Critiques de notre temps

Critiques de notre temps

La situation politique dans les pays arabes

 

Réflexion quatre (22 février 2011)

Répression en Libye, au Bahrein ...

 

Après la Tunisie et l'Egypte, les révolutions ont donc gagné la Libye de Mouammar Kadhafi, le Bahrein, le Yémen ainsi que le Maroc. Le pouvoir dictatorial du colonel libyen Mouammar Kadhafi est celui qui semble vacciller le plus rapidement, malgré l'usage d'une répression sauvage envers les manifestants. Tirs à balles réelles sur les manifestants, utilisations de mercenaires étrangers de pays africains pour tuer, utilisation d'avions et d'hélicoptères de combat pour tirer sur la foule dans la capitale libyenne de Tripoli ... 166 personnes auraient été tuées parmi les manifestants à Tripoli lundi 21 février ... et plus de 400 personnes auraient été abattues au cours des cinq jours précédents selon la FIDH ...

 

Mais malgré tout, les manifestations se poursuivent, des mercenaires étrangers sont capturés par la foule et lynchés ... Plusieurs villes libyennes seraient tombées aux mains des manifestants à la suite de défections dans l'armée : Benghazi, Syrte, Tobrouk, Misrata, Khoms, Tarhounah, Zeiten, Zaouia et Zouara ... Et des dignitaires musulmans, du réseau des oulémas libres de Lybie, ont rejoint la contestation, appelant tous les musulmans à se soulever contre le régime du colonel Mouammar Kadhafi. Un fatwa a même été lancée par le très influent théologien qatari d'origine égyptienne cheikh Youssef Al-Qardaoui, appelant l'armée libyenne à assassiner Mouammar Kadhafi : «Que quiconque de l'armée libyenne peut tirer une balle sur Mouammar Kadhafi pour en débarrasser la Libye, le fasse».

http://www.lemonde.fr/afrique/article/2011/02/21/libye-de-nouvelles-voix-s-elevent-contre-kadhafi-le-bilan-s-alourdit_1483323_3212.html

 

Que la Lybie bascule aussi radicalement dans la violence et dans la contestation est évidemment une surprise, à la fois parce que la Libye est le pays d'Afrique le plus riche, avec une paix sociale achetée grâce à la rente pétrolière, mais également parce qu'il s'agit du pays arabe le plus dictatorial, le moins démocratique qui soit, même pas de façade, tenu par des comités révolutionnaires omni-présents, et où la constitution de groupements ou d'organisations interdits par la loi est puni de la peine de mort.

http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/02/21/libye-bahrein-pourquoi-l-effet-domino-touche-les-pays-arabes-riches_1483156_3232.html#ens_id=1481220

 

 

Réflexion trois (13 février 2011)

Après l'Egypte, à qui le tour ?

 

Après la Tunisie, la rue a donc également gagné en Egypte ! Le président Moubarak a donc abandonné face à la contestation de la rue, et la neutralité de l'armée égyptienne ... Comme son homologue tunisien, le président égyptien aurait amassé pendant ses décennies de présidence une fortune immense se comptant apparemment en milliards de dollars. Ce qui légitimise a posteriori le combat de leurs opposants politiques et émeutiers ...
 

Après ces deux pays, c'est à l'Algérie de commencer à enregistrer des manifestations d'opposants réclamant le départ du président Bouteflika. Celui-ci n'est pas au pouvoir depuis trente ans comme ses homologues tunisien et égyptien, mais son parti contrôle la vie politique algérienne depuis l'indépendance. Comment ne pas voir également derrière ses manifestants l'influence croissante des partis islamistes tunisiens, égyptiens et maintenant algériens ? Le futur de ces pays nous renseignera sur le devenir des pays de l'arc méditérannéen et sur la place qu'y occuperont les partis islamistes ... Verra-t-on une islamisation forcée de ces pays au cours des prochains mois et années, comme en Iran il y a maintenant plus de trois décennies ... Et quelle place laissera-t-elle aux laïcs ? 

 

Algérie, Syrie, Iran, Lybie ; sont-ce les pays qui pourraient risquer de basculer dans la contestation au cours des prochaines semaines ou mois, au fur et à mesure d'une gigantesque partie de dominos causée par la fuite du président tunisien, et avant cela par le suicide d'un pauvre homme victime d'une injustice de la part de la police tunisienne ...

 

Y a-t-il une moindre possibilité que ce mouvement de contestation politique et urbain gagne la vieille Europe ? Car la Tunisie et l'Egypte étaient certes des dictatures, mais des dictatures qui respectaient plus ou moins les principes démocratiques d'élections 'régulières' apparemment libres ... La France et surtout l'Italie sont-elles véritablement différentes de la Tunisie et de l'Egypte ? Plus de liberté et une absence de torture, certes ... Un respect des règles de l'état de droit ... Mais dans ces deux pays, des présidents qui ne distinguent pas la sphère privée et leurs obligations de chef d'état, avec lesquels on peut s'interroger sur notre respectabilité internationale ... Après l'Algérie donc, après la Syrie, après la Lybie, après l'Iran, il ne serait pas invraisemblable de penser que la rue pourrait se soulever en Italie contre Berlusconi ... Et Berlusconi parti, ce serait alors au tour de la rue française de demander le départ de son pseudo-dictateur ... Mais tant que l'Italie ne bougera pas, il paraît peu vraisemblable que ce mouvement de contagion touche la France de Nicolas Sarkozy ...

 

Dans toutes ces contestations et ces émeutes, ce qui comptera sera la prise de position de l'armée, que ce soit en Algérie, en Syrie, en Lybie ou en Iran. Puis en Italie et en France ... Tout continuera de dépendre de l'armée ...

Belle démonstration en tout cas de l'effet domino ; ces pays qui les uns après les autres basculent dans la contestation puis arrivent à faire partir leurs dirigeants, dirigeants qui n'ont plus d'autres solutions que le départ face à une rue sûre de sa victoire devant l'exemple tunisien. Evidemment, nul ne sait si le futur sera mieux que le passé pour les minorités et pour les femmes ... Mais cela a-t-il la moindre importance aux yeux des hommes qui recherchent le pouvoir ? 


 

Réflexion deux (29 janvier 2010)

La notion élastique de peuple chez les émeutiers égyptiens et chez les cordonniers (qui sont, comme tout le monde le sait, les plus mal chaussés) ...

 

Les évènements de contestation du pouvoir égyptien et de son chef d'état, sur le même modèle que les évènements tunisiens qui avaient conduit à la fuite de leur président à vie Ben Ali, se transforment en des scènes d'émeutes indescriptibles. Le président égyptien pourra-t-il se maintenir au pouvoir et juguler les scènes d'émeutes qui frappent la capitale égyptienne ? Ces scènes d'émeutes montrent qu'aucun pouvoir étatique, aussi dictatorial soit-il, aussi coercitif soit-il (mais tout pouvoir étatique est coercitif), ne peut se maintenir face à la rue déchaînée dans les états arabes, et très vraisemblablement quelque soit le pays, même en Europe ou aux Etats-Unis.

 

Un certain nombre de blogueurs appuient vigoureusement la lutte de leurs frères tunisiens ou égyptiens. Pour ma part, je suis gêné. Les évènements tunisiens et plus encore égyptiens ne risquent très vraisemblablement que de conduire à l'avènement au pouvoir des partis islamistes tunisiens ou égyptiens (les frères musulmans) et je ne sais si je ne préfère pas une dictature infâme (surtout si je n'y vis pas) à un régime islamiste supplémentaire dans le monde, qui aura pour obectif l'asservissement de l'Occident, la mort des infidèles (nous-mêmes chrétiens) et le djihad ...

 

Une deuxième chose me gêne. A la suite des évènements tunisiens, des groupes de miliciens nettoient la Tunisie des militaires, gendarmes et policiers de l'ancien régime honni ! Ces scènes pour la plupart cachées par les médias conduisent à des atrocités, qui n'ont guère à envier aux scènes antérieures du régime dictatorial de Ben Ali. Ce ne sont que scènes de lynchage où seule la mort attend ceux qui sont soupçonnés d'être d'anciens gendarmes ou policiers ... Il suffit qu'une personne dans une foule désigne une personne d'en être, et la foule en délire se jette sur le malheureux, sur l'infortunée victime ... Combien de morts dans ces scènes d'émeutes et de lynchages en Tunisie ? Et combien d'innocentes victimes, victimes de règlement de compte ou autres ...

 

Enfin, une dernière chose. Qui expliquera d'ailleurs le titre de cet article ... J'entends des émeutiers égyptiens déclaraient que le peuple veut le départ du président Moubarak. Mais ils ne sont que quelques centaines de milliers de manifestants et d'émeutiers et ils considèrent qu'ils parlent au nom du peuple dans son entier ! Cette généralisation me gêne énormément. Que des émeutiers activistes puissent se croire investis d'un pouvoir les dépassant, représentant le peuple dans son entier !

 

Mais il y a quelque chose de plus risible (ou consternant) encore ... Lorsque j'entends le gouvernement français de Nicolas Sarkozy reconnaître, au détour d'une déclaration sur la situation égyptienne, qu'il faut respecter la décision du peuple, en parlant de quelques centaines de milliers d'émeutiers ... Mais il y a quelques mois, lorsque la rue française revendiquait contre la réforme des retraites, pourquoi le président français et ce même gouvernement n'ont-ils pas respecté le souhait du 'peuple' français et de ses quelques millions de manifestants ?

 


Réflexion une (26 janvier 2010)
La contagion des évènements tunisiens

 

On assiste à une situation intéressante dans les divers états méditérannéens, avec la propagation contagieuse de la chute du régime dictatorial tunisien de Ben Ali à la fois à l'Algérie de Bouteflika et à l'Egypte de Moubarak. Dans ces deux pays, ces dictatures qui ont tout l'air de démocraties organisant des élections régulières (mais aux scrutins manipulés) combattent violamment les manifestations des contestataires en nombre grandissant ... Ce qu'avait fait avant eux le régime de Ben Ali avant de s'écrouler. Pour mémoire, tous les renversements de régime reposent sur de tels événements, de l'affrontement de manifestants et des forces de l'ordre, avant que les premiers ne l'emportent. Cela a été vrai de la révolution orange en Ukraine, aux évènement de Madagascar d'il y a quelques années, jusqu'à leur ancêtre à tous, la révolution française de 1789.

 

Jusqu'où cette contagion peut-elle gagner ? Car les pays arabes de la zone méditérannéenne (et plus loin) sont presque tous des dictatures, à quelques exceptions près (notamment le Liban et l'Irak maintenant). Rien ne s'oppose ainsi à ce que la contagion ne gagne le Maroc (même si la légitimité de son souverain royal est beaucoup plus assurée que celle de ses voisins), la Lybie, la Syrie ou l'Iran (qui a connu une situation aussi conflictuelle il y a quelques mois, situation qui semble s'être calmée aujourd'hui, avec une opposition vraisemblablement muselée par un régime militaro-religieux) ... sans oublier les états monarchiques du Golfe.

 

On peut même se demander si ce vent de révolte ne pourrait pas traverser la Méditérannée pour gagner les supposées démocraties de la vieille Europe, comme la France et l'Italie, dont les dirigeants politiques contestés mènent des politiques économiques ou sociales ouvertement partisanes et gèrent nos pays comme s'ils en étaient les roitelets. Dans ces pays où la contestation et les manifestations sont une sorte d'héritage, de legs historique, où des mouvements sociaux de grande ampleur ont régulièrement lieu, ne peut-on imaginer que la jeunesse désoeuvrée des cités et les jeunes contestataires des universités ne se lancent à l'assault de pouvoirs corrompus et de présidents rejetés ?

 

 

Saucratès



22/01/2011
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