Critiques de notre temps

Critiques de notre temps

Une nouvelle crise financière à l’horizon ?

Essayons d’oublier la politique et revenons-en à l’économie ! En même temps, il me faut convenir que ces deux sujets sont étroitement liés ; que deviendraient les calculs électoralistes de François Hollande en vue de la présidentielle de 2017 si la croissance disparaît en cas de ralentissement économique mondial ? Après avoir parié sur l’inflexion à la baisse du chômage lorsqu’il avait été élu, quelle image garderait-on de lui si la croissance disparaissait aussi ?

 

Nous sommes en 2015 et la précédente crise financière date de 2007-2009. L’économie française n’a même pas réussi à redémarrer et le chômage n’a même pas commencer à baisser qu’il semble que l’on arrive déjà à la fin de ce cycle de croissance des bourses mondiales. Sept ou huit ans, c’est la bonne durée s’étirant entre deux périodes de crise économique et financière.

 

On peut remonter dans notre passé et on vérifiera assez facilement l’existence d’un tel cycle. Dans notre mémoire collective, on se rappelle de la crise des années 1971-1974, démarré avec les désordres monétaires de l’inconvertibilité du dollar en or (fin du système dit de Bretton-Woods) et qui est suivi par le premier choc pétrolier de 1974, considéré comme marquant la fin de la période des trente glorieuses.

 

On se rappelle aussi dans notre mémoire collective de la récession des années 1980-1982, marqué en France par l’élection de François Mitterand à la Présidence de la République et l’impossibilité pour la France de tenir une politique économique séparée de celle du reste du monde.

 

On se rappelle peut-être moins du krach financier d’octobre 1987, qui a donné naissance à ce que l’on a appelé le ‘Black Monday’ (ou lundi noir) pour le 19 octobre 1987, en référence au célèbre Black Thursday (ou jeudi noir) qui désigne le 24 octobre 1929, première journée du krach de 1929. En octobre 1987, il faut imaginer que la place boursière de Hong Kong perdra 45,8% de sa capitalisation, celle d’Australie 41,8%, celles du Royaume-Uni 26,4% et celles du Canada 22,5%. L’indice Dow Jones avait pour sa part perdu 22,6% la seule journée du 19 octobre 1987.

 

Notre mémoire collective garde aussi souvenir de la crise économique et financière des années 1992-1993, marquée par une profonde récession, des faillites de plusieurs établissements financiers en France, avec un CAC 40 qui était passé de 2.000 points à un peu plus de 1.000 points pendant cette période de crise. Cette crise se doublera aussi d’une crise aigüe des changes, avec des attaques spéculatives contre les monnaies européennes et notamment le franc, qui conduira à des niveaux de taux directeurs extrêmement élevés (dépassant 10% plusieurs mois durant).

 

La phase haussière suivante prendra fin en 2000, juste avant l’explosion des dot.com, aussi appelée bulle spéculative des valeurs technologiques. Dans cette période 1994-2000 d’euphorie boursière, l’indice CAC40 s’envolera néanmoins à des niveaux inégalés, jusqu’à atteindre près de 7.000 points à l’été 2000.

 

Après deux années de crise, la bourse redémarrera en 2002 pour exploser une nouvelle fois finalement avec la bulle spéculative des crédits subprime américains en 2007. Les années 2007-2009 enregistreront notamment de nombreuses faillites bancaires, surtout dans les pays anglo-saxons, mais aussi en Islande. Et en 2015, il semble une nouvelle fois que les bourses mondiales soient confrontées à une nouvelle phase de baisse, qui contaminera l’activité réelle des entreprises, le financement bancaire et l’emploi.

 

Evidemment, certains pourront contester cette contamination ? Pour quelle raison l’économie réelle serait-elle affectée par des mouvements boursiers essentiellement spéculatifs ? Le plus simple pour expliquer cette contamination consiste à imaginer que l’activité industrielle réelle dépend énormément à la fois des financements qui lui sont consentis, sur les marchés et par les banques, mais également de la demande de ses produits qui émane de ses clients et du marché, et qui est fortement corrélé à l’ambiance économique d’ensemble. Des séismes boursiers comme on les observe ces dernières semaines auront forcément un impact sur le moral des entreprises et des consommateurs, à la longue.

 

Même au-delà de ces évènements de ces dernières semaines, il faut avoir en tête que l’on s’approche forcément, maintenant, dans 6 mois ou même dans un an, d’un plus haut des capitalisations boursières internationales, qui se traduiront forcément par une nouvelle correction de grande ampleur, comme en 2001 ou en 2008. Le fait que les indices boursiers français, notamment le CAC 40, soit actuellement très loin de ses maximums de 2000 (où il avait atteint près de 7.000 points) ou 2007 (6.000 points) ne résout rien ou ne nous met pas à l’abri de ce mouvement de correction. Une vision à plus long terme nous rappelle que la précédente crise financière, avant 2000, remontait aux années 1992-1993, époque à laquelle le CAC ne s’élevait qu’à 2.000 points et où il était retombé à tout juste 1.000 à 1.500 points. Actuellement, l’indice Dow Jones tout comme les bourses chinoises se situent très au-dessus de leur plus haut historique, et les phases de correction boursière n’épargnent jamais aucune place boursière.

 

Y a-t-il des raisons qui pourraient faire qu’une crise économique et financière n’éclate pas ces prochains mois et que ces éventuels mouvements boursiers n’affectent pas l’économie réelle ? Il n’existe qu’une seule crise boursière qui n’a pas eu d’impact sur l’activité réelle. Il ne s’agit évidemment pas de la crise de 1929, dont les effets se firent sentir jusqu’à l’explosion de la seconde guerre mondiale ! Il s’agit du krach d’octobre 1987 qui n’a pas eu pour conséquence une crise économique. Mais on se situait au démarrage de la période de libéralisation mondiale des marchés financiers, tandis qu’en France c’était la période des grandes privatisations.

 

Je ne veux pas être considéré comme un oiseau de mauvais augure, ni jouer au Cassandre, mais la fin de l’année 2015 et le début de l’année 2016 devraient se traduire par la dégringolade plus ou moins lente ou plus ou moins rapide des bourses mondiales (et française) et s’accompagner d’un mouvement de ralentissement économique, n’en déplaisent aux éminents économistes socialistes du gouvernement. C’est en tout cas ce que l’histoire économique des crises boursières peut nous enseigner, même si chacune de ces crises trouve un ensemble d’explications au-delà de la simple reproduction d’un cycle graphique : le pétrole et les guerres israélo-arabes en 1974, les dot.com en 2000, les crédits subprime en 2007-2009.

 

Saucratès



01/09/2015
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