Critiques de notre temps

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Billet d'humeur (2)

Réflexion deux (mercredi 8 août 2018)

Le transfert aux entreprises du financement des arrêts maladie des salariés. Fausse bonne idée ou piège ultralibéral

 

Les Echos s’étaient fait l’écho d’un projet, de pistes de réflexion du gouvernement à l’étude, concernant un transfert du paiement des indemnités journalières de maladie de la Sécurité Sociale vers les entreprises. Le Monde s’en est également fait l’écho plus récemment.

https://www.lemonde.fr/economie/article/2018/08/07/le-gouvernement-veut-faire-payer-les-indemnites-journalieres-d-arret-maladie-aux-patrons_5339969_3234.html

 

Le projet est assez simple. Aujourd’hui, les arrêts maladies sont indemnisés par la Sécurité Sociale, au-delà des trois premiers jours de carence pour lesquels il n’y a pas d’indemnisation. Mais l’on sait que de nombreuses entreprises maintiennent les salaires de leurs salariés pendant une partie des congés maladie, en couvrant notamment les jours de carence non indemnisés. Le projet du gouvernement viserait à transférer le versement des indemnités journalières pour la première semaine ou pour le premier mois des arrêts maladie en les mettant à la charge des entreprises.

 

Le Monde présente cette réforme comme une mesure inquiétant au plus haut point les principales organisations patronales, au premier rang desquelles le MEDEF et la CPME. Et apparemment, selon le journal Le Monde, le gouvernement « donnerait l’impression de prendre contre-pied de sa politique pro-entreprise » qu’il mène actuellement ! Mais un tel aveuglement d’un tel journal est coupable. A moins qu’il ne s’agisse d’une nouvelle forme de manipulation médiatique : aveugler le bon peuple pour lui masquer une nouvelle attaque des droits des salariés.

 

Car il ne faut pas être idiot. Quel sera la compensation qui sera octroyée/obtenue par le patronat si le financement d’une partie du coût lié aux arrêts de travail leur serait transférée ? Pour quelle raison un gouvernement ouvertement ultralibéral pourrait-il vouloir transférer/mettre à la charge du patronat, des entreprises, le financement des arrêts de travail ? Ne pensez-vous pas qu’en échange de ce financement des arrêts de travail de courte durée, les employeurs n’obtiendront pas une plus grande possibilité de surveillance, de contrôle des salariés en arrêt maladie ? Que ce soit ceux de l’entreprise ou plus largement l’ensemble des salariés ? Pour l’instant, un salarié en arrêt maladie avait impact sur l’organisation des entreprises. Il fallait éventuellement suppléer à l’absence d’un salarié ou au minimum organiser différemment l’entreprise pour pallier à une absence. Demain, un arrêt maladie aura en plus un coût financier supplémentaire et je suis presque certains que les employeurs bénéficieront demain d’une plus grande marge de manœuvre en matière de contrôle de la véracité de la maladie de leurs salariés, ou alors qu’ils seront incités (financièrement) à les contrôler plus précisément, plus méthodiquement.

 

Cette mesure, ce projet aujourd’hui à l’état hypothétique, que l’on voudrait nous faire croire comme un projet anti-entreprise, auquel les organisations patronales commencent à réagir en mettant en avant le coût financier supplémentaire qui devrait peser sur les entreprises, est en fait très vraisemblablement un projet anti-salariés, de régression des droits collectifs des salariés, visant à davantage de contrôle et de souplesse d’un régime de sécurité sociale présenté comme archaïque par un gouvernement ultralibéral. Cette mesure porte en germe le démantèlement de la Sécurité Sociale universelle française pensée au sortir de la seconde guerre mondiale. Dans quelques années, chaque entreprise sera autorisée à faire varier les niveaux de remboursement des arrêts maladie, dans le pur respect des idéaux ultra-libéraux aujourd’hui au pouvoir en France.

 

Cette mesure n’inquièterait pas les organisations patronales, si elle arrivait à être accompagnée de mesures de réduction des cotisations ou de contrôle supplémentaire de leurs salariés en arrêt maladie. Ce n’est qu’un nuage de fumée, alimenté par les organisations patronales, qui se disent alarmées, pas certaines organisations de salariés qui vont se déclarer favorables à cette juste mesure permettant de ramener la barre gouvernementale vers l’intérêt des salariés (réaction typique à attendre de la CFDT nationale) au détriment des entreprises, et enfin par les médias nationaux, qui loin d’essayer d’en analyser les conséquences à plus long terme, vont surtout dépeindre un gouvernement voulant casser son image pro-entreprise !

 

Non, il faut préserver par-dessus tout le fonctionnement de la Sécurité sociale universelle à la base du modèle social français, et éviter toute remise en cause, démantèlement de ce régime. Et combattre dans la rue tous les projets de ce gouvernement ni de droite ni de gauche mais surtout ultralibéral (GNDDNDGMSU). Nous n’avons passé qu’une seule année de ce gouvernement et il reste encore quatre autres années à subir ce gouvernement et sa politique.

 

 

Saucratès



08/08/2018
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