Critiques de notre temps

Critiques de notre temps

Débat sur les retraites


Débat sur les retraites (3)

 

Réflexion seize (29 août 2013)
Un conflit des générations à venir

 

L'article du blog de Georges Ugeux (http://finance.blog.lemonde.fr) traduit exactement mon opinion sur le problème des retraites, et mon rejet de la énième réforme de rafistolage pondue par le gouvernement socialiste actuel.

http://finance.blog.lemonde.fr/2013/08/28/retraites-la-politique-de-lautruche-ignore-le-conflit-des-generations/

 

Comme Georges Ugeux l'écrit : «Ma génération (la sienne, pas la mienne) a construit un endettement insupportable dont nous léguons le soin de payer les retraites à nos enfants et petits-enfants. Nous avons été irresponsables, et rien ne dit que, dans les prochaines années, ils ne seront pas contraints, qu’ils le veuillent ou non, à des réformes infiniment plus douloureuses pour sauver leur pouvoir d’achat. Ne cédons pas à l’égoïsme des vieux».


Mes/nos enfants auront en effet à la fois à rembourser les dettes publiques monstrueuses entassées depuis les années 1970-1980, mais également à payer les retraites des générations qui les auront précédées. Si cela ne tenait qu'à moi, il y aurait depuis belle lurette que j'aurais arrêté de cotiser pour une retraite dont j'étais presque certain que je n'en verrais pas la couleur. Cela m'exaspère depuis que je suis rentré sur le marché du travail, au début des années 1990.

 

Je n'ose imaginer la position qui sera celle de nos enfants, au fur et à mesure que leurs taux de cotisation continueront à croître et que les déséquilibres des régimes de retraite iront également croissants, et qu'ils comprendront qu'ils ne partiront jamais en retraite ... Ils se rappelleront alors nos combats égoïstes pour que nous (et nos enfants) puissions continuer à partir à 60 ans ... Je gage que ce jour-là, ils nous en voudront. Et nous n'y pourrons rien, ayant cotisé toute notre vie pour payer les retraites de nos propres parents, et ne disposant d'aucune retraite à notre nom. 

 

Un ami comparait notre système de retraite à une pyramide de Ponzi (ce système que Madoff a notamment utilisé pour tromper les marchés et ses épargnants). Un système qui ne fonctionne que grâce aux versements des nouveaux entrants/épargnants. Le problème des systèmes dits de Ponzi, c'est qu'ils semblent longtemps fonctionner parfaitement. Qu'ils explosent lorsque le nombre de nouveaux entrants/cotisants diminue en deça de ceux qui sortent du fonds. Qu'ils sont complètement vides lorsqu'ils s'écroulent puisqu'ils ont tendance à se maintenir tant qu'ils restent des fonds à l'intérieur. Et que ceux qui restent y ont tout perdu lorsque ces fonds explosent.

 

Lire également ce autre article du Monde qui démontre/explique que la France est le pays le plus généreux du monde avec ses retraités. Difficile à envisager puisque l'imaginaire collectif, la bien-pensance nationale, et l'ensemble des médias préfèrent mettre en avant ces quelques retraités obligés de fouiller les poubelles des grandes surfaces et des restaurants pour se nourir ...   

http://www.lemonde.fr/societe/article/2013/08/28/la-france-est-le-pays-le-plus-genereux-du-monde-avec-ses-retraites_3467399_3224.html 

 

  

Réflexion quinze (27 août 2013)
Une nouvelle réforme des retraites sur le dos des salariés

 

Le gouvernement engage depuis cette semaine des simili-négociations avec les organisations syndicales représentatives des salariés et des patrons. L'idée de cette bande d'hypocrites est une nouvelle fois de faire payer toujours plus les salariés, pour sauvegarder un régime totalement inique et que l'on imagine déjà condamné à terme.

 

Les uns (à la CFDT) ne veulent pas qu'on touche aux conditions de départ en retraite avant 2020, pour que les salariés de plus de 55 ans puissent partir normalement à la retraite comme ils l'avaient prévus (ce que je peux comprendre). D'autres (à la CGT) ne veulent pas qu'on touche au nombre d'annuités nécessaires pour partir en retraite à taux plein (42 annuités à ce jour) ou à la date théorique de départ en retraite (60 ans ou 62 ans ?). Enfin, à Force Ouvrière, on se satisfait de la création d'un compte pénibilité : «C'est quelque chose à quoi syndicalement nous sommes très attachés depuis longtemps». Mais les uns et les autres s'en contrefoutent de faire peser des cotisations toujours plus élevées sur les épaules des salariés actifs, qui financent à fonds perdus un régime dont ils ne verront jamais la couleur.

 

Les patrons sont opposés à une hausse des cotisations employeurs, mais le gouvernement ressort devant leurs yeux ébaudis le serpent de mer des socialistes : le transfert d'une partie des cotisations sociales patronales (la branche famille) vers la CSG. Et les patrons de se réjouir de cette excellente nouvelle pour la compétitivité des entreprises françaises.

http://www.lemonde.fr/politique/article/2013/08/26/rencontre-sur-les-retraites-ayrault-rassure-a-la-fois-patronat-et-partenaires-sociaux_3466742_823448.html

http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/08/27/arretons-de-remettre-en-cause-les-droits-sociaux-lors-du-debat-sur-les-retraites_3466831_3232.html

http://www.lemonde.fr/politique/article/2013/08/27/retraites-nous-n-y-couperons-pas-comme-les-autres-pays-juge-chatel_3466868_823448.html

http://www.lemonde.fr/politique/article/2013/08/27/retraites-un-compte-penibilite-entrera-en-vigueur-en-2015_3467076_823448.html

http://www.lemonde.fr/politique/article/2013/08/27/la-reforme-des-retraites-sera-devoilee-a-19-heures_3467250_823448.html

http://www.lemonde.fr/politique/article/2013/08/27/retraites-la-duree-de-cotisation-au-coeur-des-enjeux_3467026_823448.html

http://www.lemonde.fr/politique/article/2013/08/27/retraites-cette-reformette-n-est-ni-efficace-ni-juste-ni-durable_3467325_823448.html

 

Et les salariés dans tout ça ? Personne ne pense aux salariés, puisque les syndicats ne songent qu'à foutre des rustines sur un régime moribond qui sacrifie sans vergogne les intérêts des jeunes sur l'autel des intérêts des vieux salariés et des retraités.

 

Quelle réforme des retraites faut-il engager ? Ce qui me semble clair, c'est que les réformettes successives du régime de base de la Sécurité Sociale et des régimes complémentaires ARRCO et AGIRC n'ont jamais permis d'équilibrer nos régimes de retraites. Nos régimes prennent l'eau de toute part, et il ne permettra que pendant encore quelques années à des salariés âgés de partir à la retraite ... Mais cela ne durera pas indéfiniment ... Nous allons continuer à mettre en oeuvre des réformettes qui augmenteront parfois d'un trimestre les durées de cotisations, qui augmenteront les cotisations, et ne résoudront rien, et sur lesquelles il faudra revenir tous les deux ans, le temps qu'on se rende compte que les déficits continuent de progresser.

 

Ce qui me fait évidemment le plus réagir dans cette énième réformette socialiste, c'est évidemment une nouvelle fois le projet de transférer des cotisations patronales de la branche famille vers la contribution sociale généralisée (CSG). Cela impliquera directement une baisse de nos salaires et une diminution des coûts salariaux des entreprises. Je n'avais pas imaginé qu'un gouvernement socialiste pouvait être à la botte des patrons, alors qu'il n'y en a pas un seul qui a voté pour eux aux dernières législatives. On marche sur la tête. Et les syndicats des salariés qui ne disent rien, qui ne comprennent rien ou qui laisse faire ! Bande d'abrutis ! 

http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-9569278-quel_programme_en_matiere_de_competitivite_des_ent.html

 

Ce qu'il faut mettre en oeuvre, c'est une réforme d'ampleur de nos régimes de retraite, qui rétablisse de manière certaine leur équilibre financier.

1. Relèvement de l'âge de départ à la retraite à 65 et 67 ans comme dans les autres pays européens, par souci de justice sociale : il n'y a pas de raison que les plus jeunes des salariés doivent travailler jusqu'à 70 ans, mais que les salariés plus âgés puissent partir aujourd'hui ou demain à 60 ou 62 ans ! Evidemment, il faut prendre en compte la pénibilité physique du travail : comment comparer un maçon et un enseignant ou un employé de bureau ? Comment leur demander à tous de travailler jusqu'à 67 ans ?

2. Il faut aussi diminuer les retraites à hauteur des déséquilibres financiers, à la fois pour le régime général ou pour les régimes complémentaires, afin que l'on cesse de cotiser à fonds perdus, voire de manière croissante, pour des régimes qui de toute façon seront en faillite à l'heure de notre départ en retraite.

3. Il faut cesser de faire croire que les salariés français sont attachés au régime de retraite par répartition, comme le gouvernement français l'assène sur tous les fronts médiatiques. Personnellement, je veux un régime de retraite dans lequel ce que je percevrais sera fonction de ce que j'aurais cotisé, et dans lequel je n'aurais pas cotisé pour des nèfles, à fonds perdus. Et un régime par capitalisation offre une bien meilleure visibilité. Mais évidemment, il faut bien faire payer par les salariés actuels l'imprévoyance des salariés d'hier et de retraités de demain ! Et plus ce régime par répartition continue de fonctionner, plus nous cotisons dans le vide et plus nos retraites futures seront fictives.

 

C'est plus largement le choix de la privatisation de nos régimes de retraite et de sécurité sociale qui est aujourd'hui en jeu. Combien d'années encore les salariés cotisants accepteront-ils de cotiser à fonds perdus dans un régime de retraite et de sécurité sociale moribond, qui ne leur permettra d'en profiter, pour permettre juste de payer pour une fraction actuelle de vieux nantis profiteurs ?

 

Sous une autre forme, c'est exactement ce que dit par Marc Roche dans cet article du Monde ... «Les privilèges dont bénéficient aujourd'hui les baby-boomers et qu'ils défendent bec et ongles imposent un fardeau financier sur les nouvelles générations, préjudiciable sur le plan écoonomique.»

http://www.lemonde.fr/economie/article/2013/08/27/le-jeune-pauvre-et-le-vieux-riche_3467020_3234.html

 

 

Réflexion quatorze (20 mars 2011)
L'équilibre des régimes de retraite complémentaire en négociation ...


La situation des régimes de retraite complémentaire ARRCO et AGIRC n'apparaissait pas en tant que tel dans le projet de réforme des retraites de l'année dernière. Ces régimes de retraite sont gérés de manière paritaire par les syndicats et le patronat, et viennent de faire l'objet de négociations concernant leur équilibre, négociations qui viennent de s'achever avec un accord qui ne reçoit pour l'instant que la signature de la CFDT et du patronat.
http://social.blog.lemonde.fr/2011/03/20/retraites-complementaires-pour-quelques-milliards-deuros/

http://social.blog.lemonde.fr/2011/03/19/retraites-complementaires-le-contenu-de-laccord/

http://www.lesechos.fr/medias/2011/0320//0201237257786_print.pdf

 

Les quatre autres centrales syndicales (CGT, FO, CFTC et CGC) s'interrogent soit sur le sens d'une signature de cet accord, soit au contraire d'une opposition à ce texte. Pour que l'opposition soit légalement valide, il faudra qu'elle regroupe trois centrales syndicales sur cinq. Avec le danger de s'opposer à un texte peut-être insuffisant pour les syndicats mais malgré tout favorable, avec la reconduction jusqu'en 2018 de l'accord sur l'AGFF, finançant les retraites complémentaires avant 65 ans ...

http://www.lesechos.fr/economie-politique/france/actu/0201239725338-l-accord-en-ballottage-legerement-favorable.htm

 

Le fond de cette négociation, ce qui démontre que la réforme de l'année précédente était de toute façon nécessaire, c'est la situation déficitaire des deux régimes de retraite complémentaire à partir de 2009. Leur déficit s'est établit à 3,6 milliards d'euros en 2010, et leurs réserves accumulées (61,9 milliards d'euros pour l'ARRCO et 18,7 milliards d'euros pour l'AGIRC à fin 2009) seront épuisées en 2023 pour le régime AGIRC et en 2033 pour le régime ARRCO. Sans la réforme des retraites de l'année dernière, leurs déficits se seraient établis à 117,2 milliards d'euros en 2030 (en cumulé) et à 13,5 milliards d'euros par an en 2050.

 

L'accord auquel sont arrivés les négociateurs patronaux et syndicaux ne résout pas de manière pérenne le problème de financement des régimes de retraites complémentaires. De petites demi-mesures ont été prises pour réduire les déficits des deux régimes (limitation des avantages familiaux, diminution du rendement du régime AGIRC au niveau du régime ARRCO), sans sauvegarder le système de retraite par répartition, dans lequel, il faut le rappeler, les cotisants actuels financent les retraités actuels, sans avoir aucune certitude sur l'existence de ce régime lorsqu'ils seront eux-mêmes en retraite ... Les syndicats de salariés parlent de sauvegarder le système de la retraite par répartition, mais ce système est surtout un jeu de dupes ... les derniers cotisants (notre génération ? la génération de nos enfants ?) seront les dindons de la farce ; ayant cotisé pour les autres sans rien obtenir en échange ...

 

Il faut surtout noter les divergences majeures de préoccupation des unes et des autres parties à cette négociation. Les syndicats de salariés voulaient ainsi obtenir une augmentation des cotisations AGIRC et ARRCO, augmentation que le patronat ne voulait pas ... Et pourtant, y a-t-il un accord des salariés eux-mêmes sur cette proposition, alors que les taux de cotisation actuels en matière de retraite représentent déjà une part importante de nos rémunérations, et que nous les finançons peut-être déjà sans espoir (toute personne qui devrait partir à la retraite après les années 2030 n'a aucune certitude de bénéficier d'un niveau de retraite décent) ?

 

A noter que c'est effectivement la position des syndicats non signataires comme la CGT mais eux appellent à un relèvement des taux de cotisation (pour l'ARRCO et l'AGIRC), supportés par les salariés, voire à des financements du 'capital' dans le cadre de la retraite SS ... Mais pourra-t-on supporter toujours plus de prélèvements sur nos salaires pour financer peut-être toujours à fonds perdus les retraites de baby-boomers, qui auront bénéficié à plein de notre société, des ressources de notre planète, et qui ne nous laisseront que des ruines et des dettes ?

 

A noter également les attentes des syndicats de cadres contestant le rapprochement des rendements des régimes AGIRC et ARRCO ... Alors pourtant que dès 2009, seul le régime AGIRC était déficitaire (déficit technique de -2,03 milliards d'euros contre un excédent de +0,9 milliard d'euros pour le régime ARRCO), que ces réserves financières sont plus de trois fois inférieures à celle des caisses ARRCO (bien que le régime AGIRC ait été créé quelques années avant le régime ARRCO (1947 contre 1961) ... Ce qui témoigne soit d'un moindre souci de saine gestion, soit d'une démographie moins favorable (un rapport de 1,48 cotisant pour 1 retraité en 2009 pour l'AGIRC contre 1,56 pour l'ARRCO ... et une espérance moyenne de vie à 60 ans supérieure de plus d'un an pour les hommes et pour les femmes pour le régime AGIRC par rapport au régime ARRCO) ... Et qui devrait inciter les syndicats de cadres à plus de retenue et à plus de souplesse dans leurs revendications ...

http://www.agirc-arrco.fr/qui-sommes-nous/chiffres-cles/

 

Comme l'écrit le journaliste des Echos, ici se situe «l'enjeu caché de cette négociation qui explique en partie l’attitude hostile de la CGC. Le plus frappant est que les règles de l’Arrco (tous les salariés) et de l’Agirc (les cadres) sont de plus en plus les mêmes. La spécificité cadre disparaît. D’où la question : l’Agirc est-elle encore nécessaire ? Voilà l’enjeu institutionnel et social caché.»

http://blogs.lesechos.fr/dominique-seux/retraites-complementaires-l-enjeu-cache-de-la-negociation-a5373.html

 

 

Réflexion treize (24 octobre 2010)
Syndicalisme, terrorisme, blocus ...


Où se trouve la limite entre l'exercice légitime du droit de faire grève, et l'action terroriste visant à gêner le plus possible les autres citoyens, sur la base présupposée et auto-proclamée d'un appui majoritaire de la population en leurs revendications ?


Il me semble que c'est une question indispensable à se poser personnellement. Où s'arrête une grève légitime et légale ? Où commence l'action illégitime, illégale, terroriste ? Les manifestants se réfugient, se sentent légitimisés, par certains sondages qui feraient état que 60% à 70% des français seraient favorables aux manifestations. Mais on fait dire un peu ce que l'on veut aux sondages, et on leur donne l'importance que l'on veut également.

 

Sauf erreur de ma part, au début de la présentation de la réforme des retraites, les sondages donnaient une majorité des français favorables à la réforme. Cela n'a pas empêché les mêmes syndicalistes d'appeler à des manifestations contre cette réforme. Ces sondages permettent aussi de renverser la charge de la preuve. Lorsque les manifestants (les émeutiers il faudrait mieux dire) font face dans leurs barrages (dont l'objectif est de gêner le plus possible les déplacements des autres, d'emmerder le plus possible les autres), à des camionneurs ou à des automobilistes énervés, ils peuvent se réfugier derrière cette auto-légitimisation (notre action est approuvée par 70% des français) qui transforment les mécontents en des traitres minoritaires qui ne se voient pas reconnus du coup le droit à manifester leur opposition aux blocages et aux manifestations.

 

Cette auto-justification présente ainsi le paradoxe de faire des émeutiers, des manifestants, des terroristes prenant en otage le reste de la population, les seuls représentants légitimes de la contestation ; les autres minoritaires n'ont alors selon eux d'autres choix que de fermer leur gueule, de se cacher, en attendant que les émeutiers ne gagnent leur combat ... Et dans leur royale bonté, les émeutiers accepteront même plus tard que les autres minoritaires puissent bénéficier également du droit à cette retraite qu'ils n'auront pas défendue.


C'est un des paradoxes de ces mouvements de grève, de ces scènes d'émeutes qui peuvent très facilement déraper, qui sont toujours à deux doigts de basculer dans la violence, entre un groupe galvanisé par la rébellion, qui se croit investi d'un rôle supérieur, et des éléments individuels qui sont par nature incontrôlables, inconnus, parfois extéreurs, dans les syndicats ignorent le plus souvent les capacités et les objectifs ... Les syndicats jouent avec le feu dans de telles situations ... et n'en assument même pas les risques ... en cas de débordements (automobiliste récalcitrant pris à partie devant sa voiture caillassée à un barrage), ils auront beau jeu de mettre la faute sur le gouvernement qui sera responsable selon eux du pourrissement de la situation dû au non-retrait du texte ...


Je ne comprends toujours pas ce mouvement de contestation puisque cela fait des années que je milite pour le relèvement de l'âge légal de départ à la retraite. Je ne comprends pas quelles autres solutions pourraient être apportées aux problèmes de financement des retraites selon les syndicats ... De même que je trouve que les raisons qui conduisent les syndicats et les manifestants à cette extrémité sont complètement creuses et populistes.


1) On pourrait faire financer par le capital les retraites des salariés et régler les problèmes de financement des retraites ? Un argument populiste ... Le jour où il y aura autant de retraités que d'actifs, ce ne seront pas des taxes sur le capital qui permettront de trouver le financement des retraites à verser. La seule solution pérenne est de diminuer le nombre de retraités, de préserver un certain rapport entre actifs et retraités, solutions qui passent forcément par un relèvement de l'âge de départ en retraite, ou alors, autre solution, par des solutions eugénistes : disparition/élimination physique des retraités sur-numéraires ...


2) Lorsqu'il s'est agit de sauvegarder les banques, l'état n'a pas eu de problèmes pour trouver des dizaines de milliards d'euros ... Mais quand il s'agit des retraites ... Un argument tout aussi populiste. Les financements nécessaires apportés aux banques françaises étaient le plus souvent des avances, remboursées, apportées par la Banque de France ... Les établissements bancaires ont même remboursé les avances en fonds propres qui leur ont été faites pendant la crise ... Les financements des retraites qui sont déjà nécessaires et qui seront nécessaires dans quelques années ou décennies devront être apportées de manière croissante chaque année. Les deux mécanismes n'ont rien à voir. D'un côté, un financement à fond perdu des retraites ... de l'autre des avances consenties et remboursables pour sauvegarder un système financier, qui, s'il s'était effondré, aurait ruiné des millions d'épargnants dont faisaient partie ces mêmes manifestants ...


Je ne peux que rappeler mon incompréhension et ma certitude qu'une réforme de l'âge de départ en retraite me semble inéluctable, quelque soit la forme que puisse prendre cette réforme. Il existe un certain rapport entre le nombre de cotisants et le nombre de retraités qu'il me semble qu'il faut à tout prix maintenir (un retraité pour deux ou trois actifs) ... rapport qui, lorsqu'il se dégradera, devra entraîner un relèvement de l'âge de départ en retraite ... Et sauf erreur de ma part, ce rapport est aujourd'hui déjà dégradé, comme en témoignent les déficits des régimes ARRCO et AGIRC, et rend indispensable de relever l'âge de départ en retraite.

 


Réflexion douze (20 octobre 2010)
A quoi conduiront les manifestations ...


Grève générale, blocages, blocus ... la situation sociale en France se dégrade franchement au cours de ces derniers jours avec le pourrissement des mouvements sociaux et leur extrêmisation ... Ce qui pose de nouveau problème en France à l'occasion de cette réforme et de ce mouvement social, c'est l'impossibilité de réformer consensuellement la France avec des décisions courageuses des partis politiques des différents bords et l'accord des organisations syndicales ... Alors que des décisions comparables de recul de l'âge de départ en retraite ont été prises dans la majeure partie des pays européens qui nous entourent, cela semble beaucoup plus difficile en France et cela ne se fera pas sans manifestations monstres, blocages généraux et effusion de sang ...


Evidemment, le simple fait que les mêmes décisions aient été prises chez nos voisins n'est pas un argument suffisant ; des mesures libérales pouvant être prises partout sans que ces mesures ne soient malgré tout justes. Mais il n'en va pas de même dans le cas des retraites. Devant les déficits qui gonflent, il faut obligatoirement agir sur certaines variables des retraites : âge de départ, durée de cotisation, niveau et assiette des cotisations, montant des retraites ...


Le problème que je vois dans les mouvements sociaux qui agitent actuellement la France, c'est l'absence de regard à moyen terme des partis politiques et des syndicats qui appellent à manifester ou à tout bloquer, ainsi que les manipulations utilisées. Dans les universités et les lycées, des leaders estudiantins ou lycéens (instrumentalisés ou simplement attirés par la médiatisation ... la représentante des lycéens que j'ai vu dans le Grand Journal de Canal Plus était excellente, bien meilleur en tout cas que le syndicaliste à ses côtés effacé et pathétique) appellent les jeunes à manifester en leur expliquant qu'en commençant à travailler après leurs études, à 25 ans, ils devront travailler jusqu'à 67 ans et peut-être demain à 69 ans ou 70 ans.

 

Mais ce problème n'est pas né de cette réforme. C'est ce qui attend cette génération comme les générations précédentes. De tout temps, en choisissant des études longues, les jeunes ont toujours retardé l'âge de leur premier boulot (et donc de leur indépendance vis-à-vis de leurs parents) et par voie de conséquence l'âge de leur départ en retraite. Mais en échange, ils peuvent prétendre à des salaires plus élevés plus rapidement, à des emplois plus qualifiés sans passer par des postes d'exécution, et surtout acquièrent une protection, un sésame, en cas de période de chômage (sésame dont on peut certes interroger l'utilité aujourd'hui). Que veulent ces jeunes étudiants ? Toucher l'argent du beurre et le beurre, ainsi que l'estime de la crêmière ? Cotiser 35 ans mais toucher une retraite aussi élevée qu'un salaire d'activité ?


C'est cela qui me pose problème. Derrière des arguments faciles et dévoyés, se cache la désinformation et la manipulation. A entendre les manifestants, leurs leaders, les dirigeants des organisations syndicales, les responsables du parti socialiste, il n'y aurait aucun problème sur les retraites. Or, cela fait des années qu'il aurait fallu prendre des décisions courageuses en la matière, en relevant cet âge de départ en retraite, en mettant fin à cette aberration qui veut que des salariés de 50 ans à peine ne rêvent plus que d'une chose : leur futur départ en retraite, ce qui gèle leur carrière, leur envie de travailler, leur capacité à évoluer professionnellement ... si tenter que leurs employeurs leur en laissaient la possibilité.


A entendre les manifestants, leurs leaders, les dirigeants des organisations syndicales, les responsables du parti socialiste, il n'y aurait aucun problème de financement des retraites ? Tout serait inventé par le gouvernement ? Evidemment, il peut paraître difficile de croire ce gouvernement et ce président, amis des plus riches de nos concitoyens ou de ceux exilés en Suisse ou ailleurs, dont toutes les décisions politiques semblent uniquement être prises en la faveur de ces derniers ... Comment les croire lorsqu'ils disent que cette réforme est nécessaire, que les efforts sont partagés ? Comment les croire lorsque le ministre chargé de défendre ce projet est Eric Woerth, sur la probité duquel je ne m'avancerais pas ... mais qui est connu pour avoir la légion d'honneur facile pour les puissants et les généreux donateurs de l'UMP et de son propre parti personnel ...


Ce qui pose néanmoins problème, c'est de faire cependant croire qu'il n'y a pas de problème en matière de retraite. Il y a urgence à prendre des décisions de rééquilibrage des régimes de retraite obligatoires. Pour régler ce problème, à défaut de relever l'âge de départ en retraite, il suffirait peut-être au gouvernement d'imposer aux organismes paritaires chargés de la gestion des régimes de retraites (régime général de la CNAV, caisses ARRCO et AGIRC, Ircantec) de ne jamais déroger à la règle de l'équilibre ... c'est-à-dire de leur imposer au minimum de couvrir les retraites versées avec les cotisations perçues une année durant ... De telle sorte, ces régimes de retraites se verraient imposer de diminuer les retraites versées au niveau des cotisations perçues ... ou d'augmenter les cotisations perçues ... Mais ce serait des décisions paritaires à prendre ... particulièrement impopulaires ... mais que les syndicats auraient rendu obligatoires par leur intransigeance dans le mouvement des retraites ... Trop simple de toujours dire NON à tout sans en payer les conséquences ... car on verrait alors les retraités (et les mêmes syndicats ?) descendre dans les rues pour contester la baisse de leur retraite.


Car c'est ce qui arrivera de toute façon par la suite. Si on ne touche pas à la durée de cotisation ou à l'âge de départ en retraite, il faudra bien au final agir sur le montant des retraites, soit pour tous les retraités d'une manière assez insensible (une baisse de quelques pourcents ou une absence de revalorisation pendant quelques années), soit seulement pour les nouveaux (ou les futurs) retraités, et dans ce cas d'une manière drastique, ce qui imposera alors une très forte baisse des pensions de retraite pour ces mêmes jeunes qui s'alarment déjà de partir tardivement, et qui ne toucheront alors que des sommes dérisoires, s'ils touchent un jour quelque chose ...

 

De l'imbécilité des manifestants d'aujourd'hui dans ce conflit social, manipulés mais heureux de l'être, qui croient combattre pour leur avenir et celui de leurs enfants, mais qui creusent en fait leur propre tombe ... ou du moins celui de notre régime de retraite ... Evidemment, ils appellent le gouvernement à ouvrir des négociations avec les partenaires sociaux ; négociations que ces mêmes organisations syndicales salariales ont pourtant refusé d'ouvrir ces derniers mois, privilégiant le conflit social pour faire plier le gouvernement, quitte à ne pas pouvoir influer sur les propositions du gouvernement ... Choix idiot, qui eusse pu être payant en cas de victoire, et qui ne leur sera même pas imputer par leur base en cas d'erreur ...

 


Réflexion onze (16 octobre 2010)
Le retrait, mais après ...


Il y a de bons et de mauvais arguments d'un côté et de l'autre des parties dans ce débat.


Pour le gouvernement, le fait de dire que cette réforme est faite en pensant en premier lieu aux jeunes, c'est un bon argument. Il est vrai que ce sont les plus jeunes générations qui seront très certainement perdantes en l'absence de remise en cause rapide de la situation des retraites. Quelques classes d'âge supplémentaires pourraient vraisemblablement encore partir à 60 ans en l'absence de réforme, mais il est sûr et certain que les lycéens et étudiants d'aujourd'hui devront subir dans quelques années ou décennies une réforme drastique des conditions de départ en retraite si rien n'est fait d'ici là ... Mais en même temps, annoncer à des étudiants et lycéens inquiets de se retrouver au chômage à la fin de leurs études, alors que le taux de chômage dépasse 10% de la population active et concerne avant tout les jeunes et les travailleurs de plus de 50 ans, que l'on va repousser le nombre de départs en retraite dans les prochaines années, c'est particulièrement malheureux.


En face, il ne faut pas nier que les syndicats défendent essentiellement sur ce point une catégorie de français relativement âgés (plus de 45 ans) majoritaires parmi leurs addhérents et plus encore parmi les responsables syndicaux et ceux ayant un mandat de représentation. Ce combat sur les retraites prend-il vraiment en compte la situation de tous les français, aussi bien les retraités actuels que les plus jeunes et les enfants ?


Mais le gouvernement de son côté use aussi d'arguments fallacieux. S'appuyer sur des statistiques qui font état que l'âge moyen de départ en retraite est actuellement de 61 ans et demi et que la proposition du gouvernement ne changera donc rien est une faute logique. On ne peut pas comparer une moyenne de 61 ans et demi, entre des gens qui partent à 60 ans (voire avant grâce aux rachats autorisés de trimestres) et ceux qui partent à 65 ans ... et la date buttoir des 62 ans du gouvernement. La nouvelle moyenne qui sera observée après cette réforme risque d'être très proche de 63 ans et demi, entre ceux qui partiront à 62 ans contraints et forcés, et ceux qui partaient auparavant après 62 ans (s'ils ne changent pas leurs habitudes) jusqu'à 67 ans désormais voire 70 ans.


Par ailleurs, demander aux parents de faire attention à leurs enfants lycéens (ou étudiants) pour qu'ils ne manifestent pas dans les rues, parce que le gouvernement lâche dans ces mêmes rues des policiers et des gendarmes mobiles fous et agressifs, est proprement ahurissant. En lisant cette intervention ministérielle, on se demande si on est encore dans une démocratie, si on ne se trouve pas dans un quelconque pays de non-droit, dans une dictature, comme l'Iran, la Russie de Poutine ou la Birmanie ? Où va la France sous l'ère Sarkozy ?


Néanmoins, dans le cas hypothétique où le projet de loi sur les retraites ne passerait pas, ce qui sauf erreur de ma part est l'objectif poursuivi par les syndicats, quelles seraient alors les propositions des syndicats sur le sujet ? Parce que ce que l'on oublie, c'est que les caisses de retraite complémentaires ARRCO et AGIRC (sans parler de la Sécurité Sociale - CNAV) étaient en déficit en 2009 (ainsi qu'en 2010), ce que les syndicats savent parfaitement puisqu'ils les co-gèrent avec les syndicats patronaux. Une réforme à très court terme sera nécessaire, soit en relevant les taux de cotisation (ou d'appel), soit en diminuant les futures retraites (c'est-à-dire le taux de conversion) ou l'ensemble des retraites (piste peu probable mais qui serait beaucoup plus indolore ... au lieu de baisser toutes les retraites de 3%, il faudra peut-être baisser de 20% à 40% les seules prochaines retraites), à défaut de pouvoir jouer sur une réforme plus étalée dans le temps repoussant l'âge de départ en retraite ...


Donc quelles sont les propositions des syndicats ? Faire payer les riches et le capital ?

 


Saucratès

 

 

Mes écrits précédents sur le sujet :

1.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1977455-debat_sur_les_retraites__1_.html

2.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-1977460-debat_sur_les_retraites__2_.html


16/10/2010
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Débat sur les retraites (2)

Réflexion dix (8 octobre 2010)
Mon incompréhension devant la position des jeunes vis-à-vis de la réforme sur les retraites (suite)


Comme je l'indiquais précédemment, il existe quatre variables sur lesquelles on peut agir pour équilibrer un régime de retraites : agir sur le nombre de cotisants (1), sur le nombre de retraités (2), sur le montant des retraites (3) et sur le niveau des cotisations de retraite (4). On peut également modifier le système du régime de retraite, entre trois possibilités : un régime par répartition, un régime par capitalisation, un régime en comptes notionnels. Mais la modification de la forme du régime de retraite reviendrait dans les faits à agir sur l'une des variables évoquées ci-dessus.

Concernant la variable n°4 (agir sur le niveau des cotisations de retraite), j'avais à peu près répondu à la question en rappelant que les taux de cotisation pour les régimes obligatoires de retraite s'établissaient à 23,95% (9,75% à la charge des salariés et 14,20% pour les charges patronales) jusqu'à la tranche A et à 21,70% (8,10% pour la part salariale et 13,60% pour la part patronale) pour les tranches B et C. Il me semble illusoire de défendre l'idée d'une majoration de la seule part patronale, en sachant que la majeure partie de ces régimes de retraites obligatoires sont gérés de manière paritaire, c'est-à-dire par un nombre égal de représentants des organisations syndicales de salariés et de représentant du patronat. Pour les taux ARRCO et AGIRC, il faut ainsi prévoir qu'une augmentation des taux de cotisation se partagera presque inévitablement entre une hausse des parts salariales et patronales ... Ceux qui militent pour un relèvement des cotisations de retraite envisagent ainsi de faire contribuer toujours plus les salariés au financement des retraites ; effort qui portera essentiellement sur les plus jeunes salariés, qui seront concernés beaucoup plus longuement que les travailleurs les plus âgés. A moins d'évoquer une piste alternative et de faire cotiser les retraités pour le paiement de leur retraite, mais cela conduira inévitablement à un abaissement des pensions de retraite, c'est-à-dire à la variable n°3.

La variable n°3 (agir sur le montant des retraites) est pour sa part plus ou moins exclue des discussions et elle n'est pas évoquée. Selon le gouvernement, la réforme proposée a justement pour objet de ne pas se voir conduire les prochaines années à ce genre de solutions drastiques d'abaisser le montant des retraites. En même temps, la hausse de la durée de cotisation revient à cette même idée ; cotiser plus longtemps pour maintenir le niveau de remplacement. Et il est fort probable que les taux de remplacement que les jeunes lycéens ou étudiants aujourd'hui pourront obtenir demain, à l'âge de leur retraite, sera très différent des niveaux de remplacement que les retraités d'aujourd'hui peuvent obtenir ...

La variable n°1 (agir sur le nombre de cotisants) est tout autant intouchable. Il est évident que cette variable ne dépend pas de la négociation sociale, mais de la situation économique de la France et de l'évolution de facteurs démocraphiques. A la rigueur, le gouvernement et les partenaires sociaux ne peuvent intervenir sur cette variable qu'en reculant ou en avançant l'âge légal de départ à la retraite, ou en modifiant les durées de cotisation nécessaires pour une retraite à taux plein.

Ainsi, la variable n°3 (agir sur le nombre de retraités) demeure la seule variable sur laquelle il est possible d'agir véritablement, en avançant ou en reculant l'âge de départ à la retraite. Plus il y aura de retraités à indemniser, plus le coût en sera élevé, à la charge des actifs en âge de travailler ... L'une des manières est de remonter l'âge de départ en retraite, par un relèvement de l'âge légal ... Une autre manière étant de relever le nombre de trimestres nécessaires pour pouvoir partir à taux plein, ce qui revient, on l'a vu, à diminuer les niveaux de retraites à verser ...

De tous les citoyens français, les lycéens, les étudiants et les plus jeunes des salariés sont les premiers à être concernés par l'importance de ce débat, mais en aucun cas par le problème sur le relèvement de l'âge légal de départ à la retraite. De toute façon, au train où vont les choses, tout particulièrement si les manifestants l'emportent aujourd'hui face au gouvernement, ce n'est pas à 62 ans ou 67 ans qu'ils doivent prévoir de prendre leur retraite mais jamais ; ils paieront toute leur vie pour une retraite dont ils ne verront jamais la couleur, même à 90 ans, parce qu'il leur faudra financer la retraite des classes d'âge qui auront continué pendant quelques décennies à partir entre 58 ans et 60 ans. 



 

Réflexion neuf (9 septembre 2010)
Mon incompréhension devant la position des jeunes vis-à-vis de la réforme sur les retraites


Je me limiterais ici à m'intéresser à la position d'un certain nombre de jeunes lycéens et étudiants vis-à-vis de la réforme des retraites. Evidemment, j'ai été moi-aussi un jeune étudiant et j'ai manifesté et contesté contre une réforme de l'université en 1986 (contre le projet du ministre délégué Alain Devaquet ... cf. un récit de ces évènements). Le fait d'avoir participé à ce mouvement estudiantin m'a marqué politiquement pour de nombreuses années, faisant de moi un gauchiste pour quelques temps.

Je sais pour l'avoir vécu (phrase qui n'aurait pas de sens si l'on suit Wittgenstein ... lire «De la certitude») qu'il suffit de très peu d'arguments pour mobiliser des jeunes, qu'ils soient étudiants ou lycéens, et que la joie d'en découdre avec le pouvoir, de s'opposer aux projets d'un gouvernement, est bien souvent suffisant. J'ai également remarqué que les mêmes raisons poussent depuis 1986 les contestations et les manifestations estudiantines et servent d'arguments à leurs meneurs : le risque de privatisation de l'université.

Les jeunes qui se rangent derrière les manifestations syndicales et politiques contre la réforme des retraites se disent donc inquiets pour leur retraite, craignant que du fait de cette réforme, ils ne puissent plus partir en retraite. Evidemment, ils seront effectivement concernés par un relèvement de l'âge de départ en retraite des générations actuelles. Mais je n'ose croire que ces jeunes, même pas encore entrés dans le monde du travail, puissent déjà penser à leur future retraite !

Je me hasarderais ainsi à quelques explications pour essayer de leur faire entendre raison. Le système de retraite existant en France repose sur la répartition, c'est-à-dire que les cotisations des actifs à un instant T payent les retraites des inactifs à ce même instant T. Il existe deux autres régimes de retraites possibles : la retraite par capitalisation (chaque actif se constitue un capital qui servira pour lui servir une rente pour sa retraite ... système des pays anglo-saxons, qui existait en France dans la première moitié du vingtième siècle et qui s'est effondré avec la seconde guerre mondiale) et les comptes notionnels (système mis en place dans les pays nordiques européens).

Dans un système de retraite par répartition, il doit y avoir un équilibre entre le nombre de cotisants, le nombre de retraités, le montant des retraites et le niveau des cotisations. C'est une simple équation à quatre inconnues, chaque variable pouvant participer à l'équilibre général. Au jour d'aujourd'hui, les régimes par répartition de l'AGIRC et de l'ARRCO sont devenus déficitaires (les cotisations de l'année ne couvrant plus les prestations de retraite versées en 2009) conduisant ces régimes à ponctionner environ respectivement 3% et 6% de leurs réserves financières pour équilibrer leurs comptes (2009). A ce régime-là, alors que les classes d'âge nombreuses du baby boom commencent à peine à passer en retraite, les régimes AGIRC et ARRCO vont devoir trouver des solutions pour équilibrer leurs comptes ... Ces régimes sont gérés paritairement, c'est-à-dire par des représentants en nombre égal du patronat et des organisations syndicales ...

Sur les quatre variables sur lesquelles on peut agir pour équilibrer un régime de retraite, on peut évidemment augmenter les taux de cotisations payés par les salariés et les entreprises. Cette variable a été régulièrement utilisée au cours des dernières décennies. Il est aujourd'hui considéré que les cotisations atteignent des niveaux que l'on ne peut plus relever :
- 14,75% pour la sécurité sociale sur la tranche A (dont 6,65% à la charge du salarié) auquel il faut rajouter 1,70% sur le salaire total (dont 0,10% à la charge du salarié)
- 7,50% sur la tranche A (dont 3% à la charge du salarié ... parfois 3,75%) pour les régimes complémentaires (ARRCO et AGIRC) et 20% (20,30% pour l'AGIRC) sur les tranches B et C (dont 8% à la charge des salariés).

Les cotisations salariales de retraite représentent ainsi 9,75% du salaire brut des salariés en dessous de la tranche A (un peu plus de 30.000 euros de salaire annuel) et 8,10% au delà de la tranche A. Au-delà de huit fois le plafond, il n'y a plus de cotisations (sauf 0,10%), ni de droits à retraite. Les cotisations patronales représentent pour leur part 14,20% en dessous de la tranche A et 13,60% pour les tranches B et C.

L'augmentation de ces cotisations (salariales) aurait pour conséquence immédiate une baisse des salaires et du pouvoir d'achat des salariés. Mais elle aurait surtout l'inconvénient de toucher de manière durable les jeunes travailleurs, qui y resteront soumis pendant des décennies, alors que les travailleurs plus âgés, proches de la cinquantaine n'y seront soumis que provisoirement.

L'interrogation de ces jeunes sur le devenir des retraites, je le comprends, je me suis interrogé de nombreuses années durant ; à quoi cela sert-il de cotiser à vide, pour rien, pour des caisses de retraite, sans être certain que cela servira à quelque chose, que cela existera encore le jour où je partirais à la retraite, surtout au niveau de cotisations auquel nous sommes soumis (9,75% jusqu'au plafond de la sécurité sociale). Le fait de se poser cette question sur le devenir des retraites est normal. Je me suis toujours dit que rien ne changera tant qu'il n'y aura pas un mouvement de contestation des jeunes salariés qui refuseront de continuer à payer à vide pour les retraites des plus vieux.

Ce qui est moins normal, c'est, comme pour ces jeunes lycéens et étudiants, de s'associer à ce genre de manifestations anti-gouvernementales, comme s'ils pouvaient croire que les organisations syndicales de salariés avaient vraiment à coeur de représenter l'ensemble des citoyens français, et non pas principalement la classe d'âge qui s'approche aujourd'hui de l'âge de la retraite, sans aucun égard pour la classe d'âge des jeunes lycéens, étudiants ou salariés récents. Ceux-ci ne sont pas en effet syndiqués auprès de ces centrales syndicales, et leurs dirigeants sont tous plus proches de la cinquantaine que de la vingtaine d'années !


Réflexion huit (7 septembre 2010)
Mobilisation

Que penser du projet de réforme des retraites présenté par le gouvernement et dont l'étude par le parlement a démarré ? Faut-il faire grève ? Pour quelles raisons, pour quels objectifs ? Ce sont quelques questions qu'un certain nombre de français doivent vraisemblablement se poser ces derniers temps.

Nous assistons il me semble à un conflit entre d'un côté des syndicats qui semblent avoir pour unique objectif de faire reculer le gouvernement, des salariés qui veulent contester la politique de Nicolas Sarkozy, un parti socialiste et des partis d'opposition qui s'opposent, et de l'autre un gouvernement libéral qui tente de vendre une réforme qui va devenir impopulaire. Mais où se trouve la sagesse et le courage dans cette affaire ; il n'est pas certain que ces valeurs se trouvent du côté des manifestants.

Les syndicats, au coeur de la contestation sur les réformes semblent s'enfermer dans une opposition acharnée. Ils ne peuvent valider la réforme proposée par le gouvernement sans se mettre à dos les masses de manifestants contestataires bien français, et sans risquer de perdre leurs précieux adhérents. Leurs arguments reposent sur l'injustice de la réforme (mais ils ne nous expliquent pas ce que serait une réforme juste si ce n'est qu'elle ne change rien et que son financement ne repose que sur les contribuables plus riches qu'eux, forcément trop riches ...) ainsi que sur le fait que le projet ne règle pas tous les déséquilibres à venir des régimes de retraite ...

En un sens, nous nous trouvons face à une situation de blocage dont la France est une spécialiste et une habituée depuis plus d'une décennie et la réforme ratée de Juppé, en 1997. L'âge de départ en retraite a été relevé partout ailleurs en Europe de manière concertée, à 65 ans et au-delà ... Cela ne pose problème qu'en France ! La France est un drôle de pays où les salariés rêvent de retraites dès la cinquantaine écoulée, parfois même bien avant.

Il me faut répondre à une contradiction ; j'ai fait grève aujourd'hui 7 septembre comme au mois de juillet, simplement pour donner aux syndicats qui nous représentent une légitimité suffisante face au gouvernement pour obtenir de nouvelles concessions, mais pas pour que le projet de réforme ne soit rejeté. Car je suis persuadé que cette réforme, et notamment le report de l'âge de départ à la retraite au-delà de 60 ans, est une nécessité. Par contre, le relèvement d'un point du taux maximum d'imposition sur les plus hauts revenus ne me semblent par exemple par suffisant. La création d'une nouvelle tranche d'imposition pour les revenus plus élevé me semblerait ainsi également nécessaire, en plus du relèvement plus important de cette tranche.

Que les salariés âgés d'une cinquantaine d'années face grève et militent pour l'abandon de ce projet me semble naturel ; cette réforme repousse en effet de deux ans l'âge auquel ils rêvent déjà de partir ... Que des salariés d'une quarantaine d'années s'y associent également, passe encore. Mais lorsque j'entends que de jeunes lycéens et de jeunes étudiants s'associent également à ces manifestations en faisant état qu'ils s'inquiètent de leur possibilité future de partir à la retraite ; je me sens interpelé. Cela n'a évidemment aucun sens. Cette réforme a justement pour objectif de sécuriser leur droit à une retraite ; en ne faisant rien comme le souhaitent les manifestants, ils courent justement le risque ne plus avoir de retraites dans le futur (bien que ce soit justement à démontrer). Pour avoir été étudiant, je sais que ces jeunes sont facilement manipulables par une personne habile, par des camarades doués dans l'art d'haranguer des foules,  et que l'envie de s'opposer à l'autorité (du gouvernement) présente un attrait irrépressible pour ces jeunes.

Je m'attacherais donc dans mes prochains posts à développer plus précisément les raisons qui me conduisent à défendre l'allongement de la durée de travail, de la durée de cotisation, et celles pour lesquels les plus jeunes de nos citoyens (ou apprentis citoyens) devraient au contraire revendiquer une réforme plus importante des régimes de retraite, et notamment de repousser plus nettement l'âge de départ à la retraite des générations qui les précèdent.


Réflexion sept (18 juin 2010)
Le projet gouvernemental de réforme des retraites (suite bis) ...

Que faut-il penser du projet présenté hier par le gouvernement sur les retraites ? Je reste persuadé que le recul de l'âge de départ en retraite au-delà de soixante ans est une nécessité. Partir à soixante ans me semble difficilement conciliable avec une espérance de vie qui dépasse quatre-vingt ans. Le projet du gouvernement de repousser l'âge de départ à la retraite à 62 ans d'ici à 2018 ne me semble pas condamnable. Le parti socialiste pose le problème des travailleurs ayant commencé jeunes à travailler, avant 18 ans, pour condamner ce recul de l'âge de départ en retraite. Pourtant, le parti socialiste est apparemment d'accord sur un allongement de la durée de cotisation, ce qui est une manière détournée, mais qui ne dit pas son nom, de repousser l'âge de départ à la retraite.

Je trouve peu de choses à critiquer dans la réforme proposée par le gouvernement sur les retraites. C'est un projet relativement équilibré, puisqu'il permet de maintenir un droit de partir à la retraite entre 58 et 60 ans justement pour les travailleurs ayant commencé à travailler tôt, ce que le parti socialiste défend lui-même. Ce projet ouvre également un droit pour les travailleurs handicapés de pouvoir partir avec une retraite sécurité sociale complète ... Evidemment, tout dépendra avant tout de la mise en application de ces différentes mesures. Pas d'interrogation possible sur l'application du recul de l'âge légal à 62 ans, et à 67 ans pour pouvoir bénéficier d'une retraite non pas à taux plein, mais sans abattement. Par contre, au-delà de cette principale mesure, les autres points dépendront de leur formulation exacte dans le projet de loi, et de leur mise en application.

Si les travailleurs ayant commencé à travailler jeunes peuvent toujours partir plus tôt que les autres, entre 58 et 60 ans, l'opposition du parti socialiste perdrait de sa justification. Et elle ne serait plus qu'une opposition idéologique à ce projet de loi, et non une défense de quelques cas particuliers de travailleurs ayant commencé à travailler jeunes.

Ce projet peut évidemment être encore amendé, pour sécuriser le droit de partir tôt en retraite pour ces travailleurs précoces, ou pour accroître le volet fiscalité de ce projet de réforme : le relèvement de 1 point du taux d'imposition de la plus haute tranche de l'impôt sur le revenu. La création d'une nouvelle dernière tranche, à 50% par exemple, me semblerait beaucoup plus intéressante et fiscalement rentable. Mais dans les faits, je ne serais pas étonné que ce gouvernement d'inspiration purement libérale ne préfère plutôt augmenter au final toutes les tranches d'imposition de 1 point, ce qui serait aussi particulièrement rentable (je vois bien cette modification surgir au cours du débat parlementaire, pour faire participer l'ensemble des contribuables à l'effort national).

Mais toutes ces oppositions posent un problème de légitimité.

1) Pour quelle raison des travailleurs ayant commencé à travailler tôt devraient-ils partir avant les autres à la retraite ? Cela sous-entend que ces travailleurs auraient vu leur santé être détériorée par leur entrée précoce dans la vie active, par opposition avec les autres travailleurs ayant commencé à travailler plus tardivement. C'est peut-être vrai. Mais il faudrait alors encore relever l'âge de démarrage de la vie professionnelle au-delà de 16 ans, à partir de 20 ans ou de 22 ans s'il est réellement dangereux pour notre santé de commencer à travailler trop jeune ! Mais relever l'âge de la scolarité obligatoire à 20 ans ou à 22 ans aurait-il un sens ? Cela correspondrait-il à une demande sociale ?

Par ailleurs, le simple fait d'avoir cotisé plus longtemps que les autres travailleurs constitue-t-il une injustice ? Pour quelles raisons, à partir du moment où les années de cotisations supplémentaires offrent une majoration de la retraite future, que ce soit la retraite de base ou les retraites complémentaires (par points).

Par opposition au parti socialiste, je ne suis pas persuadé que ces travailleurs aient un droit à partir en retraite plus jeunes. Par contre, il y a des métiers plus pénibles que d'autres. Travailler dans le bâtiment et les travaux publics fait courir beaucoup plus de risques que dans d'autres secteurs d'activité de service. Il me semble évident que partir à 62 ans ou 67 ans lorsque l'on travaille derrière un bureau est beaucoup plus acceptable que pour des travailleurs du bâtiment. C'est évidemment encore plus vrai si l'on a commencé à travailler tôt, dès 16 ans. Mais la légitimisation de cette mesure n'est plus alors celle avancée par le parti socialiste, mais celle de la pénibilité des tâches.

2) Le deuxième problème de légitimité que pose une contestation de cette réforme concerne l'égoïsme de tous ceux qui n'aspirent qu'à partir le plus tôt possible en retraite, pour en profiter le plus longtemps possible, sans s'interroger sur ceux l'équilibre du système global. Evidemment, ces personnes estiment avoir cotisé suffisamment longtemps pour leur retraite, ou pour les retraités passés. Je suis pour ma part convaincu que je devrais travailler beaucoup plus longtemps pour avoir droit à une retraite.

Evidemment, ces personnes estiment leur position est renforcée par un certain nombre d'arguments. Que la dégradation des comptes sociaux s'explique essentiellement par la crise financière. Que travailler plus longtemps n'a pas de sens quand tant de travailleurs âgés de plus de 55 ans sont exclus du marché du travail, ou que tant de jeunes galèrent pour trouver un travail.

L'égoïsme des uns et des autres se trouve ainsi excusé, transformé, recouvert d'une sorte de vernis de bonne conduite, de bonne citoyenneté, en déclarant que les retraités permettent à des jeunes de trouver un travail en les remplaçant à leur poste de travail. Ce que l'on appelle se donner bonne conscience à bon compte !

3) Enfin, il reste l'aberration de voir tant de travailleurs âgés d'à peine un peu plus de cinquante ans ne plus aspirer, ne plus attendre que de partir à la retraite, et qui passeront les dix ou quinze dernières années de leur vie professionnelle, lorsqu'ils ont la chance de bénéficer d'un travail, à se lamenter et à se traîner à leur travail, en aspirant plus qu'à partir. Moi, il y a quelque chose qui me déplait dans ce comportement : qu'y a-t-il après la retraite si ce n'est la mort ? Je ne vois dans la retraite qu'une dernière partie de la vie avec la vieillesse puis la mort au bout du chemin !


Réflexion six (25 mai 2010)
Du projet gouvernemental de réforme des retraites (suite) ...

Il semble que le gouvernement français ait parfaitement travaillé sa communication au sujet des retraites : préparation des esprits en amont avec la publication de sondages ; présentation du rapport du Conseil d'orientation des retraites (COR) en avril ; mise en avant de la concertation organisée avec les partenaires sociaux ; rencontre des leaders des différents partis ... L'opinion publique française, et nous-mêmes internautes, ferions-nous l'objet d'une manipulation médiatique ?
http://www.lemonde.fr/politique/article/2010/05/22/retraites-le-gouvernement-cherche-3-a-4-milliards-de-recettes-nouvelles_1361415_823448.html
http://www.lemonde.fr/politique/article/2010/05/24/retraites-cafouillage-gouvernemental-sur-la-retraite-a-60-ans_1362104_823448.html

Je suis en effet particulièrement satisfait du projet de réforme des retraites envisagé ... et il n'est pas inconcevable de penser que j'ai pu être manipulé par une bonne communication médiatique du gouvernement. Sauf que je partage depuis de nombreuses années l'idée qu'une réforme des retraites est indispensable et que le report de l'âge de départ à la retraite après 60 ans est nécessaire et indispensable, même s'il a pu être possible au cours des années 1981 à 2000. La raison est que je me vois mal faire supporter à mes enfants le poids du paiement de ma retraite pendant les vingt ou trente ans de ma retraite, si j'ai la chance de vivre jusqu'à là. Travailler trente ans durant (puisque les français rêvent très souvent à peine la cinquantaine passée de partir à la retraite) pour passer ensuite trente ans en retraite ne me semble en effet pas vivable à long terme sans faire supporter aux générations suivantes (nos enfants) un poids exorbitant et insupportable ! C'est d'ailleurs une opinion ancienne, qui n'a pas attendu la manipulation (s'il s'agit d'une manipulation) du gouvernement. Cela ne fera pas non plus de moi un électeur de l'UMP, car je ne me reconnais en aucun cas ni en l'UMP (sauf peut-être en Villepin), ni en Sarkozy.

Sur la question des retraites, on observe néanmoins un clivage important entre les syndicats, les partis politiques et l'opinion publique, qui pourrait facilement basculer entre une opinion et les autres. Les partis d'opposition de gauche mais également les syndicats manquent cruellement d'hommes publics courageux capables de prendre des décisions difficiles, comme de dire des choses désagréables aux français. Il est tellement plus simple de s'attaquer aux questions, aux interrogations, aux problèmes nés du chômage de masse.

Pourquoi retarder l'âge de départ en retraite puisque les entreprises licencient leurs seniors ?... et que les salariés âgés de plus de 55 ans sont majoritairement au chômage ?... Pourquoi retarder l'âge de départ à la retraite lorsque le chômage et le mal-emploi frappe toujours plus de 10% de la population active ? Effectivement, dit comme cela, on peut s'interroger. Il est tellement plus simple de faire croire que l'on peut augmenter les taxes sur les revenus du capital, même si là encore, ce seront avant tout les économies des mêmes petits épargnants, pour leur retraite, qui seront surtout ponctionnés ... Mais pas uniquement.

Nul dans les syndicats ne semble voir qu'un véritable problème survient en matière de retraite, dont aucun expédient ne permettra de s'affranchir : la durée de temps grandissante pendant laquelle les retraités demeurent (et demeureront) en retraite ... et les charges financières croissantes qui seront supportées par les générations suivantes ... la mienne, celles de nos enfants et de nos petits enfants ... Problème qui ira croissant jusqu'à ce que, dans une génération, on ne s'aperçoive, si rien n'est fait aujourd'hui, que les choses ne pourront pas demeurer en l'état.

A mon avis, ce que les syndicats n'ont pas compris ou refusent d'assumer, en se réfugiant dans un rôle populiste de déni et de défense des intérêts acquis des salariés proches de la retraite ... C'est qu'en l'absence d'une réforme aujourd'hui, c'est l'ensemble du système qui pourrait être détruit dans quelques décennies ... Dans vingt ans, combien de temps encore des jeunes salariés accepteront de payer pour rien, pour un système de retraite qui ne leur garantira aucune retraite future, s'ils sont obligés de travailler jusqu'à quatre-vingt ans (et de cotiser à des taux énormes) pour payer la retraite des actifs d'aujourd'hui qui n'avaient pas le courage de travailler quelques années de plus ? L'aveuglement des syndicats et tout particulièrement des salariés syndiqués d'aujourd'hui est invraisemblable à mes yeux, à ne vouloir défendre que leurs propres intérêts, au détriment des intérêts de tous les futurs salariés, qui peuvent être leurs propres enfants !

Vision partisane du problème des retraites, qui ne doit pas conduire à repousser l'âge de départ à la retraite ? Mais si le report de cet âge était inéluctable, et que tout l'objet du débat était de déterminer quelle tranche d'âge serait concernée, combien de français pourraient encore bénéficier de la retraite à soixante ans, quel qu'en soit le coût pour les générations suivantes, même s'il fallait qu'elles partent ensuite à 65 ans, 67 ans, 70 ans voire 80 ans ?

Il y a bien sûr encore tellement d'autres choses à dire des systèmes de retraite.

1) Le traitement des expatriés d'abord. Imaginons d'abord les gentils traders de la City londonnienne, qui, lors de la survenue de la crise financière, sont venus se réfugier en France pour profiter de notre système social (eux qui le condamnaient violemment à leur époque dorée) en prenant des petits jobs chez Mac Donald quelques semaines durant pour pouvoir ensuite bénéficier d'indemnités chômage calculées sur la base de leurs salaires de traders londoniens, touchant alors les indemnités maximales prévues (6.000 à 7.000 euros) sans avoir jamais cotisé pour le financement du chômage ... Que feront-ils au moment du départ en retraite ? Ne trouveront-ils pas encore une arnaque à la sécurité sociale pour pouvoir bénéficier de retraites dorées en France, malgré le fait qu'ils ont fuit comme des rats (raz) le bateau et ont toujours refusé de payer pour les autres, pour la collectivité, célébrant les systèmes anglo-saxons ... Ce que l'on appelle vouloir le beurre, l'argent du beurre, et l'estime de la crémière.

2) Le fonctionnement des systèmes par répartitition. A tous ceux qui critiquent notre système en vantant les mérites des systèmes de retraite par capitalisation, il ne faut pas perdre de vue la situation des systèmes de retraite américains, où des millions de retraités sont désormais obligés de rechercher du travail après que la crise financière ait fait disparaître l'ensemble de leur épargne accumulée ... et leur retraite actuelle. C'est le principal inconvénient des systèmes de retraite par capitalisation ; inconvénient qui avait déjà été observé au début du vingtième siècle, après les deux guerres mondiales et les désordres financiers qui en avaient découlés. Par opposition, le système par répartition, qui fait fi de toute réserve financière accumulée, paraissait plus sûr, faisant reposer sur les générations suivantes le paiement des retraites de la génération précédente. Mais c'était sans compter sur des déséquilibres démographiques, avec des retraités devenant de plus en plus nombreux jusqu'à égaliser le nombre d'actifs cotisants ! Pour ces diverses raisons, il me semble indispensable de sauvegarder le système de retraite par répartition en prenant le plus tôt possible des mesures pour en limiter les risques démographiques qui pourraient le faire imploser. Un système par capitalisation serait beaucoup plus dangereux, même s'il ne serait pas désagréable que des réserves financières conséquentes (des fonds de pension) existent dans notre système.


Saucratès


02/11/2010
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Débat sur les retraites (1)

 

Réflexion cinq (17 mai 2010)
Quelles seront les réactions des organisations syndicales françaises face aux propositions de réforme des régimes de retraites présentées par le gouvernement ?...

Le projet présenté hier par le gouvernement aux organisations syndicales paraît à l'évidence relativement équilibré, entre d'une part une cotisation supplémentaire supportée par les plus hauts revenus et par les revenus du capital, qui échappera par ailleurs au si contesté bouclier fiscal (malgré les allégations passées des membres du gouvernement selon lesquels un parapluie qui laisse passer les gouttes n'est plus un parapluie ou un bouclier) ... et d'autre part un allongement mesuré de la durée de cotisations, qui me semble malgré tout obligatoire et indispensable pour les actuelles jeunes générations (dont je fais encore partie) ...

Evidemment, ce projet heurtera de front tous les français qui la cinquantaine à peine passée (parfois même avant) n'aspirent déjà plus qu'à une seule chose : partir à la retraite en estimant avoir déjà largement assez travaillé ! Et il me semble presque inévitable que tous les syndicats de salariés vont combattre ce projet de texte d'orientation en appelant à des mouvements de grève nationaux pour infléchir la politique du gouvernement ...

Le plus intéressant dans cette affaire sera de regarder l'argumentaire qui sera opposé au gouvernement. En instituant une taxe sur les plus hauts revenus et en l'excluant du bouclier fiscal, le gouvernement aura retiré aux organisations syndicales de salariés leur principal argument contre le projet. Il ne restera plus à des organisations syndicales qui dans les faits ne peuvent accepter un recul de l'âge de départ en retraite des salariés face à une base syndicale qui rêverait de pouvoir partir bien avant soixante ans, même si cette position est mortellement dangereuse pour notre système de retraite qui implosera si rien n'est fait, que d'attaquer aveuglement sur des arguments bidons et totalement subjectifs.

Les entreprises seront vraisemblablement attaquées par les syndicats puisque le gouvernement les épargne dans ce projet de texte d'orientation ... Les principales fautives du problème des retraites et du chômage selon les organisations syndicales (même si les entreprises sont avant tout les principales pourvoyeuses d'emplois dans notre système économique capitaliste ainsi que les principales sources de croissance et de recettes budgétaires) ne pourront pas éviter d'être mises à l'encan par des syndicalistes obtus et archaïques ...

La mesure de taxation des hauts revenus sera évidemment également attaquée par les uns ou les autres sur son obligatoire (à ce stade) imprécision ... Quels revenus ? Quel taux de taxation ? Quelle importance des produits attendus ? Gageons que les revenus concernés seront vraisemblablement concernés comme trop bas, puisque les personnes concernées ne se considérerons pas comme appartenant aux hauts revenus mais qu'en sens inverse les syndicats considéreront que les taux seront aussi trop faibles ... La difficulté de la quadrature du cercle ... Si on pouvait estampiller des gens dans ce pays comme d'horribles capitalistes que l'on pourrait pressurer à souhait, ce serait tellement plus simple !

Quelle organisation syndicale, mais aussi quel parti politique de gauche, auront-ils le courage de se déclarer favorable à un allongement important de la durée de la cotisation et de l'âge de départ en retraite ? Certains croient-ils encore que les français pourront partir durablement en retraite à 60 ans et passer pratiquement autant d'années en retraite (jusqu'à 90 ans) qu'ils en ont passé à travailler ... sans que le financement de leur retraite ne repose sur les frêles épaules de leurs enfants ? La France ne serait-elle qu'un pays de parents profiteurs et égoïstes, sur le dos de leurs propres enfants ?

... Je n'avais pas tord !...
http://www.lemonde.fr/societe/article/2010/05/17/reactions-au-texte-d-orientation-du-gouvernement-sur-la-reforme-des-retraites_1352633_3224.html
http://www.lemonde.fr/politique/article/2010/05/17/retraites-le-gouvernement-entretient-le-flou-sur-la-taxation-du-capital_1353082_823448.html

Au fait, que pensent les jeunes lycéens, étudiants et salariés de moins de 25 ans de la question des retraites ? Tout en sachant que cette tranche d'âge n'est absolument pas représentée dans les syndicats, et encore moins parmi les décideurs syndicaux ... Ce serait peut-être intéressant de faire une réforme des retraites (ou une contestation de cette réforme) qui tienne compte de leur opinion ; eux qui seront les financeurs des retraites de demain et d'après demain ...

 

 

Réflexion quatre (26 avril 2010)
Le problème du déficit du régime des retraites ...


Les membres du Conseil d'orientation des retraites, appartenant au patronat et aux syndicats, ont reçu récemment des documents intéressants sur l'évolution des équilibres des régimes de retraite au cours des prochaines décennies. Ces prévisions reposent d'abord sur trois scénariis alternatifs, pour lesquels les résultats obtenus en matière de déficit sont relativement différents.

a) Le premier scénario optimiste envisage un taux de chômage inférieur à 7% de la population active dès 2014 (soit dans quatre ans) et de 4,5% à partir de 2020. La productivité du travail, moteur de la croissance, augmenterait de 1,8% par an à long terme.
b) Le deuxième scénario médian reprend les mêmes hypothèses pour le taux de chômage que le premier scénario mais retient une productivité du travail inférieure de 1,6% par an après 2020 (ce scénario permet de déterminer l'influence de ce simple facteur sur l'évolution des équilibres des retraites).
c) Le troisième scénario, le plus pessimiste, prévoit un chômage qui demeurerait proche de 8% entre 2014 et 2020 et de 7% ultérieurement. La productivité du travail n'y progresserait que de 1,5% par an (ce dernier scénario paraît en fait extrêmement probable, en légère amélioration même par rapport aux décennies passées).

La présidente du Medef a jugé ces scénariis trop optimistes. Il est clair que seul le troisième scénario paraît à peu près cohérent avec la situation actuelle et passé du marché du travail. Après avoir connu plusieurs décennies en France de chômage de masse, il serait extrêmement surprenant que l'on réussisse à revenir dès 2020 à une situation de quasi plein-emploi avec un taux de chômage de l'ordre de 4,5%, même si on anticipe dans les prochaines années le départ à la retraite des classes d'âge issues du baby boom. Comme Laurence Parisot, il me semble qu'un scénario reposant sur une hypothèse de chômage entre 8 et 10% de la population active jusqu'en 2020 voire après ne serait pas particulièrement pessimiste. En effet, les personnes écartées ces dernières années des statistiques du chômage ne sont pas réellement en activité continue. Les classes d'âge issues du baby boom sont déjà pour une bonne partie en pré-retraite et l'appel d'air sur le marché de l'emploi risque de ne pas être si sensible. Ce n'est pas encore demain que les entreprises viendront chercher les étudiants sur les campus pour les embaucher. Enfin, l'appel à la main d'oeuvre étrangère et les courants migratoires risquent de maintenir un fort taux de chômage pendant encore pas mal d'années en France, je le crains.

Ces trois scénarios ont permis de chiffrer les besoins de financement des régimes de retraite jusqu'en 2050. Les chiffres présentés au COR sont sans appel. En 2010, le déficit annuel des régimes de retraite atteignait 32,2 milliards d'euros. Dans le scénario le plus optimiste, il atteindrait annuellement 71,6 milliards d'euros en 2050, et 114,4 milliards d'euros dans le scénario le plus pessimiste.

Toute la question est de savoir si de tels niveaux de déficits sont supportables. Ou si comme le martèlent les organisations syndicales, on peut les couvrir en imposant d'autres revenus que ceux du travail ou d'autres bases de financement que les salaires. Les documents transmis au COR présentent l'intérêt d'étudier différentes pistes pour combler ces déficits. Trois variables peuvent en effet être actionnées pour diminuer les déficits : l'âge de départ à la retraite, les taux de prélèvements, la diminution des pensions.

1) En jouant uniquement sur l'âge de départ à la retraite, il faudrait augmenter l'âge moyen de départ à la retraite de 5 ans d'ici à 2020 pour revenir à l'équilibre dans le cas du scénario le plus optimiste (et peu réaliste, surtout avec un report des départs en retraite). Le report nécessaire atteindrait 7 ans et demi pour 2030 et 10 ans pour 2050.
2) En jouant uniquement sur le niveau des prélèvements, il faudrait les augmenter de 8 points à l'horizon 2030, en plus des 28,8 points de prélèvements actuels sur les salaires bruts.
3) En jouant uniquement sur le niveau des pensions, il faudrait baisser le niveau des pensions par rapport aux revenus d'activité de 30% d'ici à 2030 pour combler les déficits.

Que peut-on déduire de tout cela ? Les déficits des régimes de retraite sont premièrement un vrai problème, que l'on ne peut ni ignorer, ni laisser perdurer. Deuxièmement, il semble fort probable que l'on sera obligé d'aller vers un panachage des trois types de mesures (report de l'âge de départ en retraite, hausse des prélèvements, baisse des taux de remplacement des retraites) pour arriver à un système supportable et acceptable par une petite majorité.

Troisièmement, il y a néanmoins un problème grave en France autour de l'âge de départ à la retraite, puisqu'un grand nombre de français ne pensent qu'à partir en retraite bien avant d'avoir atteint soixante ans, le plus souvent à peu près à partir de cinquante ans en fait, alors que tous les états européens voisins ont fixé maintenant l'âge de départ à la retraite entre 65 ans et 67 ans (cas de l'Allemagne ou de l'Espagne entre autres) sans que cela ne fasse l'objet de grands débats ou de manifestations monstres (seule la Grèce est touchée par de telles manifestations syndicales pour combattre les mesures de redressement alors que pourtant l'Etat grec est pratiquement en faillite).

Peut-on aujourd'hui envisager de partir en retraite à 60 ans en sachant que ce sont nos enfants d'une dizaine ou d'une vingtaine d'années qui subiront les conséquences de notre égoïsme actuel et de notre refus de continuer à travailler quelques années de plus pour permettre le maintien de ce système ?... Tout ceci pour déclamer qu'il faut plus imposer les revenus du capital et les autres sources de valeur ajoutée des entreprises !

Peut-on également se répandre dans la presse sur la misère des pauvres retraités, obligés de se nourrir dans les poubelles, alors que ces mêmes personnes ne songent qu'à partir le plus tôt possible en retraite, à quelques conditions que ce soit, même avec des retraites minorées extrêmement basses ?  

Selon moi, tout ceci n'est pas possible. Il faut prendre des choix courageux (et impopulaires) immédiats de façon à ce que l'effort soit partagé par tous ! Une génération sera forcément sacrifiée ; des personnes qui pensaient pouvoir partir à 60 ans et qui devront travailler jusqu'à 65 ans ... Mais je préfère que ce soit le plus tôt possible, plutôt que de voir mes enfants devoir travailler jusqu'à 80 ans pour payer ma retraite ...

(nota : pour ce post, je me suis servi d'un article des Echos)
http://www.lesechos.fr/info/france/020475642754-la-crise-a-accru-de-plus-de-20-milliards-d-euros-les-besoins-de-financement-pour-les-retraites.htm


Réflexion trois (30 octobre 2007)
De la légitimité d'une réforme des régimes spéciaux de retraite ?


Si je me réfère à mon argument d'hier ... est-il encore possible aujourd'hui, de partir à la retraite dès 55 ans, voire à 60 ans ?... on peut en déduire qu'une réforme des régimes spéciaux de retraite est absolument indispensable et moralement justifiable ...

Mais en même temps, ce débat est plus large que ce seul aspect des régimes spéciaux de retraite. Comme le rappelait Pascal Gobry dans un point de vue publié dans le journal Le Monde le 18 octobre dernier, les régimes de retraite sont de simples salaires indirects, et nul au gouvernement n'a jamais songé à imposer une égalité des rémunérations entre les diverses entreprises. « ... si l'on accepte que les salaires soient différents d'une entreprise à l'autre, pourquoi les retraites devraient-elles être alignées ?... » Evidemment, Pascal Gobry n'argumentait pas sur cet élément de réflexion, mais insistait au contraire sur le fait que ces retraites n'étaient pas financées sur les salaires des salariés des anciens monopoles publics, mais au contraire payées par les usagers des divers services publics. Mais cet argumentation de Gobry est sans intérêt. Dans toutes les entreprises du privé, les salaires et les cotisations de retraite sont également réellement réglés par les consommateurs de leurs produits (que ce soit à IBM, chez Danone ou chez le boulanger du village). En suivant cet argumentation, on en viendrait alors à rechercher les plus bas salaires possibles, donc à délocaliser toutes les entreprises à la recherche du moins-disant social.

Mais, pour en revenir à cette notion importante de salaire indirect, il faut imaginer que ces régimes spéciaux de retraite correspondent à un 'contrat social' interne à ces entreprises publiques, à un équilibre entre rémunération immédiate, avantage sociaux et retraite future. On rentre à EDF pour son comité d'entreprise, dans les banques pour les rémunérations, les nombreux mois de salaires et les prêts avantageux, à la SNCF pour sa retraite, dans des compagnies aériennes pour voyager à des tarifs intéressants, dans la fonction publique pour la garantie de l'emploi et dans l'enseignement pour les congés scolaires. Mais dans ces entreprises ou administrations, il y a également des inconvénients ... souvent en terme de niveaux de rémunération ou de potentiel de carrière.

De la sorte, peut-on réformer à la hussarde ces régimes spéciaux de retraite, en affirmant que cette réforme doit être déconnectée d'une réforme complète des niveaux de rémunération et de carrière dans ces entreprises publiques ? Cela semble beaucoup moins facile à affirmer.

Il y a évidemment un besoin de réformer tous les régimes de retraite, mais pas à n'importe quel prix, et sans oublier que ces régimes de retraite font partie d'un 'tout social' ... le coût pour les générations futures des retraites qui seront à payer n'étant que la contrepartie d'une insuffisante rémunération des générations actuelles de cheminots, de militaires, d'électriciens ou de gaziers. Il s'agit en quelque sorte d'un transfert sur les générations futures de charges actuelles, ce que sont réellement l'ensemble des régimes de retraite par répartition lorsqu'ils ne disposent pas de réserves financières couvrant les droits futurs de leurs cotisants.

La réforme voulue des régimes de retraite par les gouvernements de droite successifs qui se sont succédés depuis 2002 perdent ainsi beaucoup de son intérêt et de sa force ... Il ne s'agit plus alors de sauver les régimes de retraite en s'attaquant notamment aux régimes spéciaux non encore touchés jusqu'à présent par les réformes successives, mais simplement de diminuer les retraites d'une partie des citoyens de ce pays (en sachant que les régimes de retraite d'une minorité massivement riche ou puissante ne sont pas touchés) pour que le coût en soit supportable quelques années de plus.

Le débat actuel en devient alors beaucoup moins important.


Réflexion deux (29 octobre 2007)
De la légitimité de la contestation de la réforme des régimes spéciaux de retraite ?


Selon toute vraisemblance, il y a un risque non nul que le public n'adhère absolument pas aux prochains mouvements de grève enclenchés par les employés de certaines entreprises publiques françaises et par le corps des fonctionnaires. En effet, ces grèves ne présentent aucun caractère commun ou fédérateur au-delà de ces catégories de citoyens. La défense des régimes spéciaux de retraite des cheminots ou des gaziers, parmi d'autres, ne s'étendra pas aux autres catégories de travailleurs, même si certains syndicats promettent, à mots couverts, de poursuivre ensuite la contestation pour faire annuler la précédente réforme des régimes de retraite du privé prise sous le gouvernement Raffarin, qui avait soigneusement évité de toucher aux régimes spéciaux de retraites. De même, les grèves pour contester les insuffisantes augmentations des rémunérations de fonctionnaires ne concerneront personne à part les fonctionnaires eux-mêmes.

Le public adhère même plutôt favorablement à l'argumentation du gouvernement de généraliser les efforts demandés à l'ensemble des futurs retraités. D'une certaine façon, nous avons tous été trompés par le gouvernement, qui s'est d'abord attaqué au régime général des retraites, sans toucher aux régimes spéciaux ni aux régimes des fonctionnaires, faisant augmenter les durées de cotisation des seuls travailleurs du privé. Puis, un autre gouvernement de droite s'est ensuite attaqué au régime de retraite des fonctionnaires, en soulignant la nécessité de généraliser les efforts demandés au privé, avec l'accord de certains syndicats qui ont obtenu en échange certaines avancées pour les salariés du privé. Et aujourd'hui enfin, cette réforme est également imposée aux régimes spéciaux de retraite, auxquels on demande de se rapprocher du régime de la fonction publique, déjà réformé. On en revient ainsi, douze ans plus tard, à la même situation qu'en 1995, mais avec de plus grandes chances de réussir cette réforme, après avoir séparé les divers bénéficiaires possibles, et en ayant créé cet argumentaire du partage des efforts demandés à tous les français (sauf aux grands patrons, aux ministres et aux députés ...).

Est-il légitime pour ces employés bénéficiaires de régimes spéciaux de retraite, de contester dans la rue et par la grève la réforme que le gouvernement veut conduire ? Le droit de grève est inscrit dans la Constitution et il s'agit d'un droit fondamental et inaliénable. Mais en même temps, est-il encore possible aujourd'hui, de partir à la retraite dès 55 ans, voire à 60 ans ? Nos enfants pourront-ils toujours continuer à cotiser pour payer nos retraites, sans savoir si ce régime par répartition continuera encore de fonctionner lorsqu'ils atteindront eux-mêmes l'âge de partir en retraite ? C'est le seul argument que j'entends et accepte. Ne vaut-il pas mieux réformer dès maintenant nos régimes de retraite en repoussant rapidement nos dates de départ en retraite, pour qu'ils puissent se maintenir le plus longtemps possible, au coût le moins élevé possible pour nous, nos enfants et nos petits-enfants ? Je ne partirais pas à la retraite à 60 ans, plus vraisemblablement vers 65 ans ou après. Evidemment, il n'est pas évident de continuer à travailler jusqu'à un tel âge, même lorsque l'on a la chance d'être encore salarié. Et pourtant quelques grands patrons n'ont aucun problème à demeurer en activité jusqu'à 65 ans, en pleine possession de leurs moyens physiques et intellectuels ...


Réflexion une (28 octobre 2007)
Quelques éléments sur la contestation de la réforme des régimes spéciaux de retraite ?


Nous sommes de nouveau rentrés dans une période de conflits sociaux nationaux, entre des syndicats et des salariés qui veulent se mesurer à un gouvernement de droite, et un gouvernement libéral qui entend réformer de manière croissante le fonctionnement du marché du travail.

Cette situation n'est pas nouvelle puisqu'elle a déjà été observée notamment en 1995 (le plan Juppé) et en 2006 (le CPE), mais elle voit pour la première fois des organisations syndicales désormais plutôt classées à la gauche de l'échiquier politique affronter le gouvernement de Nicolas Sarkozy et son discours extrêmiste en matière sociale.

De part et d'autre, les intervenants ont des responsabilités dans ce conflit prévisible. Les syndicats cherchent depuis au moins un semestre de bonnes raisons pour faire adhérer leur base à une contestation du gouvernement Sarkozy. Pour certains syndicats gauchistes (CGT, Sud), il s'agit même d'une occasion de lancer le troisième tour social pour faire tomber ce gouvernement issu des élections de mai et juin 2007.

De son côté, Nicolas Sarkozy et son premier ministre ont lancé successivement de nombreuses réformes et préparé le mécontentement de fractions importantes du corps social français (droit de grève, franchises médicales, régimes spéciaux, retraite supplémentaire, diminution du nombre de fonctionnaires, absence de revalorisations ...).

Les français sont-ils actuellement prêt à affronter un long conflit social qui affecterait les transports publics et l'enseignement au cours des prochaines semaines ? Sont-ils prêts à prendre parti pour les grèvistes ; cette forme de grève par procuration qui fait la force des syndicats français et des salariés des entreprises publiques à régime protégé ?


Saucratès


02/11/2010
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