Critiques de notre temps

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De la crise financière


Une nouvelle crise financière à l’horizon ?

Essayons d’oublier la politique et revenons-en à l’économie ! En même temps, il me faut convenir que ces deux sujets sont étroitement liés ; que deviendraient les calculs électoralistes de François Hollande en vue de la présidentielle de 2017 si la croissance disparaît en cas de ralentissement économique mondial ? Après avoir parié sur l’inflexion à la baisse du chômage lorsqu’il avait été élu, quelle image garderait-on de lui si la croissance disparaissait aussi ?

 

Nous sommes en 2015 et la précédente crise financière date de 2007-2009. L’économie française n’a même pas réussi à redémarrer et le chômage n’a même pas commencer à baisser qu’il semble que l’on arrive déjà à la fin de ce cycle de croissance des bourses mondiales. Sept ou huit ans, c’est la bonne durée s’étirant entre deux périodes de crise économique et financière.

 

On peut remonter dans notre passé et on vérifiera assez facilement l’existence d’un tel cycle. Dans notre mémoire collective, on se rappelle de la crise des années 1971-1974, démarré avec les désordres monétaires de l’inconvertibilité du dollar en or (fin du système dit de Bretton-Woods) et qui est suivi par le premier choc pétrolier de 1974, considéré comme marquant la fin de la période des trente glorieuses.

 

On se rappelle aussi dans notre mémoire collective de la récession des années 1980-1982, marqué en France par l’élection de François Mitterand à la Présidence de la République et l’impossibilité pour la France de tenir une politique économique séparée de celle du reste du monde.

 

On se rappelle peut-être moins du krach financier d’octobre 1987, qui a donné naissance à ce que l’on a appelé le ‘Black Monday’ (ou lundi noir) pour le 19 octobre 1987, en référence au célèbre Black Thursday (ou jeudi noir) qui désigne le 24 octobre 1929, première journée du krach de 1929. En octobre 1987, il faut imaginer que la place boursière de Hong Kong perdra 45,8% de sa capitalisation, celle d’Australie 41,8%, celles du Royaume-Uni 26,4% et celles du Canada 22,5%. L’indice Dow Jones avait pour sa part perdu 22,6% la seule journée du 19 octobre 1987.

 

Notre mémoire collective garde aussi souvenir de la crise économique et financière des années 1992-1993, marquée par une profonde récession, des faillites de plusieurs établissements financiers en France, avec un CAC 40 qui était passé de 2.000 points à un peu plus de 1.000 points pendant cette période de crise. Cette crise se doublera aussi d’une crise aigüe des changes, avec des attaques spéculatives contre les monnaies européennes et notamment le franc, qui conduira à des niveaux de taux directeurs extrêmement élevés (dépassant 10% plusieurs mois durant).

 

La phase haussière suivante prendra fin en 2000, juste avant l’explosion des dot.com, aussi appelée bulle spéculative des valeurs technologiques. Dans cette période 1994-2000 d’euphorie boursière, l’indice CAC40 s’envolera néanmoins à des niveaux inégalés, jusqu’à atteindre près de 7.000 points à l’été 2000.

 

Après deux années de crise, la bourse redémarrera en 2002 pour exploser une nouvelle fois finalement avec la bulle spéculative des crédits subprime américains en 2007. Les années 2007-2009 enregistreront notamment de nombreuses faillites bancaires, surtout dans les pays anglo-saxons, mais aussi en Islande. Et en 2015, il semble une nouvelle fois que les bourses mondiales soient confrontées à une nouvelle phase de baisse, qui contaminera l’activité réelle des entreprises, le financement bancaire et l’emploi.

 

Evidemment, certains pourront contester cette contamination ? Pour quelle raison l’économie réelle serait-elle affectée par des mouvements boursiers essentiellement spéculatifs ? Le plus simple pour expliquer cette contamination consiste à imaginer que l’activité industrielle réelle dépend énormément à la fois des financements qui lui sont consentis, sur les marchés et par les banques, mais également de la demande de ses produits qui émane de ses clients et du marché, et qui est fortement corrélé à l’ambiance économique d’ensemble. Des séismes boursiers comme on les observe ces dernières semaines auront forcément un impact sur le moral des entreprises et des consommateurs, à la longue.

 

Même au-delà de ces évènements de ces dernières semaines, il faut avoir en tête que l’on s’approche forcément, maintenant, dans 6 mois ou même dans un an, d’un plus haut des capitalisations boursières internationales, qui se traduiront forcément par une nouvelle correction de grande ampleur, comme en 2001 ou en 2008. Le fait que les indices boursiers français, notamment le CAC 40, soit actuellement très loin de ses maximums de 2000 (où il avait atteint près de 7.000 points) ou 2007 (6.000 points) ne résout rien ou ne nous met pas à l’abri de ce mouvement de correction. Une vision à plus long terme nous rappelle que la précédente crise financière, avant 2000, remontait aux années 1992-1993, époque à laquelle le CAC ne s’élevait qu’à 2.000 points et où il était retombé à tout juste 1.000 à 1.500 points. Actuellement, l’indice Dow Jones tout comme les bourses chinoises se situent très au-dessus de leur plus haut historique, et les phases de correction boursière n’épargnent jamais aucune place boursière.

 

Y a-t-il des raisons qui pourraient faire qu’une crise économique et financière n’éclate pas ces prochains mois et que ces éventuels mouvements boursiers n’affectent pas l’économie réelle ? Il n’existe qu’une seule crise boursière qui n’a pas eu d’impact sur l’activité réelle. Il ne s’agit évidemment pas de la crise de 1929, dont les effets se firent sentir jusqu’à l’explosion de la seconde guerre mondiale ! Il s’agit du krach d’octobre 1987 qui n’a pas eu pour conséquence une crise économique. Mais on se situait au démarrage de la période de libéralisation mondiale des marchés financiers, tandis qu’en France c’était la période des grandes privatisations.

 

Je ne veux pas être considéré comme un oiseau de mauvais augure, ni jouer au Cassandre, mais la fin de l’année 2015 et le début de l’année 2016 devraient se traduire par la dégringolade plus ou moins lente ou plus ou moins rapide des bourses mondiales (et française) et s’accompagner d’un mouvement de ralentissement économique, n’en déplaisent aux éminents économistes socialistes du gouvernement. C’est en tout cas ce que l’histoire économique des crises boursières peut nous enseigner, même si chacune de ces crises trouve un ensemble d’explications au-delà de la simple reproduction d’un cycle graphique : le pétrole et les guerres israélo-arabes en 1974, les dot.com en 2000, les crédits subprime en 2007-2009.

 

Saucratès


01/09/2015
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Les banques et les leçons de la crise financière

 

Réflexion deux (6 janvier 2014)
Quelles leçons tirées de la crise financière de ces dernières années ?

 


La crise financière est-elle derrière nous ? Et quelles leçons en a-t-on tiré ? A la première question, il est bien difficile d'apporter une réponse. Certains des déséquilibres ayant amené à la crise financière sont toujours criants. Les Etats-Unis présentent toujours un déficit phénoménal de leur balance commerciale et ce déficit, ainsi que les excédents commerciaux des états asiatiques contribuent toujours aux déséquilibres financiers mondiaux. Mais la crise des dettes souveraines en Europe semble s'être calmée depuis ces derniers mois ; la Grèce, l'Espagne et le Portugal ne sont plus autant attaqués sur les marchés financiers et ces états envisagent même de pouvoir recommencer à intervenir sur les marchés. Pourtant, les niveaux d'endettement public de nombre d'états européens continuent d'être élevés, la France et l'Italie notamment, et il n'est pas impossible que les prochaines cibles des marchés financiers soient ces deux états.

 

De même, les cours de bourse se sont fortement redressés ces derniers mois en Occident, même s'ils demeurent largement en dessous de leurs précédents maximums. Il doit être noter que si la bourse américaine a retrouvé et dépassé en 2013 son précédent niveau atteint en 2007 (le Dow Jones est passé de 13.500 à 16.500 points en 2013) alors qu'il avait à peine dépassé 14.000 points à son maximum en 2007, les bourses européennes demeurent très largement en dessous de leur niveau des années 2007. L'Euro Stoxx 50 dépasse à peine 3.000 points contre 4.500 points en 2007, et le CAC 40 atteint aujourd'hui 4.200 points contre plus de 6.000 points en 2007. A noter que le même phénomène avait été observé entre 2007 et la précédente crise des dotcoms des années 1999-2000, puisque le CAC 40 avait atteint à son plus haut niveau 7.000 points en 2000 (soit 1.000 points au dessus de 2007) alors que l'Euro Stoxx 50 avait égalé son plus haut de 2000 alors que le Dow Jones ne s'était élevé qu'à 12.000 points entre 1999 et 2001. Ce point mériterait une note à lui tout seul ainsi que des explications : avec d'un côté des indices boursiers européens qui n'arrivent plus à égaler leurs précédents plus hauts (7.000 points en 2000 pour le CAC, 6.000 points en 2007 et 4.200 points en 2013 et 4.500 points pour l'Euro Stoxx 50 en 2000 et 2007 contre 3.000 points en 2013) alors que le Dow Jones explose ses précédents records (12.000 points en 2000, 14.000 points en 2007 et 16.500 en 2013) et devrait plafonner ou s'écrouler dans les prochains mois !

 

La crise financière semble ainsi en ce début d'année 2014 assez loin derrière nous. Il ne paraît plus opportun de se méfier des marchés financiers et des grandes banques, et tout le monde semble dans l'attente d'un redémarrage de l'activité et des économies européennes, ainsi que d'un reflux du chômage. Et pourtant ... Les zones de fragilité de la finance internationale, des marchés mondiaux, sont toujours aussi visibles et rien pour l'instant n'a été fait !

 

Cette période de calme temporaire doit aussi être l'occasion de réfléchir aux leçons qui ont été tirées de cette crise financière de 2007. A cette deuxième question, la réponse est tout aussi compliquée à apporter, même si je pense qu'aucune réelle réforme du système financier n'a été menée depuis 2007. Evidemment, les banques ont été obligés de porter quelques petits bouts de sparadraps, ainsi que quelques réformettes ou limitations. Les bonus qu'elles payaient sans vergogne à une petite fraction de leurs salariés vedettes ont dû être pour partie amputés, ou repoussés de quelques années. Elles doivent aussi désormais faire assaut d'innovations pour masquer les bénéfices monstrueux qu'elles continuent de dégager après avoir fait financer par la collectivité des contribuables les pertes records qu'elles ont dégagé entre 2007 et 2010.

 

Les lois de réformes bancaires votées aux Etats-Unis et en Europe aux lendemains des faillites en cascade de Lehman Brothers ? De la poudre aux yeux permettant de faire croire à l'opinion publique que des mesures drastiques étaient prises pour réglementer l'activité bancaire. La loi américaine Dodd-Franck et les lois européennes de séparation des activités de trading et pour compte propre ne vont absolument pas aussi loin que les anciennes lois de régulation des activités bancaires, prises à l'issue de la crise des années 1930. Les mêmes mécanismes de titrisation continuent d'être mis en oeuvre par les banques américaines ou européennes. Elles restent contrôlées par les mêmes mécanismes et entités, même si une autorité européenne a vu le jour. Nous sommes passés de Bâle II à Bâle III, avec des réglementations ressemblantes. Simplement, les banques devraient être astreintes à des obligations de constitution de fonds propres plus importantes en regard de leur situation en 2007 avec Bâle II. Les banques continueront à faire les mêmes activités de trading-book que par le passé. Seules leurs opérations de diversification massive dans les systèmes financiers étrangers non-domestiques auront reçu un coup d'arrêt en raison des pertes massives enregistrées par un certain nombre d'entre elles.

 

Enfin, que penser des agences de notation internationales ? Alors que les trois principales agences (Moody's, Fitch et Standard&Poor's) étaient massivement remises en cause dans les années 2007-2010 pour leur aveuglement dans la notation des dérivés de crédit pendant les années précédent la crise financière, on entend pratiquement plus parler d'elles actuellement, si ce n'est lorsqu'elles se décident à abaisser par palliers les notes des grands états occidentaux. Personne ne leur a demandé de comptes sur les notes qu'elles ont émises sur les montages financiers abracadabrantesques qu'elles ont validés et cautionnés dans les années antérieures à 2007 ... et il n'est plus question de réformes de leur fonctionnement et de leur pouvoir de vie ou de mort sur les états ... 

//fr.wikipedia.org/wiki/Crise_financière_mondiale_débutant_en_2007

 

 

Réflexion une (2 juillet 2013)
Dans quelle situation est-on aujourd'hui ?


Cela fait plus d'un an que je n'ai plus parlé de la crise financière, depuis la perte du triple AAA de la dette française. Nous sommes en juillet 2013. Il y a aujourd'hui six ans que la crise financière dite des subprimes a explosé médiatiquement (fin du mois de juillet 2007). Evidemment, cette crise couvait depuis plusieurs mois ou années. Juillet 2007 constitue simplement le point de retournement des marchés boursiers internationaux.

 

Six ans après, la crise financière et économique n'est toujours pas terminée, surtout pas en Europe occidentale. La crise financière s'est d'abord muée en crise bancaire, puis en crise économique, avant de devenir une crise des finances publiques européennes et une crise de confiance en l'euro. Les marchés boursiers américains se sont pourtant largement repris, les banques américaines ont recommencé à afficher des résultats financiers gigantesques, à la mesure des pertes qu'elles ont affiché pendant la crise. Mais l'Europe reste engluer dans le marasme économique, ses banques continuent d'afficher des pertes financières considérables et les finances publiques demeurent déficitaires malgré les successions de plans de rigueur.

 

Depuis quelques mois, les marchés des changes (l'euro) et des dettes européennes bénéficient d'une acalmie et d'une diminution de la pression de la spéculation internationale. Les spéculateurs ont dû certainement trouver une autre source de profits juteux. Ou bien est-ce simplement un effet d'une moindre médiatisation de la crise financière. Il est en effet difficile de faire la part des choses entre la réalité du monde de la Finance et l'image qui en est donnée par les différents médias.

 

Il apparaît clairement que six ans après l'explosion de la crise des subprimes, nous ne sommes pas sortis de cette crise et que nous sommes apparemment rentrés dans une crise financière longue, un peu à l'image de la crise des années 1929-1939 voire de celle des années 1973-1996. Six années, ce n'est rien en regard des vingt-trois années de la longue dépression de la fin du dix-neuvième siècle. En même temps, je trouve cela rassurant : il est possible de sortir d'une telle crise sans forcément sombrer dans la montée des fascismes et dans une troisième déflagration mondiale !

 

Le monde de la Finance et de la Banque a-t-il changé depuis six ans ? Les médias répondent tous les jours à cette question. La Finance n'a pas changé ; elle gouverne toujours le monde, elle invente toujours des produits financiers extrêmement complexes et elle attaque toujours des entreprises, des états ou des monnaies. Les agences de notation dégradent toujours les cotes des états ou des entreprises, et les marchés financiers soubre-sautent toujours au rythme des vagues ou des annonces de tempête. Les mêmes immenses groupes financiers (Capital World Investors, The Vanguard Group, Fidelity Investment, BlackRock Institutional Trust Company, State Street Corporation ...) contrôlent toujours des pans entiers de l'économie mondiale et des plus grandes firmes.

//thezog.wordpress.com/who-controls-wall-street-part-2/ 

 

Le monde de la Banque a par contre bougé. Lors de l'explosion de la crise financière en 2007, les accords dits de Bâle II étaient sur le point d'entrer en application. Négociés pendant la période d'euphorie financière, ils imposaient à la fois aux banques une plus grande maîtrise de leurs risques, et en même temps diminuaient les contraintes financières (fonds propres) qui leur étaient imposées. Avec les conséquences que l'on a vu : l'explosion systémique du système bancaire américain et plus largement occidental, passé tout proche d'une faillite en chaîne, et qui a été sauvé in extremis par un sauvetage massif des Etats et des banques centrales.

 

En 2013, les accords de Bâle III ont remplacé Bâle II. Les banques se voient imposer de nouvelles contraintes réglementaires et vont devoir doubler d'ici la fin de la décennie le montant de leurs fonds propres (ou diminuer leurs risques et notamment leurs encours de crédits). Il est à espérer que le risque systémique bancaire, que l'on avait cru voir disparaître après la crise des années 1929-1939, ne sera de nouveau plus qu'un vieux souvenir oublié. Des réglementations peuvent encore être édictées par les pouvoirs publics, imposant notamment la séparation des activités de banque et de marché.

 

Mon impression est que le marché du crédit aux entreprises et aux ménages ne redémarre toujours pas ; les banques françaises notamment étant extrêmement réticentes à prêter. Un marché du crédit atone et une focalisation des banques sur la recherche de liquidités semblent être la principale conséquence de l'adoption de ses nouvelles règles prudentielles, avec pour conséquence le maintien de la stagnation de l'économie française, comme de l'économie européenne plus largement.

 

  

Saucratès
 

Mes autres écrits sur la crise financière :
1.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1985888-de_la_crise_financiere_1.html
2.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1985907-de_la_crise_financiere_2.html
3.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1986317-de_la_crise_financiere_3.html
4.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1988042-de_la_crise_financiere_4.html
5.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1988064-de_la_crise_financiere_5.html
6.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1988067-de_la_crise_financiere_6.html

7.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1991164-de_la_crise_financiere_7.html

8.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1991178-de_la_crise_financiere_8.html

9.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1992408-de_la_crise_financiere_9.html

10.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1992422-de_la_crise_financiere 10.html

11.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1992436-de_la_crise_financiere_11.html

12.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1992440-de_la_crise_financiere_12.html
13.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1992951-de_la_crise_financiere_13.html

14.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1992974-de_la_crise_financiere_14.html

15.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2533109-de_la_crise_financiere_15.html
16.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-3374320-de_la_crise_financiere_16.html


02/07/2013
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De la crise financière (16)

Réflexion cent trois (15 janvier 2012)
La perte du triple A de la France
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Je serais tenté de dire : voilà, c'est fait ! L'agence de notation anglo-saxone Standard & Poor's a finalement dégradé ce vendredi 13 janvier 2012 la note AAA de la France, la ramenant à AA+, en même temps qu'elle dégradait les notes de huit autres pays européens.

 

Standard & Poor's a ainsi également dégradée les notes de l'Autriche (également de AAA à AA+), de la Slovénie (de AA- vers A+), de la Slovaquie (de A+ vers A), de Malte (de A vers A-), de l'Espagne (de AA- vers A), de l'Italie (de A vers BBB+), de Chypre (de BBB vers BB+) et du Portugal (de BBB- vers BB).

 

Sur les six états européens qui conservaient jusqu'à vendredi leur cote maximum AAA il n'en reste ainsi plus que quatre : l'Allemagne, la Finlande, le Luxembourg et les Pays-Bas. Par ailleurs, trois pays européens sont classés dans la catégorie des junk bonds (obligations pourries) le Portugal (BB), Chypre (BB+) et la Grèce (C). Deux pays sont également aux portes de la catégorie des junk bonds : l'Irlande (BBB+) et l'Italie (BBB+).

//www.lemonde.fr/crise-financiere/article/2012/01/14/la-decision-de-s-p-confirme-une-zone-euro-a-quatre-vitesses_1629623_1581613.html

//www.lemonde.fr/crise-financiere/article/2012/01/15/divisions-en-europe-autour-d-un-renflouement-du-fesf_1629950_1581613.html

//www.lemonde.fr/crise-financiere/article/2012/01/14/la-perte-du-aaa-choc-politique-pour-m-sarkozy_1629707_1581613.html

 

Avec les écarts de taux (le spread entre les taux allemands et français) enregistrés ces derniers mois entre les obligations publiques allemandes (Bund) et françaises (Oat - obligations assimilables du Trésor), qui dépassaient 150 points de base, l'abaissement de la note de la France était d'une certaine façon déjà intégrée par les marchés financiers, même si le pire n'est jamais certain et si l’irrationalité des marchés financiers est plus que jamais d'actualité. On peut vraisemblablement s'attendre demain lundi matin, à l'ouverture de la bourse parisienne, à une dégringolade des actions des principales banques et du CAC40 ... Bien qu'en la matière, il est presque impossible de faire la moindre prévision de la réaction des marchés.

 

D'une certaine façon, l'abaissement de la note de la France est derrière nous ; elle ne pend plus comme une épée de Damoclès au dessus de nos têtes. Evidemment, les deux autres agences de notation (Moody's et Fitch Rating) vont également réviser leur notation sur la France lors des prochaines semaines, après avoir fortement réfléchis évidemment ... Plus prosaïquement, elles attendront que les bourses assimilent ces nouvelles avant de rajouter une couche et faire tomber les indices boursiers plus bas. Puis quelques semaines plus tard, ces mêmes agences reréviseront une nouvelle fois les notes de la France, puisque Standard & Poor's a indiqué une perspective négative à la note AA+ de la France (comme à quatorze autres pays européens).

 

Amusant de découvrir qu'à l’Élysée, on s'inquiète d'abord des conséquences sur les taux d'emprunt de l'Italie, qui commençaient à s'améliorer ; amélioration ruinée par Standard & Poor's selon l’Élysée ... Amusant surtout que l'on découvre à l’Élysée qu'il aurait fallu s'attaquer aux agences de notation anglo-saxonnes (on les appelle à tord selon moi 'internationales') dès le début de la crise financière de 2007. Évidemment cela fait des années qu'un certain nombre d'économistes français (comme moi-même) militent pour qu'il soit fait interdiction aux agences de notation de coter la dette publiques des états !

 

Les agences de notation anglo-saxonnes seraient-elles des pompiers pyromanes ou de simples girouettes suivant les avis des marchés financiers, ou plutôt les courants de la spéculation financière ? Elles ne sont en aucun cas de simples thermomètres qu'il pourrait être inadéquat de casser ... Amusant en tout cas de noter qu'elles interviennent de la sorte en pleine campagne électorale française, en plantant une épine gigantesque dans le pied du président-candidat UMP sortant, et en permettant de ramener le programme économique socialiste vers plus de pragmatisme ...

 

A ce stade, il me semble qu'il ne faut pas accorder à ce fait plus d'importance qu'il en a. Mis à part notre honneur national bafoué avec cette perte du triple A, cette nouvelle a peu de valeur. Les taux des OAT françaises demeureront plus élevés que les taux des Bunds allemands, essentiellement parce que les banques et sociétés d'assurance françaises qui les achètent demandent plus de rentabilité. Mais les taux ne devraient pas trop se renchérir pour cette seule raison. 

 

Par contre, il devient urgent de définir une position mondiale vis-à-vis du contrôle et de la supervision de ces agences de notation, voire de réglementer leur activité de notation sur ce qu'elles auront le droit de faire et de ne pas faire ... sur les clients qu'elles pourront noter et sur ceux qu'elles ne pourront pas noter ...

 

Enfin, mettre en jugement les trois agences 'internationales' de notation ainsi que les grandes institutions financières mondiales pour leur rôle dans la survenance de la crise financière et dans l'encouragement apporté à la fraude fiscale, va devenir indispensable si on veut pouvoir reconstruire un système financier mondial sain et solide ... Tout en revisitant les idées de John Maynard Keynes à la sortie de la deuxième guerre mondiale pour l'organisation d'un système financier mondial stable, autour d'une monnaie mondiale, le Bancor.

 

 

Réflexion cent deux (10 janvier 2012)
Sortir les états européens de la spirale de l'endettement public ... La solution préconisée par Michel Rocard
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La question posée par Michel Rocard dans un article du Monde démontre l'existence d'un vrai problème.

//www.lemonde.fr/idees/article/2012/01/02/pourquoi-faut-il-que-les-etats-payent-600-fois-plus-que-les-banques_1624815_3232.html

 

Il a absolument raison de comparer les montants prêtés aux banques américaines lorsqu'elles ont été en difficulté (1.200 milliards de dollars de refinancements bancaires prêtés au taux de 0,01%, taux directeur de la réserve fédérale américaine depuis l'explosion de la crise des crédits subprimes) et les ressources et les taux octroyés aux états européens voire à l'état américain. La même démontration vaudrait également pour les refinancements consentis aux établissements de crédit européens par la BCE depuis la crise financière de 2007, même si le taux consenti est seulement de 1%. La BCE a prêté des centaines de milliards d'euros aux banques européennes sur la même période.

 

Pour quelles raisons les banques centrales pourraient-elles sauver des banques en leur octroyant des centaines de milliards d'euros ou de dollars de prêts, mais pas sauver des états, en laissant ceux-ci dans les mains de leurs banques créancières (le plus souvent des fonds de pension et des fonds spéculatifs) qui leur font des prêts à des taux usuraires ?

 

La solution préconisée par Michel Rocard me semble tout à fait naturelle et normale. Cette solution aurait un effet non pas immédiat mais à plus long terme. Elle ne diminuerait pas immédiatement le coût de la dette des états concernés, puisqu'elle ne concernerait que les nouvelles dettes. Mais elle sauvegarderait l'état des finances publiques des états concernés (ou de tous les états).

 

Cette solution sauvegarderait également les comptes des banques et des sociétés d'assurance européennes, qui ne devraient plus comptabiliser les pertes potentielles de non-remboursements des titres publics qu'ils détiendraient en portefeuille. Cela ne ferait peut-être que ruiner les fonds spéculatifs ... voire même pas ... Cela résoudrait le problème actuel de la dette des états européens.

 

La question est évidemment de savoir si la Banque centrale européenne peut octroyer un tel volume de refinancements aux états européens en plus des refinancements qu'elle doit octroyer aux banques. Cela voudrait dire prêter rien qu'en 2012 un volume dépassant largement les 2.000 milliards d'euros aux états européens (600 milliards à l'Italie, 400 milliards à la France, potentiellement autant à l'Espagne et à l'Allemagne, sans compter la Grêce ou l'Irlande ...) à un  taux de 1%, en passant par une banque publique nationale (BEI pour l'Europe, CDC pour la France ...). Je ne sais vraiment pas si de tels montants de refinancements peuvent être consentis par la seule Banque centrale européenne.

 

Il vaudrait vraisemblablement mieux ressusciter l'idée de monnaie mondiale de John Maynard Keynes : le Bancor ; une monnaie de crédit reposant sur un établissement émetteur mondial ... Mais bon, sur le fond, l'aberration qui veut que les banques centrales puissent sauver à coup de centaines de milliards d'euros ou de dollars les banques mais pas des états demeure posée !

 

 

Réflexion cent-une (22 décembre 2011)
Questions sur la liquidité du système bancaire européen en zone euro

 

Hier, mercredi 21 décembre 2011, la Banque centrale européennne a octroyé 489 milliards d'euros de financement au système financier européen, pour une durée de trois ans, au taux de 1%, dans le cadre d'une opération exceptionnelle de prêts.

//www.lemonde.fr/crise-financiere/article/2011/12/21/la-bce-prete-489-milliards-d-euros-aux-banques-europeennes_1620979_1581613.html

 

Les interventions normales et habituelles de la Banque centrale européenne dans ses prêts aux établissements bancaires prennent la forme de prises en pension de créances sur quelques jours (une semaine). De manière exceptionnelle, déjà, au plus fort de la crise financière en 2007-2008-2009, la BCE avait déjà procédé à des prêts sur de plus longues durées, de trois mois à un an. Mais il s'agissait d'apporter massivement des liquidités aux établissements bancaires européens dans le cadre d'un marché interbancaire qui ne fonctionnait plus du tout, en raison de la frilosité et des peurs des banques à se prêter entre elles.

 

Cette opération de prêt aux banques européennes à trois ans réalisée hier par la BCE peut ainsi être analysée de multiples manières.

 

1) Pour les uns, ce prêt d'un montant et d'une durée inusités est le signe que la crise financière s'aggrave en zone euro et que les banques européennes ne se font une nouvelle fois plus suffisamment confiance pour se prêter et emprunter sur le marché interbancaire. Certains intervenants que j'ai pu rencontrer faisaient ainsi état la semaine dernière que les banques préfèraient de nouveau déposer leurs liquidités auprès de la BCE plutôt que de les placer sur le marché interbancaire, et qu'elles hésitaient de nouveau à se prêter ebntre elles, comme au plus fort de la crise financière, en 2008.

 

Pour ma part, je ne suis pas certain de cette vision ; les signes de crise financière ne me semblant pas plus nets que les trimestres précédents et la dégradation des cotations boursières des banques comme de la majeure partie des entreprises européennes côtées dépendant essentiellement d'un climat pessimiste au plan mondial, sur les places boursières occidentales ...

 

2) Pour d'autres, comme cet article le fait apparaître, cette opération exceptionnelle peut être comprise comme une possibilité offerte aux banques européennes d'acheter de la dette publique des états nationaux et pourrait apporter une bouffée d'oxygène sur le marché de la dette publique en zone euro. 489 milliards d'euros, ce n'est pas rien, un montant pas très éloigné de la puissance de frappe du FESF (Fonds européen de stabilisation financière). D'une certaine manière, pour ceux-là, cette opération permet de contourner le refus de la BCE de se présenter en prêteur en dernier ressort pour faciliter la monétisation de la dette européenne.

 

3) La position de la BCE me paraît plus difficile à comprendre. Apparemment, le gouverneur de la BCE, Mario Draghi, nie toute volonté d'aide aux Etats nationaux et permettraient selon lui aux banques de renflouer leurs fonds propres, et de rembourser des échéances obligataires importantes à mi-2012. Selon lui, la BCE «resterait complètement dans son rôle tout en se rapprochant de celui que certains voulaient attribuer à la BCE, à savoir le rachat direct des dettes souveraines de l'eurozone».

 

Il paraît cependant difficile de penser que ces refinancements à trois ans puissent renforcer les fonds propres des banques, sauf sous la forme limitée de la souscription à des titres subordonnés ou super-subordonnés, que les banques émettraient et souscriraient entre elles ou avec leurs principaux clients. Le renforcement des fonds propres passe forcément par une augmentation de capital sur les marchés et en aucun cas par la tranformation de ressources de financement en capital.

 

Il faut aussi noter que la BCE n'énoncerait jamais que cette opération aurait pu être rendue nécessaire par des difficultés de financement accrues des établissements bancaires européens, pas plus qu'elle n'expliquera que cette opération doit permettre aux banques nationales d'acheter de la dette publique, ce qu'elle ne veut pas faire. En somme, aucune explication sérieuse n'est disponible sur cette opération et celles qui sont avancées ont de fortes chances de ne pas être les bonnes.

 

A noter néanmoins que j'ai pu observer que l'Agence France Trésor avait pu emprunter à un taux pratiquement nul de 0,005% pour cette fin d'année, pour des durées de deux à trois mois.

//www.aft.gouv.fr/aft_fr_23/dette_etat_24/adjudications_98/dernieres_adjudications_101/dernieres_adjudications_decembre_2011_7165.html

 

Autres articles du Monde à lire :

//www.lemonde.fr/crise-financiere/article/2011/12/20/la-fed-s-attaque-au-risque-systemique-des-banques-americaines_1620935_1581613.html

//www.lemonde.fr/crise-financiere/article/2011/10/03/de-herstatt-a-lehman-brothers-trois-accords-de-bale-et-35-ans-de-regulation-bancaire_1581336_1581613.html

 

 

Réflexion cent (8 décembre 2011)
Un contrôle occulte de nos économies

 

J'ai fait apparaître dans ma précédente réflexion (n°99) que les plus grands établissements financiers américains ainsi que les deux agences anglosaxonnes de cotation internationales (Moody's et Standard & Poor's) étaient contrôlés par un même petit groupe d'actionnaires et de sociétés d'investissement, au premier rang desquelles on trouve Berkshire Hathaway, The Capital Group Companies, The Vanguard Group, Fidelity Investment, BlackRock Institutional Trust Company et State Street Corporation. Même si ces groupes d'actionnaires contrôlent moins de 50% du capital des principales sociétés américaines, leur importance est vraisemblablement suffisante pour en contrôler les organes de direction et les politiques conduites.

 

Il en va de même en France où il est de notoriété publique que les sièges d'administrateurs des principales sociétés du CAC40 (c'est-à-dire celles présentant les plus importantes capitalisations boursières) sont pour la plupart occupés par une olygarchie tournant entre le service public et les plus grosses entreprises et formée dans les mêmes grandes écoles (ENA, Polytechnique, HEC, Minesn, ESSEC ...) et que les participations croisées en vérouillent le contrôle ...

 

Mais le contrôle de nos économies occidentales ne se limite pas au noyautage du capital et des conseils d'administration des plus grandes entreprises et banques. Il y existe également un certain nombre de commissions plus ou moins occultes qui semblent réglementer et donner une direction à l'économie mondiale et son organisation. Ces commissions occultes, réservées à un certain nombre de décideurs de la planète, sont légions. Il faudrait vraisemblablement également y associer les diverses loges maçonniques dont l'influence sur nos économies est loin d'être comprise et peut-être même exagérée. J'évoquerais ici le groupe Bilderberg, le forum de Davos et la Commission trilatérale ... Mais il existe évidemment de nombreux autres groupes d'influence encore plus secrets voire importants (The Council on Foreign Relations aux Etats-Unis, the Group of Thirty, les loges secrètes des universités américaines et d'ailleurs ...)

 

1) Le groupe Bilderberg (//fr.wikipedia.org/wiki/Groupe_Bilderberg)

 

Le groupe Bilderberg regroupe environ 130 personnalités du monde politique ou des affaires, qui se réunissent chaque année pour une conférence au mois de mai ou de juin, dans des villes et des continents différents. Ces conférences ne sont pas médiatisées. Ses membres se nomment eux-mêmes les «Bilderbergers».

 

Son nom vient du lieu où se tint la première conférence, dite de Bilderberg : du nom de l'hôtel où elle s'est tenue à Oosterbeek aux Pays-Bas en mai 1954. Pour certains, le groupe Bilderberg aurait été créé dans le contexte de la guerre froide pour renforcer la coopération entre les Etats-Unis et leurs partenaires d'Europe occidentale. Il prendrait des décisions politiques et économiques importantes, hors de tout contrôle démocratique, et les ferait appliquer en influençant les gouvernements et l'opinion publique.

 

Les lieux de ces diverses conférences risquent d'être totalement inconnus du public :

  • 2000 : du 1 au 3 juin, au château du Lac, à Gerval (Belgique)
  • 2001 : du 24 au 27 mai, dans la commune de Stenungsund (Suède)
  • 2002 : du 30 mai au 2 juin, au Westfields Marriott à Chantilly (Virginie - Etats-Unis)
  • 2003 : du 15 au 18 mai, au château de Versailles (France)
  • 2004 : du 3 au 6 juin, au Grand Hôtel des Iles Borromées, à Stresa (Italie)
  • 2005 : du 5 au 8 mai, en Bavière (Allemagne)
  • 2006 : du 3 au 6 juin, à l'hôtel Brookstreet à Kanata (Ottawa - Canada)
  • 2007 : du 31 mai au 3 juin, au Ritz-Carlton d'Istanbul (Turquie)
  • 2008 : du 5 au 8 juin, au Westfiels Mariott à Chantilly (Virginie - Etats-Unis)
  • 2009 : du 14 au 17 mai, à l’Astir Palace de Vouliagméi, à côté d'Athènes (Grèce)
  • 2010 : du 3 au 6 juin en Espagne, à Sitges, à côté de Barcelone (Espagne)
  • 2011 : du 9 au 12 juin, à Saint-Moritz (Suisse)

Parmi les six membres du groupe Bilderberg représentant la France, on trouve notamment Nicolas Bazire (Groupe Arnault, proche de Nicolas Sarkozy), Henri de Castrie (Axa) et Maurice Lévy (Publicis). En Italie, l'un des Bilderbergers est Mario Monti, nouveau président du conseil depuis le départ de Silvio Berlusconi.

//fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_participants_au_groupe_Bilderberg

 

2) Le forum de Davos (//fr.wikipedia.org/wiki/Forum_économique_mondial)

 

Le Forum économique mondial est une fondation à but non lucratif dont le siège est à Genève. Le Forum est connu pour sa réunion annuelle à Davos, en Suisse, qui réunit des dirigeants d’entreprise, des responsables politiques du monde entier ainsi que des intellectuels et des journalistes, afin de débattre des problèmes les plus urgents de la planète, y compris dans les domaines de la santé et de l’environnement. Il a été créé en 1971 par Klaus M. Schwab, professeur d’économie en Suisse.

 

Ces réunions sont beaucoup moins secrètes que celles du groupe Bilderberg et certains détails des discussions filtrent parfois dans la presse.

 

A noter qu'au sein du Conseil de fondation, la plus haute instance du forum composée de 22 membres, on trouve également le français Maurice Lévy, ainsi que Carlos Ghosn (groupe Renault).

 

3) La commission trilatérale (//fr.wikipedia.org/wiki/Commission_Trilatérale)

 

La commission trilatérale a été créée en 1973 à l'initiative des principaux dirigeants du groupe Bilderberg et du Council on Foreign Relations américain. Composée de 300 à 400 membres (hommes d'affaires, politiciens), son but est de «promouvoir et construire une coopération politique et économique entre les trois zones clés du monde» : Europe occidentale, Amérique du Nord et Asie Pacifique.

//www.trilateral.org/

 

Parmi les 150 membres européens qui la composent, je n'ai pas vu de personnalités françaises particulières à noter (Jérôme Seydoux, Jean-Louis Bruguières ...). A noter que le président du groupe Europe est une nouvelle fois l'italien Mario Monti.

 

Certains lui attribue le développement des thèses mondialistes en économie. A noter que les mêmes thèses sont développées par le groupe Bilderberg et par le Council on Foreign Relations américain. Plus précisément, en 2008, cette dernière instance a lancér une réflexion pour cinq ans : «Le programme cherche à identifier les faiblesses critiques du cadre actuel de coopération multilatérale ; à proposer des réformes spécifiques adaptées aux nouvelles situations mondiales : à promouvoir un leadership constructif des États-Unis visant à renforcer les capacités des organisations existantes et à promouvoir de nouvelles institutions ainsi que de nouveaux partenariats plus efficaces tant au niveau régional que mondial incluant le secteur privé et les ONG.»

//fr.wikipedia.org/wiki/Council_on_Foreign_Relations

 

 

Réflexion quatre-vingt-dix-neuf (30 novembre 2011)
Répartition du capital des principales institutions financières américaines ... Un contrôle exercé par quelques groupes financiers et fonds de pension

 

Sur la base d’un article déposé sur le forum de Boursorama, je me suis amusé à vérifier la répartition du capital des principales agences de notation internationales et des principales banques américaines. Le résultat est édifiant. On retrouve en effet un même cartel constitué des mêmes actionnaires dans toutes les institutions financières américaines et dans les deux grandes agences de notation internationales anglo-saxonnes.

//blogs.mediapart.fr/blog/marie-caroline-porteu/271111/scoop-actionnaires-des-agences-de-notation

 

Ces sociétés d'investissement ou fonds de pension que l’on retrouve dans la majorité des sociétés financières américaines sont :

- Berkshire Hathaway, société d'investissement de Warren Buffett,

- Capital World Investors, entité de Capital Group Companies, un des plus grands fond d'investissement mondial

- The Vanguard Group, société américaine d’investissement , créée en 1975, qui gérerait plus de 1.000 milliards de dollars d’actifs, et ses nombreux fonds (Vanguard Total Stock Market Index Fund - Vanguard 500 Index Fund - Vanguard Institutional Index Fund - Vanguard/Windsor II - Vanguard/Wellington Fund ...)

(source : //fr.wikipedia.org/wiki/The_Vanguard_Group)

- Fidelity Investment (et son fond FMR LLC, entre autres ...), groupe américain de services financiers, fondé en 1946

(source : //en.wikipedia.org/wiki/Fidelity_Investments)

- BlackRock Institutional Trust Company, l'une des plus importantes sociétés de gestion d'actifs au monde

(source : //www.blackrockinvestments.com.au/index.htm)

- State Street Corporation, un des premiers prestataires mondiaux de services financiers aux investisseurs institutionnels

(source : //en.wikipedia.org/wiki/State_Street_Corporation)

- Price (T.Rowe) Associates

(source : //en.wikipedia.org/wiki/T._Rowe_Price)

 

Voici dans le détail la décomposition du capital des principales sociétés financières américaines, en commençant par les trois principales agences de notation internationales, sur la base d'informations vérifiées au maximum de mes capacités ...

  

L'agence Fitch Ratings (que l'on pourrait considérer comme française) est un cas un peu à part, détenue à hauteur de 60% par le groupe français Fimalac, contrôlé par Marc Ladreyt De Lacharrière, et à 40% par le groupe géant de medias américain Hearst, détenu par un Trust familial.

 

Les principaux actionnaires de l'agence Moody’s sont :

(//fr.finance.yahoo.com/q/mh?s=MCO)

 

Principaux actionnaires

1. Berkshire Hathaway

2. Capital World Investors

3. Price (T.Rowe) Associates

4. ValueAct Holdings, L.P

5. The Vanguard Group

6. AllianceBernstein, L.P.

7. State Street Corporation 

Participation 

865 244 362 $

851 762 625 $

 

 

 

 

 

Capital 

12,80%

 12,60%

7,56%

7,47%

7,19%

3,94%

3,24%

 

L'agence Standard & Poor's est détenue à 100% par la société américaine Mc Graw-Hill Companies. Mais le capital de cette société nous apprend que l'on retrouve le même groupe d'actionnaires.
//finance.yahoo.com/q/mh?s=MHP+Major+Holders

 

1. Capital World Investors

2. The Vanguard Group

3. Oppenheimer Funds

4. State Street Corporation 

5. Price (T.Rowe) Associates

6. Dodge & Cox

1 234 473 100 $

 

 

 

 

 

10,26%

7,52%

5,21%

4,25%

4,93%

4,90%

 

On retrouve pratiquement les mêmes investisseurs dans l'actionnariat des principales grandes banques américaines. Ainsi les actionnaires de la banque Citigroup sont les suivants :

//fr.finance.yahoo.com/q/mh?s=C

 

1. The Vanguard Group

2. FMR LLC (Fidelity Investment)

3. State Street Corporation 

4. BlackRock Institutional Trust Company

5. JP Morgan Chase & Company

6. Capital World Investors

4 941 074 785 $

 

 

 

 

 

6,59%

3,92%

3,68%

2,48%

2,12%

1,98%

 

Les actionnaires de Wells Fargo Bank sont :

//finance.yahoo.com/q/mh?s=WFC+Major+Holders

 

1. Berkshire Hathaway

2. The Vanguard Group

3. FMR LLC (Fidelity Investment)

4. State Street Corporation 

5. Capital World Investors

6. Wellington Management Company LLP

7. Dodge & Cox

8 716 239 768 $

 

 

 

 

 

 

6,85%

6,49%

4,67%

3,64%

2,86%

2,79%

2,75%

 

Les actionnaires de Bank of America (BOA) :
//finance.yahoo.com/q/mh?s=BAC+Major+Holders

 

1. The Vanguard Group

2. State Street Corporation 

3. BlackRock Institutional Trust Company

4. JP Morgan Chase & Company

5. Dodge & Cox

4 245 742 788 $

 

 

 

 

6,62%

4,50%

2,48%

2,20%

2,11%

Ne pas oublier que la société d'investissement de Warren Buffett, Berkshire Hathaway, a investi 5 milliards de dollars dans Bank of America courant d'année 2011 lui permettant de devenir son principal actionnaire.

 

Les actionnaires de la banque JP Morgan Chase (elle-même actionnaire de Citigroup et de Bank of America) :

//finance.yahoo.com/q/mh?s=JPM+Major+Holders

 

1. The Vanguard Group

2. State Street Corporation 

3. Price (T.Rowe) Associates

4. BlackRock Institutional Trust Company

5. Wellington Management Company LLP

6. FMR LLC (Fidelity Investment)

9 234 718 338 $

 

 

 

 

 

8,07%

4,08%

2,74%

2,68%

2,42%

2,36%

   

Les actionnaires de la banque Goldman Sachs :
//fr.finance.yahoo.com/q/mh?s=GS

 

1. The Vanguard Group

2. Capital World Investors

3. State Street Corporation 

4. Dodge & Cox

5. Massachusetts Financial Services

6. Citigroup

7. BlackRock Institutional Trust Company

8. Wellington Management Company LLP

3 128 415 875 $

 

 

 

 

 

 

 

6,74%

5,70%

3,92%

3,78%

3,52%

2,73%

2,61%

 2,53%

   

Les actionnaires de la banque Morgan Stanley :
//finance.yahoo.com/q/mh?s=MS+Major+Holders

 

1. Mitsubishi UFJ Financial Group

2. State Street Corporation 

3. The Vanguard Group

4. FMR LLC (Fidelity Investment)

5. Franklin Resources

 5 836 551 723 $

 

 

 

 

22,41%

8,69%

5,00%

3,86%

2,52%

 

Les actionnaires de la banque PNC Financial Service (qui détient 35% des parts de la société de gestion d'investissement BlackRock) :
//finance.yahoo.com/q/mh?s=pnc+Major+Holders

 

1. The Vanguard Group

2. Wellington Management Company LLP

3. State Street Corporation 

4. Barrow, Hanley, Mewhinney & Strauss

5. Eaton Vance Management

6. Capital World Investors

7. BlackRock Institutional Trust Company

8. Franklin Resources

 2 594 344 577 $

 

 

 

 

 

 

 

10,24%

5,38%

4,03%

3,85%

3,33%

2,69%

2,41%

2,02%

 

  

Saucratès
 

Mes autres écrits sur la crise financière :
1.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1985888-de_la_crise_financiere_1.html
2.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1985907-de_la_crise_financiere_2.html
3.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1986317-de_la_crise_financiere_3.html
4.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1988042-de_la_crise_financiere_4.html
5.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1988064-de_la_crise_financiere_5.html
6.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1988067-de_la_crise_financiere_6.html

7.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1991164-de_la_crise_financiere_7.html

8.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1991178-de_la_crise_financiere_8.html

9.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1992408-de_la_crise_financiere_9.html

10.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1992422-de_la_crise_financiere 10.html

11.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1992436-de_la_crise_financiere_11.html

12.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1992440-de_la_crise_financiere_12.html
13.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1992951-de_la_crise_financiere_13.html

14.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1992974-de_la_crise_financiere_14.html

15.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2533109-de_la_crise_financiere_15.html


29/11/2011
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Une histoire des crises financières du 19e au 21e siècle

 

Réflexion quatre (27 avril 2011)
La longue dépression (1873-1896) et la crise financière de 1882

 

Cette période est sortie depuis longtemps de nos mémoires. Cinquante ans avant la grande dépression dont nous nous souvenons encore et qui donna naissance à la seconde guerre mondiale, une tout aussi grave et longue crise financière secoua les économies occidentales, qui fut nommée la longue dépression. Si John Steinbeck fut un des écrivains majeurs ayant dépeint la grande dépression des années 1930, Emile Zola décrivit également la longue dépression des années 1870-1890 (dans son roman «L'Argent»).

//fr.wikipedia.org/wiki/Grande_d%C3%A9pression_(1873-1896)

 

Deux crises financières émaillèrent la longue dépression : la crise de 1882-1884, qui toucha principalement les Etats-Unis et la France, liée aux difficultés rencontrées par les compagnies de chemin de fer et fut secouée par des faillites bancaires retentissantes, et la crise de 1890-1893, qui toucha principalement le Royaume-Uni et les Etats-Unis, liée aux difficultés du coton, de la métallurgie et une nouvelle fois des compagnies ferrovières.

 

La sortie de la longue dépression fut permise, non pas comme dans celle des années 1930, par la reconstruction à la fin de la seconde guerre mondiale, mais simplement par le développement de nouvelles technologies et de nouveaux secteurs d'activité, comme l'automobile, l'électricité mais également le cinéma.

 

La crise de 1882-1884 
 

La crise de 1882 est née du krach de la Banque de l'Union Générale, qui fut suivie de sa mise en faillite le 2 février 1882. Elle fait partie des épisodes marquants du paysage bancaire français. Une faillite bancaire retentissante était à l'origine d'une crise économique et boursière majeure. Et il s'agit d'une certaine manière de la première véritable crise mondiale et systémique, ayant éclaté en France et s'étant généralisée d'abord en Europe puis aux Etats-Unis ... Le modèle de la crise financière que nous avons connu en 2007-2008 ... née de la faillite d'une banque (Lehman Brother's).

 

La Banque de l'Union Générale, comme de nombreuses autres banques françaises à l'époque, finançait fortement un certain nombre de secteurs industriels, tout particulièrement les mines, la sidérurgie et les compagnies ferrovières (mais également l'assurance, les brasseries, la banque, en France et à l’étranger).
 

La banque de l’Union Générale avait été créée à  Lyon, en 1875 par des monarchistes catholiques. En difficulté, elle est reprise en 1878 par Paul Eugène Bontoux, Jules Feder et des investisseurs lyonnais. Ceux-ci souhaitaient créer une grande banque catholique qui puisse concurrencer les grandes banques 'protestantes' ou 'juives' de l’époque comme comme les Hottinguer, les Neuflize et les Rothschild.

 

Pour se développer, la banque procède à plusieurs augmentations de capital, 22 millions de francs à sa création, 50 millions de francs en 1879, 100 millions de francs en 1881. Mais la banque accumule de nombreuses irrégularités de gestion : bilans falsifiés, bénéfices estimés plus ou moins fiables, augmentations de capital truquées avec des souscriptions fictives ... Mais la banque bénéficie de l’appui de plusieurs journaux financiers, détenus par des actionnaires de l’Union Générale (les publications Paul Dalloz, des journaux comme La Finance, Le Clairon et Le Messager de Paris).
 

La débâcle viendra du lancement d’une troisième augmentation de capital fin décembre 1881, devant porter celui-ci à 150 millions de francs, alors que des rumeurs commencent à circuler et que certaines banques comme le Crédit Lyonnais et la banque Rothschild spéculent contre la banque. L'action de la banque chute à compter du 2 janvier 1882 et le 29 janvier, la banque ferme ses portes. Le 2 février, elle est déclarée en faillite. Cette faillite secoue tout le système financier. Les bourses de Paris et surtout de Lyon chutent fortement. La crise s’étend. La bourse de Lyon (en fait la chambre syndicale) est mise en liquidation. Elle doit donc suspendre les cotations et échanges. Les autres banques sont fortement impactées. La banque de Lyon et de la Loire fera faillite en avril. Les clients des banques retirent leurs dépôts. Le Crédit Lyonnais par exemple voit les siens s’effondrer passant de 250 millions de francs à 150 millions en fin d’année 1882. La crise est partie. De nombreuses entreprises font faillite en raison d’une réduction des crédits proposés par les banques durement touchées par la crise. Elle durera sur le plan boursier mais surtout économique jusqu’en 1888. En 1883, Bontoux et Feder seront condamnés à cinq ans de prison qu’ils ne feront pas en partant à l’étranger.

//www.fb-bourse.com/2009/10/krach-banque-union-generale-1882/

 

Touché par le ralentissement économique né de la crise économique ayant touché l'Europe en 1882, la crise n'éclatera néanmoins aux Etats-Unis qu'en mai 1884, avec la faillite des maisons Grant and Ward, puis Nelson, Robinson and Co, et finalement par celle des banques Hatch and Foote puis Metropolitan Bank. Au total, 404 banques sur 3.261 firent faillite pendant cette crise. Celle-ci conduira à une crise de la bourse de New-York, à la faillite de grandes compagnies ferrovières (l'Union Pacific du milliardiaire Jay Gould - à ne pas confondre avec la faillite déjà citée de la Northen Pacific de Jay Cooke en 1873) et au chômage de très nombreux ouvriers américains. Une reprise de l'activité aura lieu en 1886 avant l'éclatement de la crise suivante en 1890.

 

 

Réflexion trois (20 août 2009)
De 1865 à 1873

 

Les deux crises de 1865-1866 et de 1873 ne sont pas encore des crises véritablement globales, même si elles ont des répercussions sur plusieurs économies. Elles continuent néanmoins de s'articuler autour de l'activité bancaire et du financement de la principale activité industrielle de l'époque, le secteur ferroviaire, qui fait régulièrement l'objet de fièvres spéculatives boursières (un peu à l'image de l'internet et des nouvelles technologies de communication aujourd'hui). Elles donneront également naissance à la longue dépression de la fin du dix-neuvième siècle.

 

La crise des années 1865-1866

 

La crise de 1866 éclate en Angleterre, principale place financière mondiale au dix-neuvième siècle. Depuis le milieu de l'année 1865, l'ensemble de l'Europe est touché par une baisse des places boursières, touchant notamment les valeurs ferroviaires (construction et exploitation) qui avaient fait l'objet d'une spéculation effrenée au cours des dernières années, tout particulièrement en Angleterre.

 

Le secteur ferroviaire connaît en effet à compter de la fin des années 1850 une expansion très importante et un accroissement de son endettement, permis par l'expansion économique générale et d'importants excédents d'épargne. Cette expansion prend fin en 1866 et une série de faillites retentissantes.

 

La crise financière proprement dite explose entre les 9 et 11 mai 1866 avec la faillite d'un des plus prestigieux établissements bancaires de Londres, la maison d'escompte «Overend & Gurney», suite à la cessation des paiements d'une des principales compagnies ferroviaires de l'époque, la Mid-Wales Railway Company appartenant à MM. Peto et Betts.

 

Entre le 9 et le 10 mai 1866, «Overend & Gurney» voit son cours s'écrouler en bourse puis ses déposants se précipiter à ses comptoirs pour retirer leurs économies. Le 10 mai 1866, «Overend & Gurney» ferme ses guichets au public.

 

Un krach boursier de grande ampleur explose le vendredi 11 mai 1866, qui reste marquée dans les annales boursières comme le Black Friday. La panique bancaire s'amplifie à compter de ce jour, avec des retraits massifs de liquidité des déposants dans les principales banques puis une fuite de capitaux (et d'or) de la Banque d'Angleterre, qui sera contrainte de relever ses taux directeurs à 10% pour stopper l'hémorragie.
//www.univ-orleans.fr/deg/GDRecomofi/Activ/foucaud_birmingham.pdf
//evenements.univ-lille3.fr/recherche/jemb/programme/papiers/foucaud_lille06.pdf

 

La crise financière (faillites en chaîne, crise bancaire) que connût l'Angleterre ne toucha pas le reste de l'Europe et notamment pas la France, qui profita au contraire de l'afflux de métaux précieux dans les coffres de la Banque de France, qui lui permit d'accroître ses réserves d'or et de maintenir son taux d'escompte à un niveau bas (4%).

 

Le krach de 1873

 

La crise de 1873 touche d'abord l'Autriche puis par répercussion l'Allemagne. Elle sera suivie d'une 'réplique' à l'automme 1873 aux Etats-Unis. Une euphorie boursière et immobilière avait touché l'Autriche et l'Allemagne suite au boom ferroviaire (encore une fois) mais également au paiement des réparations de guerre versées par la France suite à la guerre perdue de 1870, ainsi qu'à un boom immobilier en prévision de l'Exposition universelle de Vienne de 1873 et un accroissement du risque portée par les banques. Lorsque cette dernière se révèle décevante économiquement, la bulle spéculative qui avait touché la bourse de Vienne explose, entraînant le krach boursier du 9 mai 1873, d'abord limité à l'Autriche, qui gagne ensuite l'Allemagne et la place boursière de Berlin, avec la faillite du géant du rail allemand Bethel Henry Strousberg.

 

Suite au krach boursier du 9 mai 1873, de nombreuses banques viennoises feront faillite, sous le poids notamment des emprunts hypothécaires. La récession est rapide : les banques européennes manquent de liquidités et ne se font plus confiance, rendant les prêts interbancaires extrêmement coûteux. Le secteur immobilier avait bénéficié d'une explosion des financements, se basant sur l'envolée des prix immobiliers pour rentabiliser leurs investissements. Une série de nouvelles institutions se sont mises à émettre des prêts hypothécaires dans les domaines de la construction municipale et résidentielle, des produits financiers assurant un rendement constants aux actionnaires apparaissent, crées par notamment par le Crédit mobilier.

 

La crise financière, limitée en Europe à la zone d'influence germanique, se transmettra à l'automne 1873 aux Etats-Unis, qui enregistraient également une situation d'euphorie industrielle et financière, depuis la fin de la guerre de Sécession et le boom du rail. L'accroissement significatif du risque bancaire, notamment dans le cadre du financement des investissements ferroviaires, les difficultés des banques de Philadelphie, les scandales politico-financiers comme celui du Crédit Mobilier en 1872, entraîneront une perte de confiance croissante dans les capacités des banques américaines à assumer les risques pris, en liaison avec la crise européenne. Le 18 septembre 1873, la faillite du financier Jay Cooke puis de la Banque d'Henry Clews, suivie de celles des compagnies ferroviaires Northern Pacific Railway et Union Pacific, entraîne une panique boursière, qui conduit à la fermeture de la bourse de New-York à compter du 20 septembre pendant dix jours. S'ensuivra une grande stagnation (la longue dépression) qui touchera l'ensemble de l'économie mondiale, qui marquera toute la fin du dix-neuvième siècle, de 1873 à 1896. Cette période de stagnation durera 23 ans, rompant avec le développement relativement continu de l’activité économique depuis le début du dix-neuvième siècle, en remettant en cause les mécanismes du marché.
 

 

Réflexion deux (11 août 2009)
De 1836 à 1858

 

A partir de la crise bancaire de 1836-1839, on entre dans des crises beaucoup plus globales, généralisées à de nombreuses économies géographiquement séparées, même si les causes de déclenchement de ces crises ne sont pas partout les mêmes. Evidemment, on n'est pas encore confronté à cette époque ancienne à des crises systémiques mondiales ... pas encore en tout cas ...

 

Il demeure toutefois toujours extrêmement intéressant de se rappeler également les évènements politiques qui accompagnèrent régulièrement ces crises économiques et bancaires en Occident ...

 

La crise des années 1836-1839

 

En 1836, l'Angleterre connait un nouveau krach boursier, de nouveau lié aux investissements américains. A l'origine, on trouve une décision du président américain Andrew Jackson de subordonner la vente de terres de l'état américain à un paiement en métaux précieux (et non plus en monnaie papier). Cette décision donne un brusque coup d'arrêt à la spéculation foncière en Amérique. Les banques américaines ayant contracté des emprunts à Londres (les banques anglaises prêtaient également régulièrement aux Etats américains pour le financement par exemple du canal Erié), la crise financière touche durement le Royaume-Uni et aura des répercutions jusqu'en Allemagne et en France. Elle ne conduit pas néanmoins à une véritable panique bancaire en Angleterre. L'activité industrielle française sera ainsi nettement affectée par cette crise jusqu'en 1839.

 

Toutefois, la crise sera beaucoup plus sévère aux Etats-Unis d'Amérique. Le 10 mai 1837, une bulle spéculative formée sur les marchés boursiers éclate aux États-Unis lorsque les banques américaines suspendent leurs paiements en espèces (monnaies d'or ou d'argent). La panique fut suivie d'une longue dépression économique de cinq années, accompagnée de faillites bancaires et d'un taux record de chômage. Cette crise fut en outre agravée par la décision du président Andrew Jackson (puis de Martin Van Buren) de refuser le renouvellement de la charte de la Second Bank of the United States, ce qui se traduisit par le retrait des fonds gouvernementaux de cette banque. Sur les 850 banques que comptaient les États-Unis avant la crise, 343 fermèrent leurs portes et 62 firent partiellement faillite.

 

L'économiste monétariste (récent) Milton Friedman donne l'analyse suivante de cette crise : « La panique bancaire de 1837 fut suivie de conditions économiques particulièrement perturbées et d'une longue contraction jusqu'en 1843 qui ne fut interrompue que par une brève amélioration de 1838 à 1839. Cette grande dépression est particulièrement intéressante pour notre propos. Elle est la seule dépression enregistrée comparable de par sa sévérité et son étendue avec la Grande Dépression des années 1930 et ses évènements monétaires concomitants reproduisent largement ceux de la crise ultérieure. Dans ces deux cas, une fraction importante des banques aux États-Unis cessèrent leurs activités soit par suspension, soit par fusion --environ un quart lors de la première et un tiers lors de la dernière contraction-- et la masse monétaire diminua d'environ un tiers. Aucune autre contraction n'approche, même de loin, ce lugubre record. Dans ces deux cas, une politique monétaire gouvernemental erratique ou imprudente jouèrent un rôle important. »

 

La crise des années 1847-1848

 

La crise de 1847 est considérée comme la dernière crise frumentaire européenne, due à des récoltes de blé très mauvaises en 1846 (une famine touche également l'Irlande dès 1845). La soudure entre 1846 et 1847 est extrêmement difficile, avec avec une forte augmentation du prix du pain, des contestations naissantes en France, vivement réprimées (déportations au bagne). Par ailleurs, l'Europe entre aussi dans la Révolution industrielle, et cette crise est également considérée comme la première crise industrielle de notre histoire.

 

Les conséquences de cette crise seront plus graves en Europe que la précédente crise de 1836. Dans les années précédant la crise, on observe en effet la constitution d'une nouvelle bulle spéculative boursière sur les actions des compagnies de chemin de fer. En Angleterre et en France, l’engouement pour ces sociétés et la sous-estimation du coût des travaux d'investissement ont fait monter les actions à des cours démesurés. La baisse des cours de bourse enregistrée depuis 1845 et leur effondrement en 1847, due pour partie à de nouveaux appels de fonds qui ont mis fin à la confiance (les banques centrales anglaises et françaises procèdent également à un relèvement parallèle de leurs taux d'escompte de 3% à 5% pour lutter contre des dérèglements des échanges d'or entre les économies ...), révèle une crise du crédit qui provoque une panique bancaire et la faillite de nombreuses banques ainsi que la suspension de l'activité de plusieurs compagnies de chemin de fer. Cette crise financière, boursière et bancaire, sera suivie peu après en France par une révolution politique (journée du 22 février 1848), entraînant l'abdiquation du roi des français Louis-Philippe, qui règnait depuis 1830, la déclaration de la seconde république, et l'éclatement d'une commune à Paris (juin-juillet 1848). Cette nouvelle révolution engendre une nouvelle panique boursière qui entraîne une nouvelle vague de faillites.

 

Il doit être noté que bien que cette crise soit d'origine agricole, l'installation de la dépression économique est largement liée aux mouvements boursiers spéculatifs, aux conséquences de la réduction des dépenses publiques sur les programmes de grands travaux (ferrovières) et sur la métallurgie, et à des politiques monétaires restrictives, dues à l'application de règles strictes de gestion monétaire encadrées par la convertibilité en or des monnaies (et par le banking act de 1844 en Angleterre). La contraction du crédit qui en découle favorise la généralisation de la crise. Elle se transmet ensuite à l'étranger via les marchés des changes et du commerce. Les monnaies étant convertibles en or, les difficultés d'un pays se traduisent par des mouvements d'or qui déstabilisent les marchés. («Analyse économique et historique des sociétés contemporaines» de Marc Montoussé).

 

A cette occasion, la Banque de France fera une avance de 50 millions de francs-or à la Banque d'Angleterre pour lui permettre de faire face à ses engagements. De son côté, en février 1848, le gouvernement français impose le cours forcé des billets de la Banque de France, dont la convertibilité en or est suspendue, permettant à la Banque de France de secourir plus facilement les banques et les industriels (politique monétaire expansive).

 

La crise de 1847-1848 sera également notamment étudiée attentivement par Marx et Engels. Elle marque le début des mouvements ouvriers et de ses rapports conflictuels avec le patronat (même si le droit de grève n'est pas reconnu et si les syndicats ouvriers sont interdits et combattus en France mais également aux Etats-Unis).

 

La crise des années 1857-1858

 

Alors qu'un boom mondial est observé depuis 1852 et que la découverte et l'exploitation de nouveaux gisements d'or (en 1848 en Californie et en 1849 en Australie) permettent d'accroître l'offre de monnaie au niveau mondial, les premiers signes d'une crise commence à apparaître en 1857 avec la baisse de la rentabilité des mines d'or et des compagnies ferroviaires. Une baisse de la demande se répercute dans les principales industries (métallurgie).

 

Un crack boursier éclate le 22 août 1857 à la bourse de New-York et la panique financière se poursuit jusqu'en octobre 1857. En août 1857, la banque Ohio Life and Insurance Company, confrontée à une forte demande de crédit, suspend ses paiements. Elle est rapidement suivie par les banques de New York, du Maryland et de Pennsylvanie, puis par d'autres banques importantes à Baltimore, Philadelphie et Boston. Le taux de l'escompte s'accroît fortement et, dans le courant de septembre, les actions de chemin de fer enregistrent une forte baisse à la Bourse de New York.

 

La crise américaine se propage immédiatement en Angleterre sous la forme d'une crise de change qui se complique rapidement d'une crise de crédit intérieur. Bien que moins violente, elle atteint également la France où la Bourse de Paris connaît une forte baisse. Elle est suivie d'une récession économique dans tous les pays unis par des liens monétaires, financiers et économiques.

 

Sources :
//fr.wikisource.org/wiki/La_Crise_commerciale_et_la_banque_d'Angleterre
//www.pse.ens.fr/document/wp200642.pdf
//fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_crises_monétaires_et_financières

 


Réflexion une (9 août 2009)
Les crises et l'histoire ... ou l'histoire des crises ... de 1797 à 1825

 

Dans la suite de ma réflexion sur le livre (extrêmement intéressant que je conseille vivement) dont je parlais dans mes écrits précédents ... «Lombard Street» (des crises financières et du moyen d'y remédier) de Walter Bagehot dans la Petite bibliothèque Payot ... datant de 1873 ... je vais m'intéresser à un descriptif historique des principales crises financières ayant touché l'économie occidentale puis mondiale depuis le début du XIXème siècle. Plusieurs auteurs ont déjà noté le rythme cyclique d'apparition de ces crises bancaires, financières et économiques au dix-neuvième siècle, en moyenne tous les dix ans. Il est intéressant que nous sommes de nouveau rentré dans une cyclicité comparable en cette fin du vingtième siècle et du début du vingt-et-unième siècle, comme si l'histoire (et l'économie) se répétait, balbutiait ...

 

Tout à l'idée que le monde de la finance était entré en ce vingt-et-unième siècle dans une nouvelle ère, on en oubliait la permanence du concept de crise financière, que la crise actuelle vient de nous rappeler. Mais à force de vivre dans un monde de l'immatériel, à force de nous croire dans un monde moderne, à force de nous croire dans un monde différent, dans un monde sans passé, dans une nouvelle ère financière, on en oublie les leçons du passé.

 

La crise des années 2007-2009 pourrait n'être en fait qu'une vulgaire crise financière, comme le dix-neuvième siècle en a connu une petite dizaine, à chaque fois accompagnées de paniques boursières et bancaires, de rushs des épargnants dans les banques fragilisées, et parfois de faillites retentissantes d'établissements bancaires dépassés par les évènements. Les banques dépendent avant tout de la confiance qui leur est accordée par leurs déposants.

 

De l'intérêt donc de rappeler en quelques mots les multiples crises financières qui ont parsemé l'histoire du capitalisme, des économies occidentales, et plus largement de l'humanité, à l'heure d'une mondialisation plus ancienne qu'il n'y paraît ... crises économiques ou financières de 1793-1797, de 1810-1811, de 1819, de 1825-1826, de 1836-1839, de 1847-1848, de 1857-1858, de 1865-1866, de 1873, de 1882, de 1900-1903, de 1907-1908, de 1920-1922, de 1929-1936 ... et plus près de nous de 1971-1975 ... de 1981-1983 ... de 1992-1993 ... de 2001-2003 ... de 2007-2009 ... entre autres crises ...

 

La crise des années 1793-1797

 

Les dernières années du dix-huitième siècle sont aujourd'hui évidemment très lointaines. Les mauvaises récoltes agricoles des années antérieures à 1789 conduiront en France à la Révolution française ... On parle depuis de cette période comme d'une petite ère glaciaire, avec une forte baisse des températures européennes en ces dernières années du dix-huitième siècle.

Alors que la France connaît les expériences révolutionnaires et la création des assignats comme monnaie révolutionnaire (système qui s'écroule en 1796, remplacé d'abord par le mandat territorial puis par le retour des espèces métalliques), l'Angleterre est également frappée par une crise financière à la même époque. Cette crise, comme l'expérience française des assignats révolutionnaires, ne sont pas toutefois les premières crises financières de l'époque capitaliste.

 

L'histoire se rappelle avant cela de l'éclatement en 1637 de la bulle spéculative sur les bulbes de tulipes, ainsi que de la crise financière survenue en France et en Angleterre en 1720 avec la banqueroute de Law.

 

Le 26 février 1797, la Banque d'Angleterre, à court de réserves, décide de suspendre les paiements en espèces devant l'afflux des demandes de conversion auxquelles les banques du pays sont confrontées. Des bruits d'invasion ont en effet conduit une foule de particuliers, fermiers et petits commerçants à réaliser leurs avoirs auprès des banques de province. La banqueroute de plusieurs d'entre elles renforcera le mouvement et il en résultera ce qui est considéré comme la première panique bancaire. Le cours forcé des billets de banque de la Banque d'Angleterre (leur inconvertibilité en or) sera maintenu jusqu'en 1819.

 

La crise des années 1810-1811

 

Les années 1810-1811 voient l'éclatement d'une crise de l’industrie cotonnière en Europe continentale, due à un manque de matières premières (blocus des côtes) et l’augmentation des droits de douane. Les ventes s’effondrent et les industriels ne peuvent plus rembourser les banques qui ont financé leurs équipements. Ces dernières, qui ont surestimé leurs capacités de financement, manquent de liquidités, et obligent les industriels du coton à rembourser en vendant leurs stocks. La Banque de France refuse de réescompter toutes les traites des banques, ce qui les prive de liquidités. Certains établissements font faillite à Lübeck, à Amsterdam, à Hambourg ou à Vienne. La crise gagne tout le secteur bancaire européen, puis les industriels qui, privés de liquidités, déposent leur bilan ou ferment leurs usines.

 

De son côté, alors que l'Angleterre est soumise au blocus de Napoléon, le système de crédit s'effondre, provoquant de nombreuses faillites. Les causes en sont multiples au-delà du blocus lui-même. D'une part, la livre sterling, détachée de l'or pour ne pas augmenter les impôts en dépit de la situation de guerre, était minée par l'abus du crédit et par l'inflation. D'autre part, l'Angleterre était confrontée à des difficultés de recouvrement de ses ventes en Amérique du Sud. Enfin, la politique des licences et la contrebande avaient conduit à une réduction des réserves bancaires.

 

La crise américaine de 1819

 

La crise de 1819 est la première crise financière de grande ampleur aux États-Unis. Elle marque la fin de l'expansion qui a suivi la Guerre de 1812, dont le financement avait asséché les réserves bancaires et conduit à une suspension des paiements en espèces en 1814. Il en est résulté une inflation des émissions monétaires privées qui se sont investies dans des placements fonciers spéculatifs avant que la Banque centrale (Second Bank of the United States) n'engage une politique restrictive qui provoquera une vague de faillites et une profonde récession agricole et industrielle. La 'Second Bank of the United States' fera finalement définitivement faillite en 1836-1837 lors de la panique de 1837 ... Il faudra attendre 1913 pour voir la création de la Réserve fédérale des Etats-Unis.

 

La crise des années 1825-1826

 

Les précédentes crises sont essentiellement limitées aux principaux pays européens ; les autres zones économiques étant peu concernées par le commerce international. Ces crises affectent essentiellement l'Angleterre et la France et dans une moindre mesure l'Allemagne, l'Autriche-Hongrie, les Pays-bas et Amsterdam. La crise de 1825-1826 touchera pour sa part principalement la Grande-Bretagne ; c'est l'une des premières crises boursières de l'histoire. En 1825, à la suite de spéculations intenses sur les investissements latino-américains (banques, assurances, armement de bateaux, construction de canaux...), le cours de ces valeurs s'effondre à la Bourse de Londres. De nombreuses banques font banqueroute et, dans la seule année 1826, environ 3.300 entreprises font faillite.

 


Saucratès


27/04/2011
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De la crise financière (15)

Réflexion quatre-vingt-dix-huit (2 novembre 2011)
La place du peuple en économie

 

En fin de semaine dernière, l'hyper président de la République française claironnait dans les médias que l'Europe et le monde entier étaient sauvés grâce à l'accord européen de sauvetage de la zone euro obtenu de haute lutte. En filigrane, il fallait également entendre que cela avait été obtenu grâce à lui. Les bourses européennes euphoriques saluaient l'accord par une envolée des indices.

 

S'il y a une chose que cette deuxième crise financière m'aura appris, c'est que les euphories boursières sont de courtes durées, et qu'elles sont suivies immédiatement de nouveaux accès de défiance entraînant les indices toujours plus bas. En entendant Nicolas Sarkozy claironnait et en voyant l'envolée des bourses, je savais d'avance que la semaine suivante enregistrerait de nouvelles mauvaises nouvelles qui doucheraient l'enthousiasme des marchés. Parfois, il ne se passe rien mais les marchés doutent de leur enthousiasme et ils corrigent tout aussi violamment.

 

Il me semble ainsi difficile de m'en prendre au gouvernement grec pour le nouvel accès de doute des marchés à l'égard de l'euro ; les responsables de cette imbécilité sont plutôt ceux qui ont pavoisé de manière anticipée sur le sauvetage de la zone euro et du monde entier ! Le discours de Nicolas Sarkozy posait même un problème plus profond par ses commentaires sur la Grèce (qui n'aurait pas dû rejoindre la zone euro initialement selon lui) ou sur l'Italie (le gouvernement italien l'accuse actuellement d'avoir amplifié la spéculation sur la dette italienne).

 

Par ailleurs, il faut noter que les évolutions des indices des places boursières internationales sont l'un des principaux indicateurs de la crise financière, avec les spreads de crédit sur les dettes publiques des principaux états, scrutés à la loupe par les intervenants, et le coût des CDS (credits default swap) sur les signatures des principaux états ... Mais en même temps, ces indicateurs n'ont pratiquement aucune influence directe sur l'économie réelle, qui dépend de l'activité économique, de l'état de l'emploi salarié, des finances publiques ...

 

L'évolution des spreads de crédit influe simplement sur le coût de la dette publique (le delta d'augmentation) et donc marginalement sur la charge de la dette ... L'évolution des CDS ne concerne que les spéculateurs et les banques qui les émettent ... Il est amusant de noter la faillite du courtier américain MF Global Holding pour avoir spéculé sur les CDS sur la dette européenne ... Le bilan de MF Global Holding s'élevait à 41 millirds de dollars, soit le dixième de Lehman Brothers.

 

Enfin, l'évolution des indices boursiers n'influe qu'accessoirement sur l'économie réelle, par un effet 'richesse' pour les investisseurs, par son influence marginale sur les résultats des banques (essentiellement par la hausse ou la baisse des revenus des activités de fusion-acquisition), par la facilité ou la difficulté pour les entreprises à se financer en s'introduisant en bourse ou en procédant à des augmentations de capital (mais les marchés boursiers ne jouent pas leur rôle de financement de l'économie en France), et enfin par un effet de contagion sur le moral des consommateurs et des industriels ...

 

On se focalise ainsi sur des variations aberrantes d'indicateurs qui ne mesurent en fait pratiquement rien, et surtout pas l'évolution de l'économie réelle. Mais ces variations rythment néanmoins le sentiment que l'on a de l'urgence de la crise, et les décisions politiques de nos dirigeants. Que les bourses s'envolent après une décision et nos hommes politiques se congratulent et expliquent avoir sauvé le monde entier. Que les bourses s'écroulent et de nouvelles mesures sont prises ou des états convoqués !

 

Après avoir dit tout cela, que faut-il penser du référendum proposé aux électeurs grecs ? Il me semble d'abord important que le peuple grec puisse se prononcer sur le plan de sauvetage de leur pays, même si, au fond, il est très probable que le peuple grec rejettera ce plan de sauvetage et se placera dans une situation catastrophique qui le conduira peut-être à devoir quitter la zone euro. Face à un peuple et à des syndicats apparemment majoritairement opposés aux réformes fiscales imposées par ce plan de sauvetage, recourir au référendum pour donner le choix aux électeurs grecs est la seule solution possible. Il ne sert à rien de sauver un peuple qui ne souhaite pas être sauvé, ou bien qui veut prendre un autre chemin pour cela. Il est par contre imbécile pour les contestataires grecs de critiquer le choix gouvernemental du référendum qui les obligera à prendre position : pour ou contre l'euro et une discipline budgétaire ... Il est tellement plus simple de tout critiquer et de rejeter la faute sur les autres : le gouvernement, les européens ... Parce que malgré tout, le peuple grec a une responsabilité dans la crise de la dette qui les touche en premier lieu : celle d'avoir entretenu une économie informelle de pots de vin et d'avoir tenté d'échapper à l'impôt le plus longtemps possible ...

 

Les réactions des autres capitales européennes à la décision du gouvernement grec de proposer un projet de référendum populaire posent le problème de la place laissée aux peuples dans les démocraties européennes. Nos dirigeants font comme si les peuples étaient trop bêtes, incapables de prendre des décisions censées et courageuses pour le bien commun, et si seuls des hommes politiques éclairés (comme notre hyper-président) étaient à même de décider pour nous ... En même temps, comment leur donner tord puisqu'en France, les quelques référendums sur l'Europe ont toujours donné des résultats difficiles ou ont été rejetés ; le traité de Maastricht instituant l'euro n'étant passé que d'extrême justesse ...

 

Le sort de la Grèce et de ce projet de référendum paraît ainsi actuellement bien opaque et conduira peut-être à la sortie de la Grèce de la zone euro, avec pour conséquence des années de misère qui risquent d'attendre les grecs en cas de sortie de l'euro (mais ils peuvent aussi faire défaut sur leur dette et rester dans l'euro) ... La crise de la zone euro, contrairement à ce dont certains se vantaient, n'est pas non plus terminée ... Mais il fallait être un indécrottable vantard pour croire qu'un énième accord européen allait apporter une réponse définitive à la crise des dettes publiques européennes ! Au fond, rien n'a changé. Les bourses européennes ont corrigé en début de semaine les excès d'optimisme de la fin de semaine précédente ... Les quelques centaines de milliards d'euros supplémentaires envisagés pour le FESF ne sont pas très différents des méga-plans de relance se comptant également en centaines de milliards de dollars mis en oeuvre par de nombreux états pour relancer leur économie ... Plans qui à chaque fois, ont été considérés comme indispensables puis ensuite jugés insuffisants ...

 

 

Réflexion quatre-vingt-dix-sept (25 octobre 2011)
Le triple A français

 

L'agence anglo-saxone Moody's Rating a mis sous surveillance la perspective de la note de la dette française, aujourd'hui classée triple A. Elle s'est donnée trois mois pour évaluer la perspective de cette note.

 

Pour certains, il s'agit d'une hérésie. Pour d'autres, ce n'est pas si étonnant. Dans les faits, l'agence Moody's est sensée évaluer la perspective que la France fasse défaut sur le remboursement de sa dette publique. Quelle est la probabilité que le Trésor français ne rembourse pas la dette qu'il a contracté sur les marchés, ou dévalue sa dette ? Il en allait de même pour l'abaissement de la note des Etats-Unis par l'agence de notation internationale anglo-saxone Standard & Poor's.

 

La question est de savoir si les agences de notation outrepassent ou non leur rôle d'information des marchés et des emprunteurs. L'agence chinoise de notation Dagong avait déjà attribué à la France et aux Etats-Unis une note très inférieure au triple A, attribuant même à la Chine une note bien supérieure. Mais il ne s'agissait que de l'agence officielle chinoise, dont l'indépendance politique du pouvoir chinois n'existe pas. Cela n'empêche d'ailleurs même pas que les milliers de milliards de réserves de change chinoises soient placées majoritairement en bons du Trésor américain, ce qu'un état ne ferait pas s'il avait une telle crainte dans un emprunteur.

 

Peut-on raisonnablement s'interroger sur la probabilité que la France fasse défaut sur sa dette ? C'est bien là le problème. Le risque politique est le même que pour tous les états de la planète, ni plus ni moins. Moody's et les autres agences de notation ne font que transcrire, relayer, les interrogations des marchés qui se réflètent dans ce que l'on appelle la prime de risque demandée par les emprunteurs pour acheter de la dette française. Le spread de crédit entre le taux du bund allemand et celui de l'OAT française a très fortement progressé sur les derniers mois, atteingnant 70 points de base en septembre et près de 150 points de base ces dernières semaines. Il faut se rappeler que ce spread de crédit était l'indicateur privilégié il y a deux décennies et qu'il était surveillé comme le lait sur le feu.

 

En même temps, ce n'est pas tant que les taux français se soient fortement renchéris mais plutôt que les taux à long terme allemand soient descendus à des niveaux inusités, grâce vraisemblablement à une politique budgétaire plus restrictive, et une demande importante des emprunteurs.

 

Je ne partage pas un certain nombre d'analyses pessimistes sur ce qui se passe aujourd'hui. Premièrement, il est amusant de constater une nouvelle fois les réactions politiques, cette fois en France, qui découvrent le danger de la notation par des agences privées (ou publiques ccomme Dagong). Certaines propositions politiques parlent d'interdire la notation des états en difficulté. Plus largement, je pense qu'il faut interdire toute notation de la dette d'un état, la seule notation possible étant comme celle de la Coface, sur les risques sociaux et politiques associés à un état. Il faudrait criminaliser la notation des dettes publiques, de telle sorte que l'on puisse également interdire que de telles notes circulent de manière souterraine. C'est la première action à prendre pour retrouver une indépendance des états vis-à-vis des marchés.

 

Certains disent que casser le thermomètre ne mettra pas fin à la fièvre. Mais ce n'est pas le cas. Les agences de notation ne sont pas des thermomètres mais des agents pathogènes qui accentuent les fièvres de leurs malades et participent à une forme de curée des spéculateurs à l'encontre des états occidentaux.

 

Deuxièmement, il me semble que l'on arrive aujourd'hui plus largement au bout d'un processus financier démarré avec la théorie monétariste inventée par Milton Friedman et mis en application dans le monde entier grâce à la libéralisation des marchés financiers et l'homogénéisation au niveau international des flux de capitaux. Les marchés financiers financiers sont globalisés, circulent librement d'une place financière à l'autre, et de gigantesques établissements financiers ou de gignatesques banques gèrent ces flux et arbitrent continuellement d'une place à l'autre et d'un produit à l'autre. S'agit-il de déglobaliser le monde comme certains partis politiques le défendent ? Inventer une nouvelle théorie monétaire et financière pour expliquer ce qui se passe et comment en sortir ? En tout cas, on s'aperçoit bien en France aujourd'hui que le système de financement libéralisé mis en place dans les années 1986-1987 atteint ses limites et qu'il ne permettra bientôt plus de répondre aux difficultés de la commercialisation de la dette publique française.

 

Le chaos financier déclenché par la crise des crédits subprimes américains et par l'amoncellement des dettes privées et publiques doit nous conduire à interroger la doxa libérale et monétariste. Il faut construire une nouvelle théorie économique qui puisse expliquer le monde et préparer le futur. Quelle architecture financière permettra d'expliquer et de nous sortir de cette crise, et permettra également de trouver les financements gigantesques nécessaires pour les investissements de demain en matière de protection de l'environnement et de lutte contre le réchauffement climatique ?

 

C'est l'enjeu actuel de la finance et de l'économie, bien au-delà du débat sur le triple A français. Cette réflexion dépasse largement le cadre de la déglobalisation et d'un protectionnisme larvé, qui ont été je le crains la mauvaise réponse apportée à une précédente crise financière ayant conduit à une guerre mondiale.

 

 

Réflexion quatre-vingt-seize (12 septembre 2011)
Nouvel affolement sur les marchés boursiers européens dans une cacophonie européenne

 

Depuis le mois d'août, les marchés boursiers mondiaux dévissent sans réussir à se redresser ... L'affolement est reparti sur les marchés depuis la fin de la semaine dernière, avec des craintes de faillite de la Grèce et une contagion aux banques européennes et tout particulièrement françaises ... Les cours de bourse des principales banques françaises ont ainsi ouvertes en baisse de 10% ce lundi matin, alors que rien ne semble capable de rassurer les intervenants sur les marchés financiers.

 

Ce qui semble le plus incroyable, c'est la cacophonie existant entre les hommes politiques de tout pays. D'un côté, aujourd'hui, en Allemagne, certains envisagent une faillite de la Grèce et parle de son exclusion de la zone euro ... D'un autre côté, en France, certains ministres démentent l'idée de nationaliser les banques françaises pour rassurer sur leur niveau de fonds propres ... ce qui risque d'accentuer les pressions sur les cours de ces mêmes banques ... Le PDG de la Société Générale explique que la dégradation de la note de sa banque est déjà  intégrée dans ses cours, alors que la notation de la SG n'est pas encore dégradée ... Il devient presque difficile de croire que cette dégradation des bourses n'est pas souhaitée par les pouvoirs publics européens ...

 

Les explications avancées par les uns et les autres sur ce recul des bourses laissent songeur. Evidemment, en tout premier lieu, les marchés sont inquiets de la situation grecque et des risques de faillite de cet état. Par voie de conséquence, les marchés sont également inquiets de la situation des banques européennes, qui pourraient subir des pertes importantes dans le cas d'une faillite de l'état grec. Au-delà de la Grèce, c'est l'endettement important, certains diraient démesuré, de la majeure partie des états occidentaux, Etats-Unis en premier lieu, qui crée un état d'inquiétude sur les marchés financiers. Et le ralentissement anticipé de l'activité économique aux Etats-Unis et en Europe vient encore accentuer les craintes des marchés ...

 

Mais les intervenants sur les marchés financiers ont des positions dogmatiques et politiquement partisanes ; difficile après cela de ne pas parler d'une sorte de complot libéral ... même si celui-ci n'est pas formalisé, qu'il ne fait que reprendre les idées présentes sur les marchés ... Ainsi l'éditorial de Marc Touati, directeur général d’Assya Compagnie Financière, publié par Boursorama.

//www.boursorama.com/votreinvite/interview.phtml?num=04d799a2a8c4b42173d2500d57e47be4

 

Ce n'est pas son analyse du jeu des montagnes russes auquel les bourses ressemblent qui posent problème ; son analyse à ce niveau semble parfaitement cohérente avec la réalité des marchés. Ce qui pose problème, c'est le racourci de son analyse des enjeux des élections présidentielles françaises et américaines.  Ainsi, pour les élections présidentielles françaises : «Il s’agira principalement de savoir si la France opte pour une stratégie à l’allemande de baisse sérieuse et crédible des déficits publics, ou bien si elle choisit, comme d’habitude depuis plus de vingt ans, celle de l’augmentation des dépenses publiques». Même si a priori, on comprend son analyse comme un choix entre la droite et la gauche même s'il ne le dit pas, au fond son approche n'est pas particulièrement biaisée.

 

Par contre, s'agissant des élections présidentielles américaines, son analyse est sans contexte totalement partisane : «Nous saurons alors si l’Oncle Sam reste englué dans la croissance molle des années Obama ou alors s’il retrouve son dynamisme des années 1995-2000». Il trace un parallèle entre les choix politiques des électeurs et l'activité économique outre-atlantique, comme si un homme pouvait tout changer ... Comme si les républicains avaient la moindre responsabilité dans la reprise des années 1995-2000, qui correspondaient pour mémoire aux années de présidence de Bill Clinton, et non à celles de Georges W. Bush.

 

Dans une autre veine, je voudrais citer une analyse particulièrement partisane de Marc Roche, journaliste et écrivain, pour lequel le responsable des désordres financiers actuels est ce qu'il appelle le «capitalisme de l'ombre» ou le capitalisme échappant à toute réglementation ...
//www.boursorama.com/votreinvite/interview.phtml?num=e528d2057e8ba23a97f293bbe79773a6

Selon lui, il n'y a pas de responsables à la crise financière qui nous frappe, ni les hedge-funds qui agissent en meute, ni les agences de notation internationales, même si celles-ci se sont lancées dans une course folle à la dégradation des emprunteurs les plus fragiles pour tenter de se refaire une virginité ... Ce qu'il dénonce par contre, c'est la connivence entre les politiques et le monde de la finance ... le fait par exemple de confier à Mario Draghi, ancien banquier de Goldman Sachs, le rôle de gouverneur de la BCE en remplacement de Jean-Claude Trichet ...

 

Enfin, il faut parler de la croisade menée désormais par quelques banquiers anglo-saxons contre la réglmementation de Bâle III et qui l'attaquent en considérant que leur imposer des fonds propres plus élevés est contraire à la constitution américaine ... Et on peut être certain que ce qui peut nous paraître abscon aujourd'hui deviendra un nouveau crédo américain relayé par les futurs candidats républicains, avant que ces arguments ne soient acceptés par tous outre-atlantiques ... Alors que les banques américaines ont coulé du fait de leur rapacité l'ensemble de leur économie, causé une crise financière mondiale, jeté des millions de travailleurs au chômage et exproprié des dizaines de millions d'américains, les grands banquiers parlent de nécessité de libéraliser les banques, de ne surtout pas légiférer, de ne pas accroître les fonds propres des banques ? Cela paraît irréel. Il eusse fallu les pendre haut-et-court, ces banquiers, pour échapper à cette idéologie de la rapacité qui a envahi le monde économique ...

//www.lemonde.fr/economie/article/2011/09/12/le-patron-de-jpmorgan-chase-contre-les-nouvelles-normes-bancaires-internationales_1570841_3234.html

 

 

Réflexion quatre-vingt-quinze (9 août 2011)
A contrario de Standard & Poor's, l'agence Moody's confirme la note Aaa des Etats-Unis en explicitant ses raisons pour faire confiance à l'économie des Etats-Unis ... comme quoi on peut malgré tout avoir des surprises même de la part des agences de notation internationales ...

 

Alors que les principales places financières se sont écroulées hier lundi (-4,68% pour le CAC 40 à Paris et -5,55% pour le Dow Jones à New York sans compter -6,90% pour le Nasdaq américain) et que les anticipations de baisse du CAC 40 ce mardi matin un peu plus d'une demi-heure  avant l'ouverture s'élève à -2,20%, l'agence Moody's explicite les raisons qui la conduise à maintenir la meilleure notation possible (Aaa selon son échelle) à la dette des Etats-Unis.

//www.boursorama.com/infos/actualites/detail_actu_marches.phtml?num=7bd730411a78dabdd215d949adb004dd

//www.boursorama.com/international/detail_actu_intern.phtml?num=c84b0d1fa4b31971b06eef0334454c3b

 

Toutefois, signe de la cacophonie qui règne au niveau politique européen, c'est le moment choisi par le ministre néerlandais des finances Jan Kees de Jager pour constester et s'alarmer des risques que ferait courir une réévaluation significative éventuelle du FESF (fonds européen de stabilité financière) sur la solvabilité des Etats membres garants ... 

//www.boursorama.com/infos/actualites/detail_actu_marches.phtml?num=f0225a7783b9c36098a724330fa8973e

 

Ne pas oublier enfin qu'il y a exactement quatre ans, au début du mois d'août 2007, la crise des crédits subprimes américains explosait et que les bourses mondiales commençaient à dévisser ... Un quatrième anniversaire qui démarre en fanfare ...

 

 

Réflexion quatre-vingt-quatorze (7 août 2011)
La dégradation par Standard & Poor's de la notation américaine ... Ou de la nécessité d'agir implacablement contre les agences de notation occidentales pour enfin les contrôler et les soumettre à une autorité internationale ...

 

Après s'être attaqué aux notations des états irlandais, grecs, portugais et espagnols, Standard & Poor's (suivi probablement par les autres agences de notation) s'attaque désormais à la notation des Etats-Unis. Ceux-ci viennent de voir leur note être rétrogradée de AAA à AA. Pourtant, la justification de la dégradation de cette notation se basait sur des chiffres faux. La Chine, principal créancier des Etats-Unis, a demandé que les Etats-Unis diminuent leur train de vie. Elle rappelle que l'agence de notation chinoise Dagong avait déjà dégradée la note de l'état américain la semaine dernière ... Pour mémoire, les Etats-Unis n'étaient pas cotés AAA par Dagong mais A+ (dégradée en A), comme de nombreux autres états occidentaux, notamment la France ...

//www.lemonde.fr/economie/article/2011/08/07/l-administration-obama-passe-a-l-offensive-contre-standard-poor-s_1557085_3234.html#ens_id=1216746

//www.boursorama.com/international/detail_actu_intern.phtml?num=c395a685af3a042902e0b10a35293291

//www.boursorama.com/infos/actualites/detail_actu_marches.phtml?num=391f89dc62dd657a175a4a585aef3576

//www.boursorama.com/infos/actualites/detail_actu_marches.phtml?num=caf74e1755048468ad5cf4127e965e69

//www.medias-france-libre.fr/chroniques/8-infomations-diverses/1563-dagong-baisse-note-credit-usa

 

Comment vont réagir les bourses la semaine prochaine, en sachant déjà que celle d'Israël, ouverte ce dimanche, a été suspendue après avoir baissé de 6% à l'ouverture ... Et comment vont réagir les autres agences de notation internationales Fitch et Moody's qui maintenaient pour l'instant la note des Etats-Unis ont leur maximum (également AAA pour Moody's) ? Comment va s'y prendre Moody's notamment pour dégrader la notation américaine en sachant qu'elle venait de maintenir la note AAA suite à l'accord sur le relèvement du plancher de la dette américaine avec néanmoins l'attribution d'une perspective négative à 12-18 mois ... Si Standard & Poor's ne rétablit pas la note américaine en sanctionnant l'analyste qui s'est trompé, les deux autres agences vont se saisir de n'importe quel prétexte pour dégrader à leur tour la note des Etats-Unis ...

 

Comme je l'évoquais la précédente fois, Standard & Poor's, Moody's et Fitch Rating semblent participer à une campagne de déstabilisation des marchés financiers internationaux, soit dans un but capitaliste de recherche d'un profit, d'un enrichissement pour profiter de la débâcle, soit dans un but terroriste ... Il serait temps que les Etats occidentaux sanctionnent ces trois sociétés de notation pour mettre fin à leur entreprise de démolition de la finance mondiale et des réglementations étatiques ...

 

Ce que ces trois agences agences font ressemble certes beaucoup au fait de scier la branche sur laquelle elles sont assises ... Mais bizarrement, elles s'attaquent seulement aux deux groupes qui veulent légiférer et contrôler le secteur financier américain, européen et mondial ... Les Etats-Unis et la Fed, la zone Euro et la BCE ... De là à penser que ces agressions s'inscrivent dans un plan des marchés, de quelques grands établissements, de quelques grands financiers, pour faire mordre la poussière aux nouvelles réglementations des Etats, il n'y a qu'un pas à franchir ...

 

L'action de la Chine et de son agence de notation Dagong est beaucoup plus clair ... S'attaquer aux Etats-Unis avec leurs propres armes, l'argent et le crédit, avec un pouvoir suffisamment grand pour déstabiliser la finance mondiale ... Même si la Chine perdait les 1.200 milliards de dettes qu'elle détient, cela n'aurait vraisemblablement aucune importance en sachant que c'est la suprématie militaire et doctrinale qui est en jeu, pour un régime autoritaire aux abois face à la demande de démocratisation qui agite sa société civile ...

 

Que doivent faire les états occidentaux face à ce risque catastrophique qui se rapproche désormais imparablement ? Selon moi, il leur faut prendre des mesures drastiques contre la spéculation, en empêchant par exemple la possibilité de spéculer sur les CDS (credits default swaps), en taxant les opérations financières ... Mais également en sanctionnant les agences de notation en les internationalisant, en les fusionnant pour créer une agence internationale, et en interdisant la notation des états ...

 

Evidemment, s'attaquer aux agences de notation internationales aura l'effet inverse de celui qui est recherché ... Cela ne calmera pas les marchés. Casser un thermomètre, même s'il est à l'origine de la fièvre, n'a jamais calmé immédiatement la maladie ... Bien au contraire ... Mais à plus long terme, s'attaquer à l'impunité des agences de notation et moraliser leurs agissements ainsi que ceux du capitalisme aura forcément des effets bénéfiques ... Quelles raisons en effet d'autoriser la spéculation sur la dette des états ou sur leur probabilité de faire défaut si au final les Etats ne font jamais défaut ... La spéculation a le défaut majeur de créer les problèmes mêmes qu'elle crée ...

 

 

Réflexion quatre-vingt-treize (25 juillet 2011)
Une histoire de manipulation avant tout ?

 

Vendredi dernier (22 juillet 2011), c'est l'agence Fitch (propriété pour mémoire d'une société française, Fimalac, dont le dirigeant est le 'français' Marc Ladreit de Lacharrière) qui dégradait la notation de l'état grec en la plaçant en défaut partiel (ou plutôt qui envisageait de ...) en se basant sur la possibilité évoquée d'un accident de crédit. Aujourd'hui, lundi 25 juillet 2011, c'est l'agence de notation internationale Moody's qui dégrade la notation de l'état grec en la classant à un cran (Ca) des débiteurs en défaut de paiement (D). Pas de nouvelles ce lundi de la troisième agence de notation internationale (Standard & Poor's). Gageons qu'elle attendra les prochains jours pour rajouter une couche d'angoisse aux marchés financiers, comme si leur objectif était de couler le système (mais qui précisément : les états occidentaux, les banques, le système capitaliste dans son ensemble ?) ... Puis ce sera au tour de Fitch Rating de dégrader réellement la note de la Grèce en défaut partiel (puisqu'elle n'a fait pour l'instant qu'envisager de le faire ...) ...

//tempsreel.nouvelobs.com/actualite/economie/20110722.OBS7490/l-agence-de-notation-fitch-veut-placer-la-grece-en-defaut-partiel.html

//tempsreel.nouvelobs.com/actualite/economie/20110725.OBS7569/moody-s-abaisse-la-note-de-la-grece.html

 

Mais qu'auraient-elles à y gagner ? Les agences de notations seraient-elles investies par des terroristes islamistes, par des communistes soviétiques espérant le grand soir, par des extraterrestres aux visées invasives, ou plus simplement par des riches visant à s'enrichir encore plus dans le désordre mondial ?

 

Les révisions en cascade des notations des états européens les plus fragiles, la Grèce en premier lieu, mais également l'Espagne, le Portugal et l'Italie, s'appréhendent davantage comme une entreprise de manipulation et de déstabilisation de l'Europe et de la zone euro que comme la juste appréciation d'un risque. En l'espace de quelques mois, ces états du Sud de l'Europe ont vu leurs notations être révisées un nombre incalculable de fois, alors que le principe même de la notation par ces agences est justement leur stabilité ; les informations sur l'évolution de la notation, ce qu'ils appellent les perspectives, étant des informations à moyen terme, à quelques années ...

Les multiples révisions de notation des trois principales agences des derniers mois, révisions qu'elles ne font jamais en même temps, en laissant très souvent quelques jours à quelques semaines entre leurs annonces respectives, sont soit le résultat d'une incapacité notoire à apprécier et à noter des dettes publiques et les capacités des états à les rembourser, soit une entreprise criminelle de manipulation des bourses, des changes et des dettes, sur laquelle les états occidentaux devraient se pencher.

 

A quel jeu joue les agences de notation internationales ? ... Qu'il ne faudrait pas autoriser, je le rappelle, à attribuer des notes aux états ... Mais comme me le rappelait un collègue, quelqu'un un jour dans un quelconque ministère d'un état occidental, a eu la lumineuse idée de proposer de payer une agence de notation internationale pour obtenir une note pour une émission de dettes publiques ... pour exhiber la meilleure notation possible de ces agences ... Et très vraisemblablement, quelque haut fonctionnaire ou quelque homme politique grec a eu cette même idée et il a dû exhiber sa très bonne note en étant très fier de lui, sous les hourras de ses collègues, il y a quelques années ou décennies ... On en voit aujourd'hui le résultat !

 

Les agences de notation internationales ne sont pas des thermomètres. Elles sont, dans le cas des dettes publiques des états occidentaux, à l'origine même du problème que l'on observe, à l'origine des craintes qui agitent les marchés. A égalité avec les spéculateurs qui jouent sur les titres de dettes grecs, espagnols, portugais ou italiens, ou avec les CDS (credits defaults swaps) portant sur ces dettes ...

Manipulation également les informations financières que nous relaient les journalistes et les journaux d'informations financières sur l'envolée des taux des titres de dettes grecs, espagnols ou autres. Les taux de 8% à 9% affichés pour l'Espagne ou de 15% à 17% affichés pour la Grèce, qui donnent l'impression que les grecs et les espagnols font face à un coût de leur dette pharaonique, ne correspondent pas aux taux pratiqués pour l'émission de nouvelles dettes, mais simplement du marché de la revente de ces titres de dettes (le marché secondaire). En effet, un titre de dette publique bénéficie normalement d'un marché extrêmement liquide (par exemple les OAT -obligations assimilables du Trésor- en France) ; son cours étant fonction essentiellement, contrairement à une action (sans valeur intrinsèque), de son nominal, de sa probabilité de défaut (pratiquement nulle pour un état occidental), de son taux et du détachement de son coupon (l'intérêt versé). Le taux étant la principale variable agissant sur le cours des obligations d'état ; son cours réflétant la variation des taux d'intérêt demandés par le marché ...

Cette crise n'est-elle que manipulation ? Certainement ! Et également un effet des craintes irrationnelles des marchés financiers ...
 

 

Réflexion quatre-vingt-douze (17 juillet 2011)
L'euro résistera-t-il à cette crise ?

 

Cette question, tous les journaux se la posent depuis quelques semaines ! Ce week-end, on commence même à envisager un défaut partiel de paiement de l'état grec sur une partie de sa dette publique, ce qui serait une première pour un état de la zone euro et pour un état occidental. Pour mémoire, la dette publique de l'état grecque est estimée à 350 milliards d'euros, et un tel évènement conduirait les agences de notation internationales a octroyé une note DDD à la signature de l'état grec, avec un risque de domino sur l'ensemble des états de la zone euro, Allemagne exceptée ... puisque celle-ci a eu l'intelligence juste avant la crise financière de relever de deux points ces taux de TVA pour rétablir ses finances publiques (pour tous ceux qui l'ignore, la TVA est le meilleur prélèvement fiscal, extrêmement robuste en temps de crise économique même s'il est relativement injuste puisqu'il frappe indifféremment riches et pauvres à hauteur de leur consommation) et qu'elle représente toujours la plus forte économie de la zone euro.

 

La crise grecque a déjà touché l'Espagne et le Portugal ; elle gagne maintenant l'Italie qui est désormais aussi attaquée par la spéculation sur sa dette publique. Pour mémoire, la crise de la dette concernait initialement l'Irlande, mais bizarrement, on en entend plus parler, comme si, comme je le soupçonnais il y a longtemps, ce n'était pas tant les états les plus endettés qui étaient visés par cette crise, mais les états du Sud de l'Europe, considérés comme les moins sûrs, les plus fragiles, les plus dépensiers, les moins fiables. Et parmi ces états moins fiables, il y a également la France, moitié latine, moitié nordiste ...

La France elle-même est déjà touchée. L'euro semble avoir fini de nous protéger, mais personne ne l'évoque bizarrement ... Une mesure de l'impact de l'euro, une mesure pour la mise en oeuvre de l'euro, une mesure de son intérêt, reposait sur l'écart d'intérêt sur la dette publique française et allemande. Jusqu'à présent, l'écart d'intérêt, appelé 'spread de taux', était de quelques points ... Il atteint désormais près de 70 points de base : 2,694% pour le Bund allemand à 10 ans contre 3,368% pour l'OAT française ... Et signe que l'euro ne nous protège plus : le Gilt britannique s'inscrit à 3,076%, soit 30 points de base en dessous des taux français ...

//www.boursorama.com/infos/actualites/detail_actu_marches.phtml?num=b8b50111352c1c66e8b2d93906bac7ae

//www.boursorama.com/international/detail_actu_intern.phtml?num=560b54e5d0457d554d8be102682acb3f


L'euro pourra-t-il résister à cette crise de la dette qui pourrait s'étendre au cours des prochaines semaines ou prochains mois à plusieurs autres états méditérannéens de la zone euro ? Il n'y a pas de réponse simple à cette question lanscinante. Alors que la France a tout intérêt à défendre la préservation de la zone euro, puisqu'elle sera l'une des prochaines victimes de la spéculation financière, il n'en va pas de même de l'Allemagne qui ne sera jamais attaquée par la spéculation, en partie parce que ses finances publiques sont saines. Mais son commerce extérieur pâtirait cependant d'une disparition de l'euro.

 

La crise grecque risque d'empoisonner durablement le climat financier, même si une solution à court terme, pour quelques mois, est trouvé au cours des prochains jours, lors du sommet européen de cette fin de semaine. Toute solution durable du problème pour l'ensemble de la zone euro ne pourra passer que par l'émission de dettes européennes, financées par des recettes fiscales pan-européennes. Mais elle imposera aussi des finances publiques proches de l'équilibre pour les états y recourant, puisqu'il sera difficile d'autoriser un état de la zone euro à vivre durablement à crédit aux dépens des autres ... et donc des sacrifices douloureux pour les peuples grec, portugais, espagnol ou italien ... Cette solution est notamment défendu par les socialistes européens ...

//www.boursorama.com/infos/actualites/detail_actu_marches.phtml?num=dceb06fc7110414e49ac1186e8fdc3c3

 

Mais comme l'exemple grec ou portugais nous le rappelle, les mesures d'austérité ont un effet récessif extrêmement important, un principe de cercle vicieux, qui aggrave le ralentissement économique et la dégradation des finances publiques par diminution des recettes fiscales. L'euro résistera-t-il à cette crise ? Je ne suis plus aussi optimiste que autrefois sur nos chances !


Saucratès
 

Mes autres écrits sur la crise financière :
1.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1985888-de_la_crise_financiere__1_.html
2.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1985907-de_la_crise_financiere__2_.html
3.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1986317-de_la_crise_financiere__3_.html
4.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1988042-de_la_crise_financiere__4_.html
5.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1988064-de_la_crise_financiere__5_.html
6.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1988067-de_la_crise_financiere__6_.html

7.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1991164-de_la_crise_financiere__7_.html

8.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1991178-de_la_crise_financiere__8_.html

9.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1992408-de_la_crise_financiere__9_.html

10.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1992422-de_la_crise_financiere__10_.html

11.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1992436-de_la_crise_financiere__11_.html

12.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1992440-de_la_crise_financiere__12_.html
13.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1992951-de_la_crise_financiere__13_.html

14.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1992974-de_la_crise_financiere__14_.html


17/07/2011
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