Critiques de notre temps

Critiques de notre temps

Critique de l'économie (2)

 

Réflexion neuf (10 janvier 2013)
De la nécessité d'une refondation de mes réflexions sur les sciences économiques


La crise financière que le monde traverse depuis l'été 2007, qui a donné naissance à ce que l'on a appelé la plus grande crise financière depuis les années 1930, et qui rappelle tant la longue récession qui s'est étendue de 1873 à 1896, rend nécessaire de repenser les soubassements des sciences économiques, telles qu'elles sont pratiquées et enseignées. Des réflexions en ce sens se déroulent au sein des plus grandes écoles d'économie de la planète.

 

La crise financière a permis de démontrer l'erreur des concepts fondamentaux de l'économie théorique. Les marchés ne sont pas omnipotents et omniscients ; ils ne permettent pas un fonctionnement optimal de l'économie et ne se régulent pas automatiquement. Evidemment, je ne pense pas que les théoriciens du libéralisme vont se rendre très facilement ; je pense même qu'ils ne sont pas étrangers aux problèmes actuels de la crise de l'endettement public. Comment fragiliser suffisamment la branche sur laquelle on est tous assis tout en évitant de la scier totalement ?

 

Est-il nécessaire de démontrer les erreurs, les fautes, les insuffisances des concepts fondamentaux de la théorie libérale en économie ? Il sera par contre plus difficile de préciser et de démontrer ce qui doit être réformé dans ses concepts. La crise financière a permis de démontrer que les sciences économiques ont été incapables d'empêcher la création puis l'explosion de bulles spéculatives et de bulles d'endettement, puis la propagation de leurs effets sur l'ensemble du système bancaire international puis à l'ensemble de l'économie. Le système bancaire international a été à deux doigt de s'effondrer comme un chateau de cartes (et encore maintenant il n'est toujours pas totalement sorti d'affaire) comme dans les années 1930 et comme tout au long des crises du dix-neuvième siècle. Malgré tous les travaux économiques et toutes les publications sur les crises systémiques, le système bancaire mondial a failli être emporté par une telle crise !

 

Au plus fort de cette crise, dans les années 2007-2009, on n'entendait plus du tout parler des économistes ultra-libéraux, on ne les entendait plus nous vanter les mérites des marchés, et on ne les entendait plus combattre l'interventionnisme des états. Bien au contraire, toutes les voix qui s'élevaient prônaient le sauvetage par les états des systèmes financiers et le lancement de plans massifs de relance de l'activité économique. Mais peut-être n'était-ce qu'un effet du prisme médiatique. Les médias n'offraient peut-être plus à ce moment-là de visibilité à des théories manifestement plus d'actualité, et préféraient relayer les positions des économistes prônant un rôle accru de l'état dans l'économie par temps de crise ?

 

Les ultra-libéraux sont revenus en force lors de l'éclatement de ce qu'il faut appeler la crise de la dette publique, à partir de 2010-2011, dans le sillage des annonces successives de dégradation des cotes des états par les agences occidentales (anglo-saxonnes) de notation (Standard & Poor's, Moody's et Fitch). Muets pendant toute la crise, parce qu'ils n'avaient aucune solution concrète à proposer à l'époque, les économistes ultralibéraux sont redevenus donneurs de leçons, pourfendeurs de l'interventionnisme des états, critiques vis-à-vis des politiques publiques. Les états doivent restreindre leurs dépenses, limiter leurs déficits, baisser les impôts pour permettre à l'économie de se relancer. Et c'est un débat qui prend de plus en plus d'ampleur actuellement, qui conduit à l'adoption d'une règle d'or sur les déficits publics en Europe, au maintien de baisse d'impôts massives pour les riches ménages américains. Les ultralibéraux sont-ils directement responsables de la contamination de la crise financière à l'endettement public ? Ou bien est-ce le système financier mondial lui-même qui, après avoir failli s'auto-dévorer, s'est attaqué à la main même de celui qui avait tenté de le secourir pendant la crise, qui s'est attaqué au compartiment gigantesque de la dette des états sur lequel il s'est rendu compte qu'il y avait de gigantesques gains à réaliser ?

 

Il y a ainsi à mon sens aujourd'hui un débat à tenir sur l'idée de réformer les concepts de base même des sciences économiques, et notamment sur les concepts des théories libérales ou néo-classiques. Il y a à mon avis un conflit en cours entre d'une part les économistes interventionnistes (ou néo-keynésiens) qui estiment que la crise financière de 2007 impose une réforme des concepts libéraux du marché, et d'autre part les économistes libéraux (néo-classiques) ou ultralibéraux qui estiment que la crise de la dette publique démontre l'impuissance des états et impose une diminution de leur poids et la poursuite de la marchéisation de l'économie et des activités régaliennes des états !

 

 

Réflexion huit (10 mai 2012)
Rationalité de la science économique et gratuité des ressources naturelles ...


La science économique est-elle rationnelle ? Cela pourrait sembler être une question totalement déplacée, vu qu'elle se targue justement d'être totalement scientifique et de reposer sur des comportements totalement rationnels des agents économiques, analysés comme des membres de l'espèce homo oeconomicus !

 

Et pourtant, est-ce si certain ? Derrière la rectitude des hypothèses de ses théoriciens sur le comportement des agents économiques et sur le fonctionnement de leurs modèles, n'y a-t-il pas des soubassements de leur analyse totalement déconnectés de la réalité, de la logique, de l'éthique, qui retire à la science économique toute rationalité ?

 

De tels concepts totalement fallacieux et déconnectés de la réalité, de la logique ou de l'éthique, nous en connaissons vraisemblablement de nombreux. Les fonctionnements pervers actuels des marchés financiers et du capitalisme financier en sont notamment un exemple criant. Ces fonctionnements pervers sont évidemment observés dans notre réalité et ils reposent tristement sur un fonctionnement que l'on peut analyser comme rationnel même s'il n'est pas éthique. 

 

Il n'en va pas de même selon moi du problème de l'épuisement des ressources naturelles, des minerais, des hydrocarbures et autres matières premières indispensables au fonctionnement de l'économie capitaliste, de la société occidentale de consommation en voie de s'exporter dans le monde entier.

 

J'ai trouvé dans le blog Oil Man (http://petrole.blog.lemonde.fr/) une citation de l'économiste libéral du dix-neuvième siècle Jean-Baptiste Say, l'un des thérociens de l'école classique sur les fondements de laquelle repose toute l'économie libérale néo-classique actuelle. Cette citation avait été initialement indiquée par les auteurs Bihouix et de Guillebon, qui, selon eux, «signe le péché originel de la science économique, telle qu'elle est toujours pratiquée et enseignée aujourd'hui» :

«Les ressources naturelles sont inépuisables, car sans cela nous ne les obtiendrions pas gratuitement. Ne pouvant être ni multipliées, ni épuisées, elles ne sont pas l'objet des sciences économiques» - (Jean-Baptiste Say, Cours d'économie politique pratique, 1815).

http://petrole.blog.lemonde.fr/2012/05/08/rarefaction-des-metaux-demain-le-peak-all/

Il s'agit d'un problème majeur de l'économie capitaliste et de toute l'économie de l'environnement moderne : l'absence de valeur reconnue aux ressources naturelles puisées dans l'environnement. A ce sujet, on note l'influence primordiale des concepts théoriques de la science économique sur la réalité, et non l'inverse (à savoir une influence de la réalité sur les concepts économiques) puisque c'est bien la gratuité théorique des ressources naturelles dans la théorie économique qui fonde leur gratuité actuelle dans le monde capitaliste, ce qui est une aberration absolue.

 

En effet, nous partageons les ressources naturelles avec les générations qui nous ont précédé et surtout celles qui vont nous succéder, c'est-à-dire celles de nos enfants, de nos petits-enfants et des suivants. Le fait de pouvoir ponctionner dans le sous-sol l'ensemble des ressources naturelles qui nous sont aujourd'hui utiles, qu'il s'agisse du pétrole, du charbon, du gaz, des métaux, des terres rares ou de l'uranium de manière totalement gratuite, si ce n'est les coûts d'extraction, les prive de cette même possibilité.

 

Cela n'a effectivement aucun sens, à moins que l'on estime théoriquement que leurs gisements sont infinis, que ces ressources naturelles sont inépuisables. Dans ce cas-là, on ne priverait en effet en aucun cas les générations suivantes de la disponibilité de ces ressources, et on pourrait à ce moment-là les ponctionner sans état d'âme. Mais à partir du moment où l'on sait que ces ressources naturelles ne sont pas inépuisables, et que l'on arrivera très rapidement à leur épuisement, on prive à ce moment-là les prochaines générations de ces ressources et on devrait alors les économiser, restreindre notre consommation, changer notre modèle économique et le type de biens que nous fabriquons, et surtout reconnaitre que ces ressources naturelles ne sont pas gratuites mais payantes, au bénéfice des générations qui vont nous suivre.

 

Les états qui disposent de ces gisements de ressources naturelles n'ont pas uniquement le droit de prélever des taxes et des impôts sur les activités d'extraction sur leurs terres ; elles ont le droit de réglementer ces activités, de demander un prix convenable pour les ressources extraites, quelles qu'elles soient, au bénéfice des générations à venir ou pour les générations actuelles, et de nationaliser les compagnies étrangères ou privées qui exploitent les gisements sur leur territoire.

 

Au-delà de cela, il faudrait surtout que la science économique intègre le caractère non inépuisable des ressources naturelles et inventent une théorie et des mécanismes de rémunération de ces ressources, afin de guider le monde vers l'épuisement des ressources naturelles. La science économique se doit également d'intégrer le coût des émissions de carbone et de la dette climatique et environnementale née des émissions de gaz à effet de serre, et de l'indemnisation des générations à venir pour la dégradation de leur lieu de vie et de leur qualité de vie.



Saucratès

 

 

Note précédente :

1.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2009988-critique_de_l_economie_1.html



09/05/2012
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