Critiques de notre temps

Critiques de notre temps

Quel programme de gauche en matière d'enseignement (2)

 

Réflexion douze (17 septembre 2012)
Une nécessité de sauver l'école ?

 

L'article de Télérama suivant donne un compte-rendu d'un entretien entre Vincent Peillon, ministre de l'éducation nationale, et Jean Pierre Terrail, sociologue et contestataire. 

http://www.telerama.fr/idees/comment-sauver-l-ecole-dialogue-entre-le-ministre-vincent-peillon-et-le-sociologue-jean-pierre-terrail,86480.php

 

Un grand nombre de spécialistes semblent d'accord sur une nécessité de réformer l'éducation nationale. Mais il est important de noter que c'est ce même constat qui a conduit toutes les réformes des trente ou quarante dernières années, depuis l'instauration du collège unique dans les années 1975. Le risque est évidemment de rajouter une nouvelle énième réforme à un ensemble de réformes existantes.

 

1) Il y a d'abord le constat d'un échec dans la maîtrise de la langue française. En sixième, 25% des élèves français auraient des acquis fragiles dans la maîtrise du français et 15% auraient des difficultés sévères. Selon l'enquête internationale Pisa, la maîtrise du français aurait baissé entre 2000 et 2009. Comment réformer l'école ou l'enseignement pour résoudrer cette difficulté ?

 

Certains spécialistes et certains enseignants du primaire recommandent d'arrêter d'étoffer les programmes à l'école en rajoutant toujours plus de matières (informatique, anglais ...) pour se concentrer sur les principaux apprentissages de base (savoir lire et compter). La réponse de ce gouvernement socialiste me semble beaucoup moins satisfaisante : augmenter le nombre de jours de classes dans l'année. Selon Vincent Peillon, les enfants au primaire n'auraient annuellement que 144 jours de classe (contre 180 jours pour la moyenne européenne) et donc 221 jours sans école ! Pour Vincent Peillon, le «pays doit comprendre que l'intérêt de sa jeunesse doit primer sur le confort des égoïsmes».

 

Ce qui m'arrête dans cette analyse, c'est qu'il y a énormément d'enfants qui n'aiment pas l'école, dont la vie commencent à la sortie de l'école. Les enfants le plus en difficulté aiment encore moins l'école que les autres, préférant trouver à la sortie de l'école, dans les jeux d'interactions à l'extérieur, ce qu'ils ne trouvent pas sur les bancs de l'école. Et il me semble difficile de savoir s'ils n'aiment pas l'école parce qu'ils ne sont pas bons en classe, ou s'ils ne sont pas bons en classe parce qu'ils n'aiment pas l'école !

 

Pour ma part, il me semble qu'il y a toujours eu des enfants doués et des enfants moins doués, des enfants qui aimaient l'école et les apprentissages et d'autres qui n'aimaient pas cela. Il me semble qu'il est aberrant de vouloir généraliser le mythe de l'enfant modèle, le mythe de 80% d'une classe d'âge au niveau baccalauréat. Le résultat, c'est un baccalauréat dont le niveau ne correspond même plus au certificat d'études d'autrefois, de nos parents ou grand-parents. L'échec scolaire ne disparaîtra pas parce que les enfants travailleront 40 jours de plus par an. Il ne disparaîtra pas tant que l'on nous fera croire que tous les enfants quelque soit leur niveau d'intelligence et leur capacité sociale, pourront apprendre à la même vitesse, durant le même nombre d'années ! Pour certains, la lecture ou le calcul sont pratiquement innés, immédiats, et pour les autres non.

 

Parler de 221 jours sans école, cela paraît énorme, mais 144 jours d'école, cela représente 36 semaines de 4 jours. Il reste donc 16 semaines de vacances aux enfants, ce qui paraît beaucoup moins choquant. Je suis sûr qu'en décomptant le nombre d'heures passées à l'école par les enfants, le ministre Peillon pourrait afficher des chiffres encore plus choquants. En moyenne, les enfants ne doivent passer que 1.152 heures à l'école (dont une bonne partie en récréation) sur un total annuel de 8.760 heures, ce qui représente 7.608 heures passées hors de l'école ... C'est évidemment inacceptable !

 

On ajoute évidemment tout et n'importe quoi. Dans les 221 jours non travaillés par les enfants, il y a notamment les samedis et les dimanches, comme dans 7.608 heures non travaillées, il y a aussi les heures de sommeil !

 

Enfin, mes meilleurs souvenirs de mon enfance concernant les périodes de vacances (je n'ai pas le moindre beau souvenir de mes journées d'école), je ne comprends pas ce que ce gouvernement veut faire et ce qu'il veut proposer à nos enfants actuels.

 

2) Il y a deuxièmement le constat que l'école «reproduit et accentue les inégalités sociales» : «dans les années 1960, 11 % des enfants d'ouvriers et 56 % des enfants de cadres décrochaient un bac général ; aujourd'hui, ce sont 22 % des enfants d'ouvriers, certes, mais 72 % des enfants de cadres». «Depuis des décennies, nous avons donné plus à ceux qui ont le plus. (...) On donne davantage à un enfant des centres-villes qu'à un enfant de ZEP — le récent rapport de la Cour des comptes est de ce point de vue éclairant — et davantage à un élève de classe préparatoire, presque toujours issu de milieu favorisé, qu'à un élève du primaire».

 

D'une certaine manière, il est normal que les résultats scolaires traduisent les stratégies d'éducation des parents des enfants scolarisés. Pour l'empêcher, il faudrait que l'école mettent en échec ces stratégies éducatives, c'est-à-dire contraignent/bloquent les enfants des classes sociales élevées/éduquées pour favoriser les enfants des classes sociales pauvres/peu éduquées. Et inversement à la génération suivante ! Cela ressemble plutôt au système soviétique ou à la révolution culturelle chinoise, ce qui ne me correspondre pas au système politique français.

 

En conséquence, les classes sociales élevées ou fortement éduquées sont capables de pousser leurs enfants dans leurs études et leur permettre de dépasser des blocages ou difficultés, ce que ne seront pas capables de faire des parents de classes sociales pauvres ou peu éduquées. Une même difficulté comme une dyspraxie, un bégaiement, constituera une difficulté insurmontable pour un enfant de milieu défavorisé et sera surmontée sans difficulté par un enfant d'une famille de classe sociale élevée ... Mais la réponse doit-elle être apportée par le système scolaire ?

 

3) Je retiendrais par contre quelques positions sur lesquelles je suis favorable. Notamment la revalorisation de l'enseignement professionnel. Ainsi, Vincent Peillon note que «ces filières offrent des formations qualifiantes, elles ont intégré le numérique, la robotique est là, les régions ont investi beaucoup d'argent dans les plates-formes professionnelles, et nous avons des ­lycéens qui trouvent du travail, ­reviennent pour des formations complémentaires. Mais pour qu'elles obtiennent une reconnaissance dans un pays qui a une telle hiérarchie de ­valeurs, il faut intégrer à ces formations la philosophie, l'anglais, la culture générale, l'accès aux arts, au même titre que dans les autres et veiller à de meilleures transitions avec le supérieur. Il faudra aussi repenser notre système d'orientation».

 

Repenser le système d'orientation pour que les gamins qui sont orientés à quatorze ou seize ans vers l'enseignement professionnel puissent rejoindre plus facilement un baccalauréat, l'enseignement supérieur et les écoles d'ingénieurs. Mais l'enseignement professionnel demeurera réservé aux élèves en échec scolaire à un moment donné de leur scolarité, à cet embranchement dans leur scolarité. Croire le contraire sera utopique. «Je crains seulement que si l'on continue à réserver l'enseignement professionnel aux élèves qui ont échoué dans l'enseignement général, la lutte pour faire entrer tous les élèves dans la culture écrite ne soit pas menée par les enseignants». Il s'agit au contraire de pouvoir inciter ces enfants qui sortiraient de l'échec scolaire à retrouver un cursus normal de scolarité, avec les mêmes perspectives de réussite.

 

4) Comme l'exprime Jean Pierre Terrail : «Supprimer cette mise en concurrence des enfants qui commence dès l'école primaire ! Car l'école unique met en compétition les enfants. Dès la petite section de maternelle, les maîtresses et les maîtres doivent remplir un questionnaire de compétences de quatre-vingts questions. Or, toutes les recherches, dans tous les pays, montrent que les conséquences de cette mise en concurrence — classements, processus de préorientation, classes de niveau, filières de rattrapage, enseignement professionnel, etc. — s'exercent au détriment des classes ­populaires. On ne démocra­tisera pas l'école sans mettre fin à cette compétition».

 

Remettre en cause l'omniprésence de la notation ? «Les parents sont attachés à la notation. Faisons le travail de leur expliquer qu'il existe diverses formes d'évaluations possibles, et que certains pays comme la Finlande, où les enfants réussissent bien, ont des pratiques différentes. Quand vous voulez agir sur l'école, il faut toujours garder à l'esprit que les circulaires, les décrets, les lois ne suffisent pas. Il faut aussi agir sur les habitudes, l'esprit public, et les mentalités. Pour vaincre les blocages, il faut instruire, éclairer, mener les débats».

 

(...) Chez la plupart des enseignants, il est devenu normal, inévitable, qu'une partie de leurs élèves échoue ! Cette culture de l'échec s'enracine parce qu'on a donné aux enseignants la possibilité de régler, autrement que par le travail de transmission des savoirs, la difficulté d'appren­tissage. La mauvaise note, le redoublement, les classes de niveau, les filières, sont autant de ­réponses apportées à la difficulté d'apprentissage... His­to­riquement, le socle commun s'inscrit dans cette logique, il est la réponse apportée à l'existence de cette masse d'élèves qui échoue».

 

 

Réflexion onze (5 septembre 2012)
Réforme de l'école et des rythmes scolaires - On nous avait pourtant promis une large concertation !

 

Aucune décision sur l'école et les rythmes scolaires ne se prendra sans une concertation, nous avait-on  promis. Et pourtant, comment se déroule cette concertation ? Quelques heures de débat en province, dans les divers départements, dans les divers rectorats qui prennent le titre pompeux de concertation, réservées à quelques personnes importantes, des recteurs, des députés, des sénateurs, quelques enseignants, quelques représentants des syndicats ou des associations de parents d'élèves, et enfin quelques spécialistes des rythmes biologiques des enfants ... tout cela pour travailler sur des questions déjà parfaitement cadenassées ... Voilà ce que le gouvernement et le parti socialiste appellent une large concertation ?

 

Qu'en est-il par ailleurs au niveau national ? Signe de la confidentialité et de la fermeture de cette réflexion, la recherche sur la toile d'informations sur cette concertation ne renvoie pratiquement aucun résultat, dont la majeure partie concerne les annonces de cette concertation faîte en mai 2012. Parmi les rares articles, celui-ci du Monde datant de fin août.

http://www.lemonde.fr/ecole-primaire-et-secondaire/article/2012/08/28/deuxieme-semaine-de-la-concertation-gouvernance-et-rythmes-scolaires-au-programme_1752183_1473688.html

 

Comme pour les réunions départementales dont je parlais, les membres (80) participant à la réunion mentionnée sont extrêmement restreints : «des représentants du monde syndical, des porte-parole d'associations, des élus notamment de Brest, Angers, Grenoble, Meudon» ... Derrière ce mot de concertation, il n'était pas question pour le gouvernement d'ouvrir un débat auquel les citoyens français auraient pu participer ; il leur fallait faire semblant de discuter entre notables et spécialistes et faire croire que les décisions prises (et déjà arrêtées) avaient été concertées ! Sale méthode !

 

Les français n'ont pour s'exprimer que le droit de donner leur opinion à des instituts de sondage, dont les résultats viendront conforter les idées et les propositions du gouvernement ... On peut leur faire dire ce que l'on veut aux sondages !

http://www.metrofrance.com/info/reforme-des-rythmes-scolaires-les-francais-pour-les-parents-d-eleves-inquiets/mlhw!dBspnnh5KG6BA/

http://www.terrafemina.com/vie-privee/famille/articles/16758-reforme-des-rythmes-scolaires-les-francais-craignent-les-consequences.html

 

Ainsi, le journal Métro et le site Terrafemina peuvent rendre compte du même sondage (Harris Interactive commandé par le syndicat enseignant SNUipp) de manière différente. On peut ainsi noter : 

 

o Que 72% des Français approuvent le retour de la semaine de quatre jours et demi en primaire (faire travailler plus les écoliers du primaire pour Métro).

o Que 63% des personnes interrogées approuvent le raccourcissement des vacances d'été.

o Que 67% des Français considèrent «comme une bonne chose» la réforme des rythmes scolaires proposée par le gouvernement.

o Que 57% des parents d'élèves du primaire (directement concernés) approuvent les futurs changements (48% seulement pour les familles monoparentales).

o Que pour 79% des parents d'élèves (64% des Français), il n'est «pas question de se lever le samedi matin pour amener les enfants à l'école».

o Que 47% des Français sont défavorables à l'idée de terminer l'école à 15h30 pour ne pas trop fatiguer les enfants (selon le site Terrafemina, la proportion des sondés favorables à une fin des cours à 15h30 est de 58%).

o Que cette proportion (favorables à une fin des cours à 15h30) n'atteint que 47% chez les seuls parents d’élèves.

 

Ne pouvoir donner son avis sur un sujet aussi essentiel que par le biais de sondages est extrêmement réducteur et constitue une perversion de l'idée de démocratie. Il en va de même de l'idée de réserver une concertation large et publique à quelques seuls autoproclamés spécialistes de ce genre de questions, et membres de ces satanés 'corps intermédiaires' ! En agissant de cette manière, Hollande et son gouvernement sont en train d'ouvrir un boulevard pour le retour de Nicolas Sarkozy en 2017 !

 

(Nota : Je me retrouve clairement dans certains discours de Nicolas Sarkozy, comme dans celui de Montpellier sur l’éducation : « Le rôle des enseignants est capital. Le rôle de leurs représentants est important. Mais l’école appartient d’abord à toutes les familles de France qui lui confient leurs enfants. Et ces familles ne veulent pas qu’on leur confisque le droit de prendre la parole sur le devenir de l’école de leurs enfants. »)

http://www.rue89.com/rue89-presidentielle/2012/03/14/denoncer-les-corps-intermediaires-comme-sarkozy-est-ce-gaullien?com=select&c=3

 

Il est dommage que le gouvernement socialiste fasse le choix inverse d'exclure les parents de cette concertation.

 

Enfin, dernière solution pour les quelques dizaines de millions de français et de parents d'élèves exclus de cette pseudo-concertation, le site www.refondonslecole.gouv.fr sur lequel on peut lire ce qui se trame et apparemment poster ses contributions ...

 

Et pourtant, il y a tant à faire et à dire sur l'école, sur les enseignements, sur l'enseignement de la morale et de la philosophie, sur les méthodes d'enseignement, sur la mixité sociale et sur ses dérives, sur les insuffisance de l'enseignement public et les excès de l'enseignement privé, sur la tolérance accordée aux violences entre pairs dans les écoles et dans les cours de récréation ... Quelques articles qui traitent de cela.

http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/09/04/rendre-sa-copie_1755066_3232.html

http://www.lemonde.fr/ecole-primaire-et-secondaire/article/2012/09/04/morale-laique-un-cours-ne-remplace-pas-le-vecu-dans-la-classe-dans-la-cour_1755259_1473688.html 

http://www.lemonde.fr/societe/article/2012/09/04/prive-public-ces-parents-qui-choisissent-les-deux-ecoles_1755232_3224.html

http://tempsreel.nouvelobs.com/education/20120904.OBS1189/rythmes-scolaires-une-affaire-de-classes-sociales.html

 

La réforme de l'école n'est pas aussi simple que certains voudraient nous le faire croire et ne se limite pas seulement à vouloir faire travailler 50 jours de plus par an nos enfants, en racourcissant leurs vacances et en les privant d'une matinée de repos. Et l'argument massue de la comparaison avec d'autres systèmes scolaires nationaux ne me semble pas plus valide que si l'on se fondait sur une comparaison sur les temps de travail moyen dans l'industrie pour défendre un allongement du temps de travail salarié annuel !

 

D'ailleurs, faut-il craindre le même résultat de la concertation avec les syndicats sur la productivité des entreprises françaises ? Le gouvernement proposera-t-il de diminuer de 25 jours les congés payés (et les RTT) et de faire travailler les français un sixième jour par semaine ? Parce que pour cela, il n'était pas nécessaire de voter pour un socialiste pour l'élection présidentielle ?

 

La meilleure définition du concept de morale laïque que j'ai trouvé : «Le principe d'une morale laïque est assez aisé à comprendre quand on se replace dans le contexte historique, c'est une morale qui doit être accessible à tous et entièrement désolidarisée de la question religieuse. C'est une morale qui s'inscrit dans l'héritage des idées progressistes du XVIIIe siècle. Malheureusement, j'ai bien peur que ces notions ne soient pas toujours suffisamment intégrées par les élèves, à moins qu'ils les perdent en devenant adultes et en entrant dans une société de l'individuel, de l'égoïsme, de l'anti-social» (Charlotte, 25 ans, Paris).

 

 

Réflexion dix (2 juillet 2012)
La suppression des notes en débat

 

Le débat sur les notes dans l'Education nationale est un sujet brûlant et immensément intéressant. Le gouvernement socialiste, notamment le ministre de l'Education nationale Vincent Peillon et son conseiller Bruno Julliard (que j'avais jusqu'à peu considéré comme un incompétent notoire), ne semblent pas fermés à une évolution des esprits sur un tel sujet aussi sensible.

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2012/06/22/01016-20120622ARTFIG00691-les-notes-dans-le-collimateur-de-l-education-nationale.php

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2012/06/05/01016-20120605ARTFIG00618-ecole-les-notes-a-nouveau-contestees.php

 

Quel est le problème de la notation dans l'Education nationale ? Il s'agit principalement d'abord de ce que l'on appelle la «constante macabre» («Mouvement contre la constante macabre», présidé par André Antibi, professeur de mathématiques à Supaéro et chercheur en didactique), c'est-à-dire la répartition inconsciente par les enseignants de leurs élèves en trois tiers : les «bons», les «moyens» et les «mauvais». La constante macabre me semble être une réalité, et les enfants (mon fils en premier lieu) dans les classes de bon niveau se plaignent facilement de la difficulté des devoirs et des examens en comparaison des classes de moins bon niveau.

 

De manière amusante, ce sont souvent les parents d'élèves qui veulent mettre leurs enfants dans des classes de bon niveau, et qui pour cela usent de stratagèmes, comme l'allemand ou le russe en première ou deuxième langue vivante, ou les placent en classe bilangue dès la sixième. Ce n'est pratiquement le choix des élèves eux-mêmes, qui si on leur laissait le choix (mais quelle hérésie !), se satisferaient de moins d'heures de cours ! De toute façon, les enfants se sentent souvent obligés de satisfaire aux attentes de leurs parents, de répondre aux attentes que leurs parents mettent en eux en essayant de réussir le mieux possible ...

 

Ce sont également les parents d'élèves qui sont le plus en attente des notes de leur progéniture, pour les valoriser ou pour les classer (entre eux) ... Il n'y a qu'à remarquer la satisfaction des parents devant le classement de leurs enfants ; la valorisation faite des enfants qui se battent pour les premières places dans leurs classes, même chez des parents dont les résultats scolaires étaient mauvais, même quand ceux-ci ont quitté très tôt l'école pour travailler. Cela ressemble souvent à une forme de revenche des parents à travers leur progéniture sur le monde de l'éducation. Les mêmes parents qui veulent des notes à l'école, au collège, au lycée. Mais le problème est que tous les enfants ne peuvent être premiers de leur classe ; c'est mathématiquement impossible.

 

La «constante macabre» est-elle une réalité ? Je crois qu'elle s'observe chez la majeure partie des enseignants, qui feront en sorte d'avoir d'avoir à la fois des bons élèves et des moins bons élèves, pour ne pas être considérés comme des enseignants trop laxistes ni trop mauvais. Ils font ainsi varier la difficulté de leurs interrogations pour ne pas mettre à la fois uniquement des 20/20 ni des 0/20 à tous leurs élèves. C'est évidemment encore plus facile dans des matières comme le français (rédaction et dissertation), l'histoire-géographie (le paragraphe argumenté) ou les langues (mais également en mathématiques maintenant), où les notes sont essentiellement de l'ordre du subjectif.

 

La «constante macabre», qui s'observe réellement, devrait conduire les parents d'élève à cesser de vouloir pousser leurs enfants dans les meilleurs classes des ccollèges et lycées. Il y a en effet deux effets inverses dans la tentative de sélectivité des options pour les élèves. Dans une classe de bon niveau, les enfants ne seront pas retardés dans leurs apprentissages par des élèves de moindre niveau qui ralentiront la classe. Par ailleurs, souvent, les meilleures classes ont les meilleurs enseignants de l'établissement, notamment en mathématiques ou en français. Mais on les considère parfois comme les meilleurs enseignants parce qu'ils sont les plus durs, les plus exigeants, c'est-à-dire parce qu'ils notent le plus durement les enfants !

 

Par contre, dans une classe de faible niveau, qui plus est dans un établissement de plus faible niveau, les élèves normaux ou bons pourront avoir beaucoup plus facilement de très bons résultats scolaires alors qu'il est vraisemblable que les mêmes élèves, avec les mêmes devoirs, obtiendraient des notes et des résultats beaucoup plus faibles dans des bonnes classes de bons établissements où tous les élèves auraient au moins leur niveau. Evidemment, dans une classe de faible niveau ou dans un établissement de faible niveau (où le nombre de bons élèves est faible), le risque que ces enfants se relâchent dans leurs efforts est important, de même que le risque qu'ils ne puissent pas étudier tout le programme scolaire et qu'ils aient du retard sur les élèves des meilleures classes !

 

Et par ailleurs, on peut aussi penser qu'un très bon élève s'en sortiront toujours, qu'il soit dans une mauvaise classe ou dans une très bonne classe !

 

Mais ayant vécu le dilemne de la «constante macabre», je ne peux que me rallier à la position du ministre de l'éducation nationale quant à la remise en cause des notes à l'école et même jusqu'au collège. Même si cette idée ne semble pas plaire au président François Hollande, qui est après tout un pur produit de l'excellence scolaire, lauréat de la très élitiste Ecole nationale d'administration française.

 

Cet article du Figaro fait également apparaître de très intéressantes informations. Que la Finlande, en tête dans les enquêtes Pisa (programme international de suivi des acquis des élèves), n'organise aucune évaluation des enfants avant l'âge de 9 ans (ou 11 ans d'après un autre article du Figaro), et encore est-ce de manière non chiffrée. Les élèves finlandais doivent simplement obtenir une note «bien» correspondant à 8 dans une échelle de 4 à 10. Lorsque l'on connaît l'appétît des enseignants français à mettre des 0/10 ou des 0/20 à certains de leurs élèves (les notes sanctions), qu'ils agrémentent en plus de commentaires vexatoires sur la nullité de ces élèves, au grand amusement de leurs camarades ! Appétît de la note sanction que l'on rencontre du primaire jusqu'à l'université !

 

Que les anglais et les américains utilisent uniquement des notes de A à F pour les notations en lieu et place de nos charmantes notes sur 10 ou sur 20 que l'on trouve tellement appréciables et précis mathématiquement. Et qu'un essai d'introduction en 1968 en France a échoué parce que les enseignants français leur ont immédiatement rajouté des plus et des moins pour mieux classifier les enfants et établir des hiérarchies ... et ont ensuite préféré revenir aux si agréables notes sur 10 et sur 20.

 

Et qu'enfin les enseignants français refusent les questions cadeau, pour lesquelles on sait que les élèves connaissent la réponse, alors qu'aux Etats-Unis l'évaluation est justement pricnipalement faite de ce type de questions. A noter néanmoins que les élèves américains ne sont guère mieux placés que les élèves français dans les enquêtes Pisa !

 

En tout cas un article intéressant, et un espoir pour une tentative victorieuse de réforme de l'esprit de notation, de sélection et de classification dans le monde de l'Education nationale, même si celle-ci ne pourra que désespérer les enseignants et les parents d'élèves tellement demandeurs de notes et de classification !

 

A noter que ce débat est loin d'être récent et qu'il est retraité régulièrement par Le Figaro en chaque début d'année scolaire.

En octobre 2011 : 

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2011/10/24/01016-20111024ARTFIG00736-la-suppression-des-notes-gagne-du-terrain.php

En octobre 2010 :

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2010/10/25/01016-20101025ARTFIG00690-polemique-autour-de-la-possible-disparition-des-notes.php

 

 

Réflexion neuf (28 juin 2012)
La réforme sarkoziste de la carte scolaire. Quels résultats ?

 

Je vais quitter quelques instants mes réflexions/réactions sur les rythmes scolaires pour aborder la question de la réforme de la carte scolaire. Je me réfèrerais notamment à l'article intéressant de Mattea Battaglia, journaliste du Monde, citant les interventions de la sénatrice PS de Gironde, Françoise Cartron, rapporteure de la commission de la culture, de l'éducation et de la communication du Sénat, qui a adopté un rapport d'information sur la carte scolaire, rendu public ce mercredi 27 juin après-midi.

http://www.lemonde.fr/ecole-primaire-et-secondaire/article/2012/06/27/carte-scolaire-il-y-a-bien-une-discrimination-sociale-territoriale-mais-aussi-scolaire-ne-le-nions-pas_1725263_1473688.html

 

Selon Nicolas Sarkozy et ses ministres, «la suppression de la carte scolaire devait consacrer le libre choix des familles et favoriser la mixité scolaire». Quelques années plus tard, il ne semble rien en être. Pour Françoise Cartron, «les conclusions qui s'imposent sont terribles : ce sont bien les milieux plus favorisés qui se sont emparés de la réforme, amplifiant l'effet ségrégation dans les collèges et lycées».

 

«L'établissement qui affichait un recrutement social homogène a accentué son homogénéité : s'il accueillait des classes moyennes et supérieures, ce sont les classes supérieures et très supérieures qui en sortent renforcées. Les établissements en situation déjà difficile se sont encore plus ghettoïsés, perdant leurs meilleurs éléments.»

 

Dans cet article, je vois poindre une conclusion extrêmement intéressante et riche : «Tous les chercheurs que nous avons auditionnés nous l'ont dit : personne au niveau politique ne s'est emparé de cet objet difficile, un sujet éducation mais aussi sociétal, qui pose la question de l'équilibre des territoires. C'est rendre perceptible qu'une frange des Français se sent tenue à l'écart, n'a pas accès à la même qualité de services publics. Quand ça touche aux enfants, c'est encore plus criant. Il y a bien une discrimination sociale, territoriale, mais aussi scolaire, ne le nions pas.»

 

Pour les personnes intéressées par le petit monde de l'éducation nationale, il est visible qu'il existe un problème de carte scolaire. Il existe de bonnes écoles, de bons collèges, de bons lycées, et il existe de mauvaises écoles, de mauvais collèges, de mauvais lycées, que toute personne de classe moyenne tentera de fuir par tous les moyens. Les moyens pour échapper à la mauvaise école, au mauvais collège, au mauvais lycée sont extrêmement divers.

 

- Rejoindre comme moi le plus tôt possible une école privée pour que son enfant puisse suivre ensuite une scolarité dans le secteur privé, à l'abri des problèmes et des effets de la carte scolaire ...

- Choisir avec soin son lieu de domicile à l'intérieur de la carte scolaire de l'établissement public que l'on vise, comme l'a fait un des mes amis, enseignant dans un établissement public à problème ... Avec un impact inimaginable sur les prix des loyers dans les zones des établissements les plus huppés ...

- Passer par le choix des options pour sélectionner une option n'existant pas dans le lycée de son secteur ...

 

Cet article fait néanmoins l'impasse sur au moins une réflexion nécessaire sur la carte scolaire. La violence ! Une vision angéliste des projets de réforme de la carte scolaire voudrait faire croire qu'il n'y a de mauvaises écoles, de mauvais collèges ou de mauvais lycées que parce qu'il y a discrimination sociale et scolaire. Mais cela n'est pas vrai. Il y a discrimination sociale et scolaire parce que dans ces établissements discriminés, la violence y est utilisée comme principal mode de communication. Le plus souvent, les pires établissements scolaires ont dans leur carte scolaire des zones d'habitat social, et une composante étrangère importante. La simple construction d'immeubles sociaux dans la carte scolaire de certains établissements peut suffire à les faire basculer.

 

C'est la possibilité, le risque de violence contre mes enfants que j'ai fui en les mettant dans des établissements scolaires privés, même si pour cela il faut payer (j'en oublie presque que l'éducation nationale peut être gratuite). Dans le quartier où j'habite, où se côtoient deux collèges publics (dont un à fuir) et un collège privé, aux croisements de quelques rues, des bagarres collectives se déclenchent régulièrement devant le collège public à problème, dont certains éléments perturbateurs, souvent visiblement immigrés, tentent régulièrement d'aller s'attaquer aux collégiens des deux autres collèges. La police y est régulièrement aux abords aux heures de sortie.

 

Je rejoins ainsi avec conscience la sénatrice Françoise Cartron pour regretter la reproduction à l'identique, en cercle fermée, des élites de notre pays. Ce n'est pas favorable pour le devenir de notre société, ni pour nos enfants, qui risquent d'avoir grandi pour certains dans une bulle dorée. Mais réformer la carte scolaire et les publics des établissements scolaires peut être dangereux. Exporter la violence existant dans les pires établissements scolaires vets les établissements préservés ne me semble pas une solution, même si cette violence s'exporte déjà devant leurs portes ... Comme préconiser par certains, il faut renforcer les moyens humains dévolus aux établissements scolaires à problèmes, y combattre toutes les formes de violence, surtout entre élèves, entre pairs, mais également la violence des enseignants ...

 

Ce ne sera que lorsque la violence sera éradiquée dans tous les établissements scolaires que l'on pourra alors s'attaquer aux discriminations sociales, territoriales, mais aussi scolaires ... Discriminations qui tomberont d'ailleurs d'elles mêmes dès lors qu'elles n'auront plus de base réelle en matière de violences à fuir.

 

 

Réflexion huit (8 juin 2012)
Le matraquage du gouvernement socialiste sur les rythmes scolaires a-t-il pour objectif de rendre plus légitime une idée illégitime et non partagée par tous ?

 

On l'entend sur tous les tons depuis le mois de mai 2012 et la désignation du nouveau gouvernement du nouveau président de la république. Nos enfants n'auraient désormais pas assez d'heures de cours à l'école primaire et il faudrait leur augmenter le nombre de jours d'école dans la semaine et leur diminuer le nombre de semaines de vacances ! Jour après jour, le ministre de l'éducation nationale ou ses acolytes rabâchent cette antienne comme s'ils voulaient nous en persuader, sans que l'on sache qui ils cherchent véritablement à persuader. Et en même temps, ils parlent de concertation !

 

Ainsi, ce vendredi 8 juin, Vincent Peillon a une nouvelle fois critiqué le trop petit nombre de jours de classe des écoliers en primaire. Ce qui est amusant, c'est que mon jeune écolier de fils ne l'entend pas du tout de la même façon que le ministre, et qu'il déteste absolument François Hollande qui veut lui voler des semaines de vacances et le faire travailler le samedi matin. Combien sont-ils de jeunes écoliers à ne pas être d'accord avec ces ministres adultes qui veulent décider pour eux de ce qui est bien et mal à leur place, alors qu'ils ne seront plus jamais à leur place.

http://www.lemonde.fr/politique/article/2012/06/08/peillon-critique-le-petit-nombre-de-jours-de-classe-en-primaire_1714994_823448.html

 

Pourquoi un tel besoin de matraquer les mêmes idées si ces idées sont à ce point légitimes, reconnues et partagées par tant de gens ? Et pourquoi aujourd'hui Vincent Peillon s'aventure-t-il sur le terrain du bonheur et du plaisir («Il n'est pas interdit d'apprendre et d'être heureux et même, pour être motivé à apprendre, il faut avoir un peu de plaisir») alors qu'il parle d'augmenter le nombre de jours de classe et de diminuer le nombre de jours de vacances ? Il voudrait nous faire croire que les enfants n'aiment pas l'école parce qu'il n'y a pas assez de jours d'école ! Que les enfants sont en souffrance («Les sociologues disent, concernant les enfants français, que ce sont ceux qui souffrent le plus, avec les petits Japonais») parce qu'ils ne voient pas assez leurs maîtres et leurs camarades, alors qu'à l'école, ils sont les possibles victimes des violences de leurs enseignants et de leurs camarades (school bullying) ... Je dois être très idiot, mais je ne vois pas le lien de cause à effet.

 

Les petits japonais souffrent du climat de concurrence exacerbé qui règne dans le monde de l'éducation dès le plus jeune âge, et qui met une pression sur les enfants dès la maternelle pour leur devenir futur ! Et les petits français souffriraient donc d'avoir trop de vacances et des programmes trop chargés ! Ce ne serait pas plutôt des phénomènes de school bullying extrêmement fréquents dans l'éducation française, face à des personnels éducatifs qui trouvent cela normal, du domaine des violences entre pairs, pour apprendre à faire face aux autres !

 

Si on écoute le ministre Peillon, on pourrait penser que certains pourraient croire à gauche (mais quelle gauche ?) que les salariés seraient plus heureux de travailler plus longtemps pour leurs entreprises, d'avoir des semaines de travail plus longues, ou de partir plus tard à la retraite ? Assurément, de la même manière, un (très vieux) ministre pourrait expliquer que de son temps, les salariés n'avaient qu'un jour de repos par semaine, qu'ils avaient des semaines de soixante heures et que la retraite n'existait pas («ma génération travaillait, pas seulement le samedi matin, mais aussi le samedi après-midi ... il n'y avait pas non plus de vacances aussi longues ... il n'y a pas de tabou, ma mission c'est l'intérêt général, en France, la grande question, c'est la réussite de tous nos enfants») ...

 

Si de telles idées sur les travailleurs étaient exprimées par un ministre, on considérerait ce ministre comme un réactionnaire d'extrême droite ... Mais cela ne choque personne quand ces idées émanent de politiques socialistes et concernent nos enfants ?

 

J'aimerais que le gouvernement arrête sa pratique intolérable du matraquage télévisuel sur l'allongement des rythmes scolaires. J'aimerais qu'il ouvre véritablement une concertation sur ce sujet avec toutes les personnes concernées, et notamment avec les associations de parents d'élève mais également avec des représentants des écoliers eux-mêmes. Et qu'il s'interroge sur le nombre de jeunes écoliers qui seraient aujourd'hui prêts à descendre dans la rue contre le gouvernement, contre le ministre Peillon et ses conseillers ministériels pour défendre leur semaine de quatre jours, leurs grasses matinées et leurs semaines de vacances scolaires d'été ? Ce sont aujourd'hui des méthodes de voyous qu'utilise le gouvernement pour matraquer sa volonté de rallonger les temps de classe !

  
 

Saucratès

 

 

Précédents écrits sur le même sujet :

1.http://saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2635507-quel_programme_de_gauche_en_matiere_d_enseignement.html



08/06/2012
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