Critiques de notre temps

Critiques de notre temps

Mouvements sociaux (2)

 

Réflexion douze (16 août 2011)
Réactions politiques aux émeutes urbaines anglaises ...


Quatre nuits d'émeutes ont touché l'Angleterre la semaine dernière. A chaque fois, ces images de nuits enflammées surprennent. Les états concernés semblent dépassés par la violence de ces bandes de jeunes qui se déchaînent contre la société, contre l'autorité. Les états avoisinant se déclarent surpris qu'une société aussi moderne, aussi développée, puisse craquer de cette manière. Devant les images des émeutes londonniennes, on ne peut oublier les nuits d'émeutes que la France a connu ces dernières années, dans les banlieues parisiennes ou dans l'Est, parce qu'un ou des  jeunes avaient été tués par des forces de l'ordre, avaient été pourchassés par des policiers et qu'ils avaient trouvé la mort stupidement, ou s'étaient fait abattre alors qu'ils venaient de braquer un casino. Souvent, les états voisins expliquent doctement que de tels faits ne pourraient plus se produire chez eux, qu'ils se sont attaqués aux racines des problèmes des jeunes ... Leur étonnement n'a d'égal que l'étonnement de leurs voisins lorsque ces mêmes évènements explosent chez eux ... De telles émeutes se sont en effet produites aux Etats-Unis, en Grèce, en Italie, en France et en Angleterre, et certainement dans de nombreux autres états occidentaux ... Et elles continueront de se produire parfois pour un rien, parce qu'un jeune d'une communauté sensible sera passé à tabac ou abattu par la police, ou simplement parce qu'un excité l'aura décidé.

 

La réponse sécuritaire anglaise du gouvernement conservateur de David Cameron fera certainement date. Près de 3.000 émeutiers britanniques devraient être jugés une semaine seulement après ces faits, et les peines d'emprisonnement prononcées laisseront certainement des traces dans les esprits. De même, la condamnation pour recel de tous ceux qui acceptent de recevoir les biens volés pendant ces soirs d'émeutes serviront également de leçons. Enfin, les anglais ne badinent pas avec la loi et les prestations sociales. Les parents d'émeutiers verront leurs allocations sociales coupées en cas de condamnation d'un de leurs enfants et ils se verront également expulser de leurs logements sociaux au cas où ils en bénéficieraient ...

http://www.lemonde.fr/europe/article/2011/08/14/emeutes-en-grande-bretagne-tolerance-zero-contre-solutions-simplistes_1559582_3214.html

http://www.lemonde.fr/europe/article/2011/08/16/quatre-ans-de-prison-pour-deux-britanniques-qui-ont-incite-aux-emeutes-sur-facebook_1560307_3214.html

 

Faire payer à toute une famille le délit d'un de ses membres peut paraître injuste. Mais en même temps, comment combattre ces actes criminels d'incivilité lorsque les parents les excusent, les autorisent, les trouvent normaux, naturels, voire les encouragent ? Serait-il souhaitable que la France applique le même genre de sanctions et de politique sécuritaire dans le cas d'émeutes urbaines comparables ? Je le pense, même par un gouvernement de gauche. Car il s'agit bien d'un effondrement des valeurs morales au sein de nos sociétés occidentales modernes, traversées de courants communautaires qui ne se reconnaissent pas toujours dans nos institutions et nos valeurs, que nos sociétés de chômage de masse ne réussissent pas à intégrer socialement ...

http://www.lemonde.fr/europe/article/2011/08/15/david-cameron-veut-s-attaquer-a-l-effondrement-moral-de-la-societe-britannique_1559865_3214.html

 

La réponse anglaise est celle du tout-sécuritaire, de la tolérance zéro, de la responsabilité présumément automatique des parents ... C'est aussi le rejet de toute responsabilité sociale de la 'misère', de l'explication par le milieu social ! Comme si ce ne serait qu'un hasard que ces explosions de violence puissent avoir lieu à Clichy-sous-bois en région parisienne et non à Neuilly-sur-Seine ou dans le sélect Seizième arrondissement parisien ... Toute la question est de savoir quelle place faudrait-il accorder à l'excuse sociale et à la réponse ultra-sécuritaire ... Et il est certainement beaucoup plus pédagogique de jouer la carte ultra-sécuritaire de la responsabilité parentale, que d'excuser tous les débordements sociaux en expliquant que ce n'est pas la faute des gentils émeutiers poussés à la misère. 

http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/08/16/emeutes-de-gauche-a-droite-denoncer-avant-d-expliquer_1559915_3232.html

http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/08/16/emeutes-une-crise-d-un-nouveau-genre_1559936_3232.html

http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/08/16/emeutes-les-jeunes-ne-doivent-pas-etre-les-grands-oublies-des-projets-politiques_1559943_3232.html 

http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/08/16/une-revolte-mondiale-de-la-jeunesse_1560105_3232.html

http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/08/12/en-grande-bretagne-les-emeutes-urbaines-decoulent-des-inegalites-sociales_1558929_3232.html

 

 

Réflexion onze (3 novembre 2010)
Les bénéfices choquants de Molex ...


On se rappelle de l'affaire des Molex. Cette entreprise française, spécialisée dans la connectique automobile, fermée par ses actionnaires américains et dont les salariés licenciés s'étaient révoltés en 2009 et avaient même séquestré leurs dirigeants (ce qui m'avait semblé illégitime et condamnable). L'entreprise avait été fermée en octobre 2009 après onze mois de lutte de ses 280 salariés. Cette même entreprise avait également bénéficié fin mars 2010 du soutien du ministre du travail, Eric Woerth, pour licencier ses représentants syndicaux, malgré un avis contraire de l'inspection du travail du Tarn. A l'époque, un conseiller officieux d'Eric Woerth au ministère du travail, M. de Sérigny, travaillait également pour la société en investissement financier Atéma, qui collaborait avec les avocats (le cabinet d'avocats Mayer Brown) défendant les intérêts des dirigeants de la direction de Molex (les intéressés nient évidemment toute intervention).
http://www.ladepeche.fr/article/2010/08/21/892310-Affaire-Woerth-et-maintenant-Molex.html

Mais depuis septembre 2010, l'Etat français change désormais de ton à l'encontre du groupe américain Molex, suite au refus de ce dernier de financer le plan social de sa filiale française. Le gouvernement s'est d'abord associé à une plainte des salariés contre le groupe américain. Il appelle désormais les groupes automobiles français Renault et PSA de boycotter l'équipementier automobile américain. Ce dernier vient en effet de publier mercredi 27 octobre un bénéfice record au troisième trimestre 2010, et de proposer d'augmenter de 14,8% le dividende versé à ses actionnaires. Le groupe a réalisé un chiffre d'affaires de 897,7 millions de dollars, en hausse de 33% sur un an, et un bénéfice net de 75,1 millions de dollars contre une perte de 15,1 millions un an plus tôt.

«Les revenus et le bénéfice par action ont atteint un record absolu en septembre, les recettes étant même supérieures à ce qu'elles étaient avant la récession», a commenté le PDG Martin Slark dans un communiqué. «Compte tenu de ces revenus et profits record, couplés à une organisation plus efficace qui résulte de la restructuration, nous augmentons le dividende de 14,8 %, avec date d'effet au moment de son paiement en janvier.»

Evidemment, cette situation n'est pas très exceptionnelle. Des entreprises qui licencient parce qu'elles font des pertes une année et redeviennent très rentables dès l'année suivante ; cela se voit régulièrement. Parfois, ces entreprises ne font même pas de pertes, mais veulent simplement accroître leur rentabilité en fermant leurs sites et en recourant à de la sous-traitance.

Mais ces très bons résultats interviennent alors que Molex a annoncé récemment qu'en réponse aux plaintes déposées aux prud'hommes par des salariés, il allait cesser de financer le plan social de son usine de Haute-Garonne pour en laisser la charge financière à la collectivité. En septembre 2009, Molex avait accepté de verser 5,4 millions d'euros pour la réindustrialisation du site, l'Etat français garantissant 6,6 millions de prêts.

«Le ministre Estrosi a une nouvelle fois adopté une approche très agressive concernant notre situation en France», a répondu au cours de la semaine dernière la vice-présidente de Molex, Ana Rodriguez, en charge des ressources humaines, dans un entretien téléphonique à l'AFP. «Nous sommes très surpris que le gouvernement français interfère dans nos relations commerciales», s'est-elle étonné. «Il y a eu beaucoup de confusion entre les résultats que nous avons publiés pour l'ensemble du groupe et ce qui se passe en France». Selon Ana Rodriguez, la situation financière du groupe Molex dans son ensemble s'améliore grâce à la reprise économique en Asie et grâce au plan d'économies qu'il a mis en place et qui s'est traduit par des fermetures d'usines. Concernant la situation de l'usine Molex de Villemur-sur-Tarn (Haute-Garonne), fermée en 2009, «elle n'était pas rentable», a fait valoir la dirigeante du groupe américain. «Nous avons payé plus de 90 % de nos obligations, nous sommes toujours prêts à négocier (...) mais nous voulons parler avec des gens raisonnables qui respectent leurs engagements et ce n'est pas le cas des employés de Villemur», a-t-elle encore affirmé.
http://www.lemonde.fr/economie/article/2010/10/27/l-etat-demande-a-renault-et-psa-de-boycotter-molex-apres-l-annonce-de-benefices-records_1431717_3234.html

Effectivement, des salariés qui osent contester leur licenciement auprès du tribunal des prud'hommes et qui pourraient être réintégrés, avec paiements des salaires depuis leur licenciement, dès lors que la procédure de leur licenciement serait considérée comme illégale par un tribunal administratif ... c'est vraiment pas raisonnable pour des américains qui sont habitués à pouvoir licencier leurs salariés du jour au lendemain ....

Les salariés de Molex continuaient pourtant encore récemment d'être poursuivis par la justice française (et donc pas le parquet français) pour les actes commis pendant la période de grève ...

Peut-être que si le gouvernement cessait d'appuyer systématiquement le patronat et les riches en France, pour défendre l'intérêt général et la justice, il ne se retrouverait pas alors à défendre des patrons voyous et des voleurs.

Bon maintenant, il serait tout simplement normal que les constructeurs français Renault et PSA cessent de se fournir auprès de Molex et de ses usines étrangères (tout comme auprès de tout autre équipementier étranger), et que ceux-ci se fournissent de manière préférentielle auprès d'équipementiers installés en France, pour faire tourner les entreprises françaises et faire travailler les salariés français des ces entreprises. Mais cela constitue peut-être le retour du protectionnisme des années 1930 ...
 
 
Réflexion dix (26 janvier 2010)
«Personne n'est en fin de droit en France», selon le secrétaire d'Etat à l'Emploi Laurent Wauquiez ...

C'est une bonne nouvelle qui va certainement réjouir tous les chômeurs et ceux qui ne savent pas de quoi seront fait les prochains jours ... Problème évidemment, Laurent Wauquiez arrive à dire une chose («personne n'est en fin de droit en France») et son contraire quelques phrases plus loin («cette situation concerne chaque année, et notamment en période de croissance, à peu près 750.000 à 800.000 demandeurs d'emploi qui arrivent à la fin de leurs droits») ... Alors y a-t-il ou non des chômeurs en fin de droits (ou de leurs droits) en France ?
http://www.boursorama.com/infos/actualites/detail_actu_marches.phtml?num=185ef2743cff7f81e76c22fa408452c2

Etre en fin de droit, c'est devoir faire vivre sa famille, ses enfants avec le montant du RMI, du RSA (revenu de solidarité active) ou de l'ASS (allocation spécifique de solidarité) ... c'est-à-dire à peine quelqes centaines d'euros mensuellement ... Des personnes comme Laurent Wauquiez, comme Nicolas Sarkozy, qui bénéficient depuis des années de rémunérations d'homme politique, ministre, secrétaire d'état, ou parlementaire colossales, dépassant largement 5.000 euros, voyageant en grand luxe aux frais de la princesse, à la charge de l'état, donc des finances publiques, peuvent-ils comprendre ce que cela veut dire de faire manger, de loger, d'habiller, de faire rêver une famille, des enfants, avec quelques centaines d'euros par mois ?

Ce genre de commentaire d'un membre du gouvernement est inacceptable, intolérable, insupportable. Ces gens qui sont censés nous représenter, nous français, ne savent même plus ce qu'est la vie, ce que signifie être français.

Il y a moins d'un an, c'était le printemps puis l'été des révoltes salariales. La cécité de ce gouvernement libéral aux amitiés dévoyées ne devrait plus nous représenter. Que donnera sur le terrain social et contestataire l'année 2010. Les mouvements sociaux demanderont-ils enfin le départ de Nicolas Sarkozy et de sa clique d'apparatchiks ?...

 

 

Réflexion neuf (14 août 2009)
L'affaire Molex ...


Après les Continental de Clairoix (Oise), les New Fabris de Châtellerault (Vienne), les Nortel de Châteaufort, les Michelin de Montceau-les-Mines, les Sony de Pontonx-sur-l'Adour (Landes) , les Caterpillar de Grenoble et Echirolles (Isère), les Pinault Printemps Redoute de Paris, les Scapa France de Bellegarde (Rhône), les Aubades de Saint-Savin (Vienne), les Faurecia de Brières-les-Scellés (Essonne), les Faure et Machet (FM Logistic) de Woippy (Moselle), les agents de la Caisse de Sécurité Sociale (et de la CAF) de la Réunion, les Crédit Agricole de la Réunion, les 3M Santé de Pithiviers (Loiret), c'est au tour des salariés de Molex (de Villemur-sur-Tarn en Haute-Garonne), une entreprise contrôlée par un groupe américain, d'être au centre de l'actualité sociale et de représenter le fer de lance de la lutte contre le capitalisme.
http://www.urcf.net/uniondesrevolutionnairescommunistesdefrance_luttes_frontdesluttesavril2009.htm

Mais on se trouve en plein imbroglio. Des salariés qui menaient jusqu'à présent un mouvement de grève dur, qui votent la reprise du travail et se plaignent de ne pas pouvoir reprendre le travail ... La justice française qui annule un plan de licenciement et oblige l'entreprise à reprendre les procédures de consultation des instances représentatives du personnel ... D'autres jugements qui refusent à l'entreprise le droit de fermer temporairement leurs locaux ...
http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/08/12/molex-l-affrontement-social-tourne-a-l-imbroglio-juridique_1227855_3234.html

Ces conflits sociaux témoignent avant tout selon moi d'une hystérie croissante des relations sociales entre salariés, organisations syndicales et patronat, dans ses mouvements sociaux, qui traduisent à la fois une absence de confiance des salariés dans la justice sociale française, et une manipulation des esprits et des salariés par des leaders syndicaux ou politiques incompétents ou dépassés. Lorsque l'entreprise cesse d'être un lieu de dialogue et de cheminement ensemble, pour devenir un lieu d'affrontement entre des salariés et une direction, la fin est de toute façon l'unique possibilité qui demeure à une entreprise.

J'estime personnellement que les organisations syndicales qui poussent les salariés dans de telles voies, dans la contestation hystérique, dans la violence symbolique ou physique (par les coups ou par des jets d'oeufs), dans la séquestration, dans les agressions verbales, dans les actes terroristes ou de guerre, sont dangereuses et ne regardent pas l'intérêt des salariés mais ne s'intéressent qu'à leur propre médiatisation, à leur petite heure de gloire.

L'imbroglio juridique autour des Molex me paraît risible. Comment les mêmes salariés grévistes qui interdisaient l'accès de leur usine peuvent-ils aujourd'hui se plaindre de ne pas pouvoir travailler, simplement parce qu'ils ont voté la reprise du travail ? Ce serait maintenant eux qui voudraient passer pour des pauvres salariés victimes d'un patron indélicat. J'ai vu le même genre de comportement en Guadeloupe où les salariés arguaient après la fin d'une grève qui leur étaient impossible de travailler puisque celle-ci était fermée, ou bien lors des grèves des enseignants de la fonction publique où ces derniers estimaient ne pas être en grève (et devoir donc être rémunérés) puisque leurs établissements (collèges ou lycées) étaient fermés en raison de l'impossibilité de recevoir les élèves, décision elle-même prise en raison du fait de l'absence des enseignants ...

Du côté des salariés et des syndicats, je ressens une absence de respect à l'égard des dirigeants de ces usines, de ces entreprises, de l'activité même de l'entreprise ... un lieu de création de richesse, de valeurs, de liens sociaux ... Comment reprendre une activité commune après de tels conflits ? Comment accepter de continuer à prendre des risques capitalistiques pour les employeurs face à une telle rupture, de telles agressions, de tels agissements ? Dans le cas présent, pourquoi cette incapacité à maintenir un dialogue social cordial puisque de toute façon les erreurs procédurales de la direction allaient conduire fatalement à l'annulation de la procédure de plan social engagée ? Je ne comprends pas l'exaspération observée dans le dialogue social dans notre société. Je ne comprends pas non plus cette méfiance dans le droit et la justice française de la part des organisations syndicales. C'est loin d'être sain pour la France et pour le dialogue social.

Evidemment, on me dira que de très nombreux dirigeants ne considèrent pas forcément leur entreprise comme un lieu de création de valeurs ou de liens sociaux, un lieu de dialogue et de cheminement ensemble, et nombre d'entre eux ne témoignent d'un grand respect pour les représentants de leurs salariés ou pour leurs salariés eux-mêmes. J'ai souvent entendu cela de la bouche d'un certain nombre de salariés ou de représentants syndicaux, notamment pour expliquer le déclenchement de mouvements de grêve. Mais lance-t-on un mouvement de grève en expliquant que le patron en face est ouvert au dialogue et qu'il paye très bien ses salariés ? Evidemment non !

Comme dans toute organisation sociale, il y a dans l'entreprise une attente de plus en plus forte pour une participation à la gestion de l'entreprise et une hypersensibilité à toute véléité autoritaire au fur et à mesure que les relations sociales y sont moins hiérarchiques, moins inégalitaires que par le passé. Au fur et à mesure que les inégalités décroissent, la sensibilité à celles qui demeurent (comme la capacité de prendre seul une décision qui est le propre de la direction d'une entreprise) s'accroît pour sembler devenir insupportable. La même règle qui a été observée dans la société dans son ensemble s'observe également au sein des entreprises, notamment dans celles qui sont les plus avancées socialement ...


Réflexion huit (31 juillet 2009)
Les indemnités de licenciement sont-elles suffisantes ... ou la leçon des mouvements de contestation salariale contre les fermetures d'usines en France ...


Je m'étais exprimé un peu trop vite sur Ségolène Royal il y a une semaine. La présidente du conseil régional de Poitou-Charente apporte donc également son soutien aux salariés de New Fabris qui menacent de faire exploser leur usine. Une nouvelle fois, une prise de position médiatique pour continuer d'exister ... et peut-être aussi pour sortir cette affaire de l'oubli et du silence ...
http://www.lepost.fr/article/2009/07/30/1640459_news-fabris-segolene-royal-demande-un-geste-supplementaire-a-christian-estrosi.html

Mais il me semble que le véritable objet de ce débat, porté avant cette affaire, par les salariés de Continental ou par les salariés de Nortel, c'est le montant des indemnités de licenciement. On peut être, comme moi, opposé aux moyens de menaces terroristes utilisés par ces salariés en grève, estimer que la séquestration de dirigeants est un crime, être opposé à la violence physique, estimer que les salariés qui recourent à ce genre d'action (et se vantent de la peur lue dans le regard de leurs dirigeants après des années soit-disant de mépris ...) ... Mais on peut également estimer que les indemnités de licenciement, les procédures de licenciement, les coûts liés à des licenciements pour cause économique sont absolument insuffisants, et qu'ils mériteraient d'être fortement revalorisés.

J'attendrais d'un dirigeant socialiste que celui-ci (ou celle-ci) prenne la mesure de ce problème et qu'il (ou elle) propose une telle revalorisation des indemnités de licenciement, que ce soit pour des motifs économiques ou pour des motifs personnels (faute) ... Or, jusqu'à présent, aucune mesure de la sorte n'a été proposée par Ségolène Royal (sauf erreur de ma part ...) ... Pourquoi pas envisager une indemnité minimum de licenciement dans le cadre d'une procédure collective de 30.000 euros par salarié ... Le montant en lui-même ne serait pas choquant.

Les montants actuellement prévus par la loi sont effectivement très faibles. Le minimum légal (souvent amélioré dans les conventions collectives) s'établit à un cinquième de mois de salaire par année d'ancienneté en deça de dix ans d'ancienneté (donc deux mois de salaire pour un salarié ayant dix ans d'ancienneté) dans le cas d'un licenciement collectif pour motif économique ... et un tiers de mois de salaire par année d'ancienneté au delà de dix ans d'ancienneté (donc cinq mois et un tiers de salaire pour un salarié ayant vingt ans d'ancienneté) ... On note ainsi que l'on est effectivement très loin des 30.000 euros réclamés pour chaque salarié ... Un salarié ayant quarante ans d'ancienneté toucherait par contre douze mois de salaire ... soit pas très loin toutefois des 30.000 euros réclamés. La demande défendue par les salariés de New Fabris, de Nortel ou de Continental ne leur apporterait ainsi rien (si certains salariés ont quarante ans d'ancienneté, ce que j'ignore dans le cas de sociétés peut-être très récentes).

Il me semble indispensable de réformer le coût financier des procédures de licenciement collectif pour motif économique, pour combattre les licenciements boursiers régulièrement mis en oeuvre par les sociétés côtées en bourse. Ce renchérissement doit viser plus particulièrement ces dernières entreprises, et pourquoi pas prévoir une majoration extrêmement importante du coût de ces mesures (une multiplication par dix des indemnités de licenciement dues) si le motif n'est pas d'assurer la survie de l'entreprise, confrontée à de graves difficultés financières qui compromettraient à très court terme sa survie. Une indemnisation des mécanismes d'assurance publique devrait aussi être envisagée dans ce cas, afin d'indemniser les caisses publiques d'indemnisation du chômage, car il n'est pas normal que ce soit à la collectivité de financer l'absence de responsabilité sociale des grandes entreprises côtées.

Il n'est pas sain par contre de déconnecter ces indemnités de licenciement de l'ancienneté des salariés. Il est injuste que les syndicats défendent une homogénéisation à 30.000 euros des indemnités dues aux salariés, en imposant un même montant à des salariés ayant quarante d'ancienneté, qui pourraient aujourd'hui percevoir 30.000 euros d'indemnités de licenciement, et à des salariés ayant un an d'ancienneté ... Il est injuste de défendre une telle égalisation, notamment parce que ces personnes âgées sont incapables de défendre leur position à moins d'être taxées d'égoïsme ...

Enfin, il est clair que même si une telle loi, revalorisant fortement les indemnités de licenciement, était votée et mise en place dans les prochaines années ... et que tous les salariés concernés toucher au minimum 30.000 euros (et plus pour les salariés ayant une très grande ancienneté), les combats syndicaux continueraient avec des salariés qui demanderaient alors un minimum de 50.000 euros ou plus par salarié, en menaçant encore de faire sauter leur usine !

C'est un signe et une conséquence à mon avis de l'absence de responsabilité des organisations syndicales et politiques en charge de la contestation sociale dans notre société ... Et concernant les moyens de contestation utilisés, ils sont manifestement totalement inappropriés, disproportionnés, et injustifiés ... L'ordre public doit prévaloir, de tout côté ... Et les programmes politiques de ceux qui se déclarent du côté des salariés, au parti socialiste, doivent prendre en compte cette revendication pour modifier les exagérations en matière de licenciement économique, des grands groupes côtés français ou étrangers, et les faire condamner financièrement très lourdement, pour que l'on assiste plus au cours des prochaines années, à de tels plans de licenciement sans aucune justification. En période de crise ou de difficultés, les actionnaires doivent également participer au redressement de leur entreprise, et ne plus faire supporter ce poids aux seuls salariés ...

Mais ceci est un autre débat, au-delà du sujet de ce jour ... les intolérables violences des salariés victimes de plans sociaux ... et la large condamnation de ces violences que rien ne doit pouvoir excuser !


Réflexion sept (22 juillet 2009)
Nouveaux débordements à Nortel, à New Fabris et à l'usine Michelin de Montceau-les-Mines ...


On se rappelle tous vraisemblablement de l'interview de Ségolène Royal disant comprendre la rage des salariés et leurs actes de séquestration de leurs dirigeants, comme gestes de désespoir. On se rappelle certainement moins la position presque comparable affichée par Nicolas Sarkozy avant qu'il ne devienne président de la république, disant comprendre le désespoir des salariés. Sa position en tant que président de la république étant notamment devenue absolument contraire, même si au fond, les réactions des autorités publiques françaises sont extrêmement mesurées sur ce sujet, alors que les préfets pourraient engager des poursuites pénales contre les salariés séquestrant leurs employeurs ...

Les salariés de Nortel à Châteaufort ont donc obtenu des indemnités plus importantes (entre 30.000 et 50.000 euros) après avoir menacé de faire sauter leur usine. Les salariés de New Fabris usent également du même moyen de pression, avec une dizaine de bonbonnes de gaz, pour obtenir des indemnités de licenciement plus importantes que celles prévues par la loi. Il ne servirait pourtant pas à grand chose d'augmenter les indemnités légales de licenciement, puisque, celles-ci étant un minimum légal, les syndicats et les salariés souhaiteraient de toute façon avoir mieux que ce minimum. Du danger d'avoir des syndicats irrresponsables ...

Quant aux salariés de l'usine Michelin de Montceau-les-Mines, ils retenaient hier soir quatre membres de leurs directions dans l'usine, pour contester des sanctions prises contre un de leur collègue, en contrat à durée déterminé (CDD), poursuivi pour avoir refusé de travailler sur une machine-outil pour laquelle il estimait ne pas avoir été formé.

« ... Ils vont passer la nuit sur le site, car ils ne veulent pas engager de discussions sur nos demandes ... » selon un responsable du syndicat Sud ... Il est certain que cela devrait les amener à revoir leur position. De toute façon, si cela n'est pas suffisant, les syndicalistes et les salariés pourront aussi les soumettre à la torture, pour changer leur regard sur la situation, voir leur mettre un pistolet sur la tempe ! Semblerait-il, il n'y a plus grand chose qui arrête désormais des salariés qui ne voit plus la société que comme un grand supermarché où l'on se sert ...

A la différence de Ségolène Royal, je trouve que ce genre de situation est inacceptable et intolérable. L'usage de la force physique, impliquée nécessairement dans le fait de séquestrer une personne, que ce soit un dirigeant d'entreprise, ou un quidam, ou un enfant, ou une femme, dès lors qu'il y a atteinte à la personne, est contraire à l'esprit des lois et à la plus simple des morales.

On ne peut pas condamner des sans-domicile-fixe qui séquestrent une personne dans une maison et le brutalise ou le torture, on ne peut pas comdamner des pervers qui enlèvent et violent des jeunes femmes ou leur propre fille, s'en offusquer à grands cris, et comprendre et accepter les actions d'un groupe de salariés qui usent des mêmes méthodes à l'égard de leurs dirigeants, dont le seul crime est d'avoir des responsabilités d'encadrement.

Il faut des valeurs, des repères et des limites, en matière de syndicalisme et d'actions syndicales ; sinon, plus rien ne différencie le syndicalisme du terrorisme ou des comportements mafieux ...

Pour rappel, les peines encourus en cas de séquestration ... « Le fait, sans ordre des autorités constituées et hors les cas prévus par la loi, d'arrêter, d'enlever, de détenir ou de séquestrer une personne, est puni de vingt ans de réclusion criminelle. » La loi ne fait aucune distinction entre salariés et criminels ou pervers. L'article 224-1 du code pénal reconnaît quatre actions distinctes qui sont regroupées sous la même infraction: le fait d'arrêter, d'enlever, de détenir ou de séquestrer une personne. La détention et la séquestration d'une personne sont des comportements continus qui impliquent une privation de liberté d'une certaine durée. Il peut suffire de quelques minutes de privation de liberté pour que l'action soit considérée comme une séquestration. Retenir son patron dans son bureau et l'empêcher d'en sortir rentre clairement dans cette catégorie d'infraction. Mieux vaut ne pas retenir un patron trop longtemps. La peine de 20 ans est réduite à cinq ans de prison et 75.000 euros d'amende si la victime est libérée avant le septième jour sans atteinte physique. Toute mutilation ou infirmité de la victime entraîne un alourdissement de la peine maximale à 30 ans. Dans les cas extrême de torture, d'acte de barbarie ou de mort de la victime, l'infraction devient même passible de la prison à perpétuité.

Il devient désormais nécessaire que des peines exemplaires soient prononcées contre les responsables des diverses séquestrations de ces derniers moi, et que la justice soit saisie des diverses affaires qui ont défrayé la chronique. Car aujourd'hui, dans le cadre d'un mouvement de grève, peu de responsables syndicaux peuvent s'opposer aux lancements de telles idées par quelques salariés excités, sans se faire traiter de foies jaunes ou de vendus ... Il faut des peines exemplaires ... 


Saucratès

 

 

Précédent article sur le même sujet :

1.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2293254-mouvements_sociaux__1_.html



25/04/2011
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