Critiques de notre temps

Critiques de notre temps

Economie de l'environnement (5)

 

Réflexion quarante-et-une (23 décembre 2011)
Retour sur la notion de bien commun et de bien public


En introduction, je me réfèrerais aux écrits d'Alain Giffard sur l'étymologie de ces notions. On trouve en latin la notion de bien public (bonum publicum). Mais c’est à Thomas d’Aquin que l'on doit la notion philosophique de bien commun (bonum communis). En latin, le substantif bonum signifie un bien, un avantage. L'adjectif communis signifie commun, accessible (d’où dérivent communio et communitas).

http://www.boson2x.org/spip.php?article146

 

Ces notions sont déjà présentes dans la notion des choses (res) du droit romain. Un bien c’est une chose qu’on peut s’approprier, ou dont l’appropriation fait question ... par opposition aux personnes (gens). On distingue :

- la chose sacrée (res sacra ou res sacrosancta), propriété des dieux ;

- la chose publique (res publica), qui appartient à l’état ou à la cité ;

- la chose commune (res communis), qui appartient à tous et qui, par sa nature, ne peut appartenir à personne en particulier (exemple de la mer) ;

- la chose de personne (res nullius), qui n’appartient à personne en particulier, mais pourrait appartenir à quelqu’un (exemple des poissons) ;

- les choses privées (res propria), propriété des personnes, qui sont précisément organisées par le droit privé.

- enfin la res derelicta, chose qui a eu un propriétaire, mais que ce dernier a rejetée. Toute personne peut alors la faire sienne (ainsi, celui qui récupère un vieux téléviseur posé sur une poubelle dans la rue en devient le légitime propriétaire)

http://ledroitcriminel.free.fr/dictionnaire/lettre_r/lettre_r_res.htm

 

Il me semble que les notions de 'biens communs' et de 'biens publics' sont fondamentales en économie de l'environnement, et plus largement en sciences économiques ainsi que dans l'analyse et la compréhension de la vie courante. J'ai traité à plusieurs reprises de ce point dans mes réflexions en économie de l'environnement (réflexions n°3, n°18, n°19, n°27, n°28 et n°40).

 

Pour me résumer, on peut classer les biens (et les services) qui nous entourent et que nous utilisons dans notre vie courante en fonction de deux critères : la rivalité (ou la non-rivalité) et l'exclusivité (ou la non-exclusivité) de leur usage. Cette typologie a initialement été proposée par l'économiste Paul Samuelson en 1954. Il me semble que cette typologie de base permet d'appréhender convenablement les problèmes découlant de l'usage et de la possession de tous les biens envisageables.

 

Au sein des biens et services qui nous entourent et que nous utilisons dans la vie de tous les jours, on va aussi bien de l'air que nous respirons, de l'eau que nous utilisons, jusqu'aux céréales et au café que nous prenons au petit-déjeuner ou à la voiture ou au bus que nous empruntons pour nous rendre à notre travail ou pour pointer aux Assedics ... Ces deux critères permettent de les classer entre quatre types de biens. 

  1. A un extrême, on trouve les biens privatifs qui sont les plus courants, dont l'usage est rival et exclusif : biens dont l'usage par une personne interdit le plus souvent la consommation par une autre personne (rivalité) et qui doivent être acquis pour être consommés ou utilisés, ce qui signifie que toute personne qui ne peut l'acquérir est exclu de son usage (exclusivité).
     
  2. A l'autre extrême, on trouve les biens collectifs, qui doivent respecter le critère de non-rivalité (la consommation de ce bien par un usager ne doit entraîner aucune réduction de la consommation des autres usagers) et de non-exclusion (impossibilité d'exclure quiconque de la consommation de ce bien, qui entraîne par voie de conséquence l'impossibilité de faire payer l'usage de ce bien). Un bon exemple d'un bien collectif est l'éclairage public : l'usage d'un réverbère par un individu ne se fait pas au détriment de l'usage des autres consommateurs (non-rivalité) et il n'est pas possible de soumettre à paiement le bénéfice de l'éclairage public (non-exclusion). Ces biens présentent un inconvénient majeur : «aucun agent privé n'a intérêt à s'engager dans la production de ces biens, dans la mesure où l'impossibilité d'en faire payer l'usage interdit de rentabiliser l'investissement consenti». Chaque agent a intérêt à adopter un comportement de  passager clandestin  (Mancur Olson), en attendant que d'autres prennent l'initiative de la production du bien, pour pouvoir ensuite en bénéficier, sans supporter aucun coût.
     
  3. Au milieu, on trouve deux types de biens collectifs impurs qui ne répondent qu'à un seul de ces deux critères à la fois. Les biens communs ou biens rivaux en accès libre sont les biens dont l'usage est non-exclusif mais rival. Ils correspondent par exemple à la majeure partie des ressources naturelles, tels les gisements mais également les ressources halieutiques. Ils posent le problème de la 'tragédie des biens communs' (Garrett Hardin - 1968) : «l'accès libre à une ressource limitée pour laquelle la demande est forte amène inévitablement à la sur-exploitation de cette ressource et finalement à sa disparition ; chaque individu ayant un intérêt personnel à utiliser au maximum la ressource commune» (Wikipédia).
     
  4. Enfin, on trouve le deuxième type de biens collectifs impurs que sont les biens de clubs, dont l''usage est non-rival mais dont l'accès est exclusif. Il s'agit de biens dont on peut interdire l'accès, c'est-à-dire dont on peut réserver l'usage ou l'accès à ceux qui le paient. Comme exemple, on trouve des infrastructures : canal de Suez, canal de Panama, autoroutes à péage, stations d'épuration, chaînes de télévision cryptée ... 

On l'aura compris, la principale difficulté de la science économique (et de la politique) est de contrôler la production, la mise à disposition, la possession (ou la privatisation) ainsi que le financement de ces trois principales formes de biens collectifs, purs ou impurs. Tous les grands débats politiques et économiques tournent d'une certaine manière autour de ces thèmes ... Et malgré l'ancienneté de cette typologie, elle me semble conserver toute sa pertinence économique.

 

Les sujets que l'on a à aborder sont multiples :

  1. L'appropriation des biens communs (gisements) par quelques multinationales qui exploitent ces gisements, qui investissent des sommes considérables pour cela, et qui en définissent le prix sur la base du principe d'une ressource gratuite ...
     
  2. La gestion collective mesurée des biens communs et des biens collectifs dans l'optique d'une utilisation raisonnée et durable pour que les générations futures puissent également en disposer ...
     
  3. La préservation des biens collectifs pour que leur usage par tous demeure intemporellement (réchauffement climatique, pollution de l'air et des sols ...) ...
     
  4. La production des biens collectifs en volume suffisant pour l'usage de tous et le problème du financement de leur production afin d'éviter les comportements de passagers clandestins au niveau local ou international ...
     
  5. Le problème de la privatisation des biens collectifs, lorsque les investissements nécessaires ont été réalisés par des états et que leur rentabilité paraît possible, en restreignant l'accès à ces biens et  en majorant le coût de leur usage ...

 

Réflexion quarante (27 octobre 2009)
Les biens communs ...


L'attribution du prix Nobel d'économie (en mémoire d'Alfred Nobel) à Elinor Ostrom, américaine, non économiste au sens strict mais professeur de sciences politiques à l'université de l'Indiana (voir son curriculum vitae), primée par le comité Nobel «pour son analyse de la gouvernance économique, notamment de la gestion des biens public» (le prix Nobel 2009 d'économie a également été attribué à Olivier Williamson, autre spécialiste américain des sciences sociales, «pour son analyse de la gouvernance économique, notamment des frontières de la firme»), va vraisemblablement permettre de remettre en avant la théorie des biens communs, sur laquelle ses travaux ont notamment porté ...
http://www.alternatives-economiques.fr/le-prix--nobel--a-elinor-ostrom---une-bonne-nouvelle-pour-la-theorie-des-biens-communs_fr_art_633_44275.html
http://econoclaste.org.free.fr/dotclear/index.php/?2009/10/12/1664-ostrom-et-williamson-prix-nobel-d-economie-2009

Qu'est-ce qu'un bien (ou une ressource) commun(e) ? Il s'agit d'un bien ou d'une ressource n'appartenant initialement à personne mais qui peut être utilisé(e) par un grand nombre de personnes ou d'utilisateurs. Autrement dit, un bien commun appartient à tout le monde (ou à personne), au présent et au futur. Il peut préexister, comme les ressources naturelles, ou être produit collectivement dans l’intérêt général (cas des biens publics). De nombreux économistes les ont été étudiés, et l'économiste Garrett Hardin avait théorisé le problème dans un article paru dans Science en 1968, intitulé The Tragedy of the Commons (ou tragédie des communaux).
(http://saucrates.blogs.nouvelobs.com/archive/2007/01/30/economie-de-l-environnement-trois-les-theories.html)

La tragédie des communaux décrivait une compétition pour l'accès à une ressource limitée, menant à un conflit entre intérêt individuel et bien commun. L'exemple typique utilisé pour illustrer ce phénomène était celui d'un champ de fourrage commun à tout un village, dans lequel chaque éleveur vient faire paître son propre troupeau (mais on peut également prendre l'exemple de l'accès à une ressource hallieutique comme un banc de poissons). Garret Hardin décrivait l'utilité que chaque éleveur avait à ajouter un animal de plus à son troupeau dans le champ commun. Rapidement, chaque éleveur emmène autant d'animaux que possible paître dans le champ commun pour empêcher, autant que faire se peut, les autres éleveurs de prendre un avantage sur lui en utilisant les ressources communes, ce qui avait pour conséquence finale de détruire le champ commun, qui devient vite une mare de boue où plus rien ne pousse. En clair, chaque éleveur aurait eu individuellement intérêt à protéger le plus longtemps possible le champ commun, mais confronté au risque que les autres éleveurs n'abusent eux-même du champ, il avait alors intérêt à accaparer le plus de ressources communes possible pour son propre compte, quelqu'en soit les conséquences pour la collectivité. 

Selon Garret Hardin, dans la société de masse contemporaine, rien n’incite un particulier à la mesure, dans son utilisation des biens publics (ou des biens communaux). En effet, le particulier ne rencontre à aucun moment, ou alors de manière très diluée les conséquences positives ou négatives de son attitude à l’égard des biens publics. Rien ne récompensera par exemple, sa mesure dans l’utilisation des biens communs, pas même la certitude qu’il pourra compter sur le comportement idoine des autres utilisateurs de ces biens communs, pourtant bénéficiaires in fine de son attitude modérée. Quand aux conséquence d’un abus, il ne les subira que dans la proportion du pourcentage infime des utilisateurs qu’il représente. Il ne subira alors finalement qu’une partie minime des dommages qu’il cause. Cette situation est la double conséquence, selon Garret Hardin, de la désintégration du lien social et de l’absence de respect vis-à-vis de la nature.

Les solutions identifiées par Garret Hardin au problème de la gestion collective des ressources communes étaient au nombre de deux, la collectivisation ou la privatisation de ces ressources. Soit une autorité extérieure (publique) s'appropriait la ressource commune et en gérait l'usage. Soit la ressource commune est privatisée, cet utilisateur étant alors amené, pour préserver sa propriété, à en limiter son usage et l'usage par les autres, ses incitations personnelles étant alignées avec l'intérêt collectif. C'est ce mouvement qui avait conduit au mouvement des enclosures en Grande-Bretagne, débat dans lesquel l'économiste anglais libéral David Ricardo avait pris partie ... mouvement qui avait aussi réduit à la misère l'immense majorité des autres utilisateurs qui utilisaient les champs communaux pour se nourrir eux et leurs bêtes, et qui s'en étaient vus interdire l'accès.

Tout l'intérêt des travaux d'Elinor Ostrom est d'avoir étudié, à partir de nombreux cas réels, les raisons des relatifs insuccès de ces deux solutions (contrôle public ou privatisation). Ses constats sont les suivants : premièrement, les ressources communes sont souvent bien mieux administrées par leurs utilisateurs que ce que ne prévoit la théorie (qui prédit qu'elles seront gaspillées); deuxièmement, les deux solutions appliquées au problème des ressources communes - la régulation publique ou la privatisation - fonctionnent souvent plus mal qu'on ne pourrait le penser. En pratique, des utilisateurs réguliers de ressources communes sont capables de faire apparaître et évoluer des institutions spécifiques qui leur permettent d'administrer collectivement la ressource. Ces institutions émergentes ont l'immense avantage de se fonder sur la connaissance locale des utilisateurs ce qui les rend efficaces. La régulation publique, ou la privatisation irréflechie, ont pour effet de détruire ces institutions et les comportements qu'elles créaient chez les utilisateurs.

Cela ne veut pas dire que toutes les ressources communes seraient toujours mieux gérées par leurs utilisateurs directs ; tout l'intérêt des travaux d'Elinor Ostrom est d'étudier les contextes qui permettent l'émergence de ces institutions spécifiques, leurs avantages et leurs inconvénients. Ses travaux consistent à montrer qu'entre la régulation marchande et la régulation étatique, il existe toute une série d'arrangements institutionnels spécifiques dont les caractéristiques sont très mal comprises, mais qui peuvent fonctionner.
http://www.ldeo.columbia.edu/edu/dees/V1003/lectures/population/Commons.revisited.pdf

Pour Elinor Ostrom et Charlotte Hess (dans un ouvrage majeur intitulé «Understanding knowledge as a commons»), le modèle de Garret Hardin ne ressemble aucunement aux communs réels, tels qu'ils sont gérés collectivement depuis des millénaires, à l'image des réseaux d'irrigation ou des pêcheries. Pour Garret Hardin, les communs sont uniquement des ressources disponibles, alors qu'en réalité ils sont avant tout des lieux de négociations (il n'y a pas de communs sans communauté), gérés par des individus qui communiquent, et parmi lesquels une partie au moins n'est pas guidée par un intérêt immédiat, mais par un sens collectif. Le grand apport d'Elinor Ostrom est dans cette distinction entre les «communs considérés comme des ressources» et les «communs considérés comme une forme spécifique de propriété». Cette conception prend de plus en plus d'importance avec l'intégration des préoccupations écologiques dans l'économie. La notion de communs devient attachée à une forme de gouvernance particulière : il s'agit pour la communauté concernée de les créer, de les maintenir, les préserver, assurer leur renouvellement, non dans un musée de la nature, mais bien comme des ressources qui doivent rester disponibles, qu'il faut éviter d'épuiser. Il n'y a de communs qu'avec les communautés qui les gèrent, qu'elles soient locales, auto-organisées ou ayant des règles collectives fortes, y compris des lois et des décisions de justice. Les communs sont des lieux d'expression de la société et, à ce titre, des lieux de résolution de conflits.
 

 
Réflexion trente-neuf (27 juillet 2008)
Pour un nouveau principe économique de formation des prix ...
ou de l'usage des taxes pour 'redresser' les modes de fixation des prix ...


Il me semble avoir précédemment suffisamment prouvé que le mode de fixation des prix dans la théorie tout comme dans la réalité était contraire à la manière dont les prix devaient se former pour prendre en compte l'aspect environnement de notre planète (se référer à la réflexion précédente en cas de besoin).

Pour quels biens le mode de fixation des prix devrait être une fonction croissante de la quantité utilisée ?

Sauf exception, il me semble que tous les biens rares devraient être concernés, ainsi que tous les biens dont la fabrication ou l'utilisation entraîne l'émission de pollution ou de gaz à effet de serre (elle-même forme de pollution) ... Eau, électricité, pétrole et dérivés, métaux et minéraux, hormis ceux extrêmement disponibles, tel le sable ... ciment ...

Comment garantir l'instauration de nouvelles formes de fixation de prix pour ces produits au niveau mondial ? Est-il possible de s'arracher au mode capitaliste de détermination des prix ? Aux principes même de détermination des prix, d'après la théorie économique et d'après la réalité économique. La question revient à demander ... qui récupérera la marge entre le prix réel de production et le prix majoré (taxé) nécessaire à la préservation de l'environnement ? Car, en concurrence pure et parfaite, les profits sont voués à disparaître ... et toute intervention publique, toute déformation des échelles de prix entraîneront l'économie dans une situation sous-optimale.

En effet, dans la théorie économique et dans la réalité économique, le prix d'offre d'un bien décroît à mesure que les quantités produites augmentent. Le prix marginal de production d'un bien décroît ainsi, en raison notamment des amortissements des investissements nécessaires, ou coûts fixes. En règle générale, aujourd'hui, le prix demandé à un acheteur décroîtera en fonction des quantités que celui-ci pourra commander. Parfaitement informé, il est ainsi capable de produire lui-même le bien demandé, en investissant dans le matériel et les équipements nécessaires ... La négociation revient ainsi, entre des producteurs et un acheteur demandeur, à déterminer la marge d'équilibre, qui est suffisamment rentable pour les producteurs mais n'est pas suffisante pour que l'acheteur produise lui-même le bien qui l'intéresse ...

La modification des modes de fixation des prix doit donc prendre la forme de taxes prélevées par une organisation mondiale adhoc, qui devra toucher la totalité des producteurs mondiaux, dans les pays occidentaux ou dans les pays développés, taxes qui devront frapper différemment les consommateurs (finaux ou intermédiaires), selon leur niveau de consommation. Et pour cela, il faudra, en plus de taxes, imposer des obligations, des règles pour toutes les entreprises de certains secteurs sensibles, pour que celles-ci appliquent des tarifs croissants en fonction des quantités commandées ...

Avec pour objectif que ce soit la communauté internationale qui récupère les marges supplémentaires nées de ces nouvelles normes, aussi longtemps que subsistera le phénomène capitaliste, lié à l'apparition des firmes multinationales, dont l'existence sera peut-être gravement mis en danger par l'instauration de telles normes.

 

 

Réflexion trente-huit (24 juillet 2008)
Critique du principe économique de formation des prix et de sa décroissance en fonction des quantités demandées ...


La décroissance du prix d'un produit quelconque en fonction des quantités demandées par un acheteur est un des fondements de la théorie économique pure, et une évidence de l'économie réelle ... C'est pour cette raison que les monopoles sont combattus dans la théorie (par les tenants de la concurrence pure et parfaite) aussi bien que dans la réalité (par les autorités de la concurrence américaine ou européenne) ... Ce principe ne me semble pas choquer grand monde ...

Tout le monde sait dans la réalité que plus on est capable d'acheter des quantités importantes d'un produit, plus on a des chances d'obtenir des prix ou des rabais intéressants, sauf si cette quantité est malgré tout infime pour le vendeur, comme dans le monde de la grande distribution, ou si celui-ci ne craint pas de difficultés pour écouler ces produits. Une forme d'évidence, que nous avons peut-être tous mis à profit dans certaines circonstances ...

Mais cette évidence doit être considérée comme une aberration en matière d'atteinte à l'environnement. Et cette évidence doit être considérée comme la principale impossibilité d'amendement ou de modification de notre système économique mondiale pour intégrer l'environnement ... C'est au contraire l'inverse qu'il faudrait pouvoir appliquer ...

Prenons l'exemple de l'électricité ou de l'eau ... Les tarifs devraient être fortement progressifs et les gros consommateurs (entreprises notamment) être beaucoup plus taxés que les petits consommateurs ... Remplir une piscine devrait ainsi coûter beaucoup plus cher que la consommation normale d'un ménage moyen ... Et ce devrait être ce même principe qui devrait être généralisé pour tous les biens rares ou indispensables à la vie, de façon au moins à freiner les désirs de consommation ... essence, matériaux de construction ... afin de faire payer le coût réel et croissant pour notre planète de nos désirs de consommation ... au minimum pour nous désinciter à la consommation à outrance et rendre moins intéressant les achats en grande quantité ... Aberration de mise en place de cette proposition ...

Ce serait la remise en cause des firmes multinationales ... Des ménages achèteraient moins chers que ses mastodontes et des petits commerçants, achetant en petites quantités, pourraient les concurrencer avantageusement. Ce serait aussi une remise en cause des principes même de l'économie théorique ... Mais cette fonction de décroissance des prix en fonction des quantités est l'un des exemples de vice interne de construction de la théorie économique dans son ensemble, qui va la rendre impossible à modifier pour répondre aux impératifs de la défense de l'environnement ...


Réflexion trente-sept (20 juillet 2008)
Retour sur certains principes économiques ...
ou de la nécessité d'une critique de certains préceptes de base en économie ...


Plus d'une année que je ne suis pas revenu à cette partie de mes réflexions sur l'économie de l'environnement au sens strict. Evidemment, entre temps, je me suis consacré à une partie annexe, à savoir les débats autour du réchauffement climatique et de ses conséquences, ainsi que sur les problèmes de raréfaction de certains combustibles fossiles, en tant que source anthropique du phénomène de réchauffement climatique ...
http://saucrates.blogs.nouvelobs.com/archive/2007/12/10/rechauffement-climatique-donnees-1.html

Mais je n'ai pas véritablement fait le tour de la question de l'économie de l'environnement. Je vais donc tenter d'aborder ci-après quelques éléments de critiques de certains préceptes fondamentaux de l'économie générale, et de l'économie réelle.

Pourquoi se lancer dans une critique des principes fondamentaux de l'économie ?

Sans remise en cause de grands préceptes de l'économie générale ou de l'économie réelle, il est en effet à craindre que l'humanité ne réussisse pas à modifier rapidement les concepts de développement économique, nos attentes ou espérances en matière de niveau de vie, ou plus simplement, notre rythme de consommation et la ponction qui en découle sur la biosphère et sur les ressources minérales et fossiles disponibles ...

Il doit en effet être noté que l'économie de l'environnement n'a pas réussi à réformer les principes de l'économie pure ni même de l'économie réelle. La nécessité notamment de la prise en compte en économie de la responsabilité inter-générationnelle qui doit nous être imputé, en tant que consommateur ou producteur, n'est ainsi toujours pas intégrée, que ce soit dans la théorie ou dans la réalité. Par responsabilité inter-générationnelle, il faut notamment entendre notre responsabilité envers les générations qui vont nous suivre, sur cette planète, qu'elles soient proches ou très lointaines, en matière de disponibilité des ressources minérales ou fossiles, de disponibilité des ressources de la biosphère (biodiversité), et d'accessibilité de ces ressources ...

Evidemment, certains diront que la biodiversité est une préoccupation forte des organisations et des gouvernements internationaux, même s'ils n'arrivent pas à se mettre d'accord sur ce sujet ou à dégager des ressources suffisantes ... Il faut également se rappeler que les efforts en faveur de la biodiversité sont aujourd'hui essentiellement demandés et consentis par les états en développement, où l'activité humaine a encore peu dénaturé la biodiversité du milieu naturel ... Les efforts des gouvernements portent ainsi sur une tentative de préservation de quelles poches importantes de biodiversité, en milieu tropical ou équatorial, plutôt qu'une prise en compte des contraintes de l'environnement en matière de développement et d'activité économique.

Il s'agit essentiellement d'empêcher la généralisation d'un développement aussi anarchique et destructeur pour l'environnement dans certains pays en développement où se trouve une biodiversité importante, que par le passé dans les principaux pays industrialisés.

Tout en sachant que cette réflexion sur la biodiversité butte sur le problème du financement ... Les pays en développement ne voulant pas préserver cette biodiversité sans être aidés financièrement (ils refusent de sauvegarder gratuitement la biodiversité pour le bien futur de l'humanité), en arguant notamment que les multinationales occidentales puisent dans cette biodiversité sans indemniser les états et les peuples qui ont su préserver ce capital ... Les pays industrialisés voulant limiter au minimum leur participation individuelle au coût de protection de la biodiversité, même si ce sont leurs multinationales pharmaceutiques qui en seront les principales bénéficiaires ... Les multinationales contestant tout système d'imposition mondiale qui freinerait leur développement à l'échelon mondial ...

D'autres rappelleront peut-être que l'envolée récente du prix des matières premières minérales, fossiles et même alimentaires conduit en quelque sorte l'économie à prendre en compte cet aspect de responsabilité intergénérationnelle ... Mais l'envolée des prix de diverses matières premières (métaux, pétrole, céréales ...) ne s'explique pas par une modification des principes de formation des prix au niveau international ... Il s'explique essentiellement par l'effet de mouvements financiers spéculatifs, nés de la crise financière qui secoue le monde occidental depuis l'été 2007. La bulle spéculative apparue sur les marchés de matières premières se dégonflera obligatoirement un jour, peut-être même très prochainement, comme toutes les bulles spéculatives avant elle ont toujours éclaté ...

Le seul effet positif de cette bulle spéculative a été la constitution de fonds souverains intergénérationnels dans la majeure partie des états qui ont bénéficié de cette envolée des cours, dont l'objectif est de préparer l'après-pétrole ... Mais l'économie réelle ou théorique n'a toujours pas admis que le fait d'intégrer le respect de notre responsabilité intergénérationnelle dans les prix était indispensable à l'échelon de l'humanité, pour tous les biens que nous consommons ou que nous produisons. Et que cette intégration nécessitait une action non seulement internationale mais surtout mondiale ... Chaque bien, chaque matière première devant intégrer un aspect 'rareté' et 'disponibilité', que le marché a toujours été incapable d'assurer, et qu'il ne peut pas assurer. Comment expliquer sinon le prix du baril de pétrole à 10 dollars des décennies passées ?

La prise en compte d'une responsabilité intergénérationnelle de notre génération actuelle doit impliquer l'imposition d'un prix minimum pour les matières premières et la création d'un fonds de réserve financière mondial qui récupérerait cette fraction des prix au bénéfice des générations futures ... fonds qui à terme devra aider à compenser financièrement les surcoûts liés au réchauffement climatique, et qui actuellement pourrait oeuvrer financièrement en faveur d'un développement des pays en développement, équilibré, économe en énergie et en combustible fossile, et respectueux de leur environnement ... Une chimère en somme ...

 

Saucratès


Mes précédents écrits sur l'économie de l'environnement :
1.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2012146-economie_de_l_environnement__1_.html

2.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2012185-economie_de_l_environnement__2_.html

3.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2014235-economie_de_l_environnement__3_.html

4.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2014248-economie_de_l_environnement__4_.html



23/12/2011
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