Critiques de notre temps

Critiques de notre temps

Du pouvoir (2)

 

Réflexion dix-huit (23 juillet 2010)
Une société peut-elle exister sans pouvoir ?

Nous avons pu survoler ce qu'il fallait entendre par le 'pouvoir'. D'une certaine façon, le pouvoir est inséparable de la violence, soit parce qu'il est découle directement, soit parce qu'il en est une trace ritualisée. Il est en effet habituel de mentionner que le pouvoir de l'état repose sur un monopole de la violence légitime. Mais presque toutes les formes de pouvoir reposent sur un tel usage (ou pré-usage) de la violence. Presque parce que Max Weber avait présenté des formes d'autorités différentes : l'autorité charismatique, où ce n'est pas par la force qu'un homme, un chef, se voit reconnaître une autorité, un pouvoir, se voit obéir par ses semblables, mais par une capacité particulière, innée, non violente.

A partir de là, il peut paraître intéressant de s'interroger sur la possibilité de vivre sans pouvoir. Des mouvements ont pu ainsi tenter de refuser l'autorité et le pouvoir, notamment en matière d'éducation des enfants. Toutefois, si des adultes peuvent tenter de vivre à l'abri du pouvoir de l'état ou des institutions, en se maintenant à l'écart de la société et de ses codes, en vivant repliés sur eux-mêmes, en communauté, si des parents peuvent vouloir éduquer leurs enfants en dehors de toute autorité parentale imposée et de toute forme de violence, en les laissant libres de leurs actes, de leurs choix, il me semble pourtant clair que ces mêmes personnes, ces mêmes enfants, ne seront jamais à l'abri de la principale et primitive forme du pouvoir, provenant de la violence et du pouvoir nés des interactions des adultes ou des enfants entre eux, au sein de la communauté ou entre les enfants, d'une même famille ou non.

Il en ressort que le pouvoir légitime étatique ou le pouvoir institutionnalisé est avant tout un médiateur dans les conflits nés des interactions des individus entre eux. Le pouvoir reconnus aux parents permet de réguler les interactions des enfants entre eux au sein d'une même famille. De même les forces armées de police et de gendarmerie sont avant tout des médiateurs dans l'immensité des interactions des individus les uns face aux autres. Le maintien de l'ordre public s'entend également comme la pacification de la vie sociale, de sorte que les individus puissent se croiser et interagir en dehors de toute violence et de toute agression.

Du simple fait qu'en état de guerre, lorsque l'ordre normal des choses est mis en suspens, les interactions des uns et des autres se transforment immédiatement en acte de pouvoir et de coercition, de vol, de viol et de rapine ... il suffit de regarder les conflits du Rwanda, du Vietnam, la seconde guerre mondiale pour voir ce que les hommes deviennent dès lor qu'ils ont une arme entre les mains et l'impression que leurs actes ne seront pas connus ou dénoncés : des violeurs, des voleurs, des assassins ... Et cela n'a rien de surprenant dès lors que l'on regarde les évènements sporadiques qui explosent dans les cités françaises dès lors que des bandes de jeunes se révoltent ... on peut en déduire que, comme le pensait Hobbes dans son Léviathan, l'homme est à l'état de nature un loup pour l'homme.

Evidemment, je préférerais rejoindre la position de Rousseau en estimant que l'homme est naturellement un homme bon ; même si cette dernière thèse ne s'oppose d'ailleurs pas à mes observations puisque selon Rousseau, c'est la vie en société qui fait de l'homme un être mauvais, mais naturellement bon.

Supprimer les diverses formes de pouvoirs institutionnalisés ne feraint ainsi que projeter les individus sans espoir de médiation dans la violence née des interactions des uns et des autres, dans les rapports de force. Et de nouvelles formes de pouvoir institutionnalisé naîtraient d'ailleurs au sein des communautés qui apparaîtraient ; communauté au sein desquelles les formes de pouvoirs institutionnels sont souvent extrêmement violents.

Je ne pense pas ainsi que la société et l'homme puisse se passer des formes institutionnalisées du pouvoir, puisque de toute façon, jamais l'homme ne pourra être à l'abri du pouvoir et surtout de la violence nés des interactions des uns et des autres.

Par contre il me semble qu'il faudrait que la société, que les adultes, s'occupent d'éradiquer la violence des interactions qui est observée entre les enfants dans les structures de crêche et scolaires. On y jette des enfants à leur plus jeune âge, parfois dès qu'ils ont quelques mois, et il leur faut apprendre à la gérer, la plupart du temps sans médiation, puisque les adultes sont persuadés que les enfants y apprennent les choses de la vie et à réagir face à la violence ... mais sans assistance et pratiquement sans médiation.


Réflexion dix-sept (21 juillet 2010)

Des rapports de pouvoir (suite)

Il existe enfin une dernière forme de pouvoir différente des deux formes précédemment étudiées, que j'ai appelé le pouvoir légitime (ou étatique) et le pouvoir institutionnel (au sein des institutions). Et d'une certaine façon, cette forme de pouvoir est l'une des premières formes que l'être humain a rencontré, que ce soit au cours de l'histoire de l'humanité, ou au cours de son histoire personnelle, de sa construction en tant qu'homme.

Il est différent des autres formes au sens où il nait simplement de la rencontre de quelques personnes, deux le plus souvent, et qu'il ne nécessite aucune institution pour jouer, pour interférer entre les êtres humains.

Les tous premiers à rencontrer cette forme de pouvoir sont les enfants, dans les structures scolaires ou dans les crêches d'enfants. Ils ne font pas qu'y nouer des liens affectifs avec les adultes et leurs camarades. Ils se trouvent très tôt, dès leur arrivée dans de telles structures, confrontés à des relations de pouvoir, à des situations de pouvoir, et de leur capacité à décrypter et à réagir à de telles situations d'interactions, dépendra toute leur évolution future.

Les interactions que peuvent nouer des enfants entre eux, les rapports de force qui se créent entre eux, qui régissent et structurent leurs relations individuelles, sont des relations de pouvoir ; la première des formes de pouvoir, un pouvoir individuel, la capacité à influer sur les actions de ses camarades.

Il n'est pas neutre que la science qui étudie les rapports des enfants entre eux ait pour nom 'éthologie', science qui a également et principalement pour champ d'étude l'analyse des rapports des animaux entre eux, et tout particulièrement des primates. Il y a une ressemblance marquante des relations de pouvoir au sein des sociétés de primates et des jeunes enfants humains, tout particulièrement parce que la communication y passe principalement par le canal non-verbal, et que les interactions non-verbales régissent de manière privilégiée les relations de pouvoir.

Une relation de pouvoir passe par un ensemble de signaux non-verbaux ; le language du corps, des yeux, de la bouche, de la sudation, le rougissement, la position du corps ... Ces signaux non-verbaux permettront ainsi le plus souvent d'éviter la confrontation violente entre deux protagonistes humains, ou primates, de même que des positions de soumission signifieront à l'autre l'inutilité d'une confrontation violente ou d'une agression.

Mais autant ces formes d'interactions et donc de rapports de pouvoir disparaissent pratiquement de la vie des adultes dans la majeure partie des situations, où le pouvoir y est institutionalisé ou les rapports de force instrumentalisés ... Les adultes ont ainsi essentiellement des rapports hiérarchiques, des rapports commerciaux ou des rapports de propriété ; rapports dont toute remise en cause est punie par la société ou entraîne l'intervention de la police ... on parle de la majeure partie des situations puisque ces rapports consensuels n'éclatent qu'en période de troubles ou de guerre, lorsque la nature violente de l'homme peut alors se déchaîner ...

Autant les enfants baignent dans cette forme d'interactions et de relations de pouvoir, en crêche collective puis à l'école ... Comme si ces interactions auxquels ils sont confrontés étaient sensés leur apprendre à réagir dans leur vie future, dans les relations de pouvoir utltérieures qu'ils auront à connaître, alors qu'elles n'ont justement rien en commun.

L'étude de cette dernière forme de pouvoir nous permet par ailleurs de tirer une conclusion sur le pouvoir, qui n'est peut-être pas évidente pour les deux premières formes de pouvoir que j'ai étudiées, puisque ces deux formes nous sont présentées comme imposées, puisque notre obéissance est rendue obligatoire par le fonctionnement d'une société qui nous précédait et préexistait, et contre lequel il semble inutile de résister. Le pouvoir naît de sa reconnaissance par ceux qui y sont soumis ; le pouvoir d'une personne n'existe que parce que nous lui reconnaissons un tel pouvoir ! Sans reconnaissance, sans acceptation du pouvoir de l'autre, cet autre n'aurait aucun pouvoir, ni sur nous, ni sur les autres ! Ce n'est que parce que nous acceptons la relation de pouvoir que nous y sommes soumis ! On en revient ainsi à l'analyse qu'en faisait Etienne de La Boétie, au seizième siècle, dans le «Contr'un», aussi nommé «Discours de la servitude volontaire». Le pouvoir n'existe que parce qu'on accepte de le servir, de se soumettre, de le reconnaître !


Réflexion seize (11 juillet 2010)
Nos rapports au pouvoir

Le pouvoir n'a pas pour seul apparence son acceptation étatique. Chacun d'entre nous, nous rencontrons également le pouvoir hors de l'état, hors de nos rapports avec la police, avec l'armée, avec la gendarmerie, avec la justice, avec l'administration. Si nous ne devions supporter de rapports de pouvoir, de domination, qu'avec ces seules quelques organisations, la vie serait vraisemblablement très simple, beaucoup plus facile. Il n'en est évidemment rien !

Il existe une autre forme de pouvoir, de domination que nous rencontrons à tous les coins de notre vie ; le pouvoir que l'on peut dénommer institutionnel. Ce sont les rapports de pouvoirs que nous rencontrons dans notre vie professionnelle, avec nos supérieurs hiérarchiques au travail (pour ceux qui travaillent), avec nos collègues ou nos subalternes si nous disposons d'un pouvoir hiérarchique, dans nos achats de tous les jours dès lors que nous attendons un service en échange du paiement d'un prix donné. On peut aussi rattacher à cette notion de pouvoir institutionnel les relations que nous avons avec nos enfants dans l'organisation de la vie familliale, mais aussi celles que nous avons avec des enseignants dans le cadre de l'éducation de ces mêmes enfants.

Notre vie entière est rythmée par de telles relations de pouvoir (que j'appellerais institutionnelles) avec les personnes qui nous entourent, dès lors qu'entrent en jeu le paiement d'un prix, le versement ou l'attente d'un salaire, l'existence d'une relation de dépendance, de subordination. Et qui dit relation de pouvoir dit justement existence d'un déséquilibre relationnel entre les deux personnes, les deux parties à l'échange ; il y a un qui peut agir comme bon lui semble, sous certaines limites, et l'autre qui doit subir. Ainsi dans la relation entre un client et un vendeur, puisque le client peut toujours se retirer avant d'avoir payé, quelque soit le temps qu'il a engagé dans l'échange, tandis que le vendeur n'en a pas la possibilité (sauf dans une relation de gré à gré, hors de tout cadre institutionnel justement) C'est la relation de subordination du vendeur à son employeur qui lui impose de subir celle du client de son employeur.

Evidemment, les deux formes de pouvoir, étatique et institutionnelle, peuvent se superposer l'une l'autre, se combiner, voire s'affronter. Dans une administration par exemple, il y a superposition entre le pouvoir étatique dont bénéficient les fonctionnaires qui y travaillent, et le pouvoir institutionnel régissant les relations hiérarchiques entre ces mêmes fonctionnaires. Dans l'armée, il y a même pratiquement confusion entre ses deux formes de pouvoir, puisque l'obéissance à la hiérarchie est une règle de fonctionnement, une règle constitutionnelle au pouvoir étatique, et que le refus d'obéir aux ordres dictés par un supérieur hiérarchique a pour nom insubordination et est passible d'une peine d'emprisonnement, voire de la peine de mort dans certaines circonstances (guerre).

A l'inverse, l'imposition dans la fonction publique d'une culture du résultat, visant à traiter l'usager du service public comme un client, pour répondre le mieux possible à sa satisfaction, conduit à opposer la logique de l'autorité étatique dont le fonctionnaire dispose à l'encontre de l'usager, et la subordination institutionnelle qui découle de la transformation de la relation en une relation vendeur-client. Les deux formes de pouvoir s'affrontent ici, s'oppose, impliquant la désagrégation de la position de représentant de l'état du fonctionnaire en question, avec le respect qui doit lui être dû, pour ne plus lui laisser que sa position d'infériorité hiérarchique émanant de la relation client-vendeur qui en découle.

Il est facile ensuite aux plus hautes autorités gouvernementales de souligner l'importance de l'appartenance à la fonction publique, par exemple dans le monde de l'éducation nationale, et de fustiger les actes de violence à l'encontre des fonctionnaires, des enseignants ... Mais ce sont justement les politiques régulièrement menées depuis des décennies pour ravaler la fonction publique à une simple culture du résultat, qui expliquent l'évolution des mentalités et la disparition du respect dû à un fonctionnaire de l'état.

Si le pouvoir étatique repose in fine sur l'usage de la force de coercition légitime (aux yeux de l'état), le pouvoir institutionnel ne repose pas forcément sur une telle autorisation d'usage de la force, mais sur l'usage de l'argent, c'est-à-dire sur la reconnaissance du pouvoir de l'argent dans les relations humaines. Un salarié qui refuserait d'obéir à un de ses supérieurs hiérarchiques dans une institution ne courra pas (plus) le risque d'être violenté, attaqué ou mis en prison. De même pour le vendeur qui qui enverrait paître un client désagréable. Il ne courrait plus ce risque aujourd'hui, même si, dans le cadre des relations d'esclavage, l'esclave qui se rebellait contre son maître courrait autrefois le risque d'être battu, frappé, ou de se voir amputer d'un membre à titre de punition, à titre de leçon.

Aujourd'hui donc, dans le cadre des relations salariales, le pouvoir institutionnel ne repose plus sur l'usage de la violence, légitime ou illégitime, mais sur celui de l'argent. Et en définitive, seule la valeur que l'on donne à l'argent finalement, donne une valeur aux relations de pouvoir que l'on doit supporter, ou que l'on peut obtenir des autres.

Il faut néanmoins distinguer au sein des relations de pouvoir institutionnelles les relations existant au sein du cadre famillial, et notamment avec ses enfants. Ces relations de pouvoir que je nomme institutionnelles reposent elles par contre sur la possibilité d'une violence symbolique, considérée par les uns ou les autres comme légitimes. C'est la possibilité de l'existence de la punition, et de la disproportion de la force, qui donne une autorité aux parents, à côté de l'amour filial, paternel ou maternel.


Réflexion quinze (9 juillet 2010)
Retour sur le prolégomènes à l'étude du pouvoir

Je m'intéresserais d'abord à une approche de la réalité du pouvoir au sein de la société, et tout particulièrement au sein de nos sociétés occidentales. En effet, parler du pouvoir nécessite avant tout de signifier la réalité de l'existence de ce concept. Parler du pouvoir n'a d'intérêt qu'en raison de l'opérabilité de ce concept, de sa permanence, de son inaltérabilité. Dans mon idée, le pouvoir a toujours existé, depuis que l'homme est homme, avant même que l'homme ne s'appréhende comme homme. Il prend simplement aujourd'hui des formes nouvelles, modernes, même si dans le fond, on a toujours affaire à une même chose.

Mais avant tout, parler du pouvoir implique de définir ce que l'on entend par ce terme. Qu'est-ce donc que le pouvoir ?

On peut définir de multiples façons le pouvoir. On entend le plus souvent a priori par pouvoir son acceptation étatique. Le pouvoir est ainsi la représentation de la capacité de coercition de la société organisée sous forme d'un état. Et la police, l'armée, la gendarmerie, le fonctionnaire, sont les dépositaires du pouvoir de l'état dont ils sont les dépositaires. Le pouvoir s'entend alors comme le transfert à ces personnes, à ces représentants de l'état, d'une fraction de la souveraineté de l'organisation étatique. Le policier, le gendarme, le militaire, le fonctionnaire, n'est plus seulement alors une personne lambda, mais une parcelle de l'état lui-même, une extension de lui-même.

Toutefois, le pouvoir dont ces personnes disposent est souvent, à la base, inséparable des armes, de l'armement, dont ces personnes disposent, et dont elles sont souvent les seules autorisées à porter, à afficher et à utiliser (si on excepte l'exemple américain et les personnes disposant d'un port d'arme ; droit constitutionnel aux Etats-Unis). De la sorte, à l'origine, il y a inséparabilité entre l'existence du pouvoir dont ces personnes disposent et les armes dont ces personnes ont le droit de faire usage, au nom de l'état ou pour sa protection. Ce n'est qu'au fur et à mesure que l'existence d'un tel pouvoir n'est plus interrogé que la séparation entre pouvoir et arme peut être faite, et où on peut imaginer un représentant non armé de l'état. En sachant néanmoins depuis longtemps que ce pouvoir repose sur la connaissance que le non respect du pouvoir d'un représentant non armé de l'état sera puni immédiatement de l'intervention de représentants armés.

On peut s'interroger sur le principe même de la délégation d'autorité entre l'état et ses soldats, ses gendarmes et ses policiers. Est-ce l'état qui leur a confié leur pouvoir et leur droit de faire usage de leur arme, ou bien leur usage en commun de leurs armes qui a conduit à la création et à l'apparition de l'état ? La réponse diffère évidemment selon l'échelle de temps considéré. Ce qui est faux à l'échelle d'un être humain est vrai à l'échelle d'une société. Chaque organisation étatique, chaque régime politique s'est  constitué par l'usage de la force, de la coercition, par la voie des armes.

Réflexion quatorze (30 septembre 2009)
Sur les gens de pouvoir ...


Les gens de pouvoir, c'est-à-dire les gens recherchant le pouvoir pour le pouvoir, sont partout autour de nous. Le phénomène du pouvoir est même peut-être plus général qu'il n'y paraît, trouvant ses racines jusque dans l'aspiration des personnes à la reconnaissance de leurs pairs, qui commence dès le début de la socialisation, dans la cour de la crêche ou de l'école maternelle. 

Rien de neuf, me direz-vous ! Mais il n'y a pas non plus de différences entre tous ces gens de pouvoir, voir entre toutes ces personnes avides de reconnaissance dès leur plus jeune âge. Il n'y a pas de différence en terme d'aspirations au pouvoir ni en terme de moyens utilisés pour y arriver et pour y subsister entre Nicolas Sarkozy, devenu président du parti politique UMP, puis président de la république, et par exemple François Chérèque ou Bernard Thibault des syndicats CFDT ou CGT, ou un quelconque des grands patrons des grands groupes industriels ou financiers français.

Pour chacun d'entre eux, ils ont intégré une organisation, politique, syndicale, associative ou économique, et ils y ont peu à peu tissé des liens, noué des alliances, renversé ou participé à l'assassinat de rois, de princes ou de notables, avant enfin d'approcher des hautes sphères dirigeantes de ces organisations, puis d'en devenir le leader ou le dirigeant. Je n'ose imaginer l'énergie qu'ils ont dépensé pour atteindre le sommet et s'y maintenir, et je n'ose imaginer les moyens inavouables que tous, ils ont utilisé, moyens qui devraient normalement leur interdire l'accès à toute forme de rédemption ultérieure aux yeux de Dieu (mais non des hommes qui ont la mémoire bien courte) ... si le paradis existe.

Il n'y a pas de différence entre Nicolas Sarkozy, François Chérèque, Bernard Thibault ou Baudoin Prot (DG de Bnp Paribas) par exemple. Mais il n'y a pas non plus de différence avec le secrétaire d'un petit syndicat adhérant à une quelconque grande confédération syndicale, ni un quelconque délégué syndical d'une quelconque entreprise, ni le président d'une quelconque organisation associative (Attac ou MSF) ou d'une microscopique association de parents d'élève. Il n'y a pas de différence de quantité d'énergie utilisée pour atteindre ces postes, ni dans la façon d'utiliser les petits (ou les grands) pouvoirs qui y sont associés. 

Il y a simplement des différences de prestige associées à ces différentes responsabilités. Et il y a des différences de prestige que ces personnes peuvent atteindre en visant d'autres postes, d'autres responsabilités plus élevées. Il est clair que Nicolas Sarkozy a atteint le niveau le plus élevé qu'il peut espérer atteindre en France. Ces ambitions ultérieures ne pourront se situer qu'à un plan international, patron de l'ONU ou dirigeant planétaire. A moins comme Vladimir Poutine de continuer à gouverner la France comme premier ministre en mettant un pantin à la présidence, ou comme les dictateurs africains, de changer la constitution pour poursuivre un troisième mandat à la présidence ... Difficile choix : dictateur africain ou dictateur slave ... le choix paraît limité.

Par contre, un président(e) d'association pourra toujours viser de prendre la présidence d'une autre association fédérale plus importante, pour obtenir plus de pouvoir, plus de reconnaissance sociale ... il ou elle pourra se lancer en politique ou tenter d'entrer dans le gouvernement ... un responsable de section ou d'une fédération syndicale, comme autrefois Bernard Thibault ou François Chérèque, pourront tenter de monter dans les instances confédérales de leur organisation syndicale (ou d'une autre), s'y faire représenter puis élire à des postes de responsabilité. Et de même pour des politiques ou des cadres d'entreprise.

Mais cela éclaire d'une autre façon la promiscuité régnante dans les loges maçonniques françaises et plus largement dans la vie politique et sociale française. Si toutes ces personnes se ressemblent tellement, si elles usent des mêmes méthodes, des mêmes armes, si elles obéissent aux mêmes aspirations, il est alors normal qu'elles s'accordent une certaine reconnaissance entre elles, qu'elles s'appuient dans des loges de maçons. Il est aussi normal que le monde politique français soit un monde fermé, replié sur lui-même, réservé à ces seuls adorateurs, à ces seuls addicts du pouvoir et des honneurs.

Seule différence entre ces diverses personnes : l'organisation dans laquelle ils ont choisi, ou dans laquelle ils ont réussi, à rentrer et à progresser, en fonction de raisons plutôt liées au hasard ou aux liens de sang ... Par exemple, il était plus simple pour François Chérèque de régner à la CFDT, dont son père a été un dirigeant historique, que dans un autre syndicat ou d'une autre organisation. Mais pour nombre d'entre ces personnes, les petites associations qu'ils ont infiltré étaient souvent les seules qu'ils pouvaient rejoindre, mais avec une même soif inextingible d'honneur, de reconnaissance et de pouvoir.

... Mais bon, il existe aussi nombre de dirigeants d'associations, de responsables syndicaux, qui ont pris des responsabilités par obligation, par qu'ils étaient les seuls susceptibles d'occuper ces fonctions, par dévouement, de manière désintéressée et altruiste. Ils sont évidemment extrêmement normaux ... l'immense majorité ... Mais on connaît peut-être tous autour de nous des personnes correspondant à ma première définition.


Réflexion treize (21 septembre 2008)
Pouvoir et légitimité (re-suite) ... ou l'absence de toute véritable légitimité à tout pouvoir politique ...


Nouveau retour sur la notion de légitimité en politique ... Je ne souhaite içi m'intéresser qu'à la plus haute forme de pouvoir dans nos sociétés humaines, à savoir celle de ses principaux dirigeants politiques, empereurs, rois, président, premier ministre ou premier secrétaire ... Pourquoi cet intérêt limité ? Simplement parce que si ce que je veux démontrer est vrai, cela n'en sera que plus vrai pour toutes les autres formes de pouvoirs inférieures dans nos sociétés ...

Mon hypothèse de travail sera la suivante : toute forme de légitimité d'un pouvoir politique n'est qu'une simple apparence, qu'une mascarade à l'usage de ceux qui doivent obéissance, pour légitimer la domination d'un homme sur les autres, pour légitimer le pouvoir absolu d'un homme seul sur les autres ... Car sans cela, nos sociétés humaines seraient incontrôlables, si chacun était en mesure de se considérer aussi apte qu'un autre à diriger les autres hommes.

C'était particulièrement vrai dans le cas des états dirigés par des monarchies héréditaires (et cela l'est toujours pour les états où demeure une royauté régnante comme en Espagne, en Angleterre, en Belgique ...). La légitimité de la transmission du pouvoir, qu'il soit réel ou d'apparat, ne doit pas être interrogée dans de tels régimes, sinon comment expliquer et légitimiser cette transmission de la charge royale au fils ou à la fille premier né ? Aux temps féodaux, sous les rois carolingiens puis mérovingiens, la désignation du roi prenait la forme d'une élection, mais c'était cependant le plus souvent le fils du roi défunt qui était élu pour succéder à son père ...

La légitimité d'un roi à diriger un état repose alors sur une construction politique d'une nation, selon laquelle toute sa population (ou du moins la plus grande partie) reconnaît une certaine légitimité à la transmission héréditaire du pouvoir entre un homme et sa famille ... Et le plus incroyable, c'est que cela fonctionne encore aujourd'hui, à notre époque, comme chez les Grimaldi à Monaco, où une famille règnante peut se transmettre héréditairement le pouvoir sans que le reste du peuple ne trouve à y redire ...

Mais la légitimité de la transmission du pouvoir, et donc de ce pouvoir lui-même, n'est guère différente dans une république démocratique comme la France ou les Etats-Unis. Evidemment, on n'y trouve que rarement trace d'une transmission héréditaire du pouvoir entre un dirigeant et son fils (mis à part le cas des Bush aux Etats-Unis). Mais les procédures formelles de désignation du chef de l'état, bien que très différentes de ceux qu'elles sont dans un régime monarchique, visent le même objet : rendre légitime la désignation d'un homme au plus haut poste de pouvoir de l'état, sans que cette légitimité ne soit interrogée par l'ensemble du peuple ...

La légitimité des modes de scrutin concourant à l'élection et à la désignation d'un chef de l'état dans un pays donné n'est réellement qu'une apparence et une mascarade, pour une désignation aussi peu libre et démocratique que ne l'est un système monarchique ... Simplement, dans le cas d'une république ou d'une démocratie, le choix des candidats est réalisé dans des partis politiques où des hommes politiques choisissent un homme appelé à diriger l'état ...

De manière générale, toute forme de pouvoir n'est légitime qu'en apparence, selon une idéologie propre qui fonde une constitution, une société ... quelque soit sa nature ... Un ordinateur pourrait aussi bien tirer au sort le nom du futur chef de l'état que la légitimité d'un tel régime pourrait tout autant être interrogée, et tout autant être acceptée par les autres personnes constituant cette société. Il n'existe ainsi pas de légitimité absolue et incontestable au pouvoir d'un homme, même aux plus hauts postes de nos sociétés, même quand ils sont le fruit d'élections apparemment libres et démocratiques ... Parce que le pouvoir sur les autres est toujours usurpé ...


Saucratès


Ecrits précédents sur le même sujet :
1.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2004886-du_pouvoir__1_.html



23/11/2010
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