Critiques de notre temps

Critiques de notre temps

L'affaire du ralliement d'Eric Besson à l'UMP

 

Réflexion quatre (16 février 2011)
Quelle actualité de l'affaire Besson ?


Il y a près de quatre ans que l'affaire de la trahison d'Eric Besson s'est déroulée. Ce qui signifie accessoirement qu'il ne reste plus qu'un an de présidence de Nicolas Sarkozy, avant les prochaines élections présidentielles françaises ...

 

Eric Besson est un personnage public français qui me reste foncièrement antipathique ; sa défection dans la semaine précédent le second tour de la précédente présidentielle était la pire abomination qui m'a semblé pouvoir être. Le 'traitre' par excellence, celui qui retourna sa veste pour se rallier à l'adversaire de la gauche lorsque sa victoire parue certaine ! Le 'rat' qui quitta le Titanic du parti socialiste avant qu'il ne sombre ! Un triste 'sire' assurément, mais qui a passé les quatre dernières années sous les ors de la République, en tant que secrétaire d'état puis ministre ... Un bon calculateur !

 

Pourtant, sans avoir la moindre once de respect pour cet homme, la lecture de sa lettre de démission de février 2007 adressée à la presse me conduit à m'interroger sur la stratégie actuellement conduite par Ségolène Royal et sur la possibilité de répétition des mêmes erreurs qu'il y a quatre ans. Avait-il tellement tord dans son courrier de février 2007 ? Je n'en suis plus tellement certain (si ce n'est qu'il contribua à la défaite de Ségolène Royal et surtout à la victoire de Nicolas Sarkozy) ...
 

C'est l'absence de débats en interne au sein du parti socialiste qui pose toujours, une nouvelle fois, particulièrement problème, aujourd'hui en 2011 comme précédemment en 2007. Comme si Ségolène Royal avait recherché (ou recherchait) l'adoubement du parti socialiste pour se voir désigner candidate (avec des chances d'être élue), mais qu'elle s'en méfiait et évitait de travailler avec lui à son programme et sur les valeurs personnelles qu'elle voulait défendre et porter ... Une lettre donc à relire, même si son auteur en est le 'traitre' Eric Besson ... Impression qu'il n'avait pas tord sur les faits qui lui fait quitter le parti socialiste et la campagne de Ségolène Royal, même s'il eut le tord de déserter pour rejoindre Nicolas Sarkozy ... pour quelques parcelles de pouvoir ...

 

Inexcusable, même s'il avait raison sur la forme. Il reste une crainte. Que Ségolène Royal réussisse le même hold-up sur la désignation du parti socialiste. Et qu'elle applique les mêmes méthodes que la fois précédente : un hold up de la démocratie au sein du parti par la mise en avant d'associations idoines et par le principe de la démocratie participative ; mamelle du populisme qui permet à un leader auto-proclamé de contrôler les débats et les idées ...

 

A relire !

 

 

Réflexion trois (18 mai 2007)
Le prix de la trahison ?


Eric Besson, qui était encore, il n'y a pas extrêmement longtemps, porteparole de la candidate du Parti Socialiste Ségolène Royal et secrétaire national chargé des questions économiques et fiscales au Parti Socialiste, qui avait démissionné avec fracas de l'équipe de campagne de Ségolène Royal en février 2007, et qui s'était officiellement rallié à la candidature de Nicolas Sarkozy dans l'entre-deux-tours de l'élection présidentielle, se voit aujourd'hui nommé au poste de Secrétaire d'Etat à la prospective et à l'évaluation des politiques publiques, auprès du premier ministre François Fillon dans le nouveau gouvernement de Nicolas Sarkozy.

Que faut-il en penser ? Cela correspond-il à un signe d'ouverture de ce gouvernement vers la Gauche et le Centre, comme certains voudraient nous le faire croire ? Dans ce cas, cette ouverture est-elle appelée à se prolonger après les prochaines législatives, si l'UMP les remportent largement ? Même si l'UMP apparemment aujourd'hui, n'en a nul besoin, car tout indique qu'il devrait largement remporter cette élection.

Ne faut-il pas plutôt le comprendre comme la récompence d'un service fourni par Eric Besson au cours de cette présidentielle ? Une récompense pour un homme ayant su faire le bon choix au bon moment sur le bon 'cheval', et dont la trahison puis le ralliement à Nicolas Sarkozy furent exécutés à l'instant idoine.

En même temps, n'est-ce pas frustrant pour tous ceux qui se trouvent au côté de Nicolas Sarkozy depuis des années, de voir ces parvenus des dernières semaines ou des derniers jours obtenir des postes gouvernementaux dont ils rêvaient mais sont privés ? Comme toujours, il y a des ralliements qui comptent et d'autres qui ne comptent pas. La politique est un monde bien cruel !

Eric Besson peut-il se regarder en face dans la glace en se rasant le matin sans honte, sans vomir ? Quelle valeur une telle personne peut-elle conserver aux yeux de ceux qui le fréquentent ? Quels amis lui reste-t-il ? Evidemment, être secrétaire d'état au gouvernement doit malgré tout aider à conserver des amis ?

Mais il me semble qu'au delà de tout cela, il faut surtout saluer la clairvoyance d'un homme qui avait compris dès le mois de février 2007 (et certainement auparavant) que Ségolène Royal, et avec elle le Parti Socialiste, allait être battue à l'élection présidentielle en mai 2007, et a choisi de se rapprocher du candidat dont il pressentait la victoire. Chapeau bas l'artiste !

Il nous suffira désormais de surveiller le baromètre Eric Besson. Lorsqu'il quittera le navire UMP, le naufrage de Nicolas Sarkozy ne sera pas loin !


Réflexion deux (24 avril 2007)
Le ralliement d'Eric Besson à l'équipe de Nicolas Sarkozy


Il me semble quand même qu'il y a des choses qui ne peuvent pas se faire, même en politique. Il me semble que l'on ne peut pas changer de cette manière de parti politique, comme on change de chemise, de rasoir ou d'eau de toilette.

Il y a deux mois, Eric Besson, alors secrétaire national du Parti Socialiste, en charge des questions économiques, conseiller de Ségolène Royal, démissionnait avec fracas de son poste au Parti Socialiste. Deux mois plus tard, à la veille du premier tour de l'élection présidentielle, il se rallie à Nicolas Sarkozy, rejoint son équipe de campagne, et intervient dans les meetings politiques pour descendre la candidate socialiste.

Dimanche 22 avril au soir, il a fini par rendre publique une lettre de M. Sarkozy, datée du 18 avril, dans laquelle le candidat UMP l'invitait à travailler avec lui (source Le Monde).

Je trouve ce comportement particulièrement honteux, indigne, opportuniste. Un peu comme dans cette chanson de Dutronc ou d'Indochine ! Faut-il avoir tellement peu de fierté, d'honneur, pour se prêter à ce jeu lamentable, un peu comme lors des procès truqués de Moscou ou de Prague où de vieux révolutionnaires venaient faire étalage de leur repentance pour avoir 'trahie' la Révolution et les travailleurs au profit de l'impérialisme. Nous voyons là un procès truqué inversé, où un ex-révolutionnaire vient faire amende honorable devant les partisans UMP pour pouvoir intégrer l'équipe du futur président pressenti.

L'opportunisme, c'est de se rallier à un homme alors que sa victoire est pratiquement acquise, juste pour faire partie de l'équipe gagnante. Au moins, si Nicolas Sarkozy l'emporte, et qu'il fout immédiatement après Eric Besson sur la touche (ou à la poubelle), comme il méritera, cela me fera au moins plaisir.

Ce comportement, ce futur ralliement, pouvait se lire entre les lignes dans la lettre publiée il y a deux mois. Cette volonté de ne pas abandonner la politique, malgré ce qu'il disait décider.

Il est attristant qu'il n'y ait pas souvent de justice en politique ou dans la vie ! La justice serait que Ségolène Royal l'emporte, ou que l'UMP, après l'avoir utilisé pour gagner cette présidentielle (comme une cartouche parmi d'autres, pour contrebalancer les défections d' Aziz Begag), le jette ensuite comme un Kleenex. Mais il est bien connu qu'il n'y a pas de justice en politique !


Réflexion une (22 février 2007)
La lettre d'explication d'Eric Besson sur son départ (source Le Monde)


«Lorsque, il y a une semaine exactement, j'ai adressé à François Hollande la lettre par laquelle je démissionnais du poste qu'il m'avait confié de secrétaire national à l'économie et la fiscalité du parti socialiste, je n'imaginais pas un seul instant me retrouver dans la situation qui est la mienne aujourd'hui et, singulièrement, me retrouver devant vous.

J'ai lu que mon départ avait été " fracassant ". Non. Mon départ se voulait discret et silencieux. L'écho qui lui en a été donné a certes été " fracassant " mais je ne l'ai ni voulu, ni provoqué. Je voulais quitter le secrétariat national. Mais je n'avais pas l'intention de quitter les autres instances politiques du PS dont je suis membre, à savoir le Bureau National et le Conseil National et, a fortiori, le parti lui même.

Je voulais prendre du recul par rapport à la campagne présidentielle de la candidate et me consacrer à ma circonscription et à ma mairie. Je voulais être silencieux et, pour qu'il n'y ait pas d'ambiguïté, j'ai simplement indiqué que je ne partais pas parce que je contestais l'évaluation financière du projet de Ségolène Royal dont j'avais moi-même indiqué l'ordre de grandeur de 35 milliards.

Mercredi dernier, après avoir démissionné à 10 heures, je n'ai parlé, à 19 heures 45 qu'à un journaliste et un seul. Ce journaliste politique de l'AFP me demandait de confirmer la rumeur de ma démission. Je l'ai fait. Et lui ai indiqué que je ne parlerais plus pour ne gêner ni la candidate ni le premier secrétaire du parti socialiste.

Au regard des responsabilités qui étaient les miennes et de ce que je représente, mon départ ne méritait pas autant de bruit.

Cette amplification est sans doute liée, mais je laisse aux observateurs le soin de l'attester ou non, au fait qu'il devenait le symbole d'un malaise diffus sur la conduite de notre campagne électorale.

Mon silence, qui se voulait un silence de pudeur et de solidarité, a sans doute été une erreur. Il a créé une brèche géante dans laquelle se sont engouffrés vraies raisons, fausses rumeurs, attaques personnelles et fantasmes. Je ne les relèverai pas toutes et tous mais je veux en commenter certain(e)s :

1/ La question du " chiffrage "

Je ne conteste pas le " chiffrage " du projet de Ségolène Royal. J'ai assuré la coordination du chiffrage du projet socialiste en juin 2006 et j'avais commencé, avec nos experts, le même travail pour l'actualisation de ce chiffrage après le discours de Ségolène Royal à Villepinte le 11 février. Ce travail a été repris par deux élus de qualité, Michel Sapin et Didier Migaud et je crois comprendre qu'ils sont arrivés aux mêmes ordres de grandeur.

Mais puisque ma parole est désormais totalement libre, permettez-moi quelques remarques sur le sujet :

a) la querelle des chiffres à laquelle on assiste n'a pas grand sens. Le coût d'une mesure ne veut strictement rien dire si l'on ne précise pas clairement les conditions d'application de cette mesure, ses critères exacts. Et la remarque ne vaut pas seulement pour les partis. Elle vaut aussi pour les " experts indépendants " qui calculent, parlent et glosent sur des données dont ils ne disposent pas et qui, parfois, n'ont même pas fait encore l'objet d'arbitrages au sein des partis. Je suis impressionné par leur capacité à calculer non seulement le coût d'une mesure -c'est facile lorsque l'on en connaît le périmètre et les modalités de mise en œuvre- mais aussi les effets induits (aubaine, recettes nouvelles etc) en fonction d'un taux de croissance d'eux inconnu.

b) cela dit, ne biaisons pas : cette bataille symbolique du chiffrage a au moins une vertu : celle de rappeler que notre marge de manœuvre financière est limitée. Et, à cette aune, oui, les projets actuels, ceux de tous les partis et de tous les candidats sont trop onéreux et leur coût réel est sous-estimé.

2/ Sur la discussion qui s'est tenue mardi 13 février en Bureau National.

Oui j'ai dit et je maintiens que je trouvais archaïques les propos que j'avais entendus sur la nécessaire déconnexion entre le politique d'un côté, l'économique de l'autre (l'économie n'est elle pas, par essence, économie politique) ou entre l'économie d'un côté et le social de l'autre (une économie prospère est un préalable et se nourrit de la solidarité). Je parlais du fond et n'incriminais pas les auteurs de ces propos que je regrette d'avoir cités nommément en secrétariat national car leur passé et leur œuvre sont bien plus riches et ils ne méritent pas d'être caricaturés.

3/ Sur le prétendu " complot jospiniste ".

J'ai trouvé le procès d'intention grotesque. Ce que j'ai fait et dit la semaine dernière et ce que je dis ici, je l'ai décidé seul, sans en référer à personne. Je n'ai pas consulté Lionel Jospin. Je suis persuadé, au demeurant, qu'il aurait cherché à me dissuader et, peut être, me désavouera-t-il.

Quant aux " jospinistes ", je les trouve, pour la plupart d'entre eux, loyaux et actifs. Sans doute davantage, paradoxalement, que plusieurs des premiers " ralliés ". Mais il est vrai que la loyauté et le travail, ne sont pas, au sein du parti, équitablement partagés.

4/ Sur mon " conflit avec François Hollande ".

Oui, nous avons bien eu, en secrétariat national, une altercation, François Hollande et moi.

Pas sur le fond. Mais sur les hésitations et les revirements permanents d'une stratégie de réplique sur le " chiffrage ". François, qui a le dos large, a eu l'élégance de faire semblant de croire et de suggérer qu'il était -de par cette altercation- à l'origine de mon départ.

Il n'en est rien. J'ai pour François de l'affection et le souci que je lui crée a figuré au premier plan de mes hésitations ces derniers jours. Mais je suis aussi lucide : il est à la fois le premier responsable et la première victime de la situation dans laquelle se trouve le parti socialiste. Il sait que mon désaccord portait sur la campagne et ses modalités et non sur un différend qui aurait pu être oublié en quelques minutes.

5/ Sur "les raisons personnelles" de mon départ.

Pour ne pas évoquer le fond du désaccord qui expliquait ma démission j'ai invoqué des "raisons personnelles". L'expression a été retournée contre moi par plusieurs des proches de la candidate, visiblement excédés par mon départ. Je passerai sous silence, par reste de charité chrétienne, les qualificatifs élogieux dont ils m'ont affublé.

Ils ne grandissent guère la "relève" et le "renouveau" qu'ils prétendent incarner. Les "éléphanteaux" se révèlent plus cruels et moins regardants dans les arguments que les "éléphants" injustement vilipendés.

Mais la ligne jaune a été franchie lorsque certains ont crû devoir évoquer de prétendues difficultés conjugales et familiales qui pouvaient expliquer ma supposée "déprime", poussant le vice jusqu'à renvoyer les observateurs aux romans de mon épouse Sylvie Brunel ou de ma fille aînée (sous le pseudonyme d'Ariane Fornia). Je veux dire simplement ceci : j'ai le privilège de posséder la cellule familiale la plus solide, la plus créative et la plus lumineuse que l'on puisse concevoir. Elle est le socle de ma vie, mon blindage existentiel.

J'ai le plus profond mépris pour ceux – que l'on m'a aidé à identifier – qui ont crû devoir y toucher et qui sont à l'origine directe de mon départ du Parti socialiste.

6/ Sur les propos de Ségolène Royal

Je ne quitte pas le Parti socialiste parce qu'elle se serait moquée de moi en se tournant vers des ouvrières de la Somme en leur demandant si elles connaissaient "Monsieur Besson" ou parce qu'elle aurait minimisé mon rôle dans sa campagne. Pour ma part, j'ai trouvé ces propos désobligeants mais je devine qu'ils sont en partie liés au fait que la candidate devait être exaspérée de devoir répondre à une question qui à ses yeux n'était légitimement pas cruciale. Je crains pour elle, à en juger par les mails que je reçois, qu'ils n'aient été perçus comme la marque d'un mépris qui a troublé les élus et les militants socialistes et, au-delà, de nombreux citoyen(ne)s.

Pour le reste elle avait raison : connu des milieux politiques et des militant(e)s, je ne le suis guère du grand public même si ma notoriété s'est, de façon accidentelle et éphémère, accrue ces derniers jours. "Etre connu" peut être en politique un atout. Mais ce n'est pas un objectif en soi. En tout cas, ce n'est pas le mien.

**********

Après ce long préambule de commentaires des arguments cités pour expliquer mon départ, j'en viens à ses raisons exactes et aux conséquences que j'en tire.

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1/ Je n'adhère pas à la façon dont est conduite la campagne de Ségolène Royal.

Je n'étais pas, chacun le sait et je l'assume, l'un de ses partisans de départ. Après le non au référendum, constatant qu'aucune personnalité n'émergeait suffisamment et considérant – à tort ou à raison – que François Hollande ne disposait pas encore de l'image publique qu'il mériterait, j'ai été de ceux qui ont cru que Lionel Jospin pouvait rassembler les socialistes et être notre candidat. Après l'annonce de son renoncement, j'ai respecté la décision que plusieurs d'entre nous avions prise de ne donner aucune "consigne de vote" en faveur de l'un(e) des trois candidat(e) en lice.

La candidature de Ségolène Royal m'intriguait. D'un côté, je percevais bien une fraîcheur, une détermination, un rapport au peuple et un savoir-faire de communication qui lui permettaient d'incarner, à gauche, un besoin de renouvellement que chacun perçoit.

Mais, par ailleurs, j'étais perplexe. Mes amis (et ils avaient sans doute raison) me disaient que je n'étais sans doute pas fait pour faire de la "politique autrement".

En clair : je n'avais aucune difficulté à adhérer à un certain nombre de valeurs fondamentales (le travail, la sécurité, les respect, la famille…) dont Ségolène Royal voulait être l'étendard. Je considérais même, comme elle, que la reconquête de la confiance des milieux populaires passait par cet aggiornamento. Mais je ne comprenais pas vers quoi cela nous conduisait concrètement. Et je ne comprenais pas qu'elle ne se saisisse pas des instances et moments de délibération collective (le Congrès, le bureau national, la commission du projet) pour donner un sens, une architecture à l'énoncé de ces valeurs. Prisonnier d'une vision dite ancienne de la politique, le chef (j'acceptais sans difficulté que ce puisse être une chef(fe)) disait le chemin, argumentait, arbitrait. Ségolène Royal n'utilisait pas ces outils dits "préhistoriques et machistes".

Lorsque Ségolène Royal a été élue par les militant(e)s, j'ai décidé de me consacrer loyalement et totalement à sa campagne, comme a bien voulu le lui rappeler le président de "Désirs d'avenir 26", l'un des premiers en France et dans la Drôme à soutenir Ségolène Royal et par ailleurs l'un des militants les plus dévoués et généreux que l'on puisse imaginer.

Dès la mise en place du dispositif de campagne, j'ai été nommé parmi les trois "secrétaires nationaux" chargés de la coordination des sujets de fond et des argumentaires. Il y a deux semaines, j'ai été nommé "débatteur" par Ségolène Royal, "autorisé à porter sa parole". J'imagine donc que mon travail n'avait pas dû être jugé contre-productif.

Ma loyauté ne m'interdisait pas de faire part à mes interlocuteurs réguliers, François Hollande, Jean-Louis Bianco, François Rebsamen notamment, de mes inquiétudes sur les "ratés" de notre organisation et de notre campagne :

– déconnexion entre le "siège de la campagne" et le "QG", rôle excessif et souvent nocif de "conseillers" dont la légitimité, la cohérence et le savoir- faire politique ne m'ont pas paru flagrants,

– absence de lieu d'arbitrage et de mise en cohérence des thèmes, discours et propositions de la campagne,

– faible utilisation des experts proches du Parti socialiste, qui sont pourtant nombreux et de grande qualité.

La " démocratie participative " aboutit ainsi à ce paradoxe singulier : après l'envoi de notes, suggestions et propositions, le processus délibératif ne respecte pas les principes de base de la vieille démocratie : transparence des débats (au moins publicité interne dans une instance d'arbitrage) et débat contradictoire.

Je constate que 3 mois après avoir été largement élue à la suite d'un débat interne exemplaire qui a contribué à la propulser en tête de sondages, Ségolène Royal souffre aujourd'hui, même si rien n'est définitif, de ce que Vincent Peillon a qualifié de " trou d'air ".

Aux raisons précédemment évoquées, s'ajoutent me semble t-il quelques explications complémentaires : - Ségolène Royal n'a, à ce jour, pas su (pas pu ? pas voulu ?) rassembler tous les talents du parti socialiste. Je constate ceci : à droite (ou à droite et au centre, je laisse à d'autres le soin de trancher) les trois personnalités qui pouvaient prétendre diriger la France, Nicolas Sarkozy, Alain Juppé et François Bayrou sont, en tant que candidats ou en tant que soutien actif, totalement engagés. A gauche, les trois hommes d'Etat les plus crédibles, Lionel Jospin, Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius ne sont pas -ou guère- sollicités.

Certains apprentis-sorciers, proches de la candidate théorisent cette absence regrettable : le " plus " de Ségolène Royal serait d'avoir supplanté les " éléphants ". Outre le fait que je n'ai toujours pas compris en quoi, au regard de son parcours politique, Ségolène Royal serait moins " éléphante " que d'autres, cette mise à l'égard de ceux qui ont, à gauche, le mieux dirigé la France me paraît être une funeste erreur.

- A deux mois du premier tour d'une élection présidentielle, il est préférable pour un grand parti comme l'est le parti socialiste, qui plus est au sortir de cinq ans d'opposition, de disposer de réponses claires sur quelques dossiers clés. Sur les 35 heures, sur le financement des retraites et de la protection sociale, sur la progressivité de l'impôt, sur le nucléaire, je constate la difficulté à répondre des " débatteurs " qui comme, je le faisais jusqu'il y a quelques jours, interviennent dans les débats ou sur les plateaux de télévisions ou de radio. Vers des questions simples ils volent avec des réponses compliquées. Ce n'est pas dû à leur talent, qui est souvent réel. Mais à l'absence d'arbitrage sur des sujets majeurs.

Toutes ces considérations vont être rapidement obsolètes. Je sais que Ségolène Royal va réorganiser son dispositif de campagne. J'aurai connu la phase que la candidate qualifie " d'autogestionnaire ". D'autres vont avoir le bonheur de connaître la phase rationnelle.

2/ Le Parti Socialiste n'est actuellement pas organisé pour répondre aux espoirs immenses que placent en lui des millions de Français.

Cela me navre car il porte l'espoir de beaucoup de celles et de ceux qui aspirent à une société plus juste, plus fraternelle.

Mais nous sommes victimes :

- d'une absence de clarification idéologique. Malgré le congrès du Dijon, où notre " réformisme " fut affirmé, revendiqué et vainqueur, le parti peine à reconnaître qu'il ne peut " sortir de l'économie de marché " ou " rompre avec le capitalisme ". Le réformisme continue pour certains d'être une mollesse, une capitulation " sociale-libérale " alors qu'il reste une formidable ambition, la seule crédible à gauche.

- d'un cycle d'opposition mal géré. Après des " états généraux " consécutifs à la défaite de 2002 et le congrès de Dijon, les électeurs ont offert aux socialistes une grande victoire en 2004. Au rejet du gouvernement s'additionnait le remords de 2002. Cette large victoire -probablement trop large au regard de notre travail réel- a été mal gérée. Nous avons, de façon absurde, demandé au Président de la République un référendum dont nous ne voulions pas sur une question qui nous divisait et qui ne méritait ni tant d'honneur ni tant d'indignité : le traité constitutionnel européen. Bien qu'ayant voté " oui ", j'étais moi-même très réservé sur son intérêt. Mais il comportait des avancées limitées dont nous nous sommes privés après nous être offerts le luxe d'une division publique.

Ce " non " de beaucoup de dirigeants socialistes après le " oui " des militants restera à mes yeux une faute lourde dont les conséquences se font encore sentir. Le congrès du Mans ne fut ensuite qu'une bataille âpre, achevée par une synthèse improbable (même si, a posteriori, sans doute nécessaire) : je le sais puisque j'eus l'honneur de donner lecture de cette synthèse à la tribune du congrès …

3/ Le parti socialiste ne dispose par ailleurs que de faibles alliés.

- Les communistes ont vu leur influence et leurs idées régresser. Mais leur apport dans la gestion des collectivités locales où ils sont élus et la responsabilité dont ils font preuve dans l'exercice de leurs mandats ne sont pas contestables.

- Les Verts qui devraient être les grands bénéficiaires de la montée légitime des préoccupations environnementales s'abîment dans des querelles intestines et, obsédés par leur combat anti-nucléaire, n'ont d'autre issue … qu'une décroissance qu'ils affirment rejeter.

- Quant à l'extrême-gauche, n'ayant rien appris du 21 avril 2002, elle continue de faire de la gauche de gouvernement son adversaire principal, la chimérique révolution se bornant dans un premier temps aux barricades médiatiques face aux socialistes … Ses nouveaux porte-parole, Bové, Besancenot sont aussi habiles et télégéniques dans l'indignation et le diagnostic que creux et démagogiques dans les solutions.

4/ Ce parti, je le quitte cependant à regret. Et même à grand regret. Il m'a permis d'être deux fois député, ce qui reste un honneur en dépit de la dévalorisation insoutenable de la réalité du mandat parlementaire. Je l'ai servi autant que j'ai pu. Je garderai une reconnaissance profonde pour ceux des militants de la Drôme qui m'ont soutenu fortement en 1997, colossalement en 2002. Je remercie aussi tous les élus, militants, et sympathisants d'ailleurs en France qui m'ont adressé des messages de soutien et qui m'ont demandé de renoncer à ma démission et de soutenir à nouveau Ségolène Royal. Leurs témoignages m'ont ému et fait vaciller. Sans les attaques personnelles dont j'ai été victime de la part de certains de ceux qui jouent un rôle majeur dans cette campagne auprès de la candidate et, en dépit de mon analyse, je serais revenu. Mais je suis désormais incapable de cohabiter avec ceux qui ont touché à l'essentiel. Le combat politique n'autorise pas tout … surtout dans son propre parti.

5/ Concrètement voici mes décisions :
. je vais démissionner du parti socialiste. J'adresserai ma lettre en ce sens à son premier secrétaire dès aujourd'hui. Je vais demander au Président de l'Assemblée Nationale de siéger désormais parmi les députés non-inscrits jusqu'à la fin de la législature,
. je ne serai pas candidat à ma réélection lors des prochaines élections législatives. Je l'ai envisagé pendant quelques jours. Par fidélité à une circonscription dont je connais à présent les moindres recoins et où me soutiennent des femmes et des hommes de gauche mais aussi de droite. Et par défi. Mais cela signifierait concrètement trouver sur ma route des militantes et des militants qui m'ont accompagné lors de tous mes combats électoraux. Cela je ne le veux pas,
. je n'abandonne pas pour autant la politique. J'essaierai de contribuer encore au débat national, sans illusion excessive sur l'audience qui sera désormais la mienne. J'assumerai jusqu'à son terme mon mandat de Maire de Donzère et, peut être, m'y représenterai -je car je suis sensible au soutien que m'accorde sa population.

Je n'ai pas fait d'offre de services et n'ai pas reçu de propositions de la part de Nicolas Sarkozy ou François Bayrou. Je les respecte l'un et l'autre et l'ai dit, écrit, avant ces événements.

Concernant Nicolas Sarkozy, je veux dire les choses nettement.

Je le connais depuis longtemps et j'ai toujours conservé une relation cordiale avec lui ce qui ne nous a pas empêchés de nous heurter -parfois durement- dans le combat politique.

J'ai de la sympathie pour lui. Il n'y a qu'en France que l'on se croit obligé de haïr ceux du camp politique opposé.

J'ai porté un document dont j'ai rédigé l'introduction qui ne l'a -c'est le moins que l'on puisse dire- pas ménagé et qui était, je le reconnais, parfois excessif. Lors de la sortie du rapport, deux de ses plus proches m'ont affirmé qu'il avait été blessé par une formule dont la rédaction pouvait être mal interprétée. Je m'en suis expliqué avec eux mais j'ai, au fil du temps, compris que cela ne suffisait pas. Faute de parvenir à le voir à l'Assemblée Nationale, je lui ai écrit une lettre d'explication. Préalablement à ma démission et ne " tendant aucune perche " contrairement à ce qu'affirment ceux qui n'ont rien lu mais savent tout. On me demande de la publier. S'agissant d'une lettre personnelle qui contient des éléments extra-politiques je ne le ferai pas. On me dit " qu'elle va sortir ". Qu'elle sorte. On verra alors si elle est de nature à me gêner …
M'étant à présent trop longtemps justifié sur ce point, je veux affirmer qu'ayant quitté toute attache partisane et n'aspirant plus à des fonctions nationales je suis désormais libre, libre de voir qui je veux, à droite ou à gauche. Libre de parler à qui je veux. J'ai passé l'âge des oukases et des interdits.

Je vais, enfin, m'attacher à mon avenir professionnel et, n'étant pas fonctionnaire, chercher à exercer des fonctions dans le secteur privé.

6/ Quelques souhaits pour le débat public

L'élection présidentielle de 2007 est cruciale pour la France. Elle doit favoriser le sursaut collectif qui est indispensable au rayonnement international, économique, social et culturel de notre pays.

La position de la France, sur la scène internationale comme en Europe est affaiblie. Notre pacte républicain menacé.

L'urgence commande que le débat s'ouvre enfin sur les vrais enjeux.

Or si les candidat(e)s ont du talent, la pièce qui se joue est, pour l'heure, décevante.

Les vrais enjeux ne sont pas explicitement évoqués. Ils doivent permettre de réconcilier les Français avec l'idée même de progrès. Ils doutent que la nécessaire efficacité économique puisse toujours être conciliée avec le progrès social. Ils doutent -à mes yeux à tort- que le progrès technologique puisse encore favoriser l'émancipation de l'homme et contribuer à une meilleure préservation des ressources naturelles.

Cela suppose, notamment, d'aborder honnêtement et clairement quelques questions :

. la France peut-elle être suffisamment crédible pour convaincre ses partenaires européens de se tourner résolument vers une croissance portée par la recherche, l'innovation et la qualification des personnes ? Pourrons-nous nous doter du crédit suffisant pour les convaincre de la nécessité d'aller vers une nécessaire harmonisation fiscale ? Pour plaider pour une utilisation du tarif extérieur commun qui favorise non un protectionnisme inopérant et contre-productif mais des échanges maîtrisés entre grands blocs mondiaux homogènes ?

. saurons-nous nous tourner à nouveau vers l'Afrique que l'on continue à qualifier de " zone d'influence naturelle " mais qui, déçue, se tourne vers d'autres puissances ?

. aborderons nous honnêtement la question du périmètre des services publics et de l'impôt juste pour les financer ?

. sommes nous prêts à un indispensable nouvel équilibre entre droits et devoirs ? Par exemple pour réformer le marché du travail et concilier vraiment " flexibilité et sécurité " ?

Ces questions me passionnaient. J'essaierai, à présent, de m'y intéresser autrement.»
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-823448,36-869766@51-869193,0.html


Saucratès



16/02/2011
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