Critiques de notre temps

Critiques de notre temps

Du développement (6)

 

Réflexion quarante-huit (6 avril 2012)
Intermède : une nécessaire réorientation de l'aide au développement vers l'Afrique

 

Deux articles intéressants sur quelques enjeux du développement parus dans le journal Le Monde. L'un des auteurs, Serge Michailof, a travaillé à l'Agence française de développement. Il s'intéresse tout particulièrement à cette partie d'Afrique en marge du Sahel et ravagée par les guerres civiles. A l'heure où je suis en train de lire un bouquin d'économie du développement co-écrit par Esther Duflo où toutes les politiques de développement sont rapportées en terme de bénéfice de revenus futurs, une lecture moins micro-économique et un champs d'analyse beaucoup plus large me semble particulièrement agréable.

 

Ces deux articles prônent une réorientation de l'aide au développement française vers l'Afrique noire et sahélienne, tournée vers la population, vers la sécurité alimentaire, vers la sécurité politique, vers l'enseignement, vers le développement, et non plus fonction uniquement des intérêts économiques, militaires ou diplomatiques de la France. Les subventions vers l'Afrique ne doivent plus être anecdotiques dans l'aide au développement française (14 millions d'euros en moyenne par an pour les cinq pays du Sahel) mais en devenir une priorité nationale.

//www.lemonde.fr/idees/article/2012/03/29/le-nord-du-sahel-a-besoin-d-un-plan-marshall-pour-sortir-de-la-violence_1676940_3232.html

//www.lemonde.fr/idees/article/2012/04/05/les-risques-de-somalisation-du-nord-sahel-et-les-enjeux-de-l-aide-francaise_1680358_3232.html

 

 

Réflexion quarante-sept (12 décembre 2011)
La question stratégique des sols en Afrique en matière de développement ...

 

Je me ferais l'écho d'un article de presse intéressant paru dans le journal Le Monde sur la question de l'appropriation des sols en Afrique. Cet article se réfère lui-même à la dernière publication de l'Agence française de développement, le numéro 237 de la revue Afrique contemporaine, traitant des investissements agricole en Afrique.

//www.lemonde.fr/idees/article/2011/12/10/sols-d-afrique-un-actif-strategique_1617067_3232.html

//www.afd.fr/home/publications/afriquecontemporaine

 

Pour l'Agence française de développement, cette publication marque un retour sur un sujet fondamental en matière de développement : l'agriculture ... qui avait été totalement oubliée depuis de nombreuses années par cet organisme bilatéral de financement du développement, se préoccupant jusqu'à présent uniquement des thèmes de l'eau, du carbone, de l'urbanisme et tentant de se transformer en usine d'idées afin de promouvoir un directeur général voulant s'offrir une stature internationale ...

 

Cela avait notamment conduit l'AFD à passer complètement à côté des émeutes de la faim et de ne plus avoir aucune réponse à proposer sur le sujet central de la sécurité alimentaire et de l'autosuffisance alimentaire ... Mais il faut aussi rappeler que tous les organismes de développement avaient suivi la même politique en délaissant complètement le champ de l'agriculture ... dernière roue du carosse ou au minimum des discours et des préoccupations ...

 

Accessoirement, alors que les organismes de financement du développement n'accordaient plus aucune importance à l'agriculture, préférant financer l'urbanisme, les réseaux d'assainissement, les réseaux de transport publics, les réseaux d'adduction en eau, les centrales électriques, les mécanismes innovants en matière de développement propre, essayant de mettre en application et de lancer des mécanismes de financement dans le cadre des accords de Kyoto, les grandes firmes privées asiatiques, chinoises, coréennes, indiennes et autres, investissaient massivement dans les terres arables africaines, achetant et spéculant sur des millions d'hectares arrachés à leurs utilisateurs historiques qui se trouvaient spoliés et expulsés. 

 

Mais il me semble excessif de lier le développement des investissements étrangers privés à un recul de l'aide au développement en faveur de l'agriculture. Les deux phénomènes sont sans rapport. L'investissement étranger profite de l'état de corruption de l'organisation étatique, qui choisit de vendre une fraction énorme du patrimoine arable d'un état sans tenir compte de ses citoyens qui seront concernés par cette cession. C'est un déni de démocratie s'expliquant avant tout par la faiblesse de l'état de droit, par l'absence de cadre juridique encadrant la propriété privée et la reconnaissance du droit à l'occupation des terres, qui ne serait pas possible dans le même ordre d'échelle dans un pays comme la France. En même temps, une telle opération, comme celle de Daewo à Madagascar, n'est pas une novation. Par le passé, dans les années 1950, du temps de la colonisation de Madagascar par la France, la même opération avait eu lieu, au bénéfice d'une entreprise française, et avait donné naissance à une coopérative (la Satec) ... dont les colons venant de France ou de l'île de la Réunion, avaient mis en valeur les campagnes malgaches, avant d'être expulsés quelques décennies plus tard à l'indépendance.  

 

Un sujet intéressant, même si celui-ci ne doit pas être limité à la seule Afrique. L'Amérique du Sud a également été touchée par les mêmes dérives capitalistes et les mêmes déviances anti-démocratiques, qui conduisent à l'expropriation des occupants traditionnels de ces terres sans aucune concertation, sans aucune reconnaissance des droits d'occupation de ces terres. Le simple fait que ce ne soit pas des firmes chinoises, indiennes ou coréennes, n'enlève rien au problème de confiscation des terres. En Amérique du sud, des millions d'hectares ont également été confisqués par des firmes occidentales ou de riches propriétaires étrangers, tandis que les occupants traditionnels de ces terres, issus de communautés indiennes ancestrales, étaient refoulés et combattus par l'armée. Le simple fait que le crime perpétré contre les populations originaires d'Amérique du sud n'ait jamais été reconnu et condamné par la communauté internationale comme a pu l'être le crime esclavagiste à l'encontre des populations africaines noires n'aide vraisemblablement pas non plus à cette reconnaissance.

 

Tout cela pose le problème de la nécessité de la vigilance internationale vis-à-vis des accaparements de terre par les firmes internationales étrangères ou locales, dont les organismes internationaux de financement du développement constituent l'un des rouages importants si ce n'est essentiel ... Ce débat pose aussi le problème de la nécessité d'une politique de développement axé autour du soutien à la petite entreprise agricole familiale par les organismes de financement, en relais à des caisses de crédit agricole ... Il interroge aussi la nécessité de construire un aménagement du territoire et des infrastructures de transport suffisamment en bon état pour permettre la libre circulation des biens agricoles, leur entreposage et leur stockage ...

 

Enfin, cette interrogation interpelle sur la nécessité de la mise en place d'un état de droit, reconnaissant les droits inaliénables des populations concernées, quelque soit leur race, leur ethnie ou leur religion, que ce soit en Afrique ou en Amérique du Sud ou du Nord ... mais combattant également la prévarication et la corruption des élites et des possesseurs du pouvoir politique et/ou armé ...

 

 

Réflexion quarante-six (26 mai 2011)
Le reniement des promesses des états du G8 en matière d'aide au développement ...


Cinquante milliards de dollars, c'était l'engagement pris en 2005 par les états composant le G8, lors du sommet de Gleneagles, en Ecosse, d'augmentation de l'aide publique au développement (APD) versée pour la période 2004-2010. Cette promesse concernait non seulement les huit membres du groupe, mais également les pays membres de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

Six années plus tard, qu'en est-il ? A l'occasion du sommet français de Deauville du G8 (qui débute aujourd'hui 26 mai), l'association non gouvernementale Oxfam interpelle les membres du G8 sur le non-respect de leur promesse.
//www.lemonde.fr/economie/article/2011/05/24/l-inde-va-preter-5-milliards-de-dollars-a-l-afrique-sur-trois-ans_1526559_3234.html

Bataille de chiffres selon le ministre français de la coopération Henri de Raincourt, selon lequel entre 2004 et 2010, l'aide publique au développement des pays engagés par la promesse de 2005 est passée de 80 à 129 milliards de dollars, soit une progression de l'aide de 49 milliards.

Mais selon l'OCDE et Oxfam, lorsque l'on raisonne hors inflation et perte de valeur du dollar, l'aide publique au développement en dollar constant n'atteint plus que 111 milliards de dollars en 2010, soit une progression de l'aide qui n'atteint plus que 31 milliards de dollars sur la période, soit 19 milliards de dollars de moins que l'engagement de 2005.

Du côté d'Oxfam, Sébastien Fourmy «espère que les pays du G8 profiteront de l'occasion du sommet de Deauville pour tenir leurs engagements. Il faut un plan pour rattraper le retard, explique-t-il. Pour l'ONG, ce plan doit comporter deux volets, quantitatif, avec une augmentation de l'APD, et qualitatif, avec le renforcement des ressources humaines dans le secteur de la santé et le soutien à la petite agriculture. L'aide au développement ne peut pas tout, reconnaît-il, mais son rôle est essentiel.»

Je souligne : Renforcer les ressources humaines dans le secteur de la santé et soutenir la petite agriculture (vivrière) ; soit les deux principaux axes sur lesquels l'aide publique au développement devrait s'appuyer, surtout en direction de l'Afrique et des pays les plus pauvres.

Autre article publié dans Le Monde, en lien avec celui-ci, l'engagement pris par l'Inde de consentir 5 milliards de dollars de prêts à l'Afrique sur les trois prochaines années.
//www.lemonde.fr/economie/article/2011/05/24/l-inde-va-preter-5-milliards-de-dollars-a-l-afrique-sur-trois-ans_1526559_3234.html

Alors que les états membres du G8 ont de telles difficultés à respecter leurs engagements en matière de croissance de l'APD, l'Inde, grand pays émergent, se place en position de leur donner des leçons. Mais coup de publicité gratuite ou véritable engagement en matière d'aide au développement ?

Il ne faut pas confondre prêts en faveur du développement et aide publique au développement. La mise en perspective des deux chiffres doit être relativisée. 5 milliards de dollars de prêts consentis, ce n'est pas 5 milliards de dollars d'aide au développement. A titre de comparaison, l'Agence française de développement (principal acteur de l'aide au développement français) a consenti en 2010 plus de 6 milliards d'euros de prêts, certes dans le monde entier, moins d'un quart étant consenti en faveur de l'Afrique subsaharienne. Quant à la Banque mondiale, ses octrois de prêts et de subventions se chiffrent à 73 milliards de dollars environ en 2009-2010 dont 13,9 milliards de dollars pour l'Afrique subsaharienne.

A noter deux autres articles plus anciens du Monde mais extrêmement intéressants :
//www.lemonde.fr/international/article/2010/11/26/le-nombre-de-pays-tres-pauvres-a-double-en-quarante-ans_1445160_3210.html
//www.lemonde.fr/economie/chat/2011/03/22/quelles-politiques-faut-il-mener-pour-lutter-efficacement-contre-la-pauvrete_1496681_3234.html


Saucratès


Mes précédents écrits sur le Développement :
1.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2021600-du_developpement__1_.html
2.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2021616-du_developpement__2_.html
3.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2021633-du_developpement__3_.html
4.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2021649-du_developpement__4_.html
5.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2021665-du_developpement__5_.html



26/05/2011
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