Critiques de notre temps

Critiques de notre temps

Quel programme de gauche en matière d'enseignement (3)

 

Réflexion seize (25 juin 2013)
Et si le fait de réformer les rythmes scolaires ne devait avoir aucun impact sur l'efficacité de l'enseignement scolaire en France ?

 

Je me baserais sur un article de ce jour sur le monde de l'enseignement.

http://www.lemonde.fr/ecole-primaire-et-secondaire/article/2013/06/25/les-ecoliers-francais-sont-scotches-a-leurs-chaises-8-500-heures_3436093_1473688.html

 

Sur la base d'une comparaison des systèmes éducatifs de 34 pays de l'OCDE (Regards sur l'éducation 2013), l'auteur (Maryline Baumard) indique que les écoliers français suivent déjà 10,43% de temps scolaire de plus que la moyenne des 21 pays de l'Union Européenne, et 11,46% pour les collégiens. «Entre 6 et 16 ans, la différence est très sensible. Dans les pays de l'OCDE, le temps total d'instruction prévu par la réglementation est, en moyenne, de 7 751 heures pour ces deux niveaux mais il varie selon les pays, de 6 054 heures en Hongrie à plus de 8 500 heures en France. En fait ce sont même 8 644 heures que les enfants passent sur un banc entre le CP et la 3e. C'est long.»

 

La principale critique et limite que j'oppose à la position dogmatique gouvernementale sur la réforme des rythmes scolaires, c'est bien l'absence de données précises chiffrées, remplacée par le leit-motif repris en choeur par tous les représentants du gouvernement et leurs séides, selon lesquels «il faut bien faire quelque chose pour combattre les difficultés d'apprentissage des élèves et les mauvais résultats de l'éducation française».

 

«Si on restreint la comparaison aux 21 pays de l'UE qui sont aussi dans l'OCDE, seuls le Portugal et les Pays Bas proposent des années scolaires plus lourdes que nous en primaire». Au moins ce sont des données comparatives précises. Il est néanmoins clair qu'en rajoutant 3 à 4 heures d'enseignement supplémentaire par semaine les mercredi ou samedi matin, en racourcissant les vacances scolaires et en augmentant le nombre de semaines d'école, ces chiffres vont encore croître, hors prise en compte des éventuelles réductions des journées d'école.

 

Ce qui m'énerve aussi dans cette réforme aujourd'hui décidée et applicable par des décideurs dogmatiques et aveugles (au premier rang desquels notre ministre de l'éducation nationale Vincent Peillon), c'est que la conséquence de cette accroissement des journées de présence des enfants à l'école au détriment des jours de vacances et des mercredis et samedis de repos, vont être l'accroissement des plages de récréation et de temps sans surveillance des enfants dans les écoles, et leur transfert entre les mains d'éducateurs sans aucunes compétences, qualités ou qualifications.

 

Combien d'enfants sont victimes de faits de school bullying (ou harcèlement scolaire) de la part de camarades d'école pendant les heures de récréation, sous les yeux de maîtresses, de maîtres d'école ou de surveillants qui n'en ont rien à faire, qui trouvent cela formateur et amusant ? Combien d'enfants victimes ne respirent enfin que lorsqu'ils sont en classe, sans avoir à craindre les railleries et les coups de leurs co-religionnaires/tortionnaires ? Je le sais, j'en ai souffert durant toute ma scolarité, dans pratiquement toutes les écoles que j'ai fréquentées en France (mais bizarrement pas à l'étranger où le respect de la diversité, de l'autre, était beaucoup plus visible que dans nos campagnes ou villes où seule la force et la haine de la différence primait) ! Et ces mêmes enfants victimes de school bullying que des décideurs dogmatiques et aveugles vont jeter encore plus longuement entre les griffes de leurs bourreaux !

 

Je n'étais pas une aberration. Des cas de school bullying sont fréquents dans nos écoles françaises, à des doses différentes selon les quartiers et les écoles ... Et la situation ne s'est pas non plus améliorée par rapport aux années 1970 et 1980, époque de mon enfance et de mon adolescence ... sauf qu'à cette époque, le terme de school bullying n'était pas encore connu, et que ces agressions étaient encore, tout comme aujourd'hui, considérées comme normales.

 

Combien d'enfants également ces mêmes décideurs dogmatiques et aveugles vont-ils jeter dans les griffes de pervers sexuels sous prétexte de les occuper dans des activités culturelles ou sportives ? Combien de scandales de pédophilie faudra-t-il qu'il y ait avant que l'on découvre que cette affligeante décision prise pour le bien des enfants ne conduit qu'à plus de souffrances et de violences à l'égard de ces mêmes enfants, pour les plus fragiles ou simplement les plus mal chanceux ?

 

On nous parle de difficultés d'apprentissage et de choix à prendre pour donner plus de chance aux enfants ? Encore faudrait-il que les faits ne soient pas aussi têtus et que de telles disparités en terme de réussite scolaire ne se cachent pas derrière de données de comparaison exactement semblables.

- Comment peut-on avoir 20% de jeunes ne maîtrisant pas les fondamentaux en fin de primaire en France, lorsque l'on sait que les petits français passent 37% de leur temps scolaire à travailler leur langue maternelle (contre 27% pour les autres pays européens) et 21% de leur temps à faire des mathématiques (17% en Europe) ?

- Comment peut-on avoir 30 % seulement des élèves de 3e capables de calculer des carrés simples ? Ou ne pas arriver à de résoudre une équation, ou ne pas être capables de déplacer la virgule de deux rangs quand ils convertissent des mètres carrés en décimètres carrés ?

- Comment se fait-il que les élèves coréens brillent en mathématiques alors qu'ils n'y consacrent que 14% du temps scolaire, par opposition à la Grèce, l'Irlande ou la Turquie qui y consacrent la même durée ? Ou que la France où les mathématiques occupent 13% du temps scolaire des collégiens ?

 

Je suis persuadé d'une chose. Que les débats sur les durées d'enseignement n'ont aucune validité et que le gouvernement et leurs séides obtus, dogmatiques et aveugles, se trompent totalement sur les causes du décrochage scolaire. Il ne s'agit pas de réformer les rythmes scolaires comme le croit un président ou un ministre de l'éducation mégalomaniaques !

 

Comme tous les parents le savent, ce sont de bons professeurs, de bons enseignants, sérieux et motivés, qu'il faut à nos enfants et un bon encadrement scolaire. Raison pour laquelle tous ceux qui le peuvent fuient les écoles, les collèges et les lycées publics pour rejoindre le monde de l'enseignement privé, et notamment catholique. Tout le reste n'est qu'artifices et faux semblants, et ne fera que creuser l'écart grandissant entre une jeunesse victime et un parti socialiste dogmatique !

 

Mais comment un gouvernement pourrait-il le dire ou faire quelque chose ? On préfère donc réformer les rythmes scolaires, pour faire croire que l'on fait quelque chose, que l'on révolutionne l'école ! Et on va certainement s'attaquer à l'enseignement privé, comme dans les années Mitterand, pour faire disparaître toute cette réussite qui ne fait que mettre en exergue la nullité de l'enseignement public et de la violence qui y prévaut.

 

Pour ceux que cela intéresse, le rapport précédent de l'OCDE sur l'éducation (Regards sur l'éducation 2012)

http://www.oecd.org/fr/edu/EAG2012_e-book_FR_200912.pdf

 

 

Réflexion quinze (24 décembre 2012)
La difficile mobilisation des opposants au projet gouvernemental de réforme des rythmes scolaires

 

Mercredi 19 décembre, un maigre défilé de 600 enseignants parisiens ont manifesté à Paris, entre la Sorbonne et l’Hôtel de Ville de Paris, à l'appel de l’intersyndicale SNUipp-FSU, SNUdi-FO, SE-Unsa, CNT-STE et CGT, pour demander le retrait de la réforme des rythmes scolaires et le retour à la semaine de 4,5 jours à l’école maternelle et primaire.

http://lemonde-educ.blog.lemonde.fr/2012/12/19/a-paris-600-enseignants-ne-veulent-pas-aller-en-classe-le-mercredi/

 

Hors de Paris, combien de manifestations se tiennent ? Et pourtant, combien sommes-nous, parents de jeunes enfants scolarisés en primaire ou en maternelle, à voir arriver cette réforme d'un mauvais oeil, sachant la fatigue de nos bambins lorsqu'ils ne pourront plus se reposer le mercredi matin ou le samedi matin ...

 

La difficulté pour se mobiliser s'explique vraisemblablement par l'absence de tout écho donné à ses appels à la manifestation par les médias, comme si les médias obéissaient aveuglement au pouvoir politique socialiste, et à l'asservissement médiatique des beaux parleurs spécialistes des rythmes scolaires, qui semblent avoir réussi à persuader tout un chacun, les médias et le gouvernement, de l'importance de faire travailler plus les enfants, pour améliorer les résultats scolaires de la France. Gageons qu'après s'être attaqués à nos banbins, ils agiront exactement de la même manière pour redresser la compétitivité de l'industrie française, en nous faisant travailler plus pour le même salaire ! Avec la même capacité à envahir et à asphyxier le discours médiatique et politique, et avec l'appui du même patronat et des mêmes beaux penseurs et beaux parleurs ...

 

La difficulté de se mobiliser s'explique aussi vraisemblablement par l'accord tacite des appareils politiques des principaux syndicats de l'éducation nationale (le SNES, le SGEN-CFDT) à cette réforme. Ces appareils politiques veillent à empêcher toute communication des opposants, même si leur base est malgré tout majoritairement contre ... Voir par exemple la prose inepte véhiculée par l'appareil de la CFDT ; ces permanents et détachés syndicaux qui n'ont plus vu une entreprise ou une classe de salle depuis des dizaines d'années mais qui prolifèrent dans l'appareil politique de notre organisation syndicale.

 

Mais il ne faut pas perdre espoir. Entre le mouvement des dindons sur internet et les futurs appels à manifester des syndicats contestataires dont je compte bien me faire l'écho régulièrement, nos enfants arriveront bien à se mobiliser contre cette réforme idiote et inique. Mon petit garçon de 8 ans et demi rêve de pouvoir s'époumoner : «Hollande démission ! Touche pas à mes vacances et touche pas à mon mercredi ! Les enfants auront ta peau !»

 

En tout état de cause, si cette réforme passe, mon petit garçon ne votera sûrement jamais socialiste

 

 

Réflexion quatorze (14 novembre 2012)
Les enseignants dindons se rebiffent contre la réforme des rythmes scolaires

 

Enfin les enseignants bougent sur les projets gouvernementaux de réforme de l'école.

http://lemonde-educ.blog.lemonde.fr/2012/11/12/reforme-des-rythmes-scolaires-les-enseignants-ne-veulent-pas-etre-les-dindons-de-la-farce/

 

Un groupe d'enseignants du primaire s'autodésignent ainsi péjorativement du terme de 'dindons' et contestent cette refondation prévue/annoncée. Evidemment, c'est dans l'air du temps. Ils prennent ainsi la suite médiatique des multiples riches pigeons et moutons dénonçants les augmentations socialistes de prélèvements fiscaux ... Mais eux au moins payent leurs impôts en France et ne menacent pas de se délocaliser dans un quelconque paradis fiscal.

 

Leur blog : http://paroleauxdindons.canalblog.com/

«Cette fois-ci, le dindon ouvre son bec, redresse fièrement sa  queue, secoue effrontément sa caroncule et sort de sa basse-cour pour glouglouter haut et fort qu’il ne laissera pas l’école de ses enfants partir en miettes ! Oui, les Dindons veulent une refondation ; mais pas n’importe comment et à n’importe quel prix ! Et surtout pas au détriment de nos enfants !»

 

Dans une pétition qui aurait déjà été paraphée par 4.000 professeurs du premier degré, les enseignants demandent l’abandon de la remise en question des rythmes scolaires, non prioritaire à leurs yeux, tant que d’autres points fondamentaux n’ont pas été revus :

- l’allègement des programmes scolaires du primaire,

- la baisse des effectifs par classe,

- la remise en place des réseaux d’aides aux élèves en difficulté RASED,

- la prise en charge des élèves en situation de handicap,

- la revalorisation du statut de professeur des écoles,

- des journées de décharge pour tous les directeurs et la pérennisation des postes d’aide à la direction.

http://www.petitions24.net/collectifdesdindons 

 

 

Réflexion treize (30 octobre 2012)
La gauche n'a pas modifié le regard porté sur l'école comme lieu de fabrique ?

 

Le discours sur l'école n'a pas véritablement changé avec le changement de majorité gouvernementale. Les socialistes ont peut-être changé de discours vis-à-vis des enseignants qu'ils se sont engagés à écouter, à revaloriser, mais uniquement parce qu'ils représentent la base de leur électorat politique. Les socialistes projettent peut-être également de lancer une grande réflexion sur l'école, sur les apprentissages scolaires, mais le discours de fond n'a pratiquement pas changé. L'école est une fabrique humaine qui prépare les travailleurs de demain de l'industrie française, et c'est en ce sens qu'elle est expertisée. Dans cette approche, les enseignants ne sont rien d'autres que des ouvriers spécialisés (OS) devant formater des cerveaux enfantins pour en faire de futurs bons exécutants.

 

Comme un certain nombre de sociologues l'écrivent, l'état a changé de dimension par rapport aux siècles passés. Organisme de contrôle de la normalité lors des siécles précédents dont les outils étaient l'enfermement des fous et le contrôle des corps (Michel Foucault), l'état était devenu un lieu de contrôle des populations notamment grâce aux statistiques. Il est devenu au cours de la deuxième partie du vingtième siècle un organisme d'adaptation des populations à l'industrie et à la concurrence internationale ... Une main d'oeuvre qualifiée et obéissante. Mais ce n'est pas si nouveau : l'état adaptait également avant lea deuxième moitié du viongtième siècle la population aux demandes de la Nation ; mais il lui fallait alors de bons paysans, de bons ouvriers, de bons soldats pour la guerre des tranchées. C'est simplement cette demande qui a changé de nature !

 

La réflexion portée par Vincent Peillon visant à réformer l'école sur ces socles fondamentaux ne déroge ainsi absolument pas au discours antérieur, et surtout cette antienne de rapprocher l'école et le collège de l'entreprise, en généralisant les stages d'immersion même si ceux-ci ne servent absolument à rien pour la plupart ... Faire plus travailler les enfants à l'école primaire en les privant d'une matinée de repos hebdomadaire n'est-elle pas une aberration sauf à vouloir dès le plus jeune âge mieux les formater pour les besoins des entreprises ? On sait qu'il n'y aura aucune expérimentation de cette nouvelle disposition (notamment de mesure de la fatigue des enfants) parce que des adultes soi-disant mieux informés et extrêmement compétents estiment que les enfants doivent passer plus de temps sur les bancs de l'école pour être moins fatigués. 

 

Nous sommes entrés dans un Etat usant de la manipulation des opinions par le recours à l'expertise auto-présumée, de la même manière que nous sommes manipulés par des publicités, où un soi-disant spécialiste nous vante les soi-disants bienfaits d'un produit quelconque. L'objectif n'est plus d'influencer simplement nos actions (par des slogans ou des ritournelles publicitaires). L'objectif est désormais de manipuler nos opinions pour nous faire croire que telles choses, tels produits sont bons pour nous, pour notre santé, pour le devenir de nos enfants !

 

Il nous faudrait combattre sans relâche ces projets dont l'objectif est l'asservissement de nos enfants et de nos opinions. Le précédent gouvernement visait à privatiser l'école maternelle pour que la garde de nos enfants en bas âge relève soit des parents, soit des systèmes de garde payant, parce que des Bac+5 ne devaient pas avoir à langer des bambins (alors qu'un enfant ne rentre à l'école que lorsqu'il ait propre). Sans remettre en cause cette volonté d'état de long terme qui imposait d'abord de développer les places d'accueil privées pour les enfants de 3 à 5 ans, ce gouvernement poursuit des idées presque aussi dangereuses ou idiotes dont l'objectif est peut-être semblables (libérer tôt dans l'après-midi les enfants écoliers en sachant que cela créera des difficultés invraisemblables de fonctionnement pour les familles de parents salariés et imposera le développement le recours aux services de garde privatisés).

    
 

Saucratès

 

 

Précédents écrits sur le même sujet :

1.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2635507-quel_programme_de_gauche_en_matiere_d_enseignement.html

2.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-9354844-quel_programme_de_gauche_en_matiere_d_enseignement.html



30/10/2012
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