Critiques de notre temps

Critiques de notre temps

Du terrorisme et du droit à la résistance

Saint-Denis de la Réunion, jeudi 6 février 2020

 

C'est selon moi l'une des principales questions morales et politiques que notre société doit se poser et à laquelle elle doit pouvoir trouver une réponse objective et définitive. Le terrorisme devient-il un acte moral dans certaines situations ? Le terrorisme peut-il devenir la seule réponse possible à un homme, ou à une femme, dans un certain nombre de situations politiques particulières, et quelles peuvent être ses situations politiques particulières qui autoriseraient de tels actes ?

 

L'exemple que je prendrais sera cette nouvelle internationale récente, d'une voiture ayant foncé en Israël sur une foule de badauds (ou de fêtards) ce jeudi 6 février 2020, à Jérusalem. Mais il en existe de nombreux autres exemples possibles, comme par exemple l'attentat terroriste de Charlie Hebdo ou de l'Hyper Cacher de la Porte de Vincennes. Peut-on considérer ces attentats comme moraux ? Ou plutôt comment distinguer ceux qui seraient moraux (si certains peuvent-être considérés comme tels) de ceux qui ne le seraient pas. 

 

https://www.lemonde.fr/international/article/2020/02/06/une-voiture-fonce-dans-la-foule-a-jerusalem-et-fait-14-blesses_6028582_3210.html

 

Attention, je ne souhaite pas faire l'apologie du terrorisme. Les velléités britanniques de durcir les condamnations pour actes terroristes islamiques me paraissent une mesure de bon sens. Comment pourrait-on laisser ou remettre en liberté des personnes qui visent à tuer des innocents parce qu'ils sont d'une autre religion ? Une peine minimale de quatorze années d'emprisonnement est certes attentatoire aux libertés publiques (les personnes composant le groupe de Tarnac en France étaient poursuivies pour acte terroriste pour avoir supposément voulu rendre inutilisable une ligne de TGV et cela pourrait viser presque n'importe qui sous un gouvernement de droite ou LRM) mais elle paraît indispensable face à l'idéologie islamiste terroriste. 

 

Mais cela ne m'empêche pas de m'interroger sur ce qui différencie et légitimise un acte terroriste, ou qui fait d'un acte terroriste criminel un acte légitime, conforme à la morale, reconnu comme un moyen légitime d'aboutir à un résultat, à la victoire d'une idéologie, au rétablissement des droits de personnes ou de citoyens bafoués. 

 

Ma position est peut-être inacceptable. Pourtant, certains actes terroristes sous l'occupation, contre l'occupant nazi, ont été considérés comme légitimes par le gouvernement provisoire français et par les gouvernements suivants. Les actes terroristes de la Résistance française n'ont jamais été poursuivis par la France après 1945 ; ils n'étaient considérés comme des terroristes que par les nazis et par le régime de Vichy. Postérieurement à la deuxième guerre mondiale, les terroristes ont été appelés résistants et proclamés comme des héros, et leurs ennemis d'hier, ont été considérés comme des collaborateurs et condamnés comme tels. C'est bien le signe que dans certaines situations politiques particulières ou de guerre, de combat, les actes terroristes deviennent des moyens légitimes d'arriver à un résultat. C'est même le signe que le fait de résister et de combattre devient une obligation morale, alors que le fait de collaborer ouvertement est un crime !

 

Alors, comment peut-on distinguer ces moments, ces situations particulières, et comment peut-on les juger, les distinguer ? Comment et doit-on par exemple distinguer l'attentat terroriste de Nice du 14 juillet 2016, ou un camion renverse et tuent des dizaines de piétons, et l'attentat de ce jour à Jérusalem, où une voiture renverse une dizaine de piétons ?

 

https://www.monde-diplomatique.fr/2016/08/SIZAIRE/56077

 

Soyons clair ; le jour où les palestiniens l'emportent politiquement et obtiennent la création et la reconnaissance d'un Etat palestinien, que ce soit aux marges ou sur les décombres de l'Etat d'Israël, tous les palestiniens condamnés, tués, poursuivis comme ou en tant que terroristes seront célébrés par les palestiniens comme des résistants et des héros. Et ils le sont d'ailleurs déjà ! Et il en sera de même en Syrie, en Irak, pour tous les mouvements islamistes, pour Al-Qaïda ou pour les combattants de l'Etat Islamique. Tous ces combattants terroristes seront les héros de leur peuple s'ils l'emportent militairement ou politiquement sur leurs adversaires, de la même manière que cela s'est passé en France après la Libération. Les vaincus seront condamnés comme collabos ou feront l'objet de purges, tandis que les vainqueurs deviendront des héros. 

 

La même analyse vaut pour les terroristes islamistes en France. Si l'islam ou l'islamisme l'emporte en France, les terroristes de Charlie Hebdo ou de l'Hyper Cacher de la Porte de Vincennes deviendront-ils des héros, des justes, et leur mémoire sera-t-elle réhabilitée ?


Après tout, il n'est nul besoin de se rapporter à l'histoire de l'occupation française. Même en Israël, les juifs ont commis des attentats sous le protectorat anglais pour obtenir le droit à la reconnaissance de l'Etat d'Israël. 

 

«Des groupes radicaux utilisent alors le terrorisme meurtrier comme une arme de résistance, à leurs yeux légitime. Ce terrorisme de libération commence en Palestine le 22 juillet 1946 avec l'attentat de l'hôtel King David, perpétré par l'Igourn, une organisation sioniste extrémiste.»

https://cours.unjf.fr/repository/coursefilearea/file.php/205/Cours/09_item/indexI0.htm

 

La grande question, c'est donc de savoir qu'est-ce qui peut légitimer des tels crimes, de tels actes, qu'est-ce qui rend légitime de telles actions ? Est-ce que l'injustice vécue depuis les années 1950 par les palestiniens en Israël, les multiples mesures vexatoires qui visent les palestiniens et les israéliens musulmans, l'iniquité extrême et absolue de la proposition de paix de Trump pour régler le conflit israélo-palestinien, les violences subies par les palestiniens, les multiples morts palestiniennes sous les balles ou les buldozers israéliens, tout ceci ne rend-t-il pas légitime les actes terroristes des palestiniens ? Si j'étais dans la même situation que tous les palestiniens, que j'avais vécu les mêmes injustices, que je les voyais tous les jours être commises devant moi, à mon encontre, que j'en pâtissais tous les jours, est-ce que je ne prendrais pas non plus les armes pour me venger, pour frapper cet Etat ennemi, pour tenter de me libérer, pour tenter de faire quelque chose, n'importe quoi, pour ne pas rester passif, immobile, sans réaction ?

 

Comme l'écrit Le Monde Diplomatique, «Toute tentative de définition du terrorisme soulève invariablement des débats car elle pose la question de la violence légitime et du droit à la résistance d’une part, et de l’illégitimité de la violence étatique de l’autre». Il y a des cas où un peuple a le droit de résister à un gouvernement illégitime, et à la violence étatique. C'est selon moi le cas du peuple palestinien, mais aussi celui du peuple des gilets jaunes en France. Nous sommes face dans les deux cas à un gouvernement qui emploie une violence illégitime qui rend nécessaire le combat et la résistance, par toutes les formes de combat, dont les actes terroristes. Les Etats et les gouvernements qui les combattent les traiteront évidemment comme des terroristes et essaieront de les faire disparaître, de les éradiquer par tous les moyens à leur disposition ... violences, rafles, éliminations ... parce qu'aucun Etat ou aucun gouvernement n'acceptent de reconnaître que leur propre violence est illégitime, que leur pouvoir est usurpé. Il faut que ces Etats et ces gouvernements s'effondrent sous la force des armes, comme autrefois la royauté française, comme autrefois le gouvernement de Vichy, pour que leur violence soit considérée comme illégitime et que leurs opposants et ceux qui les ont combattu deviennent des héros et des martyrs. 

 

Tout homme a donc le droit et le devoir de résister à l'injustice, à l'inéquité qui lui est faite, à lui ou à ses semblables par un Etat ou un gouvernement injuste, illégitime ou utilisant de manière illégitime une violence excessive, exagérée, disproportionnée. C'est une obligation qui lui est faite, par tout moyen à sa disposition et le terrorisme, comme le fait de prendre les armes militairement, est l'un des moyens qui lui est accessible.

 

Mais le droit à la résistance ne légitimera jamais des actes terroristes odieux comme l'attentat de Charlie Hebdo, contre la liberté d'expression ou l'attentat de l'Hyper Cacher, basé sur le seul antisémitisme ! Et jamais ces lâches attentats ne pourront être considérés comme moraux.

 

 

Saucratès

 

 

A lire le dossier extrêmement intéressant sur le terrorisme

https://cours.unjf.fr/repository/coursefilearea/file.php/205/Cours/09_item/indexI0.htm 



06/02/2020
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