Critiques de notre temps

Critiques de notre temps

Mouvements sociaux


Mouvements sociaux (2)

 

Réflexion douze (16 août 2011)
Réactions politiques aux émeutes urbaines anglaises ...


Quatre nuits d'émeutes ont touché l'Angleterre la semaine dernière. A chaque fois, ces images de nuits enflammées surprennent. Les états concernés semblent dépassés par la violence de ces bandes de jeunes qui se déchaînent contre la société, contre l'autorité. Les états avoisinant se déclarent surpris qu'une société aussi moderne, aussi développée, puisse craquer de cette manière. Devant les images des émeutes londonniennes, on ne peut oublier les nuits d'émeutes que la France a connu ces dernières années, dans les banlieues parisiennes ou dans l'Est, parce qu'un ou des  jeunes avaient été tués par des forces de l'ordre, avaient été pourchassés par des policiers et qu'ils avaient trouvé la mort stupidement, ou s'étaient fait abattre alors qu'ils venaient de braquer un casino. Souvent, les états voisins expliquent doctement que de tels faits ne pourraient plus se produire chez eux, qu'ils se sont attaqués aux racines des problèmes des jeunes ... Leur étonnement n'a d'égal que l'étonnement de leurs voisins lorsque ces mêmes évènements explosent chez eux ... De telles émeutes se sont en effet produites aux Etats-Unis, en Grèce, en Italie, en France et en Angleterre, et certainement dans de nombreux autres états occidentaux ... Et elles continueront de se produire parfois pour un rien, parce qu'un jeune d'une communauté sensible sera passé à tabac ou abattu par la police, ou simplement parce qu'un excité l'aura décidé.

 

La réponse sécuritaire anglaise du gouvernement conservateur de David Cameron fera certainement date. Près de 3.000 émeutiers britanniques devraient être jugés une semaine seulement après ces faits, et les peines d'emprisonnement prononcées laisseront certainement des traces dans les esprits. De même, la condamnation pour recel de tous ceux qui acceptent de recevoir les biens volés pendant ces soirs d'émeutes serviront également de leçons. Enfin, les anglais ne badinent pas avec la loi et les prestations sociales. Les parents d'émeutiers verront leurs allocations sociales coupées en cas de condamnation d'un de leurs enfants et ils se verront également expulser de leurs logements sociaux au cas où ils en bénéficieraient ...

http://www.lemonde.fr/europe/article/2011/08/14/emeutes-en-grande-bretagne-tolerance-zero-contre-solutions-simplistes_1559582_3214.html

http://www.lemonde.fr/europe/article/2011/08/16/quatre-ans-de-prison-pour-deux-britanniques-qui-ont-incite-aux-emeutes-sur-facebook_1560307_3214.html

 

Faire payer à toute une famille le délit d'un de ses membres peut paraître injuste. Mais en même temps, comment combattre ces actes criminels d'incivilité lorsque les parents les excusent, les autorisent, les trouvent normaux, naturels, voire les encouragent ? Serait-il souhaitable que la France applique le même genre de sanctions et de politique sécuritaire dans le cas d'émeutes urbaines comparables ? Je le pense, même par un gouvernement de gauche. Car il s'agit bien d'un effondrement des valeurs morales au sein de nos sociétés occidentales modernes, traversées de courants communautaires qui ne se reconnaissent pas toujours dans nos institutions et nos valeurs, que nos sociétés de chômage de masse ne réussissent pas à intégrer socialement ...

http://www.lemonde.fr/europe/article/2011/08/15/david-cameron-veut-s-attaquer-a-l-effondrement-moral-de-la-societe-britannique_1559865_3214.html

 

La réponse anglaise est celle du tout-sécuritaire, de la tolérance zéro, de la responsabilité présumément automatique des parents ... C'est aussi le rejet de toute responsabilité sociale de la 'misère', de l'explication par le milieu social ! Comme si ce ne serait qu'un hasard que ces explosions de violence puissent avoir lieu à Clichy-sous-bois en région parisienne et non à Neuilly-sur-Seine ou dans le sélect Seizième arrondissement parisien ... Toute la question est de savoir quelle place faudrait-il accorder à l'excuse sociale et à la réponse ultra-sécuritaire ... Et il est certainement beaucoup plus pédagogique de jouer la carte ultra-sécuritaire de la responsabilité parentale, que d'excuser tous les débordements sociaux en expliquant que ce n'est pas la faute des gentils émeutiers poussés à la misère. 

http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/08/16/emeutes-de-gauche-a-droite-denoncer-avant-d-expliquer_1559915_3232.html

http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/08/16/emeutes-une-crise-d-un-nouveau-genre_1559936_3232.html

http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/08/16/emeutes-les-jeunes-ne-doivent-pas-etre-les-grands-oublies-des-projets-politiques_1559943_3232.html 

http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/08/16/une-revolte-mondiale-de-la-jeunesse_1560105_3232.html

http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/08/12/en-grande-bretagne-les-emeutes-urbaines-decoulent-des-inegalites-sociales_1558929_3232.html

 

 

Réflexion onze (3 novembre 2010)
Les bénéfices choquants de Molex ...


On se rappelle de l'affaire des Molex. Cette entreprise française, spécialisée dans la connectique automobile, fermée par ses actionnaires américains et dont les salariés licenciés s'étaient révoltés en 2009 et avaient même séquestré leurs dirigeants (ce qui m'avait semblé illégitime et condamnable). L'entreprise avait été fermée en octobre 2009 après onze mois de lutte de ses 280 salariés. Cette même entreprise avait également bénéficié fin mars 2010 du soutien du ministre du travail, Eric Woerth, pour licencier ses représentants syndicaux, malgré un avis contraire de l'inspection du travail du Tarn. A l'époque, un conseiller officieux d'Eric Woerth au ministère du travail, M. de Sérigny, travaillait également pour la société en investissement financier Atéma, qui collaborait avec les avocats (le cabinet d'avocats Mayer Brown) défendant les intérêts des dirigeants de la direction de Molex (les intéressés nient évidemment toute intervention).
http://www.ladepeche.fr/article/2010/08/21/892310-Affaire-Woerth-et-maintenant-Molex.html

Mais depuis septembre 2010, l'Etat français change désormais de ton à l'encontre du groupe américain Molex, suite au refus de ce dernier de financer le plan social de sa filiale française. Le gouvernement s'est d'abord associé à une plainte des salariés contre le groupe américain. Il appelle désormais les groupes automobiles français Renault et PSA de boycotter l'équipementier automobile américain. Ce dernier vient en effet de publier mercredi 27 octobre un bénéfice record au troisième trimestre 2010, et de proposer d'augmenter de 14,8% le dividende versé à ses actionnaires. Le groupe a réalisé un chiffre d'affaires de 897,7 millions de dollars, en hausse de 33% sur un an, et un bénéfice net de 75,1 millions de dollars contre une perte de 15,1 millions un an plus tôt.

«Les revenus et le bénéfice par action ont atteint un record absolu en septembre, les recettes étant même supérieures à ce qu'elles étaient avant la récession», a commenté le PDG Martin Slark dans un communiqué. «Compte tenu de ces revenus et profits record, couplés à une organisation plus efficace qui résulte de la restructuration, nous augmentons le dividende de 14,8 %, avec date d'effet au moment de son paiement en janvier.»

Evidemment, cette situation n'est pas très exceptionnelle. Des entreprises qui licencient parce qu'elles font des pertes une année et redeviennent très rentables dès l'année suivante ; cela se voit régulièrement. Parfois, ces entreprises ne font même pas de pertes, mais veulent simplement accroître leur rentabilité en fermant leurs sites et en recourant à de la sous-traitance.

Mais ces très bons résultats interviennent alors que Molex a annoncé récemment qu'en réponse aux plaintes déposées aux prud'hommes par des salariés, il allait cesser de financer le plan social de son usine de Haute-Garonne pour en laisser la charge financière à la collectivité. En septembre 2009, Molex avait accepté de verser 5,4 millions d'euros pour la réindustrialisation du site, l'Etat français garantissant 6,6 millions de prêts.

«Le ministre Estrosi a une nouvelle fois adopté une approche très agressive concernant notre situation en France», a répondu au cours de la semaine dernière la vice-présidente de Molex, Ana Rodriguez, en charge des ressources humaines, dans un entretien téléphonique à l'AFP. «Nous sommes très surpris que le gouvernement français interfère dans nos relations commerciales», s'est-elle étonné. «Il y a eu beaucoup de confusion entre les résultats que nous avons publiés pour l'ensemble du groupe et ce qui se passe en France». Selon Ana Rodriguez, la situation financière du groupe Molex dans son ensemble s'améliore grâce à la reprise économique en Asie et grâce au plan d'économies qu'il a mis en place et qui s'est traduit par des fermetures d'usines. Concernant la situation de l'usine Molex de Villemur-sur-Tarn (Haute-Garonne), fermée en 2009, «elle n'était pas rentable», a fait valoir la dirigeante du groupe américain. «Nous avons payé plus de 90 % de nos obligations, nous sommes toujours prêts à négocier (...) mais nous voulons parler avec des gens raisonnables qui respectent leurs engagements et ce n'est pas le cas des employés de Villemur», a-t-elle encore affirmé.
http://www.lemonde.fr/economie/article/2010/10/27/l-etat-demande-a-renault-et-psa-de-boycotter-molex-apres-l-annonce-de-benefices-records_1431717_3234.html

Effectivement, des salariés qui osent contester leur licenciement auprès du tribunal des prud'hommes et qui pourraient être réintégrés, avec paiements des salaires depuis leur licenciement, dès lors que la procédure de leur licenciement serait considérée comme illégale par un tribunal administratif ... c'est vraiment pas raisonnable pour des américains qui sont habitués à pouvoir licencier leurs salariés du jour au lendemain ....

Les salariés de Molex continuaient pourtant encore récemment d'être poursuivis par la justice française (et donc pas le parquet français) pour les actes commis pendant la période de grève ...

Peut-être que si le gouvernement cessait d'appuyer systématiquement le patronat et les riches en France, pour défendre l'intérêt général et la justice, il ne se retrouverait pas alors à défendre des patrons voyous et des voleurs.

Bon maintenant, il serait tout simplement normal que les constructeurs français Renault et PSA cessent de se fournir auprès de Molex et de ses usines étrangères (tout comme auprès de tout autre équipementier étranger), et que ceux-ci se fournissent de manière préférentielle auprès d'équipementiers installés en France, pour faire tourner les entreprises françaises et faire travailler les salariés français des ces entreprises. Mais cela constitue peut-être le retour du protectionnisme des années 1930 ...
 
 
Réflexion dix (26 janvier 2010)
«Personne n'est en fin de droit en France», selon le secrétaire d'Etat à l'Emploi Laurent Wauquiez ...

C'est une bonne nouvelle qui va certainement réjouir tous les chômeurs et ceux qui ne savent pas de quoi seront fait les prochains jours ... Problème évidemment, Laurent Wauquiez arrive à dire une chose («personne n'est en fin de droit en France») et son contraire quelques phrases plus loin («cette situation concerne chaque année, et notamment en période de croissance, à peu près 750.000 à 800.000 demandeurs d'emploi qui arrivent à la fin de leurs droits») ... Alors y a-t-il ou non des chômeurs en fin de droits (ou de leurs droits) en France ?
http://www.boursorama.com/infos/actualites/detail_actu_marches.phtml?num=185ef2743cff7f81e76c22fa408452c2

Etre en fin de droit, c'est devoir faire vivre sa famille, ses enfants avec le montant du RMI, du RSA (revenu de solidarité active) ou de l'ASS (allocation spécifique de solidarité) ... c'est-à-dire à peine quelqes centaines d'euros mensuellement ... Des personnes comme Laurent Wauquiez, comme Nicolas Sarkozy, qui bénéficient depuis des années de rémunérations d'homme politique, ministre, secrétaire d'état, ou parlementaire colossales, dépassant largement 5.000 euros, voyageant en grand luxe aux frais de la princesse, à la charge de l'état, donc des finances publiques, peuvent-ils comprendre ce que cela veut dire de faire manger, de loger, d'habiller, de faire rêver une famille, des enfants, avec quelques centaines d'euros par mois ?

Ce genre de commentaire d'un membre du gouvernement est inacceptable, intolérable, insupportable. Ces gens qui sont censés nous représenter, nous français, ne savent même plus ce qu'est la vie, ce que signifie être français.

Il y a moins d'un an, c'était le printemps puis l'été des révoltes salariales. La cécité de ce gouvernement libéral aux amitiés dévoyées ne devrait plus nous représenter. Que donnera sur le terrain social et contestataire l'année 2010. Les mouvements sociaux demanderont-ils enfin le départ de Nicolas Sarkozy et de sa clique d'apparatchiks ?...

 

 

Réflexion neuf (14 août 2009)
L'affaire Molex ...


Après les Continental de Clairoix (Oise), les New Fabris de Châtellerault (Vienne), les Nortel de Châteaufort, les Michelin de Montceau-les-Mines, les Sony de Pontonx-sur-l'Adour (Landes) , les Caterpillar de Grenoble et Echirolles (Isère), les Pinault Printemps Redoute de Paris, les Scapa France de Bellegarde (Rhône), les Aubades de Saint-Savin (Vienne), les Faurecia de Brières-les-Scellés (Essonne), les Faure et Machet (FM Logistic) de Woippy (Moselle), les agents de la Caisse de Sécurité Sociale (et de la CAF) de la Réunion, les Crédit Agricole de la Réunion, les 3M Santé de Pithiviers (Loiret), c'est au tour des salariés de Molex (de Villemur-sur-Tarn en Haute-Garonne), une entreprise contrôlée par un groupe américain, d'être au centre de l'actualité sociale et de représenter le fer de lance de la lutte contre le capitalisme.
http://www.urcf.net/uniondesrevolutionnairescommunistesdefrance_luttes_frontdesluttesavril2009.htm

Mais on se trouve en plein imbroglio. Des salariés qui menaient jusqu'à présent un mouvement de grève dur, qui votent la reprise du travail et se plaignent de ne pas pouvoir reprendre le travail ... La justice française qui annule un plan de licenciement et oblige l'entreprise à reprendre les procédures de consultation des instances représentatives du personnel ... D'autres jugements qui refusent à l'entreprise le droit de fermer temporairement leurs locaux ...
http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/08/12/molex-l-affrontement-social-tourne-a-l-imbroglio-juridique_1227855_3234.html

Ces conflits sociaux témoignent avant tout selon moi d'une hystérie croissante des relations sociales entre salariés, organisations syndicales et patronat, dans ses mouvements sociaux, qui traduisent à la fois une absence de confiance des salariés dans la justice sociale française, et une manipulation des esprits et des salariés par des leaders syndicaux ou politiques incompétents ou dépassés. Lorsque l'entreprise cesse d'être un lieu de dialogue et de cheminement ensemble, pour devenir un lieu d'affrontement entre des salariés et une direction, la fin est de toute façon l'unique possibilité qui demeure à une entreprise.

J'estime personnellement que les organisations syndicales qui poussent les salariés dans de telles voies, dans la contestation hystérique, dans la violence symbolique ou physique (par les coups ou par des jets d'oeufs), dans la séquestration, dans les agressions verbales, dans les actes terroristes ou de guerre, sont dangereuses et ne regardent pas l'intérêt des salariés mais ne s'intéressent qu'à leur propre médiatisation, à leur petite heure de gloire.

L'imbroglio juridique autour des Molex me paraît risible. Comment les mêmes salariés grévistes qui interdisaient l'accès de leur usine peuvent-ils aujourd'hui se plaindre de ne pas pouvoir travailler, simplement parce qu'ils ont voté la reprise du travail ? Ce serait maintenant eux qui voudraient passer pour des pauvres salariés victimes d'un patron indélicat. J'ai vu le même genre de comportement en Guadeloupe où les salariés arguaient après la fin d'une grève qui leur étaient impossible de travailler puisque celle-ci était fermée, ou bien lors des grèves des enseignants de la fonction publique où ces derniers estimaient ne pas être en grève (et devoir donc être rémunérés) puisque leurs établissements (collèges ou lycées) étaient fermés en raison de l'impossibilité de recevoir les élèves, décision elle-même prise en raison du fait de l'absence des enseignants ...

Du côté des salariés et des syndicats, je ressens une absence de respect à l'égard des dirigeants de ces usines, de ces entreprises, de l'activité même de l'entreprise ... un lieu de création de richesse, de valeurs, de liens sociaux ... Comment reprendre une activité commune après de tels conflits ? Comment accepter de continuer à prendre des risques capitalistiques pour les employeurs face à une telle rupture, de telles agressions, de tels agissements ? Dans le cas présent, pourquoi cette incapacité à maintenir un dialogue social cordial puisque de toute façon les erreurs procédurales de la direction allaient conduire fatalement à l'annulation de la procédure de plan social engagée ? Je ne comprends pas l'exaspération observée dans le dialogue social dans notre société. Je ne comprends pas non plus cette méfiance dans le droit et la justice française de la part des organisations syndicales. C'est loin d'être sain pour la France et pour le dialogue social.

Evidemment, on me dira que de très nombreux dirigeants ne considèrent pas forcément leur entreprise comme un lieu de création de valeurs ou de liens sociaux, un lieu de dialogue et de cheminement ensemble, et nombre d'entre eux ne témoignent d'un grand respect pour les représentants de leurs salariés ou pour leurs salariés eux-mêmes. J'ai souvent entendu cela de la bouche d'un certain nombre de salariés ou de représentants syndicaux, notamment pour expliquer le déclenchement de mouvements de grêve. Mais lance-t-on un mouvement de grève en expliquant que le patron en face est ouvert au dialogue et qu'il paye très bien ses salariés ? Evidemment non !

Comme dans toute organisation sociale, il y a dans l'entreprise une attente de plus en plus forte pour une participation à la gestion de l'entreprise et une hypersensibilité à toute véléité autoritaire au fur et à mesure que les relations sociales y sont moins hiérarchiques, moins inégalitaires que par le passé. Au fur et à mesure que les inégalités décroissent, la sensibilité à celles qui demeurent (comme la capacité de prendre seul une décision qui est le propre de la direction d'une entreprise) s'accroît pour sembler devenir insupportable. La même règle qui a été observée dans la société dans son ensemble s'observe également au sein des entreprises, notamment dans celles qui sont les plus avancées socialement ...


Réflexion huit (31 juillet 2009)
Les indemnités de licenciement sont-elles suffisantes ... ou la leçon des mouvements de contestation salariale contre les fermetures d'usines en France ...


Je m'étais exprimé un peu trop vite sur Ségolène Royal il y a une semaine. La présidente du conseil régional de Poitou-Charente apporte donc également son soutien aux salariés de New Fabris qui menacent de faire exploser leur usine. Une nouvelle fois, une prise de position médiatique pour continuer d'exister ... et peut-être aussi pour sortir cette affaire de l'oubli et du silence ...
http://www.lepost.fr/article/2009/07/30/1640459_news-fabris-segolene-royal-demande-un-geste-supplementaire-a-christian-estrosi.html

Mais il me semble que le véritable objet de ce débat, porté avant cette affaire, par les salariés de Continental ou par les salariés de Nortel, c'est le montant des indemnités de licenciement. On peut être, comme moi, opposé aux moyens de menaces terroristes utilisés par ces salariés en grève, estimer que la séquestration de dirigeants est un crime, être opposé à la violence physique, estimer que les salariés qui recourent à ce genre d'action (et se vantent de la peur lue dans le regard de leurs dirigeants après des années soit-disant de mépris ...) ... Mais on peut également estimer que les indemnités de licenciement, les procédures de licenciement, les coûts liés à des licenciements pour cause économique sont absolument insuffisants, et qu'ils mériteraient d'être fortement revalorisés.

J'attendrais d'un dirigeant socialiste que celui-ci (ou celle-ci) prenne la mesure de ce problème et qu'il (ou elle) propose une telle revalorisation des indemnités de licenciement, que ce soit pour des motifs économiques ou pour des motifs personnels (faute) ... Or, jusqu'à présent, aucune mesure de la sorte n'a été proposée par Ségolène Royal (sauf erreur de ma part ...) ... Pourquoi pas envisager une indemnité minimum de licenciement dans le cadre d'une procédure collective de 30.000 euros par salarié ... Le montant en lui-même ne serait pas choquant.

Les montants actuellement prévus par la loi sont effectivement très faibles. Le minimum légal (souvent amélioré dans les conventions collectives) s'établit à un cinquième de mois de salaire par année d'ancienneté en deça de dix ans d'ancienneté (donc deux mois de salaire pour un salarié ayant dix ans d'ancienneté) dans le cas d'un licenciement collectif pour motif économique ... et un tiers de mois de salaire par année d'ancienneté au delà de dix ans d'ancienneté (donc cinq mois et un tiers de salaire pour un salarié ayant vingt ans d'ancienneté) ... On note ainsi que l'on est effectivement très loin des 30.000 euros réclamés pour chaque salarié ... Un salarié ayant quarante ans d'ancienneté toucherait par contre douze mois de salaire ... soit pas très loin toutefois des 30.000 euros réclamés. La demande défendue par les salariés de New Fabris, de Nortel ou de Continental ne leur apporterait ainsi rien (si certains salariés ont quarante ans d'ancienneté, ce que j'ignore dans le cas de sociétés peut-être très récentes).

Il me semble indispensable de réformer le coût financier des procédures de licenciement collectif pour motif économique, pour combattre les licenciements boursiers régulièrement mis en oeuvre par les sociétés côtées en bourse. Ce renchérissement doit viser plus particulièrement ces dernières entreprises, et pourquoi pas prévoir une majoration extrêmement importante du coût de ces mesures (une multiplication par dix des indemnités de licenciement dues) si le motif n'est pas d'assurer la survie de l'entreprise, confrontée à de graves difficultés financières qui compromettraient à très court terme sa survie. Une indemnisation des mécanismes d'assurance publique devrait aussi être envisagée dans ce cas, afin d'indemniser les caisses publiques d'indemnisation du chômage, car il n'est pas normal que ce soit à la collectivité de financer l'absence de responsabilité sociale des grandes entreprises côtées.

Il n'est pas sain par contre de déconnecter ces indemnités de licenciement de l'ancienneté des salariés. Il est injuste que les syndicats défendent une homogénéisation à 30.000 euros des indemnités dues aux salariés, en imposant un même montant à des salariés ayant quarante d'ancienneté, qui pourraient aujourd'hui percevoir 30.000 euros d'indemnités de licenciement, et à des salariés ayant un an d'ancienneté ... Il est injuste de défendre une telle égalisation, notamment parce que ces personnes âgées sont incapables de défendre leur position à moins d'être taxées d'égoïsme ...

Enfin, il est clair que même si une telle loi, revalorisant fortement les indemnités de licenciement, était votée et mise en place dans les prochaines années ... et que tous les salariés concernés toucher au minimum 30.000 euros (et plus pour les salariés ayant une très grande ancienneté), les combats syndicaux continueraient avec des salariés qui demanderaient alors un minimum de 50.000 euros ou plus par salarié, en menaçant encore de faire sauter leur usine !

C'est un signe et une conséquence à mon avis de l'absence de responsabilité des organisations syndicales et politiques en charge de la contestation sociale dans notre société ... Et concernant les moyens de contestation utilisés, ils sont manifestement totalement inappropriés, disproportionnés, et injustifiés ... L'ordre public doit prévaloir, de tout côté ... Et les programmes politiques de ceux qui se déclarent du côté des salariés, au parti socialiste, doivent prendre en compte cette revendication pour modifier les exagérations en matière de licenciement économique, des grands groupes côtés français ou étrangers, et les faire condamner financièrement très lourdement, pour que l'on assiste plus au cours des prochaines années, à de tels plans de licenciement sans aucune justification. En période de crise ou de difficultés, les actionnaires doivent également participer au redressement de leur entreprise, et ne plus faire supporter ce poids aux seuls salariés ...

Mais ceci est un autre débat, au-delà du sujet de ce jour ... les intolérables violences des salariés victimes de plans sociaux ... et la large condamnation de ces violences que rien ne doit pouvoir excuser !


Réflexion sept (22 juillet 2009)
Nouveaux débordements à Nortel, à New Fabris et à l'usine Michelin de Montceau-les-Mines ...


On se rappelle tous vraisemblablement de l'interview de Ségolène Royal disant comprendre la rage des salariés et leurs actes de séquestration de leurs dirigeants, comme gestes de désespoir. On se rappelle certainement moins la position presque comparable affichée par Nicolas Sarkozy avant qu'il ne devienne président de la république, disant comprendre le désespoir des salariés. Sa position en tant que président de la république étant notamment devenue absolument contraire, même si au fond, les réactions des autorités publiques françaises sont extrêmement mesurées sur ce sujet, alors que les préfets pourraient engager des poursuites pénales contre les salariés séquestrant leurs employeurs ...

Les salariés de Nortel à Châteaufort ont donc obtenu des indemnités plus importantes (entre 30.000 et 50.000 euros) après avoir menacé de faire sauter leur usine. Les salariés de New Fabris usent également du même moyen de pression, avec une dizaine de bonbonnes de gaz, pour obtenir des indemnités de licenciement plus importantes que celles prévues par la loi. Il ne servirait pourtant pas à grand chose d'augmenter les indemnités légales de licenciement, puisque, celles-ci étant un minimum légal, les syndicats et les salariés souhaiteraient de toute façon avoir mieux que ce minimum. Du danger d'avoir des syndicats irrresponsables ...

Quant aux salariés de l'usine Michelin de Montceau-les-Mines, ils retenaient hier soir quatre membres de leurs directions dans l'usine, pour contester des sanctions prises contre un de leur collègue, en contrat à durée déterminé (CDD), poursuivi pour avoir refusé de travailler sur une machine-outil pour laquelle il estimait ne pas avoir été formé.

« ... Ils vont passer la nuit sur le site, car ils ne veulent pas engager de discussions sur nos demandes ... » selon un responsable du syndicat Sud ... Il est certain que cela devrait les amener à revoir leur position. De toute façon, si cela n'est pas suffisant, les syndicalistes et les salariés pourront aussi les soumettre à la torture, pour changer leur regard sur la situation, voir leur mettre un pistolet sur la tempe ! Semblerait-il, il n'y a plus grand chose qui arrête désormais des salariés qui ne voit plus la société que comme un grand supermarché où l'on se sert ...

A la différence de Ségolène Royal, je trouve que ce genre de situation est inacceptable et intolérable. L'usage de la force physique, impliquée nécessairement dans le fait de séquestrer une personne, que ce soit un dirigeant d'entreprise, ou un quidam, ou un enfant, ou une femme, dès lors qu'il y a atteinte à la personne, est contraire à l'esprit des lois et à la plus simple des morales.

On ne peut pas condamner des sans-domicile-fixe qui séquestrent une personne dans une maison et le brutalise ou le torture, on ne peut pas comdamner des pervers qui enlèvent et violent des jeunes femmes ou leur propre fille, s'en offusquer à grands cris, et comprendre et accepter les actions d'un groupe de salariés qui usent des mêmes méthodes à l'égard de leurs dirigeants, dont le seul crime est d'avoir des responsabilités d'encadrement.

Il faut des valeurs, des repères et des limites, en matière de syndicalisme et d'actions syndicales ; sinon, plus rien ne différencie le syndicalisme du terrorisme ou des comportements mafieux ...

Pour rappel, les peines encourus en cas de séquestration ... « Le fait, sans ordre des autorités constituées et hors les cas prévus par la loi, d'arrêter, d'enlever, de détenir ou de séquestrer une personne, est puni de vingt ans de réclusion criminelle. » La loi ne fait aucune distinction entre salariés et criminels ou pervers. L'article 224-1 du code pénal reconnaît quatre actions distinctes qui sont regroupées sous la même infraction: le fait d'arrêter, d'enlever, de détenir ou de séquestrer une personne. La détention et la séquestration d'une personne sont des comportements continus qui impliquent une privation de liberté d'une certaine durée. Il peut suffire de quelques minutes de privation de liberté pour que l'action soit considérée comme une séquestration. Retenir son patron dans son bureau et l'empêcher d'en sortir rentre clairement dans cette catégorie d'infraction. Mieux vaut ne pas retenir un patron trop longtemps. La peine de 20 ans est réduite à cinq ans de prison et 75.000 euros d'amende si la victime est libérée avant le septième jour sans atteinte physique. Toute mutilation ou infirmité de la victime entraîne un alourdissement de la peine maximale à 30 ans. Dans les cas extrême de torture, d'acte de barbarie ou de mort de la victime, l'infraction devient même passible de la prison à perpétuité.

Il devient désormais nécessaire que des peines exemplaires soient prononcées contre les responsables des diverses séquestrations de ces derniers moi, et que la justice soit saisie des diverses affaires qui ont défrayé la chronique. Car aujourd'hui, dans le cadre d'un mouvement de grève, peu de responsables syndicaux peuvent s'opposer aux lancements de telles idées par quelques salariés excités, sans se faire traiter de foies jaunes ou de vendus ... Il faut des peines exemplaires ... 


Saucratès

 

 

Précédent article sur le même sujet :

1.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2293254-mouvements_sociaux__1_.html


25/04/2011
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Révolutions

 

Réflexion trois (16 mars 2011)
Quel futur pour les révoltes au Maghreb (suite) ?

 

« (...) C'est pourquoi d'ailleurs la révolte est 'contre'. Elle n'est pratiquement jamais pour. Mais ce contre (qui se dresse devant une évolution probable) vise fréquemment ce que nous appelons le progrès (...) » (page 24). 

«Autopsie de la révolution», Jacques Ellul, 1969

 

C'est essentiellement pour cette raison que l'on peut dire que les évènements qui se sont déroulés au Maghreb, que ce soit en Tunisie, en Egypte, en Libye, au Maroc, au Yémen, au Bahrein ... sont avant tout uniquement des révoltes et non des révolutions. Elles sont simplement 'contre' l'ancien pouvoir, leurs anciens dirigeants, leurs systèmes de sécurité, mais 'pour' pas grand chose de précis, si ce n'est plus de 'liberté' et plus de démocratie ... Mais de quelle liberté, de quelle démocratie parle-t-on, et pour qui ?

 

« (...) Pour qu'il y ait révolte, il faut qu'il ait reconnaissance distincte, claire, d'un ennemi, d'un responsable du malheur.

  

(...) Il faut accuser, et accuser celui que l'on a sous la main. La révolte ne peut se satisfaire ni d'analyses sociologiques, ni d'objets abstraits responsables de la misère (l'Etat), ni de personnages si lointains que mythiques (le roi), ni de groupes plus ou moins flous (une classe par exemple). La révolte vit dans l'immédiat : c'est dans l'immédiat qu'il lui faut un responsable, c'est sur un homme qui est là que porte l'accusation.

 

(...) Car il s'agit bien d'un bouc émissaire, celui qui doit être sacrifié pour porter les péchés du peuple. Et sans doute en définitive, l'ennemi que massacre le révolté quoique fait de chair et de sang est bien le symbole de tout ce qui est exécré.

 

(...) l'Etat est une abstraction. Et s'il est le vrai centre de la révolte, le noeud du problème, le révolté parce qu'il a besoin d'un bouc émissaire ne peut le ressentir ainsi. Mais il s'attaque alors aux agents de l'Etat - le plus proche, donc le plus odieux. Le fonctionnaire devient ainsi le visage même de l'Etat. Alors qu'il n'est qu'un modeste exécutant, le plus souvent à un degré assez humble, il est l'incarnation de tout ce que l'on hait, le vécu dont le reste n'est qu'abstraction. (...) Il n'y a pas de révolte vécue contre l'abstraction Etat. Et c'est pourquoi traditionnellement dans la révolte, on ne s'attaque pas au roi, au tsar : il est bien trop lointain, abstrait. » (pages 26-28). 

 

Une citation bien longue, mais qui éclaire d'un façon assez significative à la fois les évènements tunisiens et plus largement maghrébins, ainsi que les évènements marocains actuellement en train de se jouer.

En Tunisie, ce ne fut pas le président Ben Ali qui fut d'abord le centre de la contestation de la rue. La vindicte populaire se porta d'abord contre les forces de répression du régime, les policiers qui avaient par tant de fois enlevé, torturé, tué, assassiné ... Et d'une certaine façon, ce ne fut que lorsque le président Ben Ali, ou le président Moubarak, se furent exprimés à la télévision, menaçants, que la révolte se dirigea alors spécifiquement à leur encontre, conduisant à leur départ, à leur fuite, lâchés par leurs forces de police, de répression ... Schéma qui est peut-être justement en train de prendre fin en Libye, avec un dictateur qui a d'abord réussi à dépeindre un mouvement de révolte en un mouvement sécessionniste (Nord contre Sud), et qu'il va peut-être réussir à vaincre militairement. Echecs de la révolte libyenne qui sonnera peut-être la fin du printemps des révoltes arabes ... Kadhafi en sauveur des monarchies du Golfe persique ...

De la même manière, disais-je, ces citations permettent d'éclairer d'un jour nouveau la situation marocaine. La monarchie marocaine n'est pas aujourd'hui remise en cause par les manifestants. Mais le fait qu'ils n'aient aucune volonté particulière, aucune idéologie, le fait qu'ils soient uniquement 'contre', les rend extrêmement dangereux. Ils ne pourront se satisfaire d'aucune réforme qui puisse leur être présentée. Ils ne s'arrêteront en fait que lorsqu'il n'y aura plus rien en face d'eux.

 

Et le roi doit demeurer ce personnage insaisissable, distant, lointain. Il ne doit pas s'exprimer à la télévision mais user de personnages tampons, de fusibles ... afin que sa personne ne devienne pas le centre de la contestation.

 

Et à la manière du général de Gaulle, en mai 68, il doit réussir à disparaître, à créer le vide contre lequel la contestation, la révolte va s'épuiser, prendre peur, imaginer qu'elle a gagné, et après laquelle elle ne saura plus quoi faire. Il lui faudra peut-être réussir comme le général de Gaulle à disparaître pendant quelques jours, à Baden-Baden, pour donner l'impression de cette béance du pouvoir, pour que le mouvement s'essouffle, et que tous ceux qui ne se reconnaissent pas dans la contestation osent s'exprimer ... Ce que Ben Ali et Moubarak ne pouvaient pas faire, par manque de légitimité royale, le roi du Maroc le peut ...

 

Réflexion deux (13 mars 2011)
Quel futur pour les révoltes au Maghreb ?

 

«Autopsie de la révolution» de Jacques Ellul a été écrit au moment des évènements de mai 1968, et publié en 1969. Et pourtant, il s'adapte encore parfaitement aux révoltes actuelles du Maghreb et du Moyen-Orient ...

 

Révolte qui patine actuellement en Libye, s'étant transformée en une guerre civile larvée entre un nord et un sud sécessionnistes ... forme de guerre civile qu'elle a également prise dans les autres pays précédemment touchés par ces révoltes, en Tunisie et en Egypte, dans une histoire différente ... La différence consistant en l'absence de réussite de la révolte dans Tripoli, révolte matée par les armes des avions de Kadafi ... 

 

Révolte qui gagne aujourd'hui jusqu'en Arabie Saoudite, face à un pouvoir qui rappelle que les manifestations sont interdites en Arabie Saoudite ... et réprimée par la force ...

 

« (...) C'est pourquoi la révolte est à la fois réactionnaire et illuministe. Elle est toujours réactionnaire en ce sens qu'elle refuse ce qu'elle vient de vivre mais au profit d'un passé antérieur assurément plus satisfaisant, remettre toutes choses en leurs places anciennes pour la décharge du pauvre peuple (...). Ce qui était finalement intolérable, c'était de continuer sur cette lancée. Il fallait dévier le cours normal de l'histoire.

 

Mais de ce fait s'associe presque toujours à ce non, un facteur illuministe (...). Nous verrons plus loin en effet la révolte ne débouche sur rien. Mais qu'est-ce donc qu'ils pouvaient espérer ? Ne savaient-ils pas que toutes les révoltes, d'où qu'elles viennent, ont finalement toujours été réprimées, tous les révoltés massacrés, exécutés ? Et lorsqu'ils rencontrent une petite victoire, voilà cette troupe de révoltés comme frappée de stupeur - incapable de poursuivre (...).

 

Même quand la révolte triomphe temporairement, elle ne sait rien faire de sa victoire, c'est Pancho Villa, c'est Li Tzu Chang qui occupant le pouvoir absolu n'en font rien et s'effondrent. Les révoltés n'ont jamais qu'une vue immédiate de l'ennemi à combattre, de la misère à surmonter, de même qu'ils sont incapables d'unir des régions qui se révoltent ensemble. Les révoltés ne voient rien au-delà de leur pays (révoltes de Spartacus, des Jacques, de Münzer, des Torreben, du Gaoulé ...).

 

(...) La révolte peut d'ailleurs prendre une dimension considérable, elle peut embraser un pays, et même triompher. La révolte n'est pas forcément vaincue, écrasée, il lui arrive de détruire le pouvoir et les structures de la société qui l'avaient provoquée. Mais ni l'ampleur ni la victoire ne font de la révolte une révolution (...).» (pages 18-21)

 

Ces quelques paragraphes sont à rapprocher notamment de la situation tunisienne actuelle, où une révolte a totalement réussie, abattant le régime de son ancien dictateur, mais où elle échoue à penser la réorganisation de la société tunisienne, d'un état de droit. Les anciennes structures de pouvoir ont toutes été détruites, forces de police, autorités administratives ... mais seules survivent les formes d'auto-organisation de la foule, les milices privées ... on met en cause l'absence d'opposition politique organisée à l'ancien système ... mais c'est simplement l'incapacité d'une révolte à s'organiser, à déboucher sur un nouveau régime qui l'explique si on suit Jacques Ellul ...  

 

« (...) On s'interroge devant l'arrêt de Spartacus devant Rome, qui n'avait plus de défense, qui lui était ouverte. Il n'avait qu'à la prendre. Il ne l'a pas prise. C'est sans doute la stupeur du révolté, qui n'est pas un révolutionnaire. Qu'aurait-il fait de Rome, lui qui n'était qu'un chef de bandes ? Il a reculé devant le pouvoir, devant la nécessité qu'une société soit ordonnée. Devant l'ordre qu'il aurait dû rétablir. Il n'avait aucune idée sur le gouvernement et l'administration. Il a sans doute pris conscience et il a repris la montagne, laissant fuir son triomphe. » (page 22)

 

Spartacus qui fut finalement vaincu et mourrut au pilori ... après avoir fait trembler Rome.

 

« (...) Il n'y a rien au bout de la victoire. Vainqueur ou vaincu, le révolté ne va que vers la mort. Un choix qu'il ne sait pas exprimer, généralement, mais qui signifie que la mort lui est devenue préférable à la vie. Ce choix inconscient, en même temps que la tentative désespérée pour dévier le destin, font que toute révolte est légitime. » (page 23)

 

L'exemple tunisien est une parfaite démonstration des écrits de Jacques Ellul, de l'absence de futur d'une révolte, même victorieuse. L'avenir nous le démontrera vraisemblablement, en fonction de sur quoi débouchera la révolte tunisienne ...

 

« (...) Très fréquemment, elle (la révolte) prendra son second souffle à l'occasion de la répression : on a arrêté des manifestants, alors la révolte rebondit pour exiger leur libération (...) » (page 24). C'est ce qui se passe justement en ce moment en Arabie Saoudite ...

 

 

Réflexion une (6 mars 2011)
Une nouvelle ère ?

 

Sommes-nous rentrés dans une nouvelle ère de révoltes et de révolutions ? A la lumière des évènements récents en Tunisie, puis en Egypte, aujourd'hui en Libye, au Maroc, au Bahrein, à Oman, au Yémen, en Syrie, jusqu'en Arabie Saoudite, la question mérite au moins d'être posée !

http://www.lemonde.fr/idees/ensemble/2011/03/02/ou-en-sont-les-revoltes-arabes_1487154_3232.html

http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/03/02/imprevisibles-revoltes-arabes_1487269_3232.html

 

Je m'appuierais sur un livre de Jacques Ellul, «Autopsie de la révolution», pour en appréhender certains aspects. Comme il l'a écrit, «il n'y a pas un exceptionnel de la révolution opposé à un normal ou à une règle de la vie des peuples, des pouvoirs, des civilisations. (...) Il est vain de chercher une division entre des périodes calmes et des périodes troublées. La révolution est moins la locomotive que l'un des éléments de la chaîne invisible du tissu des civilisations.» (page 10)

 

En effet, ce mouvement n'est pas né fin décembre 2010 ... un certain nombre de révoltes et révolutions ont pu être observé au cours de ces dernières années : en Iran l'année dernière à la suite des dernières élections présidentielles, évènements au milieu desquels se trouva mêlé la française Clotilde Weiss ... en Thaïlande en 2009, avec les chemises rouges opposées à l'armée ... à Madagascar quelques années auparavant avec une lutte pour le pouvoir opposant un président élu et son jeune challenger qui avait d'abord conquis la mairie de la capitale malgache ...

 

Peut-on dire que le mouvement actuel de contestation des pays du Maghreb n'est pas né en 2010-2011, mais qu'il est beaucoup plus ancien, qu'il remonterait aux années 2000 qui marqueraient un retour des phénomènes de révolte dans le monde, de renversement des vieilles dictatures ?

http://www.lemonde.fr/week-end/article/2011/03/04/retour-a-redeyef-creuset-de-la-revolution-tunisienne_1488163_1477893.html

 

Mais dans les années 1990, des mouvements populaires ont également explosé dans d'autres continents pour renverser d'autres dictatures militaires ; je pense à l'Amérique du Sud ... Mais il y eut aussi le renversement de l'Apartheid en Afrique du Sud ... Les années 1980 furent marquées par le renversement des dictatures populaires en Europe de l'Est, qui elles aussi se répandirent comme une traînée de poudre de pays d'Europe de l'Est en pays d'Europe de l'Est ... Il semble ainsi effectivement impossible de dater un début de processus de révoltes, conformément à ce qu'écrivit Jacques Ellul ; simplement, ces processus semblent se répercuter au sein d'une région donnée par mimétisme, par l'exemple, par transmission ... et très difficilement hors de cette région ...

 

Par contre, ce qui semble distinguer ce 'renouveau' des révoltes par rapport aux dernières expériences des dernières années, un peu comme en Amérique du Sud et en Europe de l'Est les décennies précédentes, c'est leur réussite ! Ce n'est pas tant que des révoltes explosent dans les pays du Maghreb qui est surprenant et qui était imprévisible ; c'est que ces mouvements de révolte est réussi en Tunisie, puis en Egypte ... Que des dictateurs, malgré le verni de démocratie qui enrobaient leur régime politique, aient abandonné sous la pression de la rue le pouvoir, se soient enfuis, aient fui ... C'est cela l'élément inconcevable, surprenant, extraordinaire ...

 

C'est la première victoire de la rue tunisienne contre Ben Ali qui a causé l'effondrement du régime égyptien d'Hosni Moubarak, et qui nourrit l'espoir des opposants de Kadhafi en Libye. L'échec de la révolte des opposants iraniens au régime des mollahs (ou plus des partisans de son évolution) n'avait pas fait naître la même fièvre révolutionnaire. Alors qu'aujourd'hui, tous les pays du Maghreb et de la péninsule arabique risquent d'être touchés par cette fièvre ...

 

 

Saucratès


06/03/2011
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Mouvements sociaux (1)

Réflexion six (13 mai 2009)
Drôle de grève et drôle de menace du gouvernement ...

Des mois que les grèves touchant certaines universités et certains lycées perdurent. Le gouvernement a été accusé de laisser pourrir ces mouvements sociaux. Ces derniers temps, le gouvernement a commencé à menacer d'une bien étrange manière les enseignants et les étudiants (ou lycéens) qui participent aux actions de blocage des universités ou de certains lycées ; les enseignants grévistes ne seront plus payés, et les étudiants grévistes n'auront pas leurs examens !...

Il faut donc en conclure que pour l'instant, les personnels enseignants des universités qui sont en grève, qui bloquent un certain nombre d'universités françaises, qui n'assurent pas leurs cours, qui ne transmettent pas leur savoir à leurs étudiants, sont malgré tout toujours payés par l'éducation nationale et par l'Etat, employés actuellement à bloquer leur outil de travail, les centres de transmission des savoirs ?

Je n'appelle pas cela une terrible menace, une tragique remise en cause de la liberté de conscience ! J'appelle cela le rappel de la norme. De même pour les étudiants ; il serait tragique que le niveau des examens de fin d'année (ou du baccalauréat) soient rabaissés pour que les étudiants ayant passé leur année scolaire à faire grève obtiennent malgré tout leurs examens.

Il ne s'agit pas d'une remise en cause d'un droit sacré de faire grève par le gouvernement. Il s'agit simplement pour les grévistes d'assumer les conséquences de leurs actes. Faire grève, que ce soit contre un employeur privé ou contre le gouvernement, implique de prendre des risques, de non-rémunération ou de non-réussite aux examens, et de les assumer. Evidemment, la culture française repose traditionnellement sur la stratégie de l'irresponsabilité individuelle au sein des groupes et sur la culture de la revendication, que l'on estime fondée du simple fait de l'importance du groupe ...

Une sorte de prime donnée à l'irresponsabilité et à la revendication, par rapport à la réflexion. Je ne nie pas que certaines réformes doivent être combattues ... Mais dans le monde de l'université et de l'enseignement, la résistance par principe à toute proposition de modification ou de réforme est une forme de système, d'habitude, qu'il serait bon de faire changer.

 

 

Réflexion cinq (17 avril 2009)
Du durcissement des conflits sociaux dans les entreprises françaises et de l'illégitimité des mouvements de séquestration des dirigeants ...


Le dialogue social à la française présente un certain nombre de surprises. Nous sommes dans un pays qui reconnaît une forte légitimité aux organisations syndicales représentatives des travailleurs, mais nous sommes aussi un des pays affichant le plus bas taux de syndicalisation d'Europe et du monde, aux alentours de 5% de la population active (et beaucoup moins au sein des seuls salariés du secteur privé) ! Nous sommes aussi dans un pays qui accepte des actions particulièrement limites de la part des organisations syndicales de salariés en période de conflits sociaux, que ce soit la paralysie du pays, des transports publics ou des établissements d'enseignement public ... ou aujourd'hui les séquestrations (forcément violentes) de dirigeants. 

Il y a une dizaine de jours, on faisait le compte des entreprises où des actions de séquestration de dirigeants avaient eu lieu, pour influer sur les négociations sur des plans sociaux proposés ... Sony, Caterpillar, Pinault Printemps Redoute, Scapa ... Ces derniers jours, de nouveaux actes de séquestration ont été observés, par exemple chez l'équipementier automobile Faurecia dans l'Essonne, à Faure et Machet (FM Logistic) en Moselle, ou à la Caisse de Sécurité Sociale (et à la CAF) de la Réunion ... Avec les prises de position médiatiques de plusieurs politiques importants, une forme de fièvre agitent désormais les entreprises françaises. Comment envisager désormais une grève sans séquestrer les dirigeants en arguant qu'ils avaient manqué de respect aux salariés et à leurs représentants ?

Les centrales syndicales font l'erreur de ne pas prendre ouvertement position à ce sujet. Il me semble qu'il faut être clair. La séquestration est un acte inacceptable et insupportable. C'est un acte de lâches, de couards. Il est très facile de vociférer, de hurler et de menacer lorsque l'on est une centaine face à quelques négociateurs patronaux ... Très facile. Cela ne demande aucun courage ni aucune intelligence, pas plus que lorsqu'il s'agit de demander 200 euros d'augmentation salariale. Par contre, défendre et argumenter face à ces mêmes négociateurs, représenter dignement ces collègues, inventer une stratégie de négociation et gagner la partie adverse à ses arguments ; ça, c'est de la négociation et c'est du travail.

Je suis totalement opposé à la séquestration arbitraire de dirigeants ou de patrons en raison du caractère violent de ces actions, au minimum une violence potentielle, lorsque la séquestration n'est pas physique ... Et il faut être lâche pour s'attaquer à une personne avec une centaine de personnes autour de soi.

La séquestration est absolument illégale et il faudrait des actions judiciaires prises à l'encontre des personnels qui y participent, pour que la réalité et la dangerosité de ces pratiques soient de nouveau affirmé. Il s'agit de terrorisme social. Il s'agit d'un comportement de meute, comme si ces salariés, grisés par leur nombre et par leur audace, croyaient que tout est possible.

Pour cette raison, le jugement en référé du tribunal de grande instance de Grenoble, qui a ordonné ce vendredi à 19 salariés de Caterpillar, assignés pour occupation illicite et entrave à la liberté de travailler, de laisser libre accès aux usines de Grenoble et Echirolles (Isère), sous peine de payer 200 euros chacun par jour, est un bon jugement. Il rappelle l'état du droit en la matière et les règles devant s'appliquer en matière de conflit social. Il est intéressant de noter que c'est un employeur américain qui a eu le courage de faire appliquer la loi française. Evidemment, les salariés de Caterpillar crient au scandale.

Il faut espérer que d'autres employeurs portent plainte désormais contre les violences qui leur auront été faites lors de leur séquestration. Il est néanmoins vraisemblablement difficile de prouver de tels actes de violence, face à une masse de salariés lâches et solidaires qui nieront vraisemblablement toute violence à l'encontre des personnes séquestrées. On entend souvent dire certains syndicalistes que les dirigeants étaient libres de partir et qu'ils ont été au contraire nourris ... Pour un dirigeant séquestré et admonesté par son personnel, comment prouver les actes de violence ? Face à des syndicats qui se protègent ensuite en imposant la présence dans les accords syndicaux de sortie de conflit des clauses d'arrêt des poursuites pour tout fait commis pendant la grève ?

Il faudrait une position claire et forte de toutes les personnes faisant autorité. Une condamnation forte de ces actions de lâches et de pleutres ... Et des condamnations pénales engagées par l'état à l'encontre de tout ceux qui participent ou ont participé à de telles actions. Et de nouveaux textes de loi pour rendre impossible la couverture de tels faits par des phrases toutes faîtes dans des accords syndicaux, par exemple dès lors que des contraintes physiques sur les personnes auraient été utilisées ...

Pour information, les peines encourues dans les cas de séquestration
http://www.slate.fr/story/3021/que-risquent-les-employ%C3%A9s-qui-s%C3%A9questrent-leur-patron

L'article 224-1 du code pénal reconnaît quatre actions distinctes qui sont regroupées sous la même infraction: le fait d'arrêter, d'enlever, de détenir ou de séquestrer une personne. La détention et la séquestration d'une personne sont des comportements continus qui impliquent une privation de liberté d'une certaine durée. Il peut suffire de quelques minutes de privation de liberté pour que l'action soit considérée comme une séquestration. Retenir son patron dans son bureau et l'empêcher d'en sortir rentre clairement dans cette catégorie d'infraction.

«Le fait, sans ordre des autorités constituées et hors les cas prévus par la loi, d'arrêter, d'enlever, de détenir ou de séquestrer une personne, est puni de vingt ans de réclusion criminelle.» Mieux vaut ne pas retenir un patron trop longtemps. La peine de 20 ans est réduite à cinq ans de prison et 75 000 euros d'amende si la victime est libérée avant le septième jour sans atteinte physique. Toute mutilation ou infirmité de la victime entraîne un alourdissement de la peine maximale à 30 ans. Dans les cas extrême de torture, d'acte de barbarie ou de mort de la victime, l'infraction devient même passible de la prison à perpétuité.

Enfin, il faut savoir que l'Etat n'a pas besoin d'attendre que la victime porte et plainte, et peut se porter partie civile pour engager des poursuites s'il le juge nécessaire. Le fait que la victime porte plainte oblige en revanche le lancement d'une instruction. Il suffirait que l'Elysée ou le gouvernement donnent l'ordre aux procureurs de la République dans chaque département de poursuivre dans tous les cas de séquestration de dirigeants d'entreprise ... Quand le feront-ils ?

(dernière nouvelle, autre tentative de séquestration des dirigeants du Crédit Agricole de la Réunion par des salariés qui demandent une augmentation de 300 euros ... séquestration avortée en raison de l'intervention des forces de l'ordre ...)


Réflexion quatre (7 avril 2009)
Les nouvelles formes de conflit sociaux dans les entreprises et l'arme de la séquestration des employeurs ...


Ségolène Royal cultive l'art d'intervenir sur des sujets qui liguent contre elle la majeure partie des hommes politiques de la majorité présidentielle. Après ses interventions en Guadeloupe sur les békés et avant la condamnation du 'merveilleux' discours de Dakar de Nicolas Sarkozy, elle expliquait comprendre, dans un entretien donné au Journal du dimanche du week-end dernier, les raisons qui poussaient des salariés d'entreprises confrontés à des plans de licenciement ou à des fermetures d'entreprises, laissés sans repères, sans espoir et avec l'impression de l'inutilité des autres formes de mobilisation plus traditionnelles. Tollé à l'UMP, soutien au Parti Socialiste et au Modem, tandis qu'Alain Krivine, ancien leader de la Ligue Communiste Révolutionnaire, au nom du NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste), estimait qu'elle n'allait pas suffisamment loin.
http://www.lemonde.fr/politique/article/2009/04/06/l-arme-de-la-sequestration-de-patrons-fait-debat-parmi-les-politiques_1177477_823448.html

Les séquestrations de dirigeants par des salariés victimes de plans (ou de charettes) de licenciement, de fermetures d'entreprise se sont en effet multipliées ces dernières semaines ... Sony (article de Libération), Caterpillar (article de Libération), Continental ... hier encore le milliardaire Henri-François Pinault, bloqué et sequestré dans son taxi pendant une heure par des salariés de son groupe (article du Post) ... de même, hier encore, les présidents des universités de Rennes et d'Orléans ont également été séquestrés par des étudiants ... et aujourd'hui, c'est au tour des dirigeants de Scapa France, une entreprise de fabrication d'adhésifs industriels, d'être sequestrés par des salariés en colère (article du Monde) ... Où va-t-on ?

Quant aux français, ils sont relativement partagés sur cette question ; 45% des français sondés estiment la séquestration de dirigeants fondée et 50% jugent la méthode 'pas acceptable' (selon CSA) tandis que pour l'IFOP, 30% des Français approuvent les séquestrations de dirigeants et 63% les comprennent, sans les approuver, tandis qu'ils ne seraient que 7% à les condamner fermement.
http://www.lemonde.fr/societe/article/2009/04/07/l-ambivalence-des-francais-face-aux-sequestrations-des-patrons_1177591_3224.html

Je suis pour ma part très ennuyé par ces formes, pourtant pas très nouvelles, de mobilisation syndicale, qui montrent une radicalisation des méthodes employées, comme l'exemple guadeloupéen l'avait déjà montré, dans un contexte social et syndical certes particulier. Les séquestrations de dirigeants ou de cadres reposent d'abord forcément sur la contrainte physique, et imposent aux dirigeants d'accepter la contrainte, l'enfermement, sous la menace de l'usage de la violence physique par un groupe. Je pense que ce qu'il y a de pire dans ces méthodes, c'est l'impossibilité pour les dirigeants concernés de pouvoir obtenir justice des coups qu'ils ont pu recevoir dans ces moments-là, de la violence (ou de la menace de violence) subie, puisque les organisations syndicales imposent ensuite aux signataires patronaux une renonciation pour toute poursuite pour faits de grève commis au cours du mouvement de grève ... Protéger des salariés qui ont pu s'exposer à quelques débordements ou quelques atteintes à des matériels de production ne me paraît pas choquant ! Protéger des salariés proférant des injures racistes ou divulgant des informations confidentiels dans la presse, ou empoisonnant des cours d'eau (forme de terrorisme environnemental) me paraît extrêmement limite ! Protéger des salariés coupables d'actes de violence à l'encontre des patrons ou de cadres, me semble inacceptable ...

Cela participe à un extrêmisme syndical en train de se développer, sur lequel surfe un parti comme le NPA d'Olivier Besancenot ... Nicolas Sarkozy parle d'état de droit ... Je pense aussi simplement au fait que ces personnes pourraient être l'un d'entre nous, pourraient être moi ... Et conformément à un célèbre précepte biblique ... Ne pas faire aux autres ce que l'on aimerait pas qu'on nous fasse ... Je peux comprendre la rage de ses salariés ... Je vois aussi cette envie de faire comme les autres, la disparition des normes et des règles, du respect de la personne des autres ... Je vois surtout le débordement des actions syndicales par quelques individus extrêmistes, qui forcent ensuite le groupe à demeurer solidaire de ces actions ... Et malgré le fait qu'on puisse comprendre, il faut des sanctions judiciaires exemplaires à l'encontre de tous les salariés ayant participé à ces séquestrations, pour servir d'exemple, pour rappeler l'existence de lois et de règles, pour ramener l'action syndicale dans la légalité. Car l'action syndicale, ce n'est pas uniquement l'usage de la force brute et des biceps, ni du terrorisme social ...
 
 

Réflexion trois (26 février 2009)
Trop de mouvements sociaux tuent-ils les mouvements sociaux ?...


Grève générale en Guadeloupe et en Martinique contre la vie chère et la politique gouvernementale ... Paralysie des universités françaises, bloquées par les étudiants et par les enseignants chercheurs ... Mot d'ordre de grève générale pour le 5 mars à la Réunion, dans une sorte de surenchère électoraliste ... Si les guadeloupéens sont capables de bloquer leur économie, pourquoi pas nous !... Grève générale et climat insurrectionnel à Madagascar, où les partisans d'Andry Rajoelina affrontent le gouvernement et la présidence malgache pour le renverser ... parmi d'autres conflits sociaux moins médiatisés.

Mais à la longue, on se trouve face à des mouvements sociaux qui pourrissent lentement, dans les revendications et dans l'attention qui leur est porté par les médias nationaux ... Le jeu des gouvernements ... les laisser s'essouffler et se dégonfler lentement ... Mais parfois, on assiste à une convergence de ces divers mouvements sociaux ... Ce que fut mai 68 ...

L'attention des médias est forcément limitée, limitative ... Peut-on envisager un journal de 20 heures consacré à une ribambelle de conflits sociaux ? Sauf à donner l'impression d'un pays au bord de l'explosion sociale, les journaux télévisés ne pourront se référer qu'à un ou deux 'beaux' conflits sociaux ; la Guadeloupe ayant pris l'ascendant sur les autres couvertures de ce genre d'évènements ... Quelques bavures judicieusement placées peuvent permettre par ailleurs de relancer ou maintenir l'attention médiatique, comme en Guadeloupe avec la mort d'un syndicaliste tué par de jeunes casseurs, en la mort de Malik Oussekine en octobre 1986 lors des manifestations contre la loi Devaquet ... L'objectif du gouvernement étant justement d'éviter de tels drames pour que les mouvements de contestation s'essoufflent rapidement ... en quelque sorte la leçon que le pouvoir politique a conservé d'octobre 1986 où la répression d'une manifestation bon enfant à Paris par les forces de l'ordre avait retourné l'opinion publique contre le gouvernement de Jacques Chirac et entraîné le retrait de la loi Devaquet ...

J'avais vécu en province le retour des trains de manifestants montés la veille sur Paris ... le retour de nos collègues dans l'un des amphithéatres occupé par la coordination étudiante, l'indignation ressentie devant les témoignages du déferlement de violence subie et gratuite ... l'incompréhension de la raison de cette violence, et la haine vis-à-vis d'un gouvernement qui n'avait pas hésité à lancer les militaires (les gendarmes mobiles) contre sa jeunesse, pour casser du jeune et du bougnoule ... Il m'arrive parfois de me demander pourquoi je supporte difficilement les partis de droite et leurs idées, mais comment oublier cette rage ... Un tel sentiment d'impuissance et d'injustice ... Vouloir marquer le monde et en avoir en même temps peur ... C'est une expérience particulière à conduire ... et je comprends tous ces jeunes étudiants qui sont lancés dans cette expérience, dans ce combat contre un projet gouvernemental considéré comme inique et injuste ...

Mais le maintien inchangé du système universitaire français et de la place laissé aux jeunes dans la vie active est-il véritablement meilleur et plus juste ? Les jeunes ont-ils une chance égale dans l'accès au monde du travail, dans l'accès à la fonction publique, dans l'accès à l'enseignement et à la recherche ? Le monde de l'enseignement et de la recherche en France est-il juste, égalitaire et sans problème ... Ceux qui enseignent et y font de la recherche sont-ils à leur place et sont-ils bons ?

 

 
Réflexion deux (24 février 2009)
Les jeunes ...


Ce fut l'un de mes premiers textes écrits sur mon blog (si ce n'est le premier). En réaction aux manifestations des jeunes étudiants et lycéens contre le Contrat Première Embauche, et à la manipulation dont ils faisaient selon moi l'objet. En ce mois de février 2009 où un nouveau vent de fronde souffle sur les campus universitaires, à l'encontre cette fois-ci de la loi Pécresse, je ne peux qu'inciter chacun à me relire ...

Certes, le parti socialiste n'a pas gagné les élections présidentielles qui ont suivi, en mai 2007, en raison notamment du rôle joué par Nicolas Sarkozy dans la sortie de cette crise (et pour d'autres raisons évidemment liées à la personnalité de son adversaire au second tour ou à la complaisance des médias) ...

Certes, le CPE n'est pas entré en application. Mais les jeunes étudiants sortis ensuite sur le marché du travail ont-ils trouvé et trouvent-il depuis plus facilement du travail, lorsque l'on voit notamment les conséquences de la crise financière et économique actuelle sur les perspectives d'emploi du pays et plus largement du monde ?

Les jeunes sont-ils désormais mieux représentés dans les organisations syndicales et dans les partis politiques ? Quelques quarantenaires prennent certes le pouvoir au parti socialiste, et quelques uns (ou quelques unes), issu(e)s de la diversité, se sont vus offrir des postes au gouvernement ... Mais à part cela ... Les jeunes ne cesseront de se battre contre tout projet du gouvernement, et seront manipulés par quelques organisations révolutionnaires étudiantes, et récupérés par quelques organisations syndicales ou politiques ...

Cela forme la jeunesse ... Une sorte de rite de passage à l'âge adulte. Il en faut bien ! Un sentiment d'appartenance à un groupe, dans l'espoir de réussir une nouvelle fois mai 68, et de réussir cette fois-ci à renverser la société, cette société que les vieux ne veulent plus voir remise en cause ...


Réflexion une (11 avril 2006)
CPE ... entre ignorance et manipulation


J’ai été jeune.
J’ai été manipulé.
J’ai souhaité réformer la société.
Je me suis senti incompris par mon père.
Et à la fin aussi, on a gagné contre Devaquet.
Mais presque aucun d’entre nous n’avait lu le texte de loi que nous combattions. Nous n’en connaissions que quelques idées. Non aux facs privées. Et aujourd’hui, c’est non à la précarité.

Le problème de ce combat contre le CPE, c’est que les jeunes n’ont pas compris qu’avec ou sans CPE, leur accès au marché du travail se fera sous le signe de la précarité, même pour ceux qui auront la chance de se voir proposer un CDI. Les employeurs selon leur bon vouloir peuvent à tout moment licencier un salarié, parfois en le poussant à la faute ou en lui en inventant.

Cette précarité aurait-elle été pire avec le CPE ? Vraisemblablement.

Mais pourquoi cette révolte ? Depuis quand un gouvernement doit-il demander l’autorisation d’organisations étudiantes ou de syndicats de salariés avant de proposer un texte de loi.

Récupération politique. Les syndicats se battent pour s’offrir ou défendre une image de contestataires auprès des jeunes et des salariés. Façon de dire : on est prêt à refuser le dialogue avec le gouvernement lorsque l’on estime que la ligne rouge est franchie !

Mais les jeunes dans tout ça ; les syndicats n’en ont pas grand chose à faire. Un jeune travailleur n’intéresse pas beaucoup les syndicats. Ceux-ci se méfient des jeunes, de manière bien pire que les patrons qu’ils combattent soi-disant. Comment faire confiance à un jeune pour occuper un poste syndical important. Il faut qu’il est prouver sa valeur, son engagement syndical.

Les manifestations contre le CPE étaient-elles autre chose que de la manipulation ? Evidemment, la lutte des syndicats contre la précarité est une réalité, un vieux combat. Mais leur combat, c’est surtout d’empêcher la transformation des postes existants en postes précaires. C’est la sauvegarde de l’emploi existant, fusse aux dépends des nouvelles embauches. Le travail précaire existe aux marges des organisations syndicales, mais il ne les intéresse pas. Ils ne combattent pas les précaires, évidemment, mais uniquement les patrons qui veulent y recourir. Et les précaires sont ignorés la majeure partie du temps dans les entreprises lorsque leur présence est indispensable (remplacement de congés maternité, congés maladie ...).

Quant aux partis politiques, il faut séparer les groupes révolutionnaires, immédiatement prêts à se rallier à ce genre de mouvements, du parti socialiste, qui se donne une petite cure de contestation pour devenir plus présidentiable.

La crise du politique, c’est de voir des députés ne plus croire en le travail parlementaire et préférer descendre dans la rue pour manifester contre un projet de loi. Aller dans la rue, c’est ne plus croire en la politique.

Au fait, est-ce que le parti socialiste accorde une place aux jeunes dans la représentation nationale ? Combien de députés socialistes ont entre vingt et vingt-cinq ans ? Combien simplement ont moins de quarante ans ? Une infime minorité. La représentation nationale, les élus municipaux sont la chasse gardée de notables mâles ayant entre 45 et 65 ans et de race blanche.

Alors n’y a-t-il pas manipulation à tenter de récupérer la contestation normale, éruptive des jeunes, et de jouer au matador en donnant des ordres au gouvernement pour l’exhorter à écouter la rue et à obéir à quelques millions de personnes.

.... Cette jeunesse aussi oubliera sa révolte.
Le plus grand nombre reprendra les cours.
Ils conserveront leurs exploits en mémoire et ceux qui sont tombés.
Nous n’avons jamais oublié la mort de Malik Oussekine, un jour d’octobre 1986 à Paris.
Ils revoteront un jour pour la droite, dans de très nombreuses années.
Ils essaieront de trouver un job.
Ils devront obéir aux ordres de leurs chefs.
Ils seront peut-être précaires, même sans CPE ...

Une nouvelle fois, un nouveau gouvernement, peut-être de gauche, inventera de nouveau un contrat pour les jeunes, comme les emplois jeunes à une époque. Et peut-être, si c’est la gauche qui sera au pouvoir, personne ne bougera, comme pour les emplois jeunes (travail non précaire, mais travail sans avenir).

Ou peut-être que les jeunes de cette époque sortiront de nouveau manifester contre ce nouveau contrat, mais seuls si c’est la gauche au pouvoir.

C’est cela la vie, mais c’est réconfortant d’être jeune, de savoir que l’on a été jeune.

La politique tout comme le syndicalisme sont sans pitié. Et seuls ceux qui aspirent au pouvoir pour le pouvoir, prêt à tuer tout le monde pour arriver au sommet, y réussissent. Ce sont souvent les pires qui y arrivent. Ceux avec lesquels nuls ne voudraient être amis, s’ils n’avaient autant de pouvoir.


Saucratès


25/04/2011
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