Critiques de notre temps

Critiques de notre temps

Quel programme de gauche en matière d'enseignement (1)

 

Réflexion sept (18 mai 2012)
Après les élections - La question des rythmes scolaires

 

Le problème de l'école sur cinq jours et des vacances scolaires écourtées revient à la une de l'actualité, à peine le nouveau gouvernement socialiste désigné après les élections présidentielles remportées par la gauche. Plusieurs articles du Monde en traitent depuis hier.

//www.lemonde.fr/ecole-primaire-et-secondaire/article/2012/05/17/peillon-annonce-le-retour-a-la-semaine-de-5-jours-en-primaire-a-la-rentree-2013_1702614_1473688.html

//www.lemonde.fr/election-presidentielle-2012/article/2012/05/17/semaine-de-cinq-jours-royal-critique-l-annonce-de-peillon_1703390_1471069.html

//www.lemonde.fr/election-presidentielle-2012/article/2012/05/18/ayrault-assure-qu-il-y-aura-concertation-avant-toute-decision-sur-les-rythmes-scolaires_1703456_1471069.html

 

Evidemment, ma position sur le sujet ne rejoint pas du tout celle de tous les spécialistes auto-proclamés ou auto-reconnus de la question des rythmes scolaires. Etant parent d'un jeune élève âgé de 8 ans en cours élémentaire 2, je ne peux que prendre pour exemple son exemple et son ressenti.

 

J'aimerais pouvoir comprendre la position de ces doctes adultes qui expliquent que mon fils sera moins fatigué en travaillant un cinquième jour de plus par semaine de cours, en faisant une grasse matinée de moins par semaine, en ayant deux semaines de congés d'été de moins par an (grandes vacances que je trouve déjà si courte en regard de celles auxquelles j'avais droit à son âge) !

 

Quand je vois que des journalistes écrivent : «Aujourd'hui, les travaux scientifiques sont nombreux sur le sujet. Les rapports de la Conférence ont montré qu'on sait pertinemment ce qui est bon pour les enfants. Il reste à le mettre en place»... Je me sens interpellé ... 

 

De même lorsque je lis le premier ministre : «Il y aura une concertation avec les enseignants, les parents d'élèves, les professionnels, tous ceux qui ont leur mot à dire et puis à la fin de cette concertation, il y aura un arbitrage, je le prendrai, pour que l'objectif principal» (à savoir le retour à la semaine de cinq jours de classe en primaire pour la rentrée 2013) «soit respecté» ...

 

Les adultes s'estiment ainsi plus à même que les enfants de savoir ce qui sera bon pour eux, ce qu'il leur faut ... Ceci est bien sûr la base de la séparation entre les enfants et les éducateurs ... Mais de là à ne même pas prendre leur avis ni en tenir compte !

 

Je serais pour ma part prêt à manifester haut et fort mon refus du retour aux cinq jours d'école, et encore plus au retour au samedi d'école, évidemment dans la rue, aux côtés de mon fils de huit ans. Et pour ce que j'ai pu en voir dans l'école de mon enfant, ce refus du retour aux cinq jours d'école est une position majoritaire chez les écoliers. Si les écoliers du primaire avaient eu le droit de vote pour la dernière élection présidentielle, je ne suis pas sûr que François Hollande aurait été élu président de la république, car parmi les écoles qui suivaient les propositions des candidats à la présidentielle, sa cote de popularité a chuté vertigineusement au profit de Nicolas Sarkozy !

 

Les rythmes scolaires seront donc le premier sujet d'affrontement entre les parents d'élèves, les petits écoliers et le nouveau (ou futur) gouvernement ? Et quel pourra être l'impact de cette annonce sur les prochaines élections législatives ? Surtout que l'ouverture éventuelle des écoles le mercredi matin en lieu et place du samedi matin (qui me gênerait moins personnellement) aura des conséquences sur l'emploi dans les garderies d'enfants les mercredi pour les parents qui travaillent. 

 

Combien y aura-t-il d'enfants dans les rues contre le gouvernement socialiste sur cette question du racourcissement des vacances scolaires et de la semaine des cinq jours à l'école ? Tel sera l'enjeu de ce futur affrontement ? Et combien d'enfants tués si la police charge d'aussi jeunes manifestants ?
  

 

Réflexion six (25 avril 2012)
La question des rythmes scolaires

 

Mon petit garçon de huit ans, en cours élémentaire 2, est rentré particulièrement affecté de l'école en début de semaine. Chaud partisan jusqu'à peu de François Hollande, à son jeune âge, il est devenu d'un coup favorable à Nicolas Sarkozy, avec lequel il partage son prénom. Il vient d'apprendre à l'école que François Hollande veut lui supprimer quatre semaines de vacances, ce qui selon lui le privera de son prochain Noël, et en plus le faire travailler tous les samedis. J'ai essayé de le rassurer, mais rien n'y a fait. Je ne suis pas sûr que ce genre de propositions recevra l'assentiment des écoliers. Mais évidemment, depuis quand les adultes demandent les avis des enfants avant de décider pour eux !

 

Sur un blog intéressant (//classes.blogs.liberation.fr/soule/), j'ai recherché une analyse des propositions de François Hollande concernant l'éducation. 

//classes.blogs.liberation.fr/soule/2012/02/radiographie-des-propositions-de-francois-hollande-pour-leducation-.html

 

On y trouve bien les points qui ont fait réagir mon petit garçon. Mais contrairement au regard qu'il en a reçu, cette proposition de réforme ne semble pas tellement aboutie ni précise : « une réforme des rythmes scolaires et la fin de la semaine de quatre jours généralisée en 2008 par Darcos, et très critiquée pour ne pas respecter les rythmes de l'enfant. François Hollande veut rallonger la semaine ainsi que l'année scolaire afin que les heures de cours soient mieux réparties, mais sans plus de précisions. Le sujet est très délicat car il met en cause de multiples intérêts - des communes, des régions, des profs, des parents, etc. Pas fou, Luc Chatel a finalement préféré ne rien décider. François Hollande ira-t-il jusqu'au bout ? »

 

Sur ce point du rallongement des rythmes scolaires, les positions dogmatiques d'un certain nombre de supposés-autodésignés-spécialistes de l'éducation me posent problème. Le ressenti des enfants n'est aucunement pris en compte dans ces analyses. Des enseignants vous assurent doctement que les enfants sont beaucoup plus fatigués désormais que précédemment, avant la réforme de 2008. Pour ma part, ce n'est pas ce que j'ai observé avec un enfant qui pouvait désormais aligner deux grasses matinées d'affilée, comme ses parents. Mais nous faisons évidemment partie d'une minorité privilégiée ne travaillant pas le samedi.

 

Seules comptent les idées toutes faites de quelques spécialistes autoaffirmés de la question et de quelques futurs ministres d'opérette (Bruno Julliard et consorts). Il est à craindre que ni moi-même, ni mon jeune fiston, n'apprécierons les réformes envisagées et prévues par le parti socialiste. Il risque pour sa part de s'en rappeler à vie des réformes socialistes, ce qui serait triste. Une prochaine génération majoritairement de droite : celle des écoliers de 2012 ! Triste lorsque l'on est de gauche de ne pas pouvoir se retrouver dans ses programmes, alors qu'il y a tant de choses à faire à l'école en y faisant notamment véritablement rentrer la démocratie participative et une véritable reconnaissance des droits des enfants à être traités de manière juste, égalitaire et non pas en fonction de critères injustes et autoritaires, fonction des rangnangnans et des colères des enseignants.

 

Mais évidemment, cela est à mille lieux des préoccupations électoralistes des enseignants et des socialistes, dont les seuls centres d'intérêt est au contraire leur droit de vie et de mort sur les enfants, leur rémunération et leur sacrosaint temps de travail hebdomadaire ! Pourquoi voter socialiste si on n'y trouve aucune raison ? Bonne question !

 

 

Réflexion cinq (21 novembre 2011)
L'équipe du parti socialiste de François Hollande en charge des questions d'éducation... le nouveau retour de Bruno Julliard

 

Bruno Julliard avait pondu un rapport qui me semblait extrêmement inquiétant en 2010 sur le monde de l'éducation. A l'époque, il m'avait semblé qu'il prenait ses marques pour se poser un jour en futur ministre de l'éducation nationale (mon article d'octobre 2010). Un an plus tard, il apparaît que j'avais effectivement raison et qu'un obscur et minable étudiant perpétuel et syndicaliste étudiant est désormais présenté comme une sommité en matière d'éducation scolaire.

 

L'équipe de François Hollande qui sera chargée des questions d'éducation, est en effet constituée, autour de Vincent Peillon (auquel François Hollande a confié la charge de suivre la jeunesse, l'enseignement scolaire, l'enseignement supérieur, la recherche et l'enseignement professionnel ... et contre lequel je n'ai rien à dire ...),

- de Bruno Julliard, ancien président de l'UNEF pour le gros dossier de l'enseignement scolaire,

- de Laurianne Deniaud, présidente du MJS, organisatrice des Assises de la jeunesse, en charge de la jeunesse,

- de Jean-Patrick Gille, député d'Indre et Loire et secrétaire national à la famille au sein du parti, en charge de l'enseignement professionnel et de la formation tout au long de la vie,

- de Alain Claeys, maire de Poitiers, ancien enseignant, en charge de l'enseignement supérieur,

- de Jean-Yves Le Déault, premier vice-président du Conseil régional de Lorraine et professeur d'université spécialiste de bioéthique, en charge de la recherche,

- et enfin de Geneviève Fioraso, en charge de l'innovation.

//lemonde-educ.blog.lemonde.fr/2011/11/21/laurianne-deniaud-bruno-julliard-et-alain-clayes-dans-lequipe-de-vincent-peillon/

 

Bruno Julliard conseillait précédemment Martine Aubry sur l'école. Il n'aura pas tardé pour se recycler pour un autre candidat, sitôt la défaite de Martine Aubry reconnue. La présence de ce personnage en charge de l'éducation scolaire, et son regard essentiellement porté sur les désidératas des enseignants (toujours plus de sactions à l'égard des élèves, ces esclaves sans aucun droit reconnu de notre monde moderne) me semble devoir être considéré comme une catastrophe en regard de ce que l'on pouvait attendre de la possibilité du retour du Parti socialiste au pouvoir. 

 

En tant qu'ancien élève d'une institution qui n'a jamais rien fait pour éliminer la violence et l'arbitraire qui sévit dans ses rangs, dans ses cours de récréation, dans ses salles de cours, et en tant que parent d'élèves qui découvre une institution qui s'est encore gangrenée, qui a instauré des règles idiotes de sanctions automatiques et encore plus arbitraires, dépendant désormais de l'humeur des enseignants et du fait qu'ils aient ou non leurs rangnangnans ... je ne peux que rappeler que j'attends quelque chose de totalement différent du parti socialiste en matière d'éducation, et que l'apparatchik Bruno Julliard n'est absolument la personne idoine pour une telle réforme et une telle réflexion.

 

 

Réflexion quatre (3 octobre 2011)
Une école sécuritaire pour les enfants

 

Quel programme en matière d'enseignement scolaire devrait porter le parti socialiste ? Il me semble que ce parti devrait porter un programme visant à offrir dans l'école publique le même genre d'excellence que celui qui est offert dans l'enseignement privé. D'une certaine façon, démocratiser les réussites de l'enseignement privé sans reproduire ses côtés pernicieux.

 

Il serait idiot de rejeter l'idée que l'enseignement privé soit une réussite par certains côtés. On y trouve une préoccupation dans l'encadrement des enfants et dans leur sécurité/surveillance, qui est bien sûr facilitée par leur possibilité de sélectionner les enfants et leurs familles, et également par le fait que rendre payante la scolarité tend à sélectionner des familles qui ont à coeur la réussite scolaire de leurs rejetons.

 

Un programme socialiste devrait donc avoir pour objectif de renforcer les équipes pédagogiques et de surveillance dans les écoles (mais aussi dans les collèges et les lycées) pour rendre plus sûr les écoles publiques et rassurer les parents. Evidemment, une telle politique implique d'annuler la politique libérale de diminution du nombre de fonctionnaires menée depuis nombre d'années. Ce n'est pas en supprimant des postes que l'école va s'améliorer. Mais augmenter le nombre de fontionnaires ne constituera pas la seule réponse possible. Il faudra réfléchir sur l'affectation des personnels de l'éducation nationale, pour les remettre en relation avec les enfants ; il n'est vraisemblablement pas nécessaire que l'éducation nationale soit ce mamouth hypertrophié où les enseignants ne représentent plus qu'une infime proportion ...

 

Renforcer les équipes pédagogiques et de surveillants, élaborer des chartes de comportement pour les enfants afin que les faits de violence entre enfants ou envers les enseignants disparaissent ou puissent être poursuivis disciplinairement ... Créer des écoles à encadrement militaire pour les enfants qui présenteraient des dysfonctionnements comportementaux de violence envers les autres ... Mais également réformer le côté d'automatismes des sanctions disciplinaires (observations et retenues pour des motifs futiles et absurdes, voire injustes (pour un livre oublié, un exercice non fait, un bavardage sans conséquence), simplement parce que ces enseignants sont incapables d'avoir la moindre autorité, ou simplement parce qu'ils sont fatigués ou de mauvaise humeur ...

 

Il s'agira effectivement de négocier dans les écoles, avec les organisations syndicales, avec les associations de parents d'élèves, une nouvelle organisation de l'école, de nouveaux moyens, un nouvel investissement des enseignants et des équipes pédagogiques, afin qu'ils cessent de se complaire dans un rôle qui créer de l'injustice, une rancoeur et un malaise à la fois chez l'enfant, l'adolescent et au final chez l'enseignant ...

Renforcer l'autorité, renforcer la morale, renforcer le respect des uns et des autres, des enseignants mais aussi surtout de l'enfant, de l'écolier, du collégien, du lycéen, de l'adulte en formation, pour qu'il puisse comprendre que la violence ne résoud pas tout, que la justice ne repose pas sur la violence, que ce soit en classe face aux enseignants ou en dehors des cours dans leurs relations avec les autres enfants.

 

Les autres sujets que constituent la durée des vacances scolaires ou de la durée de la semaine scolaire me semblent constituer des faux problèmes. C'est aux enfants auxquels il faut avant tout penser ; respecter le fait qu'ils aient besoin de vivre en dehors de l'école, hors de l'école, leur vie d'enfant ... Et à ce sujet, les grandes vacances nous laissent souvent des souvenirs émerveillés, surtout pour ceux qui les ont passé à la campagne ... Pourquoi en priver nos bambins sous prétexte que des vacances trop longues leur feraient oublier trop de choses ? Cela a toujours été comme cela ! Le jour de repos du mercredi et la semaine sur quatre jours représentent aussi un confort pour les enfants et leur famille, même si nombre d'enfants doivent être gardé dans des structures le mercredi, payantes pour leurs parents, et qu'ils ne peuvent même pas s'y reposer ...

 

Il restera le problème des enfants ou des adolescents violents, pour lesquelles la violence à l'encontre de leurs condisciples est un mode normal de relations, une sorte de loi de la jungle, de loi du plus fort, et de ses parents qui n'accordent aucune importance à l'éducation de leurs enfants, ou qui ont eux-mêmes toujours utilisés la violence comme mode de communication, dans leur enfance, leur adolescence et leur vie d'adulte, parfois même dans leur vie de parents ... Pour les premiers, des écoles militaires pourraient être la solution, qui pourraient même leur être imposées dès lors qu'ils seraient exclus de leur collège ou lycée pour raison disciplinaire ... Une autre solution pourrait également reposer sur la pratique sportive intensive, pour tenter de trouver un dérivatif à leur violence ... Pour les parents, la suppression des allocations familiales mises en oeuvre par la droite doit être conservée car elle impose aux parents démissionnaires de s'occuper de leur progéniture ou de cesser d'être aidé financièrement par la Nation.

 

 

Réflexion trois (1er septembre 2011)
Quel programme pour l'école française ?

 

Le parti socialiste a commencé à présenter ses propositions pour l'école et le collège. Ces propositions électoralistes tournent autour de la place et du statut des enseignants. En octobre 2010, j'avais déjà écrit sur le projet socialiste sur l'école, dont l'auteur principal était le socialiste Bruno Julliard, à ce moment-là secrétaire à l'éducation du PS. Les grandes idées de ce programme ne semblent pas avoir variées d'un iota en regard des propositions actuelles de Martine Aubry.

//www.lemonde.fr/societe/article/2010/10/18/education-le-ps-propose-une-rupture-dans-sa-vision-de-l-ecole_1427541_3224.html

Ce programme présente un certain nombre de problèmes. Premièrement, il reposera avant tout sur les attentes du corps professoral, à l'école, au  collège et au lycée, et très peu sur celles des enfants, des adolescents ou de leurs parents. Ce programme ignore totalement que l'école est un élément important de la vie de millions de parents d'élèves, et que le cadre de l'école est ainsi un élément fondamental de leur vie et de celle de leurs enfants ...

D'une certaine façon, comme je le disais à l'époque, le Parti socialiste semble s'inscrire dans un schéma de fonctionnement inquiétant, où quelques hommes politiques semblent se croire investis d'une légitimité surnaturelle qui les autoriserait à décider sur tous les domaines, à la manière du fonctionnement de Nicolas Sarkozy, qui semble avoir une opinion sur tout et vouloir tout décider. On espérait autre chose du Parti socialiste.

Deuxièmement, ce programme repose toujours sur la volonté de revenir à une semaine de cinq jours à l'école, ainsi que la volonté d'écourter les vacances scolaires d'été de nos bambins. Sur la semaine de cinq jours, comme sur les vacances, je sais qu'un certain nombre de personnes extrêmement compétentes estiment que les écoliers seraient beaucoup plus fatigués qu'autrefois, lorsqu'ils avaient cours le samedi matin. En tant que parent d'écoliers, ayant vécu les deux situations, mon avis est très différent ; un week-end de deux jours est indispensable pour mes enfants pour se reposer de la semaine, tout comme le mercredi. Mon premier était beaucoup plus fatigué au cours de sa scolarité. Concernant les vacances scolaires, là également, j'ai des souvenirs merveilleux de mes vacances d'été, trois mois durant au cours desquels on oubliait l'existence de l'école. Il est terrible que l'on veule priver nos enfants de ce bonheur, comme si leur enfance devait se limiter à l'école, à apprendre des choses. Et pourtant, il y a trente ou quarante ans, nos résultats scolaires n'étaient pas pires que ceux des jeunes d'aujourd'hui, bien  au contraire si on en croit les tests régulièrement faits qui démontrent une dégradation lente des compétences en mathématiques et en grammaire des jeunes.

Dans le projet initial du PS, il était prévu d'interdire le redoublement au collège (comme c'est déjà pratiquement le cas au primaire) ou sur la possibilité de proposer aux enseignants d'enseigner une deuxième matière au collège (ce qui est déjà le cas pour les professeurs de français et de latin, ou parfois pour certaines matières comme le dessin ou la musique). Il était également prévu de prendre des mesures contraignantes contre l'enseignement privé. Le Parti socialiste semble en train de vouloir rejouer l'opposition entre enseignement privé et public qui avait conduit aux grandes manifestations en faveur de l'enseignement libre sous François Mitterand. Je subodorre sur ce point là une vengeance personnelle de Bruno Julliard ou de quelque autre socialiste contre l'enseignement privé.

Il demeure aussi prévu de forcer les établissements scolaires à plus de mixité. Au fond, il s'agit d'une belle idée, mais qui ressemble à une volonté de généraliser dans des établissements à peu près préservés les violences provenant de jeunes hyper violents en situation d'échec scolaire. La mixité sociale est une bonne chose lorsqu'elle concerne des jeunes ayant envie de réussir et des parents souhaitant la réussite de leurs enfants ; ces jeunes et leurs parents sont d'ailleurs largement représentés dans de nombreuses écoles privées non élitistes ... il faut cependant avoir à coeur la réussite scolaire de ces enfants pour payer un enseignement délivré gratuitement dans les établissements publics.

 

Par contre, lorsque la mixité sociale ne vise plus que des enfants rejetant l'école et des parents considérant l'école comme une obligation, la mixité sociale n'est plus alors qu'une définition vide de sens. Il me semble tout aussi préférable que ces enfants perdus pour l'enseignement et leurs parents soient relégués dans des établissements les préparant au chômage et au revenu minimum d'insertion (puisque c'est ce qu'ils visent). Il me semble normal de vouloir protéger nos enfants de la violence de leur condisciples ; il est terrible de devoir pour cela avoir recours à l'enseignement privé, mais c'est pourtant une réalité, face à des équipes éducatives de l'enseignement public pour partie démissionnaires et pour le reste débordées ...

Plus de mixité sociale n'impliquera simplement selon moi qu'un peu plus de violence contre les enfants dans de plus en plus d'écoles et de collèges, jusqu'à là un peu préservés de cette violence. Quelles sont les propositions du parti socialiste et de sa première secrétaire Martine Aubry au sujet de la violence entre enfants et entre jeunes ? Aucune !

 

Il me semblerait plus important de détricoter certaines réformes problématiques de Nicolas Sarkozy sur la disparition programmée de l'école maternelle, sur la préparation des métiers de l'enseignement ... que de nier le droit des enfants à avoir une vie en dehors de l'école et de dégrader leurs conditions de vie par une plus grande violence à l'école ... 

 

 

Réflexion deux (25 août 2011)
Le programme de Terra Nova

 

L'envie d'intervenir dans le débat du programme politique socialiste m'est revenue à la lecture des propositions du think tank Terra Nova en matière d'enseignement supérieur, tel qu'il était retracé dans un article du Monde de l'éducation. Je me rappelle également que les propositions officielles de certains membres du parti socialiste m'avait laissé une impression désagréable d'amateurisme, venant d'anciens leaders estudiantins.

//lemonde-educ.blog.lemonde.fr/2011/08/23/enseignement-superieur-terra-nova-brise-plusieurs-tabous/

 

Ce qui est débattu par Terra Nova ne me pose pas particulièrement de problème. L'attribution d'une allocation étudiante sans condition de ressources de 500 euros par mois en redistribuant les diverses aides actuelles (bourse, allocation logement ...) me semble une excellente initiative. Evidemment, cette proposition a peu de chance d'être retenue, non pas tant en raison de son coût budgétaire, mais surtout de l'idéologie française vis-à-vis de ceux considérés comme nantis ... La majeure partie des enfants des classes moyennes ou supérieures ne bénéficient leur vie scolaire et estudiantine durant d'aucune aide de l'état en matière de scolarité et les études supérieures représentent une période relativement difficile, sous le contrôle de familles pas si aisées que cela pour leur accorder leur indépendance. Combien de jeunes de familles considérées comme aisées sont obligés de renoncer à l'école ou l'université de leur choix, en raison du coût qu'impliquerait de sortir du logement familial ? Combien de familles aisées restreignent les études supérieures de certains de leurs enfants devant l'impossibilité de financer les études de deux ou trois enfants en parallèle dans des villes différentes ? Combien de jeunes rejetés par leurs parents ne peuvent bénéficier d'aucune aide sous prétexte que leurs parents sont considérés comme aisés ... et qu'ils n'ont qu'à faire un procès à leurs parents ...

 

De même, la proposition de Terra Nova de relever les frais d'inscription en université ou de mettre en oeuvre une sélectivité accrue en entrée en master 1 au lieu de master 2 ne me pose pas non plus de difficulté. Je note juste une difficulté du relèvement des frais d'inscription. Terra Nova propose de maintenir la gratuité pour les élèves boursiers ; mais leur proposition d'allocation autonomie vise justement à réallouer pour cela les fonds de la demi-part fiscale, des allocations logement et des bourses ... Ce qui semble incompatible ... On ne peut plus parler de gratuité pour les boursiers si les bourses disparaissent ou si tout le monde devient allocataire ...

 

Il faut également imaginer que dans certains départements, l'immense majorité des étudiants sont boursiers, comme à la Réunion ou aux Antilles ... Ceux qui payeraient ou payent aujourd'hui ne sont ainsi que les dindons de la farce, ceux dont les parents n'ont pas eu l'idée de truander les allocations ... La misère n'y est en effet pas plus grande (il suffit d'y observer l'état du parc automobile) mais on y trouve un très fort développement de l'activité informelle et une sous-déclaration des revenus pour ne pas payer d'impôt ...

 

Une plus grande sélectivité pour les étudiants me semble également indispensable. Quel sens ont désormais les études si la sélection ne se fait plus au baccalauréat, distribué désormais à plus de 80% d'une génération, ni au cours des quatre première années des études universitaires ... Relever le niveau de l'université, c'est obligatoirement rendre plus sélectif l'obtention des diplômes ... Lorsque 80% d'une génération aura un niveau master sans même savoir aligner deux mots en français, voire en étant analphabêtes, quelle valeur aura un tel diplôme ? Idée éculée de la perte de valeur de diplôme ? Ou triste vision de la réalité ? Et explication de la réussite des grandes écoles françaises, de commerce ou d'ingénieurs, qui ne se privent pas de sélectionner leurs étudiants ...

 

Evidemment, j'ai participé à des mouvements estudiantins contre la sélectivité et contre la privatisation des universités françaises, notamment contre le projet Devaquet ... Ces idées continueront de soulever les étudiants pour lesquels il ne faut parler ni d'argent ni de sélection et pour lesquels toute évolution correspond à une privatisation des universités, dans un pur processus de diabolisation.

 

Par opposition à Terra Nova, je ne pense pas qu'il faille à tout prix restreindre le poids des grandes écoles et des classes préparatoires ... Elles existent parce qu'elles répondent à un besoin d'excellence et de facilité d'accès au marché du travail ... Il faudrait au contraire démassifier l'enseignement universitaire supérieur et avoir les mêmes exigences en matière d'excellence, que ce soit pour les enseignants, les outils de travail ou en matière de sélectivité des étudiants ... en laissant aux moins doués, aux moins travailleurs les filières les plus courtes ...

 

Il me semble en fait invraisemblable que toutes les filières hormis l'université pratiquent une sélection des étudiants, que ce soit en grandes écoles ou en brevets de techniciens (BTS) ... La seule voie de garage pour ceux qui échouent partout demeure les universités françaises, obligés de prendre tous les déchets que le système a poussé de classe en classe et auxquels le même système a donné le baccalauréat (ou baccatoutlemonde) ... et qu'il faille en plus ne pas les trier, ne pas faire de sélection en les poussant encore jusqu'à Bac+4 ... C'est aberrant !... (mais s'agit-il encore dans ce cas d'un programme de gauche ?)

 

 

Réflexion une (18 octobre 2010)
Que faut-il penser du projet socialiste de réforme de l'école ?


Le journal Le Monde présente les grandes lignes du programme sur l'éducation (intitulé «Education et formation pour l'égalité») que le Parti Socialiste va présenter à ses militants. Le texte sera ensuite proposé à la convention sur l'égalité réelle qui se tiendra samedi 11 décembre. Il constituera le socle du programme éducatif du candidat à la présidentielle en 2012. Ce projet a été mené par Bruno Julliard, secrétaire à l'éducation du PS et ancien président du syndicat étudiant Unef.
//www.lemonde.fr/societe/article/2010/10/18/education-le-ps-propose-une-rupture-dans-sa-vision-de-l-ecole_1427541_3224.html

Je dois avouer que ce texte m'inquiète. Il ne correspond pas du tout à la vision que j'ai de l'école, et encore moins à la vision que j'ai des problèmes que rencontre le monde de l'éducation nationale. Ce simple texte pourrait-il me conduire à refuser de voter pour un candidat socialiste ? Cette question mérite d'être posée car l'école est un élément important de la vie de millions de parents d'élèves, et que le cadre de l'école est ainsi un élément fondamental de leur vie et de celle de leurs enfants ...

Le premier problème vient de la personnalité de la personne à l'origine de ce projet, Bruno Julliard, dont la compétence et les motivations pour écrire un tel projet me semblent devoir être interrogées, même si celles ne semblent pas être mises en question au Parti socialiste. Ce n'est pas parce que cette personne a été président de l'Unef deux années durant qu'il est compétent pour fabriquer un projet pour l'école et l'éducation nationale. Un tel projet, qui concernera des millions d'enfants et de jeunes, ainsi que leurs parents, ne doit pas être écrit par quelques personnes seules dans leur coin, dans leur tour d'ivoire, même si elles estiment avoir un don inné. Un tel projet ne peut être écrit qu'en collaboration avec toutes les personnes (ou leurs représentants) concernées par cette réforme : fédérations de parents d'élèves, syndicats d'enseignants, représentants des enfants, des collégiens et des lycéens, représentants des proviseurs et des personnels accompagnants les enfants, représentants des pédiatres et pédopsychiatres ...

Le Parti socialiste semble s'inscrire dans un schéma de fonctionnement inquiétant, où quelques hommes politiques semblent se croire investis d'une légitimité surnaturelle qui les autoriserait à décider sur tous les domaines. Le parti socialiste semble vouloir copier le fonctionnement de Nicolas Sarkozy, qui semble avoir une opinion sur tout et vouloir tout décider. On espérait autre chose du Parti socialiste.

Les autres problèmes que soulèvent ce projet de texte concernent par exemple la volonté de revenir à une semaine de cinq jours à l'école, ainsi que la volonté d'écourter les vacances scolaires d'été de nos bambins. Sur la semaine de cinq jours, comme sur les vacances, je sais qu'un certain nombre de personnes extrêmement compétentes estiment que les écoliers seraient beaucoup plus fatigués qu'autrefois, lorsqu'ils avaient cours le samedi matin. En tant que parent d'écoliers, ayant vécu les deux situations, mon avis est très différent ; un week-end de deux jours est indispensable pour mes enfants pour se reposer de la semaine, tout comme le mercredi. Mon premier était beaucoup plus fatigué au cours de sa scolarité. Concernant les vacances scolaires, là également, j'ai des souvenirs merveilleux de mes vacances d'été, trois mois durant au cours desquels on oubliait l'existence de l'école. Il est terrible que l'on veule priver nos enfants de ce bonheur, comme si leur enfance devait se limiter à l'école, à apprendre des choses. Et pourtant, il y a trente ou quarante ans, nos résultats scolaires n'étaient pas pires que ceux des jeunes d'aujourd'hui, bien  au contraire si on en croit les tests régulièrement faits qui démontrent une dégradation lente des compétences en mathématiques et en grammaire des jeunes.

Si je n'ai que très peu d'idées sur le fait d'interdire le redoublement au collège (comme c'est déjà pratiquement le cas au primaire) ou sur la possibilité de proposer aux enseignants d'enseigner une deuxième matière au collège (ce qui est déjà le cas pour les professeurs de français et de latin, ou parfois pour certaines matières comme le dessin ou la musique), je suis par contre beaucoup plus circonspect sur la volonté du Parti socialiste de vouloir prendre des mesures contraignantes contre l'enseignement privé. Le Parti socialiste semble en train de vouloir rejouer l'opposition entre enseignement privé et public qui avait conduit aux grandes manifestations en faveur de l'enseignement libre sous François Mitterand. Je subodorre sur ce point là une vengeance personnelle de Bruno Julliard ou de quelque autre socialiste contre l'enseignement privé.

Tout aussi désastreux, dans le même ordre d'idées, représente l'idée de forcer les établissements scolaires à plus de mixité. Une belle idée, mais qui ressemble à une volonté de généraliser dans des établissements à peu près préservés les violences provenant de jeunes hyper violents en situation d'échec scolaire. La mixité sociale est une bonne chose lorsqu'elle concerne des jeunes ayant envie de réussir et des parents souhaitant la réussite de leurs enfants (ces jeunes et leurs parents sont d'ailleurs largement représentés dans de nombreuses écoles privées, non pas élitistes ... sauf certaines ... il faut cependant avoir à coeur la réussite scolaire de ces enfants pour payer un enseignement délivré gratuitement dans les établissements publics). Par contre, lorsque la mixité sociale ne vise plus que des enfants rejetant l'école et des parents considérant l'école comme une obligation, la mixité sociale n'est plus alors qu'une définition vide de sens. Il me semble tout aussi préférable que ces enfants perdus pour l'enseignement et leurs parents soient relégués dans des établissements anti-chambres du chômage et du revenu minimum d'insertion. Il me semble normal de vouloir protéger nos enfants de la violence de leur condisciples ; il est terrible de devoir pour cela avoir recours à l'enseignement privé, mais c'est pourtant une réalité, face à des équipes éducatives de l'enseignement public pour partie démissionnaires et pour le reste débordées ...

Un projet inquiétant, qui non seulement ne me conduira en aucune manière à apporter ma voix au Parti socialiste, mais pourrait même me conduire à m'enlever toute idée de voter pour leur candidat, quel qu'il soit ... Et nous sommes des millions de parents d'élèves en France à pouvoir penser de cette manière ... Et je ne parle pas seulement de ceux qui font confiance à l'enseignement privé. Ce programme ne vise-t-il qu'à faire perdre les prochaines élections présidentielles au Parti socialiste ? Bruno Julliard nous referait-il le coup du traitre Eric Besson ?
 
 

Saucratès

 

 

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25/08/2011
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