont pas grand chose, de ceux qui respectent cette norme civique, aimerait aussi que les puissants respectent un certain nombre de règles morales. Mais ils ne disposent pour cela que du pouvoir de l’opinion publique, relayée par les journaux, et de l’existence de la justice et de son bras armé : le juge d’instruction, lorsque celui-ci n’appartient pas aux réseaux de connaissance des puissants (ce qui arrive parfois). Mais ces règles morales ne se limitent pas uniquement aux lois ; elles touchent au respect du bien public, à la non-confusion entre le bien public et l’intérêt personnel, au respect des engagements pris et donnés.

Il y a aussi la foule des pauvres, de ceux qui n’ont rien, et parfois même pas de papiers. Il peut aussi s’agir des jeunes, non encore intégrés dans le marché du travail, encore plein de rêves d’une société meilleure. La société occidentale doit leur apparaître injuste avec le train de vie de tous ceux qui s’étalent dans les magazines people. Elle doit également leur apparaître absurde avec ce culte de la consommation et de la possession qui occupent tous leurs contemporains. Nous aimerions peut-être tous une société où le respect de l’autre ne serait pas fonction de sa richesse et de son pouvoir (même est-ce vraiment si sûr ?).

Le civisme n’a pas de rapport à la morale. Le civisme n’est rien d’autre que la forme culturelle que la société française nous demande d’appliquer dans nos relations avec les personnes qui nous sont étrangères, même s’il s’agit peut-être de la meilleure forme relationnelle que nous pouvons imaginer vis-à-vis de personnes non proches.


Réflexion huit (6 août 2006)
De l’existence d’une multitude de morales


J’ai pu déterminer qu’une règle morale, comme une règle de ’vivre ensemble’, n’avait pas besoin d’être appliquée pour exister, ou encore qu’elle pouvait exister sans être appliquée.

La différence entre une règle de ’vivre ensemble’ et une règle morale repose sur la différence de nature entre une règle morale et les règles de vie en société. Ces dernières correspondent à des prescriptions imposées par un groupe humain, sans rapport le plus souvent à des comportements moraux. Depuis le début des temps, il a existé des règles de ’vivre ensemble’ propres à chaque groupe humain, même aux époques préhistoriques. On peut même estimer qu’il existe de telles règles de ’vivre ensemble’ au sein des groupes de primates. Mais il n’y existe pas de règles morales. Il n’a pas non plus existé de règles morales chez les préhominés, ni même chez les hommes préhistoriques. Quand peut-on donc estimer qu’on est face à une règle morale ?

A quand fait-on remonter l’apparition de règles morales ? Existait-elle avant l’invention de la philosophie et de la morale chez les anciens grecs ? Existait-elle avant l’invention de la religion chez les anciens juifs ? Peut-on dire qu’il y a règle morale lorsqu’il y a réflexion sur les conséquences, sur les fondements et sur la justification d’une règle de ’vivre ensemble’, et que cette règle de ’vivre ensemble’ n’est plus seulement une prescription liée à l’usage et la tradition, mais qu’elle repose en plus sur une raison supérieure, immuable, indépassable ?

Difficile d’estimer l’époque de l’apparition de telles règles. Les premières règles morales écrites remontent, sauf erreur, aux tables des lois de Moïse. La morale existait vraisemblablement bien avant l’apparition des tables des lois, vraisemblablement dès l’apparition de l’écriture, et lui préexistait probablement.

Il existe donc des multitudes de règles de ’vivre ensemble’, propres à chaque groupe social, propres à chaque époque temporelle. Ces mêmes groupes reconnaissent également l’existence d’une multitude de règles qu’ils considérent comme supérieures, intangibles, immuables, propres à chaque groupe social, à chaque groupe religieux. Peut-on pour autant dire qu’il existe une multitude d’ensemble de règles morales ? Ces ensembles moraux peuvent posséder des règles ressemblantes, liées par exemple au respect de la vie humaine ou de la propriété individuelle (mais pas forcément), et s’opposer sur d’autres prescriptions.

Au sein d’une même société humaine peuvent ainsi coexister des multitudes de règles de ’vivre ensemble’, voire d’ensembles moraux, selon les religions, les groupes ethniques, les groupes sociaux, voire les groupes d’âge, et ceci même à notre époque moderne. La société française est ainsi un patchwork de morales justaposées, sans lien entre elles, que seul le ciment républicain est supposé réunir en une nation.


Réflexion sept (13 août 2006)
Des limites de la politesse


Rapprocher politesse, règles de vivre ensemble et règles morales est-il inapproprié ? Comme le rappelle ’Anna’, la politesse n’est d’abord que la norme imposée d’une culture, la culture occidentale ou franco-gauloise dans le cas présent. La politesse n’est ainsi qu’une façon de vivre ensemble propre à la frange majoritaire de notre culture, permettant à ce qui la respecte d’être considéré comme ’intégré’ dans la société et dans le monde du travail. Cette forme de culture ne nous permettra par contre d’être intégré dans d’autres formes de sociétés, voire dans certaines parties du territoire français, territoires d’Outre-Mer ou bien cités sensibles de la région parisienne. Il existe d’autres endroits du monde ou de la France où l’intégration nécessitera un style d’expression plus démonstratif.

L’intégration à une culture n’est rien d’autre que cela : l’adaptation aux règles et aux normes de celle-ci. Rien ne devrait par ailleurs empêcher une personne de ne pas s’adapter aux normes d’une culture. Ainsi, nul n’interdit à un français de refuser de s’exprimer en anglais à Londres ou à New-York. Mais s’il souhaite se faire comprendre, cela lui est conseillé. Le refus d’adaptation à une culture n’impliquera qu’une chose ; sa non-intégration. Il en va de même pour le cas d’un français au Sénégal ou dans un autre pays ; la non connaissance du Wolof en fera à jamais un expatrié et interdira son intégration.

La politesse n’est donc qu’une partie de notre culture, de notre relation aux autres, à nous, une frange (peut-être vieillote) mais majoritaire de la population de la France.

’Anna’ rappelle avec justesse une deuxième chose importance sur la politesse. Celle-ci ne peut être qu’une apparence. Sous le couvert de la politesse peuvent se cacher les pires des comportements ou des sentiments moraux. Les collaborateurs de la milice dénonçant les dangereux juifs pendant la seconde guerre mondiale pouvaient être des personnes très polies. L’obéissance aveugle aux règles dans ces périodes troublées, en l’absence d’une solide présence à soi (Michel Terestchenko - Un si fragile vernis d’humanité), peut conduire les gens aux pires des lâchetés, aux pires des crimes.

Le respect des formes de la politesse n’implique pas la moralité de la personne concernée. Les pires des assassins ou des violeurs d’enfants peuvent se cacher derrière le masque des personnes tout à fait polies, apparemment intégrées et sans problèmes. Un peu comme pour les terroristes anglo-pakistanais dont les journaux télévisés parlent régulièrement. L’exemple de ’Anna’ me rappelle le ’bande d’abrutis’ de Coluche rentrant dans une salle de restaurant.

Il y a donc une différence majeure entre la politesse, les règles de vivre-ensemble et les règles morales. Ces dernières se réfèrent à des normes beaucoup plus profondes, même si les premières peuvent parfois (mais rarement) s’appuyer sur certaines d’entre elles.


Réflexion six (11 août 2006)
Politesse et règles de vivre ensemble


A Montpellier existe une école particulière, l’école de la politesse, où on y enseigne l’apprentissage du savoir-vivre. Pour son responsable, Arsène Bouakira, le non-respect des règles de la politesse peut avoir des conséquences néfastes sur l’intégration des gens. "Une personne est jugée en quelques secondes, sur son habillement, son comportement. Des groupes de jeunes qui parlent fort dans la rue, dans un centre commercial, même sans forcément l’intention de gêner, vont susciter chez les autres passants une réaction négative, qui peut aller jusqu’au racisme ..... Savoir dire bonjour et merci, frapper à une porte avant d’entrer, veiller à ne pas être trop bruyant, peut constituer un plus pour évoluer dans la vie. Car apprendre la politesse, c’est aussi apprendre à se contrôler, à se respecter et à respecter l’autre. Il ne faut pas croire que les bonnes manières sont réservées à une certaine classe sociale." (source : Territoire mutuel n°66)

Mais qu’est-ce que la politesse et le savoir-vivre, si ce n’est des règles de "savoir vivre ensemble" !


Réflexion cinq (6 août 2006)
De la morale de la guerre et de la résistance


Les soldats n’appliquent donc pas les règles de la morale au cours des guerres, comme nous le prouve l’actuelle guerre du Liban. Le meurtre de civils, acceptés comme victimes collatérales des conflits, est devenue une constante de toutes les guerres. Et pourtant, la guerre d’Algérie nous avait fait croire que la morale pouvait malgré tout perdurer dans l’enfer de la guerre et du terrorisme, lorsque de jeunes appelés s’étaient opposés sans violence à la torture, aux meurtres, à un putsh militaire.

N’est-ce pas les gouvernements politiques qui sont responsables de cette disparition de la morale par temps de guerre, par temps de conflits ? En dénommant sans cesse leurs adversaires du nom de terroristes, les gouvernements ne sont-ils pas les uniques responsables moraux des bavures des soldats de leur pays ? Pourtant, de tous temps, toute population vaincue par un Etat militaire plus puissant n’a jamais eu comme seule autre possibilité de résistance que le terrorisme. Seulement, autrefois, les résistants ne pouvaient que se muer en bandits de grand chemin, volant et pillant essentiellement les voyageurs. Ils n’étaient pas appelés mais bandits, que l’on pendait haut et court sur des gibets. Notre époque est seulement différente des précédentes par les armements que peut utiliser ce terrorisme ou résistance. Elle ne diffère pas par les populations visées. Toute résistance a toujours eu pour objectif de frapper l’ennemi sur ses terres, ou bien de l’empêcher de s’installer sur les siennes. Le fait de viser des populations civiles est absolument normal pour une résistance militaire à une invasion militaire. Les civils sont les représentants du peuple agresseur, et sont le plus souvent favorables à l’invasion.

A notre époque où le terme de terrorisme est utilisé en permanence pour autoriser des guerres injustes, il serait temps de donner une définition et un cadre juridique international au droit de se rebeller, au droit de résister, face à un Etat considéré invassif, agressif ou criminel.

Osons donc déclarer qu’il existe un droit intangible de résistance militaire dont dispose tout citoyen d’un Etat vaincu (ou non) à l’encontre d’un Etat agresseur. Un tel résistant doit être considéré comme un combattant et être protégé par la convention de Genève. Le fait de porter une attaque même meurtrière sur le territoire adverse est un acte de guerre, de bravoure, et non un acte terroriste.

Osons également déclarer que la morale ne doit pas dépendre du vainqueur d’une guerre, et que tout acte est moralement tolérable ou intolérable quelque soit l’issue d’un conflit militaire. Il faut donc cesser d’appeler ’terrorisme’ un acte de résistance qu’en d’autre temps ou d’autre lieu, les mêmes personnes ont appelé différemment. Car aujourd’hui, seul le vainqueur final d’une guerre qualifie les différents actes s’y étant déroulés. Si l’Allemagne nazie avait remporté la seconde guerre mondiale, la résistance héroïque des maquisards français aurait été considérée comme des actions terroristes et les bons collaborateurs auraient été non pas tondus ou fusillés, mais décorés et médaillés. De même, si l’islamisme l’emporte un jour sur l’Occident, l’attentat de World Trade Center sera considérée comme la première attaque victorieuse d’héroïques soldats bravant la mort au péril de leur existence.

Si on ne veut pas d’une telle fin à l’Histoire, il faut reconnaître le droit à la résistance militaire, et donc reconnaître également l’existence de gouvernements injustes et terroristes (dont Israël en premier lieu), jugements reposant sur une base morale, et non plus sur une base subjective tels les pays de l’axe du mal de Bush.


Réflexion quatre (5 août 2006)
Existe-t-il une seule morale ?


La première hypothèse que l’on peut poser est que chaque citoyen français applique des règles de ’vivre ensemble’, quel que soit son milieu, son origine, sa religion. La deuxième hypothèse est que ces règles diffèrent le plus souvent les unes de l’autre. Troisième hypothèse de départ, ces règles de ’vivre ensemble’ ne sont pas toutes des règles morales, mais certaines le sont.

Ces règles de ’vivre ensemble’ concerne essentiellement trois ensembles concentriques qui sont la cellule familiale, puis le cercle d’amis, et enfin la vie sociale ou professionnelle. En dernier ressort, elles concernent aussi les individus qui peuvent être rencontrés au hasard dans la journée, et avec lesquelles l’individu peut entrer en interaction. Voici les sujets de la morale de l’individu. Il est évident que les règles de vivre ensemble ainsi que les règles morales sont normalement de moins en moins contraignantes au fur et à mesure que l’on s’éloigne du centre de la cellule familiale. Pourtant, certaines personnes choisissent aussi de masquer leur véritable personnalité auprès des cercles étrangers et de ne révéler la réalité de leur personnalité qu’aux proches. Certaines autres personnes n’ont pas non plus de vie familiale, vivant de manière solitaire.

On en arrive ainsi à une première approche des règles morales ; une règle morale, comme une règle de ’vivre ensemble’, n’a pas besoin d’être appliquée pour exister. Il peut arriver qu’un individu sache qu’il devrait agir d’une certaine manière conformément aux règles morales qu’il aimerait appliquer, mais qu’il agisse de manière différente, en opposition à ces mêmes règles morales. Il se pourrait que certains assassins sachent que la vie est sacrée, mais qu’ils tuent malgré tout. On en revient alors au précepte biblique, si peu appliqué de nos jours : "ne fait pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse".

Comment mesurer le remord et la culpabilité des personnes violant leurs propres règles morales ? On peut également faire un parallèle avec une guerre comme la guerre actuelle d’Israël contre le Liban. Les soldats israëliens (tout comme certainement les miliciens chiite du Hezbollah) savent que le meurtre de civils est un crime de guerre. Cependant, dans cette situation, les soldats se retranchent toujours derrière l’existence d’ordres hiérarchiques pour cautionner leurs actions. Excuse connue, notamment déjà utilisée dans le passé par les officiers nazis pour minimiser les crimes contre l’humanité dont ils étaient accusés.


Réflexion trois (30 juillet 2006)
De la place de la morale dans la société


La morale n’a pas une place centrale dans notre société, mais plutôt une place souterraine, cachée. On peut dire que la morale est le principal soubasement des relations individuelles au sein de notre société, mais que son existence est aujourd’hui malgré tout pratiquement nié, occulté, oublié.

Qu’est-ce donc que la morale ? En existe-t-il une définition unique, sur laquelle tout le monde serait d’accord ? Je partirais de la définition donnée par l’Encyclopaedia Universalis :

la morale (du latin moralis lui-même traduit du grec ta éthica) "désigne ce qui
a trait aux moeurs, au caractère, aux attitudes humaines en général et, en
particulier, aux règles de conduite et à leur justification. La morale apparaît
d’abord comme le système des règles que l’homme suit (ou doit suivre) dans sa vie
aussi bien personnelle que sociale."


On acceptera cette définition comme base de notre réflexion. Bien sûr, d’autres définitions apportent d’autres éclairages, comme par exemple celle d’André Comte-Sponville,

"la morale, qui se rapporte à l’ensemble de nos devoirs, répond à la question :
Que dois-je faire ? Elle se veut universelle. Elle tend vers la vertu et culmine
dans la sainteté."


Mais, si les philosophes sont à peu près d’accord sur la définition à donner de la morale, n’en va-t-il pas différemment dans la vie de tous les jours, dans l’économie ou dans le domaine politique ? Y reconnaît-on une même et unique définition de la morale ?

La morale n’y étant pas reconnu par les puissants de ce monde, on n’y trouve évidemment pas de définition de la morale. Dans le monde réel, dans celui qui est décrit dans les journaux d’informations télévisés ou dans la presse écrite, il apparaît évident que la morale n’a pas sa place dans le monde de ceux qui nous dirige. En effet, si la morale réglait leurs actions, on n’entendrait parler ni de plans de licenciement pour faire monter les cours de bourse des entreprises, ni de salaires ou de stock options de dizaines de millions d’euros ou de dollars, lorsque tant de salariés de ces groupes sont payés à peine au SMIC (salaire minimum), ni de lois avantageant les gros revenus ou le patronat ..... Si la morale présidait aux décisions prises dans ce monde, le monde ne serait pas tel qu’il est aujourd’hui, aussi injuste et aussi déséquilibré entre ceux qui ont tout et ceux qui n’ont rien !

Mais un monde sans morale est malgré tout dangereux pour les puissants. En l’absence de toute morale, le risque serait trop important de voir la société disparaître et la violence généralisée renverser les privilèges des puissants ainsi que leur fortune, qui n’ont de sens que s’il existe un monde à contrôler. Comme Bertrand Vergely le rappelait,

"si tout est relatif en matière de morale, n’est-ce pas la démonstration que la
morale commence avec ce qui convient à un groupe d’hommes à un moment donné,
dans des conditions données, puis qu’elle devient une habitude admise avant que
cette habitude se mette non pas simplement à suivre ce qui se fait, mais à
commander ce qui doit se faire ?" (petit précis de morale)


Notre société, comme toutes les sociétés humaines, fonctionnent donc sur une morale, qu’il faudrait peut-être mieux nommée ’règles’, dont le principal objectif est de faire respecter la propriété privée et les richesses des puissants. Dans notre monde moderne, dans le domaine de l’économie comme de la politique, les puissants ont donc inventer une forme de morale censée les protéger. Dans le domaine économique, on parle ainsi de règles éthiques, protégées par des comités d’éthique, dans lesquels on demande à des salariés de sièger, sorte de collaborateurs modernes. Dans le domaine politique, on parle de règles de civisme, que l’on aimerait voir les jeunes (ou moins jeunes) voyous respecter.

Dans les deux cas, il s’agit d’une transposition de certaines règles issues de la morale, cette morale qui est reconnue individuellement par une bonne partie des citoyens de nos pays occidentaux modernes. Mais pourquoi des jeunes ou des moins jeunes, des exclus, des perdus, des personnes aux yeux ouverts, accepteraient-ils de respecter des règles morales contraignantes qu’ils savent et voient violer impûnément par les puissants et tous ceux qui nous dirigent ?


Réflexion deux (23 juillet 2006)
De la relation entre ’justice’ et ’morale’


La morale, que l’on pouvait croire disparue de nos sociétés occidentales modernes, y existe en fait toujours, réfugiée dans la sphère des relations privées de chaque individu. Elle y régit nos échanges avec nos proches, nos collègues, les gens qu’on croise dans la rue. Elle fonde les relations sociales. Cette morale nous est transmise par nos parents, par nos éducateurs, d’une certaine façon aussi par nos maîtres(esses) d’école, nos enseignants(es). La disparition du civisme dont se plaignent les politiques, les adultes et les personnes âgées ne traduit en fait que la déperdition de la morale entre les différentes générations. A force d’entendre dire et de voir que la morale (en politique, en économie) n’existe pas, comment veut-on que les jeunes générations continuent de respecter ses fondements. Et sans cette morale, comment l’esprit civique, comment le vouloir vivre ensemble, pourraient-ils continuer d’exister ?

Dans ces conditions, on pourra appliquer le programme politique le plus répressif que l’on veut, cela ne changera rien à cette disparition de la morale et de l’esprit civique. L’on ne fera que substituer à ce manque de morale les principes interelationnels du milieu pénitentaire ou des ’maisons de correction’, qui ne doivent pas reposer (j’en serais étonné) sur le respect de la personne de chacun, mais plus sûrement sur le droit du groupe et du plus fort (c’est-à-dire sur la violence).

Pour résumer, je dirais donc que la disparition du sens civique diagnostiquée par certains penseurs ne fait que découler d’un manque plus grand, qui est la disparition de la morale dans les interelations d’une partie des habitants de notre pays, de notre société, des jeunes générations (ceux de moins de cinquante ans). Cependant, cette déperdition peut aussi s’expliquer par l’absence de telles références dans une partie de la population issue de l’immigration. La morale est en effet une vieille création judéo-chrétienne, qui découle d’une certaine façon de la croyance en l’existence de l’enfer et du purgatoire, ou d’une possible vengeance divine vis-à-vis de nos péchés. D’autres personnes l’a font provenir de notre inconscient, du jeu du moi, du ça et sur-moi (même si j’y crois beaucoup moins).

Quelqu’en soit les fondements, la morale ne s’applique pas partout dans le monde de la même façon. Certaines sociétés non occidentales reposent sur des règles sociales beaucoup plus contraignantes (holistes) que notre société individualiste, mais ces formes de respect des règles ne trouvant plus à s’appliquer dans notre pays jettent des jeunes gens privés de repères dans notre société. Et notre morale individualiste, sur laquelle nos règles de sens civique et de vivre ensemble, ne signifie alors rien pour eux, car nul ne la leur a jamais enseignée.

On peut bien sûr m’accuser d’argumenter dans le sens de la droite et surtout de l’extrême droite. Certains ne manqueront pas de le dire. Un blog est fait pour ça, par opposition à un livre où nulle réaction n’est possible. Mes arguments sont-ils racistes et faux ? Quelques recherches sociologiques et anthropologiques me font penser penser le contraire. Y a-t-il une solution possible pour améliorer les choses ? L’enseignement de la morale à l’école ou au collège. Le rétablissement de l’éducation militaire, au moins dans les ’maisons de correction’ ? Ou enfin le rétablissement du service militaire ?

Mais d’abord, est-ce que la morale existe ? Et est-ce que le milieu enseignant la reconnaît et pourrait l’enseigner aux enfants pour lesquels ils participent à leur éducation ? Est-ce que notre société française, est-ce que nos hommes politiques, est-ce que les décideurs économiques, syndicaux et politiques la reconnaissent et l’appliquent ? La réponse me semble être négative. Pour réussir dans la vie et dans la société, je crois qu’il faut parfois oublier ses préceptes moraux ou les mettre entre parenthèses. Et lorsque l’on arrivait au sommet, lorsque tout est si simple, si tentant, comment résister ? L’actualité est pleine de ces accidents de morale, de plans de licenciement pour plaire aux marchés boursiers, de conditions de rémunérations et d’éviction défiant l’esprit commun, mais paraissant si normaux pour ces dirigeants si puissants, si informés. Cette corruption presque généralisée pour toutes ces personnes qui voient passer des marchés publics juteux entre leurs mains.

Comment en vouloir alors à de jeunes gens (ou de moins jeunes) de souhaiter prendre leur place, la seule qu’on leur laisse, dans la société ? La seule chose qui pourrait les arrêter serait cette conscience du bien et du mal, cette croyance au juste et à l’injuste, cette croyance que l’on paye toujours, un jour ou l’autre, le mal que l’on fait, même dans l’autre monde. Mais encore faut-il croire en la religion catholique. Y croire malgré ce que les journaux racontent, y croire malgré ce que la vie nous apprend. Que les puissants et les riches ne sont presque jamais inquiétés.

Je pense que l’on peut cesser de croire en la morale. Même si heureusement, quelques personnes n’arrêtent jamais d’y croire. Et que certains préceptes moraux continuent malgré tout d’appliquer, même par ceux qui arrêtent de croire.


Réflexion une (22 juillet 2006)
Retour sur les notions ’juste’ et ’injuste’


Comme je l’ai déjà dit, notre civilisation occidentale ne reconnaît plus ces deux termes. Elle leur a préféré les termes de ’légalité’ et ’illégalité’. Notre civilisation matérialiste et cartésienne ne se réfère plus à la morale, qui fonde le juste et l’injuste, mais se réfère uniquement aux normes, dont les lois font parties. Les normes permettent de déterminer ce qui est conforme et ce qui n’est pas conforme. La morale, au contraire, permet de déterminer ce qui bien et ce qui est mal. D’une certaine façon, cette dernière dichotomie est beaucoup plus tranchée que la première. Les normes peuvent changer, et ce qui est conforme aux lois devenir non conforme, et vice versa. Au contraire, le bien et le mal ne varient pas. La morale a cette particularité d’être intangible. Les lois et les normes changent selon les époques, pas la morale.

Bizarrement, notre civilisation occidentale est la seule civilisation à avoir pour fondement une culture reposant sur la morale, dite judéo-chrétienne. Et c’est justement cette civilisation-là, judéo-chrétienne, qui a formalisé les notions de normes et de lois, puis les a substitué aux notions de morale, de bien et de mal. Cette création avait pour origine l’impossibilité de définir une loi supérieure, dite divine, qui aurait servi de modèle et de fondement aux lois humaines. Mais, en l’absence d’une loi divine, sur quoi peut donc reposer la morale ? Sur notre religion judéo-chrétienne ?

Ce qui est sûr, c’est que toute société humaine, occidentale ou non, repose sur le respect de normes et de règles. Ce qui rend nos sociétés occidentales particulières, c’est le formalisme qui s’y attache. Et le capitalisme tout particulièrement, principal composant de nos sociétés modernes, a besoin de ce formalisme juridique, qui sécurise son fonctionnement. Evidemment, celui-ci est également capable de fonctionner là où le droit n’existe pas, ou seuls la violence, l’arbitraire, l’irrationnel fonctionnent. Mais il faut alors que l’importance des profits possibles rende rentable les risques encourus et la corruption qui est alors indispensable.

Le capitalisme n’a nul besoin de morale. En effet, lois et morale ne sont pas toujours en harmonie. Dans nos sociétés occidentales dites judéo-chrétiennes, ce qui est légal n’est pas toujours moral, et ce qui est considéré comme illégal est parfois justement moral. Ainsi en matière d’immigration, l’aide aux personnes légalement en situation irrégulière est considérée comme une action illégale, alors l’accueil des étrangers est une action moralement valable, voire encouragée par les écritures saintes (catholiques). Les lois sur l’immigration, même non amorales, condamnent ainsi souvent des actes qui en eux-mêmes sont moraux.

Il est très intéressant d’observer qu’a posteriori, des actes moraux mais illégaux comparables ont pu par le passé être considérés comme justes et moraux, et les actes amoraux mais légaux, valorisés à un instant donné, être condamnés quelques années plus tard et considérés comme légalement répréhensibles (l’assistance aux personnes juives pendant la seconde guerre mondiale et l’occupation nazie). Intéressant d’observer que ces mêmes actes moraux sont de nouveau considérés aujourd’hui comme répréhensibles, vis-à-vis d’une autre population (non plus juive mais étrangère, notamment africaine). L’Histoire pourrait-elle de nouveau s’inverser dans quelques années ?

De même, en matière financière, la recherche capitaliste du profit maximum conduit souvent à des actes amoraux (expulsion de personnes socialement en difficulté, abus vis-à-vis de personnes en difficulté). Le capitalisme ne repose pas sur la morale, parce que la morale n’a semblerait-il plus sa place dans nos sociétés modernes.

Mais est-ce si sûr ? N’assiste-t-on pas ces dernières années à un retour de la morale ? En matière de relations internationales d’abord avec la guerre contre l’axe du mal chère à Georges W. Bush, qui a servi de prétexte à l’invasion de l’Irak par les armées américaines et alliées. En matière de capitalisme également, avec les multiples condamnations des rémunérations importantes de dirigeants de certains grands groupes.

En fait, la morale n’a jamais quitté nos sociétés occidentales. Avec l’essor des relations capitalistes et de l’individualisme, elle avait reflué dans la sphère privée, dans les échanges interpersonnels. Elle fondait les relations de chacun avec son entourage, mais n’était plus pertinente en matière globale. Confinée à cet usage individuel, sa transmission de générations en générations ne reposait plus que sur la parenté et sur la religion. De sorte, certaines personnes ne se sentent plus obligées de la respecter, d’où le développement des vols et des aggressions, aussi bien que des pratiques professionnelles ou financières amorales, que certains croient conformes au capitalisme.

La morale existe donc toujours dans nos sociétés. La majeure partie de la population la respecte encore plus ou moins. Les justes sont ceux qui quelle que soit la situation, quels que soient les risques encourus, même face à la justice ou face à un Etat totalitaire, continuent d’appliquer ce que la morale (ce qu’on leur a transmis de la morale) leur dit de faire. Et il est dommage que ces justes ne soient seuls pas autorisés à fabriquer les lois dans nos parlements et assemblées. Mais la recherche du pouvoir personnel que suppose la politique est rarement le fait de personnes ’justes’.


Saucratès


21/11/2010
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