Critiques de notre temps

Critiques de notre temps

Morale et politique


Homosexualité, parentalité et religion

 
Réflexion cinq (19 juin 2013)
Le Hollandisme, les défaites électorales du Parti socialiste et l'homosexualité


Il y a pratiquement six mois que je n'ai plus rien écrit sur ce blog. Six mois au cours desquels un certain nombre d'évènements politiques se sont produit en France. 

 

Il y a d'abord eu tous les débats portant sur le mariage des homosexuels, appelé imparfaitement le mariage pour tous. Pour tous ? En se limitant aux seuls êtres humains, majeurs ... Cette affaire m'a profondément heurté. Je ne peux pas me retrouver dans cette décision politique, qui entre en opposition avec mes croyances religieuses profondes ; le fait que le terme d'union ne peut concerner selon moi que l'union d'un homme et d'une femme. Le fait aussi que je ne considère pas l'homosexualité comme une forme 'normale' de sexualité, mais comme une aberration, en liaison avec des déséquilibres psychologiques ou affectifs dans le développement psychique des personnes concernées. Peu importe que je considère que l'homosexualité s'explique par une relation dégradée avec l'image du père ou de la mère, une mère envahissante/violente/poison/assassine ou un père absent/envahissant/violent ... Les défendeurs du mariage homosexuel et de l'homosexualité peuvent évidemment estimer/considérer  que l'homosexualité est parfaitement normale ; je la considère comme pathologique, non pas comme une perversion ou une maladie, mais simplement comme un déséquilibre du développement psychologique et affectif normal de l'enfant, de l'adolescent ou du jeune adulte.

 

Et pour les personnes qui comme moi ont cette image de l'homosexualité, il est évident que la naissance et l'éducation de jeunes enfants dans un modèle de famille homosexuelle ne peut qu'être considéré comme dangereux pour le développement affectif et psychologique de ces enfants, que nous ayons raison ou tord. Mais je comprends parfaitement que ma position puisse choquer, être considérée comme rétrograde ou infamante.

 

Un article du Monde de ces derniers jours faisait apparaître un recul de l'acceptation de l'homosexualité en France depuis ces débats sur le mariage homosexuel. Moi le premier, je ne regarde plus l'homosexualité de la même manière que je la regardais avant cette affaire. L'homosexualité n'est plus à mes yeux une simple différence d'inclinaison sexuelle ; elle est devenue un danger social, une forme de contestation de ma propre inclinaison sexuelle, une violation de mes croyances, de mes convictions morales et religieuses, que je ne peux plus accepter.

//www.lemonde.fr/societe/article/2013/06/06/l-homosexualite-est-aujourd-hui-moins-acceptee-qu-en-2007-en-france_3424577_3224.html

 

Ce qui me semble extrêmement dangereux, ce sont les suites de cette décision législative reconnaissant le droit au mariage pour les homosexuels/homosexuelles. Il y a bien sûr le droit de recourir à des méthodes d'insémination artificielle, pour suppléer à l'impossibilité biologique qu'ont deux hommes ou deux femmes de procréer ensemble. Mais il y a aussi et surtout le risque juridique de voir l'Eglise catholique être contrainte de devoir reconnaître la possibilité pour deux hommes ou deux femmes de se marier religieusement. Je sais pertinemment que l'Eglise sera attaquée pénalement dans quelques semaines, mois ou années, par un couple homosexuel par que l'Eglise aura refusé de bénir leur union. Et face à l'aberration de la justice en France, il arrivera un jour que l'Eglise sera condamnée pour discrimination parce qu'elle aura refusée de bénir des homosexuels/homosexuelles souhaitant être mariés/mariées religieusement ... parce que ces gens sont des extrêmistes pour la reconnaissance de leur droit à l'homosexualité.

 

Ils ne s'arrêteront en fait que lorsque l'hétérosexualité sera condamnée en France, et que seule l'homosexualité sera autorisée !

 

Mon impression plus large sur cette affaire, sur l'année qui vient de s'écouler depuis l'élection présidentielle, c'est que François Hollande et le parti socialiste ont déclaré la guerre aux personnes qui se reconnaissent dans les valeurs religieuses du catholicisme. On ne peut plus se reconnaître à la fois dans le socialisme français et dans le catholicisme.

 

Et c'est plus largement dans le cadre de cette analyse qu'il faut appréhender les multiples défaites électorales qu'ont subi les socialistes en France depuis un an. Le Parti socialiste va durablement pâtir de la présidence de François Hollande et de son équipe gouvernementale. Comme de nombreux catholiques, même pas forcément pratiquants, je ne voterais plus jamais socialiste, quoiqu'il m'en coûte. C'est un divorce de fond qui va séparer le Parti socialiste, François Hollande, et les électeurs catholiques. Libre à certains de vouloir croire qu'il ne s'agit que d'un désenchantement passager, le contre-coup d'une affaire Cahuzac qui sera oubliée dans quelques mois. Pour moi, il s'agit d'une rupture beaucoup plus forte, d'un aveuglement auquel il a été violemment mis fin, d'un mensonge qui est enfin mis en pleine lumière. Le socialisme n'a aucune considération pour les valeurs religieuses catholiques, aucun respect des différences d'opinion religieuse. Les socialistes et François Hollande respectent parfaitement les différences d'inclinaison sexuelle, de couleur de peau, mais absolument pas les différences d'opinions religieuses, qui n'ont pas le droit selon eux de citer, d'exister.

 

L'enjeu actuel concerne la récupération de ces suffrages en déshérence. Soit ces suffrages seront récupérés par un centre reconstruit, régénéré ... Soit notre pays basculera vers l'extrême droite, qui est remarquablement dirigée par une dirigeante qui a su gommer toutes les traces infâmantes des sorties verbales de son père. 

 

 

Réflexion quatre (5 décembre 2012)
Le gouvernement, ses projets et sa guerre contre l'Eglise


Le dernier épisode de la guerre menée par le gouvernement socialiste contre l'Eglise catholique concerne le problème de l'accueil des sans-abris. Nous sommes aujourd'hui représentés par des hommes ou des femmes politiques dont les petites haines recuites et les sentiments anti-catholiques influent sur les positions publiques et médiatiques. Quel besoin avait la ministre du logement d'exprimer l'opinion suivante : «je ne comprendrais pas que l'Eglise ne partage pas nos objectifs de solidarité». Comme si l'Eglise n'avait pas été de tout temps, depuis les plus sombres heures du Moyen-Âge jusqu'à aujourd'hui, en passant par les sombres années d'occupation, en première ligne dans toutes les actions de solidarité menées au sein de la Cité. Cette phrase est inutilement vexatoire et ne sert qu'à faire transpirer une incompréhension grandissante entre les croyants catholiques et un gouvernement dont l'intégrisme laïque commence à poser problème.

 

Comme si ce gouvernement voulait dégoûter à jamais les français de voter à gauche !

 

Quelles raisons à ce besoin de heurter les sensibilités religieuses, que l'on trouve déjà dans cette histoire de négation des sexes et de mise en avant du mariage pour les homosexuels ? Quelques articles intéressants du Monde sur ces sujets :

//www.lemonde.fr/politique/article/2012/12/04/logement-les-chiffres-derriere-la-polemique_1799641_823448.html

//www.lemonde.fr/idees/article/2012/12/04/intolerable-intolerance-sexuelle-de-l-eglise_1799493_3232.html

//www.lemonde.fr/idees/article/2012/12/04/non-a-un-monde-sans-sexes_1799504_3232.html

//www.lemonde.fr/education/article/2012/12/04/sos-homophobie-se-voit-retirer-son-agrement-dans-les-ecoles_1799815_1473685.html

 

Je ne suis évidemment pas d'accord avec chacun de ces articles, notamment sur celui qui parle d'une intolérable intolérance sexuelle de l'Eglise. Mais il fait parfaitement contrepoids voire vaut démonstration de cet autre article des psychologues Monette Vacquin et Jean-Pierre Winter s'opposant à un monde sans sexe, qui parle de «revendication d'une minorité d'activistes qui savent parler le langage que l'on désire entendre aujourd'hui : celui de l'égalitarisme idéologique, synonyme de dédifférenciation. Et manier efficacement le chantage à l'homophobie qui empêche de penser». Le premier article dont j'ai parlé n'exprime au fond que cette seule idée ; l'Eglise s'oppose au mariage des gays et lesbiennes parce qu'elle est homophobe.

 

L'article des psychologues Monette Vacquin et Jean-Pierre Winter développe un certain nombre d'idées intéressantes, notamment lorsqu'elle parle du politiquement correct. Avec le mariage pour tous, nous sommes face à l'extrêmisme du politiquement correct, et toute personne qui est contre cette aberration est sommée d'argumenter pour justifier son point de vue et elle est immédiatement soupçonnée/considérée comme homophobe.

 

«Ce déni de la différence, une femme est un homme, Freud le nommait déni de la castration. Cela signifie, dans le jargon psychanalytique, que la castration n'existe pas, il suffit que je la nie mentalement pour que son existence réelle soit réfutée. Quand un licenciement devient plan social, on est mal à l'aise. Quand un ballon devient référent rebondissant, on se demande si on rêve. Quand le mariage devient une discrimination légale contre les citoyens fondée sur leur orientation sexuelle, on commence à avoir peur. Politiquement correct : le discours doit être poli, sans aucun tranchant. Le polissage de la forme, objet d'une surveillance idéologique pointilleuse, masque le terrorisme qu'elle fait régner et conduit à une éthique de la haine et de la confusion, au nom du bien débarrassé de toute négativité...».

 

Ce gouvernement n'a pas le droit de gommer les différences de genre (sexe) dans sa volonté de légitimiser les amours homosexuels. Est-ce être homophobe que d'être heurté par le fait d'appeler 'amour' les relations homosexuelles, que de penser que le seul amour véritable puisse exister entre un homme et une femme ? Est-ce être homophobe que d'être heurté par l'idéologie véhiculée par une association comme SOS Homophobie, qui intervenant en milieu scolaire, explique par exemple que «les représentants des religions interviennent souvent publiquement pour s'opposer aux avancées en matière de droit des homosexuels» ? Imaginer que les militants de cette association aient pu s'approcher de nos enfants pour les gagner à leurs arguments malsains et à leurs sophismes, avec la bénédiction du ministère de l'éducation nationale, me pose un problème existentiel.

 

Comme le tribunal administratif de Paris l'a indiqué dans son jugement, «les scénarios intitulés 'le proviseur homophobe' ou 'la mère homophobe', bâtis à partir de témoignages et destinés à faire réfléchir les élèves, sont à ce point insuffisamment nuancés qu'ils portent atteinte au principe de neutralité qui s'impose aux associations qui interviennent dans l'enseignement public».

 

Il reste désormais un sentiment anti-catholique rampant dans le gouvernement socialiste français, et une volonté de s'attaquer aux 'riches' (ou ceux considérés comme riches touchant plus de 4.000 euros par mois) et aux catholiques. Je pronostique que ce gouvernement va prochainement s'attaquer une nouvelle fois à l'enseignement privé, pour tenter de faire disparaître ses spécificités, tout ce qui le rend différent, préférable à l'enseignement public, dans une volonté maladive de détruire tout ce qui permet à une fraction des classes moyennes de s'arracher à la haine et à la violence de la masse.

 

Il reste des hommes et femmes politiques confrontées à l'impuissance de la chose publique, à l'étau des contraintes budgétaires, à un état bloqué où le fonctionnariat est vécu à l'opposé d'un travail pour la collectivité, un état incapable d'aucune action publique effective, et auquel il ne reste plus que l'arme de confiscation, de l'invective et du jugement de valeur pour pouvoir agir. A défaut de pouvoir agir réellement en faveur de l'habitat et des sans-abris, il ne restait pour la ministre du logement qu'à s'attaquer aux ennemis naturels du gouvernement socialiste : les riches, les banques, les grandes entreprises et l'Eglise catholique, sans aucunement tenir compte de l'action concrète de l'Eglise et des congrégations religieuses en faveur des sans-abris, des mal-logés, des exclus de la société !

 

 

Réflexion trois (14 novembre 2012)
L'homosexualité dans le monde


A l'heure où se pose la question de l'autorisation du mariage des homosexuels en France, un article du Monde vient rappeler que «l'homosexualité est réprimée dans de nombreux pays dans le monde. (...) 84 Etats (ou parties d'Etat) font de l'homosexualité un crime ou un délit. Certains de ces pays condamnent l'homosexualité, tandis que d'autres condamnent uniquement l'homosexualité masculine ou encore uniquement la sodomie, quel que soit le sexe».

//www.lemonde.fr/societe/visuel/2012/11/13/homosexualite-un-crime-dans-de-nombreux-pays-d-afrique-et-du-moyen-orient_1789748_3224.html

 

Intéressant de rappeler cela alors que certains partisans des droits des homosexuels considèrent toute contestation du mariage homosexuel comme un signe d'homophobie.

 

Cet article interactif permet ainsi de rappeler les peines prévues dans un certain nombre de pays, avec un certain nombre de surprises dans quelques cas.

- ainsi, l'Arabie Saoudite prévoit la peine capitale par lapidation pour les hommes mariés homosexuels, et seulement (!) 100 coups de fouet pour les célibataires. Elle prévoit aussi la peine capitale pour tout non-musulman pratiquant la sodomie avec un musulman.

- en Iran, l'homosexualité est passible de la peine capitale en cas de consentement mutuel, de 74 coups de fouet pour une personne non mature, de 100 coups de fouet s'il n'y a pas de pénétration,, et de 60 coups de fouet en cas de baiser entre hommes.

- au Yémen, les peines sont proches de celles prononcées en Arabie Saoudite : lapidation pour les hommes mariés, flagellation pour les hommes célibataires.

 

Ces peines ne me surprennent pas ; elles sont parfaitement en phase avec les lois extrêmement éclairées et justes de ces divers pays et avec le sort qui y est réservé aux femmes ainsi qu'aux minorités religieuses, ainsi qu'à l'application éclairée et clémente de la si douce et tolérante religion musulmane. Adorable religion qui pour mémoire punit également de mort la renonciation à la religion musulmane (apostasie) : «ceux qui ouvrent délibérément leur cœur à l’infidélité, ceux-là ont sur eux une colère de Dieu et ils ont un châtiment terrible» .

 

On retrouve aussi dans ce groupe d'états 'tolérants' le Soudan, la Somalie, le Nigéria, mais également le Kenya, la Tanzanie, l'Ouganda, la Zambie, le Malawi, ou à l'autre bout de la Terre, la Malaisie ou la Papouasie-Nouvelle Guinée (les peines prononcées vont de la lapidation à des peines de prison, à vie ou pour 14 ans).

 

D'autres législations très contraignantes me surprennent, telles par exemple celles de l'Île Maurice (5 ans de prison), des Seychelles (14 ans de prison), le Sénégal (1 à 5 ans de prison et jusqu'à 1,5 million de francs CFA d'amende) ou le Maroc et la Tunisie (3 ans de prison). Gageons que les touristes homosexuels qui s'y aventurent ignorent les peines qui pourraient être prononcées à leur encontre.

 

 

Réflexion deux (7 novembre 2012)
Passage en force gouvernemental - La place du religieux en politique


Le mariage homosexuel me semble mériter l'ouverture d'un véritable débat de société ... ce que ne respecte ce gouvernement socialiste qui entend faire passer de force ce projet de loi de généralisation du mariage aux couples homosexuels, et qui impliquera une réforme importante de la filiation et des appellations administratives en France.

//www.lemonde.fr/societe/article/2012/11/07/mariage-pour-tous-le-gouvernement-devoile-son-projet-au-milieu-des-polemiques_1786909_3224.html

//www.lemonde.fr/societe/article/2012/11/07/bertinotti-pas-de-parent-a-dans-le-livret-de-famille_1786017_3224.html

 

Se réfugier comme le font certains politiques socialistes derrière quelques sondages qui expliquent qu'une majorité de français (en fait une majorité de sondés d'un échantillon de 1.371 personnes, jugé représentatif) nous replace une nouvelle fois dans une démocratie d'opinions, une démocratie de sondage, alors que l'on sait que ces sondages n'ont pratiquement aucune valeur (si ce n'est la valeur de la déontologie de la société qui les réalise), et que les résultats d'un éventuel référendum sur un tel sujet verrait se cristalliser les différences d'opinions ...

 

La France suivrait les traces de quelques pays avant-gardistes sur ce sujet en légalisant les mariages homosexuels, comme en Espagne, en Belgique, au Canada ou dans quelques états états-uniens ? La belle affaire ! Mais on perd de vue l'essentiel ! Comment peut-on déclarer mari et femme deux hommes ou deux femmes ensemble, sans dénaturer ce qui fait justement la solennité de la cérémonie du mariage, de cet engagement pour tous ceux qui ne sont pas homosexuels !

 

François Hollande présente ce texte comme «un progrès pas seulement pour quelques-uns mais pour toute la société» selon la porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem. Celui-ci souhaite que le débat «soit maîtrisé et respectueux des opinions comme des croyances en laissant la place à une large concertation». Mais j'aimerais comprendre de quelle manière ce texte peut constituer un progrès et non une régression pour les couples hétérosexuels. Et que l'on me démontre pourquoi le fait de mettre sur un même plan des relations pédérastes, sodomites ou lesbiennes avec des relations sexuelles entre un homme et une femme ne peut pas être considéré comme déstabilisant. Les inclinaisons sexuelles peuvent être libres sans devoir obligatoirement être valorisées sur un même plan. On doit pouvoir les accepter, les tolérer, sans cesser parallèlement de les considérer comme des pratiques déviantes, choquantes, que l'on ne peut aucunement souhaiter pour ceux que l'on aime.

//www.lemonde.fr/societe/article/2012/11/07/homoparentalite-aucune-etude-n-a-pu-demontrer-un-risque_1787295_3224.html

 

Il y a un autre sujet qui m'interpelle dans la position gouvernementale sur cette affaire du mariage homosexuel. C'est par exemple celle de David Assouline, porte-parole du Parti socialiste, qui juge «que l'Eglise n'était pas vraiment dans son rôle en s'opposant à une mesure qui concerne le mariage civil dans la République laïque». Il y a aussi la position du sociologue Jean Baubérot, spécialiste de la laïcité, qui fait valoir que «toutes les convictions, incluant les religions, ont le droit à la libre expression, mais qu'aucune ne prévaut face au suffrage universel».

 

Ces interventions interpellent en remettant en perspective la notion de la place de la religion catholique au sein de la république française. Selon le parti socialiste, l'Eglise catholique, par la voix de ses évêques et de ses archevêques, n'aurait pas à intervenir dans le débat public français sur une question de valeur morale fondamentale : le mariage ! Alors que je continue de rappeler que le mariage civil étatique n'est qu'une transposition du mariage religieux chrétien, que l'état français a récupéré pour prendre le contrôle de la société française à la fin du Moyen-âge, pour restaurer la place de l'Etat pour ne pas laisser à l'Eglise chrétienne le contrôle administratif des corps !

 

Plus largement, cette histoire montre les limites d'une laïcité comprise comme la négation des valeurs religieuses. C'est la place de la religion dans la république qui est ici interpelée, mis en lumière. Nous sommes sensés vivre dans une république laïque, sans lien avec de quelconques valeurs religieuses, surtout pas chrétiennes ; cette république laïque est censée tenir à égale distance toutes les religions, d'où qu'elles soient, quelque soit leur histoire et leur rapport à la France ... Et en même temps, près de 80% des français ont été élevés avec des préceptes moraux et philosophiques issus/tirés de la religion catholique/chrétienne et dans lesquels ils se reconnaissent plus ou moins, même si cela peut parfois entrer en contradiction avec leur inclinaison sexuelle par exemple.

//www.lemonde.fr/societe/article/2012/11/03/homos-et-cathos-comment-ils-vivent-le-paradoxe_1785184_3224.html

 

En même temps, la république s'interroge sur les violences ethniques et sociales de groupes marginaux au sein des cités françaises, et la société attend que les citoyens respectent un ensemble de préceptes de citoyenneté dont l'essentiel relève des principes moraux et religieux chrétiens. C'est la place de Dieu et de la morale chrétienne dans la société qui est niée/interpelée. En violant de la sorte les croyances religieuses dans toute une fraction de la population française, le parti socialiste prend le risque de rappeler à l'ensemble du corps électoral que la place du religieux ne peut être oubliée en politique et que seuls les partis politiques de centre-droit peuvent la prendre en compte. Le parti socialiste va se couper de toute une frange de son électorat, et ressusciter un parti centriste moribond ou une UMP en voie d'éclatement. 

 

Quant à parler de l'onction du suffrage universel comme l'avance un supposé spécialiste de la laïcité (un thésard qui a vraisemblablement écrit une bafouille sur le sujet), il faut ramener à sa juste place la sainte onction dont se revendiquent les politiques. Ils ont été élus à la suite d'un président de la république, sur la base de quelques promesses qu'il va peut-être tenir, pour lui servir de majorité. La seule onction démocratique que je reconnaîtrais, qui aurait une valeur démocratique, serait un référendum populaire, comme c'est le cas aux Etats-Unis ou en Suisse. Et il resterait malgré tout à se demander de quelle manière une majorité peut laisser des droits à une minorité.

 

Après plus d'un siècle de laïcité, il me semble que l'on arrive à un point de sans retour. La république française est-elle laïque, sans religion, ou bien son essence morale est-elle avant tout rattachée à la religion catholique, et ne faudrait-il pas revenir sur le concept même de laïcité, pour que l'on reconnaisse que toutes les opinions religieuses ne se valent pas en France, que toutes les lois scélérates ne peuvent pas être promulguées par des politiques athés, que nos valeurs morales et citoyennes sont rattachés aux préceptes chrétiens ? 

 

 

Réflexion une (5 novembre 2012)
Contre le mariage homosexuel


Je ne comprends pas l'intégrisme juridique des partisans de l'homosexualité dans leur lutte pour généraliser le mariage aux couples homosexuels. Les couples gays et lesbiennes (lesbiens ?) ont obtenu en 1999, sous un précédent gouvernement socialiste (Jospin), une reconnaissance de leur union par le biais du Pacs, le pacte civil de solidarité. Le Pacs est également devenu la forme privilégiée d'union entre les jeunes couples hétérosexuels, de préférence au mariage.

 

Je me reconnais par contre parfaitement dans les positions publiques de l'église catholique sur ce sujet, comme par exemple les positions de l'archevèque de Paris, André Vingt-Trois, notamment lorsqu'il déclare que le «changement législatif ouvrant le mariage aux personnes homosexuelles ne serait pas un mariage pour tous mais le mariage de quelques-uns imposé à tous».

//www.lavie.fr/religion/andre-vingt-trois-le-mariage-de-quelques-uns-impose-a-tous-03-11-2012-32882_10.php

//religion.blog.lemonde.fr/2012/11/03/mariage-pour-tous-a-lourdes-mgr-vingt-trois-denonce-une-supercherie-et-les-lobbies/

 

Il est trop simple d'accuser les personnes opposées à la généralisation du mariage aux couples homosexuels d'être homophobes ou d'avoir une vision archaïque du mariage. Nous nous trouvons devant un problème d'ordre éthique concernant l'imposition d'un choix individuel de vie aux autres. Après la reconnaissance du mariage homosexuel et de la liberté d'adopter, quel sera la prochaine revendication des intégristes homosexuels ? Le droit d'enfanter librement ? Mais cela est un choix divin (ou de la Nature) d'interdire à deux personnes de même sexe de se reproduire librement ! Ou bien iront-ils ensuite jusqu'à faire interdire juridiquement les mariages et les unions hétérosexuels ?

 

Toute personne qui s'oppose à la généralisation du mariage aux homosexuels semble devoir se défendre d'être homophobe. Pour ma part, je ne m'estime pas homophobe, même si l'affichage public d'une liaison homosexuelle, dans la rue ou à la télévision (comme dans Plus belle la vie par exemple) me gêne profondément, alors que je trouve attendrissante une liaison hétérosexuelle ... Je n'ai pas non plus d'amis homosexuels, pour ce que j'en sais, mais il me semble que cela relève d'un choix de vie personnel. J'ai vraisemblablement été marqué par le rejet de l'homosexualité, de la différence tout simplement, observé dans mes années de collégien et de lycéen, où l'insulte suprême était d'être accusé d'avoir un comportement ou une apparence de pédé.

 

Je ne m'estime pas homophobe, donc, mais je considère l'homosexualité comme un dérèglement psychique, le résultat d'une souffrance psychique, une relation ratée à ses parents et notamment à la figure de la mère. Je ne pense pas ainsi que l'homosexualité soit naturelle (même si de nombreux animaux sont indistinctement homosexuels ou hétérosexuels et que l'homosexualité entre mâles semble relever chez de nombreuses espèces du processus de domination, comme chez les primates ou les félins). Mais ce n'est pas non plus une déviation sexuelle ou morale, juste un biais observé dans nos jeunes années et qui nous conduit à avoir une orientation sexuelle déséquilibrée. Peut-on parler d'orientation sexuelle librement consentie par certains, sans traumatismes antérieurs, et de relation d'amour ? Cela me paraît difficile à imaginer. D'où la souffrance des parents de jeunes homosexuels/homosexuelles, pères ou mères, qui peuvent culpabiliser, s'estimer responsables de l'orientation sexuelle de leurs enfants. 

 

Ainsi, l'homosexualité n'est selon moi, ni un choix de vie personnel autonome, ni à l'inverse une perversion ou une maladie ... mais un déséquilibre dans la construction personnelle psychique de la personne, et la réponse que ces personnes en donneront, l'équilibre que ces personnes trouveront en réponse. C'est peut-être une vision excessivement psychanalytique ou psychologique, et je ne me persuade pas que j'ai forcément raison.

 

En même temps, l'histoire étant pleine de génies, d'héros et d'écrivains homosexuels, défendre une telle position implique de considérer que ce genre de traumatismes, de relations à problème avec les figures paternelle et maternelle, du père et de la mère, est extrêmement courant et constitue une sorte de norme pour l'humanité !

 

Comme de nombreux évèques catholiques, je considère que la norme doit rester de fonder une famille, d'élever des enfants dans un couple hétérosexuel, entre une présence paternelle (sécurisante) et une présence maternelle (sécurisante et aimante). Evidemment, on peut estimer cette image passéiste et archaïque, mais en est-on sûr ? L'enfant ne doit-il pas passer par des phases, par un complexe d'Oedipe qu'il doit dépasser. Peut-on envisager un enfant essayant de s'immiscer dans la relation entre deux hommes (ou deux femmes) ... Et quelles en seront les conséquences en terme de construction psychique pour ces enfants de couples homosexuels ?

 

Et je considère que la voix de l'Eglise et de ses représentants doit être entendue parce que le mariage, avant d'être une institution civile, a d'abord été une institution religieuse catholique, et que l'Etat n'a repris la comptabilisation des mariages, après le Moyen-Age obscur, que dans un but de reconstruction étatique, pour contester aux Eglises le contrôle des populations, pour reprendre les thèses de Michel Foucault (accessoirement également notoirement homosexuel). La sanctification de l'union de deux êtres par une cérémonie religieuse est une constante catholique (même si une telle union préexistait sûrement aux religions catholiques et juives), et le catholiscisme me semble tout à fait fondé à contester une généralisation problématique et contraire à son objet de l'institution du mariage.



Saucratès


07/11/2012
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Morale et politique (5)

 

Réflexion quarante-six (9 janvier 2013)
Actes de repentance et actes de contrition à répétition du gouvernement français


Le dernier acte de reconnaissance et de repentance du président de la république française visant la répression sanglante d'une manifestation d'indépendantistes algériens le 17 octobre 1961 soulève une nouvelle fois la question de l'usage de ces actes de contrition.

//www.lepoint.fr/societe/17-octobre-1961-hollande-reconnait-une-repression-sanglante-17-10-2012-1517948_23.php

//www.lefigaro.fr/flash-actu/2012/10/17/97001-20121017FILWWW00573-hollande-reconnait-la-repression-sanglante-d-octobre-1961.php

//www.bvoltaire.fr/benoitrayski/hollande-bagatelle-pour-un-massacre,2110

 

La France devra-t-elle s'excuser indéfiniment pour tous les actes problématiques dont son histoire est le réceptacle ? Tous les états ne se sont-ils pas constitués sur des guerres, des massacres, des morts et des martyres, et l'histoire humaine elle-même n'es-elle pas pratiquement que scènes de guerre, de viols, de vols, de tortures et de massacres ? 

 

De quoi devrons-nous, nous français, encore nous excuser ? Si notre président commence à s'excuser de la répression (même sanglante) par la police parisienne d'une manifestation de quelques dizaines (ou quelques centaines) d'indépendantistes algériens en octobre 1961, ne va-t-on pas devoir s'excuser sur des centaines ou des milliers d'autres évènements proches survenus ? Comme le site Boulevard Voltaire le rappelle, quelques mois plus tard, en mars 1962, il y eut lieu un autre massacre, cette fois de neuf communistes français, tués par la même police sous les ordres du même préfet de police (Maurice Papon). Mais il y eut aussi le meurtre de Malik Oussekine par cette même police parisienne en décembre 1986, dans le cadre des manifestations estudiantines contre le projet de loi du secrétaire d'état Alain Devaquet, ainsi que la repression violente des manifestants sur la place des Invalides, qui fera deux blessés grièvement atteints.

 

A combien d'autres milliers d'actes de contrition et de repentance ne devront pas se plier nos dirigeants (sans parler des dirigeants des autres pays européens) si on s'engage dans cette voie ? Je rejoins les hommes politiques de droite qui s'alarment de cet exemple aberrant.

 

Et à quelle période de temps s'intéresse-t-on ? Faut-il se repentir des évènements survenus pendant la Révolution française, pendant les croisades, à l'époque gallo-romaine, lors de l'invasion gauloise, à l'époque de la préhistoire ? Qui décide de la période de repentance ? Faut-il par exemple se repentir vis-à-vis des templiers, pour les actes du roi Philippe Le Bel ? Ou pour les massacres d'ouvriers dans les mines de charbon à la fin du dix-neuvième siècle, lorsque les ouvriers se battaient pour la reconnaissance du droit syndical ?

 

La commémoration par le prédécesseur de François Hollande, le président Jacques Chirac, de la rafle du vélodrome d'hiver, en juillet 1942, et la repentance qu'il avait exprimé au nom de la France pour les actes de la police française qui avait organisé cette raffle des juifs pour les envoyer vers l'extermination vers les camps de la mort ne me semble absolument pas avoir la même absence d'importance. Les actes perpétrés par la police de l'Etat pétainiste français méritaient effectivement une repentance, car c'était la France qui avait livré ces citoyens, qui avait collaboré avec l'envahisseur nazi allemand ... Se repentir de ces actions innommables en cessant de se réfugier derrière l'excuse commode que ce n'était pas la république française qui était coupable mais l'aberration de l'Etat français était quelque chose de suffisamment marquant, de suffisamment important pour que cet acte de repentance soit un évènement marquant ! Derrière la raffle du Veld'Hiv, c'est l'ensemble du comportement de la France pendant les années d'occupation qui était concerné, c'est la remise en cause du voile pudique jeté sur ces évènements et sur ces années d'horreur qui était en jeu !

//tempsreel.nouvelobs.com/politique/20120722.OBS7918/commemoration-des-70-ans-de-la-rafle-du-vel-d-hiv.html

 

Il n'y a rien de comparable dans les évènements d'octobre 1961. La France était un état colonial, plongé dans une guerre d'indépendance avec une de ses colonies. Evidemment, la France, ses soldats et sa police firent des choses peu reluisantes pendant ces années-là, pendant toute la période de colonisation d'ailleurs. Mais si on commence à se repentir de tels ou tels épisodes de notre histoire, autant se préparer à passer des années à expier les innombrables massacres et répressions auxquels nous avons participé ... Il y en a des centaines. Et tous les états devraient également faire de même. Rappelons-nous de la mise à mort sur le bûcher de Jeanne d'Arc par les anglais ... etc ... 

 

Tout cela n'a aucun sens. La république française doit demeurer fière de son histoire, de ses grandes dates et de ses évènements sombres. On doit arrêter d'avoir honte d'être français, et on ne peut pas vouloir avoir un devenir commun si on nourrit la haine de ceux qui sont différents, par le rappel de tous les petits évènements qui font notre histoire !

 

 

Réflexion quarante-cinq (5 août 2012)
Pour en finir avec la désobéissance - Le problème des valeurs et des normes - Et les valeurs de la Droite ...


Sur le concept de désobéissance civile, pour rappel, je contestais l'idée qu'un simple citoyen puisse s'estimer supérieur à ceux, les législateurs, qui avaient voté ces lois. Sur le fond, je reste convaincu qu'un citoyen lambda n'a pas la légitimité morale pour juger celle des lois votées, promulguées, de son Etat. Il faudrait véritablement que ces lois soient absolument contraires à la morale la plus basique, la plus évidente. D'où la nécessité de pouvoir déterminer de manière certaine, incontestable, ce que sont les valeurs, les normes et la morale. En l'absence de telles définitions, tout citoyen pourrait sinon estimer que telle ou telle ou telle loi est contraire à telle ou telle idée qu'il se fait de la morale !

 

Cette approche ignorait cependant un élément d'analyse. La majeure partie des normes légales édictées par les états ne sont pas votées par des législateurs ; elles sont édictées par de simples fonctionnaires ou personnels politiques, proches d'hommes politiques ou de groupes de pression, qui n'ont pas plus de légitimité que de simples citoyens lambda pour décider des lois. Et pourtant, les normes réglementaires qui émanent d'eux nous assaillent en permanence. Ces règles à la légitimité floue pose ainsi effectivement problème, dès lors qu'elles imposeraient des actes tendancieux, posant problème, contraires aux valeurs personnelles d'un individu. D'où une nécessité de définir non seulement ce que l'on entend par valeurs, normes et morale, mais également par le concept de légitimité. D'une certaine manière, il nous faut définir ce qui nous les rend opposables !

 

Il y a quelques jours, Le Monde avait sorti un article intéressant sur les valeurs de l'UMP. On y parlait de valeurs, même si au fond il y était essentiellement question de doctrine de gouvernement.

//www.lemonde.fr/culture/article/2012/07/26/la-droite-repete-nos-valeurs-nos-valeurs-mais-lesquelles_1738800_3246.html

 

Selon l'historien Michel Winock, «la première vocation de la droite est la défense de l'autorité de l'Etat, sur le plan intérieur (l'ordre, la sécurité...) autant qu'extérieur (défense, diplomatie...). La deuxième vocation est l'affirmation de l'impératif de la production, avant la consommation et l'égalité sociale. La troisième, enfin, est un certain conservatisme des moeurs où se retrouve la trace de l'influence catholique ; à cet égard, ce n'est pas un hasard si la question du mariage homosexuel et de l'homoparentalité est un vrai point de divergence avec la gauche».

 

«Malgré les efforts ou les ruses de Marine Le Pen, son parti reste encore marqué historiquement par l'héritage du père, dont les idées néopétainistes, antidémocratiques, xénophobes, antisémites, antigaullistes sont un repoussoir pour beaucoup. Les convictions affirmées du FN contre l'euro et contre l'Europe, pour la fermeture des frontières et le protectionnisme ne peuvent faciliter davantage le rapprochement. On peut deviner que celui-ci, s'il a lieu, sera plus feutré qu'éclatant, sur la base d'accords électoraux plus que sur celle d'un programme commun de gouvernement».

 

Il apparait ainsi que l'étalage, l'usage permanent par les hommes politiques de droite, du terme 'valeurs' ne servirait en fait qu'à masquer un désert idéologique, et ne constituerait qu'une simple posture électoraliste pour laisser croire que la Droite dispose d'une sorte de monopole du coeur, des valeurs, comme si la Gauche n'en avait pas.

 

On en revient ainsi une nouvelle fois au même problème : qu'entend-t-on par valeurs, par normes, par morale ?

 

Pour citer Ruwen Ogien et Christine Tappolet («Les concepts de l'Ethique»), livre que je suis en train de lire : «Examinons le discours moral ou pratique de plus près, il s'empressera probablement de proposer une de ces classifications souvent sommaires qui sont supposées mettre un peu de clarté dans des choses confuses. Il séparera sans doute les jugements portant sur ce qui est bien ou mal, ou plus spécifiquement sur ce qui est admirable, désirable, courageux ... et ceux qui contiennent les différentes locutions ayant trait à l'interdit, l'obligatoire et le permis.

 

Il appellera les premiers 'évaluatifs' ou encore 'axiologiques' et les seconds 'normatifs' en ce sens spécifique ou, pour éviter les confusions 'déontiques'.» (pages 30-31)

 

Mais je n'ai pas encore trouvé dans ce livre de définition de ce que les auteurs entendent par jugements axiologiques (valeurs) et jugements déontiques (normes) ! Si ce n'est comme corrolaire de cette présentation que les valeurs sont du domaine de l'évaluatif (plus ou moins ceci ou cela) à la différence des normes !

 


Réflexion quarante-quatre (26 juin 2012)
Le problème de la désobéissance en démocratie ...


Cet article ne traitera pas de la légitimité de la désobéissance aux ordres injustes, que je ne mets pas en questionnement. Face à l'absence de justice dans un état de non-droit, dans une dictature, il est normal selon moi de prôner la désobéissance et la résistance armée ; il y a même une obligation de désobéir et de s'insurger !

 

Non, je parlerais simplement de la désobéissance dans nos démocraties occidentales, en me référant à un livre de Sandra Laugier et Albert Ogien, intitulé «Pourquoi désobéir en démocratie». Ce livre s'ouvre sur un certain nombre d'appels publics à la désobéissance civile, émanant soit de personnels des Assedics et de l'ANPE refusant de transmettre les noms des chômeurs étrangers aux préfectures, soit d'enseignants de l'Education nationale refusant de mettre en oeuvre certains outils (Base élèves), appelant à s'opposer aux expulsions d'enfants de sans-papiers, ou à se révolter contre le contrôle social.

 

Ce livre fait plus que m'interpeler ; je rejette totalement son parti pris affiché pour la désobéissance, que l'on retrouve même tout simplement dans son titre. Il s'agit d'un plaidoyer sur la légitimité de la désobéissance, pour mettre en avant la désobéissance, comme si ces personnes étaient de courageux révolutionnaires mettant leur vie en danger pour combattre le mal absolu. Le fait de simples révolutionnaires de pacotille ... Mais il est à craindre que ces courageux drilles se mueront en zélés concierges délateurs à la seconde même où une véritable dictature fascisante s'installera en France ...

 

Donc ce livre me gène, me pose problème, de même que ceux qui s'affichent comme désobéisseurs/désobéissants. Dans la désobéissance sociale ou syndicale, les auteurs expriment ainsi les diverses formes que peuvent prendre la contestation, et expliquent que la séquestration de patrons est une action totalement normale, au même titre que les grèves ou les occupations d'usine.

 

Dans toutes les positions des désobéisseurs/désobéissants, le point qui m'interpelle est la remise en cause de la loi votée. Je peux comme eux être interpelé par la représentativité des élus qui fabriquent les lois, au gouvernement ou à l'Assemblée nationale ! Mais cela ne me conduit pas à remettre en cause la légalité de la loi qui a été votée et promulguée. Je n'ai personnellement pas plus de compétence, de légitimité à écrire et à juger une loi que ceux qui l'ont écrite, votée, promulguée, où qui ont jugé sa conformité à la constitution ou à la jurisprudence. Je n'ai pas plus de compétence que nos politiques ou nos juges pour décider que le fait de priver une personne de sa liberté est normal ou légal, ou au contraire que c'est amoral et illégal. Ce que je reconnais comme unique règle, c'est de ne pas faire à quelqu'un une chose que je n'aimerais pas qui me soit faite ! Le fait que la loi ne fasse pas de différence entre une séquestration de patrons et une séquestration criminelle me semble suffisamment claire quant à sa conséquence morale ; il s'agit dans le deux cas d'un acte criminel.

 

De même, les autres actes de désobéissance pose le même problème de la portée générale des lois. Peut-on décider d'aider tel ou tel enfant ou adulte sans-papier sous prétexte qu'ils nous paraissent bien sous tout rapport, gentils et bien éduqués, pour leur offrir une éducation ? Pourquoi celui-là et pas un autre ? Quelle différence entre tel sans-papier que l'on va défendre et tel autre qui présenterait l'inconvénient d'avoir six femmes et une vingtaine d'enfants, ou d'appartenir à un gang de voleurs ...

 

Le problème de ceux qui se revendiquent désobéisseurs/désobéissants, c'est que leur désobéissance est fonction de la personne qui leur fait face ; tel sans-papier (ou non sans-papiers) agressif, aviné et qui agresserait un salarié de Pôle Emploi serait sans problème dénoncé à la police par le même employé qui serait signataire d'un appel à ne pas transmettre le nom des sans-papiers à la préfecture pour lutter contre le fichage des sans-papiers. De la même manière, l'enseignant refusant le fichage de la population française sera peut-être un grand distributeur d'avertissements et d'observations à ses élèves, pour se faire respecter ou parce qu'il sera de mauvaise humeur.

 

Le principe même de la loi, c'est sa portée générale, le fait qu'elle puisse s'appliquer à tous dans les mêmes conditions, avec les mêmes règles. Les formes tolérées ou légales de la contestation sociale me semblent les seules formes normales utilisables, compatibles avec la loi. Sinon, cela nous conduirait à nous prendre pour une sorte de dieu en décidant de ce que l'on aurait le droit de faire ou de ne pas faire : pourquoi ne pas décider que l'on aurait le droit de voler les uns parce qu'on aurait tel besoin, ou de tuer les autres parce que cela ferait avancer telle autre idée ou chose ? Le problème même de la désobéissance civile me semble de vouloir se substituer au législateur, voire à Dieu, pour définir ce qui est bien ou mal, ce que l'on a le droit de faire ou de ne pas faire !

 

La seule limite à ma présentation, à mon analyse, repose dans l'histoire. Ce qui est aujourd'hui considéré comme une forme normale et légale de contestation dans une société démocratique ne l'a pas toujours été dans les sociétés soi-disantes démocratiques passées. Ainsi, les grèves étaient interdites au dix-neuvième siècle, même sous la seconde ou troisième république (démocratique), et le droit de grève aujourd'hui reconnu n'est que le résultat des combats des grèves illégales de cette période de l'histoire ... De la même manière que les défilés syndicaux des 1er mai sont le résultat des luttes teintées de sang de syndicalistes américains dont certains furent pendus en 1886 pour avoir manifesté un 1er mai dans une soi-disante démocratie !

 

 

Réflexion quarante-trois (12 avril 2012)
Le président mythomane, l'élection présidentielle, les bagarres entre candidats et l'actualité politique ...


Je vais commencer ce petit tour d'horizon de la politique par l'élection présidentielle et les postures de Nicolas Sarkozy. Nous avions déjà eu des présidents de la république sujets aux troubles de mémoire pour ce qui les embêtait, mais jamais nous n'avions eu de président mythomane, et qui simplement pour s'attaquer à l'un de ses principaux adversaires, s'inventait un voyage qui n'avait jamais eu lieu. A moins que Nicolas Sarkozy ne soit pas mythomane mais simplement tellement nul en géographie qu'il ait pu confondre Tokyo et Fukushima ... Et que le simple fait de s'être trouvé à quelques centaines de kilomètres d'une zone irradiée lui ait fait tellement peur qu'il ait pu croire qu'il avait fait le voyage et qu'il avait pris des risques monstrueusement inconsidérés (probablement pour sa future progéniture).

//www.lemonde.fr/election-presidentielle-2012/article/2012/04/11/fukushima-hollande-ironise-sur-le-voyage-imaginaire-de-sarkozy_1683592_1471069.html

Nicolas Sarkozy donne en effet un ton extrêmement agressif et polémique à cette élection présidentielle, dans laquelle il est pour l'instant encore largement distancé dans les sondages ... Même si le premier tour n'est pas encore passé et que les débats du deuxième tour de la présidentielle n'ont pas encore débuté.

 

Est-il concevable de considérer à un moment donné une proposition politique de son adversaire comme absolument nullissime et dangereuse («... c'est exactement le contraire de qu'il faut faire ... plus personne ne louera et plus personne ne construira ... cela n'a marché nulle part même à l'époque de l'Union soviétique ...»), mais quelques semaines plus tard la reprendre à son compte et retourner complètement sa veste ? C'est pourtant ce que Nicolas Sarkozy vient de faire sur le système de l'encadrement des loyers ... On a beau dire qu'il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis !
//www.lemonde.fr/election-presidentielle-2012/article/2012/04/11/encadrement-des-loyers-sarkozy-rejoint-hollande_1684039_1471069.html

 

En même temps, comment être encore surpris de cette nouvelle volte-face de Nicolas Sarkozy, qui a mené pendant les cinq années de son quinquénat une politique fiscale et sociale ultra-favorable au capital et aux très riches, mais qui dans cette campagne électorale, veut se grimmer en un président des pauvres, des français comme les autres, et qui ressort ses oripeaux de la précédente campagne de 2007 sur le «travailler plus pour gagner plus».

 

Dans le reste de l'actualité politique, il y a aussi cette plainte de quelques dizaines de français de la diversité contre les contrôles au faciès de la police française. Deux articles du Monde en traitent, l'un pour dépeindre le ressentiment de certains jeunes 'black' face à l'injustice ressentie face à des contrôles d'identité qu'ils estiment discriminatoires ...
//www.lemonde.fr/societe/article/2012/04/11/controles-au-facies-je-suis-black-ils-n-en-arretent-qu-un-c-est-moi_1683585_3224.html

... l'autre pour expliquer l'existence de tels contrôles d'identité au faciès ...

//www.lemonde.fr/idees/article/2012/04/11/les-controles-au-facies-sont-ils-condamnables_1682942_3232.html

 

N'étant pas moi-même issu de la diversité, ma position sur la possibilité et la légitimité de tels contrôles discriminatoires ne sera pas très fortement engagée politiquement. D'une certaine façon, je comprends la possibilité de tels contrôles. Si je ressemblais comme deux gouttes d'eau à un dangereux terroriste (par exemple Oussama Ben Laden ou bien Mesrine en son temps), devrais-je être particulièrement surpris d'être très régulièrement contrôlé par les forces de police, ou bien d'être à chaque fois fouillé lorsque je prendrais un avion ? Selon moi, ce serait idiot et pourtant il s'agirait de contrôles au faciès.

 

Il se trouve que les jeunes blacks ou arabes sont beaucoup plus souvent impliqués dans des actes de vandalisme, de vol et d'agression que les petits vieux gaulois ou les petites vieilles à fichus ... Si des policiers se mettaient à contrôler les petits vieux et les petites vieilles à la sortie des métros ou ailleurs, je crains que les réactions des passants et des contrôlés ne soient assez hostiles et que l'on s'étonne qu'ils emmerdent les passants ne présentant aucun risque plutôt que de s'attaquer à la délinquance ...

 

Le jour où de nombreux gangs de petits vieux se lanceront dans le banditisme et dans le vandalisme, je pense que ce jour-là, les contrôles au faciès toucheront alors beaucoup plus cette tranche de population, aujourd'hui un peu préservée. Cela sera-t-il incompréhensible ou injuste ?

 

Enfin, je lisais hier qu'un policier de la Brigade anti-criminalité avait été assassiné par des malfaiteurs sur un cambriolage, à Chambéry. En référence à tous ces jeunes beurs des cités qui se lancent dans la violence dès lors qu'un jeune est tué par les forces de police, je me suis amusé à penser qu'il aurait été drôle que la presse ce matin titre sur les vagues de violence ayant touché la France cette nuit avec des bandes de gendarmes et de policiers brûlant des voitures et des cités pour protester contre la mort de leur collègue.

//www.lemonde.fr/societe/article/2012/04/11/un-policier-de-chambery-tue-dans-un-cambriolage_1683402_3224.html

 

Tout le monde trouvant cela très naturel lorsqu'il s'agit de jeunes, qui s'estiment injustement discriminés et que les bonnes âmes excusent si facilement, il me semble qu'une telle réaction des policiers aurait été tout aussi normale et excusable, même s'il y aurait pu y avoir des dérapages et des victimes malencontreuses. Je suis déçu ! Apparemment, il ne s'est rien passé de tel dans nos beaux quartiers français. Mais peut-être que les bonnes âmes n'auraient rien compris et que certains auraient encore accusés les policiers et les gendarmes de violences discriminatoires. Il vaut mieux en rire !



Saucratès


Parties précédentes :
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12/04/2012
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Morale et politique (4)

Réflexion quarante-deux (31 mai 2011)
Indignés, rebelles, révoltés et ordre établi ... 


J'écoutais ce matin une chanson de Raphaël : «Le patriote». Cette chanson décrit à l'envers, d'une certaine manière, toute l'incompréhension qui existe entre les jeunes idéalistes et les adultes un peu plus âgés ... L'étalage des bons sentiments, l'idée que l'on peut tout partager, ce que l'on a et ce que l'on n'a pas ... une certaine idée ou un certain regard sur la France ...

Ce qui a de vrai dans cette chanson, c'est que la politique, les médias, ne peuvent pas réagir sans fard face à l'actualité. Lorsque des jeunes meurent dans des accidents de la route, ou dans une course poursuite avec les forces de police, dans un poste transformateur d'EDF, il n'est pas possible de réagir conformément à la logique ; les médias et les politiques sont obligés de réagir sur le mode compassionnel, ce qui permet à un artiste comme Raphaël de nous critiquer en parlant de nous comme 'regrettant' ... On ne peut pas dire que ces jeunes l'avaient bien cherché, en refusant de respecter la loi. Ce ne serait pas politiquement correct ! Et pourtant, il faut être con pour ne pas voir le danger et le braver gratuitement, juste pour dire 'fuck' la police ou se sentir vivre.

Il y a un âge où l'on ne voit plus l'idéal de braver la mort gratuitement pour se croire jeune et invulnérable, mais où l'on réfléchit aux conséquences de ses actes, de ses actions, où l'on prend en compte le ressenti, la vie des autres ... Taper quelqu'un pour lui voler son portable ou parce que sa tête ne vous revient pas, c'est sûrement amusant et jouissif ... Mais quid de l'autre ?

J'ai l'impression que ces jeunes se croient peut-être dans un monde de nature, où seuls les plus forts ont le droit de survivre ... ont le droit de se servir ... et où les moins forts n'ont aucun droits ... Et vraisemblablement la police y paraît-elle un anachronisme, l'agent d'un ordre rejeté, l'agent de l'ordre des vieux, des possèdants, des autres ... Et la violence qui règne au sein des relations entre enfants et adolescents, à l'école, au collège, au lycée ... violence considérée comme normale entre pairs, n'est-elle pas étrangère à ce sentiment. Pourquoi ce qui est possible dans la cour de récréation, sous le préau, serait-il moins autorisé à l'extérieur, ou un peu plus tard, dès lors que l'on se trouve plus fort que l'autre, comme dans l'état de nature ?

A côté de cela, il y a l'actualité des mouvements sociaux arabes qui commencent à gagner l'Europe. Je pronostiquais il y a quelques mois que ces mouvements sociaux toucheraient d'abord l'Italie, un gouvernement corrompu ... Ils touchent en fait d'abord l'Espagne et maintenant la France, en liaison avec les difficultés économiques et sociales qui touchent nos pays. La révolution est-elle en marche ? Une autre politique, une autre démocratie est-elle possible ? Evidemment que oui ! Les démocraties européennes (j'élimine l'Allemagne ou l'Angleterre) ont seulement l'apparence de démocraties ; on nous laisse le choix de choisir les membres de l'élite qui nous représenteront, grâce à toute une série de filtres comme les partis politiques et les groupes d'influence. Les élections ne sont cependant que des simulacres, des ersatz de démocratie ... des pseudo-démocraties ...

Mais même si ces mouvements sociaux européens débouchaient sur quelque chose, sur le départ d'une classe politique fatiguée et sans légitimité, n'y a-t-il pas un risque que ce qui les remplacera demeurera tout autant adémocratique que ce qui avait précédé ?

Par ailleurs, une révolte, une révolution, n'est-elle pas autre chose que l'impression d'un retour à l'état de nature ? La victoire des plus forts sur les plus faibles, des hommes sur les femmes ... comme le viol d'une journaliste américaine en Egypte, lors d'un rassemblement des contestataires nous l'a rappelé ... le retour de la bête dans l'homme, des pires aspects guerriers, violeurs et meurtriers de la fraction masculine de l'humanité ... 

Je peux aimer l'idée de la révolution, d'une autre politique, sans aimer voire même craindre les moments par lesquels il faudra passer pour y arriver ...


Réflexion quarante-et-une (18 mars 2011)
Le 'grave secret' sur Nicolas Sarkozy du colonel Kadhafi ... 


On connaît donc enfin le grave secret de Nicolas Sarkozy que le colonel Kadhafi menaçait de révéler : le financement sur fonds libyens de l'élection présidentielle de 2007. L'un des fils du colonel Kadhafi a ainsi affirmé détenir des preuves de ces transferts financiers.

Le nouveau ministre de l'intérieur Claude Guéant, anciennement directeur de la campagne de Nicolas Sarkozy pour la présidentielle de 2007 a récusé ces accusations rappelant qu'aucun financement individuel ne pouvait dépasser 4.600 euros ...
//www.lemonde.fr/politique/article/2011/03/17/gueant-refute-les-accusations-des-kadhafi_1494332_823448.html

Mais quand il explique pour rassurer les électeurs français que les comptes de campagne des candidats sont vérifiés par le conseil constitutionnel, un doute m'a néanmoins saisi au souvenir des interrogations concernant les quelques dizaines de millions de francs reçus et déclarés par Edouard Balladur dans le cadre de sa campagne présidentielle de 1995 et du contrôle extrêmement pointilleux dont ils firent l'objet de la part du conseil constitutionnel ... Au vu du cas Balladur, je ne pense pas que le contrôle exercé par le conseil constitutionnel offre la moindre garantie à l'électeur français. Ce n'est pas ce contrôle qui doit nous rassurer sur le fait de savoir si oui ou non Nicolas Sarkozy aurait pu recevoir des fonds non déclarés de la part du régime libyen du colonel Kadhafi ...

Ce qui ferait de la France la risée du monde entier, lorsque l'on se rappelle qu'à peine élu, quelques mois plus tard (mais également après le dénouement heureux de l'affaire des infirmières bulgares), Nicolas Sarkozy avait reçu royalement le colonel Kadhafi, l'autorisant même à planter sa tente sous les ors de la république, lui offrant la reconnaissance internationale dont il était privé depuis de nombreuses années ...

J'espère que l'on en saura plus dans les prochains jours sur la réalité des accusations de Mouammar Kadhafi, et sur la véracité des preuves que les libyens disent détenir. Et j'espère que si ces accusations s'avèrent exactes, la justice française enquêtera sur cette affaire quels qu'en soient les protagonistes ...

Faut-il voir dans cette accusation, comme Le Monde le laisse entendre, une tentative de déstabiliser la France qui serait particulièrement en pointe dans cette affaire, défendant notamment un projet de résolution à l'ONU ? Pourquoi dans ce cas vise-t-on Nicolas Sarkozy et non le premier ministre anglais David Cameron, particulièrement en pointe également dans cette affaire ? Parce que cela ressemblerait énormément à  Nicolas Sarkozy, du moins à l'image que les français et l'opinion publique se font de lui ?

Une histoire véridique, cette affaire de financement de la campagne de Nicolas Sarkozy ? Ce qui ferait de la France la risée du monde entier ? Saura-t-on un jour la vérité sur cette affaire ! A noter que le code électoral interdit tout financement d'un candidat par un état étranger ... 

Si la famille Kadhafi n'a pas inventé toute cette histoire pour un bluff invraisemblable (mais vouloir faire peur à quelqu'un qui n'a rien à se reprocher n'est-il pas complètement idiot ?), et si l'on peut difficilement imaginer que Nicolas Sarkozy aurait fait quelque chose d'aussi aberrant que d'accepter l'argent d'un état étranger (terroriste), ne faudrait-il pas plutôt imaginer que les Kadhafi auraient pu être dupés par quelques intermédiaires, qui leur auraient pu leur faire croire qu'ils allaient financer la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy avec l'espoir de le contrôler, alors qu'en fait les Kadhafi finançaient quelqu'un d'autre, quelque chose d'autre, n'importe quoi, un groupe de pression quelconque ... En saura-t-on un jour plus ?


Réflexion quarante (22 février 2011)
Les attaques de l'UMP contre Dominique Strauss-Kahn prennent de l'ampleur, signe de l'affolement de ce parti à l'idée de perdre les prochaines élections présidentielles ... 


Les attaques venant de l'UMP contre Dominique Strauss-Kahn, candidat non proclamé à la primaire socialiste, prennent de plus en plus d'ampleur ces derniers jours. Au cours du week-end, Pierre Lellouche a d'abord accusé le patron du FMI d'incarner la gauche ultra caviar. Puis, Christian Jacob, ancien leader paysan, l'a décrit comme le représentant des bobos et lui a reproché de ne pas être à l'image de la France, la France rurale, celle des terroirs et des territoires ... Cette attaque ressemblait énormément à celles qui visaient dans les années 1930 le socialiste Léon Blum, accusé également de ne pas correspondre à la France profonde des terroirs ... et d'être en tant que juif le représentant du capitalisme international.
//www.rtl.fr/actualites/politique/article/le-ps-indigne-par-les-attaques-contre-strauss-kahn-7660149797
//www.lemonde.fr/politique/chat/2011/02/16/faut-il-s-indigner-des-propos-de-christian-jacob-sur-dsk_1480847_823448.html

Lundi, c'était l'ancien premier ministre UMP, Jean-Pierre Raffarin, qui l'attaquait personnellement, quittant néanmoins pour partie la phraséologie des années 1930-1940 pour considérer qu'en tant que représentant de la planète d'en haut (sic !), il lui serait difficile de séduire la France d'en bas ... «(...) Ce n'est pas parce qu'on connaît le prix de la baguette de pain en dollar qu'on est forcément le mieux placé pour convaincre les Français (...)». Raffarin doit vraisemblablement considérer qu'il représente lui-même la planète d'en bas, comme Nicolas Sarkozy (!!!) ... La juxtaposition d'images aussi incohérentes, mais qui visent à distiller dans l'opinion publique une méfiance à l'encontre de Dominique Strauss-Kahn est invraisemblable et méprisable. Mais on  ne doit évidemment rien attendre d'autre de l'UMP et des séides de Nicolas Sarkozy, qui ne reculeront devant rien au cours des quinze prochains mois pour tenter de se maintenir au pouvoir ... Et comme certains au Parti socialiste participent également aux attaques contre Dominique Strauss-Kahn ...
//www.lemonde.fr/politique/article/2011/02/20/pour-raffarin-dsk-n-est-pas-l-adversaire-le-plus-dangereux-pour-sarkozy_1482905_823448.html

Les autres attaques échevelées de l'UMP sont venues de son secrétaire général, Jean-François Copé, qui a jugé que Dominique Strauss-Kahn était lointain et hautain. «Il a passé l'essentiel de son interview à nous donner des leçons et à nous expliquer comment il fallait faire (...). Je trouverais formidable qu'il arrête de donner des leçons (...) du haut de sa grandeur (...). Ce que j'attendais ce soir, c'est qu'il nous donne quelques idées nouvelles (...)».
//www.lemonde.fr/politique/article/2011/02/21/reactions-a-l-intervention-de-dsk_1482961_823448.html

Mais également de Catherine Vautrin, députée UMP, vice-présidente de l'Assemblée nationale, qui a déclaré : «Le quotidien de DSK n'est ni celui des gens qui souffrent, ni celui des Français. Comment répondre aux attentes des Français quand on ne vit pas avec eux et qu'on ne peut s'engager sur rien ?»

Ou de Valérie Rosso-Debord, députée UMP de Meurthe-et-Moselle, qui a estimé quant à elle que : «le directeur du FMI est venu se prêter, sur France 2, à l'exercice qu'il affectionne le plus depuis quelque temps : la dispersion de petits cailloux. (...) Tout ceci serait très drôle si DSK n'occupait pas une place éminente dans le concert mondial au moment où la France préside le G20 et le G8. Comment prendre au sérieux un homme qui s'est engagé en 2007, lorsqu'il a pris ses fonctions au FMI, à aller au bout de son mandat s'il songe déjà à ne pas respecter sa parole ?»

Consternant ... Et tout ceci alors que Dominique Strauss-Kahn n'est même pas encore officiellement candidat à la présidentielle de 2012 ! Mais à quel point a-t-on donc peur de sa candidature à l'Elysée et à l'UMP !

Je préfère conclure en citant l'intervention de Richard Prasquier, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), qui a qualifié d'incroyable maladresse les propos du président du groupe UMP Christian Jacob. «Christian Jacob est un syndicaliste agricole, je comprends qu'il ait un sentiment particulier pour le terroir (...). Je n'ai pas de lien particulier avec le terroir, je crois que le président de la République n'en a pas non plus. Le terroir, c'est formidable, c'est magnifique, il ne faut pas pour autant en faire un critère essentiel d'appartenance à la nation (...)».


Réflexion trente-neuf (20 février 2011)
Les voyages ministériels en avion, les mensonges d'Alliot-Marie et les attaques de l'UMP sur Dominique Strauss-Kahn, insuffisamment conforme à l'image que certains se font de la France ... 


Je voudrais réagir à deux évènements récents qui ont secoué l'actualité politique ces dernières semaines ou ces derniers jours.

Le premier évènement concerne les mensonges autour de l'affaire Alliot-Marie. Michèle Alliot-Marie est ministre des affaires étrangères ; dans le cadre des vacances pour les fêtes de Noël, elle aurait profité de l'avion d'un proche de l'ancien régime tunisien pour se rendre en Tunisie. Ses parents, âgés de plus de quatre-vingt-dix ans, auraient en effet investi dans une opération immobilière de cet ami tunisien. Le problème est que Michèle Alliot-Marie a menti pour se couvrir, expliquant notamment qu'elle avait rencontré par hasard cette personne qui lui aurait proposé de les véhiculer dans son jet privé pour aller en Tunisie ...
//www.lemonde.fr/politique/chat/2011/02/17/pourquoi-sarkozy-garde-alliot-marie-au-gouvernement_1481399_823448.html

Il se trouve que le premier ministre, François Fillon, a également profité d'un avion gouvernemental égyptien pour un voyage moitié officiel, moitié de vacances à la même période. Par contre, il ne mentira pour couvrir son escapade, reconnaissant les faits. Si on peut poursuivre Alliot-Marie pour mensonge en estimant que cela n'est pas acceptable d'un ministre de la France, on a rien contre François Fillon.

Par contre, il se trouve que, suite à l'affaire de Joyandet (qui avait utilisé un avion officiel gouvernemental au lieu d'un vol civil, représentant un coût budgétaire dépassant 100.000 euros), le premier ministre François Fillon avait édicté une règle restreignant l'usage des avions gouvernementaux français pour les ministres.

On découvre donc aujourd'hui que les ministres français, ainsi que le premier ministre, se rabattent sur les avions gouvernementaux d'autres pays (deux pays qui par manque de chance viennent de voir leurs gouvernements 'légitimes' être renvoyés par la rue) pour respecter si ce n'est l'esprit du moins la lettre des règles édictées par le même premier ministre.

Nicolas Sarkozy se refuse ainsi à sacrifier Michèle Alliot-Marie, pour protéger trois ministres (François Fillon mais également Patrick Ollier), de la même manière si ce n'est pour les mêmes raisons pour lesquelles il avait refusé de sacrifier Eric Woerth, jusqu'à l'adoption de la réforme des retraites.

Le deuxième évènement dont je voudrais parler concerne les attaques ad hominem dont Dominique Strauss-Kahn est désormais la cible de la part de certains de l'UMP. Selon certains à l'UMP, il ne correspondrait en effet pas suffisamment à la France profonde, à la France rurale, à la France.  

Des attaques nauséabonneuses ! Les conservateurs aux Etats-Unis n'avaient pas osé s'attaquer à Barack Obama de la même manière, alors même qu'il avait des racines kényanes de par son père. Mais ils ne sont pas descendus à ce niveau de bassesse. Par contre, cela n'arrête pas les ténors et les porte-flingues de l'UMP, sous le prétexte que Dominique Strauss-Kahn serait un notable, juif, et grand financier de la planète, exilé depuis quelques années au Fonds monétaire international à Washington.

Il est intéressant de lire une réponse d'un élu socialiste (Matthias Fekl) rappelant que Léon Blum fut également, dans les années 1930-1940, la cible du même genre d'attaques de la part de l'extrême gauche, de la droite et de l'extrême droite française, pour les mêmes raisons ... parce qu'il était un grand bourgeois, qu'il était juif et qu'il dénotait dans les banquets paysans et dans le terroir ... Evidemment, il s'agissait des années noires de la France, à l'époque de la montée des extrêmismes et des haines, du racisme et de l'antisémitisme ... années qui conduirent à la seconde guerre mondiale et son lot d'abominations ...
//www.lemonde.fr/idees/article/2011/02/17/leon-blum-etait-il-a-l-image-de-la-france_1481527_3232.html

«(...) Et puis, bien sûr, Léon Blum était juif - c'était là son crime le plus odieux pour bien des contemporains haineux et fanatisés. Car Blum était pour eux, ipso facto, l'agent du complot international, des banques, de la haute finance, en un mot, l'une des incarnations de l'anti-France. Il lui fut même reproché de ne pas être assez rural, ni assez authentiquement français : ne rentrait-il pas parfois malade de banquets de campagne, où il ne parvenait pas toujours à faire honneur aux plats ni à suivre le rythme des libations ? Ne préférait-il pas l'élection à Paris plutôt que l'ancrage en province ? Son raffinement intellectuel n'en faisait-il pas un bobo de l'époque, l'un de ces happy few plus enclins à la vie élégante qu'aptes à la vraie vie ? (...)» (Lettre de soutien de Matthias Fekl)

Les attaques nausébonneuses provenant de l'UMP nous rappellent opportunément que l'abjection et le racisme ne sont jamais très loin, et qu'il suffit de peu, d'un peu de peur de certains, pour que les pires comportements, les pires moments de l'histoire nous reviennent instantanément. Merci à cet obscur tâcheron de l'UMP, dont il vaut mieux ne pas se souvenir du nom, de nous avoir donné le ton dégeulasse qu'utilisera l'UMP lors de la prochaine élection présidentielle française.


Réflexion trente-huit (19 octobre 2010)
La mise en question de la fin ultime de la souveraineté

Il est une question que l'on ne pose pratiquement plus, comme si elle ne se posait plus, comme si on lui avait trouvé une réponse parfaite, indépassable, réponse qui résolvait tous les problèmes qui pouvaient exister auparavant. Cette question, c'est de savoir qu'elle est la fin d'un gouvernement, la fin de la souveraineté du gouvernement, la raison (ou les raisons) pour laquelle nous donnons mandat à certains d'entre nous (ou à certains) pour nous représenter, ou pour nous gouverner. Cette question était posée par certains philosophes à l'époque de l'absolutisme royal. Face à un souverain qui estimait régner par droit divin et qui détenait un pouvoir conquis par la force et par la conquête, il était nécessaire pour certains philosophes de fonder la légitimité de sa souveraineté sur autre chose que sur la force, sur l'obligation qui lui était faite de gouverner en fonction du bien public, de l'intérêt général.

Ainsi Pufendorf écrivait : «On ne leur a conféré (à ces souverains) l'autorité souveraine qu'afin qu'ils s'en servent pour procurer et maintenir l'utilité publique (...). Un souverain ne doit rien tenir pour avantageux à lui-même, s'il ne l'est aussi à l'Etat.» Cette mise en question est évidemment fondamentale dans le cadre des anciens régimes monarchiques où un souverain succède à un de ses parents. Mais pour autant, n'est-il pas bizarre de ne plus se poser cette question dans le cadre d'un régime démocratique. Qu'est-ce qui expliquerait que cette mise en question ne se pose plus, qu'il ne soit plus nécessaire de s'interroger sur la fin ultime du pouvoir confié à quelques uns de nous représenter, de nous gouverner, même si leur légitimité provient du suffrage universel ?

J'aime rappeler que le terme démocratie provient du grec dhmo (dêmos : peuple) et kratia (kratos : pouvoir). Une fort belle introduction à toute réflexion sur ce concept politique et social. L'exercice que fait le président Nicolas Sarkozy du pouvoir exécutif, législatif et judiciaire, le mélange des genres qu'il pratique, entre les diverses fonctions (président de la république, chef du parti majoritaire), entre les différents pouvoirs, entre les intérêts de l'état, les siens personnels et ceux des plus riches fortunes de France dont il s'affiche comme l'ami (non pas seulement lui mais de nombreux autres ministres de son gouvernement) ... Tout cela doit nous permettre de souligner que le simple fait de recevoir sa légitimité du suffrage universel ne résoud pas par magie toutes les interrogations que l'on peut avoir, que l'on doit avoir, sur la légitimité de la souverainté de nos gouvernants, de nos gouvernements.

Certains ont pu croire que la démocratie résolvait tous ces problèmes, que le simple fait d'énoncer que le pouvoir émanait du peuple dans son entier et que ce peuple avait la possibilité de le confier à quelques uns de ses représentants était suffisant. Mais ce n'est pas vrai. Et pourtant, la façon dont une personne a obtenu son pouvoir, la manière dont elle est devenue gouvernant, par le biais du suffrage universel, ou par la force des armes, du poison ou par la conquête, n'a pas beaucoup d'incidence sur la façon dont elle gouvernera. La mise en place d'un régime démocratique ne règle ainsi pas la nécessité de définir les objectifs, les fins, d'un gouvernement. Dire que sa légitimité émane du peuple, du suffrage universel, ne résout en rien le risque que ce gouvernant use des pouvoirs qui lui ont été dévolus dans son seul intérêt, dans l'intérêt de ses proches ou de ses amis ... Ce que l'on a vu être mis en oeuvre par Nicolas Sarkozy et son gouvernement en est un simple exemple, comme cela a pu aussi être observé dans l'Italie de Silvio Berlusconi ou la Russie de Vladimir Poutine ... C'est la tâche à laquelle la philosophie politique va devoir s'atteler : répondre à la question que s'étaient déjà posés autrefois les philisophes et les juristes de droit canon à l'égard de l'origine et les fondements du pouvoir monarchique ... Comment faut-il gouverner ? En vertu de quelles fins, de quels principes, de quels objectifs ?


Réflexion trente-sept (4 août 2010)
Les débats sur le discours de Nicolas Sarkozy concernant la déchéance de nationalité

J'ai un problème de conscience. Au fond, le discours martial de Nicolas Sarkozy prononcé à Grenoble, que je n'ai pas entendu, ne me pose pas de problème puisque je trouvais déjà anormal depuis quelques temps que l'on ne puisse pas retirer leur nationalité française à des délinquants dangereux, ayant choisi de vivre en dehors des règles normales de la société française. Il m'est ainsi impossible de condamner le discours de Nicolas Sarkozy, et au fond, rien ne m'y choque véritablement. Dans ce que je proposais, il ne m'aurait pas non plus paru inacceptable de déchoir de la nationalité française leurs parents (père, mères, frères et soeurs). Dans mes armuments, le fait de vivre en dehors de nos règles fondamentales (ne pas tuer et ne pas voler) est un choix volontaire de ces personnes, et il ne me semblerait pas anormal de le faire subir les conséquences de leur choix ... Le fait que la déchéance de nationalité et l'expulsion du territoire français puisse également concerner leurs parents proches ne serait qu'un autre élément du choix qu'il leur faudrait prendre en compte ; et si malgré cela, ils s'engageaient dans cette voie criminelle, ils n'auraient, eux et leurs parents, qu'à subir les conséquences de leur choix.

Evidemment, il sera facile de me répondre qu'il s'agit d'un raisonnement de nantis, de personne de milieu social favorisé ... On me dira qu'il est facile de penser comme cela lorsque l'on a fait des études supérieures, que l'on a un emploi stable, que l'on est intégré socialement et professionnellement ... C'est vraisemblablement moins évident lorsque l'on est un jeune d'un milieu social défavorisé ou que l'on se trouve au croisement de sa vie, lorsque tout paraît possible, et que l'intégration sociale et le monde du travail paraissent être plus ou moins une forme d'esclavage et de déshumanisation ... Je me rappelle encore de ma vision de la société de cette époque.

En même temps, j'entends les réactions provoquées par le discours de Nicolas Sarkozy. Pas tant les critiques d'orfraies qui s'élèvent à gauche ; une bonne partie d'entre elles me paraissent tellement stéréotypées qu'elles me semblent sans fondement. Par contre, les critiques juridiques, constitutionnelles et philosophiques portées contre cette proposition, qui est aussi la mienne, me paraissent beaucoup plus fondées. En exprimant moi-même mon point de vue, il me paraissait en effet difficile d'appliquer dans la réalité une telle proposition. Qu'était-ce qu'un français d'origine étrangère ? Sans m'interroger sur les fondements de la nationalité française et sur la base que représente la Constitution française de 1958, il me paraissait néanmoins préoccupant de proposer d'exclure de la nationalité française des français quelle que soit leur origine.
//www.lemonde.fr/politique/article/2010/08/03/decheance-de-nationalite-une-impossibilite-juridique_1395089_823448.html

Pour cette raison, je ne peux malgré tout que rejoindre l'opinion professée par Bernard-Henri Levy, qui a magnifiquement exprimé des idées belles et courageuses (par différence avec mes écrits beaucoup trop partisans).

Au delà de cela, je ne peux également que regretter que le président de la république n'est pas la capacité de retrait de la vie politique de ses prédécesseurs, et qu'il parle à tout bout de champ sans retenue ne réflexion. Ce n'est pas à lui de lancer des ballons d'essais, mais c'est à lui de défendre les décisions prises par le gouvernement. Il eusse mieux valu qu'il défende de telles idées après leur mise en oeuvre par le gouvernement et le parlement, plutôt que de vouloir faire croire que c'est Lui qui est à l'origine de tout !  Et comme d'autres internautes, je ne peux ignorer la probabilité que ces discours ne soient qu'une tentative de dévier l'attention médiatique des problèmes de sa majorité et notamment des déboires de son ministre Woerth.

Concernant cette affaire de déchéance de la nationalité française, l'impossibilité probable d'une telle décision politique n'élimine le problème que représente aujourd'hui des milliers de jeunes exclus ayant choisi de vivre aux franges de notre société, en dehors de nos règles sociales, parce qu'ils disent ne plus croire à la capacité d'intégration de la société française (ce qui est néanmoins encore à prouver). La solution serait peut-être de sortir du principe du 'droit du sol' sur lequel repose pour partie l'obtention de la nationalité française, pour en venir au principe du 'droit du sang', comme en Allemagne, de telle sorte que le simple fait de naître en France n'ouvrerait plus pratiquement automatiquement le droit à la nationalité française, ce qui limiterait fortement les problèmes liés à l'acquisition de la nationalité française.

Evidemment, je crois également que cette autre proposition posera autant de problèmes constitutionnels et philosophiques que ma première idée. De même, il est difficile de défendre une telle position qui, pour régler le problème de quelques jeunes insatisfaits et contrevenant aux règles de notre société, changerait le code de la nationalité en remettant en cause la situation de dizaines de milliers d'autres personnes obéissant parfaitement aux règles et qui ne créent aucun problème et sont parfaitement intégrées dans notre société.

Pour conclure, le texte de Bernard-Henri Levy :

« Le président de la République vient, à la faveur de la trêve estivale et de la torpeur qui va avec, de commettre, en huit jours, trois erreurs.

La première fut de convoquer, à l'Elysée, le 28 juillet, au lendemain des actes de délinquance graves dont Saint-Aignan (Loir-et-Cher) fut le théâtre, un "sommet" supposé "faire le point" sur "la situation des Roms et des gens du voyage". Il n'est pas sûr, d'abord, que le palais de l'Elysée soit le bon endroit pour débattre de questions de délinquance.

Il est sûr, en revanche, qu'il y avait dans le principe même de ce sommet une façon de faire l'amalgame entre des étrangers en situation irrégulière (certains Roms) et des citoyens de plein droit, Français depuis plusieurs générations et astreints donc, à ce titre, au droit commun à tous les Français (les hommes et les femmes entrant, à leur corps plus ou moins défendant, dans la catégorie statistique et administrative de "gens du voyage").

Mais il est évident surtout qu'il y avait, dans le fait même de convoquer cette réunion, dans le fait de dire les Roms ou les gens du voyage quand tels Roms ou tels gens du voyage s'étaient rendus coupables de délits ou de crimes, bref dans le fait de tenir une communauté pour comptable des agissements de certains de ses membres, un risque de stigmatisation collective contraire aux usages républicains.

L'opinion publique ne s'y est pas trompée qui a vu ressurgir, du plus haut des ministères jusqu'au caniveau des populismes, les clichés que l'on croyait éculés tant ils ont pu être, dans un passé récent, atrocement meurtriers sur le gitan "voleur de poules" ou propriétaire de "Mercedes grosse cylindrée". Et quant aux intéressés, quant aux honnêtes gens (puisque c'est, semble-t-il, le mot du jour) qui vivent dans une précarité honnête ou une opulence fiscalisée leur culture nomadisée, quant à ces Français de longue date ou d'adoption qui, communauté pour communauté, et dès lors qu'on les traitait comme une ou, plutôt, deux communautés, ont eu la surprise supplémentaire de découvrir qu'on n'avait même pas songé à convier à la réunion un représentant, un porte-parole, un témoin desdites communautés, ils sont, aujourd'hui, en état de choc.

Pour aucun autre groupe, on n'aurait osé agir de la sorte. De n'importe quelle catégorie sociale, on aurait, et c'est heureux, eu l'élémentaire courtoisie (ou précaution ?) de solliciter l'avis. En l'occurrence, on ne l'a pas fait – et qu'il se trouve si peu de responsables pour s'en émouvoir, que ce lapsus, cet oubli, ce mépris soient passés dans l'évidence et l'innocence, que la gauche elle-même ait semblé juger la cause peu digne de ses indignations programmées ne fait qu'ajouter à la colère le chagrin et, hélas !, la pitié.

La deuxième erreur fut, dans le désormais fameux discours de Grenoble, la proposition de déchoir de la nationalité française toute personne "d'origine étrangère" qui aurait "volontairement porté atteinte à la vie d'un policier, d'un gendarme ou de tout autre dépositaire de l'autorité publique".

Je passe sur le caractère ubuesque de cette notion d'origine étrangère. Car où commence l'origine étrangère ? A partir de combien de générations serait-on, dans l'esprit de la mesure envisagée, à l'abri de la possible déchéance ? Le président a-t-il un critère en tête ? Un test (peut-être ADN) ? Et, quand bien même cela serait, dans l'hypothèse où les Sages du Conseil constitutionnel, du Conseil d'Etat ou, tout simplement, du Parlement valideraient cette proposition insensée, qu'adviendrait-il des déchus ? N'ayant, comme tout un chacun, pas de nationalité de rechange, dans quel vide juridique tomberaient-ils ? Ex-Français ? Apatrides ? Allons-nous, sous prétexte que, comme dit le chef de l'Etat, la machine à fabriquer des citoyens "a marché" mais "ne marche plus", la remplacer par une machine à fabriquer des sans-patrie?

Le pire, cela dit, le pire et le fond de l'affaire, c'est que la proposition, si elle est sérieuse, si elle n'est pas juste une façon de gesticuler pour tenter de prendre à Marine Le Pen un peu de son fonds de commerce électoral, contreviendrait de manière frontale à un axiome trois fois sacré car inscrit dans le triple marbre des trois textes fondateurs de notre vivre ensemble républicain : le programme du Conseil national de la Résistance du 15 mars 1944, la Déclaration des droits de l'homme de 1948, la Constitution de 1958.

Il postule, cet axiome, l'"égalité devant la loi" (quelle que soit, précisément, leur "origine") de tous les citoyens. Il dit qu'on est Français ou qu'on ne l'est pas – mais qu'à partir du moment où on l'est, on l'est tous de la même manière. Il insiste : on devient Français ou on ne le devient pas – mais, dès lors qu'on l'est devenu, il est interdit de distinguer entre Français plus ou moins français.

On peut discuter, en d'autres termes, des conditions qui permettent d'accéder à l'être-Français; on peut les multiplier, les affiner, les durcir, les solenniser : mais que l'on laisse s'insinuer l'ombre de l'idée qu'il y aurait deux classes de Français selon qu'ils sont nés Français ou qu'ils le sont seulement devenus, que l'on se laisse aller à imaginer un ordre des choses où il y aurait les Français à l'essai et les Français pour toujours, les Français en sursis et les Français sans débat, les Français qui restent Français même s'ils commettent des actes de délinquance et ceux qui cessent de l'être parce qu'ils ne l'étaient, au fond, qu'à demi, voilà qui, si la France est la France, n'est tout simplement pas concevable. Question de principe.On ne touche pas, fût-ce par ruse ou tactique, à cette sorte de principe. Car, que l'on s'y risque, que l'on joue avec ce postulat fondateur, et c'est le socle de la République, ce bien commun des Français, qui se met à vaciller. On part, fleur au fusil, à la chasse aux casseurs de gendarmeries. On se retrouve, à l'arrivée, dans la peau d'un casseur de ce dont les gendarmeries sont censées être, aussi, les gardiennes: l'esprit des lois, le génie du droit, la lettre d'une Loi fondamentale dont tout le sens est de nous dire ce qu'être Français veut dire…

Et je ne parle même pas des suiveurs qui, l'imagination des imbéciles n'ayant pas plus de limites que l'autre, se sont engouffrés dans la brèche d'une politique dont on leur serine, en haut lieu, à tout bout de champ, qu'elle doit être "sans tabou" et brisent, en effet, les derniers tabous de l'honneur et du bon sens en lançant, par exemple, cette proposition ahurissante, presque démente: coller en prison les parents de mineurs délinquants n'ayant pas respecté, notamment, leurs "obligations en termes de résultats scolaires" !

Et puis la troisième faute, enfin, tient à l'usage même du mot de "guerre" dans la "guerre nationale" déclarée par le président, toujours à Grenoble, aux nouveaux voyous. Le mot était déjà problématique quand il servait à George Bush à déclarer, aux Etats-Unis, la guerre à un terrorisme dont son prédécesseur, Bill Clinton, fit opportunément observer qu'il ne se serait pas mieux sorti d'une classique mais implacable traque policière. Il l'était, en France, au moment des émeutes de 2005 dans les banlieues, quand le premier ministre du moment, Dominique de Villepin, exhuma un arrêté datant de la guerre d'Algérie pour imposer le couvre-feu à des quartiers dont il devint clair, en un instant, que les plus hautes autorités de l'Etat, celles qui avaient pour mission de calmer le jeu, d'apaiser les esprits, de refuser l'escalade et la surenchère, bref de doser répression et discours pour isoler les délinquants et, à terme, les punir, les tenaient pour des zones ennemies.

Eh bien, il est tout aussi choquant quand c'est le président Sarkozy qui le reprend et qui, ce faisant, chaussant ces bottes de va-t-en-guerre, entérinant l'idée que la France serait engagée dans une véritable guerre intérieure, bref, répondant à l'outrance par l'outrance, à l'escalade par une autre forme d'escalade, prend un double et même un triple risque: celui, en dramatisant ainsi les choses, de distiller dans le pays une autre sorte de tension, de fièvre, peut-être de peur et, au fond, d'insécurité ; celui de venir sur le terrain des voyous, d'accepter le défi qu'ils lui lancent et de consentir, par conséquent, à cette montée aux extrêmes qui est leur imaginaire en même temps que leur projet secret ; et puis celui, enfin, de s'engager dans une bataille dont les démocraties, ces royaumes du droit et du scrupule, ont toujours su qu'elles ne sont pas équipées pour la mener et dont il n'est pas du tout certain, du coup, qu'elles sachent la gagner.

Quand les voyous parlent de guerre, c'est une provocation. Quand les Etats disent "chiche, la guerre!", cela s'appelle la guerre civile. Et c'est précisément parce que la guerre civile menace, c'est précisément parce que le lien social, partout, commence de craquer, qu'il faut tout faire pour éviter ce que les mafias-terreurs nous présentent comme inévitable – et, inlassablement, répéter : les délinquants ne sont pas des ennemis, ce sont des criminels ; les gens chargés de les neutraliser ne sont pas des soldats, ce sont des policiers ; et si cette neutralisation est difficile, si les systèmes d'incivilité contemporains ont gagné en sophistication et contraignent ceux qui s'y opposent à plus d'habileté mais aussi de fermeté, la pire des solutions serait d'en revenir à la langue martiale, rustique et, encore une fois, hautement risquée de la militarisation de l'action policière : parler de "guerre aux voyous", c'est déjà l'avoir perdue.

Alors ce sont des mots, dira-t-on. Ce ne sont que des mots, probablement dictés par des considérations politiciennes. Sauf que, dans la bouche d'un président de la République, les mots sont toujours plus que des mots et donnent à une société son souffle, son rythme, ses réflexes. Face à la montée de l'insécurité et de la haine, face à la nécessité, comme disait Michel Foucault, de défendre la société contre des hommes dont tout le programme est le nihilisme, face à l'ardente obligation, n'en déplaise à l'angélisme ambiant, de lutter contre les voyous publics et leur violence sans limite, il y a, en vérité, deux solutions.

Monter aux extrêmes donc, tenir le langage de la déchéance, de l'œil pour œil dent pour dent et de la guerre : ce ne sera jamais que la version sophistiquée du tristement fameux "casse toi, pauv'con" – et, l'exemple venant d'en haut, les comportements des citoyens s'indexant mystérieusement mais constamment sur ceux des princes, c'est la garantie d'une société fiévreuse, inapaisée, où chacun se dresse contre chacun et où le ressentiment et la haine seront très vite les derniers ciments du contrat social.

Ou éviter le piège, cesser de faire assaut de déclarations fracassantes, prétendument viriles et qui ne font, je le répète, que souligner l'impuissance des Etats, sortir, en un mot, du rang des matamores et de leur bouillante passion pour la rivalité mimétique et l'esprit de revanche – et s'en aller fouiller dans l'autre corps, celui qui, selon l'historien américain Ernst Kantorowicz (1895-1963), est fait, non de passion, mais de distance, pour y puiser audace, fermeté, mais aussi sagesse, finesse, mesure et, surtout, sang-froid. Ce sont, en la circonstance, les seules vertus qui vaillent. Mais ce sont celles dont Nicolas Sarkozy paraît, hélas !, ces jours-ci, le plus tragiquement dépourvu. »
Bernard Henri Levy
//www.lemonde.fr/idees/article/2010/08/04/les-trois-erreurs-de-nicolas-sarkozy_1395439_3232.html



Saucratès


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22/11/2010
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Morale et politique (3)

Réflexion trente-six (20 juillet 2010)
Les violences urbaines et le sarkozysme !

Faut-il faire un lien, comme certains internautes le font, ou bien d'autres au parti socialiste, entre le système gouvernemental de Nicolas Sarkozy et les violences urbaines qui ont frappé ces derniers soirs la banlieue grenobloise ou la région de Saint-Aignan ? Je ne dois pas cacher que lorsque j'ai entendu Benoît Hamon, porte-parole du PS, estimer «que les violences à Grenoble et Saint-Aignan illustrent l’échec de la politique manichéenne de Nicolas Sarkozy», je me suis senti extrêmement gêné. De même en entendant Manuel Valls. Cela ressemblait trop à de la politique politicienne ; le besoin d'égratigner ou de s'attaquer à l'adversaire politique, comme si le gouvernement actuel pouvait être tenu pour responsable de ces flambées sporadiques de violence dans des quartiers où la peur des habitants est palpable, et où je ne pense pas que nul d'entre nous, s'il avait le choix, à moins d'être un dealer de came, ne souhaiterait venir habiter s'il en avait le choix ... Un peu plus tôt dans la journée, sur mon blog, Kulturam avait fait le même rapprochement.
//www.lefigaro.fr/flash-actu/2010/07/19/97001-20100719FILWWW00379-violences-echec-de-sarkozy-hamon.php
//www.rmc.fr/editorial/118938/les-violences-demontrent-lechec-de-sarkozy-selon-lopposition/

Et pourtant, à bien y réfléchir, le Parti socialiste et Kulturam ont raison d'une certaine manière. Evidemment, la politique dite ultra-sécuritaire de Nicolas Sarkozy n'est pas réellement en cause. De telles débordements de violence par des bandes de casseurs organisés, par des gens vivant plus ou moins en marge de la société, ne seront pas réglés par des envois de fleurs. Lorsque la seule réaction que peuvent avoir des bandes de jeunes adultes est la violence, la haine de l'autre et de la police, et la destruction de biens publics ou privés, en réponse à un fait divers qu'ils considèrent comme une injustice, nous sommes alors totalement en dehors du langage et de la logique. Il faut soit casser en amont des évènements ces groupes et leur logique en développant un dialogue permanent, en favorisant l'emploi, en les séparant les uns des autres en intégrant ces jeunes dans la société et dans la vie, soit répondre après-coup par une politique encore plus ultra-sécuritaire et ultra-répressive, en excluant ces jeunes de la société, en les emprisonnant ou en les expulsant de France pour les jeunes et leur famille d'origine étrangère. Evidemment, dans ce dernier cas, l'état s'attaquera à des innocents, les parents et les frères et soeurs, peut-être eux-mêmes victimes de ces mêmes bandes. J'ai été touché de voir au Journal télévisé un vieil habitant d'une cité grenobloise, apparemment d'origine étrangère, parlant difficilement en français, mais parlant de sa peur dans ce quartier.

D'une certaine manière, les injustices nées de l'application d'une politique ultra-sécuritaire peut entraîner un regain de la violence dans de tels milieux sociaux, en favorisant la crispation d'un rejet de cette politique ... Mais en même temps, face à cette même violence, le recul de la sécurité aura pour seule conséquence de laisser le champ libre à ces mêmes bandes, à leurs trafics et à leur prise en otage des autres habitants de ces quartiers. La seule autre solution au maintien d'une politique sécuritaire est sinon l'abandon de ces zones à ces bandes organisées, c'est-à-dire la création de zones de non-droit, de no-man-lands dans lesquels les habitants étrangers ou pauvres seraient abandonnés ; ce qui est un peu le cas observé actuellement.

La proposition inverse de Nolats de répondre à ces violences par un mixage social et éducatif plus grand me semble tout à fait improbable et inatteignable. Evidemment, c'est conforme à l'esprit de la loi (le maillage du territoire) et ce serait une belle réponse publique à une situation inextriquable. Mais je me mets une seconde à la place des pauvres ménages se retrouvant au milieu de cette violence urbaine, au milieu de ces zones de non-droit, au milieu de ces trafics ; je pense à leurs enfants confrontés à la violence dans ces milieus scolaires, où les seuls codes sont le racket, les agressions et les rapports de force physique ... et je ne pense pas que ce soit au bénéfice de ces familles et de ces enfants ... Je suis contre la mixité sociale parce que cela ne revient qu'à importer la violence, les vols et les trafics au sein de milieux préservés ... Cela ne représente pour moi que de la rétrogradation sociale, visant uniquement des classes moyennes et en aucun cas les classes les plus favorisées de la société française qui resteront pour leur part préservées.

Pour finir, il me semble important de mentionner qu'au delà du strict problème de la violence et de la réponse sécuritaire qui peut lui être apportée, la position des ténors du parti socialiste et de Kulturam est parfaitement fondée. C'est bien le décalage entre la politique conduite par Nicolas Sarkozy, ses implications sociales, les efforts demandés à la plus grande partie de la population française, et les avantages exorbitants réservés à une petite fraction de privilégiés et de proches du pouvoir, que ce gouvernement exonère d'impositions et auxquels il rembourse des centaines de millions d'euros d'impôts, qui pose problème et qui crée un sentiment révolutionnaire chez tous ceux qui n'ont rien à perdre, et notamment les jeunes. C'est le grand écart entre les discours de Nicolas Sarkozy et la réalité de son action au seul bénéfice des nantis qui donne corps à la rage de tous ceux qui s'estiment floués, qui alimente en combustibles cette jeunesse exclue et ceux vivant en marge de la société.

La révolution française est née d'un sentiment comparable il y a de cela plus de deux siècles !


Réflexion trente-cinq (5 juillet 2010)
Ce que nous apprend l'affaire Aurélie Boulet alias Zoé Shepard sur la vision de la démocratie en vigueur au parti socialiste !

Aurélie Boulet alias Zoé Shepard est l'auteur du livre polémique sur la fonction publique territoriale «Absolument dé-bor-dée ! le Paradoxe du fonctionnaire» (paru en 2010 chez Albin Michel) ... «Comment faire 35 heures… en un mois !». Aurélie Boulet, qui avait utilisé un pseudonyme pour écrire son livre, qui a changé les noms des personnages, le lieu de l'action (région parisienne et non région Aquitaine), a fait l'objet, depuis qu'elle a été dénoncée, d'une mesure de suspension de quatre mois début mai, d'une exclusion de deux ans (sans salaire) de la fonction publique territoriale (décision du 1er juillet 2010) et se trouve désormais sous la menace d'une mesure de révocation.

Quel motif à cet acharnement ? Le fait que quelques uns de ses collègues se soient reconnu(e)s dans son livre ?... Coconne, simplet ... Mais les noms des personnes ayant été changés et l'action se situant ailleurs, il faut vraiment ressembler trait pour trait à la caricature pour s'estimer blesser par un personnage de fiction romanesque. Le fait qu'elle était soumise à un devoir de réserve en tant que fonctionnaire ? Mais les fonctionnaires territoriaux n'appartiennent pas à la grande muette (l'armée) ; ils ont le droit de manifester, de faire grève, d'exprimer un point de vue, d'enseigner ... Et il existe d'autres précédents à une critique de l'administration, comme par exemple «Belle du seigneur» d'Albert Cohen sur les fonctionnaires de la Société des Nations (comparés à des primates), ou celui-ci se fondait sur son expérience de fonctionnaire international pendant qu'il était fonctionnaire.

Pendant ce temps-là, réunis au Carroussel du Louvre, les dirigeants du Parti socialiste s'attaquent sabres au clair à la politique de Nicolas Sarkozy et notamment au risque que celui-ci fait courir à la démocratie française ! Pendant également le même temps, le Conseil régional d'Aquitaine défend la liberté d'expression des journalistes (mais pas des écrivains ?) en placardant les photos des journalistes français enlevés ! J'ai la faiblesse de croire que le cas de Zoé Shepard (alias Aurélie Boulet) est emblématique de la réalité de la vision démocratique au sein du parti socialiste. Ce qu'il adviendra d'Aurélie Boulet nous touchera tous si le parti socialiste remporte les prochaines élections présidentielles et législatives, en 2012 ... Je n'aime Nicolas Sarkozy, sa clique et sa politique, mais je préfère un riche parvenu assumé que des tyrans phalocrates et fascistes !

Cette affaire est l'occasion de voir la réalité des idées d'un parti politique comme le parti socialiste derrière le paravent des idéologies et des coups médiatiques. On s'aperçoit alors que les mêmes genres d'hommes politiques sévissent dans tous les partis politiques, et que seul le hasard, les places libres, séparent des hommes politiques de droite et de gauche. Dans l'affaire Zoé Shepard (alias Aurélie Boulet), le président de région Alain Rousset et ses hommes de main (directeur général des services, directeur de cabinet) ou faudrait-il dire de basse oeuvre, ne sont que des loups hurlant au milieu de la meute, incapables de toute forme d'autodérision et d'humour, très forts lorsqu'il s'agit d'énoncer de grands discours, mais se transformant en petits tyrans dès lors qu'il leur faut les appliquer eux-mêmes personnellement.

Et c'est Joan Taris, élu régional du Modem, qui défendit Zoé Shepard alias Aurélie Boulet ... Une belle image que donne le Parti socialiste dans cette affaire ... Et ne chercher plus à trouver Aurélie Boulet dans l'organigramme du Conseil régional d'Aquitaine ; on ne l'y trouve plus. Vive la démocratie à la mode socialiste ; cela ressemble vachement à une dictature qui ne dit pas son nom !
//aquitaine.france3.fr/info/aquitaine/zoe-shepard--deux-ans-de-suspension-preconises-63910674.html
//www.penseesderonde.fr/2010/07/zoé-shepard-trop-petite-pour-avoir-le-droit-de-louvrir.html
//quadraetcie.fr/1/?q=blog/zoe-shepard-honni-soit-qui-mal-y-pense


Réflexion trente-quatre (21 janvier 2010)
Du pouvoir populiste ...

Peut-on aujourd'hui parler de pouvoir populiste en France ou ailleurs en Occident (aux Etats-Unis par exemple) ? Le populiste se reconnaît aux grands gestes des mains dont il accompagne ses discours ... dixit Franck Herbert dans «La maison des mères», le cinquième tome de son cycle Dune. A ce titre, Nicolas Sarkozy devrait être considéré comme un leader populiste.

Selon Wikipédia, le terme 'populisme' a en politique une acceptation pratiquement péjorative ...


«Le populisme met en accusation les élites ou des petits groupes d'intérêt particulier de la société. Parce qu'ils détiennent un pouvoir, le populisme leur attribue la responsabilité des maux de la société : ces groupes chercheraient la satisfaction de leurs intérêts propres et trahiraient les intérêts de la plus grande partie de la population. Les populistes proposent donc de retirer l'appareil d'État des mains de ces élites égoïstes, voire criminelles, pour le mettre au service du peuple. Afin de remédier à cette situation, le leader populiste propose des solutions qui appellent au bon sens populaire et à la simplicité, mais ignore complètement les réalités de la décision politique (notamment le fait qu'elles doivent être inscrites dans un agenda, qu'elles doivent tenir compte des avis parfois contradictoires de la société civile), comme la complexité des situations décrites. Ces solutions sont présentées comme applicables tout de suite et émanant d'une opinion publique présentée comme monolithique.

Les populistes critiquent généralement les milieux d'argent ou une minorité quelconque (ethnique, politique, administrative etc.), censés avoir accaparé le pouvoir ; ils leur opposent une majorité, qu'ils prétendent représenter. S'ils accèdent au pouvoir, il peut leur arriver de supprimer les formes traditionnelles de la démocratie, au profit d'institutions autoritaires, présentées comme servant plus authentiquement « le peuple ».

Des comportements populistes peuvent affecter toutes les activités de la société, cela amène des organismes, des institutions ou des associations à favoriser des positions réputées « populaires ». Elles peuvent montrer paradoxalement un certain mépris pour le peuple, le vulgus latin, pensé comme la populace, la foule, les masses, le troupeau. Ceci est particulièrement notable en publicité où « le peuple » est mis en scène, souvent sous la forme de personnages ignorants ou idiots.

On attribue souvent aujourd'hui la qualification de populisme comme synonyme de démagogie ou d'opportunisme politique, surtout vis-à-vis de mouvements d'opposition.»


Voilà une définition que je trouve particulièrement intéressante, notamment en raison de sa parfaite opérabilité pour décrire le comportement du président de la république française, Nicolas Sarkozy.

1) La mise en accusation des élites ou de petits groupes d'intérêt particulier de la société ... Si vous ne vous en rappelez pas, Nicolas Sarkozy s'attaquait régulièrement, avant son élection à la présidence de la république, souvent aux énarques ainsi qu'aux banquiers ... Elu, il s'est également parfois attaqué à la franc-maçonnerie ... Tous groupes auquels il ne semble pas avoir appartenu et contre lesquels il semblait avoir une certaine rancoeur ... il est notamment l'un des rares présidents ou premiers ministres de la période récente à n'avoir pas fait l'ENA, même si l'on compte néanmoins des énarques parmi ses ministres ou ses conseillers ...

2) Des solutions qui appellent au bon sens populaire et à la simplicité ... présentées comme applicables tout de suite et émanant d'une opinion publique présentée comme monolithique ... Les discours du présidentiable puis du président Nicolas Sarkozy correspondent parfaitement à cette présentation, agrémenté d'une gestuelle des mains et des bras qui le font ressembler à un moulin à vent ... Répondre à l'évènement par des promesses simples, frappées (ou présentées comme frappées) du bon sens populaire ... Des promesses pratiquement jamais mises en oeuvre, puisque le rythme de prise des décisions politiques, liées aux débats parlementaires, n'est pas compatible avec la règle de simultanéité de l'actualité ... L'absence de prise en compte des avis parfois contradictoires de la société civile ...  Mais qui sont-ils donc, ces civils, qui osent remettre en doute la compréhension immédiate de l'opinion publique dont dispose le président de la république, grâce notamment aux sondages dont son équipe élyséenne est abreuvée ... qui osent remettre en doute l'opinion d'un homme sanctifié par le suffrage populaire !!!

3) Les populistes critiquent généralement les milieux d'argent ou une minorité quelconque (ethnique, politique, administrative) ... Cela est particulièrement vrai comme je le rappelais initialement, surtout concernant le milieu des banquiers ... Pour les minorités ethniques, les procédures de reconduites à la frontière sont là pour nous le rappeler, même s'il ne les accuse pas vraiment d'avoir pris le pouvoir en France ... Il se contente de chasser sur les terres du Front national, sans forcément en reprendre l'essentiel des thèmes et des argumentations ... Sa vision ethnique est limitée par son argumentation sécuritaire ; les minorités ethniques étant seulement accusées d'être responsables de la montée de la délinquance ...

4) On attribue souvent aujourd'hui la qualification de populisme comme synonyme de démagogie ou d'opportunisme politique, surtout vis-à-vis de mouvements d'opposition ... C'est François Bayrou qui fut le premier accusé de prendre des positions populistes par Nicolas Sarkozy et ses affidés juste avant les élections européennes ... Un comble en considérant l'auteur de ses critiques ... Il semble interdit de prétendre mieux comprendre le peuple que le président de la république, surtout depuis que celui-ci à oublier, pour un temps, jusqu'aux prochaines élections présidentielles, ses aspirations en faveur du peuple ...

5) Retirer l'appareil d'état des mains de ces élites égoïstes, voire criminelles, pour le mettre au service du peuple ... Il ne faut quand même pas rêver, Nicolas Sarkozy ne l'a pas fait ... Certains ont pu y croire en l'entendant parler de ruptures, en écoutant son discours ... Mais Nicolas Sarkozy a conservé l'appareil d'état entre ses mains, en n'oubliant pas ses amitiés parmi les plus grosses fortunes de notre beau pays, patrons des plus grands groupes commerciaux de la bourse française, profitant pour ses vacances ou ses escapades de leurs yatchs ou de leurs avions d'affaire ...

6) Des comportements populistes peuvent affecter toutes les activités de la société ... Ce genre de comportement ne se limite effectivement pas à Nicolas Sarkozy et à la présidence de la république française. Ce genre de comportement est simplement plus visible dans le cas des hommes politiques en raison de la médiatisation dont ils font l'objet, en raison de la couverture médiatique dont ils bénéficient ... Mais ce genre de comportement est observé à de très nombreux niveaux, dans de très nombreuses associations caritatives ou autres, dans des syndicats, dans des écoles ou ailleurs ... dès lors qu'il y a un peu de pouvoir à la clef en jeu, quelques occasions de se faire mousser ... quelques considérations à obtenir ... Il est dès lors tentant pour certains de flatter les bas instincts de quelques personnes pour se faire élire, pour manipuler quelques voix, pour être maintenu à un poste auquel on souhaite s'accrocher ...

C'est ce que l'on appelle la politique ...

Pour en revenir au domaine des hommes politiques, on pourrait comparer Nicolas Sarkozy et Barak H. Obama ... Evidemment pas par la taille, ni par la prestance, ni par leur pouvoir respectif, ni par leur image ... mais plutôt par leurs discours, ou du moins par les idées qu'ils essaient de faire passer, de véhiculer ... Mais autant Nicolas Sarkozy semble populiste dans son discours, semble manipulateur de l'opinion, semble faux, creux ... Autant les discours de Barak H. Obama semblent charrier de véritables idées personnelles, de véritables valeurs, à l'opposé de Nicolas Sarkozy ... Lorsque Barak H. Obama prononce un discours où il attaque les banques, les mesures qu'il promet, qu'il propose, qui auront peut-être autant de difficultés à être appliquées que celles de Nicolas Sarkozy, ce discours ne paraît pas populiste ... Il semble concerner un véritable problème, une véritable déviance de l'économie actuelle ... Lorsque Nicolas Sarkozy, avant ou après, s'attaque aux banques dans un discours comparable, cela n'y ressemble pas. Est-ce dû aux gesticulations de ce dernier qui viennent polluer son discours, qui lui donne une terrible proximité fasciste ? Est-ce simplement subjectif ? Est-ce dû au fait que ce genre d'attaque venant de Nicolas Sarkozy ne semble tout simplement pas vrai, trop en position avec sa réalité strass et paillettes d'ami de milliardaires ? N'aurait-il pas affiché de la même manière son amitié pour certains hommes d'affaires milliardaires dès son élection acquise que l'on l'aurait pu facilement cru ? En tout état de cause, l'absence d'application des mesures préconisées contre les dérives de la finance et de la banque ne s'explique pas par une opposition parlementaire contre ces mesures, comme Barak H. Obama, mais bien par une absence de volonté politique d'aller contre les intérêts des puissants et des siens propres ... D'un côté donc un Barak H. Obama grandiloquant ... De l'autre un Nicolas Sarkozy faux et populiste ??? Ou bien est-ce trop simpliste ?


Réflexion trente-trois (29 décembre 2009)
De la démocratie ...

La démocratie, du grec dhmo (dêmos - peuple) et kratia (kratos - pouvoir) est un concept politique et social extrêmement fragile dans notre monde moderne. Les citoyens de nombreux états au monde, et ceux de nos nations européennes au premier rang, le savent parfaitement, pour en faire ou en avoir fait régulièrement l'expérience de sa disparition et de son remplacement par des dictatures, des juntes militaires, ou des coups d'état. L'Europe a exporté dans le monde entier sa seconde guerre mondiale lorsqu'elle a basculé dans les fascismes et les totalitarismes (bizarrement, les Etats-Unis ont aussi exporté au monde entier leur guerre mondiale contre le terrorisme et contre Saddam Hussein, même s'ils ne semblaient pas avoir basculé dans un régime fasciste) ...

Mais la majeure partie des citoyens européens ne se rappellent des évènements ayant suivi la montée des fascismes dans les années 1930-1940 que par le biais de l'histoire apprise à l'école, étant nés pour leur grande majorité après ces évènements dramatiques. Tandis que les citoyens de nombreux pays, comme par exemple ceux qui aujourd'hui se battent en Iran contre le régime des mollahs ou du moins contre celui dont ils contestent la réélection, le vivent régulièrement dans leur chair et dans la réalité.

La démocratie est une réalité et un combat permanent, ce que l'on a vraisemblablement tendance à oublier en Europe, la considérant désormais comme un dû, comme un acquis, comme un moment indépassable, voire comme un fait inintéressant, sans aucune valeur, une obligation insupportable et barbante ... Ceux qui refusent de voter parce que leur vote est sans effet sur le résultat final, ou parce qu'ils estiment que le choix est biaisé à la base, oublient les combats menés par ceux et celles qui ont donné leur vie ou leur liberté pour défendre ou acquérir ce droit.

Mais l'histoire nous enseigne qu'il n'existe aucune force organisée de défense de la démocratie dans nos états modernes ou anciens, et qu'en dernier ressort, la préservation de la démocratie, de ses principes, de son application, ne repose en dernier et en seul lieu, que dans ceux qui disposent du pouvoir politique suprême et qui doivent défendre la préservation de la démocratie, ou dans le peuple lui-même, qui doit être prêt à descendre dans la rue et à donner son sang et ses larmes pour défendre son maintien ou l'acquérir au péril de sa vie. Aucune autre force militaire, policière ou judiciaire n'existe en dehors du peuple pour défendre la démocratie. Il ne faut en effet pas trop compter sur l'armée, la police ou la justice, qui ne sont là que pour défendre l'état qu'ils représentent et le pouvoir politique qu'ils assistent, quelque soit leur forme ou leur légitimité, dès lors que cet état ou ce pouvoir politique donne des ordres. En dernier ressort, l'action des uns ou des autres, dans l'armée, la police ou la justice, ne dépendra que de la position et des valeurs personnelles de quelques hommes à leur tête, et l'histoire actuelle ou passée nous enseigne que ces forces armées ou judiciaires se tournent le plus souvent vers la défense du statu-quo, de la position la moins risquée et de la plus avantageuse, et que sauf exception, ces forces se retournent toujours contre le peuple ... La masse des armées, de la police ou de la justice suivra aveuglément les ordres qui leur seront donnés, sans s'interroger sur la légalité ou la légitimité de ces ordres.

Faut-il alors être inquiet pour la démocratie en France sous l'hyper présidence de Nicolas Sarkozy et sous l'état UMP qu'il a installé dans les rouages de l'administration et du gouvernement ? Les derniers remparts d'une démocratie qui n'est déjà plus réelle depuis de nombreuses années mais seulement apparente, formelle, sont-ils aujourd'hui en train de tomber ? Le problème, c'est que l'on en sera sûr et certain que lorsque cet homme, ou un de ses successeurs, et ses sbires auront réussi leur coup d'état et que la démocratie ne sera plus qu'un souvenir, comme dans tous les pays du monde où des coups d'état ont eu lieu (Chili, Birmanie ...) ! Ce jour-là, il apparaîtra peut-être nécessaire à une majorité du peuple français de se battre pour rétablir la démocratie en France ... Mais ce même jour, il sera également nécessaire de confier à un autre groupe d'hommes ce même pouvoir récupéré en espérant qu'ils en useront toujours avec respect, sagesse et sens du bien commun ...

Respect, sagesse et bien commun ... Les électeurs français ont peut-être oublié ce principe fondamental à toute démocratie lorsqu'ils ont porté à la présidence de la république Nicolas Sarkozy en 2007 ...

 


Réflexion trente-deux (26 septembre 2009)
Le retour des néo-cons et de l'ordre du mal en France et dans le monde de manière plus générale ...


Je ne suis pas l'inventeur de cette théorie. N'en déplaise à certains de mes contradicteurs anonymes adeptes de l'insulte (qui sont-ils ? J'en ai bien une petite idée, même si ce n'est pas l'image qu'ils donnent d'eux sur leur blog ... lumineux ...), ce qui m'a conduit à les exclure de mon blog ; peine perdue puisqu'ils semblent utiliser des programmes d'adresses aléatoires. On a parlé du retour des néo-cons aux Etats-Unis, et du retour des adeptes de l'ordre moral, tout particulièrement à l'époque du gouvernement de Georges W. Bush. Mais même aujourd'hui, sous l'ère de Barak Obama et d'une majorité démocrate, ils sont toujours là, à exiger moins d'état, moins de lois, plus de morale réductrice ...

On en parle un peu moins en France, et pourtant ... C'est la thèse de Daniel Lindenberg sur ceux qu'ils appellent les nouveaux réactionnaires. Il voit un mouvement concerté à l'échelle planétaire de leur offensive, et j'en suis comme lui persuadé. Comme j'en parlais dans le post précédent, on observe en France une offensive d'un groupe libéral ou néo-conservateur rassemblé autour de Nicolas Sarkozy et de ses séides. D'un côté, les amis puissants du pouvoir UMP autour de Nicolas Sarkozy, milliardaires, politiques, juges, policiers ... De l'autre, les groupuscules d'extrême gauche mais également tous ceux qui sont de plus en plus considérés comme les ennemis du pouvoir et de leurs lobbys. Pour mémoire, il y a d'abord eu l'affaire du groupe de Tarnac et de leur «leader» Julien Coupat, considérés comme les nouveaux ennemis publics «numéro un» ... En même temps, il y eut tous les procès lancés par Nicolas Sarkozy pour des questions d'argent, pour des questions d'utilisation de droits d'image, ou pour des questions d'insultes : du «casse-toi pauvre con» au «je te vois Sarkozy» ... puis les procès intentés par les autres membres du gouvernement, comme Nadine Morano contre l'internaute Dominique Broueilh ...

Mais il y a surtout la mise en oeuvre d'une politique néo-libérale, de la valeur-travail avant tout, de ceux qui se lèvent tôt, de ceux qui préfèrent travailler plus pour gagner plus (et parfois moins) ... de la mise en exergue des chômeurs, des érèmistes, des assistés sociaux ... cela s'est aussi accompagné de la remise en cause d'une partie du droit syndical, de la réécriture du droit du travail à la redéfinition de la représentativité syndicale ... de la criminalisation des mouvements sociaux jusqu'aux promesses répétitives non tenues par le candidat puis le président de la république française ...


Réflexion trente-et-une (27 février 2009)
Saura-t-on, un jour, comme aux Etats-Unis, ouvrir une commission d'enquête parlementaire pour juger les dérives des années Sarkozy ... La démocratie existera-t-elle en France ?...


Mercredi 25 février 2009, le comité des affaires judiciaires du Sénat américain, par la voix de son président démocrate Patrick Leahy, a annoncé étudier la possibilité de mettre en place une commission d'enquête sur les dérives judiciaires des années Bush. De nombreuses associations de défense des droits de l'homme et parlementaires ont multiplié depuis cet automne les appels à l'ouverture d'une enquête sur les écoutes téléphoniques autorisées par l'exécutif sans mandat de la justice ni du Congrès, le recours à la torture dans des interrogatoires antiterroristes ou le limogeage de neuf procureurs en 2006 pour des raisons politiques (lire l'article du Monde).

« Nous ne pouvons pas avoir peur de comprendre ce que nous avons fait si nous voulons rester une nation vigilante dans la défense tant de notre sécurité nationale que de notre Constitution », a déclaré le sénateur Leahy dans un discours au Sénat.

Les parlementaires socialistes ou du Modem français auront-ils un jour le courage d'enquêter sur les années frics, paillettes et abus de pouvoir caractérisant la présidence Sarkozy ? Verra-t-on un jour s'ouvrir une commission d'enquête parlementaire sur les dérives des années Sarkozy, sur les entorses aux règles constitutionnelles présidant la gouvernance d'un état de droit, et d'enquêter sur les bénéficiaires des largesses du sieur Sarkozy et de son gouvernement ?

Une telle enquête parlementaire ne sera vraisemblablement pas possible avant 2012, soit pas avant trois ans, mais ce jour-là, ne sera-t-il pas possible que les dizaines de millions de français sans-grades, obscurs, voient enfin juger les méthodes Sarkozy, les abus de pouvoir, et les passes droits ... Verra-t-on alors effectuer un bilan de ces années de plomb, et une remise en cause des principales décisions injustes prises par l'administration Sarkozy dans l'intérêt de ses mandants milliardaires, hauts fonctionnaires ou banquiers (de chez Lazard ou Rothschild) ?

Pour les générations futures, pour le futur de notre république, une et indivisible (que Nicolas Sarkozy envisage même de violer pour promettre l'autonomie ou l'indépendance à une frange de domiens preneurs d'otages), pour les prochains hommes politiques tentés par une dérive monarchique et par la toute-puissance, pour ceux qui rêveraient le matin en se rasant de devenir président de la république, pour servir d'autres valeurs que le bien public et la Nation ... Pour tout cela, il faudrait que le parlement français trouve la force et le courage de condamner publiquement les dérives de Nicolas Sarkozy et de son administration, ainsi que d'en annuler les lois les plus injustes ou les plus emblématiques ...

Pour la démocratie !
Pour la France !


 

Réflexion trente (11 février 2009)
Les modifications de certains principes fondamentaux de la justice française (et de l'équilibre des pouvoirs) par Nicolas Sarkozy correspondent-elles à une simple dérive monarchique de sa présidence ou à la défense d'intérêts particuliers ?...


La démocratie française vit des heures difficiles, sous la présidence de Nicolas Sarkozy. L'air de rien, au milieu d'une masse de nouvelles propositions dont certaines ne voient jamais leur mise en application, dès lors qu'elles visent les plus riches de nos concitoyens (la volonté par exemple de limiter les bonus ... et non pas les salaires ... des banquiers ... et non de leurs dirigeants ...), Nicolas Sarkozy fait passer un certain nombre de réformes fondamentales pour les équilibres existant au sein de notre démocratie, qu'il impose ...

Et pourtant, après à peine deux ans de 'règne', certains font état de craintes sur la paralysie de son action et sur celle de son gouvernement. Mais, plutôt que de parler d'une paralysie, il faudrait d'une accélération des réformes intéressants au plus haut point les milieux patronaux et sociaux qui le soutiennent et auxquels lui et sa famille appartiennent. Ces réformes me semblent plus correspondre à un mélange des genres entre l'intérêt public affiché et des intérêts privés personnels, d'un homme et de sa caste.

Il y eut par exemple la suppression de la publicité sur les chaînes télévisées du service public, et de manière accessoire, la désignation par le gouvernement de ses dirigeants. Quel téléspectateur serait opposé à cette suppression de ces canaux de publicité qui coupent les films ou les émissions ? Evidemment personne ne s'en plaindra. Le président des chaînes publiques françaises a même été invité à devancer le souhait du gouvernement, malgré un retard législatif, pour que la décision du président de la république soit appliquée à la date prévue. Mais comment croire que cette décision politique opportune pour les concurrents privés des chaînes de télévision publique, accessoirement amis de Nicolas Sarkozy, ayant grandement facilité son élection, soit absolument fortuite, et ne soit pas avant tout destinée à avantager les chaînes privées de télévision du groupe Bouygues. Comment ne pas imaginer que cette disparition des produits publicitaires, vraisemblablement insuffisamment compensée par des prélèvements nouveaux qui disparaîtront probablement prochainement (s'ils sont un jour mis en oeuvre ... taxe sur les recettes publicitaires des chaînes privées ...), ne permettra au service public de continuer à concurrencer durablement ces mêmes chaînes privées, les privant des moyens nécessaires pour se développer ?

Il y eut aussi la possibilité laissée aux membres du gouvernement de retrouver leur mandat législatif après leur départ du gouvernement. Cela ressemble à une réformette. Mais on sort de cette manière de l'esprit de la constitution voulue par le Général de Gaulle (et par les constitutionnalistes qui y travaillèrent) pour en revenir aux pratiques de la trroisième et quatrième république, qui fûrent marquées par une forte instabilité politique, que cette mesure était justement chargée de limiter. Pour mémoire, les gouvernements sous la quatrième république duraient souvent à peine quelques semaines, au gré des changements d'alliance entre partis politiques. Or, en forçant les parlementaires ont perdre leur mandat électif en rentrant au gouvernement, cette instabilité gouvernementale était fortement limitée. La différence tient évidemment pour l'instant à un mode de scrutin différent (majoritaire et non plus proportionnel) qui ne conduit pas aujourd'hui à une telle instabilité. Mais dans le cas où une majorité claire ne sortirait pas des urnes, un jour prochain, tous les ingrédients d'une instabilité politique seraient de nouveau réunis, pour une réformette voulue par Nicolas Sarkozy dans un but uniquement favorable aux intérêts des élus UMP (puisqu'ils fûrent seuls à voter cette réforme constitutionnelle).

Il y eut encore la dépénalisation du droit des affaires, voulue par Nicolas Sarkozy, sans que l'on puisse éviter de s'interroger sur l'intérêt qui trouveront les grands patrons, proches appuis de Nicolas Sarkozy ... Mesure qui gênera d'ailleurs toutes les poursuites judiciaires et pénales qui seraient ultérieurement lancées par des petits porteurs grugés (mais aussi les riches victimes de Madoff, qui heureusement ne dépendront pas de la justice française, où Madoff ne pourrait être inquiété grâce à cette réforme sarkozienne, mais dépendront de la justice américaine ... sur laquelle notre hyper-président n'a pas encore prise ...) à l'encontre des profiteurs et des dirigeants frauduleux qui les auront ruinés.

Il y eut enfin la disparition du juge d'instruction, que Nicolas Sarkozy vient de décider personnellement, selon toute vraisemblance. La disparition des 'hommes les plus puissants de France' pose problème car il s'agit malgré tout d'un des fondements de notre système judiciaire et de l'équilibre des pouvoirs dans notre démocratie. Ce magistrat, chargé d'instruire à charge et décharge, même s'il instruisait plus souvent à charge (comme dans l'affaire Outreau) qu'à décharge comme il en avait l'obligation, constitue malgré tout une pièce maîtresse de notre démocratie. Désormais, notre sort reposera entre les mains de force de l'ordre dont je ne suis pas certain de leur équité et de leur parfait respect des droits des justiciables, d'un parquet inféodé aux ordres du pouvoir politique, et d'avocats qui en France savent parfaitement plaider mais ne savent pas jouer pas le rôle qui leur est dévolu dans un pays comme les Etats-Unis, où la recherche de preuves innoccentant le plaignant leur incombe. Comment oublier que dans ces conditions, aucune poursuite judiciaire contre le parti politique au pouvoir ne sera désormais plus possible, de leur parquet inféodé aux ordres de la chancellerie ? J'en vois l'intérêt pour le parti du président de la république, mais pas pour la démocratie française. Comment les intérêts privés peuvent-ils se substituer à l'intérêt public ?

Il faut que cela cesse !


Réflexion vingt-neuf (24 décembre 2008)
Considérations sur la démocratie en cette veille de Noël (suite) ...


Rien ne va plus en France. Ce sera Noël demain, mais Julien Coupat et Yldune Lévy demeureront en prison, lui à la Santé, elle à Fleury Mérogis ... Le père de Julien Coupat a raison de dénoncer un acharnement à l'encontre de son enfant. Cette décision a été prise par la présidente de la cour d'appel de Paris, alors qu'un juge des libertés et de la détention avait précédemment ordonné leur remise en liberté.

Une démocratie se mesure au traitement accordé au plus humble de ses justiciables. Au même moment, on apprenait la grâce présidentielle accordée par Nicolas Sarkozy à Jean-Charles Marchiani, ex-préfet du Var (parmi vingt-sept autres détenus méritants), précédemment condamné à trois ans de prison pour corruption et emprisonné depuis quelques mois, mais dont certaines personnes (d'anciens otages au Liban dont il avait obtenu le relachement) souhaitaient la libération ... Sans compter ses appuis à l'UMP ... Par cette grâce présidentielle, Jean-Charles Marchiani pourra bénéficier presque immédiatement d'une mesure de libération conditionnelle avant l'achèvement total de sa peine. On n'ose imaginer que cette mesure de libération puisse être décidée par la même présidente de la cour d'appel, et on n'ose imaginer le traitement qu'elle en ferait ... ni qu'il puisse être différent de celui réservé à la demande de Julien Coupat ...

Sous ce gouvernement libéral, j'ai de plus en plus de peine à convenir que la France puisse demeurer une véritable démocratie, qui respecte encore nos droits individuels et les libertés publiques ... entre une presse muselée, une justice aux ordres, une droite décomplexée et une police également décomplexée et libérée ...

L'acharnement dont font l'objet ces jeunes gens et leurs compagnons, apôtres d'une révolution menée contre le capitalisme, par un pouvoir exécutif qui ne partage évidemment pas la même haine du capitalisme et de l'argent, de la puissance et des réseaux occultes, par un système judiciaire et policier qui ne hait jamais rien autant que l'idéalisme, me pose problème. Il est aberrant que ce pouvoir politique continue de voler au secours du capitalisme lorsque celui-ci a failli, sans poursuivre aucun des responsables de cette gabegie, mais s'acharne sur quelques jeunes idéalistes qui rêvent de révolution et qui ont pu éventuellement endomager quelques lignes de chemins de fer ... Dans la droite ligne des actions menées par les résistants français contre l'occupant nazi, à l'époque de la seconde guerre mondiale.

Nous ne trouvons pas face à une possibilité de deux poids deux mesures ... Nous y sommes. Le pouvoir exécutif et judiciaire français semble vouloir faire un exemple de ces deux jeunes gens, parachutés comme icônes à la fois de la résistance à la droitisation de la République française et au capitalisme financier, et à la fois d'un terrorisme dont ce pouvoir excécutif fragilisé ne veut surtout voir s'implanter au centre même de la République française ...

En cette veille de Noël 2008, en cette deuxième année du quinquenat de Nicolas Sarkozy, à trois ans de la libération de la France de sa politique bling-bling libérale et partisane, que ces jeunes gens perdus dans une guerre qui les dépasse vraisemblablement, sachent que l'on pensera à eux, malgré leur enfermement dans nos prisons françaises.

Qu'ils soient persuadés que quelque soit leur implication dans de possibles actes de sabotage, leur cause était juste (à défaut d'être conforme aux lois de notre république), et l'acharnement dont ils font l'objet est profondément injuste. Et que d'autres avant eux avaient choisi la même voie pour combattre l'arbitraire et l'injustice, et que l'Histoire leur a donné raison. Et que leurs noms résonnent encore dans les annales de l'Histoire lorsque ceux de leurs adversaires ont été bannis des mémoires et sont frappés d'ignominie ... En espérant que quelque juge d'une cour d'appel lise ces quelques mots ...


Réflexion vingt-huit (18 décembre 2008)
Considérations sur la démocratie ...


Qu'appelle-t-on démocratie ? Question souvent évoquée dans ce blog, et interrogation sous-jaccente de nombre de mes réflexions. Petite remise en ordre de mes idées sur ce sujet sur la base de la définition de cette notion donnée par Wikipédia ...

« Le terme démocratie désigne un corpus de principes philosophiques et politiques, suivant lequel un groupe social donné organise son fonctionnement par des règles : élaborées, décidées, mises en application et surveillées par l'ensemble des membres de ce groupe, a priori sans privilèges ni exclusions.

(...) Le terme démocratie s'oppose historiquement aux systèmes monarchiques ou oligarchiques où le pouvoir est détenu et transmis au sein d'un petit groupe. Dans son sens originel (dans la cité-État d'Athènes du Ve siècle av. J.-C.), la démocratie (du grec ancien δημοκρατία dēmokratía, « souveraineté du peuple », de δῆμος dêmos, « peuple » et κράτος krátos, « pouvoir », « souveraineté ») est le gouvernement de tous (limités aux citoyens).

On résume souvent ce corpus à la formule d'Abraham Lincoln : « le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple », qui a été introduite dans la constitution de 1958 de la Cinquième République française. La caractérisation, par les articles ou prépositions « du », « par » et « pour », de la relation entre peuple et pouvoir qu'exprime le mot démocratie, n'est pas sans possibilité d'interprétations différentes, de l'idée et des principes qu'il contient, ni de leur mise en œuvre concrète. En ce qui concerne les régimes politiques qui en portent le nom, ou l'ont porté, ils se révèlent avoir été ou être très divers. Ainsi, aujourd'hui encore, il n'existe pas de définition communément admise de ce qu'est ou doit être la démocratie. Depuis Montesquieu, cependant, les régimes politiques sont distingués grâce à la séparation des pouvoirs.

(...) Les règles ou les principes qui régissent les modes de consultation des populations sont les éléments clef qui caractérisent toute démocratie. « La démocratie c'est le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple. » (Périclès, repris par Abraham Lincoln). Cette définition a deux conséquences directes :
- dans l'essence démocratique, les représentants d'un peuple ne peuvent être issus que de celui-ci, ce qui oppose fondamentalement la démocratie à tout système de type aristocratique, où le gouvernement est le fait d'une élite ;
- le gouvernement doit être pour le peuple et donc œuvrer dans le sens de l'intérêt général, par opposition à des décisions prises pour des intérêts particuliers ou dans l'« intérêt supérieur de l'État ». Une décision démocratique peut donc n'être pas populaire tant qu'elle vise effectivement et objectivement à l'intérêt de tous ; a contrario, une décision prise par un gouvernement ou un État pour garantir sa propre stabilité peut ne pas être d'essence démocratique (ce qui ne veut pas dire qu'elle est mauvaise) si elle ne concerne pas le peuple.

Souvent utilisé pour décrire la forme de gouvernement d'un pays, le terme de démocratie peut qualifier le fonctionnement de tout corps ou organisation sociale : société humaine, organisme public ou privé, associations, entreprise, famille, etc. Dans chaque cas, la notion de peuple doit être comprise comme l'ensemble des membres de l'organisation sociale.

Dans une démocratie l'ensemble des citoyens détient le pouvoir souverain et exprime sa volonté par le vote, selon le principe « un homme, une voix » ; ce principe peut d'ailleurs être considéré comme le fondement théorique principal de la démocratie. (Il existe des non-dits : si le mot « homme » est aujourd'hui compris en son sens général incluant les femmes ce n'était pas le cas à l'origine, l'âge minimum requis reste passé sous silence…).

Il n'existe cependant pas de critère officiel internationalement reconnu pour indiquer ce qu'est une démocratie ou ce qu'elle n'est pas. Les pays du bloc de l'Est se disaient avant 1989, par exemple démocraties populaires. La Chine se dit démocratique. Les régimes européens, qui pratiquaient la colonisation, se considéraient comme des démocraties, de même que les États-Unis qui pratiquaient l'esclavage puis la ségrégation. Et tous les pays possèdent des organes (comme les services secrets, voire des « officines » sans existence légale) dont le fonctionnement échappe à tout contrôle parlementaire.

Faute d'une définition universelle, on peut discuter sans fin sur le fait de savoir si un pays « est » une démocratie ou non. On pourrait toutefois s'accorder pour considérer qu'une « véritable » démocratie respecte les critères suivants :
- Égalité devant la loi : dans le cas largement répandu d'une démocratie représentative, où le peuple délègue son pouvoir souverain à des représentants, cela implique que lesdits représentants puissent être choisis par le biais d'élections libres ou par tout autre système équitable, par exemple le tirage au sort (cf. stochocratie) ;
- Garantie effective des libertés fondamentales, notamment : liberté de conscience, liberté d'expression, liberté de réunion et d'association, liberté de la presse, absence d'arrestations arbitraires, etc. ;
- Existence d'un système judiciaire basé sur des lois, librement établies par le peuple ou ses représentants, et respectées par le gouvernement et ses administrés ;
- Outre ces éléments, d'autres critères analogues sont confusément associés à la notion de démocratie : multipartisme, droit de propriété, liberté de culte, refus de la corruption des fonctionnaires et des élus (souvent nommé droits civils).

Ces principes reconnus comme nécessaires dans la culture occidentale contemporaine, sont considérés
- par les uns, comme universels ;
- par d'autres, comme spécifique à cette culture et donc dépourvus d'universalité, discutables, voire (à la grande indignation des premiers) comme de fallacieux outils d'impérialisme culturel de la part de l'Occident.
Dans cette querelle, des éléments de culture non occidentale mais reprenant les mêmes principes prennent une importance particulière, ainsi par exemple que la déclaration universelle qui a fait consensus à l'ONU.

La démocratie est une ligne d'horizon politique, un idéal (au sens strict du terme) vers lequel tendent des méthodes de gouvernement. Dans les faits, aucun système politique n'est « complètement » démocratique car un tel type de gouvernement supposerait une information totale et transparente, un niveau d'éducation et/ou d'instruction homogène dans la population citoyenne, l'empêchement constitutionnel de tout abus de pouvoir voire de tout risque de concentration des pouvoirs…

On constate cependant que toute démocratie se forme autour de 3 principes :
- Débat : échange libre entre personnes afin de prendre des décisions,
- Institution : pour permettre le débat et mettre en œuvre les décisions,
- Justice : afin que l'application des décisions se fasse avec le plus de justice possible.
Ainsi un état qui possède un parlement effectif et un gouvernement qui applique les décisions avec mesure est une démocratie. »

Définition extrêmement riche et touffue ... La question qui m'intéresse plus particulièrement consiste à savoir si je vis dans un état démocratique, et quels sont les états qui sont démocratiques. D'après Wikipédia, seuls deux états uniquement au monde se réclameraient non démocratiques, à savoir l'Arabie Saoudite et la junte birmane. Quelques autres pays se réclameraient démocratique tout en n'autorisant pas le pluralisme politique (la Lybie, la Syrie, la Chine et un état issu de l'ancienne URSS ...). Tous les autres états du monde seraient des démocraties. Et notamment l'ensemble de l'Afrique et de l'Amérique du Sud ...

Dans le cadre de la définition primordiale donnée de la démocratie ... « Le terme démocratie désigne un corpus de principes philosophiques et politiques, suivant lequel un groupe social donné organise son fonctionnement par des règles : élaborées, décidées, mises en application et surveillées par l'ensemble des membres de ce groupe, a priori sans privilèges ni exclusions » ... On s'aperçoit que très peu de régimes politiques respectent ces principes ... Très peu d'entre nous, citoyens français, n'avons pu élaborer les règles de fonctionnement de la démocratie française, et très peu d'entre nous pouvons surveiller leur mise en application et leur respect par nos dirigeants.

L'absence de privilèges et d'exclusions n'est plus non plus appliquée en France ni dans la majorité des sociétés occidentales capitalistes, où la richesse et l'appartenance à des réseaux de reconnaissance et de pouvoir sont des critères majeurs de différenciation entre les citoyens, et conditionnent l'appartenance à l'élite. Nos sociétés sont toutes entières traversées par ses lignes de fracture, entre les puissants d'un côté et les citoyens lambda de l'autre.

Le fonctionnement de nos sociétés occidentales, dites démocratiques, est aussi marquée par le retour d'une forme d'élitisme, d'aristocratie, où un groupe non démocratique se réserve l'exercice du pouvoir et l'accès à la représentation politique. C'est le cas en France où l'accès à ces postes de responsabilité politique a été de tout temps réservé à des élites. Autrefois, il fallait être notable (ou bourgeois) pour être maire, député ou sénateur ... Aujourd'hui, il faut être énarque et encarté dans l'un des grands partis politiques, et y disposer d'un réseau de connaissances pour y obtenir une investiture dans une circonscription disponible. Peut-on vraiment dire que la France est une démocratie à ce niveau ? Difficile à accepter pour les dizaines de millions de citoyens lambda exclus du champ politique, ou qui serviront d'obscurs colleurs d'affiches anonymes pendant les campagnes municipales, cantonales, régionales, législatives, référendaires ou présidentielles ...

La garantie effective des libertés fondamentales, et notamment de la liberté de la presse, pose également de plus en plus problème dans une société capitaliste, où les puissances économiques et financières ont fait main basse sur la majeure partie des médias papiers et télévisuels ... La liberté de la presse et d'expression devrait être traduit par l'indépendance de la presse à l'égard des pouvoirs politiques et financiers ... Parout dans le monde, et pas seulement en France, des groupes capitalistiques énormes contrôlent les médias et l'information qui y est donné, en étant susceptible d'influer sur cette information et d'influencer l'opinion publique. Certains états disposent d'une presse d'exception, que le capitalisme n'a pas réussi à museler ... La France se distingue par un journalisme qui ne respecte pas souvent son devoir d'investigation ... Il y a beaucoup de journalistes et de directions éditoriales aux ordres des puissants ... Et il y a surtout une culture de l'arbitraire publique ... L'arrestation arbitraire et disproportionnée d'un ancien directeur du journal Libération n'est-il pas un message d'avertissement donné par Nicolas Sarkozy, à travers une police instrumentalisée, à l'ensemble de la profession journalistique ? Du genre ... 'Faites attention' !

Les Etats-Unis eux-mêmes ont de nombreux attributs d'un régime démocratique, reposant sur l'action exemplaire de nombre de leurs élus (contre l'usage de la torture dans la 'guerre contre le terrorisme'), de nombre de leurs journalistes d'investigation, mais en même temps, pâtissent des mêmes travers que nombre d'autres états occidentaux, notamment liés à la puissance des forces capitalistiques qui y disposent de relais et de lobbys puissants, aux contraintes imposées par la guerre contre le terrorisme qui ont conduit à la création de tribunaux spéciaux pour lutter contre le terrorisme, qui ont conduit à légitimer l'usage de la torture pour obtenir des informations ... Ou à cautionner des états violents et agressifs (tels Israël ou les régimes militaires sud-américains) et à accepter que ces états tuent certains de leurs concitoyens dès lors que ces derniers ne respectent pas l'opinion du pouvoir (Rachel Corrie en Israël écrasée par l'armée israëlienne parce qu'elle s'opposait à la destruction de maisons palestiniennes) ...

D'une certaine façon, l'existence d'une démocratie dépend du désir du peuple. Ce qui est fondamental dans cette interrogation, ce n'est pas de savoir ce qu'est une démocratie, mais de savoir comment une démocratie peut disparaître, et l'exemple historique flagrant de cette possibilité est le cas de l'Allemagne nazie, lorsque, à un moment quelconque des années 1930, la démocratie de Weimar a laissé la place à une dictature fasciste.

Ou autrement dit, non pas de savoir ce qu'est une démocratie, mais à partir de quand un état ne peut plus être considéré comme une démocratie. Ou encore, quel est le critère déterminant pour considérer ou non que l'on vit ou non dans une démocratie.

... Dans le cas de la France d'aujourd'hui, où le pouvoir politique est confisqué depuis des temps immémoriaux par une élite non représentative du peuple, où l'égalité de tous est une construction factice inventée de toute pièce, où l'indépendance de la presse (le quatrième pouvoir) n'est plus assurée, où les forces de police ont de plus en plus de pouvoirs et de lattitudes pour contrôler et influer sur la population française et notamment sa fraction qui s'oppose au pouvoir cental ... Cette France-là est-elle encore une démocratie ?


Réflexion vingt-sept (23 septembre 2008)
Anna et la barbarie (suite ter) ...


Nous ne quitterons pas la notion de Barbarie ... cette fois encore ... La guerre est-elle une barbarie ? Le simple fait d'intervenir militairement dans un autre pays comme l'Afghanistan pour y maintenir la paix ou pour y permettre l'instauration d'un régime politique de droit, de type démocratique, est-il condamnable ? Le parlement français devait-il imposer le retrait des troupes françaises d'Afghanistan ?

Ce sont des questions importantes sur lesquelles on peut avoir des positions divergentes.

1) La guerre est effectivement un lieu où les hommes (ou les femmes) se laissent aller à leurs pires instincts, quelque soit leur nationalité, qu'ils soient français, américains, russes ou talibans. Rien à redire sur ce point. L'Irak récemment, où même des femmes soldats américaines se laissèrent aller à des actes inqualifiables sur des prisonniers irakiens ... La guerre d'Algérie où les soldats français comme les maquisards algériens se livrèrent à des massacres et à la torture ... La guerre en Tchéchénie dans laquelle les russes ne sont pas des enfants de choeur ... Faut-il qualifier ces actes de barbares ? Pourquoi pas ... On peut aussi estimer que l'homme au coeur des combats se laisse ramener à la part animale ou sauvage de sa personnalité ... Il n'y a pas une énorme différence ...

Maintenant, il faut aussi rappeler que les éventuelles exactions que pourraient conduire les armées occidentales sont désormais soumises à des enquêtes judiciaires et à des tribunaux militaires ... Les soldats occidentaux peuvent encore tuer (mais pas forcément au cours de toutes les opérations de maintien de la paix) mais dans le respect de certaines procédures d'engagement ... Les actes 'barbares' qu'ils pourraient ainsi commettre (si cela arrive) risquent donc d'être punis par nos lois occidentales ... Ce qui n'est absolument le cas pour les combattants talibans ou irakiens auxquels ils sont opposés, dont tous les actes de guerre ou 'barbares' qu'ils pourraient commettre sont considérés comme des actes d'héroïsme et fêtés par leurs frères de guerre.

La guerre est donc certes barbare ... et non uniquement civilisée ou aseptisée ... mais encore faut-il définir ce que l'on met derrière ces termes de barbare et de civilisée ... et selon le point de vue duquel on se place, les mêmes évènements ne sont pas ressentis et vécus de la même manière ... Terrible subjectivité du champ de bataille ...

2) Il en va de même de l'appréciation que l'on peut porter sur la guerre d'Afghanistan et sur l'engagement de soldats français dans cette guerre. Le parlement français, qui a voté hier la poursuite de la participation française à la force d'interposition de l'OTAN, et à la traque d'Oussama Bin Laden, a-t-il eu tord ? Aucune guerre ne peut être menée avec l'assurance d'avoir zéro tué ... Il y aura forcément des morts, d'autres morts français dans cette guerre contre les Talibans en Afghanistan ... C'est un risque que les soldats français engagés connaissent, du simple fait d'avoir choisi de devenir soldat pour la France, tout comme leur famille le connaisse également ... On ne s'engage comme soldat si l'on ne veut pas courir un tel risque ... Même si peut-être tout le monde n'en mesure pas le risque lorsque l'on s'engage dans les armes ... Raison certainement pour laquelle un certain nombre d'internautes telle Anna ne se sont pas engagés ... ou moi ...

3) Une démocratie telle la France peut-elle fuir d'Afghanistan parce qu'elle craint la mort de ses soldats, parce qu'elle craint la guerre contre un ennemi fanatique comme les talibans ? Est-ce la peur qui doit gouverner la politique étrangère de la France. Le fait que cette décision ne soit pas uniquement du ressort du gouvernement français, mais que le parlement français, beaucoup plus représentatif, soit appelé à voter sur la poursuite de la guerre, me semble quelque chose d'extrêmement favorable et constructif. Evidemment, les mauvaises langues ne satisferont pas d'un tel vote pour peu que le résultat ne soit pas celui qu'il voudrait. Il y a surtout une extrême facilité du parti politique situé dans l'opposition, qui peut expliquer qu'il votera non à la poursuite de cette guerre, puisque son vote n'influencera pas le résultat du scrutin, où la charge du résultat repose sur le parti majoritaire. Dans une situation différenten, dans le cas où le parti socialiste aurait été au gouvernement, ou il aurait été majoritaire à l'assemblée nationale, ses leaders auraient-ils pris la même décision de voter contre le maintien de la présence française dans l'OTAN en Afghanistan ? On ne le saura pas. Mais les Etats-Unis donnent souvent à nos hommes politiques des leçons de courage politique dont les nôtres sont souvent radins, limités par leur mesquinerie et leurs intérêts personnels ...

Mais, quel que soit le parti politique qui sera au pouvoir en France, il faut espérer que jamais notre démocratie ne reculera par peur face au fanatisme et à l'extrêmisme de quelques ennemis. Mais chacun est libre, après tout, de sa position ...


Réflexion vingt-six (21 septembre 2008)
Anna et la barbarie (suite bis) ...


J'estime personnellement que la notion de barbarie est fondamentale pour une philosophie humaniste et morale. Je ne peux donc laisser Anna se saisir seule de cette notion ... Non pas que son approche ou son présence sur la blogosphère soit indispensable comme elle le croit ... Mais par le fait que l'on ne peut laisser sur de tels sujets une vision totalitaire être la seule approche présentée. Toutefois, à la différence de cette internaute, je la cite, notamment pour que toute personne bien intentionnée puisse la lire également pour se faire par soi-même une idée. Libre ensuite que ce lecteur estime, comme Parker, que la vision d'Anna est plus conforme à la sienne. Cela ne me gêne pas, tant que l'on peut respecter l'opinion des autres et le droit des autres à avoir une opinion différente. Par différence avec Anna, je ne déforme pas non plus volontairement son pseudonyme comme elle a pu le faire dans l'un de ses récents articles ('un saut qui cratte' ... je suppose qu'elle a trouvé cela rigolo) ... ce qui dénote un comportement de cours de maternelle ... et ne correspond pas à l'âge de la photographie affichée sur son blog ... J'estime pour ma part que ne pas citer un contradicteur (même nul) ou déformer son pseudo n'est pas digne du dialogue démocratique qui doit être la norme sur cette blogosphère ... Oh, ce n'est pas très grave ... Si le monde était peuplé de gens bien élevés, ce ne serait plus le monde mais une utopie.

Pour en revenir à la Barbarie, et pour citer une fois encore Anna ... Sa nouvelle thèse du jour, c'est que l'holocauste ou les lois anti-juives de Vichy s'expliquent par une peur de la supériorité de la race juive sur les races européennes ... Mais il me semble que cette concession au sionnisme lui sert simplement ensuite à généraliser cette supériorité à l'idéologie islamiste ... D'où l'idée donc que notre peur de l'islamisme s'explique par notre conscience de sa supériorité en tant que race ou peuple ... Si j'ai bien compris ce qu'Anna veut dire ...

« (...) Ca ce n'est pas du colonialisme, c'est peut être la peur d'être...colonisé par une race supérieure.

Aujourd'hui nait la peur de l'impérialisme Islamique

A votre réflexion : il est peut être plus dangereux d'être un peuple considéré comme "supérieur" qu'un peuple asservi … »

Je ne connais et ne reconnais personnellement aucun peuple ou aucune race supérieur(e) aux autres ... Je ne reconnais non plus aucune religion comme étant supérieure aux autres. Je ne reconnais qu'une seule réalité ... Le fait que je crois en un seul ensemble religieux dans lequel je me reconnais ... J'ai eu la chance de naître dans une société humaine démocratique et dans une religion humaniste, qui n'entend pas conserver par la force et par une menace de mort ma croyance et le respect de ses valeurs ... et je n'en ai que plus de respect pour la société dans laquelle je vis et pour la religion dans laquelle j'ai grandi et dans les valeurs desquelles je crois ...

Parler de peuples supérieurs aux autres est une aberration. Penser que les peuples européens puissent s'estimer inférieurs à d'autres, et que cela explique les actes de barbarie auxquels ils se sont livrés à l'égard d'autres races me semble également grotesque ... Qu'Anna et quelques autres accusent les races européennes des actes barbares n'est pas neutre ... Car dans notre langue française, il me semble qu'il faut rappeler sans arrêt que « traiter un adversaire de 'barbare', c'est le priver d'une partie de son humanité, de son statut d'homme civilisé. » En déshumanisant et en décivilisant l'homme ou la femme européenne, que vise Anna et les autres ? Une nouvelle entreprise d'extermination ?

La barbarie n'existerait donc pas ? En fait, est considérée comme barbarie tout acte qu'un autre peuple ne comprend pas, tout comportement suffisamment contraire aux usages de ce peuple pour que cette violation des usages soit considérée comme une agression contre la culture de cet autre peuple ... Le barbare est un agresseur, sans morale, sans humanité, sans civilisation ... Et le barbare se doit d'être anéanti, car se joue alors la survie de la société qui est attaquée ... Voilà de quoi est constitué l'idéologie de la barbarie et du barbare.

Evidemment, les races européennes n'ont pas inventé la barbarie (il y a également eu des barbares à l'intérieur des races européennes ... les germains) ... Et Anna n'a pas innové dans cette réflexion sur la barbarie ... Michel Foucault ayant bien avant elle, dans ses cours de 1976 au Collège de France, approché cette notion du barbare dans l'histoire française ...

Pour les sociétés les plus archaïques de notre planète, pour les peuples de chasseurs-cueilleurs des forêts amazoniennes, seul leur peuple peut porter le nom de 'hommes' ... Les autres peuples qu'ils rencontrent sont des 'non-hommes' ... contre lesquels ils sont forcément en guerre (exemple rapporté par Pierre Clastres dont son étude des Guyakis, qui signifie 'hommes'). Traiter son adversaire de 'non-homme' ou de 'barbare' est ainsi un trait permanent (ou invariant culturel) de la race humaine, depuis des temps immémoriaux (car ces sociétés de chasseurs-cueilleurs ne sont rien d'autres que les dernières survivances des premières organisations humaines que l'humanité a connu ...

Comment échapper à cette classification de l'autre comme 'barbare', comme 'non-humain' ? Comment accepter le multiculturalisme tout en ne classifiant pas ces cultures en fonction de mérite ou de valeur supérieure ? Et comment les peuples européens pourront-ils continuer de co-habiter avec des peuples qui n'auront pas réussi cette évolution vers le relativisme culturel et le relativisme moral, face à des peuples ou à des religions qui en sont demeurées au stade de la diabolisation et de la déshumanisation de l'adversaire, pour mieux tenter de l'exterminer ?... Le dialogue étant déjà impossible avec quelqu'un comme Anna (qui ne semble pourtant pas très différente de nous), comment sera-t-il possible de continuer à dialoguer avec des cultures et des religions qui n'accordent aucune valeur à l'autre ?... Mais qui nous accuserons de les traiter en barbares ...


Réflexion vingt-cinq (17 septembre 2008)
De la barbarie (suite) ...


A son époque, le fait que Michel de Montaigne puisse écrire que les européens étaient tout autant 'barbares' que les peuples étrangers rencontrés n'avait rien de choquant, pour nous il s'entend (pas pour les européens de son temps). De son temps, l'Europe était plongé en pleine guerres de religion, dans les affres du fanatisme religieux, à l'époque notamment de la Sainte Inquisition espagnole qui faisait brûler vifs et vives 'sorcières' et héritiques, juifs et maranes ... Une Europe à feu et à sang ... En regard, les coutûmes 'barbares' des peuples sauvages rencontrés de par le monde par les explorateurs européens (canibalisme ...) n'étaient guère plus horribles en soi que les assassinats réalisés par les européens au nom de Dieu.

Ces temps de fanatisme religieux nous paraissent aujourd'hui en quelque sorte, non pas 'barbares', mais 'troublés', par difficulté de nous auto-juger et de nous condamner nous-mêmes et nos ancêtres.

Ce qui me paraît par contre inacceptable, c'est de déclarer que l'époque dans laquelle nous vivons en Europe, une époque où nos lois sont votées démocratiquement par nos parlements, peut-être non parfaitement représentatif de la société française, mais fonction d'un mode de désignation par essence démocratique (mais favorable à des élites constituées) ... que cette époque est une époque barbare, et que nous autres, citoyens français respectueux des lois, nous sommes aux yeux de certains, des barbares ...

Cette méthode de diabolisation des opinions différentes ou divergentes, utilisée notamment par Anna, est inacceptable dans un dialogue démocratique ... La diabolisation de l'opinion de l'autre est une arme des extrêmistes, des régimes totalitaires, des régimes ou des personnes en guerre. Appeler 'barbarie' le simple respect de lois démocratiques sous prétexte qu'on les estime illégitimes, est un signe de refus du dialogue. S'estimer seul civilisé par rapport aux autres, que l'on voit comme des barbares, est le début d'une entreprise de déshumanisation de ses adversaires, qui au final peut débouler sur l'anéantissement de ses mêmes adversaires, comme le fit le nazisme en son temps. Les personnes qui comme Anna, présente souvent l'Europe comme un régime totalitaire criminel pour sa politique à l'encontre des étrangers en situation irrégulière, sont en fait très proche de basculer dans une idéologie elle-même totalitaire et criminelle ...

Traiter un adversaire de 'barbare', c'est le priver d'une partie de son humanité, de son statut d'homme civilisé. Comme je le rappelais, on est tous le barbare d'un autre peuple. Dans un régime démocratique, appliquer les lois de son pays n'est pas de la barbarie, même si certaines lois peuvent paraître dures ou receler une forme d'injustice. Ne pas les appliquer peut alors être un choix de vie, un engagement, et je ne dénie à personne ce droit de ne pas appliquer des lois qu'il estime contraire à ses valeurs, voire de prendre des risques avec sa vie (pas dans notre société) ou avec sa liberté pour aller au bout de son engagement, dans l'illégalité. Mais chacun est alors libre de son choix et d'assumer les risques qu'il a pris avec la loi. Je ne nie pas que certaines lois envers les étrangers en situation irrégulière puissent être dures. Mais on ne peut contester l'application aveugle d'une loi, sauf à refuser le principe même de la démocratie, et du fait que les lois doivent être les mêmes pour tous. Sinon, où nous arrêterons-nous ? Si on prend en compte la situation d'un sans-papier, pourquoi pas prendre en compte la richesse de l'accusé ou ses appuis politiques. Cela se produit déjà assez régulièrement. Dirons-nous également d'un juge qui ne respecte pas la puissance et les appuis politiques d'un accusé que c'est un barbare ?

Un étranger en situation irrégulière qui choisit de vivre dans un pays et de bénéficier de son système social sans qu'il y ait un droit de séjour prend des risques en ne respectant pas les lois de ce pays ... De la même manière qu'un chauffard qui ne respecterait pas la règlementation routière risque une condamnation s'il est arrêté, il en va de même pour un étranger en situation irrégulière. Que la sanction qui puisse être prononcée soit d'être rapatrié dans son pays d'origine ne me semble pas criminel, puisqu'il existe une procédure auprès de l'OFPRA pour les personnes en danger de mort. Quant aux autres, ils ne pourront pas évidemment se construire la maison qu'ils souhaitaient dans leur village. Ils ne pourront pas revenir en se faisant passer pour riches dans leur pays. Ils auront échoué, parce qu'ils auront joué (avec la loi française) et perdu. Ils mourront peut-être lors d'un nouveau passage clandestin, sur une barque de fortune aux larges des côtes de l'Europe ... Injuste ? Peut-être ? De cette forme d'injustice due au fait que l'on ne choisit pas son lieu de naissance, que la naissance est simplement dû au hasard génétique, à la main du destin et à tous autres principes qui président à notre vie sur Terre.

Pour conclure, nous ne devrions traiter nul peuple de 'barbare'. L'islam ne fait que traverser une heure très sombre de son histoire, une époque troublée, telle celle que l'Europe à traverser au sortir du Moyen-Age, une époque où le fanatisme religieux conduit une fraction de ses croyants aux pires exactions et aux pires folies ... Une époque qui durera certainement encore quelques siècles ... Période pendant laquelle cette religion sera un danger pour l'ensemble des peuples qui l'entoure, à moins qu'elle ne se déchire elle-même, comme le fit le catholiscisme sous l'Inquisition espagnole. Une époque troublée certes ... non une époque de barbarisme ...


Saucratès


21/11/2010
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Morale et politique (2)

Réflexion vingt-quatre (16 septembre 2008)
Sur la barbarie - Réponse à Anna ... ad nauseam ...


Dans sa note du jour, Anna nous explique, ad nauseam, que ce sont nos sociétés occidentales qui sont des sociétés barbares ... que la barbarie, ce sont nos lois à l'encontre des sans-papiers ... Pour elle, je la cite ... « La barbarie c’est quand vous n’êtes plus considéré comme un être humain qui a des droits. Que vous dites des choses, que vous affirmez des choses et que l’autre en face, celui qui a l’autorité sur vous vous regarde et que vous voyez dans ses yeux que vous pouvez dire tout ce que vous voudrez, il a déjà décidé que vous n’avez aucun droit, qu’on va vous renvoyez là d’où vous venez même si là où on vous envoie vous savez que vous allez crever. »

Est-ce cela la barbarie ? Les lois françaises et les réglementations européennes, votées démocratiquement par des instances représentatives démocratiques, sont-elles des lois barbares ? Pour être barbare, suffit-il d'appliquer des lois, de défendre les lois d'une société, et de ne pas laisser toute la misère de la planète et surtout de l'Afrique se déverser sur nos côtes, dans nos villes, dans nos maisons ? Est-ce une bonne définition de la barbarie ?

Anna pense « (...) qu’il y a des lois mauvaises et que personne n’est obligé d’appliquer une loi ou de laisser appliquer une loi quand elle est mauvaise. Que c’est ça être civilisé. » (que l'on m'excuse de citer Anna dans ce post ...). Cette définition a fonctionné évidemment pour d'autres époques troublées qu'a connu la France, lorsqu'en vertu de lois 'françaises', on déportait des êtres humains vers des camps de concentration et vers la mort en Allemagne nazie. Par un raccourci saisissant, Anna généralise cette période d'occupation de la France par les forces nazies allemandes à des lois prises démocratiquement à l'encontre des immigrés économiques qui séjournent clandestinement en France ou en Europe. Le problème est évidemment d'arriver à déterminer selon quelle modalité des lois doivent être considérées comme mauvaises.

Pour en revenir au vocable de 'barbarie', ce n'est pas la définition que retiendrait toute personne qui ressent une quelconque patriotisme et une certaine fierté d'être français ...(même si seul le hasard fait que l'on naît français ... ou américain ou antillais ou fils ou fille de milliardaire) ... patriotisme qui est enseigné à l'école mais doit aussi être cultivé ... patriotisme que les jeunes militaires français assassinés par des talibans en Afghanistan avaient chevillé au corps, au point de mourir pour leur patrie ...

Alors qu'est-ce que la barbarie ? Selon Wikipédia, la barbarie « traduit à la fois le mépris pour l’autre, l’étranger et la crainte qu’il inspire. Selon Michel de Montaigne, qui vécut l’époque « barbare » des guerres de religion de la fin du XVIe siècle : Chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage. »

« À l’origine, le terme barbare - emprunté en 1308 au latin barbarus, lui-même issu du grec ancien βάρβαρος (bárbaros) (« étranger ») - était un mot utilisé par les anciens Grecs pour désigner d’autres peuples n’appartenant pas à la civilisation grecque, dont ils ne parvenaient pas à comprendre la langue. Barbare signifiait ainsi simplement 'non-grec'. »

« Les Romains percevaient les barbares comme une menace. Après une première alerte à l’approche du Ier siècle av. J.-C. (Cimbres, Teutons), ils seront soumis cinq siècles durant à cette pression barbare, qui emportera finalement une partie de l’empire qu’ils avaient constitué et leur civilisation. La deuxième vague de ce qu’on appellera par la suite les invasions barbares a lieu au IIIe siècle, lorsque les Francs et les Alamans dévastent la Gaule, l’Espagne et l’Italie du Nord. Les Romains ne pourront résister aux grandes invasions et seront emportés par la vague barbare qui submerge la partie occidentale de l’empire. »

« Aujourd’hui, ce terme désigne un individu ou un groupe social considéré comme cruel, inhumain, non éduqué, violent, de mœurs rustres, etc. En illustre le barbarisme en linguistique. »

A noter toutefois « qu'à l’époque où ils commencent à commercer avec les Japonais, aux XVIe et XVIIe siècles, les Européens seront considérés par ceux-ci comme des 南蛮貿 (なんばん) (Namban), c’est-à-dire des 'Barbares du Sud' ».

Toujours selon Michel de Montaigne cité par Wikipédia, « Nous les pouvons donc bien appeler barbares, eu esgard aux règles de la raison, mais non pas eu esgard à nous, qui les surpassons en toute sorte de barbarie. »

Tout ceci pour dire quoi ...

Que l'on est toujours le barbare de quelqu'un d'autre ! Et qu'aucune époque n'y a jamais échappé ... Cette interprétation des islamistes en barbares s'explique simplement par l'incompréhension de l'Occident catholique, libertaire et libéral, baigné par les droits de l'homme et l'individualisme (méthodologique), vis-à-vis de l'idéologie de l'islamisme, de son fanatisme religieux, et du culte de la mort et du sacrifice qu'ils professent. Diaboliser son adversaire a été le propre de toutes les guerres. L'Amérique est ainsi le 'Grand Satan' pour les islamistes ... C'est simplement tristement humain.

Anna, qui nous traite presque tous de barbares, n'est pas elle-même une barbare ... Plus vraisemblablement une Don Quichotte moderne ayant trouvé quelques moulins à vent (ou éoliennes dans nos contrées) à combattre ... ou une personne dotée d'une énorme capacité à déformer la réalité ...


Réflexion vingt-trois (27 juin 2008)
Les sans-papiers, la loi et le principe de la dénonciation ...


Une assistante sociale a dénoncé à la police un sans-papier qu'elle avait rencontré dans le cadre de son travail ... J'imagine déjà les hurlements et les appels au lynchage dans certains milieux ... Cette dénonciation est-elle condamnable ?

La question me semble plutôt : qui sommes-nous pour juger de la validité de la Loi française ? De quel droit pourrait-on contester l'application de lois votées par un parlement et par un gouvernement légitime et démocratique ?

Parce que, si ces lois sont valides, il me semble qu'il y a alors lieu de les appliquer et de les faire appliquer. Et donc de dénoncer les contrevenants, même à la police. Il y a une exagération manifeste à comparer la situation actuelle des sans-papiers à la politique exterminatrice qui a visé les juifs sous l'Etat collaborationniste de Vichy. Les sans-papiers expulsés de France ne seront pas exterminés ni gazés dans leur pays d'origine. Simplement, ces clandestins ne bénéficieront plus des aides sociales et des services de santé français ... mais de celui de leur pays d'origine ... Peut-être que s'ils se battaient pour faire évoluer leur pays d'origine, au lieu de fuire chez nous, peut-être pourraient-ils faire évoluer leur pays d'origine et lui permettre d'échapper à la misère ...

Je ne saurais donc condamner cette assistante sociale. Elle a appliqué la loi française en dénonçant une personne ne respectant pas la loi sur le séjour ... Elle a joué son rôle et affirmé ses convictions politiques ou éthiques ... De même qu'en face, d'autres personnes cachent ces mêmes sans-papiers, jouant également un rôle qu'ils estiment éthique. Avec des risques personnels d'être poursuivis pénalement. Risques que ces personnes assument vraisemblablement. La Loi est faite pour être appliquée ... L'inhumanité, ce n'est pas d'expulser une personne dans le pays où elle est née, où elle a grandi ... Même si, pour une raison ou une autre, cette personne préférerait rester dans un autre pays, pour des motifs personnels ou financiers.


Réflexion vingt-deux (2 mai 2008)
"Dans les soirées, il y a toujours des invités qui arrivent à la fin, quand les premiers venus commencent à partir" ... ou l'adhésion tardive de la France, sous la houlette de Nicolas Sarkozy, au libéralisme, alors que les républicains eux-mêmes l'abandonnent aux Etats-Unis ...


Il y a vingt-cinq ans démarrait dans les pays anglo-saxons la révolution libérale, sous l'ère Thatcher et Reagan ... Ving-sept plus tard, il semble que cette révolution soit abandonnée par ses principaux inventeurs ... Le Royaume-Uni a depuis longtemps tourné la page du libéralisme après une décennie de politique blairiste ... Même si le Royaume-Uni, bien que dirigé par des travaillistes depuis plus d'une décennie, demeure par certains côtés plus libérale que la France, gérée majoritairement par des libéraux depuis également plus d'une décennie.

Les Etats-Unis s'apprêtent peut-être également à tourner la page de l'ère ultra-libérale, non pas en raison des futures élections présidentielles, qui risquent d'opposer le républicain Mac Cain aux démocrates Clinton ou Obama, mais en raison de la crise financière qui secoue les Etats-Unis et conduit à remettre en cause les dogmes du tout-marché ...

Les pays anglo-saxons découvrent ainsi aujourd'hui l'incapacité du secteur privé à gérer de manière éthique et durable les secteurs des infrastructures publiques ... transports routiers, transports ferrovières, transports aériens ... et certains de leurs politiques en arrivent à admirer les réseaux ferrés européens et notamment français, demeurés sous le contrôle de l'état ...

En effet, tout le monde connait le degré de vétusté des trains et des réseaux ferrés anglais ... La situation est également presque pareille aux Etats-Unis, avec des réseaux ferrés datant du dix-neuvième siècle. Les aéroports privatisés il y a quelques décennies construits précédemment dans les années 1950, sous Eisenhower, n'ont pas non plus fait l'objet des entretiens indispensables. Les Etats-Unis découvrent ainsi que seul un état, et en aucun cas le 'marché', peut lancer des programmes de construction d'infrastructures sans rentabilité immédiate ... Ils redécouvrent ainsi que seul l'état doit s'occuper des secteurs sources d'externalités positives .... éducation, gestion des infrastructures ...

Vingt-cinq ans après les pays anglo-saxons, les gouvernements libéraux français lancent leur programme libéral de privatisation de l'économie française ... Nicolas Sarkozy se pose en admirateur du libéralisme américain, dont il ne voit que les bons côtés ... (mais quels sont-ils ?) ... D'où cette boutade lancée sur Nicolas Sarkozy ... "Dans les soirées, il y a toujours des invités qui arrivent à la fin, quand les premiers venus commencent à partir" ... Nicolas Sarlozy et son gouvernement de 'libéraux décomplexés' vont-ils nous lancer dans l'aventure et les erreurs des remèdes ultra-libéraux justement maintenant lorsque les erreurs de ce modèle sont reconnus par tous ceux qui l'ont adopté vingt-cinq ans auparavant ?

A ce sujet, lire l'article du Monde suivant
//www.lemonde.fr/opinions/article/2008/04/30/greenspan-reagan-la-chute-des-idoles-par-sylvain-cypel_1040088_3232.html


Réflexion vingt-et-une (30 avril 2008)
Le verdict de l'affaire Sean Bell ou la confirmation que le racisme existe encore aujourd'hui aux Etats-Unis ?...


Les Etats-Unis, chantre de la démocratie, continueront d'occuper une part importante de mes réflexions en matière de politique, de morale, d'égalité des droits entre tous les citoyens, que l'on parle de droits civiques ou de droits sociaux.

La place accordée aux noirs américains au cours de l'histoire des Etats-Unis est tout particulièrement terrible. Voilà une nation qui a réduit en esclavage une partie de sa population, qui l'a ensuite maintenue dans la misère économique et sociale, dont une partie de la population blanche, affiliée au Khu-Klux-Klan, a pendu, tué et brûlé des dizaines de milliers de 'nègres' entre les années 1800 et 1950, afin de maintenir l'ensemble de la population noire du Sud des Etats-Unis dans la peur et dans l'inégalité civique et économique ... Sans même être certain aujourd'hui que le Khu-Klux-Klan est véritablement dissous et ne dispose pas d'appui dans les forces de police et dans les troupes fédérales.

Il serait ainsi tentant de considérer que le procès inique des assassins du jeune noir-américain Sean Bell, tué en novembre 2006, à la veille de son mariage, de cinquante balles de pistolet dans le corps, est un signe de la persistance du racisme aux Etats-Unis. C'est d'ailleurs un peu l'impression que semblent en donner les divers leaders des associations de défense en faveur des droits civiques lorsqu'ils sont intervenus apèrs le verdict.

Mais il ne peut être oublié que les accusés suspectés de ce meurtre étaient pour partie également des noirs américains (deux sur trois). Il est ainsi difficile d'argumenter sur un procès empreint de discrimination raciale. La justice américaine n'a pas ainsi gracié des policiers blancs ayant assassiné un jeune noir américain, mais des policiers noirs ayant assassiné un jeune noir américain.

Evidemment, on peut suspecter (avec raison) que le verdict du procès aurait pu être différent si la victime n'avait pas été noire mais avait été un jeune blanc avec des copains blancs. On peut donc parler avec raison de discrimination possible. On peut aussi imaginer que dans ce cas, les policiers ne l'auraient pas criblé de balles, sauf à imaginer que ces deux policiers noirs auraient voulu venger leurs frères noirs également abattus parfois par les forces de police ... ce qui en ferait un crime raciste mais dans l'autre sens ...

On peut donc parler de discrimination en ce qui concerne le verdict de ce procès, on peut parler d'un meurtre sur la base de préjugés sur les noirs américains, on pourrait même parler du procès de la peur, mais on ne peut parler de meurtre raciste ou de procès raciste ...

Comme l'écrit Lozès, cette affaire est celle des "stéréotypes, du délit de faciès et de la violence policière". Mais ce n'est pas celle du racisme.

Faut-il pour autant parler de délinquance policière ? Ou plus simplement d'incompétence policière ... Incompétence particulièrement terrible lorsque la moindre erreur peut se traduire par la mort d'innocents ... Les employés de bureau normaux, incompétents, ne courrent pas les mêmes risques, lorsqu'ils se trompent de tampons, ou donnent des conseils oiseux à leurs vis-à-vis ... Dans le cas des policiers, la moindre erreur est lourde de conséquences, ce qui accentue la pression qui repose sur eux ...

A qui la faute ... Aux policiers ? ... Aux milliers de jeunes noirs délinquants aux Etats-Unis qui n'hésitent pas à sortir des armes pour se défendre à l'encontre de la police ? ... A la justice et aux lois ? ...

Evidemment, pour la facilité des réactions à l'encontre d'un tel procès, il eut été préférable que la victime de ce meurtre n'eut pas été un homme ou une femme blanche, relativement âgé(e), habillé en costume-cravate de grande marque, travaillant visiblement à Wall-Street ... L'erreur des policiers eut été manifeste et leur tentative de meurtre évidente ... Mais ce n'est pas le cas ... Sean Bell était noir et jeune ... Les préjugés contre les jeunes, les noirs, le sexe et les habits ont la vie dure ... même dans les blogs ...


Réflexion vingt (23 avril 2008)
Comment une démocratie telle celle des Etats-Unis a-t-elle pu commettre autant de massacres à l'encontre des citoyens d'autres états ainsi qu'à l'encontre de son propre peuple ... histoire du massacre de Ludlow le 20 avril 1914 ... à la veille du début de la première guerre mondiale ...


L'histoire des Etats-Unis, bien que courte, est riche de massacres à l'encontre des natifs amérindiens, à l'encontre des noirs-américains, précédemment puis postérieurement à l'abolition de l'esclavage, à l'encontre du monde ouvrier et du monde syndical ... parmi d'autres.

Le massacre de Ludlow eut lieu lors de la longue grève du charbon qui s'est tenue au Colorado en 1913-1914, sur quatorze mois. La grève était organisée par le syndicat de l'United Mine Workers of America (UMW ou UMWA), qui engagea la lutte contre les trois principales compagnies minières du Colorado que sont la Colorado Fuel & Iron Company (CF&I) détenue par la famille Rockefeller, la Rocky Mountain Fuel Company (RMF) et la Victor-American Fuel Company (VAF). Le 20 avril 1914, deux compagnies de la Colorado National Guard mitraillèrent un important campement de grévistes mineurs à Ludlow dans le Colorado, puis y mirent le feu. Plusieurs dizaines de mineurs grévistes furent abattus, au cours des échanges de coups de feu ou en prenant la fuite. Douze enfants et deux femmes furent également brûlés vifs dans l'incendie déclenché par la garde nationale, en s'étant réfugiés dans des tranchées pour échapper aux balles des fusils mitrailleurs.

Des milliers de salariés, de mineurs et de syndiqués rejoignirent le Colorado avec des armes, envoyés par la United Mine Workers, la Denver Cigar Makers Union ... pour combattre la Colorado National Guard ... Des attaques de mines de charbon eurent lieu, des assassinats de gardes et des explosions de puits ...

Mais aucun surveillant de mines, dont nombre furent pourtant coupables de meurtres de syndicalistes au cours des quatorze mois de conflits, ni aucun soldat de la Garde nationale, ne furent inculpés pour meurtre pour ces faits. Et ce furent des troupes fédérales envoyées par Woodrow Wilson qui ramenèrent l'ordre dans le Colorado, alors que le mouvement de grève s'était essoufflé après ce massacre et la guerre civile qui s'ensuivit.

C'est cela l'histoire de l'Amérique. L'histoire de l'Amérique des perdants et des sans-grades ... Un monument de granite a été érigé à Ludlow en mémoire des grévistes tués lors de ce massacre et de leur famille.
//fr.wikipedia.org/wiki/Massacre_de_Ludlow


Réflexion dix-neuf (17 avril 2008)
La démocratie existe-t-elle réellement ... et ses rapports avec le développement économique ...


La démocratie, bien qu'étant un critère imparfait pour expliquer le développement économique, au sujet duquel on peut s'interroger à raison sur sa pertinence, existe-t-elle réellement dans les faits ?

Parce que je vis en France et que je suis de nationalité française, j'aurais plutôt l'impression qu'il faudrait parler de démocratie formelle. La difficulté pour les citoyens d'un pays d'appréhender la réalité quotidienne d'une démocratie s'explique par les difficultés de la délégation du pouvoir vers nos représentants. On n'appréhende véritablement une démocratie, avec ses avantages, ses inconvénients et ses limites, que lorsque l'on en est un élu. Mais c'est plus facilement envisageable dans les petites communes rurales, avec peu d'habitants, que dans les grandes agglomérations regroupant une centaine de milliers d'habitants, où le nombre de postes d'élus est relativement limité par rapport à la population éligible.

Le problème des démocraties tiennent aussi dans la confiscation du pouvoir de désignation des candidats dans les principaux partis politiques par des groupes non représentatifs, par une nomenklatura issue de grandes écoles (telle l'ENA), ou encore par des organisations secrètes telles des loges maçonniques. Lorsque l'égalité de tous devant la possibilité de se présenter aux élections désignant les représentants du peuple n'est pas respectée, lorsque les choix des citoyens semblent biaisés grâce à la confiscation du dialogue au bénéfice de quelques leaders autoproclamés et charismatiques ... Alors ces citoyens cessent de se croire en démocratie, pour se croire dans une forme de sondage d'opinions où une petite partie des citoyens confisquent les pouvoirs et la prise de décision à leur profit.

Ainsi, il m'est difficile d'assurer que nous vivons en France dans une démocratie. Cela a la forme d'une démocratie, les règles d'une démocratie, il y a des élections libres régulières pour choisir nos représentants, le choix entre ceux-ci est parfaitement libre, les élections sont le plus souvent normales, sans bourrage d'urnes, même si les candidats choisis par d'autres (même si la mise en oeuvre de primaires au PS et à l'UMP donne l'impression que les adhérents participent au choix), avec l'aide des médias qui leur donnent la stature indispensable pour pouvoir être connu et être élu. Mais est-ce vraiment une démocratie ? La France n'est même pas véritablement un état de droit, en raison des 'libertés' prises par un certain nombre d'entre nous avec les règles sociales de fonctionnement de notre société française.

Peut-on dire que la démocratie n'existe vraiment nulle part ? Après tout, la France n'a peut-être pas inventé la démocratie, même pas la république (Platon l'avait inventé avant nous !), mais c'est l'une des premières démocraties de l'ère moderne, et si la France n'est pas une démocratie, il n'existe pas de démocratie véritable, et en tout cas il n'en existe pratiquement aucune dans le monde en développement.

En fait, il n'y a pas de démocratie en France pour une raison ... Le non respect des principes fondateurs de notre démocratie, de notre république, ces trois mots écrits aux frontispices de nos monuments publics, de nos maisons du peuple (devenus aujourd'hui des entreprises commerciales et des chasses gardées au profit de certains) ... Liberté, Egalité, Fraternité ... à ne pas confondre avec ceux du régime de Vichy ... Travail, Famille, Patrie ... que nos gouvernements libéraux successifs semblent préférer défendre et appliquer ...

C'est l'absence d'égalité réelle entre les citoyens français, égalité à l'égard des puissances de l'argent, du pouvoir, des études, du milieu de vie, qui détruit notre organisation sociale, et la démocratie ... Le simple fait que certains puissent, grâce à des réseaux occultes, contrôler la vie publique, les désignations, les élections, l'économie française dans son ensemble.

Evidemment, ce contrôle occulte n'est pas formellement visible en France, au travers du prisme des médias qui sont également soumis à ce même contrôle, tandis que dans de nombreux états en développement, les mêmes contrôles sont plus apparents, car s'appuyant sur des institutions voyantes, telle l'armée, la gendarmerie, des clans ou des ethnies ...

Mais au fond, où se situe la différence ? Nulle part ! Le plus souvent, la démocratie n'existe pas, n'est qu'apparence ... Même si, ailleurs dans le monde, son absence peut prendre des formes beaucoup plus coercitive qu'en France ...

Il faut cependant se rappeler qu'il s'agit du moins mauvais système politique existant actuellement ... je n'irais pas dire le moins mauvais système de représentation politique que l'homme est inventé ... Car il me semble qu'il en a cependant existé de meilleurs dans un passé ancien ... Lire Pierre Clastres à ce sujet ... 'La société contre l'état' ...

De même, parler de peuples respectueux des lois, comme les allemands ou les japonais, ou à l'inverse estimer que les français sont un peuple dont une large partie préfère s'abstraire du respect des lois, est excessif, car, comme Comte-Sponville l'écrivait, le respect de la loi n'est pas suffisant en soi, sans le respect de la morale. Seule la morale, et au dessus d'elle l'éthique (ou l'amour) peut venir contraindre et orienter l'action en respect de la loi ... La loi sans la morale n'est rien ... Les allemands et les japonais furent un peuple extrêmement respectueux des règles dans les années 1930-1945 ... mais absolument pas respectueux d'une morale d'action non pervertie ...


Réflexion dix-huit (13 avril 2008)
Capitalisme, racisme, pauvreté ... Où il faut noter la persistance d'une même misère au travers des siècles ... Où le racisme ... qu'il touche les blancs ou les noirs ... présente la même forme et la même injustice ... et correspond toujours, que ce soit aux Comores, aux Etats-Unis ou autrefois en France, le même caractère d'un racisme d'état, officiel, haineux ...


Le racisme est-il UN ? Il me semble qu'il existe deux formes de racisme, l'un contre les noirs, l'autre contre les blancs. Il ne me semble pas qu'il s'agisse d'une même forme de racisme.

Le racisme contre les noirs repose sur une croyance de la supériorité (ou de l'infériorité) d'une race sur une autre. Anna disait que la notion de race n'existait pas ... Et pourtant, certains croient en l'existence de races différentes, et les différences de couleur de peau entre les personnes n'aident pas en la négation des races, que ce soit pour les blancs ou pour les noirs. Cette notion d'infériorité de la race noire (jaune ou rouge) a été extrêmement vivace au cours des siècles précédents. Elle aurait dû perdre en vigueur au vingtième siècle, et pourtant, il me semble qu'elle explique encore les sentiments racistes d'une partie des populations blanches de la planète. Elle serait aussi considérée comme une des explications du sous-développement africain pour un certain nombre de développeurs, installés en Occident ou en Afrique (fainéantise, corruption ...).

Le racisme des noirs contre les blancs ne repose pas, à l'inverse, sur un sentiment de supériorité. Ce racisme ressemblerait plus à une envie de vengeance pour l'histoire passée, à la haine qu'éprouvent naturellement les pauvres et les exclus contre ceux qui représentent les classes riches et favorisées de la société, voire à la pure haine de ce qui est différent, de ce qui est autre, par la couleur de peau, par la langue ou par les habitudes de vie.

Ces deux formes de racisme m'horripilent ... L'un par souci éthique et d'égalité, l'autre par ressentiment. Et il n'est pas évident, lorsque l'on est victime d'actes racistes, de ne pas se venger en basculant à son tour dans le racisme dans le sens inverse ... Et c'est clairement vrai pour les blancs comme pour les noirs ...

Au sens de l'histoire, le racisme a été un constituant fondamental et haïssable de la politique intérieure et extérieure américaine. On peut même penser que les Etats-Unis, premier état ségrégationniste de l'histoire, ne sont toujours pas sortis actuellement du racisme à l'égard des noirs américains ... Constituant fondamental de la politique extérieure américaine car l'histoire de l'île d'Haïti m'a toujours interpellé ... A la fin du dix-neuvième siècle, Haïti, qui s'était arrachée militairement à la domination française, à l'époque de l'esclavage, bénéficiait d'un niveau de développement relativement élevé ... Sa capitale était ainsi équipée d'un tramway, comme seulement les grandes capitales des états européens et des Etats-Unis ... Mais Haïti était considérée par les Etats-Unis comme une république noire, c'est-à-dire dirigée par sa population noire majoritaire ... Crime aux yeux des américains, dans cet espace américain, que la race anglo-saxonne estimait lui avoir été confiée par Dieu ...

Les Etats-Unis envahiront ainsi en 1915 la République d'Haïti ... Le prétexte officiel de l’occupation sera "l’établissement de la démocratie et des libertés civiles qu’elle impliquait". Le même prétexte avait déjà servi de caution à l'invasion des Philippines et à la guerre déclenchée contre les insurgés philippins à partir de 1899 (jusqu'en 1902) ... Guerres et occupations déclenchées par impérialisme, par volonté d'ouvrir de nouveaux marchés aux produits américains, et par racisme ... envers des peuples à la couleur de peau noire ... En regard, les exactions des comoriens à Mayotte et à Anjouan, le génocide des tutsis au Rwanda, ne sont pas pires ... Les crimes des américains et des européens jusqu'au vingtième siècle sont bien plus terribles ... et leurs conséquences sont encore visibles, que l'on regarde en Afrique ou à Haïti ...

Mais ces atrocités, commis au nom du racisme, mais aussi du patriotisme, qui poussèrent ainsi des régiments de noirs américains à participer aux massacres aux Philippines ou à Haïti, des noirs africains à appuyer les guerres de conquête françaises en Afrique du Nord et en Afrique occidentale, s'expliquent surtout par les intérêts des classes capitalistes qui contrôlaient les états européens au dix-neuvième et au début du vingtième siècle ... Le capitalisme, qui oppressait non seulement des peuples jugés inférieurs à l'extérieur des frontières des états occidentaux, mais aussi plus largement l'immense majorité de la population des états occidentaux ...

Est-ce différent aujourd'hui en Occident ? Ce qui frappe, c'est la ressemblance dans les descriptions des misères dues au capitalisme, à un siècle d'écart ...

En 1907, le poète Edwin Markham écrivait sur les immigrants travaillant à New-York : « Dans des pièces non aérées, les parents cousent jour et nuit. Ceux qui travaillent chez eux gagnent moins que dans les ateliers candestins. Et les enfants doivent oublier leurs jeux pour aller trimer auprès de leurs parents. On peut croiser quasiment à toute heure dans l'East Side new-yorkais ces garçons blafards et ces filles chétives, le visage inexpressif, le dos courbé sous le poids des vêtements empilés sur leurs têtes et leurs épaules, tous les muscles tendus par l'effort. Seule une civilisation cruelle peut permettre que ces petits coeurs et ces petites épaules ploient sous des responsabilités qui ne sont pas de leur âge ... »

En 2000, la journaliste Naomi Klein, dans son livre 'No Logo', décrit les conditions de travail dans les zones franches industrielles du Tiers-Monde, telle à Cavite aux Philippines : « A l'intérieur, on comprend vite que la rangée d'usines, chacune dotée de sa porte et de son gardien, a été soigneusement conçue pour faire tenir sur cette bande de terre le maximum de production. Des ateliers sans fenêtres, recouverts d'un revêtement bon marché, en plastique et en aluminium, s'entassent à quelques mètres les uns des autres. Les rues de la zone sont étrangement vides, et les portes ouvertes révèlent des rangées de jeunes femmes silencieuses penchées sur de bruyantes machines. » Des horaires normaux de travail de 7 heures à 22 heures ... six à sept jours par semaine ... obligation de faire des heures supplémentaires jusqu'à 2 heures du matin régulièrement ... travailleuses congédiées dès qu'elles atteignent l'âge de 25 ans ... dès que leurs doigts ne sont plus suffisamment assez souples ... (cf. pages 249 à 268)
//www.hcci.gouv.fr/lecture/note/no-logo-naomi-klein.html

Quelle différence y a-t-il donc entre ces deux descriptions, l'une à New-York au début du vingtième siècle, l'autre dans le Tiers-Monde, à l'orée du vingt-et-unième siècle, dans l'une des 850 zones franches industrielles de la planète, installées dans près de 70 états, et employant au niveau mondial 27 millions de travailleurs (selon le BIT dans les années 1990) ?

C'est cela le capitalisme !


Réflexion dix-sept (8 avril 2008)
Peut-on parler d'injustice en ce qui concerne la mort de Baba Traoré - et peut-on dire que la France est un état de non-droit ou un état qui pratique une politique officielle xénophobe ? Réponse à Anna ainsi qu'à Patrick Lozés (et accessoirement à l'éditorial du journal Le Monde)


Le journal Le Monde a sorti un éditorial titré "Incohérence et Injustice", en faisant référence à la mort de Baba Traoré, ce jeune malien âgé de 29 ans, mort noyé dans la Marne, en tentant d'échapper à un contrôle d'identité, selon la version policière.
//www.lemonde.fr/opinions/article/2008/04/07/incoherence-et-injustice_1031755_3232.html

Mais quelle injustice y a-t-il là dedans ? Qu'est-ce qu'aurait dû être la justice dans ce cas ? Aurait-il fallu régulariser la situation administrative de Baba Traoré pour que justice lui soit rendu de son vivant ? Et pour quelle raison ? Il était venu en France pour donner un de ses reins à sa soeur (qui devait donc être en situation régulière ou qui disposait de la citoyenneté française ...) ... mais à l'issue de son visa de séjour, il avait préféré demeurer sur le territoire français, en situation irrégulière. Comme à chaque fois par ailleurs, tous ses camarades ne tarrissent pas d'éloges à son égard ... Bizarre, ce ne sont jamais les dealers et les crapules qui disparaissent en s'enfuyant devant les forces de l'ordre, mais des gens toujours très bien. Et personne ne trouve cela suspect ...

Par ailleurs, comment Le Monde peut-il écrire ... "qu'au pays des droits de l'homme, il est révoltant de voir un homme se jeter à l'eau simplement pour échapper à la police" ?... Révoltant ? Est-il révoltant que l'on puisse avoir peur des forces de l'ordre et de la loi ? Supposons que je force un barrage de police en voiture, et que je me tue en fuyant les forces de l'ordre qui me poursuivent ... Cela serait-il révoltant ? Mais dans ce cas, les imbéciles seraient ceux qui s'arrêteraient aux contrôles de police sur les routes. Ce serait aussi ceux qui s'arrêteraient aux panneaux de stop, aux feux rouge, aux passages piétons ... Pourquoi respecter le Code de la Route s'il est révoltant de poursuivre des personnes en infraction ou de procéder à des contrôles sur les routes ou sur l'identité ? Pourquoi même avoir des lois ? Mais qu'est-ce que Le Monde souhaite comme société pour la France ? Une grande zone de non-droit ? Ou alors est-ce uniquement révoltant lorsque ces contrôles visent des jeunes noirs ou des jeunes provenant des cités ? Faudrait-il maintenant ne contrôler que les vieux blancs ? Ou bien créer un passe-droit pour certains jeunes ?

N'en déplaise à la blogueuse Anna ou à l'invité Lozès (qui a la fâcheuse habitude de supprimer de son blog tout message qui ne correspond pas à sa propre opinion ... cela permet ainsi d'éliminer toute confrontation de points de vue divergents), il est impropre de considérer que la France pratique une politique xénophobe à l'égard des sans-papier, ou que les contrôles d'identité sont inacceptables dans un état de droit.

Ces personnes n'ont certainement jamais dû vivre dans un véritable état de non-droit ... et doivent ignorer ce que cela représente de vivre dans un état où les droits individuels de chacun ne sont pas respectés, où l'arbitraire de l'administration, de l'armée, ou d'un membre quelconque du gouvernement peut vous tomber dessus et vous broyez ... La France n'est pas un état de non-droit ... Ne leur en déplaise. De toute façon, hormis la situation où les forces de police ne contrôleraient dans les rues que des vieux blancs bien habillés ... ces gens-là continueraient de crier au loup.

Quant à savoir si le nombre de reconduites à la frontière est excessif, si le gouvernement applique une politique chiffrée, il faudrait peut-être se demander si la France peut et doit régulariser tous les immigrés en situation irrégulière qui vivent actuellement en France ? Je me rappelle les paroles d'un homme de gauche célèbre lorsqu'il était premier ministre ... "La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde" ... Quoique puisse en penser Anna ou Lozès, il n'est pas possible pour la France d'accueillir tous les immigrés qui entreraient clandestinement dans notre pays. Il est même aberrant que ces personnes puissent bénéficier de soins médicaux gratuits ou d'aides sociales quelconques ... Et si la France ne peut les accueillir, il faut bien que ces clandestins soient rapatriés dans leur pays d'origine. Dire le contraire est irresponsable !


Réflexion seize (7 avril 2008)
Influence plus large des groupes secrets et autres loges maçonniques


Il y a quelques mois, un blogueur s'était étonné de mon absence totale de référence aux loges des franc-maçons et autres groupes secrets et à leur influence supposée sur le monde de l'économie et de la politique. En un sens, j'ai répondu à son interrogation hier, en envisageant la possibilité d'une théorie du complot auxquels auraient participé les plus importants dirigeants économiques occidentaux. L'existence de loges de franc-maçons de diverses obédiences étant un fait avéré, il est tout à fait envisageable qu'un certain nombre de ces personnes aient appartenu à des loges maçonniques communes et qu'ils aient pu concevoir un plan commun pour l'humanité et pour les économies occidentales.

Par ailleurs, il est également un fait avéré qu'un certain nombre de personnes utilisent leur appartenance à des loges de franc-maçons pour se hisser dans la hiérarchie sociale, usant de leurs connaissances et de leurs entrées auprès d'autres franc-maçons pour obtenir du pouvoir social. La franc-maçonnerie est un lieu de pouvoir, parmi d'autres choses, et les relations avec des frères ou soeurs bien introduits peuvent aider au déroulement d'une carrière.

Cependant, la franc-maçonnerie n'est pas que cela. Il est évident que seul un franc-maçon pourrait exposer une vue véritable sur ce genre de sociétés secrètes. Cependant, on peut avancer un certain nombre d'éléments sur la franc-maçonnerie. Elle est de création récente, puisque les premières loges de franc-maçons remontent au dix-septième siècle, en Ecosse d'abord puis en Angleterre. La franc-maçonnerie n'était par ailleurs au début qu'une organisation de corporations ou de confréries de métier (celle des maçons), comme il en existait de nombreuses autres (celle des 'franc-jardiniers' par exemple, apparue vers la même époque, au milieu du dix-septième siècle).
//fr.wikipedia.org/wiki/Oeuvre_maçonnique

A la fois selon Wikipédia et selon quelques maçons avec lesquels j'ai pu en discuter, la franc-maçonnerie prodigue à ses membres un enseignement ésotérique, adogmatique et philosophique à l'aide de symboles et de rituels. Elle encourage ses membres à œuvrer pour le progrès de l'humanité, tout en laissant à chacun de ses membres le soin de préciser à sa convenance le sens de ces mots. Elle réunit des personnes qui se sont données pour but de travailler à leur amélioration spirituelle et morale.

En même temps, les loges ne peuvent interdire le fait que des membres s'y introduisent pour se hisser dans la hiérarchie sociale grâce aux contacts qu'ils pourront nouer avec d'autres membres ... Les idéaux des loges maçonniques ne valent que pour ce que valent les hommes et les femmes qui les composent. Mais cela n'empêche pas qu'un certain nombre de maçons ne s'intéressent essentiellement qu'aux idéaux de la franc-maçonnerie, à la recherche de "leur amélioration spirituelle et morale".

Ceci ne doit toutefois pas faire oublier l'implication ancienne de l'état en France dans les loges maçonniques, puisque se fut Napoléon Ier, qui, au début du dix-neuvième siècle, imposa une réorganisation de la franc-maçonnerie autour du Grand Orient de France. Implication qui n'a certainement pas cessé, dans les deux sens, comme on le voit encore aujourd'hui ...


Réflexion quinze (6 avril 2008)
Influence des groupes secrets (et autres loges maçonniques) dans le développement du capitalisme et de la mondialisation


Est-il exagéré d'imaginer, comme je l'écrivais dans mon article précédent, que le processus de mondialisation puisse avoir été voulu par les principaux responsables capitalistes de la planète, dans le but de bloquer le développement des Etats Providence occidentaux et de freiner l'extension d'une large classe moyenne enrichie dans les sociétés occidentales ?... Est-ce de la paranoïa ?... En même temps, les principaux dirigeants capitalistes de la planète doivent certainement avoir des lieux de réunion où ils peuvent se retrouver secrètement ... Ainsi, il existe bien une société secrète du Mont Pélerin, fondée en 1947, notamment pour défendre les idées ultralibérales ... comme celles de Frédéric Hayek ... Evidemment, on y trouve essentiellement des économistes, et non des milliardaires occidentaux ... Il existe aussi le forum économique de Davos, qui réunit les principaux dirigeants politiques et économiques de la planète, mais il a été créé en 1971 (sous un autre nom).

Est-il raisonnable de penser que les principaux dirigeants et actionnaires des plus grands groupes industriels et financiers de l'Occident ne disposent pas de lieux pour se retrouver ? Est-il plus raisonnable d'imaginer que la mondialisation économique est un processus économiques 'naturel', qui a surgi par hasard à compter des années 1960-1970, perturbant les équilibres des économies occidentales ... Est-il plus raisonnable de croire que le hasard seul et le libre jeu de la 'main invisible' chère aux libéraux sont à l'origine du développement de la mondialisation, en liaison avec les comportements rationnels des industriels, qui les poussent naturellement à suivre les actions de leurs concurrents, et donc à délocaliser leurs productions ?

Mais qu'est-ce qui à pousser les premières entreprises à délocaliser leur production, avant que l'effet d'entraînement ne puisse jouer ? N'est-il pas au fond aussi raisonnable d'imaginer que la mondialisation a été la réponse des grands patrons au développement des Etats Providence occidentaux et des larges classes moyennes qui en ont découlé ? Un moyen qu'ils ont imaginé pour affaiblir les thèses économiques keynésiennes de l'Etat Providence, et rendre de nouveau légitimes les thèses économiques libérales défendues par la société du Mont Pélerin ... Fragiliser les soubassements des Etats Providence occidentaux en favorisant le développement d'un chômage de masse grâce à la délocalisation massive d'une grosse partie des productions précédemment fabriquées en Occident avec des populations ouvrières misérables sans droits ... Ce qu'ils avaient trouvé dans ces pays en développement, avec des gouvernements obéissants, comme en Occident au cours du dix-neuvième siècle ... le siècle d'or du capitalisme ...

Evidemment, aujourd'hui, le phénomène de mondialisation est devenue inséparable de notre monde ... et il est difficile d'accepter d'imaginer que son apparition ne s'explique pas par des phénomènes mécaniques ou naturels, mais que des volontés manichéennes en sont à l'origine, dans l'objectif de fragiliser les équilibres sociaux et économiques des sociétés occidentales ... ce qui est le résultat actuellement obtenu ... Par ailleurs, aucun écho de telles réunions ou de telles volontés n'étant jamais arrivé à nos oreilles, comment l'imaginer ?

Il nous reste simplement la théorie du 'Rasoir d'Ockham' ... ou 'principe de parcimonie' ... (« pluralitas non est ponenda sine necessitate ») ... selon laquelle l'hypothèse qui doit être préférée est l'hypothèse la plus simple parmi toutes celles qui sont échafaudées ...

... Est-il plus simple d'imaginer le hasard de la main invisible ayant entraîné le développement du phénomène de mondialisation, dont le résultat a été la fragilisation de nos sociétés occidentales ?

... Ou bien n'est-il pas plus simple d'imaginer que le phénomène de mondialisation est le résultat d'une action volontaire de grands groupes occidentaux, pour briser nos sociétés occidentales en s'appuyant sur une main d'oeuvre servile et des gouvernements en développement obéissants ...


Réflexion quatorze (4 avril 2008)
Morale et capitalisme (suite) ...


Le capitalisme qui a pris racine dans le monde occidental aux détours du dix-huitième et du dix-neuvième siècles européens y a ainsi pris une certaine impulsion qu'il est aujourd'hui pratiquement impossible de modifier. En se référant à l'arsenal théorique développé par André Comte-Sponville, on peut dire que la libération du capitalisme des limites de la morale et des contraintes du politique et de la loi est née quelque part au cours de ces années de capitalisme sauvage. Et tout l'enjeu des évolutions qui ont été observées depuis la dernière guerre mondiale, c'est une reprise en main du capitalisme par la société dans son ensemble, que ce soit en Europe ou aux Etats-Unis. C'est ce que l'on a appelé la création d'un certain modèle de société, un certain modèle social ...

Evidemment, après deux siècles de domination du capitalisme sur la société civile et politique, avec la complaisance des gouvernements successifs américains ou européens, les élites capitalistes de nos pays ne sont pas restées inactives pour contrecarrer la nouvelle organisation sociale qui émergeait dans les pays occidentaux. Nos pays ont ainsi enregistré deux mouvements contradictoires. Le premier mouvement visait à développer des moyens législatifs nouveaux pour instituer un certain nombre de nouveaux droits sociaux et légaux, à destination de tous les laissés pour compte de nos sociétés, de tous ceux qui n'appartiennent pas à l'élite financière, industrielle ou intellectuelle de nos sociétés. Le deuxième mouvement inverse correspondait aux efforts judiciaires et politiques des élites pour entraver l'obtention de ces nouveaux droits. D'une certaine façon, l'autre réponse du capitalisme au défi de ces nouveaux droits sociaux octroyés par des gouvernements qui avaient cessé de défendre les intérêts des puissants, a été le concept de la globalisation. Les entreprises capitalistes ont ainsi commencé à délocaliser massivement les emplois et la production dans des pays non occidentaux, à faible coût de main d'oeuvre, pour fragiliser à la fois les états occidentaux européens et américains et les politiques économiques qui pouvaient y être conduites.

L'attaque menée contre les modèles sociaux protecteurs occidentaux permettaient non seulement de fragiliser les avancées sociales obtenues un demi-siècle auparavant, non seulement d'infléchir les politiques menées par les gouvernements occidentaux pour les rendre moins favorables aux salariés et aux pauvres, mais surtout de fragiliser la théorie économique du 'wellfare state', pour en limiter la diffusion dans les autres pays et les autres économies de la planète, afin de rendre pertinentes les critiques libérales opposées par les détracteurs de cette théorie.

Et c'est un retour en force des théories libérales que l'on a observé à partir des années 1970 et surtout 1980, en même temps que des gouvernements libéraux, ouvertement favorables aux milieux financiers capitalistes comme dans les meilleures années du dix-neuvième siècle, étaient instaurés en Angleterre (Thatcher) et aux Etats-Unis (Reagan). Importations massives de produits fabriqués à l'étranger, détruisant les entreprises ayant refusé de se délocaliser, et l'emploi local ... chômage massif ... Parmi les effets positifs, il faut noter les gains de pouvoir d'achat des ménages, dont la compensation est toutefois la destruction d'emplois nationaux et le transfert de ces emplois à l'étranger ...

Conspiration ! Le terme est-il trop fort ? La globalisation (ou mondialisation) a-t-elle été une politique volontariste des élites capitalistes mondiales, ou bien s'agit-il d'un enchaînement de circonstances, d'hasards, de réactions aux actions d'autres entreprises ?...

Peut-être serait-il plus compréhensible pour tous ceux qui cherchent des réponses de comprendre qu'aucun hasard n'est à l'origine du phénomène de globalisation, mais que c'est la réponse des élites capitalistes aux avancées sociales consenties en Occident à leurs travailleurs.


Réflexion treize (3 avril 2008)
Morale et capitalisme


Le capitalisme est-il moral ? C'est la grande question concernant l'économie ... Il existe de nombreuses réponses à cette question, apportées par des penseurs aussi éloignés que André Comte-Sponville ou Karl Polanyi, parmi d'autres ...

Les dix-huitième et dix-neuvième siècles américains donnent une image extrêmement précise des relations qui se sont nouées au fil de ces deux siècles entre le capitalisme industriel et financier et le système politique de représentation du peuple américain.

Les Etats-Unis sont un exemple d'une concordance de vue et d'intérêts entre deux systèmes qui auraient normalement dû être dissociés, comme c'était le cas jusqu'alors dans de nombreux autres états ... Les Etats-Unis, puis la France à sa suite, à partir de l'établissement de la Deuxième puis de la Troisième République, ont donné l'exemple du développement d'un régime capitaliste.

La concordance d'intérêts entre les détenteurs du pouvoir politique et les détenteurs de la puissance financière a ainsi donné naissance à une architecture législative américaine qui a longtemps laissé les travailleurs américains sous la dépendance du capital financier ... Architecture législative qui a pour partie résisté jusqu'à nos jours, et qui explique par exemple que les salariés américains ne bénéficient pas encore obligatoirement de congés payés, mais que cette possibilité dépende des employeurs et soit librement négociable.

Comment cette concordance d'intérêts a-t-elle été possible ?... Quelle est la place de la morale dans ce fait ? ... Selon Compte-Sponville, on peut dire que le capitalisme est foncièrement amoral. En effet, seuls les hommes peuvent être moraux, pas le capitalisme qui n'est rien d'autre qu'une machinerie, un engrenage de relations commerciales et financières entre groupes, entre sociétés ...

Pour en arriver à cette vision du capitalisme, Comte Sponville définit quatre ordres de justification, avec des limites précises qui les distinguent entre eux ... 1. L'ordre économique, technique et scientifique - 2. L'ordre politique et juridique - 3. L'ordre de la morale - 4. L'ordre de l'amour.

Dans cette approche, chaque ordre vient limiter le précédent ... L'ordre politique et juridique vient limiter l'ordre économique, technique et scientifique, qui sans cet autre ordre, n'aurait plus de limites. Mais cet ordre politique et juridique porte en lui les germes de l'absolutisme et nécessite nécessairement d'avoir des limites portées par l'ordre de la morale. Ce troisième ordre doit cependant également être complété, car il est insuffisant selon Comte-Sponville. Un individu qui ferait toujours son devoir mais seulement son devoir serait un pharisien, il lui manquerait une dimension essentielle : l'amour (ou éthique). Cette dernière partie me semble plus difficile à accepter ou du moins plus tangente.

Selon Comte-Sponville, prétendre que le capitalisme est moral serait ainsi prétendre que le premier ordre serait soumis au troisième, ce qui lui paraît exclu par la structuration interne de chacun de ces ordres : le possible et l'impossible n'ont que faire du bien et du mal.

Dans l'ordre économico-techno-scientifique, rien n'est jamais moral. Rien n'est non plus immoral, car pour être moral, il faut pouvoir être immoral. Tout y est amoral, ce qui signifie que la morale est privée de toute pertinence pour expliquer un processus qui se déroule dans le premier ordre. Si nous voulons qu'il y ait une morale dans une société capitaliste, cette morale doit venir d'ailleurs que du marché.

Attention, il n'y a pas toujours contradiction entre la recherche du profit et la morale, mais il existe une différence fondamentale entre ces deux logiques. Parmi ce que le corps social attend d'une entreprise, il y a la création d'emplois. Mais une entreprise n'a pas pour but de créer des emplois, seulement de créer du profit. De fait, il arrive qu'une entreprise soit amenée à embaucher pour créer du profit, mais son but reste le profit. De même, même si nous avons besoin de justice et de liberté, il serait absurde de demander aux entreprises de produire cela, comme il est absurde de demander à l'Etat de produire du profit.


Saucratès


21/11/2010
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