Critiques de notre temps

Critiques de notre temps

Du développement


Du développement (6)

 

Réflexion quarante-huit (6 avril 2012)
Intermède : une nécessaire réorientation de l'aide au développement vers l'Afrique

 

Deux articles intéressants sur quelques enjeux du développement parus dans le journal Le Monde. L'un des auteurs, Serge Michailof, a travaillé à l'Agence française de développement. Il s'intéresse tout particulièrement à cette partie d'Afrique en marge du Sahel et ravagée par les guerres civiles. A l'heure où je suis en train de lire un bouquin d'économie du développement co-écrit par Esther Duflo où toutes les politiques de développement sont rapportées en terme de bénéfice de revenus futurs, une lecture moins micro-économique et un champs d'analyse beaucoup plus large me semble particulièrement agréable.

 

Ces deux articles prônent une réorientation de l'aide au développement française vers l'Afrique noire et sahélienne, tournée vers la population, vers la sécurité alimentaire, vers la sécurité politique, vers l'enseignement, vers le développement, et non plus fonction uniquement des intérêts économiques, militaires ou diplomatiques de la France. Les subventions vers l'Afrique ne doivent plus être anecdotiques dans l'aide au développement française (14 millions d'euros en moyenne par an pour les cinq pays du Sahel) mais en devenir une priorité nationale.

//www.lemonde.fr/idees/article/2012/03/29/le-nord-du-sahel-a-besoin-d-un-plan-marshall-pour-sortir-de-la-violence_1676940_3232.html

//www.lemonde.fr/idees/article/2012/04/05/les-risques-de-somalisation-du-nord-sahel-et-les-enjeux-de-l-aide-francaise_1680358_3232.html

 

 

Réflexion quarante-sept (12 décembre 2011)
La question stratégique des sols en Afrique en matière de développement ...

 

Je me ferais l'écho d'un article de presse intéressant paru dans le journal Le Monde sur la question de l'appropriation des sols en Afrique. Cet article se réfère lui-même à la dernière publication de l'Agence française de développement, le numéro 237 de la revue Afrique contemporaine, traitant des investissements agricole en Afrique.

//www.lemonde.fr/idees/article/2011/12/10/sols-d-afrique-un-actif-strategique_1617067_3232.html

//www.afd.fr/home/publications/afriquecontemporaine

 

Pour l'Agence française de développement, cette publication marque un retour sur un sujet fondamental en matière de développement : l'agriculture ... qui avait été totalement oubliée depuis de nombreuses années par cet organisme bilatéral de financement du développement, se préoccupant jusqu'à présent uniquement des thèmes de l'eau, du carbone, de l'urbanisme et tentant de se transformer en usine d'idées afin de promouvoir un directeur général voulant s'offrir une stature internationale ...

 

Cela avait notamment conduit l'AFD à passer complètement à côté des émeutes de la faim et de ne plus avoir aucune réponse à proposer sur le sujet central de la sécurité alimentaire et de l'autosuffisance alimentaire ... Mais il faut aussi rappeler que tous les organismes de développement avaient suivi la même politique en délaissant complètement le champ de l'agriculture ... dernière roue du carosse ou au minimum des discours et des préoccupations ...

 

Accessoirement, alors que les organismes de financement du développement n'accordaient plus aucune importance à l'agriculture, préférant financer l'urbanisme, les réseaux d'assainissement, les réseaux de transport publics, les réseaux d'adduction en eau, les centrales électriques, les mécanismes innovants en matière de développement propre, essayant de mettre en application et de lancer des mécanismes de financement dans le cadre des accords de Kyoto, les grandes firmes privées asiatiques, chinoises, coréennes, indiennes et autres, investissaient massivement dans les terres arables africaines, achetant et spéculant sur des millions d'hectares arrachés à leurs utilisateurs historiques qui se trouvaient spoliés et expulsés. 

 

Mais il me semble excessif de lier le développement des investissements étrangers privés à un recul de l'aide au développement en faveur de l'agriculture. Les deux phénomènes sont sans rapport. L'investissement étranger profite de l'état de corruption de l'organisation étatique, qui choisit de vendre une fraction énorme du patrimoine arable d'un état sans tenir compte de ses citoyens qui seront concernés par cette cession. C'est un déni de démocratie s'expliquant avant tout par la faiblesse de l'état de droit, par l'absence de cadre juridique encadrant la propriété privée et la reconnaissance du droit à l'occupation des terres, qui ne serait pas possible dans le même ordre d'échelle dans un pays comme la France. En même temps, une telle opération, comme celle de Daewo à Madagascar, n'est pas une novation. Par le passé, dans les années 1950, du temps de la colonisation de Madagascar par la France, la même opération avait eu lieu, au bénéfice d'une entreprise française, et avait donné naissance à une coopérative (la Satec) ... dont les colons venant de France ou de l'île de la Réunion, avaient mis en valeur les campagnes malgaches, avant d'être expulsés quelques décennies plus tard à l'indépendance.  

 

Un sujet intéressant, même si celui-ci ne doit pas être limité à la seule Afrique. L'Amérique du Sud a également été touchée par les mêmes dérives capitalistes et les mêmes déviances anti-démocratiques, qui conduisent à l'expropriation des occupants traditionnels de ces terres sans aucune concertation, sans aucune reconnaissance des droits d'occupation de ces terres. Le simple fait que ce ne soit pas des firmes chinoises, indiennes ou coréennes, n'enlève rien au problème de confiscation des terres. En Amérique du sud, des millions d'hectares ont également été confisqués par des firmes occidentales ou de riches propriétaires étrangers, tandis que les occupants traditionnels de ces terres, issus de communautés indiennes ancestrales, étaient refoulés et combattus par l'armée. Le simple fait que le crime perpétré contre les populations originaires d'Amérique du sud n'ait jamais été reconnu et condamné par la communauté internationale comme a pu l'être le crime esclavagiste à l'encontre des populations africaines noires n'aide vraisemblablement pas non plus à cette reconnaissance.

 

Tout cela pose le problème de la nécessité de la vigilance internationale vis-à-vis des accaparements de terre par les firmes internationales étrangères ou locales, dont les organismes internationaux de financement du développement constituent l'un des rouages importants si ce n'est essentiel ... Ce débat pose aussi le problème de la nécessité d'une politique de développement axé autour du soutien à la petite entreprise agricole familiale par les organismes de financement, en relais à des caisses de crédit agricole ... Il interroge aussi la nécessité de construire un aménagement du territoire et des infrastructures de transport suffisamment en bon état pour permettre la libre circulation des biens agricoles, leur entreposage et leur stockage ...

 

Enfin, cette interrogation interpelle sur la nécessité de la mise en place d'un état de droit, reconnaissant les droits inaliénables des populations concernées, quelque soit leur race, leur ethnie ou leur religion, que ce soit en Afrique ou en Amérique du Sud ou du Nord ... mais combattant également la prévarication et la corruption des élites et des possesseurs du pouvoir politique et/ou armé ...

 

 

Réflexion quarante-six (26 mai 2011)
Le reniement des promesses des états du G8 en matière d'aide au développement ...


Cinquante milliards de dollars, c'était l'engagement pris en 2005 par les états composant le G8, lors du sommet de Gleneagles, en Ecosse, d'augmentation de l'aide publique au développement (APD) versée pour la période 2004-2010. Cette promesse concernait non seulement les huit membres du groupe, mais également les pays membres de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

Six années plus tard, qu'en est-il ? A l'occasion du sommet français de Deauville du G8 (qui débute aujourd'hui 26 mai), l'association non gouvernementale Oxfam interpelle les membres du G8 sur le non-respect de leur promesse.
//www.lemonde.fr/economie/article/2011/05/24/l-inde-va-preter-5-milliards-de-dollars-a-l-afrique-sur-trois-ans_1526559_3234.html

Bataille de chiffres selon le ministre français de la coopération Henri de Raincourt, selon lequel entre 2004 et 2010, l'aide publique au développement des pays engagés par la promesse de 2005 est passée de 80 à 129 milliards de dollars, soit une progression de l'aide de 49 milliards.

Mais selon l'OCDE et Oxfam, lorsque l'on raisonne hors inflation et perte de valeur du dollar, l'aide publique au développement en dollar constant n'atteint plus que 111 milliards de dollars en 2010, soit une progression de l'aide qui n'atteint plus que 31 milliards de dollars sur la période, soit 19 milliards de dollars de moins que l'engagement de 2005.

Du côté d'Oxfam, Sébastien Fourmy «espère que les pays du G8 profiteront de l'occasion du sommet de Deauville pour tenir leurs engagements. Il faut un plan pour rattraper le retard, explique-t-il. Pour l'ONG, ce plan doit comporter deux volets, quantitatif, avec une augmentation de l'APD, et qualitatif, avec le renforcement des ressources humaines dans le secteur de la santé et le soutien à la petite agriculture. L'aide au développement ne peut pas tout, reconnaît-il, mais son rôle est essentiel.»

Je souligne : Renforcer les ressources humaines dans le secteur de la santé et soutenir la petite agriculture (vivrière) ; soit les deux principaux axes sur lesquels l'aide publique au développement devrait s'appuyer, surtout en direction de l'Afrique et des pays les plus pauvres.

Autre article publié dans Le Monde, en lien avec celui-ci, l'engagement pris par l'Inde de consentir 5 milliards de dollars de prêts à l'Afrique sur les trois prochaines années.
//www.lemonde.fr/economie/article/2011/05/24/l-inde-va-preter-5-milliards-de-dollars-a-l-afrique-sur-trois-ans_1526559_3234.html

Alors que les états membres du G8 ont de telles difficultés à respecter leurs engagements en matière de croissance de l'APD, l'Inde, grand pays émergent, se place en position de leur donner des leçons. Mais coup de publicité gratuite ou véritable engagement en matière d'aide au développement ?

Il ne faut pas confondre prêts en faveur du développement et aide publique au développement. La mise en perspective des deux chiffres doit être relativisée. 5 milliards de dollars de prêts consentis, ce n'est pas 5 milliards de dollars d'aide au développement. A titre de comparaison, l'Agence française de développement (principal acteur de l'aide au développement français) a consenti en 2010 plus de 6 milliards d'euros de prêts, certes dans le monde entier, moins d'un quart étant consenti en faveur de l'Afrique subsaharienne. Quant à la Banque mondiale, ses octrois de prêts et de subventions se chiffrent à 73 milliards de dollars environ en 2009-2010 dont 13,9 milliards de dollars pour l'Afrique subsaharienne.

A noter deux autres articles plus anciens du Monde mais extrêmement intéressants :
//www.lemonde.fr/international/article/2010/11/26/le-nombre-de-pays-tres-pauvres-a-double-en-quarante-ans_1445160_3210.html
//www.lemonde.fr/economie/chat/2011/03/22/quelles-politiques-faut-il-mener-pour-lutter-efficacement-contre-la-pauvrete_1496681_3234.html


Saucratès


Mes précédents écrits sur le Développement :
1.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2021600-du_developpement__1_.html
2.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2021616-du_developpement__2_.html
3.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2021633-du_developpement__3_.html
4.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2021649-du_developpement__4_.html
5.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2021665-du_developpement__5_.html


26/05/2011
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Du développement (5)

Réflexion quarante-cinq (3 mars 2011)
Changement de paradigme de développement à la Banque mondiale ...

 

Une dépêche de l'AFP nous informe d'un changement de positionnement de la Banque mondiale dans les pays africains en matière de politique économique. Conformément à son crédo néo-libéral qui reposait sur des politiques dites d'ajustement structurel, également chères autrefois/toujours au Fonds monétaire international, la Banque mondiale mettait jusque-là l'accent sur la recherche de la stabilité économique et de bases économiques saines.

 

La Banque mondiale a annoncé mardi 1er mars 2011 adopter une nouvelle stratégie d'aide à l'Afrique, pour aider l'économie du continent à décoller. Cette stratégie insiste désormais sur la nécessité de se concentrer sur trois domaines clefs : la compétitivité et l'emploi, la vulnérabilité et la résistance aux chocs, et la gouvernance et les capacités du secteur public.

 

La Banque mondiale veut désormais aider les pays africains à diversifier leur économie et créer des emplois, particulièrement pour les 7 à 10 millions de jeunes qui entrent dans la vie active chaque année sur le continent. «Cela contribuera à combler le fossé entre les besoins en infrastructures et les investissements, actuellement de 48 milliards de dollars par an environ, et soutiendra les efforts pour faciliter la vie des entreprises», selon la Banque mondiale.

 

Difficile de ne pas voir dans cette prise de conscience des millions de jeunes entrant sur le marché de l'emploi, l'influence des révoltes secouant actuellement les pays arabes, dont l'une des revendications principales, l'un des motifs principaux, demeure justement l'absence de perspectives pour les jeunes dans des économies contrôlées par quelques familles politiques.

 

Néanmoins, les trois principaux axes d'intervention retenus par la Banque mondiale font apparaître une nouvelle fois l'éviction en tant que telle de la réflexion autour des problèmes liés à l'agriculture, à l'indépendance alimentaire et aux crises alimentaires qui ont agité il y a encore à peine quelques années une bonne partie des états africains et pays moins avancés (PMA). Ces nouveaux axes d'intervention font en quelque sorte le pari de la normalisation du continent africain sur le modèle du reste du monde. Comme l'exprime la Banque mondiale, «sa stratégie pourrait aider les économies africaines à décoller comme l'ont fait celles d'Asie il y a trente ans».

 

... Pas d'attention particulière accordée à l'agriculture ... Oubli de tous les enjeux liés à la protection des milieux naturels, des ressources naturelles et au processus de réchauffement climatique (et notamment ses divers outils de financement) ... Il faut noter par ailleurs que la Banque mondiale n'est pas la seule à voir évoluer ses modalités d'intervention ... D'autres agences bilatérales de financement changent également de paradigmes d'intervention ... Même si toutefois ces changements ne signifient pas forcément une nécessité de changements des politiques des bailleurs internationaux (l'absence de développement de l'Afrique au cours de ces dernières décennies pourrait néanmoins l'infirmer, bien que la Banque mondiale reconnaisse que l'Afrique a connu au cours de ses dix dernières années un rythme de croissance économique surprenant ...) mais plus vraisemblablement un effet de mode dans les changements des paradigmes de développement et la volonté de quelques hommes voulant rompre avec un passé.

 

Pour information, la Banque mondiale, c'est un total d'engagements de 13,9 milliards de dollars pour l'exercice 2009-2010 en faveur de l'Afrique subsaharienne sous forme de prêts, subventions, investissements et garanties, soit 19% du total de son aide pour cette année contre 17% l'année précédente.

 

 

Réflexion quarante-quatre (16 mars 2010)
Des problèmes de financement en matière de développement ...


Je tenterais d'aborder deux points différents dans mes prochaines réflexions. Le premier point sera assez simple et conforme à ce que le titre peut laisser supposer : les problèmes de financement des investissements publics auxquels peuvent se trouver confronter des états, et par voie de conséquence l'alternative d'un financement privé par le biais d'une privatisation, d'une mise en fermage ou un partenariat public-privé. Le deuxième point sera peut-être plus spécifique et inattendu puisqu'il traitera des problèmes de financement et de subventionnement des productions agricoles, notamment du fait des pays occidentaux.

1) Les problèmes du financement des investissements publics ...

Le problème des politiques publiques butte sur un ensemble de différents facteurs. Premièrement, il existe des écoles économiques différentes pour appréhender les avantages et les inconvénients d'une gestion publique ou privée d'une infrastructure commune. Une gestion privée est supposée être moins sujette à des détournements dans l'usage et permettre une gestion plus efficace de l'infrastructure, par opposition à une gestion publique. Inversement, la gestion privée d'un tel bien fera peu de cas de la finalité sociale d'une telle infrastructure, qu'elle gérera principalement dans une optique de profit maximum. Une gestion publique aura au contraire tendance à privilégier l'aspect social de cette infrastructure, au détriment de l'aspect de rentabilité.

Ceci étant posé, on observe aisément que les deux approches possèdent toutes deux une légitimité équivalente mais différente, et que selon l'optique que l'on retient, toutes deux peuvent être considérées comme plus légitimes l'une que l'autre.

Le second niveau d'étude concerne le mode de financement. Un financement public implique soit des excédents de recettes fiscales sur des dépenses publiques disponibles et non utilisés, soit un recours à l'endettement financier. Dans le cas d'un état occidental dit 'riche', la seule limite à ce genre de recours à l'endettement dépend de la capacité de remboursement de l'état (rarement) ou de la collectivité locale. Dans le cas d'un état dit 'en développement', sa capacité de financement dépendra in fine de sa possibilité d'obtenir un tel financement de la part des marchés financiers ou d'un organisme bilatéral ou multilatéral de développement (AFD, KfW ou BM ...) et donc de sa capacité à rembourser ses dettes (dettes sur PIB). De la même manière, une entreprise privée, nationale ou multinationale, voit sa capacité d'endettement dépendre également de sa structure financière (rapport dette sur fonds propres).

Néanmoins, il apparaît assez rapidement qu'un état peut se trouver confronter à l'obligation de faire des choix entre plusieurs investissements publics tout aussi importants et fondamentaux dans une optique de développement, qu'il s'agisse d'un état développé ou d'un état en développement. Ponts, réseaux routiers, réseaux ferrés, aéroports, réseaux d'eau, centrales électriques ou nucléaires ... La capacité d'endettement de tout état n'étant pas extensible à l'infini, et les capacités des administrations à conduire de multiples travaux en même temps étant également limitées, des choix doivent forcément être faits, et il peut alors paraître souhaitable de confier le financement et la gestion de certains investissements à des intervenants privés, malgré le risque existant que ces biens soient gérés de manière capitaliste et non pas social. Tous types d'investissements publics ou sociaux ne peuvent ainsi être délégués au privé sans précaution.

Néanmoins, autant la question ne pose pas de problème lorsqu'il s'agit d'un réseau autoroutier, dont les automobilistes utilisateurs peuvent payer l'usage pour bénéficier d'un gain de temps, autant elle se pose avec aquité pour d'autres types d'investissements publics, que ce soit des réseaux de distribution d'eau ou d'électricité (avec les problèmes d'obligation d'accès pas toujours simple pour les personnes à revenu faible ou sans revenu) ou autres.

A l'inverse, il apparaît également que le secteur privé n'acceptera de prendre en charge que des infrastructures présentant une bonne possibilité de rentabilité financière et une faible obligation de résultat en matière social. On peut néanmoins noter que les réseaux routiers, les réseaux d'assaissinissement et de distribution d'eau, les aéroports, les réseaux ferrés, les écoles, les centres sportifs, les parkings, peuvent intéresser les investisseurs privés. Des routes de desserve en campagne, des espaces verts ou des parcs boisés, des sociétés de logements sociaux intéresseront rarement le secteur privé.

A noter que les états développés, par différence d'avec les états en développement, ont mis en place de nombreux établissements publics ou entreprises publiques pour gérer un certain nombre de ces domaines, capables de s'endetter de manière autonome sur les marchés financiers, et décuplant la capacité d'investissement des états. Se pose après cela le débat de leur privatisation ultérieure par la mise en bourse d'une partie de leur capital, qui implique le problème de la juste valeur d'une somme d'investissements publics historiques (la valeur demandée pour EDF ou pour France Telecom était-elle juste ?), mais également de la légitimité de la transmission au privé d'infrastructures payées par le public et utiles à la collectivité dans son ensemble (réseaux et centrales électriques d'EDF, réseaux téléphoniques de France Telecom, réseaux autoroutiers ...).

On ne peut oublier néanmoins le concept keynésien d'effet d'éviction entre dette publique et dette privée en la matière. Il est clair qu'il y a stricte substitution entre endettement public ou privé dans le cas du financement d'infrastructures collectives, même si les conséquences en matière de gestion et de disposition de ses infrastructures ne sont pas neutres. Mais il doit être noté qu'il est fort probable que la dette soit achetée (ou prêtée) par les mêmes intervenants, que l'endettement soit privé ou public ... et donc que le concept d'éviction keynésienne ne concerne que l'origine du paiement de la dette et en aucun cas l'existence même du financement qui préexiste avant cela et existera après cela ...

 

 

Réflexion quarante-trois (11 mars 2010)
Le problème de la gestion des réseaux d'adduction d'eau par des multinationales en matière de développement ...


En me référant à un très bon article publié dans Le Monde du 9 mars, consistant en un point de vue, certes connoté politiquement à gauche en cette période préélectorale, puisque les auteurs semblent pour une bonne part membres du parti socialiste, je voudrais revenir plus largement sur le principe de la gestion des réseaux d'eau en matière de développement.
//www.lemonde.fr/elections-regionales/article/2010/03/09/l-eau-source-de-vie-ou-de-profit-alexandre-fabry-nicolas-pagnier_1316848_1293905.html

Les auteurs de ce point de vue, Alexandre Fabry (porte-parole d'Utopia au PS), Nicolas Pagnier (secrétaire national d'Utopia), Nathalie Perrin-Gilbert (secrétaire nationale au logement), Gérard Poujade (maire du Séquestre et 1er fédéral du Tarn), Barbara Romagnan (conseillère générale du Doubs), Géraud Guibert (porte-parole du pôle écologiste), Michèle Fournier-Armand (vice-présidente du Conseil Général du Vaucluse), Jean-Marc Vayssouze-Faure (maire de Cahors et 1er fédéral du Tarn), Fleur Skrivan (conseillère régionale Provence-Alpes-Cote d'Azur), Jean-Paul Chidiac (membre du conseil national), interpellent l'opinion publique notamment pour savoir si «la gestion de l'eau peut être confiée à un opérateur privé dont le but structurel est la réalisation d'un profit ?»

Cette interrogation a évidemment tout son sens en région parisienne ou dans d'autres régions françaises, lorsqu'il s'agit de savoir si les communes doivent transférer ou non la gestion de leur réseau d'eau à des concessionnaires privés, ou si elles doivent le conserver dans un cadre public. Il existe ainsi des modes en matière d'administration des collectivités publiques (comme en matière de développement), et il est de bon ton, pour passer pour un maire moderne, d'expérimenter les dernières nouveauté présentées comme telles, notamment les partenariats public-privé fort nouveaux et fort modernes, et susceptibles par ailleurs, comme les mises en concession ou en fermage, de permettre d'obtenir de substantiels dessous-de-tables en faveur des élus politiques ou de leurs administratifs.

Mais cette interrogation a tout autant de sens dans les pays en développement dont les villes et les régions sont également suceptibles de pouvoir faire les mêmes choix, malgré un développement moindre de leurs infrastructures publiques. C'est une interrogation qui est rarement posée en économie du développement. Comme les auteurs du point de vue publié par Le Monde le rappelle, la mise en exergue des partenariats public-privé qui se développent dans notre pays mais également dans les pays en développement, de même que tous les processus de privatisation des reseaux d'adduction d'eau communaux, repose sur un présupposé libéral jamais démontré datant des années 1980 faisant d'une gestion privée d'une ressource un gage de plus grande efficacité et de plus grande qualité de service qu'une gestion publique. Comme le dise les auteurs : «l'argument premier en était donc bien l'idéologie de la suprématie du marché».

En France, les auteurs mentionnent que le surcoût d'un réseau confié aux multinationales privées élève le prix de l'eau payé par les usagers de 20% à 44% ; un chiffre énorme mais qui s'explique évidemment par les bénéfices réalisés par ces structures capitalistes et leur obligation de publier année après année des résultats en constante amélioration (par exemple, Véolia a réalisé en 2007 un bénéfice de 1,3 milliard d'€ pour un chiffre d'affaires de 32 milliards d'€ et une capitalisation boursière de 12 milliards d'€). Et encore, les multinationales n'ont pas le plus souvent à investir fortement en France dans les réseaux d'adduction et de distribution des eaux potables et usées, par différence d'avec les pays en développement où ces multinationales doivent en plus investir des sommes importantes dans les réseaux.

Je m'étais aussi interrogé sur les principes qui soutendaient les marchés gagnés par les grandes multinationales occidentales dans les pays émergents, et qui les conduisaient à y renchérir fortement les coûts des abonnements et le prix de l'eau potable. Il me semble que je m'étais posé ces questions devant les difficultés rencontrées à Bueno Aires en Argentine et dans quelques autres capitales de pays d'Amérique du Sud. Mais les interrogations sur les réseaux d'eau ne diffèrent pas en fait des interrogations que l'on peut avoir sur le fait de confier des gisements de ressources précieuses à des multinationales privées, que ce soit en matière d'hydrocarbures par exemple.

Nous vivons dans une organisation capitaliste dont l'objectif est de gagner toujours plus sur la sphère de la gestion publique mais aussi des ressources publiques. La croissance de l'économie capitaliste repose ainsi non seulement sur la croissance économique mondiale mais aussi sur les marges gagnées sur les états. Nous n'avons pas encore à ce jour procédé à ce retour idéologique sur des présupposés vraisemblablement faux. Car il n'existe pas actuellement d'outils de mesure objectifs de l'efficacité d'une gestion privée par rapport à une gestion publique d'une ressource, et les connotations passéistes attachées à la défense de la gestion publique des ressources par opposition à la valorisation de toutes les recherches sur les nouveaux modes de gestion privée de ces ressources limitent grandement les recherches qui pourraient être menées sur ce sujet.

Mais s'il doit y avoir une certitude sur un tel sujet, c'est que le renchérissement du coût de l'eau ou de l'électricité, ou de tout autre bien indispensable à la vie humaine, inhérent à la privatisation de la gestion de ces ressources, a forcément des effets négatifs sur les possibilités de développement des états en développement. On peut évidemment arguer que ces multinationales investissent lourdement pour le développement des réseaux d'eau de ces régions, pour fournir, à ceux qui en ont les moyens, de l'eau potable ... Mais il n'en demeure pas moins vrai qu'une gestion plus économe devrait conduire ces états à nationaliser la production, la distribution et l'adduction d'eau (comme d'électricité par exemple) pour en abaisser le coût pour les usagers, pour décider de la manière dont l'eau serait gérée, et pour éliminer la prévarication des fonctionnaires et hommes politiques qui découle de l'attribution et de la reconduction de ces marchés.

Et il est attristant que les organismes de développement bilatéraux ou multilatéraux, tels l'Agence française de développement ou la Banque mondiale entre autres, mettent en avant et valorisent dans leurs interventions de financement de tels mécanismes en fonction du principe idiot et nullissime qu'il faut faire des partenariats public-privé pour être bien vus et paraître moderne ...


Réflexion quarante-deux (13 août 2009)
La faute de l'Occident dans les problèmes de développement de l'Afrique ...


Dans un certain nombre de mes précédentes réflexions sur le développement (notamment ma réflexion n° 38) où je parlais d'un continent qui demeure la proie des pires instincts ataviques de l'homme et des pires croyances et superstitions, d'un continent enfoncé dans les guerres, dans les viols, dans les massacres, dans la superstition, dans la sorcellerie, dans l'arbitraire et la corruption généralisée ... dans mon acceptation d'une position politiquement correcte rejetant désormais la responsabilité de l'Occident dans le sous-développement de l'Afrique, en rejetant cette responsabilité sur les africains eux-mêmes incapables de se gouverner de manière démocratique ... ou de limiter leur natalité gallopante ... ou mettant en cause un afro-pessimisme ... j'ai participé à la négation de cette responsabilité occidentale (et européenne) dans les malheurs qui frappent quotidiennement les pays africains et les africains.

Je dois ici revenir sur ce sujet pour rejeter cette position désormais politiquement correcte, que Nicolas Sarkozy a d'une certaine manière conforté dans son discours africain où il déclarait que l'homme africain n'avait pas marqué l'histoire ...

Non, l'Europe a effectivement une responsabilité écrasante dans le sous-développement actuel de l'Afrique et dans les troubles politiques et humains qui gênent sa marche vers le développement. Cette responsabilité ne se limite pas uniquement à l'esclavage et à la traite négrière. Cette responsabilité, c'est celle du processus de colonisation lui-même.

La lecture d'un des derniers livres de Luc de Heusch,  «Du pouvoir. Anthropologie politique des sociétés d’Afrique centrale» (Nanterre, Société d’ethnologie, 2002) m'a permis de replacer le processus de colonisation (dans le cas cité, la colonisation du Congo belge par le royaume de Belgique, au nom de son roi) à sa juste place, à sa juste proportion.
//lhomme.revues.org/index15942.html

Et cette responsabilité est écrasante. Pourtant, la colonisation belge ne fut pas vraiment pire que la colonisation française de l'Afrique occidentale, ou la colonisation allemande, boer ou anglaise. L'Occident a détruit en Afrique toute les infrastructures politiques et militaires des états et des peuples qui la composaient. L'Occident a combattu tous les pouvoirs organisés et constitués qui pouvaient gêner son occupation militaire et économique. Il s'est appuyé sur tous les clivages, toutes les divisions existant entre les peuples qui pouvaient aider sa prise de contrôle. Au Congo, l'armée belge s'est appuyée sur un esclavagiste arabe comme supplétif de son armée pour occuper militairement et soumettre une partie de son territoire. Comme si la destruction des pouvoirs politiques autonomes organisés ne suffisaient pas, l'Occident a déplacé des peuples, imposé des subdivisions administratives, imposé des potentats locaux, pour pouvoir comprendre et administrer un territoire qu'il était incapable d'appréhender et qu'il ne souhaitait pas appréhender.

Aujourd'hui encore, derrière le processus du développement, n'y a-t-il pas encore une simple envie de copier un système politique, économique et productif conforme au modèle européen, assimilable dans le capitalisme, de la même manière que la Chine a été assimilable dans le capitalisme mondial ... comme s'il n'y avait qu'un seul modèle possible ... véhiculé par les mass médias occidentaux ?

Le colonialisme, au-delà même de la destruction des infrastructures politiques et étatiques qui préexistaient dans le continent africain, a eu pour unique objectif une captation des richesses disponibles et produites dans ces colonies africaines, pour la richesse et la grandeur des monarques européens ou le capitalisme européen (puis occidental) ... le caoutchouc pour le roi des belges. Cette captation a en plus été autorisée par un servage des populations autochtones africaines contraintes en Afrique même, dans leur propre territoire, d'extraire leurs propres richesses (même si pour eux ces matières premières n'en avaient pas) pour enrichir des monarques ou capitalistes étrangers. Car l'exploitation colonialiste des africains, même hors du processus de l'esclavage (qui imposa des conditions pires que le servage dans des territoires éloignés par des milliers de kilomètres), qui se perpétua longtemps après l'abolition de la traite négrière puis l'abolition de l'esclavage, ne peut qu'être comparée qu'à l'institution du servage qui eut cours dans l'Europe médiévale et dans la Russie tardive.

Et on s'étonne qu'après toute cette destruction, toute cette violence, toute cette exploitation, alors que les racines de cette exploitation continue même encore aujourd'hui de se poursuivre, dans une Afrique qui continue d'extraire ses richesses minières et agricoles en faveur d'une mondialisation qui ne lui reconnaît par ailleurs pratiquement aucune valeur ni aucune importance (pourquoi un aliment cultivé à la sueur du front d'un paysan, extrait de la terre nourricière comme le coton, le caoutchouc naturel, un diamant, la cacao, l'arachide ... aurait-il moins de valeur qu'un bien fabriqué par une machine comme un téléphone portable, un tracteur ou une voiture ?...)., le continent africain demeure un lieu sous-developpé, ou plutôt en mal de développement, lieu de violence, de pillage, de viol, d'arbitraire et de corruption.

Il n'y a là rien de surprenant, rien que les conséquences d'une violence coloniale immense, un gâchis intolérable, une responsabilité écrasante d'une civilisation prédatrice qui demeure coupable d'un crime majeur contre l'ensemble de l'humanité pour ses actions commises tout au long des dix-huitième, dix-neuvième et vingtième siècles, et qui se perpétue encore aujourd'hui au travers du commerce international et du processus de mondialisation. 

Certains estiment que l'Occident a apporté la civilisation au reste du monde, d'autres des croyances religieuses. Certains estiment que la colonisation a été une oeuvre de développement, avec la construction d'infrastructures, comparables à l'apport des aqueducs romains et aux routes pavées romaines dans l'empire romain. Les quelques infrastructures dont il est ici question ne sont que de biens pauvres retours en regard des immenses fortunes prélevées dans le sous-sol et dans les richesses de l'Afrique et exportées vers l'Occident ...

Cette responsabilité occidentale dans cette abomination doit être reconnue et indemnisée. Ce sera à l'Afrique de tenter de se reconstruire. Mais elle n'a pas à porter la responsabilité de ces erreurs et de cette faute. Les potentats qui la contrôlent ne sont que les jouets, la continuation et le résultat de la colonisation qui l'a marquée. Ces gens-là ne font que poursuivre l'oeuvre de l'Occident, pour le compte et au bénéfice le plus souvent de l'Occident (et de ses banques) ...


Réflexion quarante-et-une (26 mai 2009)
Le problème du foncier dans les pays en développement à la une de l'actualité ...


Il y a eu les évènements malgaches, c'est-à-dire la contestation puis le renversement par la population et par une partie de l'armée du président élu et chef d'entreprise Marc Ravalomanana, et son remplacement par son adversaire Andry Rajoelina ... La vente de plus d'un million d'hectares de terres à quelques investisseurs étrangers, coréens, indiens ou sud-africains est rapidement devenu un point central des critiques adressées à l'ancien président ... avec l'avion présidentiel que la présidence malgache avait prévu d'acquérir pour les déplacements du chef de l'état ...

Il y a eu, quelques mois précédemment, les émeutes de la faim qui explosaient un peu partout dans le Tiers Monde, qui ont rappelé aux organismes prêteurs internationaux, bilatéraux ou multilatéraux, que l'agriculture et la subsistance des populations dans les pays en développement demeuraient des facteurs indispensables du développement ... qui avaient trop longtemps été oubliés par l'aide au développement ...

Il y a quelques jours, lundi 25 mai, l'IIED (Institut international de l'environnement et du développement), la FIDA (Fonds international de développement agricole) et la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture) ont fait paraître un rapport intitulé «Accaparement des terres ou opportunité de développement ?», qui fait le point sur les procédures d'accaparemment de terres par les investisseurs internationaux dans les pays en voie de développement et appelle à la consultation des populations rurales menacées et à une meilleure prise en compte de leurs intérêts dans les transactions. Il souligne un manque de transparence constant dans les processus de décision et les circuits d'investissement.
//www.ifpri.org/pubs/bp/bp013.pdf

Parallèlement à cette publication, le site de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture) présente un certain nombre de publications extrêmement intéressantes sur les problèmes liés au régime du foncier dans les pays en voie de développement ...

1. «Gouvernance foncière et des ressources naturelles : état des lieux en Afrique de l'Ouest»
ftp://ftp.fao.org/docrep/fao/011/ak019f/ak019f00.pdf

2. «Gouvernance foncière en Afrique centrale»
ftp://ftp.fao.org/docrep/fao/011/ak018f/ak018f00.pdf

3. «Expropriation des terres et compensation» («Compulsory acquisition of land and compensation» - document en anglais)
ftp://ftp.fao.org/docrep/fao/011/i0506e/i0506e00.pdf


Abstract : « L’expropriation (ou acquisition forcée) des terres est le pouvoir des gouvernements d’acquérir des droits fonciers privés, pour un motif d'utilité publique, et sans le consentement volontaire du propriétaire ou de l’exploitant. Cette procédure est souvent nécessaire pour le développement social et économique et pour la protection de l’environnement naturel. L’emploi de ces pouvoirs est fréquemment controversé et problématique. Le guide explique la signification des acquisitions forcées et des compensations ainsi que les principes de base des bonnes pratiques dans ce domaine. Il discute aussi les conséquences des insuffisances en matière de législation, de procédures et de mise en œuvre des actions d'expropriation. Le guide devrait être utile dans les pays cherchant à mieux comprendre les bonnes pratiques et à améliorer leur législation, leurs procédures et les modalités concrètes de compensation et d'expropriation pour cause d'utilité publique. »


Ce qui est certain, c'est que le sujet de la vente (ou la confiscation) de terres arables dans les pays en voie de développement par des multinationales étrangères est un sujet brûlant d'actualité ... et que sa légitimité et sa légalité sont de plus en plus légitimement interrogées par les opinions publiques et par les institutions de gouvernance internationales ...


Saucratès


Mes précédents écrits sur le Développement :
1.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2021600-du_developpement__1_.html

05/12/2010
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Du développement (4)

Réflexion quarante (28 avril 2009)
Du problème de la cession de parties entières du territoire de certains pays en développement à des groupes étrangers par certains gouvernements (suite) ...


Pour avoir une meilleure idée des enjeux existants dans ce problème de cession de fonciers en direction de firmes extra-territoriales, il est intéressant de regarder quels pays en développement sont concernés par ces ventes et quels pays sont concernés par ces achats fonciers ...

Parmi les pays en développement qui ont cédé des centaines de milliers d'hectares de foncier à des investisseurs étrangers, on trouve les pays suivants : Madagascar (groupe coréen Daewoo pour 1,3 million d'hectare - groupe indien ...), Argentine (groupe italien Benetton), Mozambique, Tanzanie (le groupe britannique Cams pour 45.000 hectares - groupe suédois Sekab ...), Soudan (groupe américain Jarch pour 400.000 hectares), Ethiopie (Arabie Séoudite), Pakistan (Arabie Séoudite), Indonésie (Arabie Séoudite pour 1,6 million d'hectares), Philippines (groupe espagnol Bionor Transformacion pour 100.000 hectares - consortium japonais Sarangani Biocarburants pour 50.000 hectares), Cambodge (Qatar et le Koweït), Brésil (Inde), Paraguay (Inde), Uruguay (Inde) ... etc ...

A l'inverse, la liste beaucoup plus restreinte des pays dont des entreprises nationales achètent du foncier dans des pays en développement comprend les pays suivants : Corée du Sud, Suède, Arabie Séoudite, Japon, Qatar, Koweït, Inde ... sans compter évidemment des entreprises du Royaume Uni, des Etats-Unis, de l'Espagne et très vraisemblablement de la France, de l'Allemagne sans parler de la Chine ...

Il serait très intéressant de disposer d'une liste exhaustive des principales opérations concernées, des pays touchés. Pour un certain nombre de pays investisseurs tels l'Inde, l'Arabie Séoudite, la Corée ou la Chine, l'acquisition de foncier dans des pays en développement est une politique volontariste étatique de recherche de nouvelles sources d'approvisionnement sûres pour nourrir leur population dans le futur.

Ce n'est au fond vraiment pas différent des politiques colonialistes menées par les pays européens au dix-huitième et dix-neuvième siècles, qui visaient l'expansion territoriale et la recherche de nouvelles terres à exploiter, pour constituer un empire. Il suffirait en effet qu'un de ces états investisseurs menace militairement un pays en développement qui souhaiterait annuler les concessions consenties à un acheteur de sa nationalité. De nouvelles guerres colonialistes pourraient très facilement être déclarées sur ces bases, de la même manière que fûrent déclenchées les guerres coloniales françaises à Madagascar par exemple.

Car l'exemple malgache récent de remise en cause des accords conclus, ou l'achoppement des négociations, visant un investisseur étranger, offre la réponse qui pourrait être apportée à l'ensemble de ses spoliations des droits fonciers des nationaux d'un pays en développement, pour préserver les droits de ces nationaux à disposer également d'une terre agricole pour subvenir aux besoins de sa famille, plutôt que de devoir vivre dans des bidonvilles en bordure de grandes agglomérations ...

On peut espérer que de plus en plus d'alternances politiques conduiront les gouvernements de pays en développement à remettre en cause les droits 'illégitimes' détenus par de grands groupes étrangers sur des centaines de milliers d'hectares accaparés, pour les rendre à leur peuple. Les conséquences de ces récupérations de foncier injustement accaparé, au bénéfice parfois uniquement des dirigeants corrompus des pays incriminés, devront être traitées au niveau international, que ce soit en terme d'indemnisation des investisseurs éliminés (ces derniers ont-ils droit à une indemnisation et devant quelle juridiction ?), ou en terme de risque de conflit territorial dans le cas où le pays concerné serait une grand puissance militaire (je pense tout particulièrement aux réactions possibles de la Chine) ou un voisin militairement puissant (cas de la Chine une nouvelle fois).


Réflexion trente-neuf (15 avril 2009)
Du problème de la cession de parties entières du territoire de certains pays en développement à des groupes étrangers par certains gouvernements ...


De nombreux pays en développement ont cédé des parties entières de leur territoire et de leur sous-sol à des groupes financiers ou industriels étrangers. C'est le cas de certains pays d'Amérique du Sud tel l'Argentine, où d'immenses propriétés agricoles ont été cédées à des étrangers, dont le groupe Benetton (mais aussi notre chanteur national Florent Pagny), au mépris des droits des occupants ancestraux (les indiens Mapuche pour les terres occupées par Benetton) ...
//www.mapuche-nation.org/francais/benettonarticles/mapucheexcludescouleursunies.html

C'est aussi le cas de Madagascar, où le gouvernement de l'ancien président ultra-libéral Marc Ravalomanana avait vendu à plusieurs groupes financiers étrangers (indiens, coréens ou d'Afrique du Sud) des concessions de très longue durée pour d'immenses parties du territoire malgache, à des conditions financières et pour des contre-garanties relativement obscures ... sans prise en compte souvent des droits des paysans exploitant déjà ces territoires ...

Les cas concernés sont légions. Ils touchent tout autant la vente d'immenses propriétés agricoles que la mise à disposition des sous-sols et de leurs richesses géologiques et minières. Mais l'analyse en est gênée par la ressemblance de ces opérations avec l'usage capitaliste normal de la propriété privée. Cela fait des siècles que des groupes industriels exploitent le sous-sol de certaines régions pour en extraire des richesses minières ou fossiles (les mines de charbon en Angleterre, le pétrole au Texas ou dans la péninsule arabique, des métaux dans des carrières en Europe ou ailleurs ...) sans indemniser personne pour les richesses extraites ; le simple fait d'exploiter ces sites et de payer les impôts et taxes demandées étant considéré comme suffisant pour asseoir la légitimité de la possession de ces mines, carrières ou terres agricoles. Cela fait également des millénaires que d'immenses propriétés agricoles sont octroyées ou vendues à de riches personnages, étrangers ou non. Que des châteaux médiévaux, des vignobles ou des fermes passent de mains en mains, parfois étrangères, que ce soit en France ou ailleurs ...
//energie.lexpansion.com/articles/prospective/2009/03/Manger-ou-conduire--il-faudra-choisir/

Est-il donc possible et nécessaire de séparer ces diverses situations observées ? Comment pourrait-on les séparer, sur la base de quels principes, de quelles raisons, en fonction de quelle logique ? Qu'est-ce qui explique qu'un pays puisse considérer que telle vente de terres, telle mise à disposition de richesses géologiques, est acceptable ou inacceptable ? Où se trouve la limite ? Qu'est-ce qui explique que la rue, que le le peuple puisse considérer illégitime telle ou telle vente ou à mise à disposition ? Et qu'est-ce qui explique que nous, à notre niveau, le pensions également ?

Il faut des règles précises, une source de légitimité, ou le risque de basculer dans l'arbitraire serait trop élevé. Car, en laissant la pression populaire, la rue, décider de ce qui est légitime ou non, on tombe forcément dans le piège de l'arbitraire, du fascisme, de l'obscurantisme. Il suffit de se rappeler les déferlements haineux de la révolution française, des pogroms en Europe de l'Est ou du nazisme ...

Comment définir de telles règles ? Qu'est-ce qui sépare ces cessions de droits sur des terres ou des ressources géologiques réalisées par des pays en développement d'Afrique ou d'Amérique ... de ventes comparables réalisées dans des pays occidentaux ?

a) Sont-ce les superficies en cause dans ces cessions ou ces ventes ? Vraisemblablement non : aux Etats-Unis, des propriétés de plusieurs millions d'hectares doivent parfois pouvoir être achetées par des étrangers ...

b) Sont-ce les durées en cause de ces cessions ? Vraisemblablement pas non plus, puisque les cessions en cause sont des baux d'une durée de 49 ou 99 années, alors que dans les pays occidentaux, la possession est à durée indéterminée, à vie, et transmissible à ces descendants ...

c) La seule différence peut être liée au fait de la personnalité du vendeur, au fait que dans nos pays occidentaux, les vendeurs soient des propriétaires privés, alors que dans ces opérations dans des pays en développement, le vendeur soit l'état. Mais même dans nos pays occidentaux, il arrive que l'état exproprie et indemnise des propriétaires privés pour mettre à disposition les terrains récupérés à d'autres acheteurs ou intervenants.

d) Enfin, la principale différence recouvre vraisemblablement la notion d'état de droit ... Nos états occidentaux sont des états de droit, qui protègent l'ensemble des citoyens et même les étrangers, et leur reconnaissent normalement dans l'absolu un traitement équitable par l'état et la possibilité de bénéficier d'un procès équitable devant la justice. A l'inverse, de nombreux états en développement ne sont pas des états de droit, et nul n'est assuré d'y bénéficier d'un traitement équitable, que ce soit par le biais de l'état ou devant la justice ... et ce qu'un gouvernement a fait ou a promis, peut alors être défait par un autre gouvernement ou sous la pression de la rue ...

Est-ce cela qui différencie ses opérations considérées comme illégitimes d'autres opérations légitimes se déroulant depuis toujours dans de nombreux autres états ? Ou bien est-ce autre chose ?... Une illégitimité par nature de ces opérations, liée au fait par exemple qu'elles sont justement possibles en raison justement d'une absence d'un état de droit protégeant ceux qui utilisent déjà ces terres ou richesses promises à ces groupes étrangers ? Ou une illégitimité plus large de la possession capitaliste, qui accorde à certains des droits sur notre planète en complet décallage avec ce dont bénéficie l'immense majorité d'entre nous ?

Merci de vos éclairages à tous ...


Réflexion trente-huit (23 décembre 2008)
Intermède glauque dans mon questionnement sur le développement ... Comment faire pour aider au développement d'un continent qui demeure la proie des pires instincts ataviques de l'homme et des pires croyances et superstitions ?...


C'est une question véritablement inséparable d'une réflexion sur le développement. Plusieurs mondes se cotoient sur le continent africain ... A la fois un monde en voie de développement, où les nouvelles technologies se développent, tels les cybercafés, tels les téléphones portables ou satellites, tel les réseaux internet ... A la fois un monde où les superstitions, les croyances et la sorcellerie demeurent extrêmement vivaces et conduisent les africains aux pires exactions, aux pires meurtres, aux pires négations de l'humanité de leurs concitoyens (voir à ce sujet l'article du journal du Monde sur la chasse aux albinos qui se déroule aujourd'hui au Burundi et hier en Tanzanie) ... Et à la fois un monde qui demeure livré aux pires violences que l'homme est capable d'infliger à d'autres hommes et aux femmes ... Un monde en guerre perpétuelle depuis des décennies, où les conflits tribaux, ethniques ou de frontières conduisent à des massacres récurrents et où l'instrumentalisation du viol et des massacres jette des populations entières sur les routes de l'exode, que ce soit au Tchad, au Soudan ou dans la région des Grands Lacs Africains (Burundi, Congo ...).

Peut-on parler de processus de développement économique dans de telles situations ? Cela a-t-il un sens quelconque de lancer des projets de développement, qui achopperont aux premiers embrasements généralisés qui touchent régulièrement ces pays ? Est-il même encore possible de rendre responsable le sous-développement de cette misère et de ces conflits généralisés et récurrents ? Est-il encore censé de déclarer l'homme blanc responsable de cette misère et de ce processus de sous-développement ?

A la vérité, est-il encore possible de croire que le développement économique de l'Afrique lui permettra de s'arracher à sa misère, à son obscurantisme, aux superstitions ... qui font par exemple que toutes les personnes un peu différentes (albinos, jumaux, malades ...) sont considérées comme responsables des calamités qui frappent la Terre ou recèlent des pouvoirs magiques qui peuvent être captés ?...

C'est bien beau de réfléchir au concept du développement. Mais l'Afrique peut-elle être développée, elle qui pour l'instant est enfoncée dans les guerres, dans les viols, dans les massacres, dans la superstition, dans la sorcellerie, dans l'arbitraire et la corruption généralisée ?... comme l'Europe cinq ou dix siècles auparavant ... Ce qui serait aujourd'hui indispensable à l'Afrique, ce serait un processus identique à celui qui toucha l'Europe à l'époque des Lumières ...

Réflexion trente-sept (15 décembre 2008)
Modèles d'agriculture et modèles de développement (suite) ...


Est-il possible que ces modèles de développement pour l'Afrique reposant sur des monocultures d'exportation, qui ont été définis pendant des décennies pour la majeure partie des états africains, qui ont reçu l'appui et à la bénédiction des principaux bailleurs de fonds internationaux, puissent avoir été dès l'origine voués à l'échec ?

Est-il possible que le fondement théorique de l'économie des échanges internationaux - la théorie des avantages comparatifs édictée par Ricardo - qui a conduit à l'élaboration de nombres de politiques de développement pour nombres d'états africains, soit complètement faux ? Faux au sens où il ignorerait le concept d'apauvrissement du milieu naturel dont il dépend, et qui devient particulièrement visible dans le cas de la pêche industrielle et de l'impact de ses prélèvements sur les ressources hallieutiques d'un pays. L'épuisement des ressources hallieutiques du Sénégal, ses conséquences sur l'activité de pêche côtière de ses villages côtiers, et ses problèmes en matière de difficultés d'approvisionnement de sa population en poissons, alors que les usines de production pour l'exportation rafflent toute la production disponible, explicite les dangers des mono-activités à l'exportation, reposant sur une ressource épuisable.

Plutôt que de respecter cette décision de spécialisation internationale, conforme aux canons de l'économie des échanges internationaux chers à l'OCDE, les états africains auraient vraisemblablement mieux fait d'organiser leur développement sur une organisation autocentrée de leur société et de leurs circuits économiques, en direction et au bénéfice de leurs propres peuples, et pas de l'Occident.

Cette monoculture d'exportation avait été mis en oeuvre dans ces colonies au bénéfice des anciens empires coloniaux, qui récupéraient ainsi des biens qu'il leur était impossible de produire chez eux ... Par le biais d'un commerce qui leur permettait d'accumuler des fortunes financières ... Il est relativement surprenant que ces monocultures aient été maintenues à l'identique après les indépendances, et que ces nouveaux états libres aient pu croire qu'ils pourraient modifier les règles du commerce international de ces produits pour qu'il devienne équilibrer. Evidemment, les cours internationaux de la majeure partie de ces produits se sont régulièrement effondrés, ruinant l'économie de ces pays en voie de développement. Et ce sont toujours les intermédiaires sur ces marchés (et aujourd'hui les spéculateurs internationaux) qui continuent d'en profiter.

Il est évidemment coûteux (socialement et financièrement) de réformer une organisation productive, que ce soit aujourd'hui ou autrefois, juste après les mouvements d'indépendance ... Les indépendances se sont par ailleurs accompagnées de missions d'assistance technique, par des gens qui pensaient vraisemblablement aveuglement dans la nécessité du maintien de ces cultures d'exportation pour obtenir des devises étrangères indispensables à leur développement.

Il est aussi extrêmement facile pour des élites politiques de se servir sur les rentrées de devises provenant des exportations de ces monocultures d'exportation. La captation par les élites politiques de ses sources de devises et les possibilités d'enrichissement qui en découlent limitent alors évidemment significativement l'ambition réformatrice de ces mêmes élites politiques, que les cours internationaux sont élevés ou bas. Ces monocultures d'exportation conduisent ainsi à la mise en oeuvre d'un système de financement de l'état public reposant sur un système de captation de taxes sur les échanges extérieures, et sur la généralisation de la prévarication dans l'administration du pays, les élites les plus élevées se servant dans le produit des exportations et dans l'aide au développement, les strates inférieures de l'administration copiant leurs supérieurs en ponctionnant les administrés qui dépendent d'eux.

Se pose alors la nécessité d'une mise en questionnement de l'aide au développement et de l'assistance technique que défendent les instances internationales de financement. Si le développement effectif d'un pays nécessite avant tout une volonté réelle de ses habitants et une décision politique autonome, le mode de financement de l'aide au développement, reposant sur des décisions de techniciens étrangers de l'aide au développement, qui sélectionnent les projets de développement qu'ils acceptent de financer, pose problème. Ce ne peut pas être à la Banque Mondiale, à l'Agence Française de Développement ou à toute autre organisme multilatéral ou bilatéral de financement de décider des programmes à financer, mais uniquement aux états en développement eux-mêmes. Avec tous les risques de captation de ces financements qui en découleront évidemment ... de manière encore plus accrue si les contrôles sont moins poussés.

Mais malgré tout, le développement ne se décrète pas ... Il se construit ... Il ne peut pas non plus être imposé ou octroyé ... Le développement doit être voulu, et venir de l'intérieur ... Les financements par le biais de l'aide au développement ne devraient toutefois pas être décidés par des organismes étrangers, mais par l'état africain lui-même concerné. Celui-ci doit lui-même déterminer ses priorités et ses propres besoins.

D'une certaine façon, la première nécessité pour un véritable développement de l'Afrique et de tout le monde en développement, c'est la réhabilitation de l'état dans ces pays et dans la théorie du développement. Sans volonté politique et sans administration d'état intègre et compétente, il ne peut pas y avoir de développement économique. Ce n'est pas à l'aide au développement étrangère de se substituer à l'absence des états africains ... Sans état, il ne pourra y avoir de sortie du sous-développement. Il faut donc un rétablissement de l'état de droit et de la volonté politique avant toute politique de développement ... Et il faut une prise de conscience de la responsabilité de l'Afrique dans son propre malheur et de la responsabilité de l'occident dans son contrôle de l'Afrique, des africains et de ses richesses.


Réflexion trente-six (11 décembre 2008)
Modèles d'agriculture et modèles de développement ...


Le développement économique des pays africains s'est construit, et est toujours construit, aujourd'hui, sur le modèle des monocultures d'exportation ... Le cacao en Cote d'Ivoire et au Ghana, l'arachide au Sénégal, les bois exotiques ailleurs ... Ces schémas de développement ont échoué ; ces pays demeurant encore à ce jour en état de sous-développement et leurs petits producteurs ont été ruinés par les baisses des cours de ces matières premières sur les marchés mondiaux.

Aucun état développé d'Europe ou d'ailleurs n'est spécialisé dans la production d'une monoculture agricole destinée à l'exportation. Les Etats-Unis ou la France sont de grandes puissances agricoles, mais leur agriculture est avant tout tournée vers l'approvisionnement de leur marché domestique ; l'exportation ne concernant essentiellement que les surplus non consommés par leurs propres consommateurs ... Ces systèmes de monocultures d'exportation sont-elles des survivances du vieux colonialisme européen, consistant à faire produire par des pays vassaux les produits qui sont utiles aux industries des pays colonisateurs ? Vraisemblablement oui ... Une survivance qui est le fait d'une organisation paysanne habituée à produire dans certaines conditions un bien dont la culture à cet endroit est habituelle et ancestrale. En ayant créé une demande importante, les pays occidentaux ont incité à la production. En l'absence d'un état centralisateur et planificateur apte à penser une nouvelle organisation agricole et capable de supporter politiquement les mouvements de protestation qui auraient découlé d'une telle réforme et d'en indemniser les victimes, ces pays sont demeurés esclaves de ces monocultures d'exportation.

Mais il est difficile de voir le danger inhérent à ces organisations agricoles. Ce modèle de développement répond apparemment parfaitement à la théorie économique des avantages comparatifs en commerce international développée par David Ricardo ... D’après cette théorie des avantages comparatifs, lorsqu’un pays se spécialise dans la production pour laquelle il est, comparativement à ses partenaires, le plus avantagé ou le moins désavantagé, il est alors assuré d’être gagnant au jeu du commerce international. Crédo officiel de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), ces pays d'Afrique auraient dû, grâce à cette spécialisation dans ces monocultures d'exportation, réussir leur développement économique.

Qu'est-ce qui explique cet échec ? L'explication peut en être trouvée dans une autre activité économique qui est en train de ravager les zones côtières des pays d'Afrique ... la pêche industrielle et la captation des ressources hallieutiques africaines au bénéfice des consommateurs des pays occidentaux. Les zones côtières africaines sont aujourd'hui victimes des pratiques de sur-pêche des flottes occidentales, qui ont entraîné l'appauvrissement des ressources hallieutiques disponibles. La pêche, qui nourissait autrefois sans difficulté les populations africaines, qui aurait pu donner naissance à des circuits de commercialisation internes pour les populations des zones intérieures des pays africains, est aujourd'hui captée par des industries de transformation et exportée vers les marchés occidentaux. Il est terrible d'imaginer que le thiéboudienne, plat national sénégalais, pour lequel les sénégalais utilisaient autrefois des poissons entiers, est aujourd'hui constitué de pulpe de poissons rejetée et revendue par les industries de transformation fondées par les importateurs occidentaux.

Ces schémas de captation des ressources fondées par les pays occidentaux développés au détriment des pays africains en développement et de leur population appauvrie est terrible, tout cela pour le bénéfice des industriels occidentales et en direction des consommateurs occidentaux. Nous avons une véritable responsabilité dans le drame qui se joue en Afrique et dans le monde en développement, au sens où nous encourageons des industries à rechercher des prix toujours plus bas en quantité toujours plus grande pour contenter notre besoin de consommation.

Le cas de la pêche illustre ainsi le problème des monocultures d'exportation : la raréfaction des ressources naturelles, que ce soit le poisson pour la pêche ou la terre pour les monocultures d'exportation. Ce qui serait aujourd'hui indispensable à l'Afrique pour qu'elle réussisse enfin à se développer, c'est qu'elle mette fin à la captation de ses ressources par les pays occidentaux. Qu'elle développe un marché et des circuits de distribution internes, en direction de ses propres marchés, de ses propres consommateurs, en fonction de ses propres besoins, en oubliant les besoins des pays occidentaux qu'elle n'a pas à contenter.


Réflexion trente-cinq (3 décembre 2008)
La critique gouvernementale à l'encontre de l'Agence Française de Développement ... Raison ou déraison ?...


Dans le journal Libération du 29 novembre 2008, le secrétaire d’Etat à la Coopération et à la Francophonie, Alain Joyandet, donne son avis sur l’aide française au développement et lance une charge virulente contre l'Agence Française de Développement, son Directeur général (Jean-Michel Sévérino) et son personnel (article de Libération ci-joint).

(Christian Losson pour Libération) Votre philosophie passe mal à l’Agence française de développement ; son directeur, Jean-Michel Severino, regrette les «coupes radicales» sur les projets sociaux en 2009.

(Alain Joyandet) L'AFD est quand même sous l’autorité de l’Etat dont elle distribue les crédits. Elle doit aussi s’interroger sur ces responsabilités. Elle développe 3,5 milliards d’euros de crédit alors qu’elle pourrait en catalyser trois fois plus ! Il faut que j’arrive pour lui demander de se bouger. Qu’est-ce que fait son patron, à part gérer le quotidien ? S’il est là pour faire du développement, qu’il développe ! Qu’est-ce qu’il attend au lieu de se lamenter et de dire que l’Etat ne lui donne pas assez d’argent ?

(CL) Vous êtes irrité car il y a aussi un concept de développement qui vous oppose ?

(AJ) Je suis irrité parce que je ne comprends pas : il faut soutenir toutes les initiatives de croissance, non ? L’AFD doit bosser et se retrousser les manches. C’est son boulot de prendre des risques ! Elle ne doit pas se comporter comme une administration, et faire sauter des verrous pour travailler plus. C’est quand même l’Etat qui l’a recapitalisée, non ? Elle a besoin d’une nouvelle gouvernance, ce ne sera pas du luxe.

En matière de contexte, il faut savoir à la fois que Jean-Michel Sévérino, le directeur général de cet établissement public en charge de l'aide au développement public de la France, passe très mal auprès de Nicolas Sarkozy et de ses conseillers élyséens ... question de style vraisemblablement. Il faut également savoir que l'effort français en matière d'aide au développement pâtit de restrictions budgétaires, notamment en ce qui concerne les subventions publiques consenties aux pays les plus pauvres de la planète (l'aide publique peut prendre en effet la forme soit de prêts publics remboursables à conditions de taux préférentiels, soit de simples subventions non remboursables).

Il faut aussi se rappeler que l'AFD, établissement public, a été créé en 1941 (le 2 décembre) par le Général de Gaulle pour servir de Trésor Public et de Banque centrale à la France Libre. Elle s'appelait à l'époque CCFL (Caisse Centrale de la France Libre) et a été renommée à la fin de la seconde guerre mondiale en CCOM (Caisse Centrale de l'Outre-Mer) puis CCCE en 1959 à l'époque des indépendances des états africains. On entre aujourd'hui dans la fin de l'héritage historique d'un établissement très spécial, initialement dirigé par des résistants français et des grands personnages de la France Libre, et bénéficiant en Afrique d'une aura sans commune mesure. Pendant longtemps, le directeur d'une agence de la CCCE (aujourd'hui AFD) était un personnage public plus important que l'ambassadeur de France dans de nombreux pays africains.

Mais sur le fond, je ne suis pas un fervent admirateur ni de la politique de développement menée par Jean-Michel Sévérino, ni des impulsions qu'il a donné et continue de donner à la politique menée par l'AFD dans le monde (et notamment un retrait de sa zone prioritaire d'Afrique pour privilégier des zones à plus fort aspect médiatique telle l'Asie ou l'Amérique latine). Cette personne est plus intéressée par sa propre carrière, par les prochains postes qu'il pourrait occuper dans le milieu du développement (le ministère de la coopération, le FMI ou la Banque Mondiale ...) et par la reconnaissance de ses pairs, que par le devenir de l'AFD et encore moins par le devenir du monde en développement et des populations qui y souffrent. Il passe la majeure partie de son temps à parader dans des réunions internationales sur le climat, le réchauffement climatique, l'eau, la biodiversité ou le développement ... Tous lieux suffisamment médiatisés pour affermir sa position internationale.

Je ne suis pas non plus un fervent admirateur du mode de management existant à l'AFD, et surtout de l'esprit de caste qui y règne entre, d'un côté, le personnel français recruté au siège (1.000 agents), bénéficiant de conditions de rémunération, de travail et d'expatriation extrêmement favorables, auxquel tous les postes de responsabilité et de management sont réservés dans le monde entier, et d'un autre côté, le personnel qu'ils appellent 'personnel local', dans un esprit qui demeure néocolonialiste (600 agents toutes géographies confondues), payé aux conditions de marché local (pas grand chose en Afrique), sans perspectives de carrière réservées aux seuls agents du siège et aux expatriés, et aux conditions sociales également inférieures. De même que leur directeur général, l'immense majorité des cadres qui y travaille (80% de son effectif siège alors que cette proportion doit à peine atteindre 5 à 10% pour le personnel dit local dans le monde entier) ont pour seule ambition leur carrière et les futurs postes qu'ils pourront obtenir à l'affectation suivante.

En matière d'effectif et de management, on peut s'interroger sur l'activité des 850 agents employés au siège de l'AFD en regard des 150 agents expatriés dans les agences du monde entier (dont les DOM et les CTOM) et des 600 agents locaux qui y sont aussi employés à des tâches sulbalternes. Le nombre de crédits octroyés ou à l'étude chaque année par l'AFD s'établit entre une centaine et un millier ... Il me semble qu'en moyenne, trois agents du siège doivent avoir à s'occuper de moins d'un dossier de crédit par an, ce qui ne représente pas une productivité très importante. En matière de management, on peut s'étonner qu'un organisme de développement tel l'AFD n'aie aucun directeur d'agence 'étranger' issu des pays qu'elle est censée aider, que ce soit à l'étranger ou dans l'outre-mer français, que son personnel local soit tenu à l'écart de tout le poste de responsabilité et cantonné aux tâches d'exécution et de garderie et d'entretien des locaux , et que l'esprit qui règne dans cette maison (issue de la France libre) soit néocolonialiste (genre de faire les courses pour remplir le frigo de l'expatrié).

Au fond, que le gouvernement, en la personne du secrétaire d’Etat à la Coopération et à la Francophonie veuille remplacer le patron de l'AFD ne me pose pas problème. Il est juste problématique que la vision du développement qu'a ce gouvernement libéral est vraisemblablement encore plus éloignée de l'intérêt de l'Afrique et du monde en développement que celle qu'en a Jean-Michel Sévérino, et que cette reprise en main de l'AFD par le pouvoir politique (et par Nicolas Sarkozy) a aussi pour objectif de mettre la main sur les fonds propres pléthoriques de cet établissement public, indispensable à son activité d'établissement de crédit (et au respect des normes prudentielles qui lui sont imposées ... ratio Cooke ou Mac Donough et ratio de division des risques) ... en cette période de disette budgétaire ...


Réflexion trente-quatre (10 novembre 2008)
De l'importance de la démocratie en matière de développement ou de la relation entre parlementarisme et imposition ...

En matière de développement, l'un de mes commentateurs, Bilou Moliets, faisait remarquer la relation existant « dans les sociétés occidentales entre l'émergence du parlementarisme et l'émergence d'une fiscalité », qui rendait légitime « la dévolution de la souveraineté du roi vers le peuple ou ses représentants. »

Toujours selon Bilou Moliets, son intérêt « dans le cadre d'une réflexion sur l'aide au développement, c'est qu'elle souligne le lien de légitimité entre une communauté politique et son souverain (le souverain pouvant être le peuple ou la nation, comme dans nos sociétés à système démocratique par représentation) à l'occasion des choix politiques fondamentaux. C'est ce principe qui était assez bien formulé par les 'insurgents' américains : no representation, no taxation. »

Comme Bilou Moliets l'expliquait, cette thèse n'est toutefois pas nouvelle et a été régulièrement avancée en sciences politiques et en histoire des institutions politiques. Elle permettrait cependant d'expliquer les difficultés qu'ont souvent rencontrées la majeure partie des pays en développement pour mettre en place une administration publique financée par l'impôt, qui soit acceptée par la population de ces pays et qui ne se transforme pas en force de corruption et de prévarication ...

Elle conduirait à démontrer que le décalage existant dans les états en voie de développement africains entre l'administration publique et la démocratisation des régimes politiques, et notamment le déficit de légitimité de la représentation politique, expliquerait les déboires des ces états africains en matière de développement économique. Et ce serait aussi partiellement vrai pour les états en voie de développement d'Amérique et d'Asie.

On peut évidemment déjà s'interroger sur la réalité de ce lien entre représentation politique et acceptation de l'imposition. Au-delà de la simple logique, qui veut qu'un impôt voté par une représentation politique démocratiquement élue a plus de chance d'être acceptée par une majorité de la population qu'un impôt décidé par un gouvernement impopulaire, l'histoire de la taxation est forcément plus complexe.

Il est premièrement difficile de vérifier que tous les états ayant réussi leur décollage économique (take off) et mis en place un système de taxation pour le financer ont respecté cette règle de démocratisation de leur structure politique. Je pense notamment au Japon sous l'ère Meiji ou à la Chine actuelle ... Ces deux états ayant plutôt été des exemples d'autoritarisme étatique que des exemples de régimes démocratiques. Plus largement, on peut s'interroger sur le cas de l'ensemble des dragons et tigres asiatiques qui ont réussi leur développement économique. D'une certaine façon, on pourrait en déduire qu'un gouvernement étatique fort peut suppléer dans certains pays une absence de démocratisation du régime politique. On peut aussi l'appréhender différemment : ce qui compte, c'est la légitimité du gouvernement aux yeux de sa population et l'acceptation par celle-ci de l'administration et des impôts qu'elle décide, plutôt que simplement la forme de ce gouvernement, autocratique ou démocratique.

Il y a deuxièmement le risque d'être aveuglé par l'histoire européenne de la mise en place de régimes de taxation, elle-même esclave de son origine gréco-romaine. Car le modèle d'administration que l'on a tenté de mettre en place dans les états en développement africains, ainsi que le régime de financement par l'impôt, est une création européenne, dont les racines sont romaines et grecques. Rome a mis en place un régime de taxes pour financer l'administration romaine et les légions romaines, qui a échoué à sauvergarder l'empire mais qui a survécu dans les anciennes régions romaines, jusqu'à la fin du Moyen-Age européen. L'histoire de la taxation dans les états d'Europe est malgré tout une succession d'avancée et de recul, de conflits locaux et de guerres, dont l'origine est souvent l'imposition, malgré l'ancienneté de l'existence de ces taxes. Combien de guerres et de massacres en France par exemple pour contester des taxes ou pour récupérer le produit de taxes ? L'histoire récente se rappelle le développement d'une imposition 'moderne' en France sous les derniers rois, à compter du seizième et dix-septième siècle, et l'obligation faite au roi de France de concéder des droits politiques croissants aux représentants du tiers état (parlement, états généraux ...) en échange de la mise en oeuvre et de l'acceptation d'impôts nouveaux ... Mais même après cela, est-il possible d'oublier les diverses contestations des impôts qui ont encore suivi, comme la révolution française, la chouanerie ou les diverses jacqueries ... Est-il véritablement possible d'oublier que l'histoire des taxes est la principale raison de disparition de régimes politiques, quelque soit leur légitimité politique ou historique ...

L'Afrique n'ayant pas le même passé millénaire en matière d'histoire de la taxation, peut-elle se permettre les mêmes errements en matière de mise en place de taxes, les mêmes soubressauts ? Et qu'est-ce qui explique véritablement l'acceptation à un instant donné par un peuple donné d'une taxe donnée ? La légitimité de ses dirigeants ? Leur désignation démocratique ? Ou l'histoire de ce peuple lui-même et de sa docilité face au pouvoir ?


Réflexion trente-trois (24 août 2008)
Démographie et développement ... Ou l'explosion démographique de la population des pays en panne de développement peut-elle expliquer leurs difficultés économiques ?...

Le sous-développement est-il causé par l'explosion de la population des pays en développement ? Une question qui est loin d'être anecdotique et vraisemblablement fausse en regard du décollage économique apparemment réussi par les deux pays du monde à la population la plus nombreuse ... la Chine et l'Inde.

On dénombre actuellement environ 6,6 milliards d'habitants sur notre planète, dont plus de la moitié réside en Asie, principalement en Chine et en Inde. Et la population terrestre pourrait atteindre selon les hypothèses retenues entre 8 et 12 milliards d'individus en 2100. Pour mémoire, la planète Terre comptait 6 milliards d'habitants en 2000 ... 5 milliards en 1987 ... deux fois moins soit 2,5 milliards en 1950 ... 1 milliard à peine aux alentours de 1850 ... un peu plus de 400 millions en 1500 ... 250 millions en l'an 0 de notre ère ... et peut-être 100.000 individus il y a environ 150.000 ans, lorsque l'espèce humaine est, selon certains scientifiques, passée très près de l'extinction.

La répartition actuelle de la population mondiale (2007) est la suivante :
- Asie : 4,03 milliards (60,5 %)
- Afrique : 965 millions (14,0 %)
- Europe : 731 millions (11,3 %)
- Amérique latine et Caraïbes : 572 millions (8,6 %)
- Amérique du Nord : 339 millions (5,1 %)
- Océanie : 34 millions (0,5 %)

En 1980, la répartition de la population mondiale était déjà différente (4,4 milliards d'habitants au total) :
- Asie : 2,64 milliards (60,0 %)
- Europe : 693 millions (15,8 %)
- Afrique : 416 millions (9,5 %)
- Amérique latine et Caraïbes : 364 millions (8,3 %)
- Amérique du Nord : 256 millions (5,8 %)
- Océanie : 23 millions (0,5 %)

Et en 1950, elle s'établissait de la manière suivante (2,5 milliards au total) :
- Asie : 1,41 milliard (55,9 %)
- Europe : 548 millions (21,7 %)
- Afrique : 224 millions (8,9 %)
- Amérique du Nord : 172 millions (6,8 %)
- Amérique latine et Caraïbes : 168 millions (6,7 %)
- Océanie : 13 millions (0,5 %)

(Source : Atlas de la population mondiale de l'INED)

La distribution de la population à l'échelle du globe a ainsi énormément évolué au cours des dernières décennies. L'Afrique regroupe ainsi actuellement près d'un milliard d'habitants, contre 225 millions à peine en 1950. L'Afrique sub-saharienne, la partie la plus pauvre du continent, a vu, pour sa part, sa population passer de 180 millions d'habitants en 1950 à plus de 800 millions d'habitants en 2007. Et l'accroissement annuel de sa population, qui s'établissait à +10 millions d'habitants dans les années 1980, atteignait +15 millions dans les années 1990 et +20 millions à la fin des années 2000.

L'accroissement rapide de la population africaine représente évidemment le principal défi posé au développement et à l'aide au développement. Comment un continent n'ayant pas encore effectué sa révolution agricole, dont les techniques agricoles n'ont pratiquement pas évolué et demeurent organisées autour des techniques traditionnelles anciennes, peut-il faire face à un quadruplement de sa population totale ? Selon la FAO (Food and agriculture organization of the United Nations), 800 millions de personnes souffrent de la faim en Afrique. Mais, selon la FAO, la pénurie ne serait pas consécutive au surpeuplement, mais à la désorganisation politique et économique des pays.

Mais on peut aussi voir le problème de l'accroissement démographique, du développement économique et des atteintes à l'environnement d'une autre manière. Il ne faut pas oublier que les 5,5 milliards d'habitants des pays pauvres ont un impact beaucoup plus faible sur l'écosystème terrestre que le milliard d'habitants des pays riches. Ce ne sont pas véritablement ces 5,5 milliards d'habitants des pays pauvres qui posent un problème d'atteinte à l'environnement, mais bien le milliard d'habitants des pays occidentaux.

La Terre pourrait ainsi parfaitement supporter 12 milliards d'humains ayant le mode de vie des Africains. Le problème n'est pas un problème de nombre, c'est un problème écologique et énergétique.


Réflexion trente-deux (20 avril 2008)
Quelles responsabilités dans la crise alimentaire qui touche le monde en développement ...


La faim dans le monde recommence à passionner le monde et tout particulièrement nos médias occidentaux ... Rappelez-vous, cette expression était à la mode il y a environ vingt-cinq ans, au début des années 1980 ... Puis elle est passée de mode ... car il s'agit véritablement de mode en matière de développement ... plus précisément de paradigmes ... Evidemment, il est resté des associations humanitaires pour continuer à se préoccuper de la faim dans le monde, tel Action contre la faim (ACF), ou encore le programme alimentaire mondial des Nations unies ... Mais le financement du développement a oublié de se préoccuper de luttes contre la faim dans le monde ... Les Nations Unies se sont focalisées sur la lutte contre la pauvreté, les organismes internationaux se sont occupés des réseaux d'assainissement, de la gestion de l'eau, de la réflexion carbone, de meilleure gouvernance ...

Quelles sont les responsabilités dans le retour de la faim dans le monde en sous-développement ... (sans oublier évidemment le fait que la faim ne touche pas uniquement les peuples des pays en sous-développement ... mais que la faim frappe aussi dans nos pays occidentaux, parmi les plus pauvres et les plus démunis de nos concitoyens, souvent parmi les sans-domicile-fixe ... mais pas uniquement ...) ... Quelques articles du Monde traitent de ce problème ... Dominique Strauss-Kahn considérant que la fabrication de biocarburants à partir de céréales pouvant aussi servir de nourritures pour les humains était moralement condamnable ... Ou cet éditorial du Monde recensant les responsabilités des uns et des autres sur cette question ...
//www.lemonde.fr/opinions/article/2008/04/16/les-tartuffes-de-la-faim_1034940_3232.html

Est-il possible de parler de faute morale concernant la fabrication et l'incitation à l'usage des biocarburants, comme le fait Strauss-Kahn ? Les biocarburants concurrencent évidemment la culture des céréales pour l'alimentation humaine ?

Le problème est toutefois de déterminer quel est le prix normal d'un bien, comme le riz, le blé, d'autres céréales ou d'autres produits ? Par mécanique économique, il n'existe aucune possibilité de déterminer un prix normal pour un quelconque produit. La valeur du prix du blé a évidemment extrêmement diminué au cours des derniers siècles. Un ouvrier ou un paysan il y a quelques siècles en Europe s'estimaient heureux s'ils pouvaient s'offrir suffisamment de pain pour se nourrir chaque jour. S'offrir du poisson ou de la viande ne leur serait jamais venu à l'esprit ... Des vacances encore moins ... On voit et on entend parler des scènes de pillages et d'émeutes au sujet du prix du riz et des céréales dans un certain nombre d'états dans le monde ... Mais la seule mesure de la valeur des prix que chacun d'entre nous avons, c'est les prix que nous avions l'habitude de payer ... Sans que l'on sache quel devrait être le véritable prix du riz et des céréales ... Certains états ont même pensé à abaisser arbitrairement le prix du riz ... fausse bonne idée, puisqu'une telle mesure incite les producteurs et les commerçants à stocher leur marchandise plutôt que de l'écouler à un prix trop bas, et désincite les commerçants a importé du riz depuis l'étranger si le prix auquel il l'écoulera sera inférieur à son prix d'achat ... Les émeutes de la faim ne sont pas prêtes de prendre fin à Haïti ...

Cet édito du Monde m'a aussi gêné par sa présentation du problème. Evidemment, les organismes d'aide internationaux n'ont pas brillé par leur inventivité en matière de lutte contre la faim dans le monde. La Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International ont préconisé des politiques creusant les inégalités sociales dans les pays où ils sont intervenus ... Mais ils sont aussi intervenus en France dans les années 1960 ... Pour autant, leurs préconisations n'ont pas ravalé notre pays au stade de la misère ... Mais c'était peut-être avant l'époque des Chicago Boys ... et de leur politique néo-libérale extrêmiste ...

Evidemment, les biocarburants expliquent une partie de la hausse des produits alimentaires, mais l'appétît croissants des chinois et des asiatiques pour les viandes animales d'élevage l'explique également ... L'enrichissement des peuples des états en développement aura de toute façon le même effet sur le prix des produits alimentaires ... une hausse des prix, qui aura tendance à rogner les bénéfices du développement de ces mêmes états ...

Mais il y a aussi une responsabilité des habitants eux-même de ces états sous-développés, sans même parler de cette propension à se faire la guerre, à piller ou à participer à des émeutes, façon de penser qu'ils ne sont pour rien dans la misère qui leur tombe dessus, la faute en revenant à leurs politiciens, aux commerçants enrichis, aux étrangers différents d'eux, aux marchés internationaux, au grand Satan capitaliste ... Responsabilité du fait de leur démographie ... Comment des peuples crevant de faim régulièrement, incapables de se nourrir eux-mêmes, peuvent-ils continuer à procréer et à faire des enfants ? Le monde doit nourrir aujourd'hui 6 milliards d'habitants, plus de 9 milliards dans quelques décennies, contre à peine 3 milliards il y a vingt-cinq ans et 1 milliard au début du vingtième siècle ... La responsabilité première de la faim dans le monde repose d'abord sur ces mêmes peuples mourrant de faim, incapable de limiter leurs naissances et l'accroissement de leur population. C'est assurément atroce d'exprimer une telle position, mais c'est pourtant une réalité. Que serait la situation du monde si nous avions deux fois moins de personnes à nourrir, à loger, à occuper, à équiper ... Quelle serait la pression sur les ressources naturelles de notre planète ? Même si les habitants des pays en développement, ceux qui croissent le plus vite et expliquent la plus grande part de l'accroissement de la population terrienne, ces habitants du Tiers-Monde sont ceux qui consomment le moins, qui ne consomment pratiquement rien d'autres que ceux qu'ils récoltent ou ramassent ...

En tout cas, on ne parlerait pas d'émeutes contre la faim ... Les moyens financiers limités de ces états en sous-développement ne seraient pas accaparés par des programmes sanitaires insuffisants et débordés ... Les migrants n'envahiraient pas les états développés du Nord et du Sud à la recherche d'emplois et de la richesse ... ou en tout cas pas dans les mêmes proportions, rendant ainsi plus facile leur accueil et leur intégration ... Aujourd'hui, nous sommes 6 milliards avec ces problèmes ... Demain, nous serons 9 milliards ... et même si on nous dit que la Terre pourra les nourrir, personne ne rend-il compte que ce serait beaucoup plus facile si nous demeurions 6 milliards sur Terre ...

Nous étions à peine 100.000 humains il y a quelques centaines de milliers d'années ! Quel est donc l'objectif de l'humanité ? Se répandre sur Terre comme la peste ou la vermine jusqu'à ce que la Terre meurre ou nous fasse disparaître ?


Réflexion trente-et-une (18 avril 2008)
Suite du point précédent ... La démocratie existe-t-elle réellement ... et ... des liens entre développement économique et vol ...


Au sujet des critiques que l'on peut adresser à la démocratie, il faut cependant se rappeler qu'il s'agit du moins mauvais système politique existant actuellement ... je n'irais pas dire le moins mauvais système de représentation politique que l'homme est inventé ... Car il me semble qu'il en a existé de meilleurs dans un passé ancien ... Lire Pierre Clastres à ce sujet ... 'La société contre l'état' ...

De même, parler de peuples respectueux des lois, comme les allemands ou les japonais, ou à l'inverse estimer que les français sont un peuple dans une large partie préfère s'abstraire du respect des lois, est excessif, car, comme Comte-Sponville l'écrivait, le respect de la loi n'est pas suffisant en soi, sans le respect de la morale. Seule la morale, et au dessus d'elle l'éthique (ou l'amour) peut venir contraindre et orienter l'action en respect de la loi ... La loi sans la morale n'est rien ... Les allemands et les japonais furent un peuple extrêmement respectueux des règles dans les années 1930-1945 ... mais absolument pas respectueux d'une morale d'action non pervertie ...

De l'importance du vol en matière de développement ... Ou peut-il y avoir développement sans vol ? La première question concerne l'importance du colonialisme occidental dans le développement de l'Europe occidentale au début de l'époque moderne, à compter du seizième et dix-septième siècle. L'Europe aurait-elle connu le même développement économique et technologique si elle n'avait pas colonisé l'ensemble de la planète, et souvent exterminé les peuples étrangers qui y vivaient ? En effet, le colonialisme fut essentiellement un vol à très grande échelle de toutes les richesses de ces pays éloignés, l'or, l'argent, les matières premières, les hommes, les épices, les terres ... A ce sujet, il faut lire le discours sur le colonialisme d'Aimé Césaire, publié en 1955 ...
//www.alterinfo.net/Discours-sur-le-colonialisme,-Un-livre-immortel-de-Aime-Cesaire_a18883.html

Notre monde occidental s'est construit au cours de ses siècles de colonialisme. A quoi ressemblerait-il sans l'or et l'argent des Amériques, sans ce continent américain et sans les Etats-Unis volés aux indiens qui l'occupaient depuis une dizaine de millénaires, sans les esclaves africains qui enrichirent les planteurs américains et antillais, les négociants nantais ou rochelais, les banquiers français, italiens et néerlandais, sans les diamants africains, sans l'aventure saharienne et africaine de la France, sans l'aventure indienne de l'Angleterre ? A quoi ressemblerait l'Europe avec ces millions d'émigrants qui auraient dû demeurer sur place, à crever de faim en Irlande, en France ou en Pologne ?

Certains estiment que la colonisation a été un coût pour les pays européens, en matière notamment de construction d'infrastructures ... Mais ces infrastructures ne représentent qu'une infime partie des richesses prélevées ou volées à ces pays et à ces continents ...

Sans le colonialisme, sans ce vol à très grande échelle, l'Europe ne serait certainement pas aujourd'hui arrivée à ce point de développement économique.

Maintenant, cela signifie-t-il que le vol est indispensable au développement, ce qui voudrait dire que le développement de l'Afrique ne sera possible que si les africains trouvent un autre peuple, une autre race, à voler ... suffisamment riche pour booster leur développement ...

En sens inverse, il faut toutefois se rappeler le contre-exemple de l'Espagne et du Portugal, principaux bénéficiaires de l'or et de l'argent aztèque et plus largement sud-américain, mais qui ne connûrent aucun développement économique malgré l'afflux d'or et d'argent qui en résulta ... Les causes de cet échec du colonialisme sont multiples et en même temps peu connues ... on suppose que l'Inquisition et l'acharnement auquel elle donna lieu à l'égard vis-à-vis des juifs et des convertis vida l'Empire espagnol de ses marchands et de ses banquiers (juifs le plus souvent à cette époque), a eu un effet important sur cette absence de thésaurisation, d'enrichissement et de développement de l'Espagne, dont bénéficia au contraire ses principaux voisins et adversaires ... France, Pays-Bas et Angleterre ... L'argument selon lequel les espagnols, enrichis, se détournèrent du travail manuel me semble oiseux ... Les paysans espagnols ne profitèrent véritablement pas de cet enrichissement de ces élites ... Il est resté des pauvres en Espagne à cette époque-là ...

Comment expliquer également le développement économique récent des dragons asiatiques (Taïwan, Corée du Sud, Singapour ...) et tigres asiatiques, ces nouveaux pays développés qui ont réussi leur décollage économique dans les dernières décennies, sans même appliquer les méthodes standards préconisées par le FMI et la Banque Mondiale ? Est-ce le vol qui explique leur développement réussi ? Le vol du travail de nos salariés occidentaux, ou bien le simple commerce international, c'est-à-dire les échanges entre nations ?

Peut-être le vol du colonialisme n'était qu'une forme d'échange, et c'est cette composante d'échange qui explique le développement de l'Europe occidentale aux cours des derniers siècles ... une forme d'échange particulière, sans contreparties ... sous la contrainte des armes, de la guerre ... un échange à sens unique, du monde entier vers l'Occident ... Mais le vol lui-même n'expliquerait pas le développement, mais seulement les échanges ... Raison pour laquelle l'Espagne, privée de structures commerciales après le départ des familles de banquiers et de marchands juifs, ne bénéficiera pas des richesses reçues, tandis que ses voisins, bénéficiaires de ces échanges, se développeront rapidement ... comme les Etats-Unis ...


Saucratès


05/12/2010
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Du développement (3)

Réflexion trente (17 avril 2008)
La démocratie existe-t-elle réellement ... des liens entre développement économique et vol ... autrement dit, est-ce la démocratie qui expliquerait le développement ou est-ce la confiscation des ressources étrangères par le vol ?


La démocratie, bien qu'étant un critère imparfait pour expliquer le développement économique, au sujet duquel on peut s'interroger à raison sur sa pertinence, existe-t-elle réellement dans les faits ?

Parce que je vis en France et que je suis de nationalité française, j'aurais plutôt l'impression qu'il faudrait parler de démocratie formelle. La difficulté pour les citoyens d'un pays d'appréhender la réalité quotidienne d'une démocratie s'explique par les difficultés de la délégation du pouvoir vers nos représentants. On n'appréhende véritablement une démocratie, avec ses avantages, ses inconvénients et ses limites, que lorsque l'on en est un élu. Mais c'est plus facilement envisageable dans les petites communes rurales, avec peu d'habitants, que dans les grandes agglomérations regroupant une centaine de milliers d'habitants, où le nombre de postes d'élus est relativement limité par rapport à la population éligible.

Le problème des démocraties tiennent aussi dans la confiscation du pouvoir de désignation des candidats dans les principaux partis politiques par des groupes non représentatifs, par une nomenklatura issue de grandes écoles (telle l'ENA), ou encore par des organisations secrètes telles des loges maçonniques. Lorsque l'égalité de tous devant la possibilité de se présenter aux élections désignant les représentants du peuple n'est pas respectée, lorsque les choix des citoyens semblent biaisés grâce à la confiscation du dialogue au bénéfice de quelques leaders autoproclamés et charismatiques ... Alors ces citoyens cessent de se croire en démocratie, pour se croire dans une forme de sondage d'opinions où une petite partie des citoyens confisquent les pouvoirs et la prise de décision à leur profit.

Ainsi, il m'est difficile d'assurer que nous vivons en France dans une démocratie. Cela a la forme d'une démocratie, les règles d'une démocratie, il y a des élections libres régulières pour choisir nos représentants, le choix entre ceux-ci est parfaitement libre, les élections sont le plus souvent normales, sans bourrage d'urnes, même si les candidats choisis par d'autres (même si la mise en oeuvre de primaires au PS et à l'UMP donne l'impression que les adhérents participent au choix), avec l'aide des médias qui leur donnent la stature indispensable pour pouvoir être connu et être élu. Mais est-ce vraiment une démocratie ? La France n'est même pas véritablement un état de droit, en raison des 'libertés' prises par un certain nombre d'entre nous avec les règles sociales de fonctionnement de notre société française.

Peut-on dire que la démocratie n'existe vraiment nulle part ? Après tout, la France n'a peut-être pas inventé la démocratie, même pas la république (Platon l'avait inventé avant nous !), mais c'est l'une des premières démocraties de l'ère moderne, et si la France n'est pas une démocratie, il n'existe pas de démocratie véritable, et en tout cas il n'en existe pratiquement aucune dans le monde en développement.

En fait, il n'y a pas de démocratie en France pour une raison ... Le non respect des principes fondateurs de notre démocratie, de notre république, ces trois mots écrits aux frontispices de nos monuments publics, de nos maisons du peuple (devenus aujourd'hui des entreprises commerciales et des chasses gardées au profit de certains) ... Liberté, Egalité, Fraternité ... à ne pas confondre avec ceux du régime de Vichy ... Travail, Famille, Patrie ... que nos gouvernements libéraux successifs semblent préférer défendre et appliquer ...

C'est l'absence d'égalité réelle entre les citoyens français, égalité à l'égard des puissances de l'argent, du pouvoir, des études, du milieu de vie, qui détruit notre organisation sociale, et la démocratie ... Le simple fait que certains puissent, grâce à des réseaux occultes, contrôler la vie publique, les désignations, les élections, l'économie française dans son ensemble.

Evidemment, ce contrôle occulte n'est pas formellement visible en France, au travers du prisme des médias qui sont également soumis à ce même contrôle, tandis que dans de nombreux états en développement, les mêmes contrôles sont plus apparents, car s'appuyant sur des institutions voyantes, telle l'armée, la gendarmerie, des clans ou des ethnies ...

Mais au fond, où se situe la différence ? Nulle part ! Le plus souvent, la démocratie n'existe pas, n'est qu'apparence ... Même si, ailleurs dans le monde, son absence peut prendre des formes beaucoup plus coercitive qu'en France ...


Réflexion vingt-neuf (15 avril 2008)
Des relations entre le développement économique et les principes de l'état de droit ...


L'un des critères considérés comme important en matière de théorie de développement est le respect des principes démocratiques. Ce point fait cependant débat, car un certain nombre d'états asiatiques, notamment, ont réussi leur décollage économique malgré le fait qu'ils ne respectaient les règles de la démocratie (le cas de la Chine mais également de quelques dragons ou tigres asiatiques) ...

Existe-t-il une démonstration plus avancée de cet idéal ? Plus que le respect des règles démocratiques, il faudrait parler de respect des règles d'un état de droit. Cette distinction n'est toutefois pas parfaite. L'état de droit détermine les règles de fonctionnement d'un pays ; la démocratie détermine le mode de partage du pouvoir au sommet de l'état. On pourrait imaginer une démocratie qui n'est pas un état de droit ... la France est partiellement dans ce cas ... Mais on pourrait aussi imaginer un état de droit qui ne serait pas une démocratie.

Le respect des règles d'un état de droit implique principalement une sécurité des investisseurs dans un état, c'est-à-dire l'existence d'une justice indépendante et intègre, le respect des droits individuels de chacun, la neutralité de l'état central ou local et des fonctionnaires qui le représente et une absence de surcoûts tels ceux liés aux versements de pots-de-vins à des intermédiaires privés ou étatiques. Le respect des règles d'un état de droit implique aussi pour ses habitants l'absence de perception de ces mêmes pots-de-vin, le respect des lois et des règlements, l'éloignement des divers trafics lucratifs le plus souvent contraires à l'ordre public. Le respect des règles d'un état de droit implique aussi la discussion de manière collégiale et transparente de ce que doit être l'ordre public.

Un état de droit est un ensemble indivisible. Lorsque les citoyens d'un pays ne respectent pas les règles d'un état de droit dans leurs vies quotidiennes et dans leurs échanges avec les autres (corruption, trafic, agressions), pourquoi leurs dirigeants respecteraient-ils ces mêmes règles ... Il leur sera en effet impossible de réclamer que l'état agisse avec eux dans le respect de règles qu'eux-mêmes ne respectent pas. Aberration ... une telle attente n'est possible que dans un état de droit telle la France, où les forces de police, la justice, le fisc, la sécurité sociale doivent traiter les fraudeurs ou les délinquants de la même manière que tous les autres citoyens, avec les mêmes droits ... Mais en même temps, plus il se trouve de personnes à ne plus respecter les règles d'un état de droit, plus le risque que certaines de ces personnes accèdent au pouvoir devient élevé, et plus le risque est important que ces personnes essaient de se maintenir au pouvoir par tous les moyens, même de manière contraire aux règles d'un état de droit, ou essaient de s'enrichir au détriment des autres, en violation des règles de l'état de droit.

C'est dans une certaine mesure le cas de la France, où une proportion relativement élevée de nos concitoyens trichent avec les règles régissant notre société, à leur avantage personnel, sans s'interroger sur les conséquences d'une généralisation à tous de leurs pratiques (corruption de certains fonctionnaires dans la passation des marchés ou de certains élus locaux, de salariés responsables des achats dans les entreprises privées voire de syndicalistes - travail non déclaré - bénéfice indu des minimas sociaux ou de la CMU - non déclaration des impôts ...). Ces comportements de passagers-clandestins sont évidemment communs à toute démocratie ... Le problème de sa généralisation en France ... Dans quelle mesure ne peut-on pas dire que les français n'ont pas compris le fonctionnement d'un état de droit et les obligations qui leur incombent, en contrepartie des avantages qu'ils en retirent ? Plus que du caractère frondeur des français, ne faudrait-il pas parler d'un rejet des règles d'un état de droit par les français, sans que l'on sache si ces derniers sont prêts à en payer le prix en terme de dictature, eux qui sont aussi les premiers à manifester violemment leur attachement à une démocratie idéalisée et idéaliste.

C'est très précisément le cas de nombreux états sous-développés d'Afrique, où la 'débrouille' est devenue l'occupation privilégiée de leurs habitants, où la corruption et la prévarication sont générales, chez la majorité des personnes qui détiennent une parcelle de pouvoir sur les autres (gendarmes, soldats, douaniers, fonctionnaires, élus ...) et où les possibilités d'enrichissement lorsque l'on atteint les plus hautes responsabilités politiques sont tellement tentantes que peu de dirigeants politiques n'ont pas détourné des fonds publics ou ne se sont pas maintenus au pouvoir en violation des règles constitutionnelles et en violation des droits individuels de certains de leurs concitoyens (intimidation ou disparition d'opposants politiques ...).

De là à penser qu'il existerait un lien entre état de droit et développement ! Le rétablissement des principes constitutifs d'un état de droit repose le plus souvent sur la remise en état de marche de l'état. Rétablir une fonction publique et une justice non corrmpue implique de rétablir les finances de l'état pour rémunérer correctement les fonctionnaires qui y travaillent. Rétablir les finances de l'état implique de faire cesser les trafics et soumettre à imposition tous les revenus, toutes les richesses et tous les échanges commerciaux, qui sont pour l'instant non déclarés. Les deux pôles, sphère publique et sphère privée, sont ainsi effectivement liés ... Ce que nul ne sait pour l'instant, c'est comment rétablir un état de droit lorsqu'il a disparu sous les combines des uns et des autres ... et à partir de quand un état de droit disparaît lorsqu'une majorité des citoyens qui le composent n'en appliquent plus les règles.


Réflexion vingt-huit (14 avril 2008)
Des conséquences du retour de la faim en matière de politique de développement ...


La Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International s'inquiètent du renchérissement des denrées alimentaires pour les populations des pays en développement, et des émeutes de la faim qui se produisent ici ou là, un peu partout dans le Tiers-Monde.

En Egypte, au Cameroun, en Côte d'Ivoire, en Mauritanie, en Ethiopie, à Madagascar, aux Philippines, en Indonésie, à Haïti, de violentes manifestations ont eu lieu dans ces pays, opposant des milliers de pauvres affamés aux forces de police nationales ... D'après un rapport de la Banque mondiale publié la semaine dernière, la hausse des prix du blé atteignait 181% à l'échelle mondiale en février sur les 36 derniers mois, et la hausse mondiale des prix alimentaires s'élevait à 83% sur la même période.

Selon les Nations Unies, il est prévisible d'envisager que près d'un milliard de personnes soient gravement sous-alimentées du fait du renchérissement actuel, ce qui constituerait un terreau particulièrement favorable à une montée des émeutes et à une déstabilisation de pays fragilisés.

Pour Robert Zoellick, président de la Banque mondiale, il est temps de proposer une nouvelle politique alimentaire ambitieuse. Le Programme alimentaire mondial a besoin d'au moins 500 millions de dollars pour faire face à la crise. La Banque mondiale prévoit de doubler ses prêts agricoles en Afrique en les portant à 800 millions de dollars.
//www.lemonde.fr/organisations-internationales/article/2008/04/14/emeutes-de-la-faim-la-banque-mondiale-tire-la-sonnette-d-alarme_1034143_3220.html#ens_id=1031034

Quelles réponses peuvent apporter les organismes bilatéraux de développement européens, comme l'Agence française de développement, perdue dans sa production intellectuelle, au lieu d'aider les états en développement d'Afrique, leurs populations affamées, et d'apporter des réponses à leurs gouvernements respectifs ?


Réflexion vingt-sept (13 avril 2008)
Le retour de la faim dans le Tiers-Monde ou les échecs des politiques de développement, de lutte contre la pauvreté, et des processus d'urbanisation ... Autrement dit, les grands discours des développeurs ne servent une fois encore à rien, même lorsque leurs objectifs visent simplement à être personnellement reconnus internationalement comme de grands visionnaires du développement ...


Lire cet article intéressant d'Eric Le Boucher sur le retour des affamés ...
//www.lemonde.fr/opinions/article/2008/04/12/le-retour-des-ventres-creux-par-eric-le-boucher_1033942_3232.html

Les institutions de développement occidentales essaient de produire de plus en plus d'études ardues sur le développement, sur l'eau, sur le changement climatique, sur la biodiversité ... ce que le directeur général de l'AFD appelle 'la Production Intellectuelle' ... Mais cela ne résoudra pas les problèmes des personnes que de telles institutions devraient aider et qui meurent de plus en plus de faim, en raison du renchérissement sur les marchés mondiaux des céréales alimentaires et de la nourriture. Comme d'habitude, les dirigeants et les hauts cadres de ces organismes de développement cherchent à être reconnus internationalement pour obtenir un poste plus prestigieux par la suite, ou simplement demeurer appréciés par leurs supérieurs hiérarchiques ou leurs tutelles ...

Où se jouera donc le développement demain ... dans les villes comme le pensaient en juin 2007 Thoraya Ahmed Obaid (secrétaire générale adjointe de l'ONU) et Jean-Michel Severino (directeur général de l'Agence française de développement) ... ou dans les campagnes du Tiers-Monde, pour s'adapter à une nouvelle agriculture et l'adapter aux méthodes africaines de contrôle du sol ?

Comme quoi, un simple renchérissement des denrées agricoles, parfaitement prévisible, remet complètement en question un schéma de développement sans que personne n'y ait préalablement songé ... malgré les milliers de grands penseurs en développement qui sont censés y réfléchir à longueur de journées ...


Réflexion vingt-six (28 juin 2007)
Urbanisation et développement


A la une du Monde en ce 28 juin 2007, deux articles sur l'urbanisation croissante de la population mondiale. Ces deux articles se basent sur le rapport annuel du Fonds des Nations unies pour la population (Fnuap) consacré à la question urbaine.
//www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3244,36-928572@51-928704,0.html

Le premier article écrit par Hervé Kempf, journaliste au Monde, rappelle qu'en 2007, pour la première fois, il y aura sur notre Terre plus de citadins que de ruraux. Et selon le rapport du FNUAP, les villes devraient regrouper près de 5 milliards d'habitants en 2030, soit 60% de la population mondiale. Cette croissance se produira essentiellement dans les pays du Tiers-Monde, particulièrement en Asie et en Afrique, et accroîtra les problèmes d'insalubrité, de pauvreté et environnementaux liés aux bidonvilles. Selon ce rapport, les bidonvilles regrouperaient déjà aujourd'hui 1 milliard d'humains (sur 3,3 milliards de citadins), vivant dans des conditions précaires, dans un environnement insalubre, caractérisé notamment par une eau rare et chère, et dans des structures sociales souvent disloquées.

Le rapport du FNUAP se conclut toutefois sur le constat « qu'il n'y a pas de main invisible qui viendra ordonner la croissance urbaine conformément aux besoins sociétaux, aux responsabilités intergénérationnelles et aux exigences de l'égalité des sexes. » Le Fonds plaide ainsi pour une relance des politiques urbaines, qui accepte le phénomène des migrations et améliore leur accueil. L'article d'Hervé Kempf se conclut toutefois bizarrement en notant une contradiction entre ce besoin d'aides financières des Etats du Tiers-Monde, qui devraient être aidés par les organisations financières internationales, et la primauté que souhaite donner la Banque Mondiale aux politiques de soutien à l'agriculture ? Y a-t-il véritablement contradiction entre ces deux types de politiques ? En aucun cas, selon moi, puisqu'il y aura (et il y a déjà) nécessité pour les campagnes de nourrir les habitants de ces villes et que relancer le soutien à l'agriculture permettra peut-être de diminuer l'exode rural qui remplit les abords insalubres des villes.
//www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3232,36-928643@51-928704,0.html

Le deuxième article est écrit par deux 'spécialistes' du développement (ou du moins des discours sur le développement) : d'un côté la directrice exécutive du Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP), secrétaire générale adjointe de l'ONU, Thoraya Ahmed Obaid, de l'autre le directeur général de l'Agence française de développement (AFD), Jean-Michel Severino.

Ces deux auteurs partent également du rapport rédigé par le FNUAP sur la question urbaine, mais en offrent une vision particulièrement idylique, aux accents essentiellement politiques, comme si les personnes que ces deux auteurs voulaient toucher n'étaient pas les lecteurs du Monde, mais les cabinets ministériels français et leurs futurs clients chefs d'états étrangers.

Leur article se termine de la façon suivante :

« Notre avenir, qu'on le veuille ou non, sera urbain. Il est urgent d'accompagner le développement urbain et de lui reconnaître sa place au sein des politiques publiques afin de tirer parti de son potentiel de développement et de réduction de la pauvreté dans les villes comme dans les campagnes.

C'est dans les taudis du monde que se livrera la bataille pour la réduction de moitié de l'extrême pauvreté d'ici à 2015. »


Ils rappellent évidemment avec raison que c'est l'exode rural qui a permis le développement de tous les pays industrialisés ... Sans présence d'une main d'oeuvre nombreuse arrachée aux campagnes, il n'y aurait pas eu de développement économique en Europe au XVIIIème et au XIXème siècle. Mais ils parlent de catalyseurs de développement, de services nécessaires pour répondre aux besoins les plus élémentaires, d'éducation des femmes pour limiter les naissances et la procréation. Ils estiment aussi de manière relativement obscure que « s'il faut bien constater que l'urbanisation concentre la pauvreté, elle n'en est pas la cause. »

Derrière cet article particulièrement vide et essentiellement utopiste voire commercial, on note l'absence d'un nouveau paradigme du développement économique ... Un développement économique peut-il se construire sur la base de cette migration vers les zones urbaines, au lieu de simplement gérer difficilement les conséquences sociales et environnementales amenées par cette fixation humaine autour des zones périurbaines ? Un développement économique peut-il être enclenché dans les villes ou dans les campagnes du Tiers-Monde ? Et sous quelle forme ?


Réflexion vingt-cinq (27 juin 2007)
C'était il y a un an ... Désignation du remplaçant de Paul Wolfowitz à la présidence de la Banque Mondiale


Le conseil d'administration de la Banque Mondiale a approuvé lundi 25 juin 2007 à l'unanimité la nomination à la présidence de l'institution multilatétrale de l'Américain Robert Zoellick, qui remplacera Paul Wolfowitz, démissionnaire. Ancien secrétaire d'Etat adjoint et ancien secrétaire au Commerce, Robert Zoellick était le seul candidat à la présidence de la Banque Mondiale, malgré la contestation montante concernant le monopole de désignation par les Etats-Unis. Robert Zoellick avait été désigné par la Maison Blanche. Après une semaine où il sera épaulé par Wolfowitz, il prendra officiellement ses fonctions le 1er juillet à la tête de l'institution, gravement fragilisée et contestée par l'affaire qui a entraîné la démission de Paul Wolfowitz.


Réflexion vingt-quatre (18 mai 2007)
Epilogue de l'affaire Wolfowitz à la Banque Mondiale


Voilà, c'est fini !

Paul Wolfowitz, président de la Banque mondiale, accusé d'avoir favorisé l'avancement de sa compagne (Shaha Riza), a accepté, jeudi 17 mai, de renoncer à ses fonctions, qu'il quittera le 30 juin, au terme d'une longue crise. "Les gens les plus pauvres au monde ... méritent ce que nous pouvons faire de mieux. Il est maintenant nécessaire de trouver un moyen d'aller de l'avant", a-t-il déclaré dans un communiqué diffusé par le conseil d'administration de l'institution.

"Les administrateurs prennent acte de la décision de M. Wolfowitz", a, pour sa part, indiqué le Conseil d'administration dans un texte dont la publication est intervenue après trois jours de délibération. Les 24 représentants du Conseil d'administration ont précisé qu'ils avaient accepté l'assurance fournie par M. Wolfowitz, 63 ans, qu'il avait agi avec éthique et de bonne foi en ordonnant personnellement l'avancement de sa compagne, également employée de l'institution.

Les administrateurs ont ajouté qu'il était "clair au vu des éléments qu'un certain nombre d'erreurs ont été commises par plusieurs individus dans la gestion de cette affaire et que les dispositifs de la Banque ne se sont pas avérés suffisamment rigoureux pour faire face aux contraintes auxquelles elles ont été soumises".

En reconnaissant implicitement l'ambiguïté des procédures de la Banque en matière de conflits d'intérêts et la faiblesse des règles existantes, les administrateurs permettent à M. Wolfowitz de sauver la face, sans avoir à le disculper tout à fait.
//www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3220,36-911668@51-894554,0.html


Réflexion vingt-trois (17 mai 2007)
Suite de l'affaire Wolfowitz à la Banque Mondiale (4)


On a appris hier que Paul Wolfowitz envisagerait désormais de démissionner de la présidence de la Banque Mondiale sous conditions. Un conseil d'administration (composé de 24 administrateurs) se tient actuellement à la Banque. "Je regrette qu'on en soit arrivé là. J'admire Paul Wolfowitz ... Il y a une réunion du conseil (d'administration) au moment même où nous parlons. Tout ce que je peux vous dire, c'est que je sais que Paul Wolfowitz se préoccupe de ce qui vaut le mieux pour la Banque", a dit M. Bush.

Selon des sources proches de l'institution multilatérale, les administrateurs et l'intéressé discutaient mercredi et jeudi des conditions d'un accord permettant au président de démissionner sans perdre totalement la face. Au terme d'un éventuel compromis, la Banque accepterait de reconnaître une part de responsabilité dans ce scandale qui dure plus d'un mois et menace de peser sur une réunion des ministres des Finances du G8, vendredi, à Potsdam (Allemagne), selon les mêmes sources. En effet, M. Wolfowitz est censé y assister, mais la ministre allemande du Développement (Heidemarie Wieczorek-Zeul) a fait savoir qu'il ne serait pas bienvenu au forum de la Banque Mondiale sur l'Aide au Développement de l'Afrique qui se tiendra lundi et mardi à Berlin.

"M. Wolfowitz ne démissionnera pas sous le feu ... Il préfèrerait être destitué par un vote de défiance ... que de démissionner sous la pression", a exprimé son avocat, Robert Bennett, cité par le Wall Street Journal. En disant cela, M. Bennett reconnait toutefois pour la première fois que Paul Wolfowitz l'envisage.

Mais les administrateurs amis deviennent apparemment de plus en plus rares : selon le Financial Times, seul le Japon resterait fidèle au camp américain. Le Canada serait désormais également favorable à son départ, selon le quotidien canadien The Globe and Mail. Après d'autres responsables européens, le ministre des Finances de Slovénie, Andrej Bajuk, a clairement demandé la démission de M. Wolfowitz jeudi. "La Banque mondiale est trop préoccupée par elle-même ... et comme le scandale dure depuis trop longtemps, pour la crédibilité de l'institution ... le mieux serait que ce Monsieur se retire", a déclaré M. Bajuk, en marge d'une réunion de la Banque Mondiale à Bled (nord).

Selon les termes du contrat que Paul Wolfowitz a signé en juin 2005, une prime représentant un an de salaire, soit environ 375.000 dollars, devrait lui être versé si le conseil d'administration mettait fin à son mandat ou s'il devait démissionner.

Si son départ devait être réglé par un vote du conseil d'administration, ce serait une première dans l'histoire de l'institution née au sortir de la Seconde Guerre mondiale.

Les éventuels successeurs de M. Wolfowitz sont, outre l'ancien représentant américain au Commerce Robert Zoellick toujours favori, l'actuel numéro deux du Trésor, Robert Kimmitt, et l'ancien président de la Fed, Paul Volcker. La présidence de la Banque Mondiale échoit normalement à un américain (USA) tandis que le directeur général du Fonds Monétaire International est désigné par les gouvernements européens.


Réflexion vingt-deux (10 mai 2007)
Suite de l'affaire Wolfowitz à la Banque Mondiale (3)


La Banque mondiale a accordé une semaine de délai supplémentaire à Paul Wolfowitz pour répondre aux accusations de népotisme dont il fait l'objet et qui menacent son maintien à la tête de l'institution multilatérale.
Les administrateurs de la Banque Mondiale ont informé le président qu'il aurait la possibilité de les rencontrer mardi 15 mai après-midi pour exprimer son point de vue en personne s'il le souhaite, a-t-il été précisé dans un communiqué de la Banque publié mercredi soir. Ce délai supplémentaire avait été réclamé par Paul Wolfowitz pour pouvoir commenter le rapport intermédiaire du groupe ad hoc, qui lui avait été remis le dimanche 6 mai au soir.

Les gouvernements européens demeurent toutefois pressés de régler cette affaire, qui entâche à leurs yeux la mission de la Banque Mondiale. Paul Wolfowitz continue cependant de bénéficier du soutien de l'administration américaine, qui nie prendre des distances avec lui.


Réflexion vingt-et-une (8 mai 2007)
Suite de l'affaire Wolfowitz à la Banque Mondiale (2)


Le comité d'éthique, qui avait été chargé par le conseil de l'administration de la Banque Mondiale d'enquêter sur les accusations de népotisme à l'encontre de son président Paul Wolfowitz, avait communiqué dimanche 6 mai 2007 son rapport à M. Wolfowitz, qui avait jusqu'à aujourd'hui 8 mai pour y répondre. Selon des sources européennes, le comité avait conclu sans ambiguïté que Paul Wolfowitz n'avait pas respecté les règles de l'institution en favorisant l'avancement de sa compagne.

Les 24 administrateurs de la Banque mondiale devront se prononcer sur la base du rapport du comité d'éthique et des réponses du président Wolfowitz. Plusieurs états européens (Allemagne, Norvège, France, Grande-Bretagne, Belgique, Pays-Bas) souhaitent le départ de M. Wolfowitz. Le ministre belge Didier Reynders a ainsi jugé qu'il était "impossible pour la Banque mondiale d'aller parler partout de la bonne gouvernance sans qu'il y ait une bonne gouvernance à l'intérieur de la Banque".

La position du gouvernement américain, principal appui de M. Wolfowitz qui l'avait nommé en 1995 à ce poste, semble s'être légèrement infléchie. La Maison Blanche a ainsi renouvelé son soutien à l'ancien faucon de l'administration Bush, tout en prenant pour la première fois ses distances. "Les discussions en ce moment ne se tiennent pas entre l'administration américaine et la Banque mondiale, elles se tiennent entre M. Wolfowitz et la Banque mondiale et je crois qu'il est approprié de laisser le processus se dérouler plutôt que d'essayer de nous en mêler" (propos de Tony Snow, porte-parole de la présidence américaine).


Saucratès


05/12/2010
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Du développement (2)

Réflexion vingt (7 mai 2007)
Suite de l'affaire Wolfowitz à la Banque Mondiale


L'actualité ayant tendance à faire oublier les évènements passés, et à en faire disparaître les traces, je me résouds à suivre les principaux évènements qui concernent cette affaire Wolfowitz à la Banque Mondiale.

Ce lundi 7 mai 2007 a vu la démission de son conseiller en stratégie et responsable de son image, Kevin Kellems. Ancien journaliste, Kevin Kellems était entré au ministère américain de la Défense en août 2001, avant de devenir le porte-parole du vice-président Dick Cheney à la Maison Blanche. Il avait suivi M. Wolfowitz à la Banque Mondiale dès son arrivée à la tête de l'institution multilatérale, en juin 2005.

C'est l'une de ses déclarations qui est au centre de la polémique en cours, concernant l'avancement de la compagne de M. Wolfowitz, Shaha Riza. M. Kellems avait notamment assuré que les augmentations de salaires octroyées à Mme Riza sur ordre de M. Wolfowitz avaient reçu l'assentiment du conseil d'administration, ce que ces membres ont depuis infirmé.

Certains observateurs analysent cette démission comme une tentative de Paul Wolfowitz d'assurer sa survie à la tête de l'organisation internationale, et notamment pour éviter un éventuel vote de défiance du conseil d'administration de la Banque qui pourrait intervenir dans la semaine.

Le conseil d'administration avait désigné un comité éthique pour étudier cette affaire et établir si M. Wolfwotiz avait violé les règles de la Banque en consentant cette augmentation à sa compagne. Le comité doit remettre son rapport dans les prochains jours. Parmi les conseillers entourant Wolfowitz qui concentrent les critiques de ses opposants au sein de l'organisation internationale, on trouve aussi Robin Cleveland.

D'autres affaires concernant la Banque Mondiale et le poids des milieux néo-conservateurs et religieux américains peuvent être mise en relation avec ce conflit interne à l'institution. Un managing director de la BM (Juan Jose Daboub) serait ainsi intervenu pour que les actions en faveur du planing familial dans plusieurs pays en développement ne soient plus retenues dans la stratégie de la BM en matière de politique de santé. Ancien ministre des finances du Salvador, recruté à la BM en juin 2006 par Paul Wolfowitz, M. Daboub serait proche de la congrégation catholique ultraconservatrice Opus Dei (source Africa Intelligence).


Réflexion dix-neuf (15 avril 2007)
Le fonds d'urgence oublié de l'ONU


Et, pendant ce temps-là, pendant que Wolfowitz favorisait sa compagne, que les 'développeurs' refaisaient le monde, que les grands de notre monde se gargarisaient de grands mots tels la lutte contre la pauvreté, de développement durable, le 'Fonds central de réponse d'urgence' des Nations unies (CERF), qui entame sa deuxième année d'existence, a reçu un soutien exceptionnellement pauvre de quelques-uns des pays les plus riches du monde.

Ce fonds a été mis en place afin d'éviter aux agences humanitaires d'attendre les dons en cas de catastrophe. Un tiers de l'argent est consacré aux "urgences oubliées" qui peinent à attirer l'attention internationale.

Lors de sa première année d'existence, le fonds a consacré quelque 376 millions de dollars à plus de 360 projets humanitaires d'urgence dans 40 pays d'Afrique, d'Asie, du Moyen-Orient et d'Amérique latine.

Le fonds a reçu pour 342 millions de dollars de promesses de dons, alors que les Nations unies souhaitaient disposer d'un total de 500 millions de dollars, dont 50 sont déjà dans les caisses.

L'agence humanitaire Oxfam, dans un rapport communiqué début mars 2007, a comparé les montants promis par les gouvernements de chaque pays avec ce qu'ils devraient théoriquement donner, en fonction de leurs revenus nationaux. "Il est décevant que certains pays n'aient pas contribué autant qu'on pouvait l'espérer au fonds pour qu'il atteigne son objectif et son potentiel", a commenté le conseiller politique d'Oxfam, Greg Puley.

Selon les calculs d'Oxfam, la Norvège, le Luxembourg et l'Irlande sont les meilleurs contributeurs au fonds (comme plus généralement en matière d'aide publique au développement), qui versent plus de dix fois leur "part juste". Les moins bons contributeurs sont les Etats-Unis, le Canada, le Japon, l'Italie, la Grèce, l'Autriche, la France, le Portugal, l'Allemagne et la Belgique.

Oxfam relève également que les six premiers pays de cette liste n'ont toujours pas engagé d'argent pour 2007.


Réflexion dix-huit (14 avril 2007)
Paul Wolfowitz, la lutte contre la corruption et le népotisme à la Banque Mondiale


Paul Wolfowitz, le président américain de la Banque Mondiale, ancien numéro deux du Pentagone, grand combattant de la corruption dans les pays en voie de développement, est actuellement poursuivi pour des faits présumés de népotisme, visant des faits de favoritisme en faveur de sa compagne Shaha Riza, ex-responsable de la communication de la Banque Mondiale pour le Moyen-Orient, à laquelle il aurait fait verser des primes pour 60.000 dollars portant sa rémunération annuelle à 200.000 dollars.

Le conseil d'administration de la Banque Mondiale, dont il espérait l'appui, l'a désavoué vendredi 13 avril 2007. Une réunion interministérielle est prévue dimanche 15 avril et pourrait traiter de ce problème. Les employés de l'institution et un grand nombre d'organisations non-gouvernementales ont même demandé publiquement sa démission.

Et pourtant, Paul Wolfowitz a de fortes chances de conserver son poste, malgré l'importance attribuée à ce genre d'affaire aux Etats-Unis. Il bénéficie notamment toujours du soutien répété de l'administration Bush, qui l'a nommé à ce poste.

Il paraît quand même invraisemblable qu'un homme qui veut combattre la corruption dans les différents pays dans lesquels l'institution internationale qu'il dirige intervient, puisse être lui-même en violation avec ses propres maximes. Par ailleurs, si une responsable de la communication de la BM touche de 140.000 à 200.000 dollars, combien doit toucher le président de cette institution et ses plus proches conseillers (Robin Cleveland, sa conseillère principale, et Kevin Kellems, en charge de la stratégie) ? Et est-ce bien raisonnable dans le cadre d'une institution censée oeuvrer pour le développement de pays sous-développés ?


Réflexion dix-sept (10 février 2007)
Rapport entre mondialisation et pauvreté selon la Banque Mondiale


Le 13 décembre 2006, Le Monde avait paraitre un article sur la pauvreté dans le monde et l'incidence du développement ('D'ici à 2030, le nombre de personnes très pauvres dans le monde serait divisé par deux' de Eric Le Boucher). Cet article se référait au dernier rapport publié par la Banque Mondiale, paru ce même mercredi 13 décembre (2006). Selon ce rapport, la mondialisation avait permis une amélioration du niveau de vie d'une grande partie de la population mondiale, mais pas de tous, et elle dégradait certains biens communs ? Cela constituait d'une certaine manière un discours nouveau de la part de cette institution internationale ultra-libérale.

Parmi les effets positifs de la mondialisation, la Banque Mondiale recensait un certain nombre de points :

- La croissance mondiale pourrait d'abord être plus forte au cours des 25 prochaines années à venir, qu'elle ne le fut au cours du dernier quart de siècle (on devrait en effet être rentré depuis environ le début des années 2000 dans la phase de croissance d'un nouveau cycle Kondratieff qui devrait continuer jusqu'au début des années 2030). La croissance mondiale serait d'environ 2,5% par an dans les pays développés, et de 4,2% dans les pays en développement, qui vont donc ainsi poursuivre leur rattrapage économique.

- Les pays émergents comme la Chine et l'Inde cessent d'être à la périphérie de l'économie mondiale pour en devenir au contraire les moteurs principaux. Le revenu par tête dans l'ensemble des pays en développement devrait doubler et atteindre en moyenne 11 000 dollars (8 300 euros), le niveau actuel de la République tchèque. Chine, Mexique, Turquie seraient au niveau de l'Espagne d'aujourd'hui. Autre conséquence positive, le nombre de personnes extrêmement pauvres (ayant moins de 1 dollar par jour) serait divisé par deux, passant de 1,1 milliard à 550 millions en 2030.

- L'intégration globale va se poursuivre activement : le commerce va représenter une part croissante du produit intérieur brut mondial, mu de plus en plus par les échanges de services.

Mais plusieurs risques peuvent toucher l'économie mondiale :

- Le premier concerne l'échec des négociations de Doha, et la montée des demandes protectionnistes dans beaucoup de pays. Pourtant, sauf catastrophe, le processus de mondialisation ne devrait pas s'arrêter. L'essentiel est la répartition mondiale des processus de production : les composants d'une automobile viennent de quatre ou cinq pays avant d'être montés dans un sixième. Imaginer que l'on pourrait tout rapatrier dans les pays développés est impossible. Sans doute peut-on revenir à des accords commerciaux bilatéraux à la place de négociations multilatérales de type Doha. Mais la mondialisation, c'est-à-dire l'intégration des économies mondiales, va se poursuivre.

- Le second risque plus sérieux concerne le changement climatique. Un consensus est né parmi les scientifiques sur le réchauffement de la planète. Le rapport Stern remis au gouvernement britannique montre qu'il y aura des effets avant 2030. Pour les éviter, il faudrait une mobilisation de tous les pays, qui aujourd'hui n'existe pas. Le risque à nos yeux est qu'à repousser l'échéance on soit contraint, d'un seul coup, un jour, à prendre des mesures radicales comme de bloquer la consommation d'énergie. La croissance serait très sérieusement affectée.

- Le troisième risque sérieux porte sur les inégalités qui évoluent de façons contradictoires. D'un côté, les pays émergents rattrapent les pays riches, c'est la convergence. Mais de l'autre, certaines parties du monde, l'Afrique, l'Amérique latine, restent en retrait, c'est la divergence. Ces pays croissent trop peu vite et demeurent bloqués à 20 % du niveau du Nord. C'est préoccupant car cela attisera les tensions à l'intérieur de ces régions. Le Brésil est exemplaire mais il lui sera difficile de résister au populisme si sa stagnation relative se poursuit. L'Afrique est elle aussi divisée entre une partie où la pauvreté augmente et une autre qui semble, depuis cinq ans, s'en sortir.

- Les inégalités croissent aussi à l'intérieur de chaque pays créant souvent des angoisses parmi les classes moyennes. Dans les pays émergents les inégalités croissent fortement. Le débat est de savoir si les plus pauvres profitent ou pas de cette nouvelle croissance. Pour nous, la réponse est oui, mais moins que dans les années 1980. Il y a une rupture qui inquiète autant en Chine qu'en Inde. Les inégalités croissent aussi dans certains pays du Nord, nettement aux Etats-Unis, moins sensiblement en Europe.

Ce scénario est-il évitable ? La conclusion de cet article du Monde se référait à une réponse positive de la Banque Mondiale. Pour elle, il y a une raison pour laquelle une croissance rapide creuse les inégalités, c'est l'effet d'échelle ou d'agglomération. L'illustration est donnée par Shanghaï. La croissance y attire la croissance. La clé, c'est la formation. Le rôle de l'éducation est devenu fondamental. Il y aura du travail pour tout le monde, mais à la condition de mieux former les populations et de promouvoir la mobilité.


Réflexion seize (25 novembre 2006)
La position de Dominique de Villepin sur le développement


Il y a quelques jours, de Villepin s'exprimait sur l'aide au développement, sur la chaîne de télévision France 5. Il critiquait notamment les politiques d'ajustement structurel mises en oeuvre en Afrique par le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale, déclarant qu'il était "très près de penser que toutes les politiques d'ajustement structurel n'ont pas été à la hauteur des espérances".

Sa position était-elle nouvelle à ce sujet ? Marque-t-elle un infléchissement de la politique française de développement vis-à-vis de l'Afrique ? Non. La grande idée du moment, c'est de critiquer les grands projets de développement, ceux qu'il appelle "les éléphants blancs ... des choses qui ne servaient à rien et qui au bout du compte n'aidaient pas les populations", selon lui. Il se dit "convaincu aujourd'hui qu'aimer l'Afrique, c'est faire en sorte de ne jamais s'engager dans des politiques de coopération qui soient détachées d'une logique de résultat". La grande idée du moment c'est de "faire plus dans l'éducation et la formation", oubliant tout de même le domaine de la santé, où les besoins sont le plus important.

"Travailler ensemble main dans la main avec les Africains" n'est possible que si on les respecte, quels qu'ils soient, quel que soit leur pouvoir individuel, sans papier ou bien ministres importants. Comment travailler main dans la main avec les africains lorsque les organismes de développement qui agissent au nom de la France appliquent des politiques d'expatriation honteuses, réservant les plus hauts postes en Afrique à des coopérants blancs, et réservant les postes de chauffeurs et de jardiniers à leur personnel africain ?

Pour que la France ait une véritable politique de développement en Afrique, il faudrait d'abord que l'aide au développement soit une véritable priorité budgétaire pour la France, en cessant notamment les effets d'annonce (le milliard d'euros sur cinq ans en faveur du secteur privé africain, qui n'est rien d'autre que le milliard d'euros de crédits déjà régulièrement consentis par l'Agence française de développement) ne réflètant nullement de véritables priorités. Il faudrait aussi que la France cesse d'affecter l'aide au développement au seul financement de ses exportations, pour la mettre réellement au service des populations des pays sous-développés. Il faudrait donc aussi qu'elle arrête de vouloir l'étendre aux pays qui n'en ont nullement besoin, en Asie notamment mais aussi en Amérique du Sud, pour limiter son aide au développement à sa zone historique d'intervention, l'ancienne France coloniale.

Et enfin, il faudrait que la France confie sa politique de développement à des africains, et non pas à ses expatriés majoritairement blancs, que ce soit en ambassade, dans les ministères ou en agences d'établissements de crédit. Tant que ce ne sera pas fait, l'aide au développement française continuera de répondre aux seules ambitions d'une clique de blancs se croyant très intelligents, seuls autorisés à penser à la place d'autochtones considérés comme incapables de se diriger et de se développer.

Si Dominique de Villepin veut réellement impulser un nouveau souffle à la politique de développement de la France, qu'il le fasse réellement, pour l'Afrique, et non pour répondre à un effet de mode et à un effet de mode. Qu'il cesse d'écouter ses conseillers énarques, ses ministres (énarques aussi) et quelques soi-disant spécialistes du développement (Charles Pasqua ou Jean Michel Sévérino) et qu'il écoute plutôt réellement les africains, ceux qui oeuvrent pour leur continent.


Réflexion quinze (8 novembre 2006)
Les faux débats


1. Une liaison entre démocratie et développement ?

La démocratie est-elle indispensable au développement économique ? La grande marrote des américains et des économistes du développement a-t-elle un sens ? L’histoire nous éclaire sur l’inexactitude d’une telle affirmation. Le succès rencontré dans le développement économiques des quatre Dragons asiatiques (Hongkong, Singapour, Corée du Sud et Taïwan) et plus récemment des cinq Tigres (Thaïlande, Malaisie, Indonésie, Philippines et Bruneï) ne doit pas faire oublier que ces neuf Etats asiatiques n’ont pas tous été des démocraties irréprochables par le passé, notamment pendant leur décollage économique. Evidemmment, ces Etats ne font pas partie à ce jour des pays les plus riches de la planète, et la crise financière de 1998 subie par ces Etats nous rappelle que le développement économique demeure un mécanisme fragile. Nous pouvons aussi nous rappeler de l’exemple un peu plus ancien de l’URSS au cours de la première moitié du vingtième siècle ; régime totalitaire qui a réussi à cette époque et jusqu’en 1970 à égaler les capacités de production et d’innovation des pays occidentaux capitalistes. Beaucoup plus éloigné dans le temps, la France offre un autre exemple de pays non démocratique ayant malgré tout réussi à se développer. A l’époque de Louis XIV et de Colbert, donc une époque dite de l’absolutisme royal, la France réussira ainsi à se lancer dans l’industrialisation naissante, notamment grâce à la mise en place de manufactures royales. Un peu plus tard, pendant les vingt années que durera le Second Empire de Louis Napoléon Bonaparte (1852-1872), la France continuera de se développer économiquement, notamment avec la mise en place d’un réseau ferré. Le passé nous enseigne donc que le développement économique ne dépend pas du type de gouvernement qui est en oeuvre dans un pays considéré. Il n’y a pas de raison que le raisonnement puisse être différent aujourd’hui.


Réflexion quatorze (6 novembre 2006)
Banque et développement

 

«Je suis très heureux d’avoir continué et que (la Grameen Bank) soit devenue une institution et qu’elle ait prouvé sa valeur. Nous avons mis sur pied quelque chose qui remet fortement en question l’ensemble du système bancaire. La banque ne sera plus jamais la même.»
(Muhammad Yunus, Prix Nobel de la paix 2006).

 

La Grameen Bank n’est pas une banque comme les autres. La banque des pauvres, et avec elle l’ensemble des institutions de micro-crédit, voit aujourd’hui son importance être reconnue internationalement par l’attribution du Prix Nobel de la paix 2006. Mais Muhammad Yunus, qui est économiste, n’a pas seulement raison par son concept de développement. Il a aussi raison de rappeler que tous les autres intervenants ont d’abord une logique de banque, et non de développeur. Les institutions financières internationales et les organismes bilatéraux de développement (Afd, Kfw, ...) sont avant tout des banques et appliquent une logique bancaire. La seule différence avec un établissement bancaire classique (Société générale ou Bnp Paribas par exemple), c’est essentiellement cette possibilité de limiter le coût financier des emprunts que ces organismes de développement octroient grâce à l’aide publique au développement.

Que viennent faire des banques dans le secteur du développement ? Le métier de banque vise à sélectionner les meilleurs risques, les meilleures signatures, en se couvrant avec les meilleures garanties disponibles. Le métier de banquier n’est pas réalisé différemment pour le financement de la consommation ou de l’immobilier des ménages, pour le financement des investissements des entreprises ou des sociétés multinationales, ou pour le financement d’états en développement. Seules changent la complexité des produits commercialisés et la marge (le spread) réalisée dans l’opération. Et les institutions financières internationales ou les organismes bilatéraux de développement agissent également de cette même manière, avec la même logique commerciale.

La Grammen Bank a appliqué une autre logique. Prêter des fonds sans bénéficier de la moindre garantie, en se basant uniquement sur la parole donnée par des personnes exclues de tout système financier, pour financer de petits investissements (un téléphone portable, une chèvre, des outils ...). Toute autre banque aurait malgré tout, dans la même situation, essayé de nantir ou de gager le téléphone portable, la chèvre ou les outils financés. Et malgré tout, la Grammen Bank et son fondateur Muhammad Yunus ont réussi leur pari fou. Trente ans après, la Grameen Bank existe encore, et elle affiche un taux de casse (non remboursement des crédits consentis) de seulement 1,15% (pour un total de 5,7 milliards de dollars de concours consentis sur la période).

En comparaison, les organismes bilatéraux de développement font grise mine, alors qu’ils bénéficient massivement de l’aide des états développés prenant en charge les allègements ou les annulations de dettes de leurs débiteurs en développement. Et pourtant, malgré tout, l’Afd ou la KfW affichent des taux de casse bien supérieurs à celui de la Grameen Bank.

Le succès de la Grameen Bank pourra-t-il cependant faire vaciller la toute-puissance des banques dans nos sociétés occidentales ? La Banque sera-t-elle différente demain de ce qu’elle était hier ? Je crains que non. On parle ici de groupes multinationaux engagés dans des programmes massifs d’acquisition de concurrents étrangers, dans une course éperdue à la taille, dans une diversification hors de leur marché domestique. On entend ainsi parler de l’acquisition ou du portage par la KfW d’une partie du capital de EADS (Airbus notamment). Quel rapport y a-t-il entre une telle opération financière et le monde du développement. Les fonds de la Kfw ne pourraient-ils pas être mieux utilisés au bénéfice des états en développement ?

La Banque restera malheureusement la Banque.


Réflexion treize (5 novembre 2006)
Deuxième réponse critique à Mme Brigitte Girardin, ministre déléguée à la coopération, au développement et à la francophonie


Quel développement défend la ministre déléguée à la coopération (article du Monde du 2 octobre 2006) ? Elle entretient d’abord un flou artistique autour de la notion d’aide au développement. Elle ne parle pas de l’aide publique au développement qu’alloue la France aux pays en développement (d’un montant ridicule), mais de sommes consacrées à l’aide au développement, qui atteindront selon elle 9 milliards d’euros en 2007. Mais sur ces 9 milliards d’euros (0,5% du PIB français), qu’est-ce que représente vraiment l’aide publique au développement. L’agence française de développement (AFD), principal intervenant français en la matière, est ainsi capable aujourd’hui de produire beaucoup plus de concours avec la même dotation budgétaire, en prêtant notamment à des pays moins nécessiteux (asiatiques). Les 9 milliards d’euros d’aide au développement avancés par Mme Girardin intègrent-ils ainsi la production totale de financements de l’agence française de développement (de 2 à 3 milliards d’euros en 2007) où uniquement la partie réelle d’aide publique au développement correspondant aux dotations publiques qui lui sont affectées ?

Par ailleurs, lorsque la ministre déléguée parle des milliers de compatriotes, assistants techniques, membres d’ONG, médecins, chercheurs ou enseignants, qui apportent chaque jour leur savoir-faire et leur dévouement pour faire reculer la pauvreté, la faim et la maladie, ne mélange-t-on pas un peu n’importe quoi. D’un côté, des personnes faiblement ou pas du tout rémunérées, membres le plus souvent d’ONG, qui se battent pour un idéal de développement, et dont l’apport chiffré à l’aide au développement française est presque insignifiant (le montant de leur rémunération) mais dont l’apport réel au développement des pays où ils interviennent est très important. De l’autre, des personnes surrémunérées, qui font payer leur éloignement géographique et familial à leur employeur (parfois directement les pays en développement), qui défendent coûte que coûte leurs places contre des salariés nationaux et dont l’apport réel au développement des pays en développement dans lesquels ils interviennent est parfois nul. N’est-il pas incroyable que notre mesure de notre aide au développement survalorise ’l’apport’ (ou le coût) des seconds et minimise l’apport des premiers. Est-il normal que l’aide au développement de la France intègre des assistants techniques militaires au Sénégal ou au Tchad (postes régulièrement renouvelés depuis 1970 sans interruption) ou bien les chargés de mission en poste à l’étranger de l’agence française au développement, qui s’occupent uniquement de contacts mondains (réceptions dans les ambassades) et occupent les places qui seraient sinon dévolues à des nationaux ? Est-il normal que des assistants techniques affectés en ambassade soient comptés dans cet aide au développement ?

Enfin, toutes les sensibilités politiques peuvent se retrouver autour de l’aide (publique) au développement. De l’extrême-gauche à l’extrême-droite, chacun peut avoir sa propre vision de l’aide au développement, même si ces visions ne se recoupent pas. Pour des électeurs de gauche, l’aide au développement peut répondre à un souhait d’aider financièrement des pays moins fortunés. Pour des électeurs d’extrême-gauche, ce pourra même être une obligation en tant que pays capitaliste. Par contre, pour d’autres électeurs, de droite ou de gauche, l’aide au développement pourra être compris comme un prix à payer pour diminuer les flux migratoires vers la France en aidant au développement des pays pauvres. Enfin, pour d’autres électeurs de droite ou d’extrême-droite, l’aide au développement pourra se comprendre si elle sert à financer les forces armées et de police des pays en développement pour les aider à contrôler leurs flux migratoires. Il est donc idiot de se féliciter du fait que 83% ou 63% des français soient favorables à l’aide au développement, comme il serait idiot d’additionner des pommes, des courgettes et des poulets.


 

Réflexion douze (16 octobre 2006
La Grameen Bank - Prix Nobel de la paix 2006

 

 

 

«La pauvreté peut être éliminée, partout et sans attendre. C’est uniquement une question de volonté politique. On ne supprime la misère qu’en donnant aux plus démunis les moyens de contrôler eux-mêmes leur destin»
(Muhammad Yunus, Le Monde diplomatique, 1997)  

 

Le bangladais Muhammad Yunus et la Grameen Bank (banque de village) sont les deux lauréats 2006 du prix Nobel de la paix, qui sera remis à Oslo le 10 décembre prochain. La Grameen Bank a été créée il y a trente ans au Bangladesh, un des pays les plus pauvres de la planète (hier et encore aujourd’hui). Ce prix Nobel met d’abord en lumière le micro-crédit (ou crédit d’un tout petit montant), que la Grameen Bank a développé et a rendu célèbre. Le principe du micro-crédit : prêter à des personnes insolvables, exclues du système bancaire, et principalement des femmes, pour leur permettre d’acquérir des outils, des poulets ou un téléphone, leur permettant ensuite de lancer une micro-activité rentable. Créer à l’origine avec un capital de 27 dollars, la Grameen Bank a attribué à ce jour pour 5,7 milliards de dollars de micro-crédits, qu’elle a récupérée à hauteur de 98,85% (soit un taux de casse très faible).

Trente ans après l’invention du micro-crédit, les grands instituts de développement occidentaux ne s’y intéressent pourtant toujours pas (du moins jusqu’à cette seconde). Pourtant 5,7 milliards de dollars de prêts pour un capital de départ de 27 dollars, c’est un beau ratio, apte à nous faire nous interroger sur la pertinence des politiques menées par les nombreuses agences bilatérales de développement.

Il est également rassurant de se dire que c’est cet homme simple qui obtiendra cette année le prix nobel de la paix (Muhammad Yunus percevrait un salaire de 300 dollars par mois pour diriger sa banque des pauvres), et non pas un de ces technocrates bouffis d’orgueil aux salaires mirobolants, tels ces hommes de développement trustant les hauts postes internationaux.

Ce prix Nobel va peut-être permettre de mettre en avant la micro-finance, alors qu’à ce jour moins de 1 milliard de dollars y est consacré sur une aide au développement qui atteint au total 60 milliards de dollars. Verra-t-on prochainement l’Agence française de développement ou bien la Banque Mondiale ou le Fonds Monétaire International s’intéresser au micro-crédit en Afrique, ou bien appuyer et refinancer ce genre d’établissements bancaires, en lui reconnaissant une très importante capacité d’entraînement et de développement ?


Réflexion onze (9 octobre 2006)
L’agence française de développement


Je vous avais promis un article sur l’agence française de développement (AFD). Après quelques recherches, voilà ce que l’on peut dire de cet établissement public français. Cet établissement a évidemment un site internet (www.afd.fr), qui pratique par ailleurs l’encensement de la voix de son maître (les diverses actions conduites par son directeur général actuel ainsi que de ses adjoints). Mais n’allez pas y chercher d’informations sur les précédents directeurs généraux (ou présidents) de ce groupe. Il semblerait que Jean-Michel Sévérino (DG) pratique le culte de la personnalité à outrance et voit d’un mauvais oeil toute mention du passé et de ses prédécesseurs.

L’AFD est aujourd’hui le principal intervenant financier de l’aide au développement de la France, après avoir repris une grosse proportion des activités de financement de coopération du ministère de la coopération. Institution bilatérale, c’est un établissement de crédit (IFS) rentable qui distribue l’aide publique au développement française et effectue des opérations de financement en nom propre, soit en son nom, soit par le biais de sa filiale Proparco. Les fonds propres qu’elle a accumulée sur ces bénéfices passées ou sur des dotations d’état sont censés notamment lui permettre de respecter les coefficients de division des risques imposés par la législation bancaire européenne. Mais ces fonds propres sont aussi la propriété des états en développement sur les intérêts qu’ils remboursent sur les prêts consentis, même à taux préférentiels, par l’AFD.

Pour l’histoire, il faut savoir que l’AFD a été créée en 1941 par le général de Gaulle pour le servir, en tant que Trésor Public de la France Libre, et en tant que Banque d’émission monétaire. Elle s’appelait à l’époque Caisse Centrale de la France Libre (CCFL). C’est l’époque héroïque de l’Agence française de développement. Créée d’abord à Londres, elle se développa ensuite dans l’ensemble de la France d’outre-mer libérée (Afrique équatoriale notamment, Maroc, Algérie, Tunisie). Pendant la guerre, la France disposait ainsi de deux Trésor Public et deux banques centrales d’émission monétaire, l’une issue de la France libre, de la résistance, les deux autres de la France occupée, de la France collaborationniste. En 1944, son nom fut modifié pour devenir la Caisse Centrale de la France d’Outre-Mer (CCFOM), sans modification de ses prérogatives.

Le choix fait par le général de Gaulle, président du gouvernement provisoire, fut de maintenir le rôle de la Banque de France et du Trésor Public dans la France métropolitaine, et de confier ces deux rôles à la CCFOM dans l’ensemble de l’empire français, qui ne disposait alors ni de Banque de France, ni de Trésor Public, mais souvent de banques privées disposant d’un privilège colonial d’émission monétaire.

De cette époque héroïque, il ne reste bien sûr plus personne aujourd’hui en activité au sein de l’AFD. Pendant 13 ans, la CCFOM aura une double activité d’institution de développement et de banque centrale d’émission monétaire dans l’ensemble des colonies et des départements et des territoires d’outre-mer. Avec l’époque de la décolonisation, la CCFOM évolue une nouvelle fois. En 1955, son privilège d’émission monétaire en Afrique occidentale et en Afrique centrale est transféré à deux nouvelles banques centrales (BCEAO et et BCEAEC). En 1959, elle est juridiquement scindée en deux autres entités, séparant totalement les activités de banque centrale d’émission monétaire (IEDOM pour les quatre départements d’outre-mer créés en 1946, et IEOM pour les territoires d’outre-mer) et l’activité d’établissement de développement, qui prendra le nom de Caisse Centrale de Coopération Economique (CCCE en date de 1958). L’établissement changera encore deux fois de nom, une fois en 1991 pour être renommée Caisse française pour le développement (CFD) puis en Agence française de développement en 1998, perdant du coup ses références historiques à son glorieux passé.

Toujours pour l’histoire, le premier directeur général de la CCFL fut André Diethelm en 1941. Il sera remplacé par Pierre Denis en 1942, lui-même remplacé par André Postel-Vinay en 1944 (résistant, héros de la libération et évadé des prisons allemandes, alors âgé de 33 ans) et qui en restera directeur général jusqu’en 1972. Entre 1972 et 1979, la direction générale de la CCCE échoit à Claude Panouillot, puis à Yves Rolland-Billecart jusqu’en 1989. Philippe Jurgensen, lui aussi de l’Inspection générale des finances, sera le sixième directeur général de la CCCE. Il sera remplacé par Antoine Pouillieute en 1995. Jean-Michel Sévérino, actuel directeur général, a été nommé en avril 2001 et ambitionne un troisième mandat (pauvre aide au développement).

Au fil des temps, l’AFD s’est éloignée de son glorieux héritage, oubliant ces racines, reniant ses engagements, dirigée par des directeur généraux de plus en plus technocrates et de moins en moins humains, pour lesquels l’aide au développement est avant tout une carte de visite.

Il est intéressant pour comprendre le rôle et les dérives de l’AFD, de relire le dossier (n°51) constitué il y a déjà de nombreuses années (avril-mai 1997) par l’IFRAP (Institut Français pour la Recherche sur les Administrations Publiques). A noter également les études plus anciennes de l’IFRAP sur la CCCE, avec les numéros 28-29 (Comment ruiner l’Afrique avec l’argent du contribuable - 1991) et 30 (CCCE - 2ème partie : Comment enrichir l’Afrique sans Caisse Centrale, ni argent du contribuable - 1991).

Même si cette analyse date de 1997, elle n’en demeure pas moins vrai aujourd’hui, dix ans plus tard, mis à part le fait que l’AFD a encore élargi son emprise sur le développement et la coopération en France.

La dernière présentation sur le personnel de l’AFD est cependant biaisée car elle ignore l’existence de plusieurs statuts de personnel et de considération dans cet établissement public, entre le personnel du siège et les expatriés (très majoritairement blancs), au nombre d’un millier environ, disposant d’avantages bien supérieurs à ceux mentionnés ci-dessus, et les personnels d’exécution qu’ils appellent poëtiquement ’personnels locaux’, au nombre de 300 dans les états étrangers et de 300 dans les territoires et départements d’outre-mer, disposant d’avantages sociaux et de niveau de rémunération très inférieurs, fonction des niveaux de vie dans chaque zone géographique. L’AFD n’est ainsi aucunement gêné de rémunérer du simple au décuple ses salariés dans un même pays parce que les uns sont des expatriés blancs et les autres des nationaux sans protection sociale.

Que conserve aujourd’hui l’AFD de cette période ? L’AFD d’aujourd’hui oublie d’abord difficilement son passé colonial, qui se matine de centralisme jacobin à la française. Le centre est toujours supérieur à la périphérie et les blancs aux noirs. Cela fait un cocktail détonant, pour un établissement censé être à la disposition du développement, un peu comme si Bill et Mélinda Gates, milliardaires ayant choisi de verser 30% de leur fortune pour le financement de la lutte contre le SIDA (AIDS), étaient persuadés que cette maladie était une punition divine qui frappait les infidèles et les pêcheurs.

C’est un peu le dilemne de l’AFD, d’oeuvrer pour le développement en étant persuadé que seuls les occidentaux (les blancs) sont suffisamment avancés pour mettre en oeuvre ces politiques et qu’elles ne servent à rien avec des africains et pour des africains. Mais comme l’IFRAP le rappelait, heureusement que cet argent du développement sert majoritairement à payer des expatriés et les investissements des grandes sociétés françaises.

Note : résumé du dossier n°51 de l'IFRAP (Institut Français pour la Recherche sur les Administrations Publiques) d'avril-mai 1997.

Les raisons du gâchis de l'aide publique française au développement sont :
• Ces sommes transitent d’État à État, d’une bureaucratie à une autre, la dépense publique n’étant le plus souvent qu’un prétexte pour permettre de satisfaire des intérêts occultes et très privés.
• L’AFD n’a pas de problème pour continuer à emprunter car 90% des emprunts ont la garantie de l’Etat français. Mais sans cette garantie du contribuable, "elle ne pourrait continuer à s’endetter car ses comptes sont illisibles", affirme Standard’s & Poor, agence reconnue de notation financière.

Si la corruption ou l’enrichissement privé étaient les seules conséquences de ce mécanisme pervers, ce serait un moindre mal. Mais l’argent facile a fait fuir de l’Afrique l’argent utile, les investisseurs privés et les vrais projets de développement.
• Après 20 ans d’une aide financière de plus en plus massive, l’Afrique francophone est de plus en plus pauvre ;
• "L’Afrique est parsemée d’usines, de centres de télécommunications et d’hôpitaux de grand standing inopérants. A tel point qu’on peut se demander si leur but était de fonctionner ou de produire des pots-de-vin" ironise Sylvie Brunel, maître de conférences à Sciences Po et responsable d’Action contre la Faim.

Sur un budget de 100 francs consacré au développement :
• 20 à 25 francs s’évaporent en commissions distribuées aux décideurs locaux, lesquels en retournent une fraction substantielle aux hommes politiques qui viennent de temps en temps faire la quête pour leurs partis. Les décideurs en envoient aussi une quote-part importante en Suisse ;
• 60 à 65 francs sont destinés à l’achat de biens et de services en France, sur lesquels 30% représentent une surprime au profit des grandes entreprises françaises telles que Bouygues, Elf, Générale des Eaux, Bolloré, Club Méditerranée, Accor qui financent à peu de frais des projets d’investissement en Afrique ;
• 12 francs sont consacrés aux salaires des coopérants français ;
• 3 francs reviennent aux populations africaines.

Parmi les profiteurs, figurent bien entendu les personnels (1600 agents) de l’AFD. Et pour cause, ils bénéficient :
• d’un siège social 5 étoiles, construit en 1997 pour un total de 800 millions de francs;
• d’un salaire moyen de 328.000 francs par an ;
• jusqu’à 8 semaines de congés payés ;
• de près de 48.000 francs annuels de budget voyages pour une famille de deux enfants.

  

Saucratès

 


05/12/2010
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