Critiques de notre temps

Critiques de notre temps

Critique du développement


Critique du développement


Réflexion neuf (18 mai 2009)
La théorie du «big push» de Paul Rosenstein-Rodan


Paul Rosenstein-Rodan est né en Pologne en 1902. Il fait ses études à l'université de Vienne. Il émigre en Grande-Bretagne en 1930 puis aux États-Unis. Il travaillera d'abord à la Banque mondiale (1947-1954) puis au Massachusetts Institute of Technology (1953-1968).

La théorie du Big Push (la Grande poussée) a été exposée pour la première fois par Rosenstein-Rodan (l'inventeur du terme développement) en 1943 dans un article du Economic Journal intitulé «Problems of industrialization of Eastern and Southeastern Europe». Elle a été formalisée en 1989 par Kevin Murphy, Andrei Shleifer et Robert Vishny (article du Quarterly Journal of Economics intitulé «Income distribution, market size, and industrialization»). Ces auteurs analysent les conditions de passage d'une économie traditionnelle (de subsistence) à une économie industrielle (plus productive et donc génératrice de croissance). Rosenstein-Rodan (1943) développe l'idée que, dans certaines situations, l'industrialisation d'une économie ne peut avoir lieu que si tous les agents économiques y participent. En d'autres termes, cela signifie que quelques agents économiques isolés ne peuvent à eux seuls amorcer le processus d'industrialisation.

Rosenstein-Rodan considère ainsi que, dans certaines situations, le processus d'industrialisation d'un pays est équivalent à un jeu d'assurance: Une entreprise s'industrialise si elle anticipe que les autres vont s'industrialiser également. Une entreprise ne s'industrialise pas si elle anticipe que les autres ne vont pas non plus s'industrialiser. Pour éviter l'échec de la coordination autour du bon équilibre (celui où toutes les entreprises s'industrialisent), il faut donc que le gouvernement du pays garantisse à chaque entreprise que son industrialisation ne sera pas isolée. En d'autres termes, il doit aider à l'industrialisation simultanée des entreprises de son pays. Gawande, Li, et Sauer (2003) montrent que c'est cette Grande Poussée qui a notamment permis, à partir du milieu des années 70, à certains des Dragons et des Tigres asiatiques d'amorcer leur croissance (article du Economics Bulletin intitulé «Big Push industrialization: some empirical evidence for East Asia and Eastern Europe»).

Le mérite de Murphy, Shleifer et Vishny (1989) est d'avoir formalisé l'intuition de Rosenstein-Rodan (1943). Leur modèle repose sur un vaste ensemble d'hypothèses (souvent réalistes) décrivant les caractéristiques du secteur traditionnel et du secteur industriel.

Comme l'écrivait Pierre Jacquet dans Le Monde, la théorie de Rosenstein-Rodan se basait également sur l'hypothèse des rendements croissants, dont Adam Smith avait eu l'intuition, qui repose notamment sur les complémentarité entre secteurs différents qui renforcent la productivité de chacun d'eux. Cette hypothèse ne sera pourtant réellement intégrée à la théorie économique que dans les années 1980. Pour Roseinstein-Rodan, dès 1943, «le développement économique n'est donc pas uniquement une affaire d'éducation, de santé ou d'infrastructures, mais de tout cela conjointement, puisque ce sont les effets externes et les rendements croissants générés qui font fonctionner l'ensemble.»
http://www.pierrejacquet.net/IMG/pdf/2009-01-19_Rosenstein-Rodan.pdf

Pour conclure, cette théorie du big push offre deux pistes de réflexion à l'aide au développement : «ne pas lésiner sur les volumes, car il y a un seuil à dépasser afin d'améliorer l'efficacité de l'aide ... préférer aux priorités structurelles une approche intégrée des programmes de développement, guidée par les priorités locales conformément au principe d'appropriation de l'aide» ... et je dirais au principe d'appropriation du développement ...

Réflexion huit (24 avril 2009)
Esther Duflo ou de la place de l'expérimentation en économie du développement et plus largement dans les sciences humaines


J'avais eu une discussion avec un internaute sur la place et l'importance de l'expérimentation en sciences économiques et très particulièrement en économie du développement. Et c'est notamment l'une des principales pistes de réflexion abordées par la jeune et reconnue économiste Esther Duflo, enseignante au MIT et titulaire d'une chaire en économie du développement au Collège de France.

Pourtant, le principe même d'expérimentation des politiques publiques et des politiques de développement continue de me mettre mal à l'aise, même si peut-être ce concept est vraisemblablement appelé à être développé de plus en plus dans nos économies, occidentales ou en développement.

Est-il important de chiffrer les effets d'une politique économique ? Est-il important de chiffrer les effets de l'introduction d'une nouvelle technique agraire, médicale ou d'enseignement en contrôlant la diffusion de ces techniques sur des groupes témoins ? Et pourquoi n'y suis-je pas favorable ?

L'économie est vraisemblablement au seuil d'une nouvelle révolution. Au début du vingtième siècle, la révolution des mathématiques a été appliquée en économie (Marshall, Walras, Pareto ...). On est passé d'une économie littéraire et descriptive à ce que l'on a appelé les sciences économiques. L'idée était de faire de l'économie une science 'dure', loin des sciences humaines ... Et on a créé l'économie que l'on connaît désormais, pleine de formules mathématiques et de modèles économétriques, supposée capable de réfléter la réalité des échanges économiques et de transformer la réalité économique, en créant des produits financiers extrêmement complexes susceptibles de déstabiliser l'ensemble de l'économie, comme nous en avons fait l'amère expérience au cours de ces deux dernières années. Les sciences économiques que nous connaissons aujourd'hui ont même oublié que l'économie était composée d'hommes et de femmes, cachés derrière ces formules économiques et ces hypothèses invérifiables et inapplicables.

En ce début de vingt-et-unième siècle, on se trouve vraisemblablement aux portes de la théorisation d'une nouvelle économie, au seuil d'une nouvelle révolution, la volonté de faire de l'économie une science expérimentale, susceptible de vérifier son efficacité ... S'agit-il d'un retour en arrière vers une plus grande humanisation de l'économie, ou est-ce au contraire la poursuite de la recherche d'une plus grande scientisation de l'économie ?

Le concept même d'expérimentation me pose également problème dans ces rapports à l'état et aux politiques publiques. Je suis attaché à l'idée d'égalité de tous devant la loi et devant les politiques publiques. Pourrait-on imaginer en France ou ailleurs, que ce soit dans un pays en développement ou dans un autre pays occidental une expérimentation d'une politique publique en quelque matière que ce soit (éxonérer d'impôts ou de TVA telle population pour voir l'évolution de ces comportements d'épargne ou de consommation, réformer l'enseignement de telles ou telles classes d'élèves pour appréhender l'assimilation de la lecture ou de l'écriture ...) ? A mon sens, l'égalité de chacun d'entre nous devant la loi doit se comprendre comme un traitement parfaitement égalitaire de chacun d'entre nous, et l'idée qu'une même loi et de mêmes règles s'appliquent à chacun d'entre nous indépendamment de tout critère, en fonction de notre situation. Cela n'exclue évidemment pas l'existence de politiques discriminantes pour telle ou telle population (affirmative action), mais cela interdit en fait leur expérimentation.

Evidemment, je sais que le monde de l'enseignement public est justement en France (et vraisemblablement ailleurs) le champ de diverses mesures d'expérimentation, sur les méthodes d'enseignement ou sur les rythmes scolaires. Le législateur a tenté de laisser la possibilité d'expérimentation aux écoles et aux enseignants.

Pour en revenir au concept d'expérimentation défendu par Esther Duflo, je ne nie pas que le fait de pouvoir mesurer l'efficacité de mesures de politiques de développement ne soit pas intéressant, de même qu'il serait extrêmement intéressant de pouvoir mesurer l'efficacité de toute mesure de politique publique, ce qui permettrait alors d'en apprécier l'utilité et les effets bénéfiques et pervers. Mais le concept d'expérimentation sous-entend forcément la rupture de l'égalité de tous devant la loi, et le choix de populations différentes qui se verront proposer des techniques ou des mesures différentes, même si on en ignore les effets réels. Comme en expérimentation médicale avec les produits placebo, l'expérimentateur se trouve placé dans la situation de Dieu, qui décide de la survie d'untel ou d'untel ... Pour ces raisons d'égalitarisme, je demeure ainsi opposé à l'idée d'introduction de l'expérimentation en économie, quels que puissent être les avantages ...

Petite fiction ; si demain, l'humanité découvrait le voyage temporel, aurait-on pour autant le droit de comparer sur des lignes temporelles différentes l'efficacité des politiques économiques pour pouvoir choisir les plus efficaces ? Non ! Il y a forcément une limite entre ce que l'on peut faire et ce que l'on a le droit de faire ... L'expérimentation n'en fait pas partie pour moi.


Réflexion sept (1er mars 2009)
Esther Duflo


Jeune économiste française née le 25 octobre 1972, Esther Duflo est actuellement professeur au Massachusetts Institute of Technology, où elle détient la « chaire Abdul Latif Jameel sur la réduction de la pauvreté et l'économie du développement ». Après des études d'histoire à l'École normale supérieure, elle se tourne vers l'économie sur les conseils de Thomas Piketty. Elle réussit une maîtrise d'histoire et d'économie en 1994, puis un DEA d'économie en 1995. Elle sera assistante de recherche de Jeffrey Sachs et de Daniel Cohen.

En 1999, le département d'économie du MIT l'engage en tant que professeur assistant, pendant son son doctorat. Elle consacre sa thèse, intitulée Three Essays in Empirical Development Economics (Trois essais sur l'économie empirique du développement), à l'évaluation économique des projets de développement. Elle obtient le statut de professeur associé en 2002, à l'âge de 29 ans. Elle obtient le prix Elaine Bennett pour la recherche de l'American Economic Association en 2002, prix qui récompense une femme de moins de quarante ans dont les contributions en recherche économique sont exceptionnelles. En 2005, Le Monde et le Cercle des économistes lui décernent le prix du meilleur jeune économiste français. Elle est co-rédacteur des revues 'Review of Economics and Statistics' et 'Journal of Development Economics', et rédacteur fondateur de la revue 'American Economic Journal: Applied Economics'.

Elle a été nommée en fin d'année 2008 professeur au Collège de France où elle détient la première chaire internationale d'économie « savoirs contre pauvreté », cofinancé notamment par l'Agence française de développement. Le cours inaugural de sa leçon s'intitulait : "Expériences, sciences et lutte contre la pauvreté" (8 janvier 2009).

Son domaine de recherche est l'économie du développement, en particulier la santé, l'éducation, et l'accès au crédit. Elle s'intéresse tout particulièrement au développement d'expériences sur le terrain comme méthode d'analyse des causalités en économie, c'est-à-dire à l'évaluation scientifique, avec groupes témoins dans des expériences de terrain, comme en sciences dures, de toute politique économique ou de développement économique.

Ces cours au Collège de France sont accessibles sur internet à l'adresse suivante ...

Son champ de prédilection est ce que l'on appelle la microéconomie, de façon toutefois très divergente de ce que l'on entend normalement par microéconomie. La microéconomie est le plus souvent entendue comme une science mathématique d'agrégation des comportements rationnels des acteurs économiques, pour permettre l'élaboration d'une théorie du grand tout, de l'équilibre général walrassien. Esther Duflo ne voit pas la microéconomie comme cette science de la modélisation, mais au contraire comme une estimation sur le terrain de l'expérimentation en situation réelle de phénomènes économiques ou de comportements économiques.

L'économie, pour elle, doit être une science humaine, aussi rigoureuse et impartiale qu'une science grâce à l'expérimentation, aussi humble et condamnée à l'erreur qu'une science humaine, généreuse et engagée ...

Mais son approche expérimentale pose selon moi une problématique, de la même manière que l'expérimentation pose problème en matière de médecine, dès lors qu'elle s'applique à des individus, à des êtres humains ... et non à des choses, à des objets, comme dans d'autres sciences expérimentales (en physique ou en biologie). De quelle légitimité dispose l'expérimentateur pour décider qu'un groupe témoin recevra un placebo ou verra sa maladie se poursuivre, et qu'un autre groupe choisi aléatoirement disposera d'un traitement expérimental qui sera peut-être capable de le soigner ?

Le problème est le même, selon moi, en économie expérimentale ou en économie du développement expérimentale ... De quel droit un expérimentateur, tel Esther Duflo, peut-il décider que tel groupe aléatoirement sélectionné se verra proposer telle ou telle méthode ou expérience économique, qui lui permettra de réussir à se développer, et que tel autre groupe, par l'aléa du hasard, en sera exclu, ou se verra imposer des méthodes de culture moins intéressante, susceptibles de causer de la misère ou la mort ? Cette méthodologie en économie a le défaut de placer l'expérimentateur dans un rôle pratiquement de divinité, pour lequel celui-ci n'a aucune compétence ni aucune légitimité pour décider du devenir d'autres individus ... Cette méthode ne peut pas être appliquée dès lors qu'elle impacte les chances de survie ou de vie meilleure d'individus, que ce soit en économie ou en médecine ... La méthode d'expérimentation n'a véritablement sa place que dans les sciences portant sur des objets ou des phénomènes non vivants !

Réflexion six (3 novembre 2007)
Amir Attaran


Professeur à l'université d'Ottawa, titulaire d'une Chaire de recherche en droit, santé de la population et politique du développement mondial (mais également membre du conseil d’administration d’Africa Fighting Malaria, organisation financée par les industriels du DDT, et expert au Royal Institute for International Affairs de Londres) Amir Attaran intervient régulièrement sur les questions de financement du développement économique et sur les questions de santé publique internationale et notamment en matière de développement.
http://www.chairs.gc.ca/web/chairholders/viewprofile_f.asp?id=1779

Il est particulièrement critique vis-à-vis de la politique de la Banque Mondiale en matière de santé, notamment sur le financement de la lutte contre le paludisme, accusant début 2006 la Banque Mondiale de renier ses engagements pris en 2000 (cf. un article du Monde du 25 avril 2006).

Il s'est notamment opposé à Jeffrey Sachs au sujet des Objectifs du Millénaire pour le Développement fixés par les Nations Unies, alors que Sachs et Attaran avaient corédigé un fameux rapport pour The Lancet dans lequel étaient fait état des insuffisances de l’aide monétaire internationale allouée à la lutte contre le HIV/SIDA dans les années 1990. Ce rapport engendra justement la création du Fond Global de Lutte contre le SIDA, la Tuberculose, et la Malaria.

Il est également intervenu dans le débat des médicaments génériques pour le traitement du Sida, en tant qu'opposant à la production de médicament générique ... Selon lui, le problème est moins le prix des médicaments que l'insuffisance de l'aide au développement allouée pour combattre ces maladies en Afrique.

Il intervient par ailleurs dans d'autres débats sur la santé publique, comme le procès intenté en Angleterre contre le NERC (Conseil National de la Recherche Environnementale) pour faute lors d’une évaluation de l'eau effectuée en 1992 au Bangladesh, qui n'avait pas diagnostiquer la présence d'arsenic. « ... l’assistance technique est comparable à une entreprise guidée par les services, dans laquelle le consultant doit avoir des obligations d’offrir des services de qualité au pays pauvre qu'il s’est engagé à aider. À cet égard, l'Institut Géologique Britannique (BGS), un démembrement du NERC, peut être accusé de négligence, pour avoir ignoré l'évidence scientifique sur la toxicité de l’arsenic dans les eaux souterraines ... ». Amir Attaran « ... écarte également les craintes selon lesquelles le procès de la négligence va avoir un effet négatif sur l'aide au développement. Les volumes de l'aide sont fixés dans des accords internationaux et le fait d’avoir plus de responsabilité ne pourra mener qu’à une meilleure qualité de l'aide fournie ... »

Enfin, dans un article paru en juin 2004 dans le New York Times ('Quand la politique corrompt l’argent') écrit en partenariat avec Shirin Ebadi (avocate féministe iranienne, professeure en droit à l'université de Téhéran, militante des Droits de l’homme, Prix Nobel de la paix en 2003), ils s'attaquent une nouvelle fois à la politique de financement de la Banque Mondiale, en l'accusant de ne pas respecter les droits de l'homme et d'aider financièrement les gouvernements non démocratiques.

« ... Prêter de l’argent à des tyrans, c’est renforcer leur pouvoir, et se rendre complice des atteintes portées aux droits de leur peuple. Prêter de l’argent à des Etats structurés autour d’un parti unique revient à en asseoir l’hégémonie, et à faire fi de la dignité des personnes qui ne sont pas membres de ce parti. Prêter de l’argent à des dictateurs nantis, c’est réduire à l’esclavage leurs citoyens, qui même après le départ du dictateur, auront à rembourser intérêt et principal à la Banque ... »
http://www.amisdelaterre.org/La-Prix-Nobel-de-la-Paix-2003.html


Réflexion cinq (1er novembre 2007)
Elhanan Helpman


Notamment professeur d'Economie (Commercial International) à l'université d'Harvard aux Etats-Unis et titulaire d'une chaire en Relations Economiques Internationales à l'université de Tel-Aviv où il a fait une partie de ses études universitaires, Elhanan Helpman (né le 30 mars 1946) s'intéresse tout particulièrement aux théories de la croissance économique. Il a publié plusieurs livres à ce sujet, en collaboration pour certains avec Paul Krugman et Gene Grossman, qui ne sont pas encore traduits en français.

- Market Structure and Foreign Trade (1987, with Paul Krugman)
- Monopolistic Competition in Trade Theory (1990)
- Innovation and Growth in the Global Economy (1991, with Gene Grossman)
- Trade Policy and Market Structure (1992, with Paul Krugman)
- General Purpose Technologies and Economic Growth (1998)
- Special Interest Politics (2001, with Gene Grossman)
- Interest Groups and Trade Policy (2002, with Gene Grossman)
- The Mystery of Economic Growth (2004)

Ses thèses combinent théries du commerce international, théories politiques et théories de la croissance. Dans son dernier livre tout particulièrement (The Mystery of Economic Growth - 2004), Elhanan Helpman décrit une histoire de la recherche sur la croissance économique, en recensant et décrivant l'ensemble des apports de ses prédécesseurs et les principales critiques qui y sont apportées. Il interroge notamment l'importance accordé au progrès économique et au progrès de notre connaissance sur les causes de la croissance.

- l'importance de l'accumulation du capital physique et humain
- les effets des facteurs technologiques
- l'économie de la connaissance et l'influence de la productivité
- l'interdépendance des processus de croissance entre pays
- les inégalités et la géographie
- le rôle des institutions politiques et économiques dans l'encouragement de l'accumulation, de l'innovation et du changement

Elhanan Helpman conclut sur l'importance des institutions tels les droits de propriété, les lois, les usages et les systèmes politiques dans le processus de croissance, qu'il présente comme la clé de 'the mystery of economic growth'.


Réflexion quatre (13 mai 2007)
William Easterly et les échecs du développement


William Easterly est un autre grand spécialiste du développement. Il a travaillé pendant seize ans à la Banque Mondiale comme 'Research Economist', avant d'être encouragé à en partir après la publication d'un livre critique sur le développement. Il est actuellement 'Professor of Economics' à l'Université de New York et co-directeur du 'NYU’s Development Research Institute'.

Il a publié en 2006 "The White Man’s Burden : How the West’s Efforts to Aid the Rest Have Done So Much Ill and So Little Good" (Penguin) dont la traduction française est "Le fardeau de l'homme blanc" ainsi qu'en 2001 "The Elusive Quest for Growth : Economists Adventures and Misadventures in the Tropics (MIT), traduit en français sous le titre "Les pays pauvres sont-ils condamnés à le rester ?" (Éditions d’Organisation - 2006). Il écrit également régulièrement pour de prestigieuses revues d'économie telles 'Quarterly Journal of Economics', 'Journal of Economic Growth' et 'Journal of Development Economics'.

Dans "The elusive quest for growth", Easterly faisait un récit sans concession des échecs de la communauté du développement à aider les habitants des pays sous-développés à sortir de la pauvreté. Dans "The White Man’s Burden", Easterly va plus loin en contestant notamment l'argumentation de Sachs qui veut que les pays pauvres soient pris au piège de la pauvreté, duquel ils ne sortiront pas, à moins d’une aide étrangère à grande échelle. "The White Man’s Burden" est une attaque en règle du monde du développement auquel appartenait Easterly, de ses grandes ambitions et des ambitions personnelles de ceux qui en dirigent les grandes institutions de développement.

Pour Easterly, il y a deux scandales à la pauvreté. Le premier, c'est que tant de gens vivent de façon misérable dans un monde riche. Le second, c'est qu'après un demi-siècle d'aide au développement (et 2300 milliards de dollars dépensés), celle-ci n'ait produit que si peu de résultats. Le développement des pays pauvres ne viendra pas des habitants des pays riches, mais des pauvres eux-mêmes, qui sont les seuls à même d'identifier leurs problèmes et de mettre en oeuvre les solutions. L'aide peut être un soutien, mais l'idée que la fin de la pauvreté viendra des riches s'ils sont généreux, savants, et s'ils parviennent à sortir les pauvres de l'erreur et de la trappe dans laquelle ils sont enfermés, n'est que la reproduction de la logique colonialiste sur base de bons sentiments.

Par ailleurs, il manque aux organismes de développement la capacité d'être comptable de leurs actions auprès de ceux qu'ils sont sensés aider, les habitants des pays pauvres. Mais lorsque l'on fait preuve de générosité, auprès de qui est-on comptable ? Les institutions du développement passent leur temps à définir ce qui est bien pour les pauvres, sous forme d'objectifs ambitieux et simples à expliquer auprès des bailleurs de fonds ; le rapport entre ces objectifs et les besoins réels des pauvres est le plus souvent lointain.

Pour Easterly, il y a deux modèles dont il faudrait s'inspirer : le mécanisme de marché, pour sa capacité à mettre en oeuvre de façon décentralisée des solutions satisfaisant les besoins de consommateurs; et la démocratie, seul régime dans lequel les dirigeants sont comptables de leurs actions devant les populations. Deux logiques totalement oubliées dans le développement.

Que peut faire le mécanisme de marché? Le paradoxe, c'est qu'il est capable de fournir en une seule journée 9 millions d'exemplaires du dernier Harry Potter, mais incapable de satisfaire les besoins basiques de milliards de personnes. Easterly, à l'aide de l'exemple des "thérapies de choc" que Jeffrey Sachs avait infligé aux anciens pays du bloc de l'Est pour les faire passer à l'économie de marché, que planifier la création d'une économie de marché est impossible. Cette logique de la thérapie de choc n'était autre que le dernier avatar de la logique de la "grande poussée" qu'il suffit d'exercer sur les pays pauvres pour les sortir de la trappe à pauvreté dans laquelle ils sont enfermés.

Les démocraties, elles, sont plus à même de produire des dirigeants comptables de leurs actions devant les populations. Mais la démocratie, en soi, est un régime qui n'apparaît pas facilement. Trop souvent, les institutions d'aide ont fermé les yeux devant la corruption, les exactions effroyables de tyrans à qui l'on versait des chèques qu'il aurait été sans doute préférable, pour limiter les frais de change, de verser directement sur leurs comptes helvétiques. Easterly se livre à une critique en règle des institutions internationales, qui prêchent la responsabilité et la transparence, alors qu'elles sont irresponsables, que les résultats de leurs actions sont opaques, et que leurs plans de financement d'aide et d'ajustement structurels ne produisent aucun résultat.

Si les plans grandioses d'aide n'apportent que peu de résultats aux pauvres, ils entretiennent par contre une séquence bien rodée de l'aide au développement : des idées généreuses donnant lieu à des plans grandioses ; l'échec de ces plans ; une réaction cynique générale contre toute forme d'aide, remplacée par un paternalisme tendance "puisque les indigènes sont incapables d'apprécier nos bienfaits, nous allons devoir prendre les choses en main".

Et Easterly consacre alors toute une partie à la dimension militaire du fardeau de l'homme blanc : ces innombrables conflits et situations dans lesquelles des interventions militaires, toujours menées sous des objectifs nobles, mais dont les résultats sont le plus souvent catastrophiques. Là encore, le parallèle mené par Easterly avec l'époque coloniale est frappant. Mais à vouloir faire le bien par la force, les pays développés ont, le plus souvent, rendu pires des situations déjà mauvaises.

Pour Easterly, la solution au problème du développement passe par de grands changements d'attitude des institutions internationales, qui doivent devenir moins ambitieuses et plus orientées vers la résolution de problèmes simples.

Ce que propose Easterly est-il plausible ? Dès lors que l'aide existe, il y aura de grandes bureaucraties irresponsables pour la distribuer, qui seront victimes de toutes les pathologies des bureaucraties irresponsables. Et on peut difficilement imaginer que les gouvernements qui versent cette aide renonceront à en faire un instrument d'exercice de leur puissance.

Ce livre est en fait destiné premièrement à tous les anciens collègues d'Easterly, tous ces gens qui constituent la communauté du développement, tous ceux qui, parce qu'ils ont de grandes ambitions et de nobles intentions, sont totalement incapables de se remettre en question. C'est un livre qui veut indigner, informer, sur le second scandale du sous-développement : l'inefficacité persistante de l'aide, la tyrannie des bonnes intentions.

Easterly est le grand démystificateur d'un monde du développement qui cultive beaucoup plus souvent l'autosatisfaction que l'autocritique, et pour lequel les bons sentiments tiennent lieu de bonnes politiques.


Réflexion trois (9 mai 2007)
Jeffrey Sachs et la Fin de la Pauvreté


Jeffrey Sachs (né en novembre 1954), économiste américain, directeur et enseignant à l’Institut de la Terre de l’Université de Columbia, consultant auprès du Secrétaire Général des Nations Unies (Kofi Annan puis Ban Ki-Moon), s'est notamment intéressé au problème de la sortie des pays en développement du piège de la pauvreté. A ce titre, il a notamment été associé au projet 'Promesse du Millénaire' dont il est le Président et co-fondateur. Sachs a également été conseiller auprès du Fonds Monétaire International (IMF), à la Banque Mondiale (World Bank), à l'Organisation de Coopération et de Développement Economiques (OECD), à l’Organisation Mondiale de la Santé (WHO), et au Programme de Développement des Nations Unies (UNDP).

Dans son ouvrage 'La Fin de la Pauvreté' paru en 2005, Sachs explique que « la gouvernance Africaine est pauvre parce que l’Afrique est pauvre ». Selon lui, avec une aide massive en faveur du développement, la pauvreté peut être éradiquée d'ici à 20 ans. Il souligne l'incidence de la géographie (une grande partie de l’Afrique étant de fait enclavée) et des maladies, tout en rappelant que ces problèmes, une fois décelés, peuvent être résolus : une maladie (telle que la malaria) peut être circonscrite et une infrastructure appropriée peut être mise sur pied. Sinon, les élites politiques africaines auront toujours comme préoccupation première de faire sortir les richesses issues des ressources du pays.

Sachs s'intéresse notamment à la corrélation entre santé et développement, à la géographie économique, aux transitions vers l’économie de marché, aux économies émergentes, à la croissance et au développement économique, entre autres choses. Dans les années 1990, Sachs a corédigé avec Amir Attaran un rapport pour The Lancet dans lequel il était fait état des insuffisances de l’aide monétaire internationale allouée à la lutte contre le HIV/SIDA. Ce rapport a engendré la création du Fond Global de Lutte contre le SIDA, la Tuberculose, et la Malaria en juin 2001. Le rapport Sachs du Millenium Project (Banque Mondiale) intitulé 'Investir dans le développement' a été publié en 2005.

Sachs s'inscrit tout à fait dans l'optique du diagnostic situationnel de l'explication du sous-développement et de la pauvreté, dans le cadre d'une obligation morale s'articulant autour de l'idée d'une justice corrective. En même temps, on observe dans cet exemple que la frontière entre vision humaniste, justice distributive et justice corrective développée par Opeskin est extrêmement ténue.


Réflexion deux (8 mai 2007)
Les fondements moraux de l'aide au développement selon Opeskin


En me réfèrant toujours à la note de Jean-David Naudet (de l'Agence française de développement) sur les fondements éthiques de l'aide au développement, j'étudierais ci-dessous une première approche des principes moraux qui peuvent être associés à l'aide au développement, que ce soit celle provenant des organismes internationaux tels la World Bank, les organismes bilatéraux tels l'AFD ou la Kfw (Kreditanstalt für Wiederaufbau) enfin les organisations non gouvernementales telles Médecins du Monde ou ACF ...

Brian R. Opeskin est un juriste anglo-saxon (principaux écrits : 'The moral foundations of foreign aid' -1996- 'International Law and Australian Federalism' -1997-) qui s'est notamment intéressé aux obligations morales qui peuvent conditionner différentes formes d'aide au développement. Il en distingue quatre formes :

La première forme d'obligation morale qu'il retient est sa négation, c'est-à-dire l'absence d'obligation d'apporter une aide. Ce type de morale repose sur une vision conservatrice ou libérale de la société, selon laquelle seuls des facteurs dispositionnels expliquent les problèmes de développement. Une telle morale n'interdit l'aide au développement, mais celle-ci relève uniquement d'un principe de charité, sans aucune obligation.

La deuxième forme d'obligation morale qu'il évoque est l'obligation d'humanité, ou vision humaniste. Dans cette optique, on peut considérer que tout être humain doit disposer d'un niveau minimum de droits, de considération, de ressources et de bien-être. L'existence de situations de pauvreté absolue fonde alors le devoir et les principes d'une intervention. La finalité de l'aide au développement devient alors dans ce cadre de dépasser un niveau de privation considéré comme inacceptable. Il est nécessaire que l'objectif fixé soit atteignable et soutenable, c'est-à-dire qu'il puisse perdurer. L'aide au développement dans ce cadre peut être non transitoire, même si les finalités une fois atteinte peuvent être revues à la hausse et l'aide au développement devenir permanente. Les Objectifs du Développement pour le Millénaire s'inscrivent ainsi dans ce courant humaniste.

La troisième forme d'obligation morale retenue par Opeskin et Naudet est l'obligation de justice distributive. Cette notion est d'origine aristotélicienne ('Ethique à Nicomaque', Aristote) et s'oppose à la justice commutative. Elle prône la distribution selon le mérite (la justice commutative établit pour sa part une égalité arithmétique), faisant cas des inégalités entre les personnes. A personnes inégales, des parts inégales. La justice distributive est ainsi synonyme de justice sociale, dont le but est de réduire les inégalités injustes et d'augmenter les inégalités justes. On parle d'équité. Dans ce cadre, la justice distributive impose une obligation morale d'aide vis-à-vis de certains critères de justice, pour réduire un certain nombre d'injustices dans la distribution de ressources entre communautés, régions ou pays. Ce type de justice, selon Naudet, n'est pas associé à une finalité précise (comme dans la vision humaniste), mais conduit à la construction d'un système d'institutions justes administrées impartialement, encore appelé justice procédurale ou procédure équitable. La justice distributive conduit à des systèmes de régulation internationale à caractère permanent (un peu à l'image des organisations des Nations Unies créées au sortir de la seconde guerre mondiale).

La quatrième et dernière forme d'obligation morale retenue est l'obligation de justice corrective. Elle répond au souci de réparation de certaines injustices précisément connues. Pour Aristote, la justice corrective est celle qui corrige une injustice qui repose sur une inégalité. Autrement dit, la justice corrective est celle qui rétablit un état de justice. La justice corrective peut prendre deux formes. Le dédommagement implique l'évaluation d'un préjudice puis sa réparation sous forme d'un transfert jugé juste. Le rattrapage (c'est particulièrement ce dernier sens qui est utilisé en matière d'aide internationale) consiste à chercher à rétablir la situation du sujet de l'injustice comme si celle-ci n'avait pas eu lieu. Par conséquence, la justice corrective donne lieu à une aide temporaire. Mais la justice corrective peut également correspondre aux aides apportées par les ONG pour des évènements récurrents tels les catastrophes naturelles et peut alors prendre la forme d'une procédure assurancielle.
http://www.esc-clermont.fr/fr_htm/Justice/PELLERIN.pdf


Réflexion une (3 mai 2007)
Théorie de la pauvreté


Pauvreté et développement sont pratiquement indissociables. Le lien qui les unit dépend cependant des fondements éthiques qui conditionnent la distribution de l'aide internationale au développement. Pour cette partie, je me réfèrerais à une note de Jean-David Naudet (de l'Agence française de développement) traitant des fondements éthiques de l'aide au développement.
http://www.afd.fr/jahia/webdav/site/myjahiasite/users/administrateur/public/publications/documents-de-travail/N2-OMD.pdf

En matière de pauvreté, Naudet propose de distinguer, parmi les causes expliquant la pauvreté, les diagnostics situationnels des diagnostics dispositionnels. Pour reprendre sa citation :

« Il n'y a rien de si difficile à distinguer que les nuances qui séparent un malheur immérité d'une infortune que le vice a produite. »
(Alexis de Tocqueville)

Dire que la pauvreté est d'origine situationnelle (en le disant autrement, qu'elle dépend des situations), c'est considérer que la pauvreté échappe à la responsabilité individuelle ou collective des pauvres. La pauvreté peut dans cette situation découler de phénomènes exogènes à la communauté internationale (comme la géographie) mais elle peut également être vue comme le résultat des échanges internationaux, de l'exploitation des pays pauvres. On peut parler aussi dans ce cas de 'trappes à pauvreté', c'est-à-dire de cercles vicieux où la pauvreté s'auto-entretient.

A l'inverse, dire que la pauvreté est d'origine dispositionnelle (dit autrement, qu'elle dépend des dispositions), c'est signifier que les pauvres sont responsables de leur situation, soit individuellement, soit collectivement. Dans ce cadre, on pourrait estimer que la pauvreté s'explique par de mauvaises politiques ou de mauvaises institutions.

Cette différenciation entre facteurs situationnels et facteurs dispositionnels entraîne des obligations différentes au niveau de la communauté internationale, et peut expliquer, selon Naudet, l'évolution des politiques de développement au cours des dernières décennies. Plus la pauvreté est considérée comme étant d'origine situationnelle, et plus l'intensité du devoir d'intervention internationale en faveur du développement est élevée. Inversement, plus les causes de la pauvreté sont d'origine dispositionnelle, et moins la communauté internationale sera incitée à intervenir.

Naudet retraçait l'évolution historique de l'aide au développement en distinguant plusieurs phases affectées chacune excessivement à une décennie.
- Au cours des années 50 et 60, le discours en matière de développement étant fortement imprégné de l'idée de cercle vicieux du développement. Le diagnostic du développement reposait principalement sur des facteurs situationnels même si certaines causes dispositionnelles étant acceptées.
- Au cours de la décennie 1970, le développement a retenu une approche encore plus situationnelle que précédemment ; la cause principale du non-développement étant les rapports économiques internationaux, défavorables aux pays pauvres.
- La décennie 1980 avait vu par contre un basculement vers des facteurs dispositionnels des diagnostics sur le développement. Ce changement s'explique notamment par la révolution libérale enregistrée dans les pays développés anglo-saxons (Reagan et Thatcher), le retour en force des thèses néoclassiques et monétaristes dans les politiques économiques, et le développement réussi des 'dragons asiatiques', qui ont prouvé que des pays pouvaient sortir du sous-développement sans aide financière étrangère massive.
- La décennie 1990 a vu revenir au centre des réflexions l'objectif de lutte contre la pauvreté, avec un diagnostic qui a repris en compte des facteurs situationnels associés à des facteurs dispositionnels. Les causes principales de la pauvreté sont demeurées les mauvaises politiques, mais les pauvres eux-mêmes ont été identifiés davantage comme des victimes que comme des acteurs.
- Actuellement, avec le retour en force de notions telles les trappes à pauvreté ou des tords occasionnés aux pays pauvres par les règles du commerce international, le diagnostic qui est fait du développement devient fortement situationnel. On voit apparaître la notion selon laquelle la mauvaise gouvernance est souvent lié au manque de moyens financiers (rapport Sachs).


Réflexion zéro

Je m'étais déjà intéressé il y a quelques mois à ce que désignait le concept de 'Développement Economique' ? Cette notion d'économie est particulièrement moderne, et a commencé à être posée au cours des années 1950-1960, lors des mouvements d'indépendance qui ont suivi la seconde guerre mondiale. Elle repose sur l’hypothèse de l’existence de plusieurs groupes de pays dans le monde, certains étant considérés (ou présentés) comme des modèles en matière économique, d’autres étant considérés comme étant en retard en terme économique. Les uns, les pays occidentaux, étant appelés les pays développés ou industrialisés, et les autres, les pays du Tiers Monde, étant nommés soit pays en voie de développement (ou pays en développement ou pays émergents) soit pays sous développés.

Le concept de développement traduit ainsi ce phénomène de rattrapage en terme économique mais également humain, c’est-à-dire en terme d’industrialisation, de niveau de vie et aujourd’hui en terme de qualité de vie et d’accès aux biens publics que sont la santé, l’eau potable, l’électricité voire les infrastructures publiques.

Voilà ce que recouvre le vocable de développement. Mais cela signifie aussi que les pays aujourd’hui dits développés étaient il y a deux siècles à un stade non industrialisé, et qu'ils ont enregistré au cours du dix-neuvième siècle et du vingtième siècle un processus de développement économique, technique, démographique, social et structurel.

Le développement devait ainsi être un processus itératif vertueux, permettant aux pays restants du Tiers-monde de rattraper de manière accélérée le niveau d’industrialisation et de vie des pays dits développés. Le développement devait aussi être un processus accéléré, car il n’était pas envisagé que les pays en retard de développement mettent deux siècles pour rattraper le niveau actuel des pays occidentaux (sinon le rattrapage n’aurait jamais lieu à moins que les pays occidentaux cessent d’évoluer). En investissant dans les techniques industrielles les plus modernes, les pays en développement étaient censés éviter de passer par toutes les phases techniques intermédiaires par lesquelles les pays occidentaux étaient passés au cours des deux siècles précédents.

Même si on peut être réservé sur ce concept de développement et sur la notion de modèle auquel on compare les pays occidentaux, on ne peut pas nier la différence de qualité de vie existant entre ces deux grands groupes de pays, d’un côté les pays industrialisés et de l’autre les pays en développement. Même les personnes les plus critiques ne pourront nier les problèmes de migration qui se posent à l’Europe du fait de son haut niveau de vie, de ses prestations sociales généreuses et de son système de soins accessible.

Un demi siècle après les premières indépendances et la décolonisation, il faut bien reconnaître que l’économie du développement n’a pas permis de rattrapage économique pour la plupart des pays africains, mais également asiatiques ou sud-américains. Que ce soit au Mexique, au Brésil, au Sénégal, à Madagascar, en Afghanistan ou au Bangladesh, la misère est le lot de la majorité et l’émigration vers les pays riches un rêve virant souvent au cauchemar.

Comment cela peut-il s'expliquer ? Quelles théories tentent d'y apporter des réponses ? Ce sont les éléments de réponse ou de questionnement que j'essaierai d'apporter dans les prochaines paragraphes, entre Opeskin, Sachs et Easterly, parmi d'autres ...


Saucratès


05/12/2010
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