Critiques de notre temps

Critiques de notre temps

Développement durable


Autres choses dites

Mercredi 25 juin 2014

 

Je voudrais dans cet article revenir sur le sujet de l'environnement. En quelques mots, quel monde est-on en train de léguer à nos enfants, aux générations futures ? Quelle image de notre génération, tous ceux qui ont aujourd'hui entre une vingtaine d'année et soixante-dix à quatre-vingt ans, les générations futures auront-elles ? Je crains que notre génération ne soit condamnée sans appel par les générations qui nous suivront, et en premier lieu par nos propres enfants.

 

Ceux qui en porteront la plus grande responsabilité seront évidemment tous les responsables politiques et économiques qui pouvaient agir depuis trente, quarante ou cinquante ans, et qui n'ont rien fait du tout. Le reste de notre génération, tous les occidentaux notamment, qui se sont engouffrés et ont profité de notre société de consommation, et qui n'ont pas agi contre cette culture sociétale (il ne suffit même pas de se mettre à l'écart de la société de consommation pour être exonérés de cette responsabilité puisqu'il faut aussi agir), portent aussi une grande part de responsabilité dans ce que le monde est devenu.

 

Mais même nos enfants qui sont déjà entrés dans le monde de consommation de masse (jeux vidéos, nourriture à gogo et sous la dictature de la mode), même sans avoir rien décidé, sont déjà prisonniers de cette culpabilité, et ils seront bien en peine de nous condamner pour avoir détruit notre planète et notre biosphère, sans se condamner eux-mêmes.

 

Pourquoi parler de crimes et de responsabilité ? En quelques mots, il me semble important de décrire notre planète telle que nous allons la léguer à nos enfants. Deux articles du Monde de ces derniers jours me suffiront pour rappeler le monde tel que nous l'avons transformé (détruit) et tel que nous le léguerons à nos enfants et à nos petits enfants :

 

1) Extermination massive des insectes du fait de l'usage massif d'insecticides par l'agriculture et les multinationales criminelles des semences et des OGM. Le biotope de notre planète est en train d'être métamorphosé par les visées capitalistes de firmes multinationales, tout cela pour améliorer les rendements et rendre esclaves les agriculteurs du monde entier. Un monde sans insectes, sans lombrics, sans oiseaux, pourra-t-il survivre longtemps, et l'humanité elle-même pourra-t-elle survivre à cette extinction ?
//www.lemonde.fr/planete/article/2014/06/24/le-declin-massif-des-insectes-menace-l-agriculture_4444051_3244.html

 

2) Destruction de l'océan et des profondeurs océaniques par les techniques de sur-pêche de quelques états destructeurs et quelques firmes capitalistes aveuglées par le profit et la rentabilité ! Lorsque les océans auront été vidés de leur vie marine, que les cétacés auront disparu, que nos océans seront remplis de déchets et les eaux rendus acides par le gaz carbonique capturé dans l'atmosphère (je n'ose même pas pensé à l'idée farfelue et criminelle de piéger du gaz carbonique en profondeur dans les océans puisqu'il faut bien trouver un endroit pour éviter de le rejeter dans l'atmosphère !), la vie sur notre planète y sera-t-elle encore possible ?
//www.lemonde.fr/planete/article/2014/06/24/la-haute-mer-un-etat-en-deliquescence_4443900_3244.html

 

Ce ne sont que deux exemples des conséquences d'une cinquantaine d'années d'exploitation ultra-capitaliste inscouciante et égoïste de notre planète. Il y a évidemment d'autres aspects de cette même politique capitaliste des ressources de notre planète :

 

3) Le réchauffement climatique dû à l'injection massive de gaz à effet de serre comme le gaz carbonique ou le méthane dans l'atmosphère. Dans quelques dizaines d'années, on anticipe un relèvement de plusieurs degrés des températures sur le globe, avec des conséquences importantes en terme de montée du niveau des océans, de disparitions massives des espèces animales et végétales qui risquent d'être incapables de s'adapter à une élévation rapide des températures, d'aggravation des phénomènes météorologiques extrêmes (tornades, cyclones, typhons, ouragans) et de diminution drastique des disponibilités en eau potable et de diminution des rendements agricoles. Conjugués à la poursuite de l'essor démographique de l'espèce humaine, il y aura forcément un point de retournement dans notre histoire où l'humanité ne pourra plus continuer à croître et à trouver à se nourrir !

 

4) La consommation frénétique des dernières réserves en hydrocarbures, en métaux. Notre génération risque de voir l'épuisement, non seulement des ressources végétales et animales de notre biotope, mais également de toutes les ressources rares et non renouvelables que les âges géologiques avaient entassé dans notre planète. Là, encore, la responsabilité en revient à une société de consommation dispendieuse, et à un modèle économique qui repose sur le renouvellement frénétique des produits pour assurer l'enrichissement de firmes capitalistiques, de leurs dirigeants et de leurs actionnaires.

 

La contamination de l'air (gaz à effet de serre et pollution), de la terre (empoisonnement par les herbicides et les fongicides), de la mer (déchets, destruction des fonds marins par la sur-pêche, acidification) et l'épuisement des ressources végétales, minérales et animales ... voilà ce que sera le testament que notre génération et celles qui nous ont précédé depuis une cinquantaine d'années légueront aux générations qui nous suivront !

 

Peut-on encore faire quelque chose pour notre Terre ? Certainement, il n'est pas encore trop tard ! Il faut revoir le système d'accumulation capitaliste qui régit notre monde, la recherche du seul profit pour quelques uns, afin de penser un monde fini et en voie d'empoisonnement et d'épuisement, afin de le maintenir habitable pour les générations qui nous suivront. Il nous faut penser un nouveau monde, un nouveau système économique, des entreprises qui oeuvrent pour l'humanité entière et non pour quelques capitalistes. Cela passera selon moi par des procès immenses où la caste capitaliste sera jugée pour crime contre l'humanité et la biosphère.

 

Evidemment, cela ne se fera pas, j'en ai bien conscience. Le réveil des consciences sera trop long, trop difficile. Il y a trop de petites habitudes, de petits conforts, de petits égoïsmes à remettre en cause. Les changements de politiques économiques seront trop longs à mettre en oeuvre et les firmes capitalistes continueront à régenter notre monde et à décider des politiques à mettre en oeuvre. Ces changements ne seront jamais décidés et ils préserveront les intérêts des firmes capitalistes, qui ne mettront en oeuvre que les mesures qui leur permettront d'amplifier leurs pouvoirs et leur contrôle sur le monde. Il faudra une catastrophe pour que le monde change et les générations suivantes sauront peut-être un jour trouver une solution aux catastrophes que nous aurons déclenchées, que notre égoïsme et notre aveuglement aura déclenché ! Et ce jour-là, cette génération aura à nous juger, nous qui n'aurons rien fait alors que nous en avions le pouvoir, alors que certains d'entre nous en avait le pouvoir !

 

 

Saucratès 


25/06/2014
0 Poster un commentaire

Réchauffement climatique (4)

 

Réflexion quarante-trois (28 novembre 2011)
La conférence de Durban en Afrique du Sud


Un an après la conférence de Cancun et deux ans après l'échec de la conférence de Copenhague en décembre 2009, se tient à Durban la dix-septième conférence des parties sur la convention climat (Cop17). L'enjeu en est de relancer les négociations sur la lutte contre le réchauffement climatique et la renégociation de l'accord sur le protocole de Kyoto, signé en 1997, négociations enlisées après Copenhague.

//www.lemonde.fr/planete/article/2011/11/27/sommet-de-durban-la-planete-au-chevet-du-protocole-de-kyoto_1609846_3244.html

//www.lemonde.fr/depeches/2011/11/27/le-temps-presse-a-durban-alors-que-kyoto-expire_1272267.html

 

Vingt années se sont écoulées depuis le premier sommet de la Terre qui s'était tenu à Rio de Janeiro au Brésil, en juin 1992, qui avait vu l'adoption par 131 chefs d'Etat de l'Agenda 21, un recueil de 2.500 recommandations pour le 21ème siècle, et où trois conventions internationales avaient été ouvertes à la signature : la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, la Convention sur la diversité biologique et la Convention sur la lutte contre la désertification.


Quinze années se sont également écoulées depuis le deuxième sommet de la Terre qui s'était tenu à New-York aux USA, en juin 1997, et qui avait constaté le désaccord entre l'Union européenne et les Etats-Unis sur la réduction des gaz à effet de serre (GES). Mais l'année 1997 avait également conduit à l'adoption en décembre 1997 du Protocole de Kyoto lors de la troisième conférence des parties à la convention-climat (Cop3).

 

Le protocole de Kyoto présente néanmoins des limites en raison du faible poids des états engagés par des réductions d'émission des gaz à effet de serre (GES) dans le total des émissions mondiales. Les états signataires sont les états européens et l'Australie représentent en effet à peine 30% du total des émissions mondiales. Les Etats-Unis, deuxième pollueur de la planète, n'ont jamais ratifié le protocole de Kyoto, et la Chine, désormais premier pollueur de la planète, n'était pas concerné par le protocole en tant que pays nouvellement industrialisé.

 

En cette période de crise financière et de crise de la dette, pour quelles raisons l'Union européenne accepterait-elle de s'engager unilatéralement sur la reconduction du protocole de Kyoto et sur le coût financier des mesures de réduction des émissions de GES, alors que les autres états pollueurs de la planète s'exonèrent de toute contrainte pouvant entraver leur croissance économique ? Mais l'urgence climatique n'a pas diminué, bien au contraire, même si apparemment, l'Europe tout comme les autres principaux pollueurs, ne seront pas les plus concernés par les catastrophes climatiques qui pourraient s'ensuivre d'un emballement du réchauffement climatique. Les pays en développement africains, principalement concernés par des famines consécutivement aux dérèglements climatiques, et les états iliens (en premier lieu l'état du Tuvalu dans le Pacifique ou les îles des Maldives dans l'Océan Indien), concernés eux par l'accroissement des risques cycloniques et la montée du niveau des océans.

 

Ainsi, l'Organisation météorologique mondiale (OMM) a indiqué la semaine dernière que la concentration de gaz à effet de serre dans l'atmosphère avait atteint en 2010 un niveau sans précédent, tandis que un rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) a fait état d'une menace grandissante des vagues de chaleur pour le vingt-et-unième siècle : des pluies plus fortes, davantage d'inondations, des cyclones plus puissants, des glissements de terrain et des sécheresses plus dures.

//www.lemonde.fr/planete/article/2011/11/21/la-concentration-des-gaz-a-effet-de-serre-dans-l-atmosphere-atteint-des-niveaux-record_1606916_3244.html

 

Enfin l'Agence internationale de l'énergie (AIE), bras énergétique de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), a averti que la hausse des températures pourrait être comprise entre 3 et 6 degrés d'ici la fin du siècle et que les émissions de dioxyde de carbone pourraient progresser de 20% d'ici 2035 pour atteindre annuellement 36,5 gigatonnes.

//www.lemonde.fr/planete/article/2011/11/09/les-emissions-de-co2-pourraient-augmenter-de-20-d-ici-a-2035_1601285_3244.html 

 

Pour mémoire, les émissions de GES ont ainsi atteint 30,6 gigatonnes en équivalent CO² en 2010, contre 28,9 gigatonnes en 2009 et 29,3 gigatonnes en 2008. Le faible niveau enregistré en 2009 s'expliquait par la crise économique et financière mondiale. Par rapport à 2008, la hausse entre 2010 et 2008 s'établit ainsi à +4,5%.

//www.qualipole.fr/les-articles-specialises/emissions-mondiales-de-ges-gaz-a-effet-de-serre-en-2010-un-nouveau-et-triste-record.html

 

 

Réflexion quarante-deux (20 décembre 2009)
L'échec de la conférence de Copenhague et l'avenir du capitalisme ...


La conférence de Copenhague sur le réchauffement climatique s'est ainsi terminée sur un échec, ou plutôt a accouché d'une souris, malgré tous les espoirs qui étaient nourris avant son démarrage, et les mouvements de pétition grandiloquents qui étaient annoncés pour influer sur les négociations. Je ne pense pas que l'humanité soit prête aujourd'hui à prendre des mesures, radicales ou non, pour lutter contre le réchauffement climatique. Parler de l'humanité peut évidemment sembler excessif ; il pourrait sembler plus naturel de parler des acteurs économiques et politiques occidentaux. Il est certain que les peuples africains et de nombreux peuples asiatiques de pays en développement ne participent pratiquement pas au réchauffement de la planète et qu'ils ne seraient pas opposés à des mesures d'économie. Mais en même temps, l'exemple chinois permet de démontrer que les gouvernements de ces pays, s'ils devenaient des émetteurs importants de CO² en raison de leur développement, n'hésiteraient pas à refuser de s'engager à réduire leurs émissions, de peur de voir freiner leur potentiel de développement économique ...
//www.lemonde.fr/opinions/article/2009/12/19/deception-a-copenhague_1282944_3232.html
//www.lemonde.fr/le-rechauffement-climatique/article/2009/12/18/un-accord-non-contraignant-obtenu-in-extremis-a-copenhague_1282914_1270066.html

La majeure partie de l'humanité ne souhaite pas aujourd'hui diminuer son empreinte énergétique sur la planète, mais au contraire accroître le plus possible son niveau de consommation et sa richesse personnelle, d'une façon purement égoïste et individuelle, sans prendre en compte l'impact de telles décisions au niveau global. Par ailleurs, il me semble aussi qu'il n'existe aujourd'hui que bien peu de technologies permettant de suppléer aux technologies polluantes et émettrices de carbone, même hors de prix. Il n'existe même pas de technologies propres et sans risques. Je pense ainsi aux capteurs électriques photovoltaïques dont à ce jour on ne sait pas recycler les métaux utilisés (cadium) et gérer leur radioactivité. Je pense aussi aux méthodes d'enfouissage de CO² à grande profondeur terrestre, dans d'anciens gisements de gaz naturel, ou dans des veines salines, dont on ne peut ignorer les risques éventuels qui seraient observés en cas de remontée brutale de ce gaz en surface, qui pourrait alors asphixier toute une population en quelques minutes. Je pense également aux éventuelles voitures à pile à hydrogène, pour lesquelles on ne peut peut-être pas aujourd'hui prévoir les conséquences de l'émission de tant de molécules d'hydrogène libres ; personne au début du vingtième siècle n'aurait pu imaginer que les émissions individuelles de moteurs à explosion seraient capables de polluer l'atmosphère terrestre et de contribuer au réchauffement climatique ... Quels effets de ces piles à hydrogène seront découverts au vingt-et-unième siècle, alors que l'on touche à un élément fondamental à la vie humaine : le cycle de l'eau.

Il nous faudra donc attendre les prochaines négociations sur le climat (à Mexico en décembre 2010) pour voir si l'humanité peut s'engager sur la voie d'un développement plus durable, moins émetteur de gaz à effet de serre, et si les états au niveau multinational seront capables de s'entendre sur un cadre politique contraignant. En attendant, on devra supporter les rotomontades de notre hyper-président national, très doué pour se mettre en valeur et pour accaparer les bonnes idées des autres ...
//www.lemonde.fr/web/depeches/0,14-0,39-41226211@7-37,0.html
//www.lemonde.fr/opinions/article/2009/12/17/nicolas-sarkozy-conteur-de-ses-succes-diplomatiques-par-arnaud-leparmentier_1282006_3232.html

Néanmoins, peut-on dire que la lutte contre le réchauffement climatique et la poursuite de la croissance économique effrenée de l'Occident ou de la Chine ne sont pas incompatibles ? La décroissance économique n'est-elle pas l'une des seules solutions pour arriver à la diminution des émissions de gaz à effet de serre ? Evidemment, cette affirmation pose problème aux pays en développement pour lesquels le but final et indépassable du développement est la croissance économique pour elle-même. Mais le problème n'est pas d'obtenir plus de croissance économique, mais simplement un meilleur partage de la croissance économique et des richesses produites. Pour les états occidentaux développés, il est évident que l'on pourrait obtenir une meilleure répartition des richesses entre les citoyens, même avec une croissance économique négative, c'est-à-dire avec une décroissance. Evidemment, il est plus simple et moins douloureux de partager les fruits d'une croissance supplémentaire que de modifier la répartition d'une richesse en baisse ...

Le capitalisme actuel ne sait pas résoudre de telles situations. Le capitalisme crée de l'inégalité, des riches, des pauvres et des exclus au sein d'une société, et des différences de développement entre états. C'est donc clairement le capitalisme qu'il faut réformer si on veut faire face à une économie plus vertueuse en matière de développement durable. La décroissance de l'empreinte énergétique sur la Terre passera ainsi peut-être par l'adoption de nouvelles règles pour le capitalisme, imposées par des accords internationaux pour le rendre plus juste, plus humain, moins polluant, moins attentif aux besoins du seul capital et des seuls puissants ... Le principe de la décroissance n'est pas un objectif en lui-même. Dans le cas d'une planète limitée, face à des ressources naturelles déjà surutilisées, face à des écosystèmes surconsommés, la croissance de la production industrielle de biens sera très vraisemblablement prochainement limitée, d'abord dans l'optique de préserver les droits des générations qui nous succéderons sur notre planète et sur ses richesses. La décroissance ne sera alors plus un choix de société mais un fait indépassable et il faudra alors faire plus et mieux avec des richesses décroissantes.
 
 

Réflexion quarante-et-une (17 décembre 2009)
«Si le climat était une banque, on l'aurait déjà sauvé» ...


J'ai beaucoup aimé cette phrase de Hugo Chavez à la conférence de Copenhague où semble s'éloigner la perspective de signature d'un accord novateur et contraignant sur le changement climatique. Mais il ne faut pas désespérer ; avant la signature de l'accord de Kyoto, en décembre 1997, plusieurs grands sommets précédents s'étaient soldés par des échecs des négociations.
//www.lemonde.fr/le-rechauffement-climatique/article/2009/12/17/lueur-d-espoir-sur-le-climat-apres-un-jour-de-chaos_1281871_1270066.html

Mais il y a malgré tout quelques points qui me semblent importants de mettre en évidence dans le cadre des mouvements citoyens qui s'agitent autour de ce sommet. On entend parler dans la presse de pétitions électroniques auxquelles les citoyens de tout pays sont appelés à adhérer pour influer sur les gouvernements et leurs négociateurs. Pourquoi pas ! Même si je me demande si une telle pétition aura la moindre influence sur un régime politique comme le gouvernement chinois qui n'avait pas hésité à réprimer dans le sang les manifestations de la place Tien An Men, attitude dont dépend malgré tout en dernier ressort la conclusion d'un accord sur le climat.

Sommes-nous réellement prêts, nous autres européens, français ou autres, à modifier notre mode de vie, notre consommation, notre style de vie, pour adopter un mode de vie économe pour la planète, ou faiblement émetteur de carbone ? Sommes-nous prêts à abandonner nos rêves automobiles de belles berlines puissantes pour acheter des peugeots 107 aux moteurs ridiculeusement petits, émettant peu de dioxyde de carbone et consommant peu d'essence ? Ou alors à abandonner le rêve de la maison individuelle pour se réfugier dans des barres d'immeubles dans lesquelles les coûts de chauffage sont plus faibles et où la concentration de l'habitat facilite l'approvisionnement en eau et en électricité ?

En tant que citoyen lambda d'un quelconque gouvernement européen, sommes-nous prêts à des sacrifices en terme de qualité de vie, d'image sociale, en terme financier, ou bien sommes-nous tout simplement trop égoïstes, trop enfermés dans nos petits rêves et notre petite soif de consommation et d'image, pour faire autre chose que souhaiter la signature d'un accord internatonal qui nous donne bonne conscience ... Pour la majorité d'entre nous, et moi le premier, je n'y crois pas.

Evidemment, nous serions prêts à consommer non plus éthique mais économe en rejet de CO² si cela ne devait rien nous coûter, ni en terme de qualité de vie, ni en terme de style de consommation, ni surtout en terme de pouvoir d'achat. Nous serions même prêts, pour une forte majorité, à quelques sacrifices de temps à autre ... Eviter le fois gras de canard sauf pour les réveillons ... Ce que bon nombre de personnes attendent, c'est que les gouvernements imposent de nouvelles normes d'émission aux industriels, aux producteurs d'électricité, et autres sociétés mondiales, de telle sorte que celles-ci soient obligées de modifier leurs produits pour les rendre économes, tout en espérant que la concurrence permette d'en maintenir les prix au niveau antérieur. Pas un des manifestants n'accepterait ainsi que le prix de la baguette de pain passe à 3 ou 4 euros en vertu de norme anti-pollution, ni que le prix de l'électricité ou de l'eau soit multiplié par deux ou trois ... Les mêmes manifestants manifesteraient contre le diktat des industriels ...

Et d'une certaine façon, il est amusant de comprendre que ces manifestants écolo-tiersmondistes-gauchistes sont en fait des partisans inébranlables du libre jeu de la concurrence, c'est-à-dire du capitalisme ... (mais sans le savoir ou se l'avouer évidemment ... les écolo-tiersmondistes-gauchistes seraient ainsi un peu les 'messieurs Jourdain' du capitalisme) ...

D'où mon malaise devant tous ces gens qui jouent à se donner bonne conscience en signant et en appelant à signer des pétitions sur internet, alors que dans les faits, ils ne sont pour la plupart moins égoïstes que les autres et qu'ils croient dans les faits que la pollution au CO² vient des autres, consommateurs ou industriels, mais en aucun cas de leur petite et admirable personne ...

Ce qui ne m'empêche pas de rire devant cette phrase d'Hugo Chavez, particulièrement vraie ... «Si le climat était une banque, on l'aurait déjà sauvé» ... Pour sauver une banque, ni les Etats-Unis, ni l'Europe, n'ont lésiné sur les moyens financiers, ni attendu que les autres sauvent d'abord leurs propres banques ... un autre des secrets du capitalisme ... Les intérêts du capitalisme ont réussi à devenir ceux de la société dans son entier, des gouvernants dans leur ensemble ... Ce qui est particulièrement vrai puisque même les écolo-tiersmondistes-gauchistes sont aussi gagnés par le culte des bienfaits de la concurrence ...



Réflexion quarante (3 décembre 2009)
Les enjeux du sommet de Copenhague ...

En préambule, un lien pour visionner le court-métrage diffusé par le Danemark, pays hôte de la conférence COP15, lors de la session d'ouverture du sommet de Copenhague, lundi dernier ... Ce court-métrage met en scène une fillette affrontant les éléments déchainés et suppliant les 1 200 délégués d'aider à sauver la planète.
//www.youtube.com/watch?v=NVGGgncVq-4&feature=player_embedded

Le sommet de Copenhague se tiendra du 7 au 18 décembre 2009, dans la capitale du Danemark. Ce sera la quinzième conférence traitant du problème du réchauffement climatique, réunissant les pays (191 à l'heure actuelle) ayant ratifié la Convention cadre des Nations unies sur le changement climatique (CCNUCC). Les enjeux de ce sommet sont cruciaux en matière de lutte contre le réchauffement climatique à l'échelle de notre planète. La Chine est désormais devenue le premier émetteur de dioxyde de carbone (CO²) de la planète, devant les Etats-Unis d'Amérique, qui demeure toutefois le premier pollueur de la planète lorsque l'on rapporte leurs émissions au nombre d'habitants. A eux deux, ces deux pays sont responsables de plus de 40% des émissions mondiales de CO², notamment en raison de l'utilisation de centrales à charbon pour produire de l'électricité.

Copenhague a pour objectif de complèter, de prendre la suite ou de renforcer, le protocole de Kyoto qui avait été conclu en décembre 1997, pour la période 2008-2012, qui imposait aux 37 pays les plus industrialisés l'ayant ratifié de réduire leurs émuissions de gaz à effet de serre, responsables du réchauffement climatique, au premier rang desquels on trouve le CO². Une partie du débat vient du fait de l'exonération des pays en développement des engagements contraignants souscrits à Kyoto, et tout particulièrement des plus gros pollueurs actuels que sont la Chine mais également l'Inde ou le Brésil, qui souhaitent voir la responsabilité historique des pays industrialisés dans le processus actuel de réchauffement climatique et dans l'accumulation de CO² dans l'atmosphère terrestre. La non-ratification du protocole de Kyoto par les Etats-Unis est un autre élément du débat.

Pour mémoire, la précédente conférence (la quatorzième) dans le cadre de la Convention cadre des Nations unies sur le changement climatique s'était tenue à Pozman, en Pologne (conférence dite Cop14), du 1er au 12 décembre 2008. Pour une liste des précédentes conférences, voir le point 5 de mon article suivant ...
//saucrates.blogs.nouvelobs.com/archive/2009/06/14/vade-mecum-en-developpement-durable.html

A Copenhague, dans quelques jours, il faudra à la fois acter des projets de réduction précise et contraignante des émissions de gaz à effet de serre des principaux pays pollueurs de la planète, mais surtout prévoir de nouveaux mécanismes de financement pour transformer le fonctionnement énergétique des économies et soutenir l'adaptation des pays pauvres. De la même manière que le protocole de Kyoto avait créé trois mécanismes de flexibilité : le Mécanisme de développement propre (MDP), la mise en œuvre conjointe (MOC) et les permis négociables ... qui commencent cependant seulement à être mis en oeuvre et à se développer, près de dix ans après Kyoto. Il s'agira aussi et surtout pour les pays les plus riches de s'engager sur le financement du climat, à raison de centaines de milliards de dollars par an ... Challenge difficile en cette période budgétaire difficile ...

Le sommet de Copenhague sera-t-il un nouveau sommet pour rien, comme une bonne partie des précédents sommets de ces dernières années, ou permettra-t-il de faire avancer la lutte contre le changement climatique ? En tout cas, les nombreuses propositions de divers états pour des réductions de leurs émissions de gaz à effet de serre laissent augurer une issue favorable à cette négociation :
- baisse de 17% des émissions en 2020 par rapport à 2005 pour les Etats-Unis, de 30% en 2025 et de 42% en 2030.
- baisse de 40% à 45% des émissions par unité de PIB en 2020 par rapport à 2005 pour la Chine.
- baisse de 20% à 30% des émissions par rapport à 2005 pour l'Europe et de 80% à 95% en 2050.
- baisse de 4% des émissions en 2020 par rapport à 2005 pour la Corée du Sud.
- baisse de 25% des émissions en 2020 par rapport à 1990 pour le Japon.
- baisse de 39% des émissions en 2020 par rapport aux prévisions antérieures pour le Brésil.
- baisse de 20% à 25% des émissions en 2020 par rapport à 1990 pour la Russie.
- baisse de 20% des émissions en 2020 par rapport à 2006 pour le Canada.
- baisse de 10% à 20% des émissions en 2020 par rapport à 1990 pour la Nouvelle-Zélande.
- baisse de 50% des émissions en 2050 pour le Mexique s'il dispose de la technologie et du financement adéquats ...


Réflexion trente-neuf (19 novembre 2009)
Des émissions mondiales de 10 milliards de tonnes de carbone en 2008 ...

Ce chiffre peut faire peur. Les émissions mondiales de gaz à effet de serre ont atteint en 2008 un nouveau record d'émission à plus de 10 milliards de tonnes équivalent carbone (GeTC), selon les estimations d'une étude annuelle du consortium scientifique Global Carbon Project, publiée mardi 17 novembre dans la revue Nature Geoscience. Quant à la captation de ces émissions par les puits naturels de carbone (océan, végétation terrestre, etc.), elle aurait atteint 40% de ces émissions en 2008, perdant légèrement en efficacité puisqu'il y un demi-siècle, ils fixaient 45% des émissions de gaz anthropiques. Lire à ce sujet l'intéressant article du Monde.
//www.lemonde.fr/planete/article/2009/11/18/les-emissions-de-co2-ont-atteint-un-niveau-record-en-2008_1268592_3244.html

On en serait néanmoins légèrement au-delà des plus pessimistes prévisions du GIEC en matière d'émission de carbone de l'atmosphère ; ces plus pessimistes prévisions du GIEC qui envisagent, il faut le rappeler, une hausse des températures à la fin du siècle de 6 degrés celcius par rapport à aujourd'hui, et une montée des masses océaniques de près d'un mètre. L'humanité ne prend pas aujourd'hui le chemin d'une meilleure évolution énergétique. Parmi les autres enseignements à tirer de cette étude, il faut noter la part majoritaire dans les émissions prise par les pays en développement par rapport aux pays occidentaux, et l'importance des émissions de gaz à effet de serre (carbone) provenant des centrales électriques au charbon, extrêmement malpropres, de Chine notamment. Il existe pourtant des technologies 'propres' (supercritiques ou ultra-supercritiques, à lits fluidisés, ou IGCC ...) pour les centrales à charbon, néanmoins beaucoup plus coûteuses en regard des centrales normales à charbon (voir à ce sujet mes réflexions 30 et 31 d'avril 2008 sur ces technologies plus 'propres').
//saucrates.blogs.nouvelobs.com/archive/2007/12/10/rechauffement-climatique-donnees-1.html

Enfin, maigre consolation, du fait de la crise économique actuelle, les émissions de gaz à effet de serre devraient normalement baisser en 2009 par rapport à 2008 ...

Un autre article du Monde fait état de l'intérêt croissant des marchés financiers et des principales entreprises polluantes pour les crédits carbone.
//www.lemonde.fr/economie/article/2009/11/18/les-financiers-alleches-par-le-marche-du-co2_1268756_3234.html

Mais ce n'est un secret pour personne. Nombre d'intervenants pronostiquent déjà que la prochaine bulle financière spéculative concernera les dérivés climatiques et les dérivés carbone, et les acquisitions d'entreprises dont cet article fait état en offrent une première confirmation (l'acquisition par JPMorgan d'EcoSecurities, société écossaise spécialisée dans la syndication de projets verts producteurs de crédits carbone, pour 138,5 millions d'euros - l'acquisition par Rhodia de OneCarbon International, société spécialisée dans le développement de projets forestiers en Afrique propre, pour 10 millions d'euros). Il est vraisemblable que les grandes entreprises paieront au cours des prochaines années de plus en plus chères pour mettre la main sur des projets offrant le bénéfice de crédits carbone, et de la même manière que des sociétés dotcom avaient atteint des niveaux de valorisation extrêmement élevés avant la crise de 2002-2003, de même ces projets carbone verront leur capitalisation atteindre des sommets d'ici quelques années, avant de s'écrouler d'ici quatre à cinq ans au cours de la prochaine crise financière, entraînant de nombreux grands groupes dans la tourmente.

Enfin, un dernier article intéressant concerne la liaison effectuée par le Fonds des Nations unies pour la population (Unfpa) entre natalité galopante et réchauffement climatique. Dans son rapport 2009 publié mercredi 18 novembre, la natalité galopante des pays en développement est ainsi considérée comme l'un des principaux moteurs du réchauffement et l'un de ses premiers risques.
//www.lemonde.fr/planete/article/2009/11/18/limiter-les-naissances-un-remede-au-peril-climatique_1268626_3244.html

Cette position démographique surprend puisqu'elle est notamment totalement absente des réflexions du GIEC et des négociations internationales. Surtout, elle surprend en regard de la vision prolife des Etats-Unis et de la précédente administration républicaine américaine, qui avait notamment cessé ces financements à ce fonds des Nations unies. Elle surprend également en raison de l'opposition plus large de l'épiscopat et de l'Eglise catholique à l'égard du planning familial et de la promotion, voire de l'utilisation, des moyens contraceptifs. Mais selon l'Unfpa, une variation en plus ou en moins de 1 milliard d'habitants à l'horizon 2050 aura une influence considérable sur le réchauffement climatique. L'Unfpa défend cette position depuis de nombreuses années.


Réflexion trente-huit (5 juillet 2009)
Le plan climat que la France pourrait mettre en oeuvre et ses limites ... une gigantesque escroquerie ...


Le gouvernement français réfléchirait à la mise en oeuvre d'une taxe carbone (à l'image de la contribution climat-énergie (CCE) défendue par les écologistes. L'objectif d'une telle taxe : lutter contre le réchauffement climatique en taxant l'utilisation des énergies fossiles (pétrole, charbon, gaz…). Un groupe d'experts présidé par l'ancien premier ministre Michel Rocard est chargé de rendre des recommandations ; il s'est réuni pour la première fois jeudi 2 et vendredi 3 juillet à Paris. Mais l'ambition du président de la République est de permettre avant tout un allègement des charges pesant sur le travail ... "Je souhaite que nous allions le plus loin possible sur la taxe carbone. Plus nous taxerons la pollution et plus nous pourrons alléger les charges qui pèsent sur le travail" ... dans son discours devant le Congrès, lundi 22 juin, à Versailles. Il suffit pour cela de se rappeler les premiers essais du gouvernement de mise en oeuvre d'une TVA sociale pour les législatives de 2007 avant que celui-ci n'y renonce devant le retournement de l'électorat et l'opposition de l'opinion publique.
//www.lemonde.fr/planete/article/2009/07/02/la-france-pourrait-instaurer-une-taxe-carbone-des-2010_1214184_3244.html
//www.lemonde.fr/planete/article/2009/07/02/l-impact-de-la-taxe-carbone-en-question_1214538_3244.html
//fr.news.yahoo.com/64/20090705/twl-taxe-carbone-questions-autour-du-chq-acb1c83.html

D'après Le Monde, sur le papier, le principe de la CCE est simple : toutes les sources d'émissions de CO² doivent être taxées, à un taux ayant vocation à augmenter progressivement. Cette fiscalité carbone – grâce au "signal-prix" qu'elle introduit – doit entraîner, selon ses partisans, une diminution de la consommation d'énergies fossiles et une "migration" des achats vers des énergies et des produits moins destructeurs pour le climat. La taxe visera en priorité le secteur "diffus", c'est-à-dire les transports, le logement, l'agriculture…. Les grandes entreprises industrielles et les installations électriques (responsables d'un peu moins de 40 % des rejets nationaux) sont déjà soumises au système européen d'échange de quotas et il ne s'agit donc pas de leur infliger une "double peine".

Selon les évaluations de la direction générale du Trésor et de la politique économique (DGTPE), l'alourdissement de la fiscalité environnementale et sa compensation par un allègement des charges sociales et d'autres impôts pesant sur les entreprises pourraient entraîner un gain de croissance compris entre 0,2 % et 0,6 % du produit intérieur brut. Cet effet positif sur la croissance a déjà été observé dans des pays qui ont introduit une taxe carbone, comme la Suède et le Danemark.

Ce seront donc essentiellement les ménages qui seront les plus touchés par cette nouvelle taxe, ce qui explique ainsi que les associations de consommateurs montent au créneau pour mettre en garde contre l'impact d'une telle taxe sur le pouvoir d'achat des ménages. Alain Bazot, de l'association UFC-Que Choisir, évoque une instrumentalisation du sentiment écologiste. «Cette taxe carbone, en réalité, a d'abord pour finalité de financer une réforme de la fiscalité des entreprises. C'est une manipulation de l'opinion publique», juge-t-il, tout en plaidant pour l'utilisation d'autres leviers (impôt sur le revenu, impôt sur le capital...). «Qu'on veuille alléger les charges, pourquoi pas, mais sans faire des consommateurs la vache à lait exclusive.» Et le président de l'association de consommateurs de s'interroger : «Comment se fait-il que l'on taxe les consommateurs d'énergie et pas les producteurs d'énergie, qui font des milliards de bénéfices ? Est-ce normal ?» ...

Une gigantesque escroquerie

L'idée que les grandes entreprises, tels les producteurs d'énergie ou les industriels, étant déjà soumis à une politique de quotas d'émission au plan européen, c'est-à-dire à des droits d'émission carbone, ne devraient pas être soumis à un double système imposition, est une gigantesque escroquerie.

Premièrement, les droits d'émission carbone auxquels les industriels sont effectivement soumis ne constituent pas un système de taxation, mais un système d'échange de quotas de droits d'émission. C'est ainsi un système à somme nulle ; les droits sont échangés entre industriels et les sommes payées par les uns sont récupérées par les autres. Si certains industriels sont effectivement soumis à une forme de taxation, il s'agit par contre d'une source de financement pour les autres, à somme nulle pour l'état.

Deuxièmement, le gouvernement n'a jamais été géné de taxer doublement ou triplement les ménages. Ainsi, les revenus soumis à CSG et à CRDS sont également soumis à l'impôt sur le revenu (augmentés de la CSG-CRDS payée), puis une nouvelle fois à la TVA (et autres taxes - TIPP, octroi de mer ...). Alors, pourquoi ce qui ne gêne pas le gouvernement dans le cas des ménages le gêne-t-il lorsqu'il s'agit des grandes entreprises ?

Evidemment, il est vain d'attendre d'un gouvernement de droite, dirigé par Nicolas Sarkozy, de défendre autre chose que les intérêts des grands groupes industriels. Ce projet de taxe carbone, s'il entre en application, n'aura pour seul conséquence, qu'une augmentation de la pression fiscale sur les ménages français et qu'une nouvelle hausse des profits des grands groupes industriels.

Ce n'est pas un système de taxation carbone de ce genre qu'il faut mettre en oeuvre, même si toute nouvelle forme de taxation sera de toute façon supportée ex-nihilo par les seuls ménages. Il faut que parallèlement, une telle réforme se double d'une politique fiscale confiscatoire des profits des entreprises et de l'enrichissement des grandes fortunes, avec des taux d'imposition qui dépassent le seuil de 90% pour les très hautes tranches de revenus ou de profits. Et seul un gouvernement de gauche pourra évidemment appliquer et assumer un tel programme fiscal.


Réflexion trente-sept (14 mars 2009)
L'urgence d'agir pour lutter contre le réchauffement climatique ...


Je suis d'accord avec le climatologue américain James Hansen sur l'urgence d'une action contre le réchauffement et sur le fait qu'il est indispensable de mettre en place un système de taxation pour réglementer les émissions de gaz à effet de serre, en lieu et place de marchés de droits d'émission, et ceci dans les plus brefs délais.

Quel est l'enjeu de ce débat sur l'organisation d'un marché de droits à polluer ou d'un système de taxation ? Comme le souligne James Hansen, les grands groupes industriels sont plutôt favorables à la mise en place de marchés de droits à polluer, qui serait une nouvelle source de financement pour une majorité d'entre elles, et qui s'apparente dans les faits d'un jeu à somme nulle ; les droits d'émission payés par les uns étant récupérés par les autres intervenants. Aux Etats-Unis par exemple, certains considèrent que le refus américain de signer le protocole de Kyoto handicape les entreprises américaines puisque ce refus interdit aux Etats-Unis de mettre en place un marché de droits à polluer et de récupérer les droits à polluer économisés à l'étranger.

Pour avoir une idée plus clair des enjeux de ces deux solutions, je reprends un de mes précédents écrits en économie de l'environnement sur ce sujet ... qui est ... l'internalisation des effets externes ...

1. L'intervention de l'état par le biais d'une taxe
 

Face à une externalité, l'état peut décider d'intervenir pour influer sur le fonctionnement du marché et l'obliger à prendre en compte d'une manière ou d'une autre, le coût social des externalités que son schéma de production (ou sa consommation produit).

C'est l'économiste Arthur Cecil Pigou qui a formalisé cette notion de taxe, que l'on a appelé 'taxe pigovienne'. « Il s’agit de mesurer le niveau de production du pollueur si celui-ci prenait en compte le coût de l’externalité (Coût marginal privé + Coût de l’externalité = Coût marginal social). La valeur du Coût de l’externalité correspondant à l’optimum social (c’est-à-dire au niveau Q*) fournit la valeur de la taxe pigovienne à appliquer à toute unité produite par A, afin que la production de celui-ci corresponde à l’optimum social. » (source Wikipédia)

Cette solution peut être retenue dans les cas notamment où il y a atteinte à l'environnement. Il est évident que le niveau fixé pour la taxe permet de désinciter plus ou moins fortement une entreprise polluante à produire dans un endroit donné, ou à rechercher des technologies plus propres. Mais les taxes environnementales peuvent simplement conduire des entreprises multinationales à effectuer leurs productions polluantes dans des états moins fiscalisés (notamment les pays en voie de développement), avec les conséquences que cela peut avoir sur l'emploi dans les pays à fiscalité environnementale.

On s'aperçoit donc ici que le traitement d'une externalité environnementale peut avoir d'autres externalités sociales, sans effet sur l'environnement mondial global (puisque la production polluante aura malgré tout lieu). Une telle solution s'apparente simplement pour les pays développés à une exportation d'activités polluantes. Pour avoir un effet valide sur l'environnement, de telles actions se doivent donc d'être appliquées au niveau multinational.

2. L'intervention de l'état par le biais d'une norme

A la place d'une taxe, l'état peut imposer des normes de pollution maximale, obligeant l'entreprise considérée à investir dans des dispositifs anti-pollutions coûteux. Cela suppose toutefois que l'état soit capable de mesurer précisément les émanations polluantes de chaque acteur et d'imposer une norme uniforme pour tous. On peut aussi imaginer que l'état fixe des normes différenciées, différentes selon les agents et les technologies de production utilisées par chacun d'eux.

Mais dans un monde où le réglementeur est incapable de mesurer précisément les émissions de chaque agent ou de connaître les technologies de production et les coûts de dépollution associés, seule la taxe est solution optimale. (source Wikipédia)

C'est la méthode de lutte contre la pollution qui semble être actuellement suivie par le gouvernement chinois. Un article du Monde du 16 janvier 2007 faisait état des menaces de sanctions agitées par celui-ci à l'égard des entreprises d'état pollueuses. La Sepa (Agence chinoise de protection de l'environnement), dont le directeur adjoint (Pan Yue) est un ancien journaliste écologiste, mesure l'activité polluante des entreprises en Chine. Les autorités chinoises avaient ainsi fixé des objectifs de réduction annuelle de 4 % de la consommation d'énergie et de 2 % pour les émissions de substances polluante. Ces objectifs n'auraient pas été atteints et la SEPA aurait annoncé des sanctions à l'encontre de quatre des cinq premiers producteurs d'électricité chinois, dressé une liste noire de quatre villes industrielles qui ont atteint leur quota de pollution et énuméré 82 projets industriels, qui ne respecteraient pas les normes environnementales.

"Le recours à un tir groupé est nouveau, d'autant plus que les sociétés d'Etat désignées sont, par exemple, cotées en Bourse à Shanghaï et, pour l'une d'entre elle, Datang International Power Generation, à Hongkong. Ce producteur d'électricité est épinglé pour ne pas avoir fermé, fin 2006, comme l'avait requis la SEPA, des générateurs obsolètes dans ses chaudières à charbon à Tangshan. Le groupe, selon son porte-parole, annonce pourtant qu'il continuera à produire de l'électricité à la demande de la ville. Tangshan, un gros foyer industriel de l'axe Pékin-Tianjin, qui fournit 10% de la production totale d'acier chinois, fait justement partie des villes que la SEPA accuse de violer de façon flagrante ses critères d'impact environnemental. Des autorités locales et des industries ont défié les politiques de régulation macro-économique du gouvernement pour poursuivre leurs propres intérêts, en développant de manière aveugle, et en toute illégalité, des secteurs hautement polluants et hautement consommateurs d'énergie, tels que l'acier, la métallurgie, l'électricité et la chimie, dénonce M. Pan."

3. Le marché des droits à polluer

Cette solution est une variante des précédentes formes de réglementation étatique. L'idée est toujours d'imposer des normes maximales de pollution, mais d'autoriser des dépassements par certains pollueurs à charge pour eux d'acheter des droits à polluer non utilisés par certains autres pollueurs.

Selon Wikipédia, la création d'un tel marché fut proposée pour la première fois par John Dales en 1968. Plusieurs marchés de ce type (tonne carbone ou tonne CO²) sont mis en oeuvre dans le monde depuis l'adoption du protocole de Kyoto, par exemple en Europe mais aussi en Corée. Il existe notamment des bourses sur les droits (d'émission de) carbone dans le monde.

Chaque état fixe « la quantité maximale de polluants qu’il souhaite émettre. Puis, il distribue ou vend des droits à polluer de façon équitable aux pollueurs. Les entreprises polluant moins que prévu par l’État (ou ayant dépollué) sont alors gagnantes : elles peuvent revendre leurs droits à polluer inutilisés à d’autres entreprises qui polluent plus que prévu, et perçoivent donc une récompense pour leur civisme. Symétriquement, les entreprises polluant plus sont perdantes, ce qui satisfait au principe pollueur-payeur.

La pollution devient d’autant plus chère que les pollueurs souhaitent polluer (par mécanisme de l’offre et de la demande de droits à polluer), tout en limitant la quantité effectivement émise à un niveau déterminé par l’État, correspondant au montant des droits émis. Cette solution a l’avantage d’être moins coûteuse à l’État qui laisse au marché le soin de déterminer de façon optimale la répartition inter-entreprises de la pollution (à l’exception de la distribution/vente initiale). » (source Wikipédia)

Pour une autre réflexion sur le processus d'internalisation des externalités et un exemple précis, voir le site suivant.


Saucratès


Mes autres écrits sur le Réchauffement climatique :
1.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2012175-rechauffement_climatique__1_.html

2.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2020927-rechauffement_climatique__2_.html

3.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2020949-rechauffement_climatique__3_.html


04/12/2010
3 Poster un commentaire

Théories du Développement (2)

 

Réflexion onze (8 avril 2012)
Retour sur l'économie du développement selon Esther Duflo (suite)


Je lis toujours le livre d'Esther Duflo et de Abhijit V. Banerjee intitulé «Repenser la pauvreté». Il est amusant de noter qu'ils y posent de bonnes questions mais il me semble que les outils qu'ils utilisent pour y répondre constituent de mauvaises méthodes. Ils se posent ainsi des questions en matière de nourriture et d'éducation (entre autres). Et toutes leurs argumentations me semblent, selon moi, d'une certaine manière vouloir démontrer l'idée qu'une aide massive en faveur du développement n'est pas nécessaire, ne peut pas fonctionner. Evidemment, ils ne l'écrivent pas comme cela ... Leur démonstration vise simplement à démontrer qu'il n'existe pas de trappe à la pauvreté, trappe qui selon eux serait la seule justification à une aide massive en faveur du développement.

 

En matière de santé et plus particulièrement d'alimentation, ils estiment que la faim ne touche pas les pauvres dans les pays en développement qu'ils étudient, en Asie ou en Afrique, hors cas particulier des pays en guerre. Sinon, le coût de l'alimentation est suffisamment bon marché dans ces pays pour permettre à chacun de se nourrir, et il n'y existe pas de trappes à pauvreté en matière d'alimentation selon eux.

 

Mais toute leur analyse repose principalement sur une approche purement microéconomique. Non seulement, selon eux, les pauvres dans ces pays-là peuvent-ils comparer les apports énergétiques des différents nourritures qu'ils peuvent acquérir avec leurs revenus, non seulement peuvent-ils apprécier les bienfaits de nourritures enrichies en fer ou en iode, mais en plus ils peuvent également calculer les revenus futurs et les variations de revenus futurs que leurs enfants pourront obtenir au cours de leur vie adulte grâce à la nourriture ou grâce à la vaccination.

 

Il en va de même pour l'éducation, puisque selon leur analyse, les parents sont capables de calculer les variations de revenus futurs qu'apporteront à leurs enfants chaque année supplémentaire d'enseignement primaire ou secondaire. Ce qui conduit les pauvres, selon les auteurs, à faire comme s'il existait une trappe à pauvreté alors qu'il n'y a pas de trappe à pauvreté.

 

Plus même que le concept d'expérimentation qui m'interpelle pourtant éthiquement (comment expérimenter lorsqu'il s'agit de la vie de personnes qui est en jeu), il me semble que cette forme d'analyse microéconomique pure est encore plus contestable, car même dans nos pays occidentaux où la formation scientifique est beaucoup plus développée chez les parents (ce qu'ils notent eux-même pour expliquer les difficultés de compréhension vis-à-vis de la médecine et des vaccins), je serais bien surpris que des parents calculent des gains futurs de revenus de leurs chérubins permis par des années d'école supplémentaires. Faire de la microéconomie ultra-libérale n'a selon moi aucun sens, et toutes les démonstrations réalisées dans ce livre, dès lors qu'elles s'appuient sur de telles méthodes, n'ont aucun sens ni aucune réalité.

 

A titre de comparaison, les parents dans les pays occidentaux ne me semblent pas utiliser ce genre d'outils microéconomiques pour décider du genre d'études (courtes ou supérieures) que leurs enfants suivront après l'âge de seize ans. Ce genre de décision dépend des souhaits des enfants, et de l'appréciation par les parents des probabilités que leur enfant puisse avoir un bon travail avec tel ou tel niveau de formation et dans telles ou telles branches d'activité professionnelle. Si ce genre de calculs microéconomiques de revenus futurs actualisés n'est utilisé par les parents dans des pays riches, quelle probabilité y a-t-il que ce genre d'outils puisse être utilisé dans les pays en développement?


A la réflexion, il ne paraît même pas incompréhensible qu'en utilisant ce genre d'outils microéconomiques, d'essence néoclassique voire libérale, les auteurs puissent en arriver au final à une conclusion néoclassique libérale, à savoir de considérer qu'une aide massive en faveur du développement puisse n'avoir aucune utilité ! Mais dès lors que l'on peut démontrer que les outils qui ont conduit leur raisonnement sont biaisés, c'est toute leur argumentation qui s'écroule alors comme un chateau de sable.

 

Pourtant, sur l'éducation, les auteurs posent de bonnes questions comme sur la faiblesse du taux de scolarisation dans les pays en développement. Le questionnement qu'ils suivent pour l'expliquer et les débuts de réponse qu'ils apportent offrent de véritables pistes de réflexion. Mais ces éléments de réponse ne nécessitent nul calcul microéconomique ni nulle expérimentation véritable (avec groupe témoin). Les éléments de réponse, présentéisme des enseignants et surtout niveaux des programmes arrêtés par les autorités étatiques me paraissent des pistes de réflexion intéressantes et pertinentes, et il ne me semble pas nécessaire de construire un tel corpus scientifique ni de telles explications expérimentales pour y arriver ni pour les démontrer ... puisque au final, de toute façon, l'expérimentation demeure toujours malgré tout susceptible de contestation.

 

L'apport d'Esther Duflo à l'économie du développement me paraît ainsi extrêmement restreinte (quelques bonnes pistes de réponses à quelques questions intéressantes) mais il s'appuie trop sur une analyse microéconomique libérale sans lien avec la réalité, rattachant cette auteur à la branche libérale, de droite, de l'économie du développement, au côté de William Easterly et de tous ceux qui présupposent que le financement du développement est sans intérêt et sans effet.

 

 

Réflexion dix (28 mars 2012)
Retour sur Esther Duflo et sur la légitimité de l'expérimentation en économie du développement - Les économistes peuvent-ils se prendre pour Dieu ? 


Je suis tombé sur le livre d'Esther Duflo et de Abhijit V. Banerjee intitulé «Repenser la pauvreté» et je ressens toujours le même malaise devant l'usage que les auteurs font de l'expérimentation des politiques de développement. Evidemment, leur position paraît parfaitement défendable dans l'absolu. Comme les auteurs l'écrivent en préface, «les experts ont pris l'habitude de décider à la place des pauvres de ce qui est bon pour eux sans prendre la peine de les consulter. Abhijit V. Banerjee et Esther Duflo ont initié la démarche inverse. Plutôt que de s'interroger sur la cause ultime de la pauvreté, ils se sont intéressés aux choix qu'opèrent les pauvres en matière de consommation, de mode de vie et d'éducation afin de tester expérimentalement l'efficacité des méthodes préconisées pour améliorer leur sort. Faut-il distribuer gratuitement de la nourriture aux quelque 800 millions de personnes qui vivent avec l'équivalent ou moins de un dollar par jour ? Vaut-il mieux donner ou vendre les moustiquaires qui protègent du paludisme ? La microfinance est-elle le remède espéré pour sortir des pièges de la pauvreté ? À distance des réflexes partisans, ce livre aborde ainsi le défi du combat contre la pauvreté comme une série de problèmes concrets qui, une fois correctement identifiés et compris, peuvent être résolus un à un.» 

//lectures.revues.org/7491

 

Dans l'absolu, on peut parfaitement adhérer à cette réflexion et à cette forme de pensée. Les économistes occidentaux, qui appartiennent, comme Esther Duflo et l'autre auteur, au segment le plus riche de la population occidentale, ne peuvent légitimement pas décider de ce qui est le mieux pour les habitants extrêmement pauvres des pays en développement, ou même tout simplement pour les sans-abris et sans emploi de nos sociétés occidentales. Il faudrait utilement avoir leur opinion sur toutes les politiques de développement, d'emploi, en fait sur toutes les formes de politiques publiques, qui leur serait destinées ou qui les concerneraient. Jusqu'à là, je n'ai pas de problème de conscience ou de compréhension.

 

Ce qui me pose par contre problème, c'est la manière dont Esther Duflo entend recueillir, ou plutôt faudrait-il dire 'mesurer' cette opinion, par l'expérimentation humaine. Esther Duflo ne préconise pas simplement de recueillir l'opinion des villageois, des citoyens concernés par une mesure de politique publique ou de développement. Elle préconise de mener des expérimentations avec des groupes témoins sur des populations, pour avoir une idée réelle du comportement des pauvres dans tel et tel cas. Il s'agit selon moi d'une expérimentation sur l'homme, qu'il faudrait interdire de la même manière que l'expérimentation médicale est interdite sur l'homme. Elle vise à mesurer précisément, statistiquement, l'effet de telle ou telle politique de développement.

 

Recueillir l'avis des populations concernées : oui ! Expérimenter sur ces mêmes populations : non ! En l'espèce, on pourrait reprocher à Esther Duflo la même chose qu'elle oppose aux autres économistes. Elle leur reproche de décider de ce qui est bon pour les pauvres, à leur place. Je lui reproche de se croire seule capable de mesurer les effets de politiques publiques sur les pauvres, comme si ces derniers n'étaient pas capables de prendre une décision sur une politique publique sans appréhender toutes les composantes de ce choix, en tenant compte des avantages et des inconvénients. Je lui reproche de penser que seule une mesure mathématique est à même de permettre de faire un choix, décision que des pauvres ne pourraient pas faire en dehors de toute modélisation statistique ou mathématique.

 

En fait, Esther Duflo, sous couvert d'une grande théorie soit-disante respectueuse des autres, des pauvres, ne vise qu'à faire rentrer la branche de l'économie du développement dans le carcan de l'analyse mathématique et de la modélisation statistique, sans aucun respect pour les connaissances des pauvres sur leur propre devenir, sur leurs propres choix et sur les conséquences humaines de leurs choix.

 

Dans l'analyse du spectre politique de l'économie du développement que Duflo et Banerjee présentent dans leur livre (page 30), où Esther Duflo elle-même se situe-t-elle ? A gauche de l'échiquier politique, avec Jeffrey Sachs, comme elle le situe. Selon elle (et cette définition me convient), «Sachs estime que certains pays sont enfermés dans la pauvreté, par leur situation géographique ou par malchance : ils sont pauvres parce qu'ils sont pauvres. Ils ont le potentiel nécessaire pour devenir riches, mais ils ont besoin d'être sortis de l'ornière où ils sont tombéss et d'être remis sur le chemin de la prospérité - d'où l'insistance de Sachs sur l'importance d'un puissant coup de main.» Ou bien à droite de l'échiquier politique, avec William Easterly ? Toujours selon elle, «Easterly constate que beaucoup de pays auparavant pauvres sont aujourd'hui riches, et inversement. Si la pauvreté n'est pas une condition permanente, c'est une imposture de parler d'un piège de la pauvreté qui enfermerait inexorablement les pays pauvres.»

 

 

Où se situe Esther Duflo dans cette approche dichotomique, avec sa fièvre expérimentatrice et son approche restrictive sur la capacité des bénéficiaires des politiques publiques à décider par eux-mêmes en toute connaissance des impacts positifs et négatifs ? Elle reproche ainsi à Sachs d'estimer «que les pauvres doivent être incités à faire ce que nous pensons qui est bon pour eux». Mais elle-même estime que les pauvres ne peuvent avoir connaissance de ce qui est bon pour eux et qu'elle doit en mesurer pour eux les effets pour pouvoir prendre ensuite scientifiquement une décision qui sera alors parfaite !

 

 

Réflexion neuf (18 mai 2009)
La théorie du «big push» de Paul Rosenstein-Rodan


Paul Rosenstein-Rodan est né en Pologne en 1902. Il fait ses études à l'université de Vienne. Il émigre en Grande-Bretagne en 1930 puis aux États-Unis. Il travaillera d'abord à la Banque mondiale (1947-1954) puis au Massachusetts Institute of Technology (1953-1968).

 

La théorie du Big Push (la Grande poussée) a été exposée pour la première fois par Rosenstein-Rodan (l'inventeur du terme développement) en 1943 dans un article du Economic Journal intitulé «Problems of industrialization of Eastern and Southeastern Europe». Elle a été formalisée en 1989 par Kevin Murphy, Andrei Shleifer et Robert Vishny (article du Quarterly Journal of Economics intitulé «Income distribution, market size, and industrialization»). Ces auteurs analysent les conditions de passage d'une économie traditionnelle (de subsistence) à une économie industrielle (plus productive et donc génératrice de croissance). Rosenstein-Rodan (1943) développe l'idée que, dans certaines situations, l'industrialisation d'une économie ne peut avoir lieu que si tous les agents économiques y participent. En d'autres termes, cela signifie que quelques agents économiques isolés ne peuvent à eux seuls amorcer le processus d'industrialisation.

Rosenstein-Rodan considère ainsi que, dans certaines situations, le processus d'industrialisation d'un pays est équivalent à un jeu d'assurance: Une entreprise s'industrialise si elle anticipe que les autres vont s'industrialiser également. Une entreprise ne s'industrialise pas si elle anticipe que les autres ne vont pas non plus s'industrialiser. Pour éviter l'échec de la coordination autour du bon équilibre (celui où toutes les entreprises s'industrialisent), il faut donc que le gouvernement du pays garantisse à chaque entreprise que son industrialisation ne sera pas isolée. En d'autres termes, il doit aider à l'industrialisation simultanée des entreprises de son pays. Gawande, Li, et Sauer (2003) montrent que c'est cette Grande Poussée qui a notamment permis, à partir du milieu des années 70, à certains des Dragons et des Tigres asiatiques d'amorcer leur croissance (article du Economics Bulletin intitulé «Big Push industrialization: some empirical evidence for East Asia and Eastern Europe»).

Le mérite de Murphy, Shleifer et Vishny (1989) est d'avoir formalisé l'intuition de Rosenstein-Rodan (1943). Leur modèle repose sur un vaste ensemble d'hypothèses (souvent réalistes) décrivant les caractéristiques du secteur traditionnel et du secteur industriel.

Comme l'écrivait Pierre Jacquet dans Le Monde, la théorie de Rosenstein-Rodan se basait également sur l'hypothèse des rendements croissants, dont Adam Smith avait eu l'intuition, qui repose notamment sur les complémentarité entre secteurs différents qui renforcent la productivité de chacun d'eux. Cette hypothèse ne sera pourtant réellement intégrée à la théorie économique que dans les années 1980. Pour Roseinstein-Rodan, dès 1943, «le développement économique n'est donc pas uniquement une affaire d'éducation, de santé ou d'infrastructures, mais de tout cela conjointement, puisque ce sont les effets externes et les rendements croissants générés qui font fonctionner l'ensemble.»

Pour conclure, cette théorie du big push offre deux pistes de réflexion à l'aide au développement : «ne pas lésiner sur les volumes, car il y a un seuil à dépasser afin d'améliorer l'efficacité de l'aide ... préférer aux priorités structurelles une approche intégrée des programmes de développement, guidée par les priorités locales conformément au principe d'appropriation de l'aide» ... et je dirais au principe d'appropriation du développement ...

 

Sources :

Le cours de Mme Marie-Anne Valfort en économie du développement (université de Paris I)

//team.univ-paris1.fr/teamperso/DEA/Cursus/L3/cours7.pdf

Le blog de Pierre Jacquet, chef économiste à l'Agence française de développement

//www.pierrejacquet.net/IMG/pdf/2009-01-19_Rosenstein-Rodan.pdf
 

 

Réflexion huit (24 avril 2009)
Esther Duflo ou de la place de l'expérimentation en économie du développement et plus largement dans les sciences humaines


J'avais eu une discussion avec un internaute sur la place et l'importance de l'expérimentation en sciences économiques et très particulièrement en économie du développement. Et c'est notamment l'une des principales pistes de réflexion abordées par la jeune et reconnue économiste Esther Duflo, enseignante au MIT et titulaire d'une chaire en économie du développement au Collège de France.

Pourtant, le principe même d'expérimentation des politiques publiques et des politiques de développement continue de me mettre mal à l'aise, même si peut-être ce concept est vraisemblablement appelé à être développé de plus en plus dans nos économies, occidentales ou en développement.

Est-il important de chiffrer les effets d'une politique économique ? Est-il important de chiffrer les effets de l'introduction d'une nouvelle technique agraire, médicale ou d'enseignement en contrôlant la diffusion de ces techniques sur des groupes témoins ? Et pourquoi n'y suis-je pas favorable ?

L'économie est vraisemblablement au seuil d'une nouvelle révolution. Au début du vingtième siècle, la révolution des mathématiques a été appliquée en économie (Marshall, Walras, Pareto ...). On est passé d'une économie littéraire et descriptive à ce que l'on a appelé les sciences économiques. L'idée était de faire de l'économie une science 'dure', loin des sciences humaines ... Et on a créé l'économie que l'on connaît désormais, pleine de formules mathématiques et de modèles économétriques, supposée capable de réfléter la réalité des échanges économiques et de transformer la réalité économique, en créant des produits financiers extrêmement complexes susceptibles de déstabiliser l'ensemble de l'économie, comme nous en avons fait l'amère expérience au cours de ces deux dernières années. Les sciences économiques que nous connaissons aujourd'hui ont même oublié que l'économie était composée d'hommes et de femmes, cachés derrière ces formules économiques et ces hypothèses invérifiables et inapplicables.

En ce début de vingt-et-unième siècle, on se trouve vraisemblablement aux portes de la théorisation d'une nouvelle économie, au seuil d'une nouvelle révolution, la volonté de faire de l'économie une science expérimentale, susceptible de vérifier son efficacité ... S'agit-il d'un retour en arrière vers une plus grande humanisation de l'économie, ou est-ce au contraire la poursuite de la recherche d'une plus grande scientisation de l'économie ?

Le concept même d'expérimentation me pose également problème dans ces rapports à l'état et aux politiques publiques. Je suis attaché à l'idée d'égalité de tous devant la loi et devant les politiques publiques. Pourrait-on imaginer en France ou ailleurs, que ce soit dans un pays en développement ou dans un autre pays occidental une expérimentation d'une politique publique en quelque matière que ce soit (éxonérer d'impôts ou de TVA telle population pour voir l'évolution de ces comportements d'épargne ou de consommation, réformer l'enseignement de telles ou telles classes d'élèves pour appréhender l'assimilation de la lecture ou de l'écriture ...) ? A mon sens, l'égalité de chacun d'entre nous devant la loi doit se comprendre comme un traitement parfaitement égalitaire de chacun d'entre nous, et l'idée qu'une même loi et de mêmes règles s'appliquent à chacun d'entre nous indépendamment de tout critère, en fonction de notre situation. Cela n'exclue évidemment pas l'existence de politiques discriminantes pour telle ou telle population (affirmative action), mais cela interdit en fait leur expérimentation.

Evidemment, je sais que le monde de l'enseignement public est justement en France (et vraisemblablement ailleurs) le champ de diverses mesures d'expérimentation, sur les méthodes d'enseignement ou sur les rythmes scolaires. Le législateur a tenté de laisser la possibilité d'expérimentation aux écoles et aux enseignants.

Pour en revenir au concept d'expérimentation défendu par Esther Duflo, je ne nie pas que le fait de pouvoir mesurer l'efficacité de mesures de politiques de développement ne soit pas intéressant, de même qu'il serait extrêmement intéressant de pouvoir mesurer l'efficacité de toute mesure de politique publique, ce qui permettrait alors d'en apprécier l'utilité et les effets bénéfiques et pervers. Mais le concept d'expérimentation sous-entend forcément la rupture de l'égalité de tous devant la loi, et le choix de populations différentes qui se verront proposer des techniques ou des mesures différentes, même si on en ignore les effets réels. Comme en expérimentation médicale avec les produits placebo, l'expérimentateur se trouve placé dans la situation de Dieu, qui décide de la survie d'untel ou d'untel ... Pour ces raisons d'égalitarisme, je demeure ainsi opposé à l'idée d'introduction de l'expérimentation en économie, quels que puissent être les avantages ...

Petite fiction ; si demain, l'humanité découvrait le voyage temporel, aurait-on pour autant le droit de comparer sur des lignes temporelles différentes l'efficacité des politiques économiques pour pouvoir choisir les plus efficaces ? Non ! Il y a forcément une limite entre ce que l'on peut faire et ce que l'on a le droit de faire ... L'expérimentation n'en fait pas partie pour moi.


Réflexion sept (1er mars 2009)
Esther Duflo


Jeune économiste française née le 25 octobre 1972, Esther Duflo est actuellement professeur au Massachusetts Institute of Technology, où elle détient la « chaire Abdul Latif Jameel sur la réduction de la pauvreté et l'économie du développement ». Après des études d'histoire à l'École normale supérieure, elle se tourne vers l'économie sur les conseils de Thomas Piketty. Elle réussit une maîtrise d'histoire et d'économie en 1994, puis un DEA d'économie en 1995. Elle sera assistante de recherche de Jeffrey Sachs et de Daniel Cohen.

En 1999, le département d'économie du MIT l'engage en tant que professeur assistant, pendant son son doctorat. Elle consacre sa thèse, intitulée Three Essays in Empirical Development Economics (Trois essais sur l'économie empirique du développement), à l'évaluation économique des projets de développement. Elle obtient le statut de professeur associé en 2002, à l'âge de 29 ans. Elle obtient le prix Elaine Bennett pour la recherche de l'American Economic Association en 2002, prix qui récompense une femme de moins de quarante ans dont les contributions en recherche économique sont exceptionnelles. En 2005, Le Monde et le Cercle des économistes lui décernent le prix du meilleur jeune économiste français. Elle est co-rédacteur des revues 'Review of Economics and Statistics' et 'Journal of Development Economics', et rédacteur fondateur de la revue 'American Economic Journal: Applied Economics'.

Elle a été nommée en fin d'année 2008 professeur au Collège de France où elle détient la première chaire internationale d'économie « savoirs contre pauvreté », cofinancé notamment par l'Agence française de développement. Le cours inaugural de sa leçon s'intitulait : "Expériences, sciences et lutte contre la pauvreté" (8 janvier 2009).

Son domaine de recherche est l'économie du développement, en particulier la santé, l'éducation, et l'accès au crédit. Elle s'intéresse tout particulièrement au développement d'expériences sur le terrain comme méthode d'analyse des causalités en économie, c'est-à-dire à l'évaluation scientifique, avec groupes témoins dans des expériences de terrain, comme en sciences dures, de toute politique économique ou de développement économique.

Ces cours au Collège de France sont accessibles sur internet à l'adresse suivante ...

Son champ de prédilection est ce que l'on appelle la microéconomie, de façon toutefois très divergente de ce que l'on entend normalement par microéconomie. La microéconomie est le plus souvent entendue comme une science mathématique d'agrégation des comportements rationnels des acteurs économiques, pour permettre l'élaboration d'une théorie du grand tout, de l'équilibre général walrassien. Esther Duflo ne voit pas la microéconomie comme cette science de la modélisation, mais au contraire comme une estimation sur le terrain de l'expérimentation en situation réelle de phénomènes économiques ou de comportements économiques.

L'économie, pour elle, doit être une science humaine, aussi rigoureuse et impartiale qu'une science grâce à l'expérimentation, aussi humble et condamnée à l'erreur qu'une science humaine, généreuse et engagée ...

Mais son approche expérimentale pose selon moi une problématique, de la même manière que l'expérimentation pose problème en matière de médecine, dès lors qu'elle s'applique à des individus, à des êtres humains ... et non à des choses, à des objets, comme dans d'autres sciences expérimentales (en physique ou en biologie). De quelle légitimité dispose l'expérimentateur pour décider qu'un groupe témoin recevra un placebo ou verra sa maladie se poursuivre, et qu'un autre groupe choisi aléatoirement disposera d'un traitement expérimental qui sera peut-être capable de le soigner ?

Le problème est le même, selon moi, en économie expérimentale ou en économie du développement expérimentale ... De quel droit un expérimentateur, tel Esther Duflo, peut-il décider que tel groupe aléatoirement sélectionné se verra proposer telle ou telle méthode ou expérience économique, qui lui permettra de réussir à se développer, et que tel autre groupe, par l'aléa du hasard, en sera exclu, ou se verra imposer des méthodes de culture moins intéressante, susceptibles de causer de la misère ou la mort ? Cette méthodologie en économie a le défaut de placer l'expérimentateur dans un rôle pratiquement de divinité, pour lequel celui-ci n'a aucune compétence ni aucune légitimité pour décider du devenir d'autres individus ... Cette méthode ne peut pas être appliquée dès lors qu'elle impacte les chances de survie ou de vie meilleure d'individus, que ce soit en économie ou en médecine ... La méthode d'expérimentation n'a véritablement sa place que dans les sciences portant sur des objets ou des phénomènes non vivants !


Saucratès


Précédents écrits sur le même sujet :
1.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2023957-theories_du_developpement__1_.html

a.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2022118-critique_du_developpement.html

b.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2021665-du_developpement__5_.html


09/12/2010
4 Poster un commentaire

Du développement (6)

 

Réflexion quarante-huit (6 avril 2012)
Intermède : une nécessaire réorientation de l'aide au développement vers l'Afrique

 

Deux articles intéressants sur quelques enjeux du développement parus dans le journal Le Monde. L'un des auteurs, Serge Michailof, a travaillé à l'Agence française de développement. Il s'intéresse tout particulièrement à cette partie d'Afrique en marge du Sahel et ravagée par les guerres civiles. A l'heure où je suis en train de lire un bouquin d'économie du développement co-écrit par Esther Duflo où toutes les politiques de développement sont rapportées en terme de bénéfice de revenus futurs, une lecture moins micro-économique et un champs d'analyse beaucoup plus large me semble particulièrement agréable.

 

Ces deux articles prônent une réorientation de l'aide au développement française vers l'Afrique noire et sahélienne, tournée vers la population, vers la sécurité alimentaire, vers la sécurité politique, vers l'enseignement, vers le développement, et non plus fonction uniquement des intérêts économiques, militaires ou diplomatiques de la France. Les subventions vers l'Afrique ne doivent plus être anecdotiques dans l'aide au développement française (14 millions d'euros en moyenne par an pour les cinq pays du Sahel) mais en devenir une priorité nationale.

//www.lemonde.fr/idees/article/2012/03/29/le-nord-du-sahel-a-besoin-d-un-plan-marshall-pour-sortir-de-la-violence_1676940_3232.html

//www.lemonde.fr/idees/article/2012/04/05/les-risques-de-somalisation-du-nord-sahel-et-les-enjeux-de-l-aide-francaise_1680358_3232.html

 

 

Réflexion quarante-sept (12 décembre 2011)
La question stratégique des sols en Afrique en matière de développement ...

 

Je me ferais l'écho d'un article de presse intéressant paru dans le journal Le Monde sur la question de l'appropriation des sols en Afrique. Cet article se réfère lui-même à la dernière publication de l'Agence française de développement, le numéro 237 de la revue Afrique contemporaine, traitant des investissements agricole en Afrique.

//www.lemonde.fr/idees/article/2011/12/10/sols-d-afrique-un-actif-strategique_1617067_3232.html

//www.afd.fr/home/publications/afriquecontemporaine

 

Pour l'Agence française de développement, cette publication marque un retour sur un sujet fondamental en matière de développement : l'agriculture ... qui avait été totalement oubliée depuis de nombreuses années par cet organisme bilatéral de financement du développement, se préoccupant jusqu'à présent uniquement des thèmes de l'eau, du carbone, de l'urbanisme et tentant de se transformer en usine d'idées afin de promouvoir un directeur général voulant s'offrir une stature internationale ...

 

Cela avait notamment conduit l'AFD à passer complètement à côté des émeutes de la faim et de ne plus avoir aucune réponse à proposer sur le sujet central de la sécurité alimentaire et de l'autosuffisance alimentaire ... Mais il faut aussi rappeler que tous les organismes de développement avaient suivi la même politique en délaissant complètement le champ de l'agriculture ... dernière roue du carosse ou au minimum des discours et des préoccupations ...

 

Accessoirement, alors que les organismes de financement du développement n'accordaient plus aucune importance à l'agriculture, préférant financer l'urbanisme, les réseaux d'assainissement, les réseaux de transport publics, les réseaux d'adduction en eau, les centrales électriques, les mécanismes innovants en matière de développement propre, essayant de mettre en application et de lancer des mécanismes de financement dans le cadre des accords de Kyoto, les grandes firmes privées asiatiques, chinoises, coréennes, indiennes et autres, investissaient massivement dans les terres arables africaines, achetant et spéculant sur des millions d'hectares arrachés à leurs utilisateurs historiques qui se trouvaient spoliés et expulsés. 

 

Mais il me semble excessif de lier le développement des investissements étrangers privés à un recul de l'aide au développement en faveur de l'agriculture. Les deux phénomènes sont sans rapport. L'investissement étranger profite de l'état de corruption de l'organisation étatique, qui choisit de vendre une fraction énorme du patrimoine arable d'un état sans tenir compte de ses citoyens qui seront concernés par cette cession. C'est un déni de démocratie s'expliquant avant tout par la faiblesse de l'état de droit, par l'absence de cadre juridique encadrant la propriété privée et la reconnaissance du droit à l'occupation des terres, qui ne serait pas possible dans le même ordre d'échelle dans un pays comme la France. En même temps, une telle opération, comme celle de Daewo à Madagascar, n'est pas une novation. Par le passé, dans les années 1950, du temps de la colonisation de Madagascar par la France, la même opération avait eu lieu, au bénéfice d'une entreprise française, et avait donné naissance à une coopérative (la Satec) ... dont les colons venant de France ou de l'île de la Réunion, avaient mis en valeur les campagnes malgaches, avant d'être expulsés quelques décennies plus tard à l'indépendance.  

 

Un sujet intéressant, même si celui-ci ne doit pas être limité à la seule Afrique. L'Amérique du Sud a également été touchée par les mêmes dérives capitalistes et les mêmes déviances anti-démocratiques, qui conduisent à l'expropriation des occupants traditionnels de ces terres sans aucune concertation, sans aucune reconnaissance des droits d'occupation de ces terres. Le simple fait que ce ne soit pas des firmes chinoises, indiennes ou coréennes, n'enlève rien au problème de confiscation des terres. En Amérique du sud, des millions d'hectares ont également été confisqués par des firmes occidentales ou de riches propriétaires étrangers, tandis que les occupants traditionnels de ces terres, issus de communautés indiennes ancestrales, étaient refoulés et combattus par l'armée. Le simple fait que le crime perpétré contre les populations originaires d'Amérique du sud n'ait jamais été reconnu et condamné par la communauté internationale comme a pu l'être le crime esclavagiste à l'encontre des populations africaines noires n'aide vraisemblablement pas non plus à cette reconnaissance.

 

Tout cela pose le problème de la nécessité de la vigilance internationale vis-à-vis des accaparements de terre par les firmes internationales étrangères ou locales, dont les organismes internationaux de financement du développement constituent l'un des rouages importants si ce n'est essentiel ... Ce débat pose aussi le problème de la nécessité d'une politique de développement axé autour du soutien à la petite entreprise agricole familiale par les organismes de financement, en relais à des caisses de crédit agricole ... Il interroge aussi la nécessité de construire un aménagement du territoire et des infrastructures de transport suffisamment en bon état pour permettre la libre circulation des biens agricoles, leur entreposage et leur stockage ...

 

Enfin, cette interrogation interpelle sur la nécessité de la mise en place d'un état de droit, reconnaissant les droits inaliénables des populations concernées, quelque soit leur race, leur ethnie ou leur religion, que ce soit en Afrique ou en Amérique du Sud ou du Nord ... mais combattant également la prévarication et la corruption des élites et des possesseurs du pouvoir politique et/ou armé ...

 

 

Réflexion quarante-six (26 mai 2011)
Le reniement des promesses des états du G8 en matière d'aide au développement ...


Cinquante milliards de dollars, c'était l'engagement pris en 2005 par les états composant le G8, lors du sommet de Gleneagles, en Ecosse, d'augmentation de l'aide publique au développement (APD) versée pour la période 2004-2010. Cette promesse concernait non seulement les huit membres du groupe, mais également les pays membres de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

Six années plus tard, qu'en est-il ? A l'occasion du sommet français de Deauville du G8 (qui débute aujourd'hui 26 mai), l'association non gouvernementale Oxfam interpelle les membres du G8 sur le non-respect de leur promesse.
//www.lemonde.fr/economie/article/2011/05/24/l-inde-va-preter-5-milliards-de-dollars-a-l-afrique-sur-trois-ans_1526559_3234.html

Bataille de chiffres selon le ministre français de la coopération Henri de Raincourt, selon lequel entre 2004 et 2010, l'aide publique au développement des pays engagés par la promesse de 2005 est passée de 80 à 129 milliards de dollars, soit une progression de l'aide de 49 milliards.

Mais selon l'OCDE et Oxfam, lorsque l'on raisonne hors inflation et perte de valeur du dollar, l'aide publique au développement en dollar constant n'atteint plus que 111 milliards de dollars en 2010, soit une progression de l'aide qui n'atteint plus que 31 milliards de dollars sur la période, soit 19 milliards de dollars de moins que l'engagement de 2005.

Du côté d'Oxfam, Sébastien Fourmy «espère que les pays du G8 profiteront de l'occasion du sommet de Deauville pour tenir leurs engagements. Il faut un plan pour rattraper le retard, explique-t-il. Pour l'ONG, ce plan doit comporter deux volets, quantitatif, avec une augmentation de l'APD, et qualitatif, avec le renforcement des ressources humaines dans le secteur de la santé et le soutien à la petite agriculture. L'aide au développement ne peut pas tout, reconnaît-il, mais son rôle est essentiel.»

Je souligne : Renforcer les ressources humaines dans le secteur de la santé et soutenir la petite agriculture (vivrière) ; soit les deux principaux axes sur lesquels l'aide publique au développement devrait s'appuyer, surtout en direction de l'Afrique et des pays les plus pauvres.

Autre article publié dans Le Monde, en lien avec celui-ci, l'engagement pris par l'Inde de consentir 5 milliards de dollars de prêts à l'Afrique sur les trois prochaines années.
//www.lemonde.fr/economie/article/2011/05/24/l-inde-va-preter-5-milliards-de-dollars-a-l-afrique-sur-trois-ans_1526559_3234.html

Alors que les états membres du G8 ont de telles difficultés à respecter leurs engagements en matière de croissance de l'APD, l'Inde, grand pays émergent, se place en position de leur donner des leçons. Mais coup de publicité gratuite ou véritable engagement en matière d'aide au développement ?

Il ne faut pas confondre prêts en faveur du développement et aide publique au développement. La mise en perspective des deux chiffres doit être relativisée. 5 milliards de dollars de prêts consentis, ce n'est pas 5 milliards de dollars d'aide au développement. A titre de comparaison, l'Agence française de développement (principal acteur de l'aide au développement français) a consenti en 2010 plus de 6 milliards d'euros de prêts, certes dans le monde entier, moins d'un quart étant consenti en faveur de l'Afrique subsaharienne. Quant à la Banque mondiale, ses octrois de prêts et de subventions se chiffrent à 73 milliards de dollars environ en 2009-2010 dont 13,9 milliards de dollars pour l'Afrique subsaharienne.

A noter deux autres articles plus anciens du Monde mais extrêmement intéressants :
//www.lemonde.fr/international/article/2010/11/26/le-nombre-de-pays-tres-pauvres-a-double-en-quarante-ans_1445160_3210.html
//www.lemonde.fr/economie/chat/2011/03/22/quelles-politiques-faut-il-mener-pour-lutter-efficacement-contre-la-pauvrete_1496681_3234.html


Saucratès


Mes précédents écrits sur le Développement :
1.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2021600-du_developpement__1_.html
2.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2021616-du_developpement__2_.html
3.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2021633-du_developpement__3_.html
4.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2021649-du_developpement__4_.html
5.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2021665-du_developpement__5_.html


26/05/2011
1 Poster un commentaire

Démocratie et développement durable

 

Réflexion une (22 février 2012)
De la compatibilité entre la démocratie et le développement durable

 

La lutte contre le réchauffement climatique et la mise en oeuvre d'un mode de vie et d'un mode de production économique durables pourront-ils se faire de manière non dirigiste, de manière volontaire, sans actions arbitraires ni imposées par les états ou par un quelconque organisme national ou international ?

  

Evidemment, mais il faut bien le rappeler, les styles de vie des ménages lambda chinois, américains, européens de l'ouest, congolais, ou thaïlandais, ne sont absolument pas comparables. L'américain des USA ou l'européen de l'ouest, même particulièrement ascète ou économe dans son train de vie, paraît vraisemblablement encore extrêmement pollueur et consommateur en regard de ses homologues des pays moins avancés. Mais chacun d'entre nous, dans notre coin, nous souhaitons avoir le style de vie qui nous soit le plus agréable, accessible en fonction de nos moyens financiers et de ce que nous pouvons disposer. Pour chacun d'entre nous, ce qui prime est avant tout notre confort personnel et celui de nos proches, dans l'idée d'avoir la qualité de vie la plus agréable possible. L'idée générale qui me semble représenter la plus grande partie de l'humanité, dont moi-même évidemment, c'est son caractère égoïste et aveugle aux obligations que la durabilité de notre mode de vie devrait nous imposer, quelles que soient les conséquences à long terme de notre mode de vie, de nos choix de vie. Et les chinois ou les indiens n'agiraient pas différemment des américains ou des européens en matière de consommation si leur niveau moyen de richesse était équivalent, s'ils pouvaient tous s'offrir plusieurs automobiles par couple, une maison climatisée et une piscine.

 

A ce jour, l'incidence du développement durable, de la lutte contre le réchauffement climatique, ne me semble pas encore avoir été pris en compte et intégré par les pouvoirs publics des principaux états. Bien sûr, certains d'entre eux ont pris des engagements de réduction des gaz à effet de serre, notamment les principaux pays occidentaux à l'exception notable des Etats-Unis. Mais ces engagements ont été essentiellement mis en oeuvre par des incitations fiscales, que ce soit en faveur des formes d'énergies renouvelables, d'équipements automobiles respectueux de l'environnement (filtre à particule), de motorisations automobiles électriques ou propres, ou par la mise en oeuvre de marchés de droits carbone au niveau européen. La majeure partie des états n'ont pratiquement pas pris de mesures contraignantes en matière de développement durable et de lutte contre les gaz à effet de serre. Face à des comportements individuels foncièrement égoïstes ou plutôt individualistes, il n'y a pas de consensus nationaux sur la nécessité et la possibilité d'imposer de telles mesures contraignantes.

 

Au delà de la nécessité d'user de politiques d'incitation fiscale, positives comme pour les subventions, ou négatives comme les taxes par exemple sur les carburants ou les grosses motorisations automobiles, un autre paradigme de la réflexion actuelle sur la lutte contre le réchauffement climatique concerne la croyance en l'existence de solutions scientifiques au problème du réchauffement climatique. Nous sommes tous persuadés que la science saura trouver des mécanismes nouveaux et économes pour nous permettre de continuer à consommer autant que nous le souhaiterons sans impact sur la durabilité de notre mode de vie, sur la durabilité de notre mode de développement économique. Nous autres occidentaux espérons encore en une solution scientifique au problème du réchauffement climatique, croyons toujours en la supériorité de la science moderne, de la recherche !

 

La science moderne a créé d'une certaine manière les problèmes que nous observons aujourd'hui ; nous sommes persuadés qu'elle nous apportera la réponse à ce même problème, sans intégrer d'ailleurs le fait qu'il y a de fortes chances qu'elle donnera naissance dans le futur à d'autres problèmes à venir.

 

Enfin, je pense qu'il y a un dernier paradigme que nous avons tous à l'esprit, qui nous laisse toujours croire que la réponse aux difficultés que nous observons aujourd'hui trouvera une réponse automatiquement, sans arbitraire de la part des états ... Ce dernier paradigme c'est l'efficience des marchés. Nous sommes persuadés que les problèmes du développement durable et du réchauffement climatique se traduiront dans les prix des différents produits que nous consommons et qu'ils intégreront à la fois leurs risques et leurs impacts climatiques. Cela nous permet en fait de nous déculpabiliser ; si le prix des produits que nous consommons intègre leur impact environnemental, alors nous n'avons pas à nous sentir coupables de les utiliser puisque nous payons pour cela !

 

Le paradigme de l'efficience des marchés nous permet aussi de croire que les marchés seront capables de s'auto-réguler et de faire apparaître de nouveaux produits plus économes et plus durables lorsque leur utilisation deviendra nécessaire. Ce paradigme se retrouve dans le développement de la technolgie des capteurs solaires, de moins en moins chers et de plus en plus efficients, dans le développement des motorisations électriques, que l'on nous promet pour dans quelques années, avec des batteries que l'on nous promet moins chères et de plus grande autonomie ...

 

Ce sont ces croyances en la science et en l'efficience des marchés qui nous laissent croire en une auto-adaptation de l'économie capitaliste pour intégrer les effets du réchauffement climatique et des limites à la disponibilités des ressources naturelles !

 

Dans les années ou décennies à venir, lorsque les conséquences du réchauffement climatique commenceront à avoir des effets véritablement mesurables, et lorsque la demande des populations des pays émergents créera une pression inflationniste forte sur les prix des matières premières et sur les volumes disponibles, on se trouvera alors devant une obligation d'agir au plan international. On s'apercevra alors que le mode de production capitaliste n'est pas capable de s'auto-réguler, même en étant guider par les états, et que l'empilement des égoïsmes individuels ne permet pas de changer de mode de développement et de mode de consommation.

 

Je suis persudé que des mesures violentes et arbitraires seront nécessaires pour que l'humanité puisse prendre le virage d'un développement durable sans impacts nocifs rédhibitoires sur son environnement et sur le reste du biome terrestre. Et ces mesures violentes et arbitraires me sembleront difficilement conciliables avec la démocratie telle que nous le connaissons actuellement dans nos états occidentaux. Des mesures arbitraires et violentes seront vraisemblablement également nécessaires entre états eux-mêmes, puisque le concept de passager clandestin dans la lutte contre le réchauffement climatique prendra également tout son sens ; dans un schéma démocratique, rien n'empêchera un peuple de refuser un mode de vie plus frugal, surtout si son impact au plan mondial demeure faible, et ce peuple pourra avoir tendance à vouloir profiter des efforts des autres pays de réduction de leur empreinte écologique sans en subir lui-même les restrictions !

 

De très nombreux interrogations naissent de ces quelques lignes. Par exemple, parler de lutte contre le réchauffement climatique ou d'un mode de développement durable n'est pas comparable. La lutte contre le réchauffement climatique ne vise qu'à atténuer l'impact des gaz à effet de serre sur le réchauffement du climat terrestre. Les conséquences du réchauffement climatique sont un risque de montée du niveau des océans, et donc de submersions des terres et d'îles ; un risque de disparition d'espèces animales et végétales, qui seraient incapables de s'adapter à une élévation des températures ; et un risque assurantiel d'augmentation des catastrophes climatiques ... Par contre, le développement durable intègre au réchauffement climatique l'idée d'un mode de développement économe en ressources naturelles et en matières premières, qui puisse s'inscrire dans la durée de l'existence de l'humanité, non seulement des générations actuelles qui consomment et décident, mais également des générations à venir, sur les prochaines décennies, siècles et millénaires.

 

Evidemment, ces évolutions ne se feront pas sans contestations, sans conflits sociaux, opposant des riches et des pauvres, des citoyens aux grands groupes industriels ou pétroliers, des citoyens révoltés face aux états : les émeutes de la faim d'il y a quelques années en Afrique, la Grèce d'aujourd'hui, les mouvements sociaux des Antilles, de Mayotte des dernières années ou de la Réunion de ces derniers jours ... Chaque fois que des privations ou des hausses de prix seront demandées ou imposées à une population considérant que ces sacrifices demandés sont injustes ... Ce n'est que le début d'un long processus qui conduira selon moi, soit à la disparition de l'humanité, soit à la mort de la démocratie et la naissance d'une dictature ...

 

 

Saucratès


Mes précédents écrits sur des sujets comparables :

Sur l'économie de l'environnement
1.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2012146-economie_de_l_environnement__1_.html

2.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2012185-economie_de_l_environnement__2_.html

3.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2014235-economie_de_l_environnement__3_.html

4.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2014248-economie_de_l_environnement__4_.html

5.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-3710993-economie_de_l_environnement__5_.html

 

Sur le réchauffement climatique

1.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2012175-rechauffement_climatique__1_.html

2.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2020927-rechauffement_climatique__2_.html

3.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2020949-rechauffement_climatique__3_.html

4.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-2020964-rechauffement_climatique__4_.html

5.//saucrates.blog4ever.com/blog/lire-article-447196-3549020-rechauffement_climatique__5_.html


22/02/2012
0 Poster un commentaire